Speaker #0Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Milsono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur Flavie.mtca. Très belle écoute ! Bienvenue dans ce nouvel épisode du Pas de Côté où comme d'hab je prends un sujet et je vous propose qu'on se décale. Aujourd'hui j'ai envie qu'on parle de la colère, la colère notamment féminine. parce que j'ai l'impression que c'est un sujet à la fois central et un peu ignoré. À vrai dire, j'avais un truc bien précis qui m'était venu en lien avec ça et je l'ai un peu perdu. Et c'est pas grave, je vais faire avec ce qui me vient sur le moment, là, pendant ma petite balade. En fait, je trouve qu'il y a... Enfin, je trouve... C'est pas juste moi qui trouve, c'est quand même assez bien documenté par de nombreuses féministes que la colère féminine, elle n'est pas acceptée. Et que la colère féminine, elle est pathologisée même. C'est-à-dire que rapidement, on va entendre parler d'hystérie, de choses comme ça, qui au passage, si vous entendez encore des gens traiter des femmes d'hystérique... garder en tête que ça ne doit plus être utilisé. Ça a été complètement démontré que ça n'a pas de sens de parler d'hystérie. Et donc, ce n'est plus une pathologie qui devrait être nommée, parce que ce n'est plus reconnu. Bref, ça illustre quand même vachement bien, d'ailleurs, le fait que ce soit toujours utilisé, alors que se démontrer que ça n'a pas de sens et de fondement. Eh bien, ça illustre bien comment on considère la colère féminine. En fait, les femmes en colère sont hystériques. Donc il y a quelque chose de toujours décrédibilisé et de pas accepté. Ah, il y a quelqu'un qui voudrait participer au podcast. T'as quelque chose à dire ? C'est un chat qui vient me voir pendant la balade et qui a visiblement plein de choses à me dire. Lui aussi, il doit être révolté. Par toute cette histoire. Bref, je reprends le cours. Après cette petite aparté féline. Le fait que la colère est vraiment pas acceptée encore aujourd'hui de la part des femmes. Bah en fait, donc c'est pas anodin parce que ça témoigne du système dans lequel on vit. Mais bon, ça je pense que vous le savez. Mais je trouve que ça vient jouer aussi plein de choses en lien avec ce qui nous intéresse nous, qui est l'alimentation, les troubles alimentaires. Parce qu'en fait, il y a quelque chose d'écrasant aussi là-dedans, dans le fait de ne pas s'autoriser. Parce que c'est ça aussi la conséquence, c'est que quelque chose qui n'est globalement pas autorisé dans notre société fait que cette interdiction est internalisée et qu'on ne s'autorise pas soit à être en colère. On n'aime pas se sentir en colère, on culpabilise de ressentir de la colère. Je vais prendre un exemple. Admettons que votre maman, vos parents au global, mais il y a quand même souvent un truc autour des mamans, ce n'est pas 100% des cas, a passé elle-même sa vie au régime et vous a transmis toute sa grossophobie, toutes ses peurs et vous a également mis au régime lorsque vous étiez petite. et vous a fait de nombreuses réflexions sur votre corps. Oui, il est fort probable que votre mère, elle faisait ça avec des intentions de vouloir votre bien, parce qu'elle était dans l'idée qu'il fallait à tout prix que vous soyez mince, et que pour être mince, il fallait en passer par là. Bon, il n'empêche qu'il y a de quoi être en colère, non ? Il y a de quoi en vouloir à tout le système qui a poussé votre mère à agir comme ça, mais peut-être aussi à votre mère. Ce n'est pas grave d'être en colère contre quelqu'un, contre des faits, contre une société. Ce n'est pas un problème, ce n'est pas quelque chose de honteux d'être en colère. Et puis la colère, c'est une émotion. Donc en fait, une émotion, ça va, ça vient. S'autoriser à être en colère contre sa mère, contre des gens qui nous sont proches et qui nous sont chers. Je pense que c'est hyper sain. Et il ne faut pas oublier que ce n'est pas, encore une fois, je le redis, mais ce n'est pas figé dans le temps. Ce n'est pas parce que là, je suis en colère, qu'en fait, je suis en colère pour toujours contre cette personne-là. Donc moi, je pense que c'est hyper sain, de toute façon, pour n'importe quelle émotion, de s'autoriser à la laisser nous traverser. Mais peut-être encore plus la colère. Pourquoi ? Parce qu'il y a un aspect un peu militant. S'autoriser à être en colère en tant que femme. C'est quand même un acte quasi militant de défendre le droit, le droit des femmes, le droit d'exister, le droit d'être traversé par tout plein d'émotions. Aussi parce que la colère c'est un moteur et que c'est souvent un moteur de changement. En fait quand on dit aux femmes « oh là là bande d'hystériques » c'est pas n'importe qui déjà qui va dire ça à des femmes, ça va être globalement plutôt des hommes. Des hommes qui ont une certaine place, un certain pouvoir et qui ont à perdre de voir des femmes se révolter contre le système. Donc en fait, ils le savent. Ils le savent à quel point cette colère peut être porteuse. Et en fait, il y a de la peur derrière ça. Être en colère, c'est aussi s'autoriser à regarder les choses différemment et donc s'emmener vers autre chose. Être en colère contre tout ce qui s'est passé pour vous dans votre vie, ça ne veut pas dire que vous ruminez. et que vous restez bloqué dans le passé. Ça veut dire que vous choisissez de voir d'autres responsabilités que la vôtre dans cette histoire-là, et vous choisissez de vous révolter contre ces choses-là, et d'avancer peut-être porté par cette énergie. En fait, souvent, moi on m'a renvoyé des trucs comme ça à une époque de ma vie, sur le fait que j'étais trop en colère, et aussi je trouvais que c'était associé à beaucoup de phrases que j'ai entendues. faut passer à autre chose. Genre, à chaque fois que tu veux parler d'un sujet qui peut-être est relié à ton passé, de choses qui se sont passées, mais qui font encore partie de fait de ton présent parce qu'il y a encore des conséquences et tout ça, on va pouvoir te dire, faut passer à autre chose. Mais quoi, faut passer à autre chose ? Non, pas nécessairement. Si rien n'est réglé, je veux dire, quand on voit notre société, par exemple, il y a des tas de choses qui restent à régler. Et donc en fait, non, il ne faut pas nécessairement passer à autre chose. Et peut-être que je n'ai pas fini de me révolter contre ce truc-là. Et peut-être que tu ne m'as pas présenté d'excuses. Et peut-être que... Voilà. Bon, j'espère que vous me suivez. J'ai l'impression que je pars... Déjà, j'ai une tendance à partir dans tous les sens. Mais là, j'ai l'impression que c'est quand même pas mal. Mais parce que c'est un sujet pour moi qui est central. Et je vois plein, plein de liens et de ficelles à tirer en fait en lien avec ce sujet. Et c'est pour ça, je pense que ça donne ce truc... un peu brouillon. Peut-être que j'en referai un épisode de podcast plus long, qui sont des épisodes de podcast, pour le coup, que je prépare, et donc où j'ai quand même des points clés que je vais développer, où c'est souvent moins le bazar, quoi. Là, c'est vraiment comme si on était en train de marcher ensemble, en fait, et que j'exposais mon point de vue sur le sujet. En tout cas, cet aspect de colère, je pense que vous l'aurez compris aussi, c'est qu'on partage la responsabilité. de certaines choses. Et ça, c'est vachement important pour moi dans les TCA, parce que même si c'est une pathologie qui se vit très individuellement, et d'ailleurs malheureusement souvent dans un sentiment de solitude, en réalité c'est quand même une pathologie sociétale, culturelle, qui s'inscrit aussi dans un système familial, dans plein de choses. Et du coup... être en colère sur ce qui a pu vous mener dans cette pathologie, mais aussi être en colère contre ce système, cette société, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, et qui maintient, peut-être vous maintient dans les TCA, maintient plein de gens dans les troubles alimentaires, ben ouais, ça me semble être assez sain, parce que ça permet d'identifier clairement les éléments problématiques, et peut-être de choisir de fonctionner différemment, porté encore une fois par cette énergie de colère. Moi, je pense qu'on a beaucoup à gagner à accepter de ressentir cette colère en tant que femme. Je ne sais pas vous, moi, quand je parle de colère, je vois la flamme, en fait. Je vois quelque chose qui brûle. Et étrangement, quand je suis ultra emballée par un événement, un projet, quelque chose, j'ai aussi ce sentiment de flamme, cette image-là qui me vient. Donc en fait, c'est intéressant de voir que la colère, c'est vraiment une énergie, que c'est quelque chose aussi de porteur, de symbole de vie aussi, à mon sens. Et puis quand même, pour dire quelques mots par rapport au comportement alimentaire, vous le savez certainement, il y a un lien entre l'émotion, l'alimentation, tout ça. Je le dis et je le redis, manger de manière émotionnelle, c'est normal et même souhaitable, c'est pas un problème. Mais quand il y a vraiment une sorte d'évitement émotionnel qui se met en place, c'est là où c'est problématique. Eh bien, je pense que la colère est une émotion largement évitée par les femmes. Je pense que c'est une émotion qui crée beaucoup de comportements d'évitement chez les femmes. Chez les hommes, je pense que ce n'est pas forcément l'émotion qu'on retrouverait le plus dans les comportements d'évitement, parce que la colère est vachement plus tolérée, voire même un peu valorisée dans ce qu'on peut attendre d'un comportement masculin. Là où chez les femmes, vraiment, c'est tellement pas accepté, on nous demande tellement de la réfréner depuis qu'on est petite, que je pense qu'il peut y avoir pas mal de comportements d'évitement. et en fait Je vous invite à réfléchir à ça à tous ces moments où vous vous en voulez de ressentir de la colère, ou alors même vous vous dites, non mais je ne devrais pas ressentir, non mais c'est n'importe quoi, c'est trop, etc. Essayez de capter la façon dont vous vous parlez vous-même de vos émotions, et notamment de cette émotion colère. Essayez de voir comme vous pouvez l'invalider. Je suis sûre que vous allez retrouver plein de traces. d'évitement, d'invalidation, de culpabilité autour de l'émotion colère. Et c'est intéressant de le repérer pour, petit à petit, enlever certains verrous et se dire « Non mais attends, j'ai le droit d'être en colère au même titre que j'ai le droit d'être heureuse, euphorique, triste, apeurée, etc. » De toute façon, le droit, il est de fait. Une émotion, ça ne se maîtrise pas, ça ne se choisit pas, ça ne se contrôle pas. Donc si vous ressentez de la colère, C'est qu'il y a des choses à en faire en fait. Votre émotion, c'est un message. Une émotion, c'est toujours un message. Donc voilà, la colère, elle est là pour vous guider. Et du coup, vous allez peut-être pouvoir mettre ça en lien avec beaucoup de people pleasing. Je ne sais pas si ça va vous parler. Mais voilà, cette tendance à vouloir faire plaisir à tout le monde, à avoir de grandes difficultés à dire non. Et en fait, ça, ça a un effet cumulé, ça va créer aussi de la colère. Et le problème, c'est que ça finit par créer de la colère. envers soi-même, de ne pas se sentir capable de poser ses limites. Alors que finalement, la colère, elle devrait être dirigée contre des gens qui sont quand même largement dans l'abus à plein de moments, contre un système qui éduque et socialise les femmes, enfin les petites filles, puis les femmes de cette manière-là, mais pas contre soi, parce qu'on n'arrive pas à poser ses limites. La colère autodirigée elle peut être aussi très très destructrice. Et je ne serais pas étonnée que vous soyez beaucoup à vous reconnaître là-dedans, dans le peu de fois où vous vivez de la colère, en fait elle est contre vous. Et bien c'est intéressant vraiment de mettre un petit focus là, dans les jours, semaines à venir, sur cette émotion bien particulière. Peut-être que vous pourriez être surprise en fait, à quel point ce n'est pas ok pour vous de ressentir de la colère, alors que vous ne l'aviez jamais vue nommée comme ça. Et vous seriez aussi sans doute surprise de voir toutes les conséquences que ça peut avoir, qu'elles soient relationnelles, mais aussi dans votre comportement alimentaire. Bon, sur ce, je pense que ça va être un long épisode par rapport aux épisodes que je fais habituellement sur ces... c'est pas de côté. J'espère que c'était compréhensible déjà mon truc parce que j'ai eu l'impression de partir un peu dans tous les sens et j'espère comme d'hab que ça a pu peut-être ouvrir des portes, faire un peu des petits tilts et vous donner envie d'explorer un peu cette émotion colère. N'hésitez pas à me faire vos retours, c'est toujours avec grand plaisir que je vous lis et même que j'échange avec vous. Et puis, d'ici là, et d'ici le prochain épisode de podcast, j'ai juste à vous souhaiter de prendre soin de vous autant que possible. Ciao !