Speaker #0Faut que j'aille faire les courses, je sais plus quoi faire à manger, t'as des idées toi ? Ah non, aucune, je fais pas à manger moi, c'est mon compagnon qui s'en occupe. Mais non ! Bah si ! C'est la journée de la femme, alors je sors mon petit bazooka féministe. Bienvenue dans T'as changé, le podcast des femmes qui arrêtent de s'excuser. Je suis Célia, je suis coach. Et aujourd'hui, j'ai envie de vous parler de tout ce fatras domestique qui pèse sur nous, les femmes. et qu'on entretient parfois nous-mêmes. Je ne fais jamais à bouffer. Quand je dis « je ne cuisine pas » , c'est jamais. Je ne sais même pas comment on allume le four. Je vis avec un homme qui fait la cuisine. La quotidienne, pas un barbecue deux fois par an, la cuisine de tous les jours, celle un peu pénible, matin, midi et soir. Et les courses qui vont avec, j'ose à peine le dire. Parce qu'à chaque fois que je dis que je ne cuisine pas, alors que je vis avec un homme. J'ai droit à des yeux grands comme des soucoupes. C'est pas un truc féministe, c'est juste que j'aime pas ça et lui si. Ça nous pose aucun problème. Mais quand j'en parle autour de moi, je reçois souvent des réactions hyper choquées. Ah non mais la chance ! Et j'ai même eu droit à cette question lunaire. Mais toi, tu fais quoi du coup ? Et je me suis justifiée. Je fais la vaisselle, je passe l'aspirateur. C'est fou comme les gens s'extasient dès qu'un homme fait un truc domestique, généralement attribué aux femmes. Est-ce qu'on dit à tous les hommes de la Terre à qui leurs femmes font à manger à quel point ils ont de la chance ? Non. Non, parce que c'est normal. Mais moi, il faudrait que je sois reconnaissante, que je me rende compte à quel point je suis gâtée. Et les plus choqués sont souvent les femmes. Comme quoi, on a bien intériorisé que les tâches ménagères, c'est nous. et qu'un homme qui cuisine, a fortiori au quotidien, c'est suspect. Mouais, c'est bizarre, il serait pas un peu soumis ? Il y a souvent un petit soupçon malsain là. Mais bon, encore une fois, quand je dis que c'est suspect, je vous rassure, le plus souvent, c'est sur nous que ça tombe. Le pauvre, c'est vraiment une feignasse, Célia. C'est pas simple de se détacher de toutes ces injonctions quand on est né dans une ère pré-metoo. Je me souviens de ma mère quand j'étais ado, lors d'une discussion sur le métier que je choisirais plus tard, et qui me disait que prof, bah oui prof c'est bien, c'est un bon métier pour une femme. Sous-entendu, un métier qui te laisse du temps, c'est bien, puisque forcément tu devras t'occuper de ta future famille. Pourtant, ma mère n'est pas une faible femme, quiconque la connaît vous le dira. Mais elle m'a quand même élevée avec les schémas de pensée de sa génération, c'est normal. Toutes ces phrases qui m'ont choqué au fil du temps, sans que je puisse mettre des mots à l'époque sur ce qui me gênait dans ses propos. Et ça s'est beaucoup matérialisé dans la sphère professionnelle. Je me souviens de cette collègue et amie qui va demander une augmentation, à qui le DRH répond « Mais pourquoi tu veux être augmentée, ton mari gagne bien sa vie ? » Vous vous rendez compte de la violence de la question ? Son salaire était jugé en rapport avec celui de son mari. Il gagnait bien sa vie, donc elle n'avait pas besoin d'argent. Tout juste s'il ne lui a pas dit qu'elle travaillait pour s'occuper avant d'avoir des enfants. Je précise juste qu'on devait être genre en 2005, pas en 1964. Le même DRH qui poursuit sur sa lancée lors d'une vague de licenciements. Bon, je ne me fais pas de soucis pour toi, avec ton physique, tu retrouveras vite un job. Ce n'est pas un personnage fictif, il était très réel. Il y a eu aussi cet appel que je reçois un jour au boulot. Une femme qui demande à parler au responsable communication. Quand je réponds que c'est moi, la nana me reprend avec un ton super agressif. « Non, mais je voudrais parler à un décideur. » « Ben, c'est moi. » « Elle ne m'a pas cru. » « Bon, on s'est un peu raccrochés au nez. » Je ne peux pas résister non plus à vous raconter ce recrutement hallucinant. J'étais débordée de boulot. Mon boss me dit « Ok, on va recruter quelqu'un pour t'aider. » Dont acte, mon responsable RH de l'époque s'en occupe et organise des entretiens. Je vais accueillir la candidate qui me dit tout chousse quand j'ouvre la porte. « Ah, vous êtes l'assistante de M. Duge ? » « Non, je suis la personne pour qui on recrute. » La pauvre, elle est devenue cramoisie. Encore une nana qui avait intégré que son boss serait forcément un mec. Aujourd'hui, je conscientise tout ça, mais ça m'a pris du temps. Comme quoi, pour faire référence à Simone de Beauvoir, on ne n'est pas féministe, on le devient. Alors, être avec quelqu'un qui partage les tâches ménagères, c'est pas de la chance. J'ai pas choisi mon compagnon pour qu'il me fasse à bouffer. J'attends autre chose du couple. La cuisine, le ménage, les finances, tout ça, ça se discute. J'ai travaillé sur moi pendant des années pour savoir ce que je veux. et ce que je ne veux pas. Alors quand j'ai rencontré mon compagnon, j'ai tout de suite annoncé la couleur. Je travaille beaucoup, j'ai un petit garçon en garde très peu alterné, je ne fais pas la cuisine et je ne repasserai pas tes chaussettes. Voilà, voilà ! Et il est venu quand même. Même pas peur. Parce qu'en cette journée de la femme, j'ai aussi envie de vous dire qu'il y a des hommes bien, qui s'assument comme des grands, qui ne prennent pas les femmes pour des bonniches, les fameux hommes déconstruits dont on parle aujourd'hui. Mais encore faut-il que nous, on se déconstruise un peu aussi. C'est pour ça que c'est important de se connaître, d'être clair sur ce qu'on attend de nos relations et de ne pas retomber dans nos travers. Toutes ces fausses obligations qu'on a reçues en héritage d'éducation et qui font soi-disant partie de la vie d'une femme et qu'on véhicule parfois malgré nous. On peut aussi dire à ses copines « Mais bichette, tu te rends compte de ce que tu dis là ? » Donc voilà. Ça m'énerve quand on me dit « Waouh, t'as de la chance ! » Juste d'être avec quelqu'un qui prend sa part des trucs relous de la vie. La chance, ça se provoque. La chance, ça sous-entend une notion de hasard qui, pour moi, n'existe pas. C'est du boulot d'avoir de la chance. C'est plutôt du travail, de la détermination, de la communication, de l'introspection. C'est l'orientation qu'on donne à sa vie. Pour être en accord avec soi-même et avoir de bonnes relations, avec la personne qui partage votre vie. Je suis une femme et je ne cuisine pas. C'est comme ça. C'est pas mon sujet, sauf pour les autres. Moi, je me définis autrement, dans des plaisants certains. Comme je le dis souvent, je ne suis pas une femme d'intérieur, je suis une femme d'extérieur. T'es trop fatiguée pour faire à manger ? Pas de problème, je comprends. Je paye le resto, c'est bien aussi. Alors, arrêtez de culpabiliser parce que vous ne faites pas à manger et que vous avez l'impression de ne pas remplir votre rôle de ménagère. Ou en tout cas, c'est ce que vous renvoie la société, voire vos amis les plus proches. Vous pouvez exister autrement. Moi, c'est ce que je fais. Mon petit message du jour, c'est qu'on n'est pas obligé de reproduire les schémas de nos mères, même si on n'a plus 20 ans. Qu'on peut évoluer et redéfinir ses priorités. Si faire les courses et les menus de la semaine vous drainent, et que toute la famille vous salue le soir par un chaleureux « Qu'est-ce qu'on mange ? » On peut aussi répondre « Je sais pas, t'as fait les courses ? » Il ne s'agit pas non plus de tomber dans l'extrême. Le partage des tâches, c'est pas forcément 50-50. Le quotidien est parfois contraignant, on doit faire avec, et si on peut discuter pour faire en sorte que chacun fasse ce qu'il déteste le moins, c'est déjà bien. Personne n'a une passion pour l'aspirateur, la descente des poubelles ou la paperasse administrative. Mais a priori, c'est incontournable. L'idée aussi, c'est de ne pas se juger sans arrêt les unes les autres. Il ne me viendrait jamais à l'idée de dire à une copine mère au foyer « Ah là là, tu passes ta vie à faire à manger, tu travailles pas, ça doit être relou ! » Si elle est heureuse comme ça, c'est l'essentiel. Si cet épisode vous a parlé, ou si vous connaissez quelqu'un qui rate désespérément ses quichots légumes, partagez-lui le lien de ce podcast. On sait jamais, ça l'aidera peut-être, en tout cas c'est fait pour. Et comme je ne fais ni les courses ni la cuisine, je vais avoir le temps de préparer le prochain épisode de ce podcast. Parce que ça, ça m'éclate. À très vite.