- Speaker #0
Super Docteur, c'est le podcast des soignants qui redonne de la noblesse à notre métier pour soigner mieux et différemment. Dans la première partie, on a posé les bases. Comment les biais systémiques se glissent dans nos pratiques ? Comment ils influencent l'évaluation de la douleur, la reconnaissance de la gravité, l'anamnèse ? Et pourquoi ils persistent encore dans notre formation ? Pour cette seconde partie, on poursuit avec mon invité Miguel Chema, étudiant en médecine. formé à la sociologie, ancien journaliste au Bondy Blog et créateur du compte Santé et Politique, il publie cette année La Santé et Politique aux éditions Belfont. Un regard rare qui croise clinique, science sociale et expérience personnelle pour éclairer les angles morts de notre système de santé. On va maintenant explorer plus précisément les populations les plus touchées, les angles morts que nous avons parfois en consultation et surtout ce que nous, médecins, pouvons changer concrètement dans notre pratique. Miguel, parmi les populations les plus discriminées, on parle des femmes racisées, de la communauté LGBTQ+, les classes populaires, les sans-papiers. Est-ce qu'il y a un point commun dans la manière dont le système médical les lie ou les comprend de travers ?
- Speaker #1
Je dirais qu'il y a un point commun parce qu'il y a un impensé. Il y a un impensé de la domination, il y a un impensé des rapports de force en jeu dans la pratique médicale même. Et ce qui est intéressant, c'est qu'on parle même vis-à-vis de la classe. On est dans un pays, il y a la sécurité sociale, etc. On parle beaucoup de classe et de santé, mais on en parle par exemple l'accès aux soins. On parle toujours de l'accès aux soins, de l'accès aux médecins. Et c'est un vrai problème, je ne sais pas là pour dire que ce n'est pas un problème. Mais ce qui est intéressant, c'est comme si une fois l'accès aux soins établi, la classe était neutralisée et il n'y avait pas des enjeux de classe dans la pratique médicale. En fait, la clé, c'est encore là. Il y a un très, très, très beau livre d'une sociologue qui s'appelle Aurore Loretti. Le livre s'appelle « Fabrique des inégalités sociales en santé » . Elle analyse, elle a fait un travail de terrain dans les services d'oncologie chez des patients ayant des cancers des voies aériennes supérieures. Elle voit comment le temps de la consultation varie selon la classe sociale. Rapidement, le temps varie pour deux raisons. La première, c'est les questions des patients. Donc les patients, les classes bourgeoises posent beaucoup plus de questions que les patients des classes populaires. De fait, pour poser des questions, il faut se sentir autorisé, il faut partir du principe que si on pose la question, on comprendra la réponse, etc. Et la deuxième, c'est que la précision apportée dans les réponses par les soignants varie, elle aussi, selon la classe sociale des patients. Et les soignants sont plus précis avec des personnes des classes populaires. avec des personnes des classes bourgeoises plutôt qu'à des classes populaires. Et donc, il y a un impensé des rapports sociaux dans la presse médicale, mais bien que des travaux en sciences sociales existent depuis des décennies maintenant, c'est comme si le monde médical était hermétique à tout ça. Ce qui est fou, c'est que, et je ne sais pas dans quelle mesure j'aurais pu savoir tout ce que je sais aujourd'hui au niveau des rapports sociaux en médecine. si je ne m'étais pas intéressé à la sociologie pour des raisons un peu biographiques et personnelles. Et la question pour moi, c'est aussi comment on crée un autre type de clinicien qui, au fond, a conscience de son inconscient, a conscience de la manière dont l'inconscient est chargé de chaînes de pensée qu'il ne maîtrise pas, et du coup, que ces chaînes de pensée ne soient plus des impensées, mais qu'ils soient... étudier, analyser et essayer de les neutraliser le mieux possible.
- Speaker #0
C'est vrai que tu soulignes quelque chose de passionnant, c'est que on pense, à la lecture de ton livre, à une certaine forme de maltraitance vis-à-vis de communautés particulières, j'en ai pas pied, ça peut être les sans-papiers, les gens de communautés différentes ou de genres différents, etc. Et il faut aussi penser aux gens au niveau socio-éducatif plus élevé qu'on soigne mieux que les autres, parce qu'on prend plus de temps avec eux, on a envie de mieux les soigner. Et je prends un exemple qui m'est arrivé, dont j'ai un petit peu honte, mais je vais te confier ça. Et en fait, ça m'est sauté aux yeux après avoir pris connaissance de ton travail. C'est pour ça que je te félicite pour tout ce que tu fais, parce que ça permet quand même de soulever des voiles comme ça et de rendre à la lumière du jour nos scotums, nos tâches aveugles. Et j'ai eu un patient qui avait un niveau socio-économique élevé, quelqu'un qui avait des responsabilités publiques. Et je me suis retrouvé malgré moi à être particulièrement attentionnée envers lui. Donc il y a aussi cette face-là, cette face de je peux maltraiter des gens que je comprends pas, qui ne me comprennent pas, avec qui j'ai des craintes particulières, etc. Mais je peux aussi, d'un autre côté, particulièrement mieux m'occuper de gens qui peuvent potentiellement m'aider ou me valoriser moi-même. C'est ça aussi qu'il faut prendre en compte.
- Speaker #1
Oui, et quand il y a des dominés, en fait, quand il y a des dominés, il y a toujours des dominants. Et s'il y a des gens défavorisés, exclus, marginalisés, d'autres ont une place beaucoup plus centrale. Et même quand cette place peut leur être déniée, même quand il y a des enjeux, la pratique médicale aussi est un enjeu. assez verticale entre un soignant et un soigné. Le soignant est celui qui a le pouvoir, le savoir, etc. Mais des gens qui ont les capitaux beaucoup plus élevés, ils peuvent s'assurer de cette victoire. Toujours dans les travaux d'Aurore Lerotti, elle interview aussi des patients, ici des classes beaucoup plus bourgeoises, elle se rend compte que les bourgeois, les personnes de classe moyenne, ont les moyens d'exiger du soignant un discours compréhensible. Si je ne comprends pas, si vous jargonnez, je vais vous demander de réexpliquer, de repréciser, de parler dans un langage compréhensible pour moi. Et pour gagner contre les mots, contre le jargon, il faut avoir des certains capitaux. Et ce sont des personnes, si des classes les plus favorisées qui ont ces capitaux-là. Voir qui Quels sont les patients qui vont demander un second avis médical ? Quels sont les patients qui peuvent challenger le soignant sur son savoir ? Et je pense que ça, c'est important de le comprendre.
- Speaker #0
Fascinant. Tu racontes des attitudes homophobes banales en consultation, à mon avis qui sont extrêmement fréquentes, qui passent parfois sous le radar du soignant. Est-ce qu'il y a des angles morts fréquents ? concernant les patients de la communauté LGBTQ+, par exemple ?
- Speaker #1
Moi, je vais dire que c'est intéressant, fascinant et assez déstabilisant de voir qu'un champ, le champ médical, qui ne cesse de dire qu'il agit, proscrit, prétrit, que sur des bases objectives, que sur des bases « evidence-based medicine » , qui se joue beaucoup d'arbitraires et beaucoup de choses... vraiment pas analysé et pensé. Et je pense que quand il s'agit du genre et des minoritaires sexuels et de genre, il y a énormément d'arbitres encore aujourd'hui. Donc oui, d'une part, ça ne fait pas si longtemps que l'homosexualité n'est plus une maladie psychiatrique. De même pour la transidentité, ça fait encore moins longtemps. Et on peut prendre, par exemple, j'avais lu le... le livre Santé sexuelle des personnes LGBT, si je ne me trompe pas, qui est un gros bouquin, qui a une couverture violette, j'ai oublié des auteurs, mais par exemple, l'un des articles avait mentionné le fait qu'il y avait beaucoup d'études qui avaient essayé de relier le syndrome des ovaires polycystiques comme s'il y avait une plus grande prévalence du syndrome des ovaires polycystiques chez les femmes lesbiennes. Et les auteurs disent, en fait, il y a... pas du tout de preuves scientifiques de ce que c'est, de ces propos, derrière cette phrase, derrière cette affirmation. Et en plus, il y a un impensé qui laisserait croire que le taux de testocérone plus élevé chez les personnes ayant un syndrome de variculitis tique pourrait expliquer le fait que certaines tonnes se déviennent ou non.
- Speaker #0
Et ça, il y a plein d'endroits.
- Speaker #1
Dans le livre, je parle aussi... de l'accès à l'avortement. Il est dans la loi, ça il n'y a pas de souci, mais il est aussi pratiqué par des soignants, et ces soignants sont, pour certains, non pour tous, agissent socialement, mais certains peuvent tenir des propos assez conservateurs. Je pense au président du syndicat des gynécologues obstétriciens de France qui avait dit que si... la ministre de la Santé de l'époque ne voulait pas les recevoir, ils allaient arrêter de pratiquer les IVG. Qu'est-ce que ça veut dire pour un soignant qui pense le soin ? En fait, comment voit-il ce soin-là ? Le voit-il comme un soin accessible à toutes et à tous ? Ou le voit-il comme un... On ne verrait jamais des pédiatres dire si on n'est pas reçu par la ministre, on va arrêter les vaccins. C'est inimaginable. Personne ne dirait ça, aucun. Mais parce que... Quand il s'agit du genre, quand il s'agit de ce qu'on imagine être un père, une mère, la famille, on oublie qu'il est question de soi et se joue des discours normatifs sur ce que doit être. Et à beaucoup d'endroits, la médecine édicte des règles sur ce qui doit exister ou pas exister. Et là, moi, le plus grand choix, ça a été aussi les patients intersexes. Les patients intersexes, le collectif intersexalier de France le définit comme les personnes ayant des caractéristiques sexuelles, hormonaux, etc., ne correspondant pas à la dichotomie homme-femme. L'O.E.P.C., qui est une chercheureuse intersexe, dit que c'est une situation de délégitimation de certains corps sexués de manière systémique. La France a été condamnée à de nombreuses reprises pour les chirurgies de correction envers les enfants intersexes par l'ONU, la Cour européenne des droits de l'homme, et en fait ces chirurgies on peut appeler ça des mutilations. Et quand on se pose, peut-être qu'on n'aura pas forcément le temps d'aller dans les détails, mais je vous invite à lire le livre de l'associologue Michel Raz. qui s'appelle Intersex, qui retresse un peu toute cette histoire, mais on entend beaucoup de soignants qui essaient de justifier ces chirurgies en disant « mais non, il faut un certain type de corps, c'est bien pour le développement psycho-affectif normal de l'enfant » . D'une part, qu'est-ce que ça veut dire ? Et pourquoi en médecine partons du principe qu'il y a des intersexes et qu'ils nous tarment en soi ? Alors que la douleur des patients intersexes, comme les collectifs qui existent depuis des décennies maintenant ne cessent de dire que leur douleur, c'est pas tellement d'avoir un certain corps, mais plutôt la délégitimation de ce corps, les souffrances qui viennent avec les chirurgies de correction, et le fait que ces corps-là, ces individus, soient renvoyés dans le camp de la normalité. L'apostrophe, la normalité. Et je pense que en fait, on doit se débarrasser de cette idée de ce qui doit être normal ou pas. On est là pour accompagner les souffrances, pour essayer de traiter des pathologies, mais on n'est pas là pour corriger, pour essayer de faire rentrer dans la norme.
- Speaker #0
Tout à fait, très intéressant. Tu parles aussi de ce que tu as vécu toi-même comme étudiant en médecine noire, les remarques, les présupposés, les dévalorisations. En quoi ton expérience personnelle, Miguel, t'a aidé à analyser différemment le fonctionnement du système ?
- Speaker #1
Je dois dire que j'ai deux réponses. La première, c'est qu'étant noir, étant bisexuel, ayant grandi en France et en ayant subi tout ce que j'ai pu subir dans l'enfance, j'étais prédisposé, du moins j'avais les dispositions pour questionner des choses. Quand on subit le racisme dans l'enfance et qu'on nous dit qu'on parle très bien pour un noir, c'est un exemple des choses que j'ai pu entendre dans mon enfance, de fait, on commence à essayer de se poser des questions, mais qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que ça veut dire, noir ? Pourquoi me dit-on ça ? Comment un noir est-il censé parler ? Et donc, est arrivée la sociologie qui a vraiment joué un rôle de me permettre de comprendre ce que je subissais, ce que d'autres comme moi ont pu subir, etc. Mais, j'étais en première année de médecine, il y avait la question de la sociologie, le racisme, donc je pouvais écrire au bondy-blog sur des enjeux autour de la police, autour du système médiatique, etc. etc. Juste en première année, je ne me posais pas la question sur les études de santé. Et je dois dire qu'il y a eu deux moments de bascule. Donc, certes, j'étais prédisposé à me questionner, mais je ne pense pas qu'il suffit d'être noir ou bisexuel pour questionner le monde de manière précise. Mais il y a eu deux moments de bascule. Le premier, ça a été la lecture d'un cours en santé publique sur la prise en charge de la douleur. Et bon, il y avait les patients pour qui c'était compliqué de prendre en charge la douleur, les enfants, les personnes ne pouvant pas communiquer, les personnes âgées, etc. Et deux semaines après, je crois, une semaine, deux semaines après, je lis un article de Clique, Clique qui est un média généraliste qui parle du syndrome méditerranéen. Et là, il y a un peu un moment de bascule, je me dis mais comment c'est possible que c'est un article de presse générale qui m'informe sur les biais qui existent dans le champ ? dans lequel je suis en train. Et le deuxième moment, ça a été le Covid, où je suis tombé des nues face aux discours à la fois médiatiques et politiques, mais aussi médicaux. Je me suis dit au moment du Covid, mais a-t-on appris de tout ce que les mouvements de lutte contre le sida et le VIH ont produit ? Qu'est-ce que c'est une pandémie ? Qui tombe malade ? Qui est exposé ? tomber malade, c'est politique. C'est une organisation du monde social qui fait que malheureusement, c'est certaines populations qui vont tomber malade et pas d'autres. Et donc, mais sauf que par exemple, quand il fallait analyser le grand taux de Covid... la grande prévalence du Covid dans les Antilles et le faible taux de vaccination, on entendait de la part de médecins même des discours totalement culturalistes et racistes, à savoir que si les martiniquettes des Antillais ne se vaccinaient pas, c'est parce qu'ils croyaient que le rhum et le vodou allaient les soigner. Qu'est-ce que c'est de penser le monde comme ça, quand on sait par ailleurs que ce sont des territoires qui sont faiblement... En fait, que les structures médicales dans ces territoires-là sont faibles en comparaison. au reste du territoire français. Et aussi que c'est un territoire qui a subi la pollution par le chlordécone, qui est un pesticide utilisé dans la culture des bananeraies, autorisé aux Antilles, mais jamais en métropole. C'était interdit dans la France hexagonale. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, il y a le plus grand taux de cancer de la prostate au monde, c'est aux Antilles.
- Speaker #0
En Guadeloupe, oui.
- Speaker #1
En fait, comment on peut faire l'économie de l'histoire ? C'est ça aussi. À un moment, il y a deux moments de bascule, et je commence à me plonger dans toute cette histoire. Je me dis, mais comment ça se fait que ce n'est pas beaucoup plus présent dans les études de médecine ? Je dois dire une chose, il ne faut pas les mettre dans les études de médecine juste pour faire des QCM aux UDN. Ce n'est pas intéressant. De mettre juste des taux qui vont par ailleurs changer parce que le monde change, les rapports sociaux changent, etc. Mais d'essayer de produire un certain type de disposition, une certaine manière de questionner les choses et le monde. et je pense que c'est comme ça que je suis un peu tombé dedans
- Speaker #0
Très bien, je comprends tout ton parcours Est-ce que tu peux me dire qu'est-ce qu'un de nos confrères, d'une consœur médecin généraliste peut changer dès demain dans sa pratique pour réduire concrètement ses discriminations Est-ce que, je sais bien que ma question est difficile, qu'on n'est pas dans un problème de trucs et astuces et je me tente cette question parce que j'ai Merci. J'aime bien donner des réponses et des choses très actionnables. Est-ce que tu aurais des idées ?
- Speaker #1
Alors, je pense, s'agissant des patients allophones, je sais que certains départements, certaines régions mettent à disposition des services d'interprétariat téléphonique ou des forfaits, des soutiens financiers pour des médecins généralistes ou n'importe quel type de médecins libéraux. Et je pense que si le département, la région, la ville, peu importe, donne accès à des fonds là, à ce genre de fonds. Il faut y aller, il ne faut pas hésiter et il faut faire recours aux proches. En fait, il faut essayer de ne pas faire recours aux proches.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Je pense que ça, c'est vraiment un moyen très concret de s'assurer que des patients comprennent leur maladie, comprennent leur traitement, etc. La deuxième chose, j'ai été, on n'aura peut-être pas le temps de rentrer dans les détails, mais j'étais assez choqué dans mes études de la présence d'un racisme scientifique, aussi dans les données qui sont Par exemple, je révisais le collège de médecine cardiovasculaire, il y a un tableau avec les différentes situations cliniques, les indications de prescription des antihypertenseurs, et il y avait marqué si le patient a un diabète ou un médecin, etc. Et à la fin, il y a marqué sujet noir. Et pour les sujets noirs, il faudrait donner des thiazidiques et des bloquants calciques. Bon, ça c'est des théories nées aux Etats-Unis dans les années 80-90, qui, devant la grande prévalence, d'hypertension chez les Noirs, se sont dit que c'est évidemment que la physiopathologie de l'hypertension chez les Noirs serait différente. Et donc, se sont développées des théories comme quoi la traite négrière aurait joué un rôle de sélection naturelle, d'ailleurs sélectionner que les Noirs qui peuvent avoir une rétention SOD beaucoup plus importante. Du coup, la physiopathologie de l'hypertension artérielle chez les Noirs n'a rien à voir avec le système réunion ange de Tensin, mais avec une rétention SOD plus importante. Du coup, tous les médicaments existants au niveau du système réunion enjeux de Tensine n'ont pas d'intérêt dans la prise en charge en monothérapie, dans la prise en charge de l'hypertension artérielle. Et ça, c'est pas marqué texto dans le collège de médecine cardiovasculaire. En attendant, il y a marqué sujet noir comme si être un sujet noir est une situation clinique comme une autre. Et il y a juste coché thiazidique et bloquant calcique. Toutes les recommandations relatives à la race, il faut les balayer du revers de la main.
- Speaker #0
C'était une idée que j'avais en tête. Est-ce que c'est forcément faux d'un point de vue biologique ? J'entends bien que quand on est noir, c'est une question de pigments sous la peau. Est-ce qu'on, biologiquement, il n'y a pas des choses particulières chez les gens qui ont certaines carnations, de certaines communautés historiques, que sais-je ? Est-ce que tout est à jeter ?
- Speaker #1
En fait, le dernier chapitre a été un chapitre très compliqué à écrire, et donc il est relatif à tous ces enjeux-là d'utilisation biologisante des catégories raciales. En fait, je dirais que oui, tout est à jeter, parce qu'il n'est jamais question de catégorie raciale en soi, il est toujours question de territoire. Donc s'il s'agit de parler de personnes originaires d'un territoire bien précis, où il y a un tel allèle qui est beaucoup plus présent, où la prévalence de cette maladie est beaucoup plus augmentée, oui, dans ce cas-là, on parle de territoire. Il ne s'agit pas de dire tous les Noirs. Ce qui est intéressant, même dans cette théorie sur les libertés inférieures et antérieures, tous les Noirs ne sont pas ici de la traite négrière. Je suis né au Rwanda. où les ancêtres ne sont pas esclaves. Sans compter que cette théorie est totalement fausse, elle a été totalement débunkée. La seule étude qui soutenait qu'en monothérapie, tous les médicaments, j'ai ça au niveau du système rénéant en joutant signe, c'est l'étude de 2002, c'est l'étude à l'AT. Mais bon, l'hypertension intérieure, elle se prend difficilement en charge en monothérapie et il n'y a aucune preuve scientifique en plurithérapie. D'autres études ont montré que la faible utilisation de... des médicaments agissant au niveau du système réunion de leucocine, alors qu'ils sont, pour certains néphroprotecteurs, ont augmenté le risque d'atteinte rénale de l'hypertension. Donc ça aussi, c'est un problème. Et un autre exemple, moi, qui m'a totalement halluciné, et je vais quand même prendre un peu de temps pour parler de ça, c'est les formules de débit de filtration de gommé. Donc moi, je me rappelle, je suis en stage, et je vois un bilan d'un patient, et je vois en dessous du DFG, formule validée pour... pour patients caucasien. Je tombe des nues parce que caucasien, c'est le discours de l'ethnologie coloniale qui ne veut rien dire médicalement. Caucasien, ça ne renvoie à rien. Toute la sociologie, toute l'histoire de l'ethnologie coloniale, ça ne renvoie aucune vérité scientifique, aucune catégorie pertinente médicalement. Donc déjà, je me suis demandé, mais qu'est-ce que vient faire le discours colonial dans un bilan biologique ? En 1999, première formule du débit de filtration que vous avez maintenant. MDRD, c'était 99. MDRD, ça fait une révolution en néphrologie. Première formule, on n'a plus besoin de la taille, non du poids, sauf qu'il y a un facteur racial qui a été mis en place. De fait, les soignants qui avaient fait ces formules-là, ils ont observé que pour les patients noirs, il y avait un taux de créatinine plus augmenté. pour les patients. Et donc, ils se sont dit que la relation entre créatinémie et débit de filtration gloumérulaire devait être très différente, et du coup, on met ce facteur racial. 2009, il y a CKD et EPI qui arrivent, facteur racial toujours présent. Donc, force est de constater que oui, il y a une différence de créatinémie, sauf qu'une étude de 2016 en Côte d'Ivoire a analysé la corrélation entre l'estimation du débit de filtration gloumérulaire avec les formules. avec les débits de filtration glomerulaire mesurés avec le produit de contraste dont j'oublie toujours le nom, et a montré que les formules sans facteur racial sous-estiment moins le débit de fréquence glomerulaire mesuré que ne surestiment les formules avec facteur racial. Du coup, ce facteur racial a fait passer les individus pour plus 5, ils ne l'étaient pas. C'est... Cet article de 2016 est fascinant, sauf que la critique que font ces chercheurs, c'est pas de dire que tout cela est obsolète, c'est de dire que, du coup, peut-être que ça a été fait chez les Noirs américains et que ça ne peut pas être généralisé aux Noirs d'Afrique. Moi, je pense que le problème est beaucoup plus général, et des études américaines ont fait la même chose, c'est-à-dire comparer les formules avec le débit de création globalement mesuré. Et de fait, les formules avec facteur racial surestiment beaucoup plus. Ça, ça a eu des effets très concrets, parce qu'en 2021, après la mort de George Floyd, il y a eu beaucoup, beaucoup de débats aux États-Unis sur ces questions-là, et il y a une nouvelle formule qui est arrivée, CKLE et EPI 2021. Et là, il n'y a plus de facteur racial. Depuis que cette formule a été utilisée, entre janvier 2023 et mi-mars 2023, il y a 14 000 personnes qui ont été rajoutées sur les listes de 30 plantations rénales parce que sans le facteur racial, elles passaient sous les seuils. Et donc en fait, ça, ça a un effet très concret. Qu'est-ce que ça veut dire en termes d'années perdues ? D'une part au moment du diagnostic, d'autre part au moment de la mise en place sur les listes de 30 plantations rénales. Pour aller encore plus loin théoriquement sur ces problèmes-là, c'est que les différences observées à partir de catégories préconstruites, c'est un problème. Si on divise déjà les individus, et ça c'est un problème méthodo assez classique, si vous divisez déjà les individus et que vous observez les différences entre les individus, vous avez déjà construit vos sujets et vous avez déjà séparé. Et il y a plein de moments où ça s'overlappe et que les cas... Et le racisme identifique a vraiment de... Moi, ça a été aussi une surprise dans mes études, et vraiment, c'est pour ça que je prends du temps pour en parler, c'est que c'est fascinant. C'est beaucoup plus présent aux États-Unis qu'en France, on est d'accord, mais ces formules étaient utilisées encore aujourd'hui, alors même que le Repairing Federation of... En gros, la Fédération Européenne relative à comment on doit... Quel bilan on doit prescrire, etc., etc. a émis des critiques quant à la nouvelle formule américaine sans facteur racial, mais elle précise bien qu'aujourd'hui, il vaut mieux utiliser CKJAP et MDRD sans facteur racial pour tous les patients. Sauf qu'aujourd'hui, on voit encore, moi j'ai fait un bilan il n'y a pas très longtemps, il y avait marqué pour patients d'origine africaine multiplié par un congule, etc. Ça, c'est un vrai problème. Il y a aussi, mais c'est encore dans le livre, et je vais m'arrêter ici, mais il y a aussi des médicaments qui ont été approuvés par la FDA pour la prise en charge de l'insuffisance cardiaque congestive et c'était le ByteDeal, il a été approuvé pour la prise en charge de l'insuffisance cardiaque congestive que chez les Noirs. Et les théories relatives à l'hypertension artérielle ont été utilisées pour justifier cela en disant, ah bah non, pour ces patients-là, les médicaments habituels pour la prise en charge de l'hypertension artérielle, l'insuffisance cardiaque ne sont pas intéressantes. Et ça, ce qui est fascinant avec cet exemple, c'est que ça a été un montage total par une firme pharmaceutique qui voulait se construire une niche de patients. Ce qu'il n'y a aucune véracité, c'est qu'il y a eu deux études, et je vais m'arrêter ici, j'inviterai les gens à lire tout ce que j'ai dit dans le livre, mais il y a eu deux études. Il y a une boîte qui voulait faire le médicament, la FDA a dit, ben non, le... vos essais cliniques qui ne sont pas satisfaits, significatifs. Et donc, ils ont fait une analyse post-hoc de leurs données en séparant les individus comme noir et blanc, ce qui se fait aux Etats-Unis, souvent. Et ils ont vu que les patients noirs réagissaient mieux aux médicaments que les patients blancs. Et donc, ils ont dit « Ah ben du coup, ce médicament, là, il fonctionne chez les noirs. » Je rappelle que ces médicaments existaient déjà. En fait, c'était déjà deux génériques qui existaient. Et donc, ils ont été... combinés dans une seule gélule, à des posologies où il n'était pas possible d'atteindre avec les génériques. Donc c'est vraiment un montage pour se faire du flic. Et ils ont demandé à la FDA de faire une étude composée que de noix. Bien sûr, leur étude a été significativement... a montré une réduction de la mortalité significative, et parce que ce sont déjà deux médicaments qui existaient, et qui étaient utilisés habituellement. Le biais de ce médicament, c'était vraiment son indication raciale. et Jonathan Ken avec d'autres chercheurs ont fait une analyse précise de leurs données parce que la différence raciale ne se base que sur l'analyse des données post hoc et en fait les noirs de cette étude étaient plus jeunes et avaient moins de maladies coronaires et du coup bien évidemment quand on neutralisait ces données là il n'y avait pas de différence raciale c'est un exemple parmi d'autres, c'est un exemple extrêmement grave c'est pas la même chose que l'hypertension, c'est pas la même chose que les formules mais Les catégories raciales sont des catégories sociales, mais de la domination, et qui ne renvoient à aucune réalité. Quand on regarde aussi la drépanocytose, il y a plein de médecins de l'époque qui ont essayé d'utiliser la drépanocytose comme un moyen de justifier une différence raciale ontologique. En disant, regardez, ce ne sont que les Noirs qui le disent. En fait, si on fait une analyse un peu précise d'un territoire, du fait que ce ne sont que des territoires où il y a une endémie palustre, bizarrement, où il y avait une plus grande prévalence de la drépanocytose. Donc quand il est question de territoire, j'ai aucun problème avec ça. Parce que bien, c'est les territoires, c'est précis, il y a l'épidémio, il y a la génétique, il y a plein de choses à dire dessus. Mais les catégories raciales, on ne les voit jamais. Et en fait, c'est aussi des catégories sociales qui changent le territoire. En Europe, on voit les asiatiques comme une seule catégorie raciale cohérente. En fait, ce n'est pas du tout le cas au Japon.
- Speaker #0
Fantastique, merci beaucoup pour ces exemples, parfois glaçants. Merci pour ces précisions, pour cette nuance passionnante et j'ai envie de dire vitale pour notre métier. Ta démarche montre que reconnaître les biais systémiques n'est pas une attaque contre les médecins, mais un acte de lucidité professionnelle. Parce qu'une médecine réellement humaine commence par l'attention à ceux qu'on voit le moins. Et parce que comprendre les rapports sociaux qui traversent nos consultations, et bien c'est et tout simplement mieux soigner. Si cet épisode vous a inspiré, c'est que vous faites déjà partie de ceux qui veulent soigner autrement. Je vous invite à partager cet épisode à un confrère ou une consoeur à qui il peut plaire. et à vous abonner à la newsletter de ce podcast dont vous trouverez le lien dans les notes de cet épisode. C'est gratuit et je vous envoie chaque vendredi une fiche pratique qui reprend les points clés des épisodes de la semaine et toutes les ressources dont on a parlé aujourd'hui avec mon invité. Je te remercie infiniment, Miguel. Continue à chercher, à apprendre et à rester libre. Salut !
- Speaker #1
Merci à toi, Mathieu.