Speaker #0Samuel Paty, histoire d'un professeur Bonjour à tous. J'aimerais dire quelques mots avant qu'on commence parce que cet épisode-là, il n'est pas vraiment comme tous les autres. Je suis professeur d'histoire-géographie, comme Samuel Paty, et à peu près du même âge que lui. Quand il a été assassiné le 16 octobre 2020 à la sortie de son collège, ce n'a pas été pour moi ni pour beaucoup de mes collègues un fait divers parmi d'autres. C'était l'un des nôtres. Plus de cinq ans après, je me rends compte que beaucoup connaissent son nom, mais ne connaissent pas vraiment son histoire. La sortie du film L'Abandon de Vincent Garinck en mai 2026 m'a décidé à consacrer un épisode à ce qui s'est passé, pour raconter factuellement. À partir de ce que les enquêtes... les procès et le rapport de l'inspection générale ont établi. Le ton de cet épisode sera donc différent de ceux que vous avez l'habitude d'écouter sur ce podcast. Mais le sujet ne se prête pas à autre chose. Vous connaissez sûrement son visage. Cette photographie projetée sur la façade de la Sorbonne, lors de l'hommage national le 21 octobre 2020. Un homme d'une quarantaine d'années, des lunettes, un sourire discret. Mais savez-vous vraiment ce qui s'est passé ? L'histoire qu'on va vous raconter aujourd'hui, c'est celle d'un engrenage. 11 jours, c'est par un cours d'éducation morale et civique donné à des élèves de 4ème et l'assassinat du professeur qui l'avait donné. Entre ces deux événements, un mensonge, deux vidéos qui deviennent virales, une plainte, des menaces, des institutions qui... hésitent, et un homme de 18 ans qui, lui, n'hésite pas et décide de tuer. Comment un cours sur la liberté d'expression a-t-il pu conduire à la mort d'un professeur ? Comment, dans la France de 2020, un enseignant peut-il être décapité à la sortie de son collège pour avoir fait son métier ? Pour comprendre, il faut reprendre depuis le début. Avant d'être un symbole, Samuel Paty, c'est un homme. Né le 18 septembre 1973 à Moulins, dans l'Allier. Ses parents, directeurs d'école, lui ont transmis une haute idée du métier d'enseignant. Il étudie en classe préparatoire au lycée Edouard et Riau de Lyon, puis obtient une maîtrise d'histoire à Lyon en 1995. Son mémoire sur la couleur noire dans la société française entre 1815 et 1995 est d'ailleurs publiée à titre posthume en 2021. En 1997, à 24 ans, il obtient le CAPES d'histoire-géographie et il est nommé, comme souvent pour les jeunes professeurs, en région parisienne. Il enseigne ainsi plusieurs années en Seine-et-Marne. torsie. Puis il rejoint, en 2017, le collège du Bois d'Aulne à Conflans-Saint-Honorin, dans les Yvelines. Un collège public ordinaire. Au moment de sa mort, il a 47 ans. Il est père d'un garçon de 5 ans. Ses élèves et les anciens élèves le décrivent comme un enseignant exigeant, passionné, qui aime son métier. Christophe Capuano, l'un de ses anciens camarades d'université, devenu enseignant-chercheur, écrit au lendemain de sa mort qu'il était, je cite, un étudiant brillant, un super enseignant, un homme de dialogue. Voilà ce qu'il faut avoir en tête, un professeur, comme il en existe des centaines de milliers en France. Octobre 2020 A Paris, depuis début septembre, se tient le procès des attentats de janvier 2015, ceux de Charlie Hebdo et de l'hypercachère. Le 1er septembre, Charlie Hebdo a d'ailleurs republié les caricatures de Mahomet à l'occasion de l'ouverture du procès. Et le 25 septembre, un attentat a eu lieu près des anciens locaux du journal, rue Nicolas Aper. Le 2 octobre, Emmanuel Macron prononce au Mureau son discours sur les séparatismes. Et donc c'est dans ce climat-là, lourd, Déjà tendu sur la question des caricatures, que Samuel Paty arrive en classe le lundi 5 octobre à 10h30 pour entamer son chapitre d'enseignement moral et civique. Le programme officiel de quatrième prévoit un travail sur la liberté d'expression. Samuel Paty enseigne ce chapitre chaque année et à chaque fois il aborde la question des caricatures. C'est un cours qu'il a déjà donné de nombreuses fois, à de nombreuses classes, sans qu'aucun incident n'ait été signalé jusqu'alors. Les documents qu'il utilise en support proviennent de Canopée, un site institutionnel qui propose du matériel pédagogique pour les enseignants. Et pour ce cours, il propose aux élèves un débat dialectique, au tableau deux colonnes. « Je suis Charlie » à gauche, « Je ne suis pas Charlie » à droite. Et il fait noter les arguments des deux côtés. La liberté de la presse comme droit fondamental d'un côté, le respect des religions et la question des conséquences éditoriales de l'autre. Et à un moment du cours, il annonce qu'il va projeter pendant quelques secondes deux caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo. Et il propose à tous ceux qui pourraient être choqués de sortir de la salle ou de détourner les yeux. L'ambiance est décrite par tous les témoins, les élèves comme l'auxiliaire de vie scolaire présent de ce jour-là comme apaisé. Il donne donc ce cours le lundi 5 octobre à une première classe. Le lendemain, mardi 6 octobre, dans une autre classe de quatrième, il reprend le même thème. Mais cette fois, il ne fait sortir personne. Oui, il n'y a pas alors d'auxiliaire de vie scolaire pour accompagner les élèves dans le couloir. Il indique seulement que ceux qui le souhaitent peuvent fermer les yeux ou détourner le regard. Et c'est dans cette seconde classe qu'un mensonge inventé par une élève qui était pourtant absente ce jour-là déclenche tout l'engrenage. Cette élève a 13 ans. Le mardi 6 octobre, elle n'est pas en classe. Elle souffre de règles douloureuses et sa mère lui a permis de rester à la maison. C'est un point essentiel. Elle n'a pas vu les caricatures, elle n'a pas entendu le cours de Samuel Paty. Le jour même, ou le lendemain matin, des camarades du collège lui parlent du cours qu'elle a manqué. Ces camarades lui évoquent les caricatures, leurs propres réactions, parfois déformées par les conversations entre élèves. Essai de ces récits. que la collégienne reçoit sans avoir assisté à rien, que va naître tout le reste. Le mercredi 7 octobre, et sans aucun lien avec le cours de Samuel Paty, la principale du collège annonce aux parents de la jeune fille son exclusion temporaire de deux jours. Bon, la raison est purement disciplinaire. Depuis le début de l'année, l'élève accumule l'absence et problèmes de comportement. Oui, mais quand sa mère l'apprend, elle est furieuse. Et c'est là, dans l'urgence et la panique, que la collégienne invente. Plutôt que de dire la vérité à ses parents, c'est-à-dire qu'elle est exclue pour son comportement, elle bâtit un récit héroïque à partir des bribes du cours que ses copines lui ont rapporté. Elle raconte qu'elle a été exclue parce qu'elle s'est opposée à un cours de son professeur d'histoire-géographie. Selon ce récit, l'enseignant aurait demandé aux élèves musulmans de lever la main puis de sortir avant de montrer aux autres une image du prophète Mahomet nu. Elle se serait dressée en disant « non, c'est un cours pour tout le monde » , ce qui aurait entraîné son exclusion. Aucun de ces éléments n'est vrai. L'élève le reconnaîtra au procès. Elle expliquera devant la cour qu'elle n'en voulait pas à Samuel Paty, qu'elle n'avait pas été victime de discrimination, qu'elle ne cherchait même pas une sanction contre lui. Elle voulait juste, je cite, « couvrir ses exclusions » . Mais le mensonge a pris. Son père, Brahim Chnina, y croit. Il s'indigne et il décide d'agir. Dans la soirée du 7 octobre, Brahim Chnina publie sur Facebook un texte virulent contre Samuel Paty. appelant à, je cite, « virer ce professeur d'histoire » . Une heure plus tard, il est encore plus précis dans un message WhatsApp envoyé à tous ses contacts. Il y donne le nom du professeur et l'adresse du collège pour, je cite encore, « dire stop » . Le 8 octobre, le lendemain, Brahim Chnina se présente au collège, accompagné d'un homme qu'il a contacté entre-temps et qui dit vouloir l'accompagner dans sa démarche. Cet homme s'appelle Abdelhakim Seyfrioui. Sa militant islamiste, connu depuis longtemps des services, et fiché S, S comme Sûreté de l'État, pour radicalisation à caractère terroriste. Il anime un collectif Sheikh Yassin, du nom du fondateur du Hamas, un collectif que les autorités françaises vont dissoudre cinq jours après l'attentat. La principale au départ ne veut pas les recevoir, mais ils sont très insistants. Au bout d'une heure, Seyfrioui et Chenina sont finalement reçus et ils se plaignent d'avoir attendu dehors. « Si nous avions été juifs, on ne nous aurait jamais traités ainsi » , proteste Seyfried. Et devant la principale, il traite à nouveau Samuel Paty de voyou. Ils exigent son renvoi. Alors Seyfrioui se présente comme le représentant des imams de France. Ce qui est totalement faux, il a même été exclu du CIF du fait de ses positions radicales. Et il menace d'organiser un rassemblement de musulmans devant le collège si l'enseignant n'est pas écarté. Mais la principale tient bon. Le même jour, Brahim Chnina porte plainte au commissariat pour, je cite, « diffusion de l'image d'un mineur présentant un caractère » pornographique. Bon, c'est une formulation étrange, peut-être en lien avec le fait que le prophète était représenté nu sur la caricature et qu'il a été montré des collégiens. Et dans la foulée, Brahim Chnina poste sur Facebook une vidéo intitulée « Touche pas à mes enfants » , dans laquelle il accuse nommément le professeur, appelant une fois de plus à son renvoi, en disant qu'il doit, je cite, « s'éduquer lui-même » . Et le soir, Seyfrioui filme à son tour une vidéo au titre tout aussi évocateur L'islam est le prophète insulté dans un collège public. Il s'y présente comme journaliste. Devant sa caméra, la fille de Brahim Chnina, qui cache son visage, répète son mensonge. Ses freeways appellent alors au renvoi de Samuel Paty, allant jusqu'à comparer la situation au massacre d'Estrebrénica. Ces deux vidéos circulent d'abord dans des cercles communautaires, notamment via la page Facebook de la mosquée de Pantin, qui les relaie à ses 100 000 abonnés. Puis, elles deviennent virales. WhatsApp les relais, Twitter les amplifie, Brahim Chnina intervient même sur la radio France Maghreb, où l'on parle de lui comme, je cite, un lanceur d'alerte. En quelques jours, des milliers de personnes ont vu le visage et entendu le nom du professeur. Des messages haineux, des appels ou des emails affluent au collège, qualifiés de, je cite, collèges de racistes, avec leur cortège de menaces du genre, je cite, on va s'occuper de votre collège et de monsieur Paty. C'est ici que commence un autre récit, parallèle, et qui reste l'une des questions les plus douloureuses de cette affaire, celui de la position de l'éducation nationale face à l'engrenage. Le 8 octobre, le jour même où Seyfrioui se présente au collège, Le rectorat de Versailles est prévenu par la principale. Une procédure d'accompagnement s'enclenche avec la litanie de sigle, comme autant de services à prévenir. Le DAZEN, directeur académique, le AVR, pour équipe académique des valeurs de la République, le RTY, le renseignement territorial des Yvelines, ou encore le référent académique laïcité. Celui-ci, qui est en fait un inspecteur de l'académie, écrit ce jour-là un courriel à la principale pour annoncer sa venue. Et dans ce courriel, il y a une phrase. Une phrase qui sera ensuite citée par la presse, par les enquêtes, et qui pèsera longtemps. Le référent écrit que sa visite portera, je cite, sur « les règles de laïcité et de neutralité que ne semble pas maîtriser M. Paty » . Bon, il faut dire les choses honnêtement. Ce qui se joue ces jours-là n'est pas une lâcheté généralisée. C'est plutôt la lenteur d'une institution prise au dépourvu par une situation inédite. Le lendemain de ce message e-mail, c'est-à-dire le vendredi 9 octobre, ce référent laïcité se rend au collège. Dans la matinée, il reçoit Samuel Paty avec la principale et la conseillère principale d'éducation. Selon le rapport officiel de l'inspection générale, rendu public le 3 décembre 2020, il s'agit d'un entretien d'accompagnement, pas d'une sanction. Mais ce que rapporte le même document, c'est qu'on reproche à Samuel Paty, je cite, « une erreur » . Pas le fait d'avoir montré les caricatures, non, ça s'est pas remis en cause. mais le fait d'avoir proposé à ceux qui le souhaitaient de sortir. L'argument est le suivant. En proposant aux élèves de sortir, Samuel Paty aurait laissé entendre qu'un critère religieux pouvait justifier un traitement pédagogique différent au sein d'une même classe. Ce serait donc, malgré toutes ses bonnes intentions, un manquement involontaire de sa part à la neutralité. Le rapport officiel insiste aussi sur le fait que Samuel Paty finit par reconnaître une maladresse, mais celui-ci revendique avoir eu un comportement conforme au principe de la laïcité. A ce moment-là, dans la salle des profs, l'ambiance n'est déjà plus à la solidarité totale. La principale a réuni dès le matin les trois autres enseignants de l'équipe d'histoire-géographie. Samuel Paty, qui assurait un cours, ne rejoint le groupe qu'en fin de réunion. Et la principale montre aux enseignants les caricatures en question et certains, selon le rapport officiel, expriment des réserves sur l'opportunité de la projeter devant des élèves de quatrième. Deux collègues en particulier prennent leur distance avec la démarche de Samuel Paty, sans imaginer évidemment ce qui adviendra ensuite. Samuel Paty lui veut expliquer, clarifier les choses. Et il termine par « je ne veux pas m'auto-censurer » . Dans l'après-midi, la principale reçoit aussi la collégienne, qui alors qu'elle est pourtant confrontée à des faits indiscutables, maintient sa version. Elle affirme que le cours a eu lieu le lundi, qu'elle y a assisté, qu'il s'agissait d'un cours sur l'islam, qu'une image du prophète nu a été montrée, qu'il a été demandé aux élèves musulmans de sortir. Quelques heures plus tard, c'est avec les parents d'élèves que se tient une autre réunion. Trois sont reçus, Brahim Chnina se présente aussi, mais la principale, parce que la police et dans les locaux refusent de le faire entrer. Samuel Paty, lui, n'est pas là. Le référent laïcité lui a demandé de rester en retrait et il a compris qu'il n'était pas souhaitable qu'il assiste à la réunion, où pourtant les parents viennent pour le soutenir. Plusieurs parents ont en effet essayé de raisonner en vain Brahim Chnina, en expliquant que leurs enfants n'ont pas du tout raconté la même version du cours, et même que sa fille n'était pas présente. au cours où elle prétendait avoir assisté. Il y a aussi Lina, une élève de 4ème qui avait été dans le couloir lors du premier cours et qui s'en était émue auprès de sa maman. Et la maman avait appelé Samuel Paty, il s'en était expliqué, il s'était excusé d'avoir pu la blesser et l'affaire en était restée là. Alors le week-end n'apaise rien et l'angoisse monte. Samuel Paty reçoit un appel du DAZEN, le directeur académique, qui l'informe de la viralité de la vidéo. Il l'invite à déposer plainte et... de façon très administrative, à rédiger un rapport de situation complet pour bénéficier de la protection fonctionnelle des agents publics. Samuel Paty n'en aura pas le temps. Des messages sont aussi échangés le samedi et le dimanche entre les professeurs sur les messageries professionnelles. Certains parlent de discrimination. D'autres estiment que le lien de confiance avec les élèves a été altéré. Samuel Paty conclut les échanges par cette phrase « Il faut savoir que je suis menacé par des islamistes locaux. » ainsi que l'établissement tout entier. Et puis, et puis, il y a la réunion du lundi 12 octobre, celle qui pour beaucoup de collègues de Samuel Paty est la plus dure. À 17h, après les cours, une réunion de médiation est convoquée par la principale pour l'ensemble des enseignants du collège. Dans la journée, des professeurs ont exprimé leur malaise. Certains ont pleuré. Quelqu'un a même évoqué la possibilité d'exercer leur droit de retrait. Le référent laïcité est rappelé. Et Samuel Paty se retrouve face à ses collègues, en présence d'un inspecteur, dans un climat tendu. Et il doit assumer publiquement son cours, alors que certains autour de lui prennent ouvertement leur distance. Il est assis tout seul à une table, le référent laïcité debout près de lui, et tous les collègues sur les fauteuils en face. C'était la configuration d'un tribunal, à réaliser après coup l'une d'entre eux. Le lendemain, Samuel Patit, auditionné par la police, accompagné de la principale. Il porte plainte à son tour pour diffamation et dénonciation calomnieuse. Et il dément calmement, point par point. Il rappelle qu'il enseigne depuis 23 ans, qu'il n'a jamais eu ce type de problème, et que son cours portait précisément sur la question, je cite, « Fallait-il publier les caricatures au nom des droits de l'homme ou ne fallait-il pas les publier au regard des conséquences possibles ? » La phrase avec le recul est glaçante. Brahim Chnina, lui, est convoqué à son tour par la police le 14 octobre, mais il ne se présente pas. Samuel Paty n'obtiendra jamais de protection policière. Les différents services saisis ou susceptibles de l'être, la police, le renseignement territorial, la chaîne de signalement Pharos, n'ont pas mesuré à temps la gravité et l'ampleur du risque, ni fait le lien avec le profil de l'assassin connu par ailleurs des services. Le service départemental du renseignement territorial des Yvelines indique même que, je cite, les responsables de la communauté musulmane locale ne se sont pas manifestés. Et en conclut donc, je cite encore, qu'il n'y a pas d'inquiétude particulière. Seule la police municipale a fait quelques rondes devant le collège, au début, quand on craignait les manifestations. Malgré les efforts constants de la principale pour gérer la crise à son échelle, le professeur reste donc démuni. Faute de protection, il en est réduit à surveiller la rue avant de sortir, à rabattre la capuche de ses suites sur son visage et à placer dans son sac un marteau. Il lui avait été offert par son père dans un kit de survie pour non-bricoleurs. Et pendant que tout cela se joue à Conflans, à plus de 80 kilomètres de là, à Évreux, un autre homme regarde les vidéos. Il s'appelle Abdullah Kanzorov. Il a 18 ans. Il est né en 2002 à Moscou, dans une famille tchétchène à qui la France a accordé le statut de réfugié en 2011. Il vit à Évreux, dans le quartier de la Madeleine. Il n'est jamais allé au collège du Bois d'Aulne. Il ne connaît pas Samuel Paty. Il n'a aucun lien personnel avec Conflans-Saint-Honorine. Mais il s'est radicalisé. L'enquête établira que sa bascule dans l'islamisme djihadiste n'est ni récente, ni discrète. Depuis plusieurs mois, il échange avec des contacts radicalisés, dont certains situés en Syrie, dans la région d'Idleb. Il fait l'apologie du djihad en ligne. Son compte Twitter a même d'ailleurs été signalé à plusieurs reprises à la plateforme Pharos dans les semaines précédant l'attentat. Des signalements restaient sans suite. Et à défaut de partir en Syrie, Anzorov cherche une cible en France. Et quand il voit, sur les réseaux sociaux, les vidéos accusant Samuel Paty, Il décide d'agir. Et à partir de là, tout se joue en quelques jours. Il appelle et échange des messages WhatsApp avec Brian Schnina, qui ne rencontre jamais. Le 15 octobre, veille de l'attentat, il se rend dans une coutellerie de Rouen et y achète un couteau. Il y est accompagné par deux amis à qui il a dit que c'est un cadeau d'anniversaire pour son grand-père. Et le même jour, il se procure aussi des pistolets airsoft. Le 16 octobre 2020, en début d'après-midi, Il monte dans la voiture d'un de ses amis, Naïm Boudaoud. Direction Conflans-Saint-Honorin. Le 16 octobre 2020, c'est un vendredi. La fin de la dernière semaine de cours avant les vacances de la Toussaint. Tout le monde les attend ces vacances au collège. On pense qu'il y a froid du bien, que les choses vont enfin se calmer. Hans Zoroff arrive devant le collège à 13h39. Il attend. Il ne sait pas à quoi ressemble Samuel Paty. Il connaît juste son nom. Une heure plus tard, il aborde un élève de 14 ans à qui il propose 300 euros en échange d'une identification. Il lui en remet la moitié immédiatement pour le convaincre. Et pour le rassurer, lui dit qu'il veut juste humilier Samuel Paty et le forcer à s'excuser devant caméra. Pendant plus d'une heure, l'élève et lui patientent devant l'établissement. À 15h50, quatre élèves de 3e les rejoignent. L'un d'eux a eu Samuel Paty en cours le matin même. À 16h51, Samuel Paty quitte le collège pour rentrer chez lui à pied. Un collègue lui avait proposé de le ramener chez lui en voiture, mais finalement il ne peut pas, il doit rester avec des élèves pour du soutien scolaire. Quand Samuel Paty franchit la grille du collège, il est immédiatement identifié par les élèves, qui le désignent en Zorof. Quelques minutes plus tard... A l'angle de la rue du Buisson Moineau, à Erani, une commune mitoyenne de Conflans, Anzorov l'attaque. Il le poignarde de 17 coups de couteau, puis il le décapite. A 16h55, il publie sur Twitter une photographie du corps et un message de revendication. Puis il s'enfuit. La police le rattrape quelques minutes après dans une rue voisine. Il pointe un pistolet airsoft dans la direction, tire à cinq reprises, les policiers ripostent et il meurt sur place. La nouvelle se répand très vite. D'abord les coups de feu de la police entendus par les témoins. Puis les sirènes hurlantes des voitures de police que la principale du collège entend. Elle essaye de joindre Samuel Paty, tombe sur sa messagerie et comprend. Elle se laisse glisser contre le mur de son bureau, effondrée. Puis l'information s'étend au pays dans la soirée. D'abord par Bribes, un professeur attaqué dans les Yvelines. Et les circonstances de sa mort qui font basculer le pays dans l'assidération. Le mercredi 21 octobre, un hommage national lui est rendu dans la cour de la Sorbonne. Son cercueil entre sur la chanson One de U2. Sa sœur, Michael Paty, a dit que c'était le seul CD qui n'était pas rangé chez lui, et que probablement c'était la chanson que lui, le grand fan de rock, devait alors écouter. Le président Emmanuel Macron prononce un discours dans lequel il dit, je cite, que « Samuel Paty est devenu vendredi le visage de la République » .