- Speaker #0
Jean Moulin, l'homme qui a uni la résistance. Bonjour à tous. Vous connaissez cette photo. Un homme en part-dessus, un chapeau légèrement incliné, une écharpe nouée autour du cou, adossé à un mur de pierre. C'est Jean Moulin. On trouve... partout cette photo, dans les manuels scolaires, sur des timbres, dans les halls de nombreux établissements qui portent son nom. Et l'on raconte souvent que cette écharpe servait à cacher une cicatrice, celle d'une tentative de suicide face aux Allemands en 1940. Sauf que c'est faux. La photo était prise à Montpellier par son ami Marcel Bernard pendant l'hiver 1939-1940, donc avant la défaite. Le chapeau et l'écharpe, c'est tout simplement la mode de l'époque. Et... le froid. Mais cette image a fini par recouvrir l'homme. Alors qui était Jean Moulin avant de devenir une icône ? Comment un préfet qui n'avait fondé aucun mouvement de résistance a-t-il réussi à faire travailler ensemble des chefs qui se méfiaient les uns des autres ? Et comment la Gestapo a-t-elle fini par mettre la main sur lui ? Pour comprendre, il faut reprendre depuis le début. Jean Moulin naît le 20 juin 1899 à Béziers, dans les Rots. Son père est professeur de lettres et militant radical socialiste, c'est-à-dire engagé dans le grand parti républicain de centre-gauche de la Troisième République. Chez les Moulins, la République est une cause que l'on défend à table. Et donc le jeune Jean fait son droit à Montpellier et il entre dans l'administration préfectorale. Sa carrière est fulgurante. En 1925, à Albertville, il devient le plus jeune sous-préfet de France. Et en 1937, à Rodez, dans l'Aveyron, le plus jeune préfet de France. Un préfet, rappelons-le, c'est le représentant de l'État dans un département. Un haut fonctionnaire tenu à la neutralité et à la discrétion. Mais Jean Moulin a une autre vie. Depuis l'enfance, il dessine. Il dessine ses collègues pendant les réunions, il dessine des caricatures dans des revues satiriques comme Le Rire. Et pour ne pas compromettre sa carrière préfectorale, il signe d'un pseudonyme, Romanin, le nom d'un château en ruine de la Provence de son enfance. Car en fait, le jeune Moulin rêvait d'être peintre. S'il est devenu haut fonctionnaire, c'est plus par raison que par vocation. Et parce que son père l'y a poussé. Il ne renonce pourtant jamais à cette part de lui-même. Jean Moulin, en effet, est un esthète, un homme élégant, soigné, avec une allure de dandy, qui aime le sport, les femmes, la fête et la compagnie des artistes. Il se lie d'amitié avec le poète Max Jacob, illustre les poèmes d'Armor de Tristan Corbière, et il se constitue une collection de peintres modernes, Soutine, Dufy, Chirico. Dans les années 1930, Moulin travaille dans le cabinet de Pierre Cotte, le ministre de l'air du Front Populaire. Et pendant la guerre d'Espagne, Cotte... le charge d'organiser l'envoi secret d'armes aux républicains espagnols qui combattent les troupes du général Franco. C'est sa première expérience de la clandestinité. Et ses engagements lui valent, chez ses adversaires, le surnom de « préfet rouge » . D'ailleurs, le seul enregistrement connu de la voix de Jean Moulin est dans ce contexte. Le 12 février 1937, en tant que chef de cabinet, il représente le ministre lors de l'accueil de l'aviatrice Maryse Bastié, à l'aéroport du Bourget. après sa traversée de l'Atlantique Sud.
- Speaker #1
« Maryse Bastié, je félicite en vous l'aviatrice et je félicite aussi la charmante ambassadrice qui a su porter au-delà des mers le vrai visage de la France, souriante et pacifique. Maryse, permettez-moi de vous donner la collage. »
- Speaker #0
En janvier 1939, il est nommé préfet de Réloir, à Chartres. Et quand la guerre éclate, en septembre, il veut partir se battre. Un premier médecin le déclare inapte à cause de sa vue et il exige une contre-visite. Mais le ministre de l'Intérieur n'a aucune envie de se priver d'un de ses meilleurs préfets et le renvoie donc à son poste. Nous sommes en juin 1940. L'armée française s'effondre. Des foules de réfugiés venus du nord traversent Chartres pendant que les habitants eux-mêmes fuient la ville. Jean Moulin, préfet, reste à son poste, presque seul. Le 17 juin, les Allemands entrent dans Chartres. C'est le jour même où le maréchal Pétain annonce à la radio qu'il faut cesser le combat. Et là, des officiers allemands convoquent le préfet. Il lui présente un texte à signer. Ce document affirme que des tirailleurs sénégalais, c'est-à-dire des soldats africains de l'armée française, ont massacré des civils, des femmes et des enfants dans un mot voisin, la taille. Or, Jean Moulin sait que c'est un mensonge. Ces civils ont été tués par des bombardements allemands. Il refuse de signer. On le frappe, on l'enferme. Et dans la nuit, épuisé, il a peur de finir. par céder sous les coups. Alors, il ramasse un débris de verre qui traînait et se tranche la gorge. Un garde le découvre à temps et il survit. Des années plus tard, le récit qu'il a rédigé de ses journées est publié sous le titre « Premier combat » . Et on y trouve cette phrase, je cite « Je ne savais pas que c'était si simple de faire son devoir quand on est en danger » . Alors l'affaire est étouffée, Moulin reprend ses fonctions quelques jours plus tard. Mais pour le régime de Vichy, ce préfet républicain, marqué à gauche, n'est pas un homme sûr. Le 2 novembre 1940, il est révoqué. Il se retire alors en Provence, dans la maison familiale de Saint-Andiol, située dans les Bouches-du-Rhône. Officiellement, c'est un ancien préfet qui s'occupe de ces terres. En réalité, il commence à nouer des contacts avec les premiers résistants de la zone sud, la partie de la France que les Allemands n'occupent pas encore. Ce qu'il découvre, c'est une résistance courageuse, mais éparpillée. Oui, en zone sud, il y a trois grands mouvements qui se sont formés. Combat, construit autour d'Henri Freinet, un officier de carrière. Libération Sud, autour d'Emmanuel Dastier de la Vigerie, qui rassemble des syndicalistes et des militants de gauche. Et Franc-Tireur, lancé à Lyon par Jean-Pierre Lévy, le représentant d'une entreprise textile alsacienne. Ces hommes ne viennent pas du même monde. ne pensent pas la même chose et se disputent les recrues comme l'argent. Et surtout, il manque de tout. Il manque d'armes, il manque de postes de radio, de moyens pour imprimer leurs journaux clandestins. Moulin comprend qu'il faut établir un lien solide avec Londres, où le général de Gaulle a fondé la France libre. Et donc, muni de faux papiers au nom de Joseph Mercier, il passe par l'Espagne et le Portugal et il atteint Londres le 20 octobre 1941. Cinq jours plus tard, il rencontre De Gaulle. Alors les deux hommes ne se connaissaient pas, c'est la première fois qu'ils se voient. D'un côté, on a Moulin, qui apporte un rapport détaillé sur la résistance intérieure. De l'autre, on a De Gaulle, qui a un problème. Les alliés, britanniques et surtout américains, se méfient de ce général qui prétend parler au nom de la France. Et donc De Gaulle a besoin que les résistants de l'intérieur reconnaissent son autorité. Il fait donc de Jean Moulin son représentant personnel en France, avec une mission, rallier les mouvements à la France libre et les amener à coordonner leur action.
- Speaker #2
Les résistants doivent s'unir. Essayez de me laisser le temps d'agir. J'ai besoin de temps.
- Speaker #0
Dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942, un avion survole la Provence. Jean Moulin saute en parachute. Il devait atterrir près des gallières où il possède un petit masque. Mais à la suite d'une erreur de pilotage, il tombe de l'autre côté des Alpilles, dans des marées à une quinzaine de kilomètres. Il faut donc imaginer le représentant du général de Gaulle qui commence sa mission les pieds dans la vase et qui doit marcher dans la nuit pour rejoindre sa cachette. Commence alors pour lui une double vie. Dans le midi, il reste l'ancien préfet en disponibilité. Mais à Lyon... À Marseille, puis à Paris, il devient Rex, puis Max. Mais sa mission est très difficile. Parce que les chefs des mouvements de résistance, ils ne l'ont pas attendu. Tous ont pris des risques immenses pour construire leur organisation. Ils ont leurs militants, ils ont leurs journaux, ils ont leurs réseaux. Et ils ne voient pas forcément pourquoi un homme envoyé depuis Londres viendrait maintenant leur expliquer ce qu'ils doivent faire. Il y a donc des rivalités. Des désaccords politiques, des questions d'argent, des conflits de personnes. Et derrière tout cela, une question essentielle. Qui doit commander ? De Gaulle ? Les chefs de la résistance intérieure ? Une organisation collective ? Et à ce jeu le plus rétif, c'est Henri Freinet. Le chef de combat veut bien l'aide de Londres, mais il refuse de passer sous l'autorité politique de Moulin. Et pendant des mois, les deux hommes s'affrontent durement. Pourtant, Jean Moulin avance pièce par pièce. Son atout, c'est Londres. Lui seul peut apporter au mouvement l'argent et les armes parachutées par la France libre. Alors il crée des services communs. Un bureau de presse. Un service chargé des atterrissages et des parachutages. Un comité d'experts qui réfléchit déjà. aux réformes de l'après-guerre. Et même une armée secrète qui réunit les groupes armés des trois mouvements sous les ordres du général de l'Estreint. Le 27 janvier 1943, Freinet, Dastier et Lévy signent enfin l'acte de naissance des Murs, mouvement uni de la Résistance. En zone sud, l'unification est faite. Mais un chef clandestin a besoin d'une couverture solide. Vous vous souvenez de Romanin, son pseudonyme de dessinateur ? Et donc à Nice, Jean Moulin... ouvre une galerie d'art qu'il baptise la Galerie Romanin. Elle est inaugurée le 9 février 1943 avec des œuvres de Matisse ou de Bonnard. Le chef de la résistance en zone sud est donc officiellement marchand de tableaux. Pour l'esthète qu'il est, ce n'est pas qu'une couverture. Les tableaux, il les connaît et il les aime. Il transmet d'ailleurs cette passion à son jeune secrétaire, Daniel Cordier. Alors Cordier a 21 ans quand il est parachuté en France en juillet 1942. C'est un garçon qui vient de l'extrême droite royaliste, il a été un admirateur de Charles Maurras. Et le voilà qui travaille chaque jour pour un patron républicain et homme de gauche qu'il ne connaît que sous le nom de Rex. Il n'apprend son identité réelle qu'à l'automne 1944.
- Speaker #3
Et puis nous sommes allés déjeuner. Il y avait Champion qui marchait avec cette dame devant nous et nous étions derrière. Et je ne savais pas du tout qui c'était. Et je lui ai demandé, je lui ai dit, mais qui est cette personne qui déjeune avec nous ? Il m'a dit, mais c'est l'affaire de Jean. Et je lui ai dit, mais qui est Jean ? Et il s'est arrêté, et il m'a dit, c'est Jean Moulin, c'est ton patron. Et c'est comme ça que j'ai appris tout à fait par hasard le nom de l'homme qui a hanté toute ma vie.
- Speaker #0
Au début de 1943, de Gaulle rappelle Moulin à Londres. Moulin est fait compagnon de la Libération, et il revient en France en mars, avec une mission encore plus ambitieuse que la précédente. Créer un... Conseil de la résistance pour tout le pays, qui réunit donc les mouvements de la zone nord comme ceux de la zone sud, mais aussi les partis politiques et les syndicats. Alors, pourquoi y associer les partis ? Parce qu'à Alger, les Américains soutiennent un rival de De Gaulle, le général Giraud. Et donc, pour prouver qu'il représente la France entière, De Gaulle a besoin que toutes les familles politiques du pays se rangent derrière lui. Et c'est là que tout se complique. Beaucoup de résistants rejettent ces partis de la Troisième République, qu'ils jugent responsables de la défaite de 1940. Henri Freinet, par exemple, il rêve plutôt d'un grand parti issu de la résistance. En zone nord, Pierre Brossolette, un journaliste socialiste envoyé lui aussi par Londres, s'oppose avec véhémence à leur retour. Et le plus étonnant, c'est que Moulin lui-même était au départ hostile à cette idée. Mais les instructions du général sont claires. Il s'y plie et il s'y tient. Et à partir de là, tout va très vite. Début mai, Moulin annonce à Londres que le Conseil est pratiquement à fait accompli. La réunion est fixée au 25 mai. Mais au dernier moment, l'homme, pressenti pour représenter la droite conservatrice, refuse de siéger. Il faut lui trouver un remplaçant en toute urgence et la réunion est repoussée au 27. Mais le télégramme pour Londres est déjà rédigé, il est déjà codé. Si bien que plusieurs rapports qui rendent compte de la séance portent la date du 25 mai, un jour où elle n'a pourtant pas eu lieu. C'est donc le 27 mai 1943 que l'opération commence. Aucun participant ne connaît l'adresse. Trois hommes de Moulins, dont Daniel Cordier, les récupèrent à des points de rendez-vous dans Paris et les conduisent par groupe de deux ou trois. jusqu'aux 48 rue Dufour dans le 6e arrondissement, au premier étage, dans l'appartement d'un certain René Corbin. Les arrivées vont s'étaler sur plusieurs heures. Il faut imaginer que tout près de là, le drapeau à croix gammée flotte sur le Sénat. Pendant la séance, deux adjoints de Moulins font le guet dans la rue, sans armes. Ils ont jugé qu'un pistolet découvert lors d'une fouille de routine les perdrait plus sûrement qu'il ne les protégerait. Et à l'intérieur, les volets restent clos, autour de la grande table de la salle à manger. Les représentants de huit mouvements de résistance, de six partis politiques, du Parti communiste à la droite conservatrice, et des deux grandes centrales syndicales d'avant-guerre, la CGT, Confédération Générale du Travail, et la CFTC, Confédération Française des Travailleurs Chrétiens. Des hommes qui, quelques années plus tôt, s'affrontaient dans les urnes et dans la presse. Jean Moulin préside. Il ouvre la séance en lisant un message du général de Gaulle. Puis la discussion s'engage et elle n'a rien d'une formalité. Le point le plus sensible, c'est Giraud. Tous ne sont pas prêts à placer l'un des deux généraux au-dessus de l'autre. Et le ton monte. A plusieurs reprises, Moulin doit demander aux participants de baisser la voix. Dans un immeuble parisien, le moindre éclat peut alerter les voisins. Les communistes tentent aussi d'amender le texte, préparé à l'avance par Georges Bidault, un démocrate chrétien. Et Moulin coupe court. Un compromis finit par émerger. La motion propose de confier à De Gaulle la direction du futur gouvernement provisoire et à Giraud le commandement en chef des armées. Autrement dit, Giraud passe. sous l'autorité de De Gaulle. Le texte salue le général, je cite comme « l'âme de la résistance aux jours les plus sombres » . Et ce texte est voté à l'unanimité. Quelques jours plus tard, Moulin rencontre à Londres. Les mouvements qui gardaient encore des préventions contre le Conseil semblent, écrit-il, en avoir compris l'intérêt. C'est l'aboutissement de sa mission. Il lui reste moins d'un mois à vivre. Au début de juin 1943, la Gestapo frappe à Paris. Le général de l'Estreint, le chef de l'armée secrète, est arrêté. Et il faut d'urgence réorganiser le commandement. Moulin convoque alors une réunion, le 21 juin, dans la banlieue de Lyon, à Caluire. Ce jour-là, il circule sous une fausse identité. Jacques Martel, peintre décorateur. Le lieu paraît sûr, la maison du docteur Frédéric Dugoujon. Bah oui, des hommes qui patientent dans la salle d'attente d'un médecin. Cela n'attire pas l'attention. Et pourtant, la Gestapo arrive. Les hommes de Klaus Barbie, le chef de la police de sûreté allemande à Lyon, font irruption dans la maison. Tous les participants sont arrêtés. Tous sauf un. René Hardy, un responsable du mouvement Combat, parvient à s'enfuir. Les Allemands tirent et il n'est que légèrement blessé. Or, Hardy n'avait pas été convoqué à cette réunion. Et il a caché à ses camarades un détail capital. Le 7 juin, c'est-à-dire deux semaines plus tôt, il avait été arrêté par la Gestapo, interrogé par Barbie, puis relâché. Alors Jean Moulin est enfermé à la prison de Montluc à Lyon. Barbie l'interroge lui-même, jour après jour. Et Jean Moulin est torturé avec une violence extrême.
- Speaker #4
« Ce n'est plus qu'une question d'heures, peut-être de jours. » Avant que je n'ai accès à tout ce qu'il y a dans votre tête.
- Speaker #0
Il ne livre rien. On raconte que Barbie lui aurait tendu une feuille pour qu'il y écrive des noms. Et que Moulin y aurait dessiné une caricature de son bourreau. Bon, c'est une légende que rien ne permet de vérifier. Si elle a tant circulé, c'est qu'elle colle bien au personnage de Jean Moulin, l'artiste romainin. Transféré à Paris, puis dans un train pour l'Allemagne, il meurt en chemin. Les autorités allemandes fixent sa mort au 8 juillet 1943 à Metz. Mais le certificat de décès n'est établi que le 25 juillet. Et les circonstances exactes de sa mort restent mal connues. Il avait 44 ans. Après la guerre, René Hardy est jugé deux fois. En 1947, devant la cour de justice de la Seine. Puis en 1950, devant un tribunal militaire. Il est acquitté à chaque fois. Il meurt en 1987, en ayant toujours à voir trahi. Pourtant, dans l'état actuel des sources, la plupart des historiens considèrent qu'il porte la responsabilité de l'arrestation de Caluire. Mais ils insistent aussi sur le contexte, les rivalités entre mouvements, les imprudences, les infiltrations de la Gestapo, et d'autres hypothèses ont été avancées par des journalistes ou des écrivains sans convaincre vraiment les spécialistes. Il faut donc le dire honnêtement, sur les mécanismes précis de la trahison, le dossier n'est pas totalement refermé. Le 19 décembre 1964, par un froid glacial, Les cendres de Jean Moulin sont transférées au Panthéon, à l'initiative du général de Gaulle. André Malraux, ministre des Affaires culturelles, prononce l'éloge funèbre. Et au cœur de ce discours, Malraux rend d'abord justice au fondateur des mouvements. Il précise, je cite, « Jean Moulin n'a nul besoin d'une gloire usurpée. Ce n'est pas lui qui a créé combat, libération ou franc-tireur. Ce sont Fréné, Dastier et Lévy. » Mais vient la phrase que tout le monde a retenue.
- Speaker #5
« Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège ! »
- Speaker #0
L'histoire de Jean Moulin connaît encore un rebondissement. En 1977, Henri Frenay, l'ancien chef de combat, publie « L'énigme Jean Moulin » , un livre qui laisse entendre que Moulin aurait servi en secret les communistes. Et celui qui va lui répondre, c'est Daniel Cordier, l'ancien secrétaire, qui... par la suite a fait carrière dans le monde de l'art et qui s'est plongé dans les archives. Il y consacre 20 ans et 6 volumes. Le jeune royaliste, parachuté en 1942, devient l'un des grands historiens de celui qu'il appelait Rex. Daniel Cordier meurt en novembre 2020 à 100 ans. Aujourd'hui, des milliers de rues et d'écoles portent le nom de Jean Moulin. Et depuis une loi du 19 juillet 2013, le 27 mai, c'est-à-dire la date de la réunion de la rue du Four, c'est la journée nationale de la Résistance. Cet hommage a un revers qu'il faut garder en tête. À force de faire de Jean Moulin le visage de la Résistance, on a parfois laissé dans l'ombre tous les autres. Les fondateurs des mouvements, les militants communistes, les femmes, les étrangers, les anonymes. Jean Moulin n'a pas créé la Résistance. Il lui a donné une structure et une légitimité politique. Et d'ailleurs, le programme du Conseil national de la résistance, CNR, adopté en mars 1944, après sa mort donc, inspire les grandes réformes sociales de la libération et le préambule de la constitution de 1946. Si la mémoire nationale a retenu son visage plutôt qu'un autre, ce n'est pas seulement l'œuvre de De Gaulle et de Malraux. Jean Moulin était l'homme qui savait tout. Les noms, les pseudonymes, les adresses, les liaisons avec Londres, l'organisation de l'armée secrète et du CNR. Entre les mains de Klaus Barbie, ses aveux auraient pu faire tomber une grande partie de la résistance. Il est mort sous la torture sans avoir parlé. Et c'est aussi ce silence qui a fait de lui un symbole. Dans son discours de 1964, Malraux ne le fait d'ailleurs pas entrer seul au Panthéon, mais avec, je cite, « ceux qui sont morts dans less cave sans avoir parlé". Le préfet dessinateur, l'esthète de la galerie Romanin, le président de la rue du Four est devenu le visage de tout cela, de tous ceux qui ont tenu jusqu'au bout. Merci d'avoir écouté cet épisode. S'il vous a intéressé, que vous en avez envie, vous pouvez soutenir mon travail en laissant une note et un commentaire sur Spotify ou Apple Podcast. Je lis. tous les commentaires avec grand plaisir. N'hésitez pas aussi à me proposer des sujets d'épisodes et à rejoindre les réseaux sociaux du podcast sur Instagram par exemple, où il y a déjà une belle communauté de passionnés. Et on se retrouve très bientôt pour une nouvelle page d'histoire.