Speaker #0Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mizzono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram, où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute ! Bienvenue dans ce nouvel épisode du Pas de Côté. Aujourd'hui, j'ai eu envie de me poser une question avec vous, que je n'ai pas préparée, comme d'habitude, j'ai pas triché. Je me suis même empêchée de trop y réfléchir pour essayer de faire quelque chose de très spontané. En fait, j'ai eu envie de me demander à quoi aurait ressemblé ma vie si je n'avais pas traversé les troubles alimentaires. Qu'est-ce qui aurait pu être différent, finalement ? J'ai hésité aussi à me poser la question de en quoi ma vie aurait été différente si j'avais été un homme. Et pourquoi pas, ça pourrait être un prochain épisode. Mais en fait, là... J'avais envie de me poser cette question des troubles alimentaires, en sachant que c'est arrivé très tôt dans ma vie, comme vous le savez peut-être déjà, autour de deux ans, et que finalement, assez vite, ça a enclenché des choses. Et donc, pour commencer à cet âge-là de deux ans, qu'est-ce qui aurait été différent ? Peut-être que j'ai stoppé ma croissance. Peut-être que j'aurais été plus grande. Non pas que j'ai un problème avec ma taille, mais en tout cas, c'est une possibilité. Peut-être aussi qu'en termes de digestion, ça aurait joué des choses. Puisqu'on peut imaginer que sur un stade de construction comme ça, assez primaire quand même, deux ans, c'est très jeune. Eh bien, il y a peut-être des choses qui se sont jouées au niveau du microbiote. Bon, voilà, je ne suis pas une experte, mais... Je me dis que ce sont des possibilités en tout cas. Et puis, je me demande aussi dans quelle mesure cet épisode très très précoce d'anorexie a amené des choses dans mon comportement alimentaire. En tout cas, ce que je sais, c'est qu'ensuite, il y a d'autres choses qui se sont installées, plutôt des comportements de type hyperphagique. dans l'enfance. Et du coup, je me dis, tiens, si j'avais pas souffert d'hyperphagie quand j'étais petite, alors évidemment, je fais une parenthèse pour vous dire ça, mais c'est important je pense, peut-être que si j'avais pas souffert d'hyperphagie, j'aurais développé d'autres problématiques, voire même ça aurait été trop compliqué d'affronter ce que j'avais à affronter. Enfin, je veux dire, tout ça, c'est pas arrivé dans ma vie par hasard, pour rien. Mais il n'empêche que c'est intéressant d'imaginer... En quoi ça aurait pu être différent ? Bon voilà, peut-être j'aurais développé d'autres problématiques, peut-être pas, j'en sais rien. Mais je referme cette parenthèse. Et donc, ce rapport avec la nourriture, il a eu une conséquence assez directe et visible. C'est qu'à partir de 8 ans, j'ai commencé à prendre pas mal de poids. Et avec l'arrivée au summum autour de 12. 14 ans, adolescence, préadolescence. Et donc cette prise de poids, comme on vit dans un monde hautement grossophobe, a eu des conséquences. a eu pour conséquence de subir pas mal de mal-être et de moqueries, et de renforcer le système du trouble alimentaire, et de l'amener à se manifester sous une autre forme un peu plus tard, qui a été celle du retour de l'anorexie. Et du coup, je me dis, si je n'avais pas eu de trouble alimentaire petite fille, sans doute qu'il y a plein de choses qui auraient été plus simples dans... Le rapport à mon corps, dans la construction du rapport à mon corps, dans le fait de bouger mon corps aussi, parce qu'aujourd'hui j'aime beaucoup l'activité sportive, mais j'étais très très très loin de ça. C'était compliqué de bouger mon corps, pas tant parce que j'étais, je mets d'énormes guillemets, en surpoids, parce que voilà, j'étais dans cette case-là, mais en réalité, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça me saoule un peu ces cases-là surpoids. Bon, c'est juste par rapport à des normes. En tout cas, rien ne m'empêchait de bouger mon corps. C'est plutôt que d'être dans cette case surpoids me mettait dans une certaine catégorie où finalement on me voit de toute façon comme pas capable de bouger mon corps où on n'a pas envie de me choisir par exemple au sport, à l'école. Et en fait, comment dire ça ? Je trouve que quand on est stigmatisé comme ça autour de son corps et de son poids, il y a quelque chose qui nous coupe de notre propre corps. Je ne sais pas si ça vous parlera, mais c'est compliqué de l'habiter ce corps-là quand il est sujet de moqueries, de maltraitances diverses. Et du coup, ça a forcément joué dans la relation que j'ai construite avec mon corps sur le long terme. Et puis comme je le disais, à un moment donné est revenue une autre forme de trouble alimentaire avec l'anorexie autour de mes 16-17 ans qui m'a obligée à couper ma scolarité puisque j'ai été hospitalisée. Et en fait quand je suis sortie d'hospite, ce n'était pas possible de juste reprendre l'année où j'en étais. Ça risquait d'être beaucoup trop challengeant. l'idée c'était plutôt de de reprendre à la rentrée d'après, sauf que rester à rien faire. C'était aussi très dangereux pour ma santé mentale, donc je suis partie faire autre chose en fait. Et ben du coup, c'est quand même pas rien quoi, ça c'est quand même une grande question. Qu'aurait été mon parcours si j'avais pu suivre, poursuivre ma scolarité ? Si j'avais pas été envahie par ces histoires de corps, d'alimentation, où est-ce que j'en serais ? Alors je suis très contente de là où j'en suis, mais du coup j'ai eu un parcours très atypique qui m'a demandé de retourner vers les études à plein de moments à l'âge adulte et même parfois toute seule avec mes enfants. Donc ça a été quand même challengeant et je me dis, cette énergie j'aurais pu la mettre dans un parcours plus linéaire et plutôt dans ma vie. Donc finalement, des fois je me dis, ah mais tiens... Peut-être que j'aurais fait vraiment des grandes études poussées. Peut-être que j'aurais même pu aller vers des métiers tels que la médecine, être médecin psychiatre. Ça vous le savez peut-être pas, mais à un moment donné j'ai voulu reprendre mes études pour être psychologue. Sauf que j'ai déjà repris mes études plein de fois dans ma vie, puisqu'en fait j'ai été aide-soignante. Puis après j'ai repris mes études pour être éduxpée. Et puis j'ai fait, j'ai repris mes études pour le diplôme de coaching en PNL. Et en fait, là, j'ai eu envie, avant de poursuivre vers autre chose, de reprendre à la fac de psycho. Et donc, je l'ai fait. Je l'ai tenté. Sauf qu'il fallait que je reparte pour quatre ans. Donc, j'avais une année qui m'était dispensée sur les cinq. Et donc, je l'ai fait. Et ça a été très compliqué. Le système était très compliqué. J'étais vraiment qu'avec des très, très, très, très jeunes personnes. Et puis, je m'ennuyais. En fait... J'étais en licence 2 et il n'y avait pas beaucoup de cours dans lesquels j'apprenais des choses, vu le parcours que j'avais déjà derrière moi. Bref, il y a eu un événement de vie qui m'a un peu stoppée net et qui m'a fait réfléchir et je me suis dit non, je ne poursuis pas là-dedans. Et voilà, en fait, c'est très bien de reprendre ses études, mais c'est beaucoup d'énergie et je l'ai fait toute ma vie, tout le temps. Et je me dis, ben ouais, finalement, j'essaie de mettre à profit mes connaissances, mes compétences de manière un peu différente. Mais c'est aussi très challengeant parce que même si j'ai ce diplôme d'éducatrice spécialisée qui est reconnu et qui me permet quand même d'avoir une forme d'assise, je peux me retrouver assimilée à des espèces de coachs TCA qui se sont autoproclamés et qui en fait n'ont aucune formation, aucune étude. Alors que voilà, ne serait-ce que sur les troubles alimentaires, j'ai fait deux formations d'un an chacune. Bref, et je me dis, bah oui, si j'étais médecin, médecin psychiatre ou psychologue, ce serait différent. Mais en fait, c'est aussi un parcours de vie. C'est là où je veux en venir. C'est peut-être un peu long comme digression. Je vous prie de m'en excuser. Mais en tout cas, c'est là que je veux en venir sur l'impact aussi des troubles alimentaires. Et le fait aussi que ça a beaucoup de sens pour moi d'œuvrer autour de cette question des TCA. Parce que même dans mon parcours pro, en fait, c'est inscrit finalement. plein de choses auraient sûrement été différentes si je n'avais pas eu ces troubles alimentaires. Si je poursuis dans ce questionnement, dans ce pas de côté sur ça aurait été quoi ma vie, je me questionne aussi sur mon rapport aux hommes et mes rapports amoureux qui ont été chaotiques et compliqués. J'inclus les TCA dans tout un système écrasant. pour le corps des femmes et qui a beaucoup d'attentes sur ce à quoi doivent ressembler des femmes et qui attend aussi que ce soit un peu les hommes qui les valident. Et je trouve que quand on est à 100% dans ce type de système, eh bien, on va rencontrer les hommes qui correspondent à ça, finalement. Et je trouve que ça peut en partie aussi expliquer, donc pas que les TCA, mais... C'est ce système dans lequel, du coup, peuvent naître aisément les TCA. Ça peut expliquer en partie des rencontres, des choix amoureux et des relations, parfois même carrément maltraitantes, même si ce n'est que psychologiquement, des relations dans lesquelles, enfin, je vois même pas comment j'aurais pu, à ce moment-là, sortir des troubles alimentaires, en fait, quoi. Donc voilà. Et puis, moi, je me pose la question de quelle maman j'aurais pu être. En vrai, je ne me pose pas trop de questions parce que, justement, j'ai l'impression de l'être depuis que les troubles alimentaires ont quitté ma vie. Mais c'est plutôt que ça me fait vivre quand même quelques regrets. De voir à quel point j'étais envahie par ces questions-là à certains moments, à des moments importants avec mes enfants où j'aurais aimé être plus disponible. Mais dans mes jeunes années de maman, comme je vivais encore avec les troubles alimentaires, je me dis, bon voilà, j'aurais pu sans doute vivre encore plus de choses avec eux. Et puis même au niveau pro, même si j'ai réussi à reprendre mes études, faire plein de choses, même à l'époque où j'avais des troubles alimentaires, eh bien peut-être vivre les choses un peu différemment. Il y a ce qu'on vit, mais il y a comment on le vit, comment on le traverse de l'intérieur. Et c'est comme si les troubles alimentaires m'avaient fait traverser plein de choses comme si ce n'était pas vraiment moi qui les traversais. Je ne sais pas si ça vous parlera. Et du coup, je pense que c'est ça, surtout, ce truc de... Finalement, bien sûr qu'on peut faire plein de trucs, même en ayant les troubles alimentaires. Mais il y a quelque chose peut-être de moins incarné, de moins vécu pleinement. Et voilà. Bon, en tout cas, je suis bien contente de pouvoir... déjà compté en années, le nombre d'années où j'ai pu vivre ma vie sans ces troubles-là. J'en profite pour vous rappeler que ma vie n'est pas parfaite pour autant, que ça ne veut pas dire ça, mais que c'est quand même vachement libérateur de traverser la vie sans ces trucs-là, même si parfois j'ai pu me retrouver un peu comme à nu, finalement, Donc, quand on traverse des... Truc très très très très difficile. On se rend compte que les TCA, c'était aussi une forme d'évitement pour traverser plein de trucs. Mais voilà, je ne sais pas si ça vous aura été utile de m'entendre me questionner sur « Tiens, qu'aurait été ma vie sans les troubles alimentaires ? Qu'est-ce que ça aurait changé ? » Mais moi, je me dis que ça peut être utile de le faire pour vous et que peut-être cet épisode, ça peut être un guide pour vous permettre d'y réfléchir à votre tour. Et si vous êtes encore dans les troubles alimentaires, c'est aussi continuer d'avancer vers le « Ok, mais à quoi pourrait ressembler ma vie sans tout ça ? » et « Waouh ! À quel point il y a plein de choses à y mettre, plein de choses à en faire et plein de belles surprises à vivre. » Très bientôt, je vous le souhaite. En tout cas, j'étais contente, comme d'hab, d'enregistrer cet épisode. Bon, il y a beaucoup de vent, j'espère que ça ne s'entendra pas trop dans l'enregistrement. Mais j'étais ravie de faire cette petite balade avec vous, et je vous dis à lundi prochain pour en faire une nouvelle. Et d'ici là, prenez soin de vous autant que possible. Ciao !