- Speaker #0
Bonjour à tous ! Dans le premier épisode, on a découvert le parcours de Bernard Fontanille, médecin urgentiste, spécialiste de la montagne, mais aussi le visage de médecine d'ailleurs, cette série d'artées qui l'a emmené aux quatre coins du monde, à la rencontre de soignants qui pratiquent dans des conditions souvent très éloignées des nôtres. On a parlé avec lui de ses premières missions, de ses rencontres qui l'ont profondément marqué, et de ce qu'il a appris, loin de nos hôpitaux. Dans cette deuxième partie, on va aller un peu plus loin. Qu'est-ce que ces expériences peuvent réellement apporter à nos pratiques en France ? Qu'est-ce qu'on peut transposer ? Qu'est-ce qu'on doit laisser là-bas ? Et comment ces voyages éclairent notre manière de consulter, d'écouter et de donner du sens ? On va parler d'INM, de consultation courte, de disparition de savoirs ancestraux, du sens du geste médical et de ce qu'il reste quand on enlève tout le confort technique. Bernard, quand tu reviens d'un pays où les soignants prennent une heure parfois même une semaine, tu m'as parlé du chaman dans le premier épisode avec leurs patients, quel regard poses-tu sur nos consultations qui durent parfois quelques minutes et comment est-ce que tu vis ce décalage quand tu reviens travailler en Suisse en l'occurrence ?
- Speaker #1
Tu fais bien de le noter ce qui est drôle c'est que je suis passé des urgences et du secours en montagne à cette série et puis en quittant la série, j'ai décidé de ne pas poursuivre, j'aurais pu faire d'autres épisodes mais Merci. J'ai des enfants, je voulais pas rater leur adolescence, donc j'avais besoin de me recentrer un peu sur tout ça. Du coup, j'ai continué un peu à faire de l'intérim hospitalier, puis je me suis détourné un peu de l'hôpital pour venir m'installer en Suisse dans un poste qui ressemble beaucoup à ce que je faisais avant, moins les nuits, moins tout ce qui est un peu pénible dans les urgences. Et du coup, je me retrouve à faire de la médecine de famille, de la médecine générale, en dehors des urgences, enfin avec beaucoup d'urgences de ski, mais quand même beaucoup de médecine générale, qui est une médecine de parole, en fait. Je me retrouve un peu dans la situation où des gens que je suis allé voir, j'ai parfois en intersaison ici, comme c'est une... une région où on skie, en intersaison, il y a moins de monde. Le village se vide un peu, c'est un peu comme les Alpes chez nous, la Tarentaise, etc. Et j'ai découvert des consultations. Des fois, je parle une heure et demie avec des gens quand j'ai le temps. Ça m'arrive. Je me retrouve un peu dans la peau des gens que je suis allé voir en disant que c'est vachement bien ce qu'ils font. Et en fait, c'est hyper agréable aux urgences. Tu vois les gens, tu es efficace, tu dois faire un diagnostic, tu dois prendre d'un spécialiste, tu as un flux à gérer. Là, j'ai des consultations, j'ai un temps respecté, mais je peux des fois déborder, des fois je vais plus vite. Et j'ai découvert ce que c'est que d'avoir le temps de parler avec les gens. Et c'est hyper agréable parce qu'en fait, tu découvres plein de choses que les gens ne disent pas en deux minutes. Tu arrives à découvrir des trucs que tes collègues n'ont pas vus parce qu'ils les ont vus aussi. Enfin, tu ouvres des portes que tu peux ouvrir si tu ne prends pas le temps. Donc, la médecine, ça demande du temps pour certaines choses. Quand c'est une collectée frétique, tu fais une bande-lettre, tu as ton diagnostic, tu traites, c'est facile, ça va vite. Puis des fois, tu pinailles un peu, tu tournes en rond. et puis quand tu prends le vent, des fois, tu arrives à aller dans les bons tiroirs. Ça, c'est un truc que j'ai découvert un peu malgré moi. qui fait vraiment écho à ce que j'ai vu sur place, parce que c'est ce qui m'avait un peu fasciné. Après, on n'a pas vu que des chamans, on a aussi vu des médecins sur des bateaux, on a vu de la médecine un peu occidentale aussi, mais toujours dans des contextes un peu spéciaux. Mais le côté temps de parole, échange, aller laisser le temps aux gens de dire ce qu'ils ont envie de te dire, sans que tu les presses, on recoupe la parole, on tape sur notre écran. Et puis quand tu as le temps, c'est génial. Là, je suis dans une zone qui est assez rurale, c'est le Val-de-Bagne c'est le fin fond de la Suisse dans le Valais c'est des gens qui sont de la terre assez dure, assez fermée. Et puis, quand tu prends le temps de les écouter, de te rendre compte que moi, je viens de la vallée d'à côté, qui est en France, mais c'est un peu les mêmes gens, c'est aussi des paysans de la montagne, on se reconnaît et on arrive à se dire des choses qu'on ne dit pas forcément à des gens de la ville. On est encore là à notre époque.
- Speaker #0
Mais complètement, je suis convaincu que le temps qu'on accorde aux gens, ça va être le luxe de ces prochaines années, notamment à l'heure de l'hypertechnologie, de l'informatisation, de l'IA. Les gens que nous sommes, les patients que nous sommes avant d'être médecins, on manque cruellement de ça et notamment des bonnes données de l'anamnèse, de l'examen clinique, d'un examen rigoureux qu'on a tendance à perdre. Et puis de tout le non-dit, de tout ce qui n'est pas médico-médical, mais la petite histoire comme ça, qui est importante à raconter pour faire le lien et pour participer à une prise en charge globale.
- Speaker #1
Médecine générale, je pense que la clé, c'est les non-dits. C'est ce que des gens... ont du mal à verbaliser parce qu'ils n'ont pas forcément entendu. Si l'IA nous aide à s'affranchir de tout ce qui nous fait perdre du temps, c'est super. L'IA est très bien. Je m'en sers tous les jours. Chat GPT fait partie de mon quotidien pour plein de choses. Par contre, ça peut être très dangereux aussi. Mais si ça nous aide à avoir plus de temps pour parler aux gens et à déléguer des tâches qu'on peut automatiser, super. Je ne suis pas sur cette voie-là, mais ça pourrait être une voie intéressante.
- Speaker #0
Oui, tout à fait, pour se concentrer sur des choses plus importantes et à haute valeur ajoutée, comme du temps passé véritablement avec nos patients. Du coup, on en a déjà parlé, on parle beaucoup d'intervention non médicamenteuse. médecine intégrative, etc. Toi, tu as vu des soins de partout dans le monde, des gens qui soignaient par les plantes, par la méditation, la respiration, etc. Parmi ce que tu as vu dans tous tes voyages, tu en as fait une cinquantaine, qu'est-ce qui mérite vraiment d'être rapporté ? Qu'est-ce que tu as vu qui vraiment pourrait être efficace et qu'on pourrait introduire et qui est sous-estimé ?
- Speaker #1
Mériter, c'est un terme qui ne me paraît pas tout à fait juste. Je pense qu'il y a des choses qui peuvent être transposables. qui le sont moins. Dans toutes les médecines que j'ai vues, il y en a qui sont très culturelles. C'est-à-dire que c'est un endroit, une problématique et une réponse très culturelle. Par exemple, en Arizona, il y a des Medicineman qui existent toujours, à qui on a délégué le traitement des traumatismes, des PTSD, je suis de la guerre,
- Speaker #0
je l'ai vu cet épisode.
- Speaker #1
Ou les Navarro qui ont été employés dans les guerres, notamment pour coder le langage. ont mal vécu leur retour parce qu'ils ont été très méprisés au retour. Ils souffrent tous de ces traumatismes, de ces stress post-traumatiques. Et ils se sont rendus compte que les Medicinemans qui faisaient des cérémonies culturelles, qui rentrent dans la cosmogonie, dans leur vision du monde, dans leur interprétation du monde, qui existent toujours en fait, même si on est en 2025, ça, ça leur fait du bien. Donc c'est une forme de psychothérapie qui est adaptée à des gens. Tu fais ça en France, ça ne marche pas évidemment. Après, tu as des plantes que tu ne peux pas transposer parce qu'on l'a déjà fait souvent. parce que les médicaments, ils ont été tirés des plantes. Et puis, en dehors du côté culturel de ces médecines très ethnologiques, moi, je n'ai pas vu grand-chose qui ne soit pas déjà... Donc, l'acupuncture, on connaît déjà. C'est le père de Berlioz, je crois, qui avait ramené ça. Donc, c'est très vieux. Les plantes, on les connaît quasiment toutes. La Ayurveda, on connaît aussi bien. Tout ça est un petit peu occidentalisé. C'est des capsules un peu propres sous blister. Quand tu vas là-bas, le gars, il prend trois feuilles, il prend de l'eau qui n'est pas terrible, il mélange ça. t'as pas envie de te soigner avec ça très honnêtement tu vois c'est une transposition ce que j'ai découvert en me disant après la série on a beaucoup de présentations des films j'ai fait beaucoup d'interviews etc c'est qu'il y a une idée très romantique de tout ça qui est fausse donc non on peut pas ramener un guérisseur du fin fond de la forêt équatorienne et puis lui dire de nous soigner ici ça marche pas forcément mais même des gens qui font d'ailleurs ouhaka en France il y a donc tout ça un peu de façon pas autorisée mais ça existe il y a des gens qui font des cérémonies chamaniques de plus en plus c'est toujours pareil l'efficacité est-ce que c'est le but en soi ou est-ce que c'est ce qui se passe au moment où tu le fais qu'est-ce que tu vas chercher quand tu vas vers ça qu'est-ce que tu trouves c'est pas à moi de décider de l'efficacité ou pas, c'est aux autorités de santé si on estime que c'est dangereux, il ne faut pas le faire et puis il se passe plein de choses et ça prend du temps de valider tout ça, c'est très complexe mais j'ai rien vu qui soit pas tout ce que j'ai vu qui n'est pas transposable c'est quand c'est très culturel, quand ça répond avec une idéologie c'est pas pas une idéologie, une idée du monde. L'osmogonie des Indiens d'Amérique, ce n'est pas celle des Eskimos, par exemple. Ce n'est pas un bon exemple, mais tu vois ce que je veux dire.
- Speaker #0
Je l'ai vu cet épisode dont tu fais référence, et je crois même que la sécurité sociale, en tout cas ce qu'il en reste aux Etats-Unis, rembourse aux Indiens navajos des séances avec les médecins de manne, c'est une séance qui dure parfois plusieurs jours.
- Speaker #1
Oui, ça peut être.
- Speaker #0
Ça fait référence à des esprits, à des ancêtres, etc. Parce qu'en fait, ça correspond à leur culture. Eux, c'est leur cosmogonie, c'est leur vision de la vie, de la mort, etc. Donc, ça résonne chez eux.
- Speaker #1
Et un psychiatre américain n'arrive pas à rentrer dans ça. Je ne sais pas si tu as vu l'épisode en Afrique du Sud, où je vois une chamane qui a des pratiques vraiment ésotériques très impressionnantes. Et quand il y a eu les épidémies de VIH en Afrique du Sud qui ont été catastrophiques, les autorités de santé se sont rendues compte que les tribus, donc les Zoulous, surtout les Zoulous, n'osaient pas aller vers la médecine des Blancs parce qu'ils la craignent, en fait. Ils se sentaient rejetés et avec l'apartheid, ça a été compliqué. Et ils ont eu l'idée de déléguer à ces chamanes qui sont au contact des populations une espèce de droit de faire des arrêts de travail. Alors, on lui a offert un tampon, elle était toute contente. Mais l'idée, c'était quand même que elle soit formée et fasse le lien entre la médecine des blancs, comme elle l'appelle ça, et les gens qui n'osent pas y aller. Et en fait, c'est pour éviter que tous ces gens aient le chapeau soin. Et ça, c'est des idées assez géniales. Souvent, ça coûte cher. Souvent, ça s'épuise un petit peu parce qu'il n'y a pas assez d'argent. Mais c'est ce lien-là qui était intéressant dans ces épisodes-là.
- Speaker #0
Fascinant.
- Speaker #1
Quand on se posait ça chez nous, c'est tellement avancé notre système qu'on n'a pas forcément, entre guillemets, besoin d'aller vers ça. Je ne pratique pas les gens qui ont besoin de se détourner de ma pratique parce qu'ils ne trouvent pas de réponse satisfaisante. J'ai pas de problème avec ça, au contraire.
- Speaker #0
complètement. Il y a d'ailleurs beaucoup de gens très sérieux qui ont étudié la question. Et on considère que tant que le prix n'est pas excessif, qu'il n'y a pas de dérive sectaire, qu'il n'y a pas d'effet secondaire, que ce n'est pas dangereux, qu'il n'y a pas de notion d'influence, etc. Il y a beaucoup de gens qui considèrent qu'il n'y a aucune raison d'interdire ça si les patients sont d'accord.
- Speaker #1
J'ai l'impression qu'en France, il y a un peu une petite forme d'hypocrisie où on condamne rapidement d'exercice égal de la médecine. Des gens qu'on laisse quand même travailler, sans trop leur dire grand-chose, jusqu'à ce qu'il se passe un truc. Là, en Suisse, où je suis en ce moment, la médecine du secret, qui est aussi une médecine traditionnelle ancienne, est beaucoup plus valorisée, même prise en charge par certaines assurances complémentaires. Les gens vont beaucoup voir les rebouteux, vont beaucoup voir des médecines différentes, et ça pose moins de problèmes philosophiques. En France, il y a un côté un peu « c'est n'importe quoi » . On laisse faire, on ne dit pas grand-chose, mais le jour où ça ne va pas, on tombe dessus. Une de mes assistantes est naturopathe, elle a fait six ans d'études. J'ai des amis naturopathes qui ont fait trois sessions de week-end. Il y a aussi un investissement qui n'est pas pareil. Il y a effectivement du très bien et du pas bien du tout.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Moi, je laisse aux autorités de santé le devoir de faire le choix. Ce n'est pas à moi de le faire et ni aux patients d'ailleurs.
- Speaker #0
Exactement. Et c'est ce que je fais beaucoup dans ce podcast, c'est d'essayer d'introduire la notion de nuance. tout balayer d'un revers de main, c'est ridicule. Dire que c'est génial, c'est aussi ridicule de dire que c'est nul et que ça ne sert à rien. Entre les deux, il y a des formations qui ne sont pas les mêmes, il y a des intentions qui ne sont pas les mêmes. Entre une naturopathe qui va recommander des choses de bon sens sur le sommeil, sur l'alimentation, la gestion du stress et les relations sociales et l'activité physique, qu'est-ce qu'on peut avoir de redire à ça ?
- Speaker #1
Entre deux médecins généralistes ou deux chirurgiens, il y a aussi des niveaux différents et des gens qui sont meilleurs que d'autres. C'est des pratiques humaines avec des... Ce n'est pas une science exacte. Il y a une interprétation, il y a un filtre humain qui fait que certains sont très bons, d'autres moins. Des fois, tu es meilleur un jour que l'autre. On ne peut pas condamner les gens par principe. C'est bien plus complexe que ça.
- Speaker #0
Exactement. Merci de parler de ça avec moi. Du coup, est-ce que tu as assisté dans tes voyages vraiment à une pratique qui t'a choqué, quelque chose qui t'a paru complètement étonnant, qui t'a perturbé ? Est-ce que tu peux me le partager ? Oui,
- Speaker #1
il y en a eu plusieurs. Je vais te donner deux exemples. Le premier, c'est à Bali. où je voyais quelqu'un qui justement, tu vois, lui ne m'impressionnait pas parce que ses connaissances étaient assez vagues, il était un peu âgé et tout. Et puis un jour, on traite une patiente qui avait de l'eczéma, mais vraiment de l'eczéma comme j'en ai rarement vu chez nous, et qui venait le voir que lui. Et là, il ne m'avait pas prévenu, on n'était pas au courant, et il me sort une espèce de bouteille avec des oiseaux coupés en morceaux dedans, avec de l'huile, je ne sais pas quoi. Il verse ça sur des cotons, puis il brûle les cotons au-dessus de la peau de la dame. Tu vois, moi j'étais...
- Speaker #0
question-à-question.
- Speaker #1
C'était pas du tout préparé. Et puis je les regarde et je dis à la dame, mais vous vous rendez compte ce qu'il est en train de faire ? Ça, c'est des morceaux d'oiseau. Moi, j'étais vraiment sur le cul, comme on dit vulgairement. Elle me dit, oui, mais il n'y a que ça qui me fait du bien. Elle est à Bali. Bali, il y a des hôpitaux, il y a des cliniques. Il y a des occidentaux partout. Elle me dit, je vais que chez lui, il n'y a que ça qui me fait du bien. Donc, elle a fait de la cortisone, elle a tout essayé et ça, ça lui faisait du bien. donc ça ça m'a vraiment assis si tu veux au coup ça marche quoi je ne sais rien mais en tout cas pour elle c'était efficace et puis le truc qui m'a vraiment surpris Je reprends l'exemple de cette nana qui était en Afrique du Sud, cette chamane, la Slindilé, qui allait utiliser de la graisse de piton pour faire des soins. Et donc, elle utilise ça. Alors, je ne sais plus ce qu'elle soignait avec exactement, mais bon, je trouvais ça assez fascinant. Et je vais aux Philippines voir un sorcier qui était vraiment, lui, dans la sorcellerie pure. Il récupérait des crânes dans les cimetières, il les rappait, il faisait des espèces de décoction. C'était vraiment chelou.
- Speaker #0
Wow.
- Speaker #1
Et puis, un jour, il dit, Et puis, il y a un traitement qui marche très bien, c'est la graisse de piton. Et là, je le regarde, je me dis, attends. était aux Philippines, l'autre est en Afrique du Sud, donc il n'y a aucune possibilité que ça soit connecté. Comment, dans l'évolution de la médecine, dans l'évolution de l'être humain, ces deux techniques se sont retrouvées à des endroits ? Alors après, j'en ai parlé avec des ethnologues qui me disent que très souvent, il y a des choses qui ont été découvertes à des endroits dans le monde et en simultané quasiment dans d'autres endroits sans qu'il y ait de connexion. Parce que j'avais eu une idée après, si tu veux, pour aller au-delà de la série, c'était de dire, est-ce que la médecine a voyagé avec les êtres humains ? Quand des hommes sont passés à travers la... de la Sibérie jusqu'aux Etats-Unis quand ils ont colonisé l'Amérique à pied quand le détroit de Béring était gelé et je me suis dit ça se trouve ils ont emmené avec eux des savoirs et puis il y a plein d'anthropologues qui m'ont dit attends calme-toi c'est pas si simple ça a pris des milliers d'années parce qu'il y a aussi de l'acupuncture maya par exemple j'ai un épisode où le mec fait de l'acupuncture avec des arêtes de poissons et en fait un ethnologue m'avait dit mais tu sais des fois il y a des trucs qui ont été découvertes par observation simultanément et j'étais vraiment Merci. subjugués de voir que dans deux endroits du monde extrêmement différents, sans connexion aucune, deux pratiques vraiment très très particulières se retrouvent.
- Speaker #0
C'est fascinant. Et du coup, on peut se demander que si ça se trouve, il y a des choses complètement dingues à l'autre bout du monde qui marcheraient hyper bien. Imaginons que la graisse de piton soit hyper efficace contre quelque chose.
- Speaker #1
Il y a des acides de je ne sais plus quoi. Je n'ai plus l'épisode en tête. Mais on sait que dedans, il y a des acides particuliers, linoleïques ou ce que tu veux. qui ont des effets sur... Alors, c'était pour la cicatrisation des plaies, en fait, voilà. Et on sait que ces graisses-là, elles favorisent le collagène, elles l'assouplissent, etc.
- Speaker #0
Mais ce screening,
- Speaker #1
il a été fait dans les années 70. Et les grands labos ont fait le tour des... sont allés voir les chamanes, leur ont piqué beaucoup de savoirs aussi. Il y a eu beaucoup de liages de connaissances dans les années 70. Et même un peu avant, ça a été fait. Toute l'Amazonie était passée au crible. Toutes les plantes ont été étudiées. Et quand tu parles avec des gens qui fabriquent des médicaments, maintenant, c'est l'IA qui fait des médicaments. On est sur informatique. On teste des molécules par des modèles mathématiques et on n'a plus besoin de faire des essais devant des éprouvettes, globalement.
- Speaker #0
C'est le prix Nobel de chimie de cette année qui vient de chez Google, qui a réussi à fabriquer numériquement des questions. caisses de molécules efficaces.
- Speaker #1
Passées par le modèle animal sans passer par les caisses cliniques. C'est quand même assez fou.
- Speaker #0
C'est incroyable. Ce qui pose quand même une question, avec la chute de la biodiversité sur les prochaines ressources dont on va avoir.
- Speaker #1
C'est une catastrophe pour toutes ces médecines ancestrales. Plusieurs gens au Cambodge, le gars m'avait dit, moi je ne peux plus soigner les gens parce que les plantes que j'utilisais qui étaient là de l'autre côté de la route, il faut que je fasse des heures de marche pour les trouver. Parce que la forêt a été rasée par les Chinois pour faire du latex, de l'EVA en masse, ou l'huile de palme en Indonésie. Donc les ressources déjà si limitées de ces gens qui n'ont que ça pour se soigner et pour survivre, on leur pille pour notre bonheur à nous. Je t'avoue quand même que j'ai eu une vision du monde, parce que j'ai fait vraiment un flash très rapide, j'ai eu une vision du monde qui est un peu triste, en vrai. Le monde ne va pas bien, et les gens les plus fragiles vont moins bien, parce que nous on va de mieux en mieux. Ça résume un petit peu mon regard de l'époque, qui était assez déprimant finalement, assez triste. Et puis après, quand tu reprends chaque histoire, tu te dis quand même, il y a du très beau. C'est pas que moi, mais globalement, le monde est très déséquilibré, très injuste. Et les gens qui me suivent le plus sont ceux qui ont déjà le moins, en fait.
- Speaker #0
Et ça, ça t'a marqué dans tous tes voyages, avec ton retour maintenant ? C'est quelque chose qui te questionne et qui t'habite encore ?
- Speaker #1
Oui, oui. Là, je rentre du Vietnam, je suis parti faire du tourisme, ce que je n'ai pas fait depuis très longtemps. J'étais déjà allé au Vietnam, je connais bien. J'étais allé voir ce monsieur-là. J'étais allé il y a longtemps aussi. Le tourisme de masse, le monde est fou. Moi, j'y participe. Je soigne des gens qui viennent du monde entier pour faire du ski. Je ne dis pas que je fais bien. Je ne fais même plus trop pas bien. Mais c'est dur d'être vertueux. C'est dur de ne pas être dans une espèce de dissonance complète en permanence. Ça rend un peu dingue.
- Speaker #0
ok Merci, merci pour ça Bernard. Toi qui connais l'urgence, la montagne, les systèmes de soins complexes et qui a connu du coup tout l'inverse partout dans le monde, est-ce que tu peux me dire qu'est-ce qui se passe quand on enlève toute la technique, qu'est-ce qui reste ? Et sous-entendu, ma question c'est qu'est-ce qu'un médecin doit absolument savoir faire quoi qu'il arrive ? Est-ce qu'il y a des compétences de base à développer si un jour on n'a plus de matos, on n'a plus de plateau technique ?
- Speaker #1
On a tous un truc. en commun, que tu sois chaman, que tu sois rebouteux, guérisseur, herboriste, curandero, tout ce que tu veux, c'est qu'on a une attention vers l'autre et on n'a pas ce filtre du dégoût de l'autre, du corps. C'est ce qui nous permet d'aller loin dans le rapport à l'autre. Alors on a un bagage technique parce qu'on a une connaissance de l'anatomie que les gens n'ont pas et moi j'ai des patients qui sont... Ils ne savent vraiment pas comment est fait un corps humain. Nous, on a un peu ce côté-là, on a disséqué, etc. Je parle de nos médecins de fac de France, entre autres. Mais je retrouve cette fibre d'aller vers l'autre, de l'aider, fait partie de qui tu es. Il y a des gens qui s'en rebutent complètement, il y a des gens qui sont incapables de le faire. Et je pense que le lien, le point commun entre tous, c'est ça. Et après, qu'est-ce qu'il faudrait faire si on n'a plus rien ? On ne fera plus grand-chose parce que nous, on est tellement techniques. Moi, je fais des IRM, je demande des IRM tous les jours. Sans ça, on bricole. alors après on revient au niveau de gens que je suis allé voir ils font pas rien qui sont pas nuls mais qui font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont et c'est à dire pas grand chose alors oui ils te disent ça c'est un cancer alors que ça en est pas un mais ils font pas de biologie ils ont pas de marqueur mais ils ont une sensibilité et ils ont une attention à l'autre qui est remarquable moi je défendrais toujours c'est pas pour ça que ce qu'ils font est bien j'ai parlé avec des médecins au Kenya par exemple on a fait un épisode avec un médecin en avion qui a un regard hyper noir sur les sorciers, sur les guérisseurs africains, parce qu'il dit, nous, on récupère dans les hôpitaux toutes leurs conneries. Mais il n'est pas allé voir ce qu'ils font. Alors évidemment, il a un regard qui est très négatif parce qu'il voit toutes les erreurs. Mais nous aussi, on récupère des erreurs faites par nos confrères. Nous aussi, on voit des trucs comme ça. Donc, il faut se rappeler des moyens qu'ils ont. Moi, je suis généraliste dans un cabinet. Je n'ai pas les moyens des urgentistes du hôpital à côté, tu vois. Donc, je peux aussi me planter. le point commun pour moi c'est cette envie de faire quelque chose pour le monde
- Speaker #0
Excellent. Et ça me fait penser à un podcast que j'avais fait avec Georges Manchion, qui est un médecin maintenant à la retraite. Je ne sais pas si tu le connais, c'était un des premiers chirurgiens qui a greffé les foies en France. Puis il se trouve qu'il a appris à faire ça à plein de Chinois. Donc du coup maintenant la Chine grâce à lui a pu greffer et sauver des centaines de milliers de vies. Il a été même reçu par Xi Jinping, le fameux Georges Manchot, incroyable. Et il me racontait la même chose que toi, qu'évidemment comme tout soignant ce qui est important c'est de rentrer en contact avec les gens, d'avoir cette espèce de facilité sociale. Et tu dis quelque chose de très intéressant, c'est de ne pas être dégoûté par l'autre. Et lui me racontait qu'il fallait avoir un certain courage quand on était soignant. C'est une notion qui m'a un peu interpellé parce qu'on n'avait jamais fait mention à cette qualité-là. Mais il me dit, quand tu as un patient en péritonite et que tu lui ouvres le ventre, ça sent littéralement la merde dans tout le bloc et c'est horrible. Et donc, il faut avoir du courage pour affronter des choses qui sont parfois dégoûtantes, parfois peu reluisantes.
- Speaker #1
Il faut être convaincu que tu as à faire et il faut le faire. Tu as quelqu'un en face de toi qui est malheureux. c'est pas simple moi dans la rue je peux être timide dans la vie sociale mais quand t'as ta blouse t'as ta fonction en fait qui est affirmée vous demandez à quelqu'un est-ce que vous avez des idées noires est-ce que vous avez envie de mourir c'est pas quelque chose de facile à dire parce que si tu réponds oui ou pas peu importe tes implications c'est pas quelque chose que tu dis dans la rue on te dit comment tu vas est-ce que ça va les enfants ça va là tu rentres dans l'intime des gens et je trouve que notre statut et c'est un peu ce qu'il faut qu'on apprenne bien à la fac, c'est qui tu deviens quand tu es dans ton cabinet et que tu mets ta blouse. Tu peux être quelqu'un d'autre à l'extérieur, mais... qui tu dois être quand ta table ne s'est pas juste, pas rater la colique néphritique, être capable de poser des questions que tu n'as pas envie forcément de poser. Tu vois, mettre un doigt dans les fesses pour faire un TR, ce n'est pas forcément marrant, tu n'as pas forcément envie de le faire, mais si tu as cet étonnement d'envie d'aider l'autre, ça passe et tu le fais, et tu le fais bien. Je parle vraiment de la médecine générale qui est une médecine pour moi de parole et qui n'est pas si technique que ça. Si tu n'es pas à l'aise avec la parole et si tu n'as pas des... Le courage, en tout cas l'envie de poser des questions qui sont dures à poser, tu ne seras pas un bon médecin généraliste, ça c'est sûr. Je ne dis pas que j'en suis un, mais je sais que moi j'arrive des fois à faire dire des trucs à des patients, ils sont même étonnés de me le dire eux-mêmes, parce que des fois il y a une espèce de feeling, d'ambiance, et le temps est de nouveau une vraie aide, parce que ça prend un peu de temps, tu ne veux pas ça brûler le pourpoint.
- Speaker #0
Tout à fait. Du coup, est-ce que tu peux me donner des conseils aux gens qui nous écoutent, parce qu'il y a des auditeurs, des auditrices qui sont assez jeunes, certains qui sont même externes. Qu'est-ce que... qu'on peut faire pour retrouver du sens dans notre métier ? Parce qu'on en manque beaucoup. Tu dis qu'il faut savoir rentrer en contact avec les gens, il faut avoir du courage, il faut oser poser des questions difficiles et que quand on met sa blouse, il faut habiter un personnage qui nous dépasse.
- Speaker #1
C'est un rôle.
- Speaker #0
Et comment faire pour avoir ce courage-là, pour retrouver du sens, pour avoir envie de se lever le matin et de soigner des gens ?
- Speaker #1
Je crois que déjà, il faut... J'ai un fils qui est en troisième année de médecine et ma fille qui est en première année en Suisse pour être dentiste. Moi, j'essaye de leur donner une vision très positive de la médecine parce que j'ai fait un chemin un peu particulier. Je crois que moi, ce que je leur dis à mes enfants, ce n'est pas peur d'arrêter un jour. Vas-y, fais-le bien. Si ça ne te plaît pas, ce n'est pas grave. Tu feras autre chose. Si ça te plaît, fais-le. Si tu as envie de changer d'endroit, change d'endroit. Il faut se réinventer. Je pense que c'est ça qui est important. il faut comprendre ce qui ne va pas et il faut se réinventer et c'est vrai que moi je suis sur des forums comme le divan des médecins C'est dur en France. Moi, je fais le malin, mais je suis en Suisse. Je suis frontalier, donc je travaille en Suisse. C'est plus confortable. Ce n'est pas facile, la médecine. J'ai plein de copains de fac qui sont médecins généralistes ou urgentistes encore en France. C'est dur. Le système, il est compliqué. Moi, j'étais fatigué de l'urgence. C'est compliqué. Mais j'essaie de donner un message positif qui est si tu le fais, fais le bien. Si ça ne va pas, change. N'aie pas peur de bouger, n'aie pas peur de changer. C'est facile à dire. Moi, je l'ai fait parce que ma vie a fait que mes ex ont été sympas avec mes enfants parce qu'ils ont permis de me barrer longtemps. Ce n'est pas vrai pour tout le monde, mais j'essaye d'avoir ce message un peu positif, déjà avec mes enfants, puis avec les étudiants qui viennent nous voir aussi. J'ai des étudiants qui viennent ici en stage. J'essaie de leur donner une vision un peu. Je ne me marre pas tous les jours au boulot. Il y a des jours, tu vois, ce matin, je n'avais pas envie d'être là. il fait grand beau il a neigé un mètre de neige tout le monde skie et puis moi je suis là c'est comme ça et puis le jour où j'en ai marre je vais ailleurs C'est un état d'esprit. Alors, ça ne correspond pas à tout le monde. Ou alors, spécialisez-vous dans un truc très pointu. Soyez excellent dans ce que vous faites. Moi, je n'ai pas les capacités intellectuelles pour être un grand neurochirurgien ou un grand chercheur. Donc, je me satisfais de ce que j'ai. Et quand ça ne va pas, j'essaie de le faire évoluer. Mais ce n'est pas facile. Le système est compliqué. Et surtout en France, le système est quand même mis à mal. Et je pense que c'est dur de se projeter quand on est un jeune étudiant. Mais par contre, s'il passe chez moi, jamais je leur dirai euh pourquoi t'as fait ça, t'es fou, tu vois, il y a quand même des gens qui disent faut arrêter, faut pas faire ça moi je suis pas d'accord moi je suis tout à fait aligné avec toi,
- Speaker #0
moi je suis passionné par mon boulot et c'est quelque chose qui m'apporte un énorme bonheur, après dans la vie chaque fois que tu prends une décision, il faut assumer tous les problèmes qui vont avec et il se trouve que la médecine c'est quand même un truc qui provoque incroyablement de sens, du bonheur et qui te permettent de te lever le matin et en plus de bien gagner ta croûte en général.
- Speaker #1
On est en question 30 fois par jour, mais bon, tu gagnes assez bien ta vie. Une fois encore, moi j'ai 55 ans, ma carrière n'est presque pas finie, mais je suis allé un peu derrière. Moi, j'ai eu des très belles années. Ce que j'ai pu faire avec médecine, d'ailleurs, je ne suis pas certain que ce soit aussi facile maintenant. Le contexte a changé. Le monde change très vite. Je n'ai pas de... conseil vraiment à donner. Par contre, j'essaie moi de ne pas être le pessimiste, le vieux con qui dit « Ah, c'était mieux avant, tu vois, parce que je ne le pense pas. »
- Speaker #0
Très bien, très bien. Merci beaucoup, Bernard. Merci pour cet échange riche, honnête, profondément humain. Tes voyages nous rappellent quelque chose d'essentiel. On peut soigner différemment sans renoncer à la rigueur scientifique. On peut rester curieux sans être naïf. Et on peut retrouver du sens en revenant à ce qui fait le cœur de notre métier, la relation, le temps et l'attention portée à l'autre. Si cet épisode vous a inspiré, c'est que vous faites déjà partie de ceux qui veulent soigner autrement. Je vous invite à partager cet épisode à un confrère ou une consoeur à qui cet entretien peut inspirer. Et comme toujours, vous pouvez vous abonner à la newsletter du podcast en cliquant sur le lien dans les notes de cet épisode. Merci beaucoup Bernard. Continuez à chercher, à apprendre et à rester libre. Salut.
- Speaker #1
Salut.