- Speaker #0
Je cherchais des idées nouvelles, des philosophies nouvelles qui pouvaient nourrir mon esprit de soignant et je suis tombé sur ton livre que j'ai dévoré. Tu m'as mis le doigt sur une philosophie super élégante de soins que tu as baptisé la médecine des actes.
- Speaker #1
Aucune maladie n'arrive par hasard, elle a toujours un sens. Même s'il y a des circonstances extérieures, il y a quelque chose qui est de l'ordre du vécu personnel de la maladie. Et en fait, cette médecine, elle permet effectivement... de réintégrer, je dirais, la dimension personnelle et individuelle du patient.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on peut leur dire à ces patients qui nous écoutent ? Est-ce qu'on pourrait leur donner des clés de compréhension ? Quand ils souffrent d'une maladie chronique,
- Speaker #1
il faut sortir d'un schéma qui est trop galvaudé. La maladie n'est jamais une punition. En fait, la maladie, c'est une opportunité d'apprendre à prendre soin de soi.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu dis à un couple qui vient pour... faire suivre son enfant qui a un cancer qui a 7 ans. Est-ce qu'il y a du sens là-dedans ? Je vous souhaite la bienvenue sur Superdocteur, le média des soignants qui veulent soigner autrement. Cet épisode est préparé en partenariat avec Compte à Santé, le cabinet d'expertise comptable 100% digital pensé pour les professionnels de santé libéraux. Compte à Santé, c'est un service spécialisé. client à un comptable référent dédié qui connaît son activité, ses spécificités de libéral et son historique, et non un service anonyme où on tombe sur quelqu'un de différent à chaque appel. Ils accompagnent aujourd'hui plus de 8700 professionnels de santé avec des formules adaptées selon chaque parcours. C'est 100% en ligne, fluide, clair et avec un vrai suivi humain. Si la paperasse vous rogne votre temps libre ou si vous préparez votre installation et que vous voulez être accompagné par des professionnels qui... connaissent vraiment le monde médical, ses formalités, ou que vous êtes noyés dans vos déclarations URSAF, je vous invite à y jeter un oeil. Le lien est dans les notes de cet épisode. Merci à Compte à Santé de soutenir ce podcast et merci à vous de l'écouter. Salut, Jean-Patrick Chauvin, je suis très heureux de te recevoir sur ce podcast. Ça fait plusieurs semaines qu'on avait prévu cet entretien tous les deux et puis il y a eu quelques contingences qui nous ont retardé cet entretien. Je suis très heureux de te recevoir. parce que ton travail m'a influencé et continue de m'influencer beaucoup dans mon parcours de soignant, de médecin. Et j'ai pris connaissance de ton travail par ton premier livre, « Quand la maladie nous enseigne » , sous-titré « La médecine des actes » , à l'époque où moi, j'écrivais le mien. Je cherchais des idées nouvelles, des philosophies nouvelles qui pouvaient nourrir mon esprit de soignant. Et je suis tombé sur ton livre que j'ai dévoré. C'était déjà il y a quelques années. Et tu m'as mis le doigt sur une philosophie super élégante de soins que tu as baptisé la médecine des actes. Et ça m'a profondément influencé. Et c'est pour ça que je suis très heureux de te recevoir aujourd'hui parce que tu vas pouvoir m'expliquer ce que c'est, tu vas pouvoir m'expliquer où tu en es dans ton parcours, comment tu fais concrètement. Et merci beaucoup. Merci beaucoup d'être avec moi. Je vais commencer par ma première question, Jean-Patrick, est-ce que tu peux me simplement décrire ce qu'est la médecine des actes, qui est ton invention ?
- Speaker #1
En fait, c'est une approche de la médecine qui, sans renier les apports de la médecine moderne, essaye... de la compléter par une démarche de sens. C'est-à-dire qu'en partant du principe qu'aucune maladie n'arrive par hasard, elle a toujours un sens, même s'il y a des circonstances extérieures, il y a quelque chose qui est de l'ordre du vécu, du vécu personnel de la maladie. Et en fait, cette médecine, elle permet effectivement de réintégrer, je dirais, la dimension... personnel et individuel du patient. J'emploie deux termes différents en référence à Jung, qui a été pour moi une source d'inspiration extrêmement forte et une expérience aussi. Nous avons tous une personnalité unique et ça, on le sait, nous avons tous au-delà de notre apparence visible toute une zone invisible. Et le but de cette médecine des actes, c'est justement à partir de l'événement maladie, d'essayer de voir qu'est-ce qui se passe dans l'invisible de cet être et de le rendre visible. C'est ça mettre du sens en fait. Et à partir de là, de ce travail de conscience, puisqu'il s'agit d'un travail de conscience, d'en déduire des actes concrets, qu'est-ce que je vais amener dans ma vie de nouveau qui fait que je ne vais plus fonctionner comme avant ? Il faut que ça descende dans le concret. C'est ça les actes. On peut prendre conscience qu'on a des désordres liés à une histoire personnelle si on ne... on ne va pas jusqu'à des actes concrets qui sont des actes de guérison profonde, ça ne sert à rien en fait. Tu appelles ça des actes libérateurs, je crois, dans tes écrits parfois. C'est des actes libérateurs. Aujourd'hui, je parle plus d'actes de guérison profonde. En fait, d'une certaine façon, notre personnalité s'est construite Deux. à travers ce qu'on appelle des traumatismes. Ce n'est pas nouveau, Freud le disait déjà, ça existait bien avant aussi, sauf que pour lui, il n'y en avait qu'un. En vérité, il y en a quatre qui construisent notre personnalité et qui fait qu'on a une façon de vivre les événements de l'existence à travers ce prisme. Et la maladie, elle est là en fait pour... essayer de nous faire prendre connaissance de nous-mêmes. C'est un profond chemin de connaissance, en fait. C'est à partir de ce chemin de connaissance, est-ce que je vais être capable de m'accepter tel que je suis ? En fait, c'est connaissance et amour de soi. Le mot est peut-être un peu connoté, mais pour moi, il parle beaucoup. Est-ce que je peux être miséricordieux avec moi-même ou avoir de l'auto-empathie ? Et à partir de là, il y a quelque chose qui se fait, c'est que je vais trouver un acte de guérison de cette plaie essentielle qui m'habite intérieurement.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a eu un patient, une expérience dans ta vie de soignant qui t'a fait changer ton optique du côté tout technique, de la consultation commune ? qu'on connaît entre un patient et un médecin, un patient qui vient pour une plainte, qui vient généralement pour une ordonnance, et puis le patient qui l'examine, qui lui délivre une ordonnance de médicaments, puis le patient qui s'en va et qui pense que son problème va être guéri ou résolu grâce à ces médicaments. Toi, tu es allé plus loin, tu as poussé la réflexion plus loin. Est-ce qu'il y a eu une expérience initiale qui t'a poussé là-dedans ? Qu'est-ce qui t'a fait basculer vers... Cette philosophie de la médecine des actes ?
- Speaker #1
En fait, c'est tout un cheminement. Ça ne s'est pas fait comme ça, du jour au lendemain. Ce n'est pas comme Saint-Paul sur le chemin de Damas, qui se prend un grand flash parce qu'il roulait trop vite. Ce n'est pas du tout comme ça que ça s'est passé. Ça s'est passé par étapes. Et la toute première étape, j'étais tout jeune étudiant. J'étais en deuxième année de médecine. Et je venais de suivre un cours de psychologie médicale. Je suis sorti de ce cours atterré. Atterré en disant, mais moi je n'attendais pas ça, j'attendais qu'on parle un petit peu, je vais employer ce terme de l'âme humaine. Or il n'avait pas du tout été question de ça, il avait été question de tests, de tas de choses, etc. De mesures, de statistiques, etc. J'ai dit, mais qu'est-ce que c'est que ce bazar ? Moi je m'attendais à autre chose. et puis je dis ça à un de mes collègues je dis mais moi je m'attendais à ce qu'on me parle de l'âme humaine on nous apprend des tas de choses en fac de médecine l'anatomie, la physiologie mais quand est-ce qu'on va parler de ce qui se passe au cœur de l'être humain ? Jamais on nous apprend ça et pourtant c'est essentiel et je rajoute une petite phrase et je dis et puis de toute façon à partir du moment où on s'occupe d'être en souffrance comme quand on est médecin on devrait faire un minimum de travail sur soi Merci.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux m'expliquer comment ça se passait en pratique dans ton cabinet quand tu avais un patient en face de toi ? Qu'est-ce qui te différenciait d'un médecin généraliste commun tel qu'on le connaît tous ?
- Speaker #1
Je dirais ce qui me différenciait... Au premier abord, pas grand-chose. C'est-à-dire qu'il y avait toujours une démarche diagnostique, pronostique et thérapeutique. C'est-à-dire, signe, diagnostic, traitement. C'est ce qu'on m'avait appris à la fac. J'étais issu d'une fac où, en fait, la volonté du doyen, c'était de former des cliniciens. Je pense que c'était... Ils ne cherchaient pas à faire des internes, ils cherchaient à faire des cliniciens. Et donc, il y avait une politique dans cette fac qui était extrêmement orientée là-dessus. Et après, je crois qu'il y avait une prédisposition d'un ancien gamin qui avait appris à se taire et à observer ce qui se passait. Et d'une certaine façon, ce qui me différenciait, c'est une certaine aptitude au silence.
- Speaker #0
Intéressant.
- Speaker #1
et qui donne une certaine écoute et en même temps, je dirais, à force de travailler sur soi, c'est une ouverture de perception qui fait que, moi j'appelle ça, on renive ce qui se passe chez les autres. Parce qu'on a ouvert des canaux de perception.
- Speaker #0
Mais c'est-à-dire que pour chacun de tes patients, tu avais une démarche de recherche active ? Oui. de les accompagner dans le sens de leur maladie. Mais pourquoi êtes-vous malade à ce moment-là ? Je vais vous aider, vous accompagner à ce qu'on trouve des réponses ensemble, à tirer les fils qui nous sont proposés pour essayer de trouver un sens à cette maladie qui vous touche aujourd'hui. C'est ça, la démarche ?
- Speaker #1
En gros, oui.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
En fait, il y avait la démarche clinique, je dirais, classique. Et ensuite, ce qui m'a aussi aidé, c'est l'approche homéopathique qui... qui prenaient en compte la personnalité de chacun, comment les gens réagissaient à telle ou telle circonstance, qu'elle soit climatique, qu'elle soit émotionnelle, etc. Ça a été un terreau extrêmement important. L'homéopathie, j'y ai quand même passé 15 ans dans l'école d'homéopathie, puisque j'ai commencé à l'enseigner. Après, j'ai dû quitter parce que ça faisait trop. Mais il y avait ça. IP, je ne sais pas. Après, ce qui me différenciait, c'était... Maintenant, on va prendre du temps pour essayer de comprendre un peu. Excellent. Et l'approche n'a jamais été univoque. C'est en fonction de chacun. Il y en a certains, c'était... Et ça ne vous pose pas de problème d'avoir ce truc qui est récurrent. Et puis l'autre, c'est... Vous pouvez peut-être s'intéresser à ce que dit votre corps à cet endroit-là.
- Speaker #0
Donc tu semais des graines qui germaient dans la tête des patients, c'est ça ?
- Speaker #1
Dans la tête ou dans le cœur.
- Speaker #0
Plutôt que de leur proposer des solutions toutes faites. Tu n'étais pas dans le style de leur dire, si vous avez fait un infarctus aujourd'hui, c'est parce que votre boulot est au stressant ou que dans la famille ça se passe très mal, etc.
- Speaker #1
Non. Tu étais plus subtil dans la suggestion,
- Speaker #0
dans la maïutique socratique.
- Speaker #1
Ouais, dans la maïotique, j'aime bien ce terme, la maïotique, parce que d'une certaine façon, c'est comme ça que je me suis intitulé à une époque. Le sentiment d'être maïoticien,
- Speaker #0
quoi.
- Speaker #1
J'essayais d'accoucher le sens.
- Speaker #0
Extrêmement intéressant. Et tu faisais ça pour tous tes passions ?
- Speaker #1
Au début, je sélectionnais les gens quand j'y commençais. Qu'est-ce que j'ai commencé à exercer comme ça ? Je l'avais à peu près déjà 10 ans d'exercice derrière moi. Donc 1990, 1991. Et donc je disais, ceux-là, ils sont capables de machin, etc. Et puis un beau jour, j'ai dit, mais ça représente quoi si je sélectionne comme ça ? Ça représente 20% des gens que je vois, 30%. J'ai dit, bon, c'est bien, mais... Pourquoi se trier d'abord ? Et puis un beau jour est arrivé dans mon cabinet un homme extrêmement rustique que j'adorais, qui était un homme avec le cœur sur la main, qui avait un passé de prison, d'alcoolisme, il s'en était sorti et il était chauffeur dans une institution de réinsertion de jeunes délinquants. Il conduisait un bus et il avait une névralgie cervico-brachiale bilatérale. Et il vient me voir en me disant « ça ne va pas, ça ne va pas, machin, etc. » Et puis, moi, je faisais la mésothérapie. Je fais la mésothérapie, une séance, deux séances, trois séances. Ça ne bouge pas beaucoup. Puis un bon jour, il s'appelait Henri, je me dis « pourquoi je ne lui parle pas ? Pourquoi je ne lui propose pas cette approche de médecine des actes que je fais avec un certain nombre ? » J'ai des a priori qui sont faux. Et puis, ce jour-là, je dis, bon, allez, hop, ça suffit maintenant. Donc, il arrive et puis il me dit, c'est toujours là, ça ne fait pas grand-chose, vos petites piqûres. Ça me soulage un peu. Je lui ai fait faire des exams et tout. Et je lui ai dit, Henri, moi, je crois que vos bras, ils s'ennuient. C'est pour ça qu'ils vous font mal, parce qu'ils n'embrassent pas assez. Et il me dit, bon, c'est quoi cette connerie ? Il dit, j'embrasse mes gamins et ma femme. Je dis, bah ouais, ça c'est comme tout le monde. Mais peut-être que vous avez besoin d'embrasser plus loin. Il y a peut-être des gens qui ont besoin de vous, de votre générosité, de votre bon cœur, etc. Avec tout ce que vous avez fait, essayez de réfléchir. Vous me direz la prochaine fois. Il me dit, bon, on va réfléchir à ça. Il revient une dizaine de jours après pour une nouvelle séance et puis il me dit, j'en réfléchis, parlez comme ça, j'en réfléchis. C'est pas complètement con ce que vous dites. J'ai dit, c'est tant mieux, merci. Et j'ai dit, alors, il me dit, je suis un ancien alcoolique, j'ai été chez les alcooliques anonymes, donc je m'as dit que j'allais proposer mes services là-bas. et que j'allais en aider d'autres. Donc, je suis allé voir l'association alcoolique anonyme d'Albaville, et ils m'ont dit, c'est ok, vous pouvez être parrain de quelqu'un. Et je dis, alors ? Il me dit, je ne sais pas si c'est le hasard ou quoi, mais depuis, mes bras, ça va vachement mieux. Il avait décidé d'aller embrasser d'autres êtres que sa proche famille.
- Speaker #0
Incroyable ! Ok ! Et...
- Speaker #1
Ça a été un déclic pour moi. Ça a été un déclic, c'est arrête de trier.
- Speaker #0
Ok. Tout le monde mérite de se poser des questions sur ces petits et grands mots.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Du coup, je vais te poser une question qui fâche, Jean-Patrick. J'aime beaucoup cette démarche. Elle m'influence beaucoup parce que je pense qu'il y a beaucoup à apprendre de cette idée de la recherche du sens. des choses, parce qu'on est des humains cortiqués, à priori, à peu près tous, et on a un besoin de sens dans la vie, on a besoin de comprendre les choses. C'est pour ça que les grandes questions métaphysiques nous sont vertigineuses, la question de la mort, du sens de la vie, etc., parce qu'on a envie de mettre du sens dans chaque petit élément de notre vie. Cependant, où est-ce qu'on peut mettre la limite ? Je vois que ta démarche, elle s'ancre dans une filiation spirituelle qui est hyper intéressante. Et qu'est-ce qui distingue ta démarche d'une médecine parallèle, d'une approche, d'une croyance déguisée en soins ? Parce qu'on ne peut pas mesurer ça. Tu me parlais de médecine scientifique, on est dans un monde baigné par l'evidence-based médecine, on ne peut pas faire d'essais là-dessus. L'histoire que tu me racontes, elle est magnifique. Ça ne se mesure pas. cet intersubjectif entre toi et ton patient. Qu'est-ce qui distingue cette démarche d'une médecine parallèle ?
- Speaker #1
Déjà, je ne sais pas ce que c'est qu'une médecine parallèle. C'est un terme qui m'a toujours... Parallèle à quoi ?
- Speaker #0
Tu vois, comment on peut appeler ça ? D'une médecine... Les gens nous accusent beaucoup de charlatanisme dès qu'on sort du cadre des grands essais cliniques, dès que l'on parle de spiritualité, ce qui est d'ailleurs une aberration, parce qu'on sait maintenant que la spiritualité, ce qui n'est pas forcément la croyance en Dieu, la démarche spirituelle de trouver quelque chose de plus grand que soi, de trouver une direction à sa vie, ça fait du bien à la santé. On sait que les gens qui prient, si eux croient en Dieu, sont en meilleure santé que les autres. Pourtant, ça reste... une frontière dans notre activité pour beaucoup. Et on se fait accuser de charlatanisme, de médecins... De l'ésotérique, tu vois ce que je veux dire ? Comment mettre la frontière ? Et est-ce que c'est d'ailleurs quelque chose qui t'a traversé l'esprit ou jamais ?
- Speaker #1
Bien sûr que ça m'a traversé l'esprit, vu que j'avais ma propre démarche spirituelle. Et j'ai toujours gardé quelque chose, c'est, je dirais, la démarche clinique. Cette démarche clinique, elle est signe, diagnostic, traitement, et ça débouche sur une prescription quelle qu'elle soit, une prescription médicamenteuse, une prescription d'examen complémentaire, une prescription... Donc cette démarche clinique, elle était toujours là, cette démarche clinique qu'on m'a enseignée à la faculté, elle était toujours là, mais il n'empêche que À une époque, je faisais deux ordonnances. Je faisais une ordonnance médicamenteuse et une ordonnance d'actes. Je disais, vous prenez votre traitement parce que votre corps en a besoin, mais en même temps, voilà des actes pour rééquilibrer l'être que vous êtes. Donne-moi un exemple d'actes que tu prescrivais.
- Speaker #2
Quand j'ouvre mon livre, il y en a plein. Il y en a d'autres que j'ai écrits.
- Speaker #0
Tu mentionnes dans ton livre, par exemple, un patient dont c'est l'anniversaire qui le mentionne à la boulangère parce que ce patient souffre de... Je ne me rappelle plus précisément l'histoire, mais l'acte... prescripteur que tu lui demandes de faire, c'est d'annoncer à la boulangère que c'est son anniversaire aujourd'hui et que c'est la fête.
- Speaker #1
Oui, en fait, le patient en question, c'était moi.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
J'avais une espèce de timidité maladive. En fait, j'arrive dans la boulangerie et je suis devant le fait que c'est mon anniversaire, j'ai envie de me faire plaisir. Il n'y a plus de pâtisserie dans la vitrine. En gros, c'est ça. Et je me dis, de toute façon, c'est comme d'âme. Je vais encore me retrouver avec un machin. Ça me rappelait des vieux anniversaires. Mes parents disaient, t'as eu un cadeau à Noël, ça ira. En gros, c'était ça. Il y a une vieille histoire qui revenait. Et là, j'ai dit, si moi je prenais... dans mes bras ce petit garçon et que je lui offre, que j'aille juste dire. Et je vais dire à la pâtissière, c'était mon anniversaire aujourd'hui, j'aurais bien aimé. Et elle me dit, on a des trucs au congèle, ils datent d'hier, mais je ne sais plus ce que c'était. Et toujours est-il que ça a été, et elle ne nous a pas fait payer. Donc voilà, c'est une chose. Après, il y en a tellement. C'est difficile de faire un exercice de mémoire.
- Speaker #0
Donc, tu prescrivais deux ordonnances, une de médicaments et une d'actes. C'est-à-dire que les patients repartaient avec une ordonnance, avec marqué...
- Speaker #1
Un conseil.
- Speaker #0
Voilà, OK. Faire ceci, faire cela.
- Speaker #1
Je vais en prendre un autre, là. Il y en a un qui me revient, parce que c'était une gamine, une jeune ado. Elle devait avoir... Quel âge elle avait ? 16 ou 17 ans, elle était en terminale, je crois. Et elle avait une souffrance, c'est qu'elle était petite, elle avait une taille inférieure à la moyenne, elle était un peu rondelette, et puis on se moquait d'elle, on la laissait de côté, elle se sentait... Elle disait, moi je suis bien simplement derrière mon appareil photo. Je dis, mais de toute façon... Puis quand je regarde les autres, j'ai tout le temps envie de les critiquer. Je lui dis, tu vas faire une chose. Tu te sens seul, tu te sens mis à l'écart. Et si, plutôt que de les regarder pour les critiquer, tu les regardes pour voir ce qui est beau chez eux et que tu leur dises. Elle m'a dit, ah bon ? Je lui dis, tu as un œil photographique qui est assez pertinent. Parce qu'elle m'avait montré les photos qu'elle avait faites. Je trouvais que c'était une belle chose. Et je lui dis, tu as un œil photographique qui est assez pertinent. Souligne le beau chez les gens que tu vois plutôt que de souligner le laid. Et elle me dit, bon, je vais essayer. Elle revient me voir un mois plus tard, elle me dit, ça marche vachement votre truc. Maintenant, je suis copine avec tout le monde. Et puis, ils m'ont même demandé d'être délégué de classe.
- Speaker #0
Excellent. C'est beau, c'est beau. Ce que j'adore là-dedans, c'est que c'est simple. C'est super élégant, ça coûte rien. C'est très subtil, en fait. Et puis, le fait d'avoir une deuxième ordonnance... c'est quelque chose qui a de la valeur pour les gens. C'est quand même une ordonnance du médecin, tamponné, c'est quelque chose qui doit être fait. Et on ne pense pas à prendre soin de soi de cette façon. Et je te remercie pour ces exemples. Ce sont de très beaux exemples de ta pratique médicale. Est-ce que toutes les maladies ont un sens ? Je pense par exemple à un cancer pédiatrique, à un accident de la route. à un AVC chez un patient jeune, est-ce qu'il y a une limite à tout ça ?
- Speaker #1
Non, je ne crois pas. En fait, il y a une chose qui m'a toujours porté, c'est le « Mets-toi face aux malades » de Lucien Israël. J'ai lu ça, j'étais étudiant, puisqu'il est sorti en 1968.
- Speaker #0
Le médecin face aux malades de Lucien Israël, ok ?
- Speaker #1
À l'époque où j'étais dans ces cours de psychologie médicale qui n'étaient absolument pas satisfaisantes, je suis tombé sur ce livre. J'ai dit peut-être que lui, ça a été une révélation, je dirais. Et je l'ai lu et relu. Et à un moment, il dit ceci. La tâche du médecin n'est pas seulement d'assurer la survie. mais de préserver la vie, le sens de la vie. Toute perte de sens occasionnée aux malades par l'incompréhension du médecin est une faute professionnelle aussi grave qu'une erreur de thérapeutique. Ce n'est pas anodin de dire les choses à ce point-là. Et en fait, après, c'est par l'expérience et l'accompagnement de certaines personnes aussi en fin de vie qui fait que la démarche de sens, de toute façon, elle doit aboutir à un moment donné sur le sens même de l'existence. Quel est le sens de mon existence ? Quel est le sens de mon passage sur Terre ? C'est là où on rejoint le spirituel. Ce qui ne nie pas l'actualité du monde dans lequel on vit, ce qui ne nie pas la médecine telle qu'elle se pratique aujourd'hui en majorité, mais en même temps, je crois que quand on regarde le désordre du monde actuel, j'ai pu. peut-être temps de se poser des questions. C'est quoi le sens de tout ça ? Et c'est quoi le sens de notre existence ? C'est de se faire la guerre de partout ? C'est d'engendrer des querelles de chapelle ? Ou d'essayer d'engendrer une vraie fraternité profonde ?
- Speaker #0
Merci pour ce partage. Qu'est-ce que tu dis à un couple qui vient pour faire suivre son enfant qui a un cancer qui a 7 ans ? Est-ce qu'il y a du sens là-dedans ?
- Speaker #1
Oui, toujours, toujours. C'est arrivé, ça m'est arrivé. Ça demande beaucoup de recul d'abord. Je dirais que ça demande de sortir de tous les schémas affectifs. Ça demande aux soignants. dans une profondeur de travail sur soi qui est incontournable. Pour justement ne pas faire subir aux gens ses propres projections, et ça demande une grande humilité. Et pour moi, ça a toujours été comme ça, c'est je n'ai pas de solution, et je n'ai pas le pouvoir de faire des miracles, la seule chose que je peux vous apporter... c'est d'essayer d'accompagner l'épreuve que vous traversez. Ensuite, de quoi je m'enquière toujours, c'est est-ce que vous avez une vie de foi ? Est-ce qu'il y a tout ça autour de vous ? Parce que je crois que l'accompagnement à cet endroit-là, il va falloir accepter que le rôle du médecin, c'est d'essayer de donner des directions. Et ensuite, les gens doivent... Faire leur choix d'accompagnement, en toute liberté mais en toute connaissance de cause.
- Speaker #0
ça c'est une première chose et ensuite la deuxième chose qui moi m'a toujours qui a toujours été forte c'est quelle que soit l'issue fatale annoncée que ce soit chez un enfant chez un adulte c'est la vie à tout prix mais qu'est ce que c'est que la vie à tout prix et là j'ai souvenir de deux trois aides que j'ai accompagné il y en a un Je parle dans mon livre, qui était vraiment un frère, qui dans mon livre s'appelle Gaspard Belfort, qui est mort d'un cancer du poumon, et que j'ai accompagné jusque dans son dernier souffle, je dirais que c'est vraiment le cas. Et ça a été une expérience fondatrice extrêmement forte, après il y en a eu d'autres, mais le propos ça a toujours été de c'est quoi le sens de ta vie jusqu'au bout ? Je prends un exemple, parce que j'ai sa photo là, qui est sur mon étagère, et je le vois. C'est un homme qui avait un cancer de l'ésophage, qui était venu me voir, on se connaissait, qui est venu me voir en disant, avec ton approche, avec mon cancer de l'estomac, cancer de l'estomac, il dit avec ton approche, est-ce que tu peux m'accompagner ? Et on a fait d'abord tout un travail de réconciliation familiale. C'est tous les endroits, toutes les aigreurs qu'il avait, et tout ce qui n'était pas digéré, qu'il fallait digérer. Il s'est réconcilié avec son ancienne femme, ça ne veut pas dire qu'il s'est remis avec elle, mais il s'est pacifié d'une ancienne relation, avec ses enfants pareils, avec un certain nombre de choses. Et puis... Sur ces derniers jours, il s'est retrouvé régulièrement à l'hôpital. Et il dit, il y a quelque chose avec lequel, sur son lit d'hôpital, il dit, il y a quelque chose avec lequel je me suis réconcilié. C'est avec la foi chrétienne. Maintenant, je prie Marie. Je dis, c'est très bien, continue. Lâche pas. Va à la rencontre de Marie. Vas-y, vas-y, vas-y. Et il me dit, et puis il y a une chose qui m'est venue, c'est que... Moi, à l'hôpital, j'y vais pour faire mes soins, mais je vois des gens autour de moi qui ne vont pas bien, qui n'ont pas le moral, etc. Qu'est-ce que tu en penses ? Je dis, va les voir, parle-leur, aide-les. Et il l'a fait. Il y a eu deux, trois hospitalisations, il a fait ça, puis un beau jour, il s'est retrouvé hospitalisé pour la phase finale, terminale. Et là, ça s'était passé au téléphone. Et il m'appelle, il me dit, je ne peux plus sortir de mon lit, je ne peux plus aller les voir, les autres. Je lui dis, tu peux toujours faire quelque chose, prie pour eux. Et en fait, j'ai eu un témoignage de sa sœur, il m'a dit, il est mort en paix, complètement. Il y avait une densité d'amour autour de lui qui était invraisemblable. Ça répond pour moi à la question du sang, je crois que c'est jusqu'au bout.
- Speaker #1
Fascinant. C'est une activité qui a dû incroyablement te nourrir en tant que soignant, mais aussi en tant qu'humain, parce que quand on a ce genre d'expérience, j'ai envie de te dire, on peut partir tranquille après, à la fois à la retraite et puis le plus tard possible vers notre dernier soupir, vers notre crépuscule.
- Speaker #0
Ouais, sauf que...
- Speaker #1
Sauf que l'histoire n'est pas encore finie pour moi.
- Speaker #0
Sinon, je ne serais plus là. Je viens d'avoir 75 ans et je sais que j'ai encore deux, trois choses à dire et à écrire.
- Speaker #1
Absolument. Et c'est pour ça que tu vas nous les délivrer avec notamment un prochain ouvrage, je crois. C'est une activité qui mérite beaucoup de temps, beaucoup d'attention, beaucoup d'énergie. Tu finissais pas tes journées lessivées de prendre cette... cette pesanteur, cette densité quotidiennement plusieurs fois, parce qu'on a un métier difficile, c'est difficile d'accompagner les gens dans la souffrance, dans leurs petits et différents grands problèmes. Ça demande beaucoup d'énergie, je trouve, beaucoup d'implication,
- Speaker #0
de le faire avec ton intensité. Non, je ne sortais pas fatigué dans la mesure où j'étais nourri. J'étais nourri de ces rencontres et puis il y avait quand même quelque chose qui me portait et qui m'aidait. C'était ma propre démarche. C'est-à-dire que j'avais mes souffrances de soignant, et de la même façon que j'étais capable de... Sinon, je n'aurais pas pu le faire. J'étais capable de m'asseoir à côté de mes patients, de parler avec eux, et je m'asseyais à côté de moi. Et je lui disais, bon, alors, qu'est-ce qui ne va pas, mon gars ? De quoi tu as mal ? Et ça commençait comme ça. Et c'est comme ça, d'ailleurs, que quand je me suis retrouvé... Avec la décompensation de ma valvulopathie congénitale, c'est comme ça que j'ai abordé les choses. Ce qui m'a permis une traversée extrêmement forte. Même aujourd'hui où j'ai toujours des troubles cardiaques. Tout à l'heure, tu parlais de corticalité. Je pense qu'à un moment donné, il faut apprendre à se décortiquer.
- Speaker #1
Je suis d'accord avec toi.
- Speaker #0
pour ouvrir cette voie qui est une voie du cœur. Ça va être le titre de mon prochain livre, d'ailleurs, La voie du cœur, avec un X et un E. Et quel sens as-tu trouvé à tes arythmies, tes valvulopathies, tes problèmes cardiaques ? Ça dépend des moments. Mais là, la dernière chose en date, c'est parce qu'il y a eu... quelque chose qui s'est déclenché le jour même de mon anniversaire, mes 75 ans. Et je savais qu'il y avait des choses qui mijotaient depuis un moment. Et c'est un profond remaniement. En fait, c'est la nécessité de trouver une nouvelle pulsation à ma vie. L'écriture va être centrale, elle ne l'est pas encore assez. Ou l'écriture va être centrale, ou il va falloir... beaucoup plus de silence, je dirais, mais beaucoup plus d'écriture. Et en même temps, il est temps aussi de poser, de reposer des fondations, parce que même si elles existaient du temps de médecine des actes, il faut tout reprendre de ces fondations pour les transmettre. C'est-à-dire qu'en fait, il faut que je suis en train de préparer Non pas la suite de ma vie, mais l'après.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qu'on pourrait transmettre aujourd'hui tous les deux aux patients qui nous écoutent ? On a parlé de nos confrères, de nos consoeurs. Est-ce qu'on pourrait leur donner des clés de compréhension quand ils souffrent d'une maladie chronique, pour les inviter à effectuer la même démarche ? que tu as effectuées à titre personnel et celles que tu as essayées de tendre et de proposer à tes patients. Qu'est-ce qu'on peut leur dire à ces patients qui nous écoutent ?
- Speaker #0
D'abord, une première chose, c'est qu'il faut sortir d'un schéma qui est trop galvaudé. La maladie n'est jamais une punition. La maladie est une opportunité. Une opportunité, se poser des questions qu'on ne se serait jamais posées autrement. Ce n'est pas parce qu'on a mal fait quelque chose, c'est peut-être parce qu'on est invité à mieux se connaître et à mieux s'aimer. En fait, la maladie, c'est une opportunité d'apprendre à prendre soin de soi. Il faut sortir du schéma médical où on soigne des maladies. Il manque quelque chose de fondamental dans la médecine aujourd'hui, c'est vraiment l'art du prendre soin. Alors on parle de prévention, mais ce n'est même pas de la prévention. C'est une hygiène fondamentale. Prendre soin de soi, aussi bien au niveau du corps, mais aussi de l'âme et de l'esprit. Mais ce n'est pas une mince affaire, parce que plus on prendra soin de soi, plus on prendra soin de ce qui nous entoure. Il y a chez l'être humain une dimension personnelle, individuelle, mais il y a aussi une dimension écosystémique. C'est nous appartenons à un écosystémique. Et je vous dirais, il y avait une civilisation qui l'avait très bien compris, c'était les Amérindiens. Et leur médecine d'ailleurs était une médecine hautement spirituelle, les hommes médecine. Peut-être qu'il faut restaurer la voie des hommes médecine, mais dans la post-modernité. et que chacun peut être son propre homme médecine. Ce qui demande de s'arrêter et de s'occuper des petites souffrances de l'existence. Attendez pas la maladie pour vous occuper de vos petites douleurs. Commencez à être à l'écoute et cherchez ce qui pourrait vous faire du bien, ce qui pourrait améliorer votre existence et vous améliorer. Et c'est toujours mieux vous connaître et mieux dire je t'aime. à soi-même et aux autres.
- Speaker #1
Fantastique. Jean-Patrick, je te remercie beaucoup. C'était un énorme plaisir pour moi d'échanger avec toi aujourd'hui. Pour moi aussi. Avant de nous quitter, est-ce que tu pourrais me partager ton actualité, ton futur, l'ouvrage que tu prépares, ce que tu trames en ce moment ? J'ai l'impression qu'il y a quelques projets. Et puis nous dire où est-ce qu'on peut te retrouver ?
- Speaker #0
Alors, ce qui se trame actuellement, c'est l'écriture, c'est ce que je disais. Je sais que j'ai cinq livres à écrire. Ça va me prendre un certain temps. Le premier, c'est un livre de témoignages qui, pour l'instant, s'appelle La Voix du cœur, où je parle beaucoup de mon expérience de cardiopathie. Après, il y aura un ouvrage de fond sur cette médecine de l'homme. qui en même temps sera, je dirais, l'arrivée dans l'espace public de ce qui doit être aussi un enseignement, puisqu'il y a un enseignement qui se prépare, ou une transmission plus qu'un enseignement. Je n'aime pas le terme enseignement, ou alors il faudrait parler d'ensemencement. C'est comment créer... Je dirais un lieu, c'est vraiment l'académie en fait, qui est un lieu de partage de connaissances et un lieu maïeutique pour accoucher d'une autre médecine ensemble et d'autres soignants ensemble, pas simplement les médecins. Et après, il y a une vieille histoire qui traîne. J'ai commencé à écrire pour mes petits-enfants. que je vais... C'est un petit compte initiatique que j'écris de temps en temps qui s'appelle Guimouel le Boiteux. Et puis, il y a un autre ouvrage parce que pendant... Je disais tout à l'heure que j'ai failli faire école hôtelière et finalement je suis bien content d'avoir fait médecine parce que la restauration, c'est un dur métier. Mais j'ai animé des stages de jeûne pendant des années aussi. Et surtout d'alimentation juste. Donc il y a un ouvrage aussi qui va être là-dessus sur l'alimentation juste. Pas l'alimentation saine, juste, c'est-à-dire pour soi, mais aussi pour l'environnement, pour les autres, etc. Et puis il y a un ouvrage de fond qui sera beaucoup plus pire actuel. Voilà, ça devrait m'occuper les années qui me restent à vivre. Fantastique, il tarde en tout cas de... Et ensuite, où est-ce qu'on peut me trouver ? Eh bien, sur mon site, sur l'Académie de médecine de l'homme. Académie de médecine de l'homme.
- Speaker #1
Je vais mettre le lien dans les notes de cet épisode. Je te remercie infiniment de m'avoir accordé ce moment, Jean-Patrick.
- Speaker #0
Je te dis à bientôt. et puis me timbre le point. À bientôt. J'espère qu'on se rencontrera autrement que par écran interposé. Ce sera avec un grand plaisir. Salut Jean-Patrick.