Speaker #0Vous souhaitez qu'on parle d'un trouble qui vous est enfin vraiment familier ? La dépression est, me semble-t-il, un trouble que tout le monde a pu ressentir un jour ou l'autre, plus ou moins intensément. Bonjour ou bonsoir, vous êtes sur le podcast Spiral1994 et je suis Spiral1994. Alors aujourd'hui, comme vous l'avez compris, on va parler de dépression. Alors vous allez me dire pourquoi la dépression, juste avant les vacances d'été, quand il va y avoir un soleil de feu de Dieu et la chaleur qu'il va y avoir. Effectivement, on peut critiquer ce choix, sauf que j'avais envie d'aborder la dépression parce que ça fait partie pour moi d'un continuum. Un continuum qui se trouve bien dessiné dans le DSM-V, entre les troubles de la raison, style les psychoses, et les troubles de l'émotion, c'est-à-dire l'anxiété, la dépression, la bipolarité, la schizo-affectivité, voilà. Donc ça me semblait important de finir la saison par la dépression, et peut-être l'année prochaine parler de l'anxiété ou des troubles anxieux. Là, effectivement la plupart des gens sont en vacances d'été quoi, depuis début juin environ. Il y en a qui ne le sont pas, donc nous finissons la saison avec la dépression. Mais nous allons entamer une saison d'été avec des épisodes d'été qui vont n'avoir pas grand chose à voir avec notre cible, c'est à dire les psychoses. Alors effectivement c'est vrai que parfois ce dont on parle ici est un peu éloigné du quotidien de la personne lambda. Les hallucinations, les voix, les délires, ça touche pas tout le monde, mais la dépression par contre, c'est autre chose. Là, tout le monde a pu à un moment donné de sa vie se dire « Ah, j'ai un petit coup de mou, je suis fatigué, je suis pas bien, voilà. » Et c'est pour ça que j'ai voulu aborder le thème de la dépression par le continuum. C'est-à-dire que pour moi, le continuum, c'est à la fois quelque chose entre pathologie et non-pathologie. mais c'est aussi un continuum à l'intérieur de toutes les pathologies, et en particulier des pathologies dont nous parlons, effectivement, comme je disais au tout début, tous les troubles de la raison et les troubles de l'émotion, qui sont finalement la même chose au final. On fait la différence en psychologie entre le catégorie L et le continuum. Le catégorie, c'est un peu ce qu'il y a dans le DSM, dans le sens où... chaque maladie a une catégorie, une étiquette, et on ne sort pas vraiment de cette catégorie-là, on ne va pas voir à droite ou à gauche. Et il y a le continuum où là, on n'est plus sur quelque chose de plus souple, de plus ça va, ça vient, ça bouge, c'est dynamique. Ça ne reste pas figé sur une maladie ou un trouble. Et on peut voir ça aussi au niveau des structures, parce que quand on parle de structures psychotiques, névrosées, toutes ces structures-là, Euh... Moi je les vois plutôt d'une manière processuelle, plutôt qu'une manière catégorielle. C'est-à-dire que pour moi, les choses évoluent. Alors les choses évoluent dans notre enfance, les choses évoluent dans dans quand on est adulte. Et je crois que la structure évolue aussi par rapport à tout ça, quoi. Par rapport aux événements de notre vie, par rapport à tout un tas de choses qu'on vit dans notre vie. Je crois que tout ça, c'est dynamique et ça bouge beaucoup, finalement. Je pense même qu'un jour on va finir par parler par traits. et non pas par structure ou catégorie. C'est-à-dire qu'on va dire, lui, il a tel trait, tel autre trait, tel autre trait, tel autre trait, bon. On a vu que la frontière entre schizophrénie et troubles bipolaires n'est pas aussi nette qu'on pourrait le croire. D'où l'existence même du trouble schizoaffectif, une sorte de zone grise officialisée par les classifications. Eh bien, la dépression nous pose exactement le même type de questions, mais d'une façon encore plus universelle, parce que tout le monde a déjà vécu de la tristesse, de la fatigue, du coup de mou. Alors, alors... Où est la ligne entre aller mal et être malade ? C'est cette question qui va structurer tout l'épisode. Avant de parler de critères diagnostiques, il faut poser le problème du seuil. La tristesse, le douleur. Le deuil, la déception sont des réactions humaines normales, souvent même adaptatives. Elles nous poussent à ralentir, à nous retirer temporairement, à réévaluer une situation. Le trouble dépressif majeur, lui, est défini comme quelque chose de qualitativement et quantitativement différent. Une intensité, une durée et un retentissement fonctionnel qui dépassent ce qu'on observe dans une réaction normale à l'adversité. Mais, et c'est tout l'enjeu, cette différence se mesure sur les deux dimensions continues. Intensité de la tristesse, durée des symptômes, nombre de symptômes associés, degré d'altération du fonctionnement. Le DSM-5 fixe des seuils sur ses continuums pour des raisons cliniques, c'est-à-dire déclencher une prise en charge. Mais ces seuils restent, comme on l'a dit la dernière fois, en partie conventionnels. Gardons ça en tête et regardons maintenant comment le DSM-5 découpe concrètement ce territoire. Le DSM-5 définit l'épisode dépressif majeur autour de deux symptômes cœur de cible. Le premier de ces symptômes, c'est une humeur dépressive présente la majorité du temps, presque tous les jours. Le deuxième symptôme, c'est une perte d'intérêt ou de plaisir marquée pour les activités habituelles. C'est ce qu'on appelle l'anhédonie. Pour qu'on parle de troubles dépressifs majeurs, il faut qu'au moins un de ces deux symptômes soit présent. associé à plusieurs autres symptômes parmi ces différents symptômes que je vais citer maintenant des changements de poids ou d'appétit significatifs des troubles du sommeil, c'est à dire insomnie ou hypersomnie une agitation ou un ralentissement psychomoteur observable par l'entourage une fatigue ou perte d'énergie marquée des sentiments de dévalorisation ou de culpabilité excessive des difficultés de concentration ou de prise de décision et des pensées de mort ou des idées suicidaires En fait comment ça marche c'est qu'il faut qu'il y ait eu 5 symptômes parmi ceux que j'ai cités auparavant là maintenant avec au moins un des deux premiers, c'est-à-dire un des deux coeurs de cible que j'ai cités au tout début. L'ensemble de tous ces symptômes doit être présent quasiment tous les jours pendant au moins deux semaines, représenter un changement par rapport au fonctionnement antérieur et causer une souffrance ou une altération significative du fonctionnement social, professionnel ou autre. Un point important, et qui rejoint directement notre fil sur le continuum, le DSM-5 a supprimé ce qu'on appelait l'exclusion de deuil. Avant, on ne pouvait pas poser le diagnostic de dépression si les symptômes survenaient dans les semaines suivant la perte d'un proche par principe. Depuis le DSM-5, cette exclusion automatique a été retirée. Un deuil peut coexister avec ou évoluer vers un véritable épisode dépressif majeur et le clinicien doit faire la distinction au cas par cas, plutôt que d'appliquer une règle générale. C'est une illustration concrète de la difficulté à tracer une frontière nette entre une réaction normale et un trouble. Alors nous allons voir maintenant que la dépression finalement est un spectre, et pas qu'un seul trouble. Ce qu'on appelle communément la dépression, recouvre en réalité, dans le DSM-5, toute une famille de troubles dépressifs, qui peuvent eux-mêmes être vus comme des points différents sur un même continuum. de sévérité et de chronicité. Il y a d'abord le trouble dépressif persistant, qu'on appelait avant dysthymie. Ce sont des symptômes dépressifs plus légers, mais qui durent depuis au moins deux ans. C'est moins intense qu'un épisode majeur, mais beaucoup plus chronique. Une autre façon de montrer que l'intensité et durée ne vont pas toujours ensemble. Le deuxième trouble est le trouble dysphorique prémenstruel. Il va y avoir des symptômes dépressifs et de l'irritabilité marquée. liées au cycle hormonal qui apparaissent dans la semaine précédente les règles et s'améliorent après. Son inclusion dans le DSM-V a d'ailleurs été débattue, justement parce qu'elle pose la question de où placer le curseur entre variations hormonales et troubles cliniques. Le troisième trouble est le trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle, ce sera chez l'enfant. Il va y avoir des accès de colère récurrents et disproportionnés sur fond d'irritabilité chronique. Ce diagnostic a été créé en partie pour éviter qu'on diagnostique trop systématiquement un trouble bipolaire chez les enfants irritables. Encore un exemple de frontière de diagnostic qui se redessine avec le temps. Et puis il y a les formes de dépression avec caractéristiques particulières. La dépression avec caractéristiques psychotiques, avec des idées délirantes ou hallucinations congruentes ou non à l'humeur, qui nous ramènent directement à notre épisode sur les psychoses et le trouble schizoaffectif. La frontière entre l'humeur et la psychose n'est décidément jamais loin. Donc nous avons vu ce qu'il y avait d'écrit dans le DSM-5, et surtout les critères du DSM-5 pour diagnostiquer une dépression majeure. Maintenant nous allons parler donc, comme d'habitude, du livre de Barlow et de la psychopathologie intégrative. C'est ici qu'on quitte la pure description des symptômes pour entrer dans les pourquoi. Barlow et Durand, dans leur approche dite intégrative, refusent justement les explications à facteur unique, que ce soit purement biologique, purement psychologique ou purement social. Et ils proposent de penser à la dépression comme le résultat de l'interaction de plusieurs vulnérabilités. La première des vulnérabilités, c'est la vulnérabilité biologique. Sur le plan biologique, on retrouve une composante héréditaire significative, le risque de dépression est plus élevé chez les apparentés de personnes. dépressives, sans pour autant qu'il existe un gène de la dépression unique. C'est plutôt une vulnérabilité polygénique qui augmente la sensibilité au stress plutôt que de causer directement le trouble. Sur le plan neurobiologique, les modèles historiques mettaient l'accent sur les neurotransmetteurs, sérotonine, noradrénaline, dopamine, mais Ballot et Durand insistent sur le fait que l'image d'un simple déséquilibre chimique est trop simpliste. Ces systèmes interagissent avec des circuits cérébraux impliqués dans la régulation émotionnelle et avaient l'axe du stress, l'axe hypothalamo-hypophysio-surinadien, dont l'hyperactivité chronique est associée à la dépression. On observe aussi des perturbations des rythmes biologiques, sommeil, rythme circadien, qui jouent un rôle à la fois comme symptômes et comme facteurs de maintien. La deuxième vulnérabilité est la vulnérabilité psychologique. C'est ici qu'intervient la fameuse théorie cognitive de Beck. L'idée centrale de cette théorie, c'est que les personnes vulnérables à la dépression ont développé, souvent depuis l'enfance, des schémas cognitifs négatifs, des façons stables d'interpréter le monde, soi-même et l'avenir, de manière négative. Ces schémas restent latents à la plupart du temps, mais peuvent être activés par un événement stressant, déclenchant alors une cascade de pensées automatiques négatives, sur soi, sur le monde, sur l'avenir, ce que Beck appelle la triade cognitive. Une autre piste importante est celle du désespoir et de l'impuissance apprise, popularisée par Seligman. Lorsqu'une personne fait l'expérience répétée de situations où elle n'a aucun contrôle sur les événements négatifs, elle peut développer un style explicatif pessimiste, attribuer les échecs à des causes internes, stables et globales, qui la rend particulièrement vulnérable à la dépression face à de nouveaux échecs. Il y a aussi les facteurs sociaux et interpersonnels. Barlow et Durand soulignent aussi le recentral des événements. de vie stressant. Pertes, ruptures, échecs, mais aussi des stress chroniques comme l'isolement social ou les conflits relationnels durables, comme déclencheur chez une personne déjà biologiquement et psychologiquement vulnérable. La théorie interpersonnelle met l'accent sur le cercle vicieux que la dépression peut créer dans les relations. Une personne dépressive a tendance à se retirer socialement, ce qui réduit le soutien disponible, ce qui aggrave la dépression, ce qui accentue encore le retrait. C'est une boucle d'auto-entretien. Quatrièmement, il y a le modèle de la triple vulnérabilité. Pour relier tout ça, Barlow propose un modèle en trois niveaux de vulnérabilité, qu'il applique d'ailleurs aussi bien à la dépression que aux troubles anxieux. Il y a en 1, une vulnérabilité biologique généralisée, c'est-à-dire un tempérament de base, une réactivité émotionnelle accrue. En 2, il y a une vulnérabilité psychologique généralisée, le sentiment de manquer de contrôle sur les événements de sa vie. Et en trois, une vulnérabilité psychologique spécifique apprise, par exemple, c'est la combinaison de ces trois niveaux, activés par un facteur de stress, qui détermine si et comment un trouble se développe. Et c'est précisément ce modèle qui explique pourquoi dépression et anxiété sont si souvent comorbides. Elles partagent une grande partie de ces vulnérabilités de fond, ne se différenciant que sur la vulnérabilité spécifique. Donc si on rassemble tout ça, Le DSM-V nous donne des catégories et des seuils utiles cliniquement, mais le modèle intégratif de Barlow et Durand nous montre que, en amont, tout est question de degrés. Degrés de vulnérabilité génétique, degrés de réactivité du système de stress, degrés de pessimisme cognitif, degrés d'adversité sociale. La dépression n'est donc pas un interrupteur qui bascule, mais plutôt le résultat d'une accumulation de facteurs continus qui, à un certain point, produit un tableau clinique suffisamment intense et durable pour justifier le mot trouble, et surtout pour ouvrir l'accès à une prise en charge. C'est aussi pour ça que la dépression peut coexister avec l'anxiété, avec des traits psychotiques ou évoluer dans le temps envers d'autres représentations. Exactement le genre de chevauchement qu'on a exploré tout au long de cette série. Donc pour finir nous allons parler des traitements que l'on peut appliquer à la dépression, il y a les traitements thérapeutiques, les traitements médicamenteux et d'autres approches dont on va parler à la fin. Au niveau des traitements thérapeutiques, la psychothérapie est souvent le premier recours, surtout pour les dépressions légères à modérées. On va utiliser la TCC, c'est la thérapie cognitive et comportementale, c'est celle qui a pu valider scientifiquement. Elle aide à identifier et modifier les pensées négatives. automatique et les comportements qui entretiennent la dépression. Après, il va y avoir la thérapie interpersonnelle, la TIP, qui elle, va travailler sur les relations et les conflits relationnels souvent liés aux épisodes dépressifs. Ensuite, il va y avoir la psychanalyse, c'est la thérapie psychodynamique, qui elle, va explorer les causes profondes sur le long terme. Et enfin, le MDR, qui est utilisé notamment quand la dépression est liée à un trauma. En général, la combinaison thérapie et plus médicaments est plus efficace que chaque approche seule. Donc, en deuxième temps, les médicaments, les antidépresseurs ne sont pas des pilules du bonheur. C'est un point important à souligner en podcast pour déconstruire les idées reçues. Alors, il y a plusieurs catégories de médicaments pour pression. Il y a les ISRS, c'est-à-dire les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, qui sont les plus prescrits aujourd'hui. Il va y avoir la fluoxétine, la sertraline, les citalopram, où il va y avoir une bonne tolérance globale par rapport à ces médicaments-là. Il va y avoir les IRSN, qui eux vont agir sur la sérotonine et la noradrénaline, type Vant, Lafaxine, Duloxétine. Et il y a aussi les tricycliques, qui sont plus anciens et qui ont plus d'effets secondaires, mais qui sont encore utilisés dans certains cas résistants aujourd'hui. Ils sont rarement prescrits en première intention, Il peut y avoir des interactions alimentaires et médicamenteuses importantes. Il y a un point clé à mentionner, par contre, c'est que l'effet n'est pas immédiat. Ça prend 2 à 4 semaines avant de ressentir une vraie amélioration. On ne doit jamais arrêter brutalement un traitement. Le bon médicament peut nécessiter plusieurs essais. C'est souvent mal compris et vécu comme un échec. Donc, troisièmement, il y a les autres approches. Il va y avoir pour les dépressions sévères ou résistantes, les ECT, c'est-à-dire les électrocombustivothérapies. qui est très mal perçue mais apparemment à tort, parce qu'elle reste l'un des traitements les plus efficaces dans les cas graves. Il va y avoir le TMS, c'est la simulation magnétique transcranienne, qui est les noix invasives et qui est en plein essor. La kétamine ou l'eskétamine, qui est un traitement récent pour les dépressions résistantes et a un effet rapide. Et enfin, vous avez la luminothérapie, particulièrement efficace pour la dépression saisonnière. Donc pour résumer la dépression, ce n'est pas juste d'être triste plus fort et plus longtemps, c'est un point d'arrivée possible sur plusieurs continuums qui interagissent, biologique, cognitif, social. Et le DSM-5 ne fait que poser des repères pratiques sur ce paysage par ailleurs continu. J'aimerais vous laisser aujourd'hui sur une citation de Victor Hugo, pour les personnes qui sont en pleine dépression en ce moment et qui n'arrivent pas à s'en sortir. Pensez un peu à cette citation qui dit « Même la nuit la plus sombre prendra fin et le soleil se lèvera. » Alors évidemment, si vous avez une souffrance quelconque ou un trouble psychique, il faut continuer à prendre votre traitement, continuer à voir votre psychiatre et continuer à voir votre psychothérapeute. Si vous avez une souffrance quelconque ou un trouble psychique et que vous n'avez entamé aucune démarche pour y remédier, Allez consulter un psychiatre, un psychothérapeute et prenez le traitement qui vous demande. Si vous avez des choses à dire sur tout ça ou des questions à poser, je serais content que vous les ajoutiez dans vos commentaires. La prochaine fois ce sera un épisode d'été. En été je traite de troubles un peu plus éloignés de la cible de base qui était au début les psychoses. Je cite entre plusieurs troubles, le trouble du spectre autistique, le trouble dissociatif de l'identité ou d'autres troubles, je sais pas. Si vous avez des idées pour les prochains épisodes, je suis tout au lit. N'oubliez pas de faire un tour et de partager mon site internet spirale1994.fr. Vous pouvez y trouver mon livre qui est un livre sur mon expérience de la maladie mentale, mais un livre thérapeutique qui apporte de l'optimisme là où tout semble perdu. Le livre est aussi sur KDP Amazon et bientôt sur TikTok Shop Vendeur. Vous pouvez trouver tous les liens concernant les réseaux et le podcast sur la description. N'oubliez pas d'évaluer ce podcast à l'aide des étoiles, et votre soutien financier via notre page Tipeee nous est vital, le lien est dans la description aussi. Allez, je vous souhaite bon courage et continuez de lutter, ciao ciao !