- Speaker #0
La Sportive Outdoor, le podcast des sports outdoor aux féminins pour s'inspirer, apprendre et oser.
- Speaker #1
Bonjour à toutes, aujourd'hui je reçois Mathilde Sipos, plus connue sur Instagram sous le pseudo En Route Mathilde. Avec Mathilde, on s'est rencontré cet été en haut du col de la Furka en Suisse, alors qu'elle faisait Paris-Budapest à vélo. Une aventure un peu folle pour quelqu'un qui n'avait pas l'habitude de faire du vélo à la base et qu'elle va nous raconter aujourd'hui. Bienvenue Mathilde, trop contente de t'avoir ici. Est-ce que tu peux te présenter alors ?
- Speaker #0
Hello, salut Lorraine, moi aussi je suis très contente de te retrouver. Pour me présenter, moi je suis Mathilde, mais souvent plus connue sous le pseudo de En Route Mathilde, notamment sur Instagram, parce que c'est la plateforme sur laquelle je partage mes aventures. Ça fait deux ans maintenant que j'ai découvert que je pouvais partir le week-end depuis Paris, même en travaillant à plein temps. Pour aller à la montagne. Et donc, ça fait deux ans que je pratique beaucoup d'activités de montagne avec un angle plutôt débutant. Mais le plus important pour moi, c'est de partager mon état d'esprit et de montrer que c'est possible.
- Speaker #1
C'est un super état d'esprit, ça. Et avant ce voyage à vélo, tu étais quand même surtout une habituée de la randonnée. Comment t'es venue l'idée de partir à vélo cette fois-ci ?
- Speaker #0
J'avais envie d'un projet nouveau, d'un projet différent et d'un projet plus long. J'avais envie de me challenger aussi sur quelque chose d'autre, j'avais envie de pouvoir aller un peu plus loin, parce que c'est aussi ce que permet le vélo, donc sur ça c'est vraiment très agréable de pouvoir couvrir des distances plus longues. Et donc le vélo s'est imposé assez rapidement comme idée. Mais à la base, c'était plutôt au stade de l'idée, c'est-à-dire que j'avais encore un petit peu du mal à me projeter dans ce type de projet. Mais voilà, pour résumer, c'était vraiment l'envie de faire quelque chose de nouveau, de voyager peut-être un petit peu plus loin et sous un autre format.
- Speaker #1
Et pourquoi tu as choisi précisément Paris-Budapest ?
- Speaker #0
Ah, c'est une bonne question. En fait, c'est un hommage à mon grand-père. parce que j'ai des origines hongroises du côté de mon grand-père et pourtant je n'étais jamais allée dans son pays d'origine. Mon nom de famille pour l'anexote est hongrois aussi et d'ailleurs c'est un nom de famille assez commun là-bas. Donc quand on donne ce nom, on pense vraiment que je suis hongroise donc moi ça a été assez marrant de le constater. Et donc l'idée de ce voyage en fait c'était de... Au-delà de faire un hommage à mon grand-père, c'était en fait de retracer un petit peu dans le sens inverse une histoire qu'il a vécue. Il faut savoir que mon grand-père, il est né en France d'une mère lorraine et d'un père hongrois qui avait du coup émigré. Et un été, alors que mon grand-père avait 4 ans, ils sont partis en Hongrie pour les vacances avec leur petite valise pour... pour rencontrer la famille, les grands-parents, etc., qu'ils n'avaient jamais vus. Sauf que ce n'était pas la bonne année pour faire ça, parce que la Seconde Guerre mondiale s'est déclenchée. Et en fait, ils se sont retrouvés bloqués pendant sept ans dans ce pays, en Hongrie, avec leur petite valise des vacances. Et en fait, ils ne pouvaient pas rentrer en France, parce que les frontières étaient bloquées, parce que c'était trop compliqué de traverser autant de frontières par voie terrestre et d'obtenir tous les papiers au bon moment pour pouvoir faire la traversée. Et du coup, mon idée à travers ce voyage, ça a été de montrer la chance qu'on a, nous en Europe, dans l'Europe actuelle, de pouvoir traverser autant de frontières avec autant de simplicité, simplement sur mon petit vélo. Et donc, le but de ce voyage, c'était vraiment d'illustrer ça et de pleinement jouir de cette chance qu'on a en Europe.
- Speaker #1
C'est vraiment un trop beau projet avec un superbe message, déjà génial évidemment pour toi parce que c'est vraiment ton histoire familiale mais je trouve le message aussi pour l'extérieur il est vraiment chouette. Et est-ce que tu te souviens du moment précis où tu disais qu'à la base c'était une idée mais que tu n'avais pas décidé vraiment de le faire, tu n'avais pas un timing et tout ? Est-ce que tu te souviens de cet instant que tu t'es dit non mais en fait c'est pas juste une idée, je vais le faire quoi ?
- Speaker #0
Je crois que je me souviens pas très bien mais ce que je me souviens c'est que quand je suis rentrée, même quelques semaines plus tard, j'ai rouvert un carnet dans lequel j'avais écrit ce projet. Le projet à la base, c'était plutôt faire 2000 km à vélo, mais je ne savais pas encore dans quelle direction. C'est après seulement que l'hommage à mon grand-père m'est venu comme idée. D'ailleurs, c'est quelque chose qui m'a vraiment beaucoup portée. Donc, je suis contente d'être allée vers l'Est, entre guillemets. Et donc, en rouvrant ce carnet au retour du voyage, je me suis vraiment dit, mais je l'ai fait. C'est vraiment fou. Ça m'a vraiment paru fou. Mais c'est un projet que j'ai monté aussi en très peu de temps. D'ailleurs, ça fait partie des petites erreurs que j'ai faites. mais j'arrive toujours pas à croire qu'est-ce qui s'est passé qui a pu faire que je suis passée d'une idée, de quelque chose que j'ai écrit un jour dans mon carnet à un projet maintenant que j'ai réalisé c'est sympa aussi je trouve parfois de pas tout comprendre et rationaliser,
- Speaker #1
juste au final tu l'as fait quoi et qu'est-ce qui te motivait le plus aussi à te lancer dans cette aventure, donc évidemment tout l'aspect émotionnel etc dont tu parlais Merci. mais tu vois il y a peut-être d'autres choses et au contraire est-ce que tu peux nous dire quels étaient peut-être tes plus grandes craintes parce que tu disais que tu n'avais jamais fait ça donc en fait ce qui m'a porté aussi,
- Speaker #0
ce qui m'a donné envie de faire ce projet c'était de me challenger aussi physiquement beaucoup j'avais envie d'aller un peu plus loin même si je pense que j'avais sous-estimé cette partie parce que en fait Au-delà de ça, ce qui compte toujours un peu le plus pour moi dans mes aventures, c'est le dépassement psychologique et mental que je vais vivre. C'est la première chose que je cherche quand je pars en aventure. Et là, partir plus longtemps, partir dans des pays étrangers, dans des montagnes et des zones que je ne connais pas, et tout ça toute seule, ça a apporté vraiment une dimension que j'avais. beaucoup envie d'explorer, donc j'avais envie de me tester sur ce terrain-là. Et j'ai presque envie de dire que ça, c'était la priorité, en fait, même par rapport au dépassement physique du projet que j'avais aussi envie de vivre. C'était vraiment cet aspect-là. Et ensuite, je me suis pris un peu le mur des salpes et du dénivelé et de tout ça. Mais pour résumer, vraiment, ma priorité, c'est toujours l'aspect... psychologique que je vis derrière parce que pour moi, c'est ça qui fait la richesse d'une aventure, quelle qu'elle soit.
- Speaker #1
C'est important. Et le truc qui te faisait le plus peur avant de partir ?
- Speaker #0
En fait, je suis partie avec assez peu de peur au final. J'avais peur du projet au global, mais quand je le décomposais jour par jour, ça me paraissait largement faisable. Donc, c'était plus que j'avais une peur. général de l'inconnu en fait de me lancer dans un projet comme ça. Mais comparé à d'autres projets, il y avait des choses sur lesquelles j'avais un peu moins peur parce que le fait d'être à vélo, ça donne beaucoup plus de mobilité, de flexibilité. Et aussi, je savais qu'à vélo, contrairement à parfois la haute montagne en rando, on a toujours la possibilité de monter dans un train, d'aller chercher de l'eau. Donc je me sentais... plus en sécurité sur pas mal d'aspects par rapport à d'autres aventures mais là encore je pense que j'aurais dû ou pu avoir un petit peu plus peur du dénivelé et de la partie physique de ce qui m'attendait mais je crois que c'est encore une fois la preuve que finalement au mental on peut faire beaucoup de choses et donc je suis contente de ne pas avoir laissé cette Merci. peur de la difficulté physique m'empêchait de me lancer parce qu'au final, ça était faisable.
- Speaker #1
C'est clair. Et comment est-ce que tu t'es préparée ? Donc tu disais que tu t'es préparée rapidement, mais est-ce que tu as quand même mis en place des choses ? Est-ce que tu as quand même fait un peu de vélo avant ou est-ce que tu as fait une préparation physique particulière avant de te lancer ?
- Speaker #0
Donc moi, ce qu'il faut savoir, c'est que j'ai quand même un passif avec le vélo. J'ai fait beaucoup de VTT étant plus jeune. Mais ça remonte déjà à une dizaine d'années, donc ça ne m'a pas beaucoup aidée pour ce projet. Néanmoins, je pense que c'est important de préciser que je suis à l'aise sur un vélo. Donc ça, je pense que ça m'avantage. Je suis bien sur un vélo, je sais comment pousser, je suis à l'aise avec les pédales auto, j'ai déjà fait du dénivelé, etc. Mais je n'avais jamais fait un col. J'avais jamais fait autant de jours d'affilée, j'avais même jamais fait plus que 70 km en une sortie, alors que c'était ma première journée, la plus petite en fait, de tout ce que j'allais faire. Donc il y a beaucoup de choses que j'ai sous-estimées, que ce soit le dénivelé, le poids du vélo, mais aussi la récupération. et donc en fait j'étais au final pas du tout préparée pour tout ça et je pense que ça m'a ça m'a un petit peu manqué mais du coup aujourd'hui avec du recul ça fait pleinement partie de mon projet et aussi des messages que j'ai envie de faire passer j'ai toujours dit qu'il fallait oser se lancer même si on se sentait pas 100% prêt et je pense que c'est une belle illustration que ça fonctionne, que ça peut fonctionner
- Speaker #1
Au moins, tu réalises exactement le message que tu prônes. C'est plutôt bien. Et comment est-ce que tu t'es équipée ? Parce que tu disais, en fait, tu n'avais même pas de matériel. Tu n'avais pas de vélo, tu n'avais pas de sacoche, je ne sais pas, cuissard. Comment est-ce que tu as fait ça ?
- Speaker #0
Sur ça, j'ai eu la chance d'être accompagnée par des très beaux sponsors. Donc, Colombien, évidemment, qui m'accompagne sur tous mes projets tout au long de l'année, qui est là. Mais aussi, Lapierre qui m'a... qui m'a offert un vélo donc ça ça a été un petit peu le plus gros morceau où j'ai été vraiment très chanceuse en fait de pouvoir partir avec un vélo d'une aussi bonne qualité avec si peu de poids etc et je pense que globalement sur tout mon matériel j'ai été au plus light possible entre guillemets sur beaucoup de choses grâce déjà à mes sponsors mais aussi grâce au fait que j'avais déjà une Merci. Une expérience quand même de partir light avec la rando, etc. Mais aussi, j'avais lu beaucoup de livres de voyageurs à vélo qui spécifiaient qu'au bout de deux jours ou trois jours, ils renvoyaient cinq kilos de matériel à la maison. Moi, je n'avais simplement pas de quoi renvoyer cinq kilos de matériel à la maison parce que j'avais un tee-shirt et un short pour le soir, deux cuissards et deux maillots pour pouvoir faire un roulement, une doudoune et une polaire, et c'était tout. Donc, j'avais vraiment rien pris en rave. J'ai eu la chance de partir avec du bon matériel, ce qui aide aussi mentalement et physiquement, bien sûr, mais mentalement dans les périodes les plus dures, de ne pas remettre la faute sur le poids de son vélo, etc. Dans tous les cas, il est lourd. Je crois que j'étais autour de 23-24 kg, tout compris avec l'eau et le vélo. C'est quand même pas mal avec la tente, le duvet, le matelas, etc. Dire toute la vérité, j'ai reçu mon vélo et tout mon matériel cinq jours avant de partir. Donc en fait, la semaine qui précédait le départ, ça a été beaucoup, beaucoup de stress. Et j'étais déjà en fait très fatiguée de la préparation de tout ça, de tout installer sur le vélo alors que je ne l'avais jamais fait, de faire des essais pour voir si ça tenait. Donc voilà, mon papa, il m'a aussi aidée sur deux, trois choses clés. et des décisions à prendre sur le setup que j'avais du mal à faire toute seule mais globalement ça aussi ça a été un petit manque de préparation de tout faire aussi rapidement avant le départ c'est
- Speaker #1
pas évident, au final tu t'en es bien sortie donc ouais au niveau sacoche, t'avais quoi ? une sacoche de sel ? j'essaie de me souvenir en même temps deux sacoches de fourche il me semble et une sacoche de cintre en faisant
- Speaker #0
Oui, alors en fait, j'avais un petit peu tout ce que je pouvais mettre. Donc moi, j'avais un vélo vraiment type gravel, pas vraiment un vélo de voyage en acier ou en alu avec des portes bagages, etc. J'étais vraiment sous le format light avec des sacoches. Donc j'avais la sacoche de sel qui était vraiment la plus volumineuse. Je crois que j'étais autour de 15 litres. Et dedans, du coup, j'arrivais vraiment à faire tenir tout mon équipement pour le soir. Donc matelas, tente, duvet, doudoune. et je pense serviettes de bain, truc comme ça. Ensuite, j'avais les deux sacoches de fourche qui, elles, étaient plus petites. Donc, j'étais autour de 3-4 litres, je pense, sur chacune. Et dedans, j'arrivais simplement à mettre mes vêtements de rechange, donc maillot, cuissard, veste de pluie, polaire, et affaires de rechange pour le soir. Ensuite, sur le cintre, j'avais Deux sacoches, une plus grande et une plus petite accumulée au-dessus. Et dedans, j'avais du matériel un peu plus général. J'avais pris un réchaud, j'avais mes réserves de nourriture, trousse de toilette, crème solaire, voilà, toutes ces petites choses-là. Et dans ma sacoche de cadre, qui elle aussi n'était pas très grande, mais j'avais un peu tout ce qui est matériel photo, vidéo, batterie, etc. Et aussi le matériel de réparation pour le vélo. Voilà tout ce que j'avais sur moi. C'est-à-dire pas de maillot de bain, par exemple.
- Speaker #1
Rien en extrait,
- Speaker #0
pas de livre, pas de rien.
- Speaker #1
C'est vrai que rien que ton matériel photo-vidéo, ça prend de la place. En fait, pendant cette aventure, tu publiais quand même un reel par jour sur Insta. Il faut bien avoir du matos pour le faire.
- Speaker #0
Ça aussi, c'était vraiment un aspect qui faisait 100% partie de l'aventure, de la partie création de contenu et partage en vidéo de mon projet. Donc en effet, j'ai publié, j'ai partagé une vidéo par jour qui a été montée, j'ai de la chance par mon monteur. qui a pu faire le montage chaque jour de la vidéo du jour. Et ça aussi, c'était une aventure au sein de l'aventure parce que ça prend du temps, parce que ça prend de l'espace mental. Mais ça m'a aussi beaucoup nourrie et c'est aussi quelque chose qui faisait pleinement partie du projet dès le début. Je ne m'imaginais pas faire un projet comme ça autrement. Et je trouve que tout s'est très bien passé là-dessus. Et surtout que j'ai été aussi énormément nourrie. parce que j'ai partagé les retours de ma communauté sur le projet. Donc ça, ça a été vraiment une grande chance aussi.
- Speaker #1
Oui, j'imagine que ça doit un peu porter aussi. Et alors, on va passer vraiment au voyage en lui-même. Déjà, les premiers jours, comment ça s'est déroulé ? Quelles ont été tes sensations de te retrouver sur ce vélo pendant quand même de bonnes durées par jour ?
- Speaker #0
Oui, alors il y avait plusieurs phases en effet du voyage. Les premiers jours, j'ai pas mal segmenté le voyage par... pays parce que ça matche aussi pas mal avec les phases et les états d'esprit que j'ai eu donc sur les premiers jours on est vraiment en France j'ai dû mettre peut-être 5 ou 6 jours à atteindre la frontière suisse je sais plus exactement donc la première étape c'était Paris-Fontainebleau et j'ai passé la nuit du coup, la première nuit chez mes parents à Fontainebleau Donc ça, ça m'a permis aussi de partir un petit peu sereinement pour la toute toute première journée, qui était en plus pas la plus agréable parce que voilà, il faut sortir de Paris, etc. Mais ça me tenait vraiment à cœur de partir depuis Paris, vraiment juste à côté de mon appart, la tour Eiffel, etc. Et ensuite, c'était vraiment le lendemain, le départ de Fontainebleau où là, j'avais vraiment l'impression de prendre mon vrai départ en fait. Et je pense toujours à Kiki la sorcière. Je ne sais pas pour ceux qui auront la rêve de ce dessin animé, mais c'est vraiment la sensation de quitter mes parents et de partir un peu pour un voyage initiatique assez flou. Donc je me souviens très très très très bien de ces premiers coups de pédale depuis la maison de mes parents en me disant, ben voilà, je ne sais pas quand je vais revenir, je ne sais pas si j'irai au bout. Mais les sensations de la première journée étaient... Elle était vraiment très bonne, j'étais très sereine, très heureuse de prendre la route. Donc ça, c'était vraiment la sensation des premiers jours. Je découvrais tout au fur et à mesure, le rythme de trouver les campings, planter la tente, envoyer les vidéos à mon monteur, regarder, faire le point avec lui sur les montages, regarder l'itinéraire sur les prochains jours. voilà il y avait Je découvrais en fait toute la gestion du projet et je découvrais aussi petit à petit que ça allait être beaucoup plus fatigant que ce que j'avais imaginé parce que je m'étais beaucoup focalisée sur les kilomètres, le nombre de kilomètres par jour et moins sur la charge de tout ce qu'il y a autour plutôt. La difficulté à récupérer, la partie logistique en fait que j'avais sous-estimée mais qui est... que je devais faire aussi par moi-même et toute seule. Et donc, en fait, au fur et à mesure des premiers jours, je pense que j'ai vraiment commencé à avoir une fatigue qui s'est accumulée petit à petit, les premières douleurs, etc. Combinées à l'euphorie du départ, en fait. C'était vraiment ça, le mood global.
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment des sentiments un peu mélangés. Et comment ça s'est déroulé ? Alors, tu disais qu'il y a un peu des phases. Donc là, c'est un peu le premier jour en France. Et ensuite ?
- Speaker #0
Et bien ensuite j'ai eu le passage en Suisse donc j'ai eu un petit problème mine de rien que j'avais pas anticipé. Je pense que typiquement c'est le genre de choses auxquelles j'aurais pensé si j'avais eu un peu plus de temps de préparation. Mais il s'agit en fait de mon braquet sur le vélo, donc de mon plateau sur mon vélo qui en fait n'était pas à la bonne. taille je pense pour moi notamment par rapport à ce que j'allais faire et c'est quelque chose que j'avais pas du tout anticipé donc mon vélo c'est un monoplateau Donc en fait, le choix du plateau à l'avant est très important parce qu'il détermine en fait la difficulté de pédalage, donc le braquet. Et en fait, au fur et à mesure des premiers jours où je suis partie, je me suis aperçue que mon plateau était trop grand et donc la difficulté de pédalage trop élevée par rapport à ce qui allait m'attendre, notamment en termes de dénivelé. Et qu'en fait, j'allais juste simplement pas être capable de mouliner assez pour faire beaucoup de dénivelé. et donc ça je m'en suis aperçue vraiment le Tout dernier jour avant de passer en Suisse, j'avais un petit peu de mal à me décider est-ce qu'il fallait que je change de plateau, que je mette tout en œuvre pour pouvoir le faire ou pas. Et je n'avais pas envie de perdre trop de jours. Et il y avait beaucoup de problèmes. Il fallait que je prenne des décisions, il fallait que je m'entoure bien sur cette prise de décision. Il fallait aussi que les pièces soient disponibles. Donc j'ai parcouru pas mal de magasins de vélo qui n'avaient pas la pièce parce qu'en fait, ben voilà. Les pièces sont livrées tellement rapidement que sur des choses qui ne sont pas standards, les magasins de vélo n'ont pas besoin de stocker. Et donc, ça aussi, c'était une découverte pour moi. Mais j'ai eu la chance, en fait, à m'établier. Donc, vraiment, une demi-journée avant de passer la frontière, d'atterrir dans un magasin de vélo qui m'a vraiment aidée. Et je pense que ça a été un moment crucial du voyage, en fait, parce que sans eux, ça ne se serait pas passé de manière aussi fluide. Ils ont tout mis en œuvre pour m'aider, pour trouver un plateau dans le coin. Ils ont appelé tous les autres magasins de vélos. Ils ont même été voir chez eux s'ils n'avaient pas du stock ou un plateau qui traînait. Et finalement, ils ont carrément démonté le plateau d'un vélo neuf qu'ils avaient en vente au magasin pour le monter sur mon vélo et recommander la pièce par eux-mêmes par la suite. Donc j'ai été extrêmement touchée. Ils ont vraiment, vraiment... était d'une grande contribution sur ce voyage. Et ça aussi, je trouve que ça résume bien l'esprit global que j'ai ressenti avec le vélo. Comparé à la rando, où justement je ne savais pas du tout à quoi m'attendre sur le vélo, même sur ma communauté, sur les vélos routes, etc. En fait, j'ai été très agréablement surprise de constater l'accueil que j'ai eu dans l'univers du vélo et l'état d'esprit d'entraide qu'il y a dans le vélo. Ça a été vraiment crucial. Grâce à ça, j'ai pu passer sereinement en Suisse le jour même, l'après-midi même du changement de plateau. Et arriver sur Lausanne où j'ai été hébergée gentiment par une fille de ma communauté qui s'appelle Pauline. Encore merci beaucoup à elle. Et passer la journée avec elle, enfin plutôt la soirée parce que je suis arrivée le soir. Fêter la fête nationale suisse, donc là c'était vraiment ma grande entrée en Suisse et la découverte de quelques traditions. Avant de passer justement à la suite du voyage en Suisse, qui là, pareil, il y a eu plusieurs phases au sein de la Suisse. Mais donc voilà, j'ai commencé par longer le lac sur un petit tronçon, ensuite là je fais un petit récap de l'itinéraire. Mais donc j'ai longé le lac Léman sur une portion. Ensuite, j'ai fait un détour par Gruyère pour visiter Gruyère. Et ensuite, je suis revenue, redescendue direction Sion, Sierre, etc. Pour là, arriver dans la vallée du Rhône. Et tout remonter, en fait, toute cette vallée incroyable. Et donc là, ça a été les premières fois où j'étais vraiment... à enchaîner beaucoup de dénivelé chaque jour, à augmenter aussi un petit peu ma fatigue et à sentir que ça devenait de plus en plus compliqué jusqu'au point culminant des problèmes où en fait j'ai commencé à avoir le syndrome de l'essuie-glace au niveau des genoux suite à des réglages qui ont été un petit peu compliqués sur mon vélo etc. Et donc là en fait ça a été le premier moment un peu compliqué du voyage où en fait j'ai dû m'arrêter pendant deux jours. Enfin plutôt un jour et deux nuits on va dire. En fait je pouvais simplement pas continuer parce que j'avais atteint une charge physique et mentale un peu trop élevée par rapport à ce que je pouvais endurer. Et donc la pause commençait à être nécessaire. J'avais déjà fait une nuit de pause à Lausanne où là aussi j'avais fait une journée un peu plus tranquille. Où j'avais commencé à regarder les itinéraires en Suisse etc. Parce qu'une journée tranquille, c'est jamais très tranquille, parce que c'est les lessives, c'est la programmation de la suite, etc., même si ça fait quand même beaucoup de bien. Et du coup, j'ai dû faire cette journée de pause, et là, ça a été très compliqué, surtout mentalement, parce qu'en fait, pour la première fois, j'ai commencé à me dire, mais en fait, peut-être que je ne vais pas y arriver. Alors qu'en termes d'état d'esprit, quand j'étais partie, dans tous les cas, je n'avais vraiment pas douté du fait que... J'allais réussir à atteindre mon objectif, que ce soit en prenant des jours de pause ou peut-être en prenant un train s'il y avait besoin. J'avais vraiment cet état d'esprit de facilité. Et là, en fait, d'un coup, je me trouvais confrontée à la dure réalité, à mes limites physiques et en fait, de constater que j'avais jamais imaginé que peut-être j'y arriverais pas. Et là, d'un coup, ça devenait comme une évidence qu'en fait, il y avait cette possibilité et je ne l'avais pas du tout intégré avant de partir. Et donc là, mentalement, ça a été un peu la période la plus dure du voyage de me dire, en fait, peut-être que je ne vais pas y arriver parce que là, j'ai mal aux genoux et que je ne sais pas si je vais pouvoir continuer. Donc, ça a été un peu dur, cette période-là. Mais voilà, en prenant un peu de repos aussi, mentalement, on dédramatise un peu. On commence à envisager des solutions. Le repos fait du bien aussi au niveau des genoux. Je me suis fait masser plusieurs fois. Et ça, ça m'a permis de repartir le surlendemain.
- Speaker #1
Donc, tout ça, c'est la phase suisse. C'est quand je t'ai croisée. Et ensuite, alors, la suite de l'itinéraire, est-ce que ça s'est... Mieux déroulé, c'était peut-être quand même un peu plus plat parce que la Suisse, c'est vrai que c'était particulièrement dur.
- Speaker #0
Oui, voilà. Nous, en fait, on s'est croisés à un moment assez crucial justement où je reprenais la route et je reprenais confiance en moi après quelques jours où ça commençait à aller un petit peu mieux. Donc après une ou deux petites étapes sur mon vélo, là, j'attaquais un des plus gros morceaux du voyage qui était le col de la Furka. qui était un de mes plus gros cols, et ben voilà, avec la même stratégie de mouliner, de ne pas aller trop vite, et d'écouter mon corps, c'est-à-dire que le début, le matin, je m'étais dit, si ça ne le fait pas, si je sens que je n'y arrive pas, je fais demi-tour, je redescends, je monte dans un train, et je passe à travers le tunnel si je n'arrive pas à passer ce col. Mais heureusement, j'ai réussi, et donc oui, c'est vrai qu'on a eu la chance incroyable de se rencontrer au sommet de ce col. Et émotionnellement, ça m'a fait du bien d'ailleurs que tu sois là, de partager ce moment avec vous. Parce que c'était un grand moment pour moi du voyage. Je pense que c'était le moment où j'étais le plus haut en altitude aussi. C'était le moment où je recommençais à prendre un peu confiance et à me dire, si j'ai réussi ça, peut-être que je peux tout réussir. Et donc voilà, après j'ai continué mon périple en Suisse. Mais voilà, c'était à nouveau pas de tout repos. Il y avait d'école chaque jour, beaucoup de dénivelé. Et la solitude surtout commençait un petit peu à me peser. parce que physiquement quand c'est dur on a envie de pouvoir s'appuyer sur quelqu'un et là même si c'était une solitude que j'avais recherchée parce que j'adore partir en solo pour tout ce que ça implique et bien ça devenait un petit peu pesant et je me sentais de plus en plus faible mentalement et moralement et c'est là en fait qu'a eu lieu un deuxième gros switch du voyage c'est marrant c'est toujours un peu au niveau du passage des frontières un matin où j'ai honnêtement failli abandonner la journée parce que le tracé que j'avais fait, j'étais tiraillée entre l'envie de rester longtemps en Suisse pour la beauté des paysages et l'amour de la montagne, mais la frustration de physiquement ne pas réussir à tenir le tracé que j'avais envie de faire. Et donc ce jour-là, j'ai ouvert les yeux sur un autre itinéraire que je n'avais pas du tout considéré. Et donc je suis passée d'un mood où le matin j'avais envie de monter dans un train ... pour skipper quelques étapes, à le fait de, de manière effective, passer une frontière, passer très rapidement dans Liechtenstein et ensuite passer en Autriche, que je n'avais pas du tout imaginé le matin en me levant que j'allais passer cette frontière, mais aussi rencontrer quelqu'un sur la route, qui s'appelle Philippe, un Autrichien qui était aussi en voyage à vélo, avec lequel on a partagé deux journées, et que j'ai rencontré pareil à un moment très crucial du passage de la frontière. Ça m'a beaucoup motivée cette journée-là et ça m'a prouvé que j'étais capable de pédaler et de continuer. Et le lendemain, pour cette première journée en Autriche, qui était marquée par le dernier gros col du voyage, mais pour le coup un très très gros col. On était rentrés en Autriche et le col est après pour redescendre sur Innsbruck derrière. Et heureusement, on a passé cette épreuve ensemble. Il m'a beaucoup motivée. il m'a même dit Et c'est un petit secret, il m'a même poussé dans le dos, mais c'est pas moi qui l'avais demandé. Donc voilà, ça m'a beaucoup motivée. Et à partir de là, voilà, à partir de ce moment-là, donc j'étais déjà en Autriche depuis deux jours, mais à partir de là, je savais qu'il me restait 800 kilomètres, 800 kilomètres de plat. Et donc, huit jours de voyage, parce que 100 kilomètres par jour. Et donc là, en fait, à partir de ce moment-là, le voyage s'est transformé. J'avais la certitude à nouveau que j'allais y arriver. Et j'avais le bonheur aussi de pouvoir un petit peu plus tracer sur du plat. Mais du coup, ça s'est marqué par des étapes aussi qui avaient un ressenti un petit peu plus long, un petit peu plus monotone. Mais j'étais tellement happée par l'envie, le but en fait qui se rapprochait et l'envie d'atteindre ce but. La confiance retrouvée dans le fait que j'allais l'atteindre, que j'étais portée par ça jusqu'à la fin du voyage. Donc à partir de là, j'ai tracé, du coup j'ai complètement traversé l'Autriche du coup de ouest en est, un peu comme la Suisse, avant de passer mon avant-dernière frontière, donc Autriche-Slovakie, où j'ai passé une journée à Bratislava qui était un peu une journée de repos et de visite, ce qui m'a fait aussi beaucoup de bien. tout en sachant que deux jours plus tard, je serais arrivée. Donc ça aussi, c'était très chouette de savoir que je pouvais savourer, d'autant plus que je savais que j'allais vraiment atteindre mon objectif. Et ensuite, le lendemain, le passage de la Slovaquie à la Hongrie. Une nuit un peu perdue dans la campagne. Et le lendemain, l'arrivée à Budapest après 28 jours de vélo. Voilà le périple.
- Speaker #1
Incroyable. C'est intéressant je trouve de voir toutes les émotions que tu as ressenties. C'est un peu les montagnes russes pour plein de raisons et c'est normal. Mais c'est chouette de t'entendre le raconter en fait. Et l'arrivée alors, les émotions, ça donnait quoi ?
- Speaker #0
Je suis très touchée que tu mettes vraiment le doigt sur ce mot des émotions parce que je pense que ça a été un gros driver du voyage. En fait, j'étais tellement fatiguée aussi en un sens et tellement à bout de mes capacités mentales, physiques, etc. Même si pour beaucoup, mon projet, je pense que beaucoup de personnes sont capables de le faire, beaucoup l'ont fait. Il y a beaucoup de choses beaucoup plus difficiles à faire dans la vie. Mais pour moi, cet instant T, c'était quand même vraiment quelque chose de... Voilà, un gros challenge que je m'étais mis. Et en fait, du coup, de par la fatigue, j'ai eu une espèce de lâcher prise, en fait. et Comme si des filtres sautaient les uns après les autres. Et donc, j'ai vraiment vécu mes émotions, mais au sens le plus proche. Déjà avec moi-même, mais aussi avec l'extérieur. Et j'ai été très touchée de voir comment était le monde quand on vit ces émotions et quand on les partage de manière plus authentique et avec moins de filtres. Et je pense que je l'ai vécu un peu à un extrême. c'est-à-dire que parfois... J'arrivais à la caisse du supermarché et j'avais les larmes aux yeux. Et la personne en face, même si on n'avait pas créé plus de liens que ça, mais il y avait vraiment un écho dans mes émotions que j'ai ressenties. Je me souviens aussi d'un jour où j'ai pris un petit déj à un hôtel parce que je ne trouvais pas de boulangerie et que j'avais envie de vraiment prendre des forces. J'avais demandé à l'hôtel si je pouvais prendre mon petit déj là après avoir dormi dans ma tente sur un parking random pas très loin. et là pareil l'accueil de incroyable et qui me demande ah mais t'es à vélo t'es toute seule et moi qui suis super fatiguée au bout de ma vie j'ai déjà les larmes qui montent aux yeux je dis bah oui en fait ça crée des échanges vraiment incroyables tout au long du parcours jusqu'à jusqu'au moment final en fait où j'arrive à Budapest donc là j'ai eu la chance d'être accueillie en fait à Budapest parce qu'il y a un bar un bar français euh à Budapest, qui m'avait contactée pendant mon voyage et qui m'a accueillie à mon arrivée. Donc Florentin qui tient ce bar, qui a fondé ce lieu et qui est aussi passionné de vélo. En fait, il a roulé à mon encontre et donc on a fait, je pense, les 30 ou 40 derniers kilomètres ensemble. et donc du coup j'ai eu... Vraiment la joie de pouvoir partager ce moment, de me sentir accueillie dans cette ville, d'avoir aussi plein d'explications, d'être emmenée dans des points un petit peu clés à mon arrivée. Et ça, ça a été très, très riche pour moi parce que j'avais venu de vivre une grosse aventure et de pouvoir partager ça à l'arrivée, j'ai été très, très touchée. donc je suis arrivée à Budapest et donc dans ce bar français qui s'appelle le Troquet où j'ai pu retrouver quelques-uns de mes abonnés qui tous par hasard par le hasard vraiment le plus complet étaient à Budapest ce soir-là, donc on était une petite dizaine et donc après avoir pris ma douche on a passé une très belle soirée ensemble de partage et d'échange aussi d'autres voyageurs qui étaient en train de traverser et l'Europe ou même le continent, dans un sens ou dans l'autre, que ce soit à vélo ou en stop, il y a vraiment plein de très belles personnes et j'étais trop vraiment trop émue et contente de pouvoir partager ce moment avec ces personnes.
- Speaker #1
C'est vraiment une manière de finir en beauté, c'est génial. Et tu l'as un petit peu évoqué, mais je ne t'ai pas demandé avant, tu dormais où en fait ? Donc tu avais une tente, mais tu as alterné, je crois, entre bivouac et d'autres modes d'hébergement ?
- Speaker #0
Alors oui, j'ai beaucoup dormi en tente, principalement en camping. Ça aussi, c'est un choix pour la charge mentale. mais aussi la charge de mon téléphone et de mes appareils électroniques, le wifi, etc. Quand on se lance un défi et qu'on a envie de faire de la création de contenu, il y a beaucoup de choses qui sont driveées par ça au quotidien. Le choix de dormir en camping était aussi motivé par ça. Mais j'ai aussi alterné pour des questions de fatigue. Comme je disais, j'avais pas mal sous-estimé la récupération. et petit à petit je réalisais à quel point j'avais besoin de m'autoriser des nuits en dur. Donc pour ça, j'ai été dans des auberges de jeunesse, j'ai été dans des petits Airbnb, dans des petits gîtes. Voilà un peu ce que je trouvais sur la route. Mais je réservais toujours le jour même pour le soir. Ça, c'est quelque chose qui n'a jamais changé de tout le voyage.
- Speaker #1
C'est bien ce qui est important de s'écouter quand on fait autant de choses. C'est clair que c'est énorme. Gérer son itinéraire et faire de la création de contenu, c'est des grosses journées. Et les moments où, donc tu disais, là en Suisse, t'as des moments quand même vraiment durs, parce que t'avais des douleurs, tu commençais à douter. Qu'est-ce qui t'a permis, en fait, de surmonter ça et de te dire, non, mais quand même, je continue ?
- Speaker #0
Je pense que c'est là que c'est important, lorsqu'on se lance dans un projet, un défi, de savoir pourquoi on le fait, en fait. Parce qu'on a beau vouloir se challenger, on a beau vouloir faire des vidéos, au final, je crois que c'est... Je me suis aperçue que c'était pas vraiment ça qui comptait. Et moi, personnellement, de faire ce projet en hommage à mon grand-père, je pense que c'est vraiment ça qui m'a portée au quotidien, dans les moments de doute, etc. En plus, même s'il est décédé aujourd'hui, il y avait son anniversaire qui était en août pendant mon passage. Donc j'ai eu plein de messages, plein de petits clins d'œil. Et je pense que c'est vraiment ça qui m'a portée dans les moments les plus difficiles. mais voilà c'est aussi un tout en fait on se raccroche à ce qu'on peut je pense que mentalement des précédentes expériences ça permet en fait de se raccrocher à certaines choses de développer une force mentale pour dépasser les journées les plus difficiles et donc voilà j'avais vraiment ce tiraillement entre la sensation d'être très faible en fait Parce que très au contact de mes émotions, parce que très fatiguée, parce que beaucoup de doute aussi sur ma capacité à réussir. Mais à la fois la sensation d'être très forte de ce que j'étais en train d'accomplir. Et donc c'était vraiment cette ambivalence-là et le passage de l'un à l'autre au cours de la journée qui a bercé le voyage, si je peux dire.
- Speaker #1
Et au global, qu'est-ce que tu penses que ce voyage t'a appris sur toi-même ?
- Speaker #0
Ce voyage m'a appris une chose importante. C'est qu'en fait, on a beau partir loin, partir faire autre chose, et on a l'impression qu'on va changer, qu'on aura un mood un petit peu différent. En fait, ma sensation, c'est que si on part pour fuir quelque chose à la maison, ce quelque chose va nous suivre. Voilà, je ne savais pas très bien comment résumer. Mais ce que je veux dire, c'est qu'en partant, j'avais vraiment cru que... J'allais partir en vacances, que j'allais me mettre dans un état d'esprit où j'allais profiter chaque jour, où j'allais boire l'apéro tranquillou à la fin de ma journée de vélo. Et en fait, c'était pas du tout comme ça, parce que moi dans ma tête, je m'étais mise dans un mood défi sportif, physique, je me bats, j'ai envie d'y arriver. Et en fait, du coup, j'ai constaté que même si on part loin, même si on part faire quelque chose de nouveau, et bien... nos travers ou les choses sur lesquelles on essaye de travailler un petit peu à la maison, ça va nous suivre. Et donc là encore, j'ai vraiment vu en face que les choses sur lesquelles j'essaye de travailler, sur ma personnalité, sur mes états d'esprit, ça me suivra même jusqu'au bout du monde. Donc autant commencer à travailler là-dessus à la maison. Donc ça, c'est une première partie de la réponse. Mais la deuxième partie de la réponse, qui est d'autant plus importante, Et j'espère ne pas couper des questions. Mais en fait, j'ai presque appris plus après ce voyage que pendant. Parce que la phase d'après-voyage, elle a été tout aussi intense, bizarrement. Je m'attendais à arriver à Budapest en ayant atteint mon Graal, en étant... super fière de moi, super contente. Mais en fait, là encore, je me suis touchée à une forme presque d'insatisfaction, de me dire, mais OK, j'ai réussi, c'est quoi le prochain projet ? Et en fait, ça m'a presque fait du mal de voir que j'avais du mal à être fière de moi, que j'avais toujours un besoin de chercher plus, alors que là, je pensais que je ne pouvais pas faire plus, et donc que je ne pouvais pas être plus fière de moi qu'après ce type de projet. Et en fait, j'ai constaté, et c'est aussi un petit peu ce que je disais avant, que nos travers nous suivent jusqu'au bout. Et en fait, du coup, j'ai été assez frustrée de me dire, mais Mathilde, si t'es pas fière de toi, après 2000 kilomètres à vélo, qu'est-ce qu'il faut que tu fasses ? Faut que t'en fasses 10 000, faut que t'en fasses 15 000, faut que t'ailles jusqu'au bout de l'épuisement. Et donc, en fait, c'est là que ce voyage a été transformateur pour moi parce qu'après y être arrivée, j'ai entamé vraiment une phase de réflexion assez... assez profondes par rapport au sens de tout ça. Et je pense que c'est presque ça qui a été le plus riche, c'est que ce projet m'a permis de réaliser que j'avais peut-être parfois une fuite en avant dans mes projets. Et donc là, sur les mois qui ont suivi ce projet, j'ai été beaucoup plus douce avec moi-même, j'ai été beaucoup plus dans l'introspection et la réflexion pour mettre des mots sur mes ressentis, sur ce que je vis. et donc beaucoup de personnes me posent la question de mes prochains projets etc mais je crois que je trouve assez confortable la position de me dire là en ce moment je prends le temps et même si je vais très probablement me relancer dans des projets très similaires j'ai besoin de le faire avec un état d'esprit différent pour que ce soit plus nourrissant et plus pérenne pour moi et donc je suis encore un petit peu dans cette phase là voilà
- Speaker #1
Ouais, t'as bien résumé et je trouve qu'on comprend vraiment bien ce que tu veux dire et je trouve ça génial en fait comme apprentissage parce qu'effectivement chez pas mal de gens, on a l'impression que c'est un peu une succession de projets. Donc bon, il y en a qui ça convient peut-être, mais parfois c'est vrai qu'on se demande un peu si juste il faut cocher des cases, tu vois, et faire toujours plus gros. Là, je trouve génial que, enfin déjà, toi t'es jeune, tu as fait ce projet-là et en fait, t'as déjà pris conscience de ça. Enfin, c'est excellent quoi, ça veut dire qu'il y a plein de trucs chouettes qui t'attendent. Avec un côté plus serein peut-être pour de prochaines aventures. Je trouve ça génial. Est-ce que tu as bien géré la récupération en rentrant ? Parce que tu avais quand même ces douleurs au genou. Est-ce que ça va mieux ?
- Speaker #0
J'ai été optimiste et pleine de bonne volonté au début. J'ai commencé le kiné, j'ai essayé d'être plus à l'écoute, j'ai vraiment fait des pauses, etc. Mais là, pour être tout à fait honnête, je suis un peu dans la phase où j'ai l'impression que je vois peu de progrès sur mes douleurs au genou. Et donc, je m'impatiente un petit peu de reprendre plus de choses. Donc voilà, je reprends la course au moins. Je ne suis pas encore remontée sur un vélo parce que je me méfie un peu. Mais c'est peut-être imminent, ne serait-ce que pour voir les sensations, etc.
- Speaker #1
Et puis peut-être que tu pourras reprendre, même faire une étude posturale sur ton vélo pour être sûre de ne pas ouvrir tes crampes et de ne pas avoir de douleurs. C'est vrai que c'est tellement... C'est tellement précis un positionnement sur le vélo au final que c'est pas si simple. Pour terminer, j'ai une petite question traditionnelle. Est-ce que tu as un conseil que tu voudrais donner à quelqu'un qui voudrait se lancer dans un projet similaire ? Alors pas forcément un voyage à vélo, mais en tout cas un projet qui tient à cœur.
- Speaker #0
Franchement, c'est mon conseil universel. C'est de faire le premier pas. Même quand on a l'impression qu'on n'est pas prêt, qu'on n'est pas assez bien équipé, qu'on ne va pas y arriver. Je trouve que c'est justement là qu'il faut y aller. Alors sans être totalement inconscient, bien évidemment, mais en ayant justement la conscience qu'on ne sera jamais 100% prêt, qu'on ne sera jamais 100% serein et qu'il ne faut pas attendre de l'être pour se lancer. Je pense que c'est ça le plus important parce qu'en fait, le premier pas, on peut le faire dès maintenant. On peut commencer à regarder l'itinéraire, on peut commencer à regarder l'équipement, on peut, voilà. Mais après, faire oser le premier pas, partir peut-être à une première journée ou un premier week-end. décomposer en fait le projet en étapes qui sont accessibles avec des steps qui sont faisables dès aujourd'hui je pense que c'est moi le conseil le plus important que je donnerais pour permettre de se lancer dans un projet de plus grande ampleur.
- Speaker #1
Un beau conseil merci beaucoup Mathilde, c'était vraiment super d'avoir tout ton partage d'expérience avec beaucoup d'émotions et de ressentis donc je pense que c'est toujours génial à écouter et puis aussi que ça peut être utile d'entendre tout ça, de voir que c'est pas toujours juste facile de se lancer dans ce genre de choses mais qu'on peut en retirer plein de choses,
- Speaker #0
donc un grand merci merci beaucoup à toi de m'avoir donné la parole et qu'on ait pu aborder tout plein de thèmes qui me tiennent beaucoup à coeur un petit peu plus en profondeur que mes formats habituels sur Instagram où tout va très vite donc merci à toi de m'avoir donné cet espace avec
- Speaker #1
grand plaisir,
- Speaker #0
à bientôt à bientôt
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cela vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner au podcast et à mettre une bonne note sur les plateformes, cela nous aide. A bientôt !