Speaker #0Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Milsono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute ! Welcome dans ce nouvel épisode de podcast dans lequel j'avais envie qu'on parle du corps et de ces tentatives de maîtrise que vous pouvez avoir autour de votre corps dans le but très certainement de trouver une forme de sécurité. J'avais un peu envie qu'on creuse ce sujet-là autour du corps et de la sécurité, parce que ça me semble central. Déjà, premier point important à aborder à mon sens, c'est que oui, le corps est central. Si toi qui m'écoutes, tu as une relation compliquée avec l'alimentation, que ce soit un vrai trouble alimentaire, entre guillemets, ou une relation troublée, perturbée. où ton comportement alimentaire est un peu en vrac, eh bien, il y a d'immenses chances, c'est-à-dire 99%, que ça parte de ton corps. En fait, il y a des troubles alimentaires atypiques qui ne sont pas reliés à ça. Par exemple, on dit toujours anorexie, mais en fait, l'anorexie telle qu'on la connaît le plus, c'est de l'anorexie mentale. L'anorexie, si on prend le vocabulaire médical au sens strict, perte d'appétit, le fait de ne pas avoir d'appétit. Donc on peut souffrir d'anorexie, on a une perte totale d'appétit, on ne mange pas, et que ce ne soit pas du tout lié à son corps, et au fait de vouloir changer son corps. Ce qui me semble important de préciser, c'est que moi j'ai rencontré un certain nombre de personnes pour qui ça a été le cas, c'est-à-dire que il y a un choc, il y a un deuil, il y a un événement qui fait que la personne ne se nourrit plus, ou plus correctement, ou plus assez, ou plus... enfin voilà. Et il y a un changement corporel, une perte de poids. Mais c'est tellement survalorisé par la société que derrière s'installe un vrai trouble du comportement alimentaire, qui lui est relié du coup au corps, au poids. Dans les troubles alimentaires les plus connus que sont l'anorexie mentale, la boulimie, l'hyperphagie boulimique, en fait il y a toujours la notion du corps autour. L'image du corps, le fait qu'on voudrait que le corps soit moins gros, le fait qu'on a peur de grossir, le fait qu'on voudrait maigrir. Donc en fait... Cette question du corps, elle est vraiment centrale dans le déclenchement des troubles alimentaires, mais aussi dans le maintien des troubles alimentaires. C'est-à-dire que par rapport au côté déclencheur, je ne sais plus si j'en ai, je crois que j'en ai déjà parlé sur le podcast, j'ai eu la chance de me former à un outil de prévention des troubles alimentaires qui s'adresse aux 15-25 ans. Et en fait, on ne parle que du corps. Dernièrement, les interventions que je fais dans les lycées où on me demande d'intervenir en prévention des troubles alimentaires, je parle énormément du rapport au corps. Parce qu'en fait, c'est ça, on a la preuve aujourd'hui via différentes études que c'est vraiment le terrain fertile des troubles alimentaires et c'est là-dessus qu'il faut agir. Et une fois que le TCA est installé, en travaillant sur le comportement alimentaire, c'est aussi ultra intéressant, voire nécessaire en fait, de travailler sur le rapport que l'on a. Avec son corps. Donc voilà, ça c'était important de poser le fait que c'est central, et que c'est pour ça que j'ai envie de parler de corps, et de mettre ça en lien avec la sécurité, parce que derrière l'envie de modifier son corps, d'avoir un corps plus joli, plus mince, plus musclé, plus je sais pas quoi, ou moins quelque chose, derrière c'est rarement quelque chose de juste esthétique. D'ailleurs, ça aussi, c'est quelque chose qui peut être très difficile à vivre pour beaucoup de femmes qui souffrent de TCA, qui sont des femmes, par ailleurs, adultes, intelligentes, qui ont beaucoup de profondeur, qui s'intéressent à tout un tas de sujets et qui se sentent très superficielles à être bloquées dans les troubles alimentaires en se disant « mais bonsoir, je suis bloquée sur ce truc de à quoi ressemble mon corps alors que je sais bien que ce n'est pas ça le plus important et que... » Je suis par ailleurs engagée sur tout un tas d'autres sujets. Vraiment, il y a quelque chose qui peut paraître très superficiel en comparaison de beaucoup de profondeur d'âme et d'intelligence qu'on rencontre chez les personnes qui souffrent de TCA. Donc mon propos, justement, c'est de rappeler ça, que oui, cette peur panique de grossir, en fait, elle n'est pas juste reliée à quelque chose de superficiel. Elle est reliée à quelque chose de bien plus profond et que j'ai envie de nommer une recherche de sécurité. En tout cas, j'avais envie de vous proposer ça aujourd'hui. Alors justement, pourquoi est-ce que toute votre énergie est passée là-dessus ? Pourquoi est-ce que vous mettez toute votre énergie à vouloir contrôler votre corps ? Le premier élément de réponse, moi, qui me vient, c'est le fait qu'en tant que fille, femme... ou personnes qui se reconnaissent comme telles, il y a le corps qui est mis au centre, mais super tôt. C'est-à-dire que le fait que le corps soit mis au centre chez les adultes, j'espère que ça vous saute aux yeux. Si ce n'est pas le cas, je vous invite vraiment à regarder un peu différemment tout ce qui vous entoure. Regardez les publicités, regardez même les femmes qui font des choses qui n'ont rien à voir avec. L'apparence de leur corps, comme des sportives, des femmes politiques, regarder tout ça et constater à quel point le corps est toujours remis au centre. On va toujours s'intéresser à ça et ramener la femme à ça. Me vient là en tête l'exemple de l'équipe féminine de handball de plage norvégienne qui a été sanctionnée parce qu'elles ont refusé de jouer en bikini. Et donc j'ai vu passer l'info que la chanteuse Pink s'était proposée de payer l'amende. J'ai trouvé ça trop chouette. J'ai vraiment trouvé ça stylé. Finalement, c'est la fédération norvégienne qui s'occupe de payer l'amende. Mais voilà, ces femmes-là sont des sportives. On leur impose des tenues qui ne sont pas du tout les mêmes qu'imposées aux hommes, où ils ont droit d'avoir des tenues normales de sport. Il y a quelque chose de toujours très relié au corps de la femme et au fait qu'on devrait pouvoir le voir, en profiter autant qu'on veut au global dans la société. Donc voilà, le corps de la femme, il est vraiment tout le temps mis au centre, on est toujours amené à ça. Mais il faut savoir que ça, ça se joue dès toute petite. On complimente beaucoup plus les filles sur leur physique. Que ce soit la manière dont elles sont habillées, la manière dont elles sont coiffées, oh les jolis cheveux, oh comme elle est jolie, comme elle est mignonne. On va beaucoup moins dire ça d'un petit garçon si je prends des enfants entre 3 et 6 ans par exemple. On va vraiment être sur ce type de compliments pour les petites filles, beaucoup moins pour les petits garçons. Ça peut arriver, on peut dire oh comme il est mignon, beaucoup moins comme il est joli, comme il est beau, oh comme il est bien habillé, oh regarde, oh comme ton pantalon est joli, oh là là comme tu es bien coiffé. Non en fait on ne dit pas ça. à des petits garçons. Les petits garçons, on va leur dire « Waouh, mais comment tu cours vite ! Tu sais déjà compter jusque-là, mais comme tu es intelligent ! » Alors vous allez vous dire, c'est peut-être un peu caricatural. Oui et non. C'est-à-dire qu'il y a ce qu'on fait soit chez soi, surtout quand on s'intéresse à ces sujets-là, et il y a ce qui se pratique encore au global, dans notre société et dans le monde entier. Et ça, c'est très marqué. Il y a une étude américaine qui a montré que Merci. Je crois que j'en ai déjà parlé sur ce podcast, mais ce n'est pas grave. Peut-être que vous ne l'avez pas entendu. Une étude qui a montré que les enfants dès 3 ans n'avaient pas du tout le même rapport à l'apparence. Et que les petits garçons, quand on leur demande pourquoi ils aiment leur super-héros, c'est parce qu'il est fort, parce qu'il va vite. Ce sont des caractéristiques plutôt de choses qu'ils arrivent à faire. Là où les petites filles, c'est parce que l'héroïne est jolie, parce qu'elle a de belles robes, de belles chaussures et les cheveux longs. Donc en fait, il y a quelque chose qui est très centré sur le physique dès tout petit. Il y a peu de chances que vous y ayez échappé, c'est-à-dire que même si dans votre famille, c'était pas trop le délire de fonctionner comme ça, de toute façon, à un moment donné, vous avez été rattrapé par ça, par la télé, les dessins animés, les jeux qu'on nous vend, par l'école, par... Voilà, la société entièrement par plein de biais en fait. Donc depuis que vous êtes toute petite, on vous a appris à être centré sur votre corps et à questionner votre valeur autour de votre corps. Donc je continue le déroulé de pourquoi est-ce qu'on met toute cette énergie en tant que femme sur le contrôle de son corps. Donc il y a ce truc qui vient depuis qu'on est petite. Le deuxième point, c'est qu'on a besoin, comme n'importe quel être humain, on est très sensible au groupe et on a besoin de se sentir accepté, validé, aimé. Vous savez qu'il n'y a rien de pire pour un humain que de se sentir complètement rejeté de tout groupe, de ne pas avoir d'appartenance. Il y a quelque chose d'archaïque, d'ancré en nous, qui fait qu'on a internalisé dans nos tripes qu'en étant isolés, on risquait de mourir, comme à l'époque nos ancêtres très très très très très lointains, les hommes de Cro-Magnon, il y avait la nécessité de vivre en groupe sans quoi on avait beaucoup moins de chances de survie. Et il y a quelque chose de très archaïque en nous, d'ancré, par rapport à ça. Et en fait, le groupe est très important, donc on a besoin de se sentir validé par le groupe. Et je mets ça en lien avec ce que je viens de vous dire par rapport au corps. Chez la femme, la validation, elle va beaucoup passer par là. Pas que. On est, en tant que fille, puis femme, socialisé dans le fait de porter attention à l'autre. De porter attention au global. En fait, on est socialisé dans le fait de voir ce qui se passe autour de nous, y porter attention et nous y adapter sans arrêt. Il y a vraiment la notion du care, du prendre soin dans lesquels les femmes sont socialisées. On voit, c'est comme une évidence autour de nous, les femmes prennent soin. Les femmes ont des petites attentions, les femmes cuisinent pour les autres, les femmes ont plaisir à s'occuper des autres. Est-ce qu'elles ont réellement du plaisir ? J'en sais rien. En fait, tout ça, c'est à déconstruire parce qu'on a du plaisir à faire ce qu'on attend de nous et à sentir qu'on a une place, en fait, dans la société. Bon, après, voilà, très bien si vous vous sentez bien à prendre soin des autres. OK, très bien. C'est juste que je trouve ça vachement intéressant de se décaler, de voir à quel point on a été construite comme ça. Et donc dans cette notion aussi de prêter attention, prendre soin, il a été testé et prouvé que... les petites filles sont socialisées aussi dans le fait d'apprendre à se regarder elles, dans le but d'avoir une certaine maîtrise en fait de leur apparence. Ça je crois que je l'avais lu notamment dans le livre Vieille Peau si ça vous intéresse, où elle déconstruit beaucoup de choses autour du corps de la femme, du vieillissement, mais pas que du coup. Et là où le petit garçon est plutôt socialisé dans le fait d'être Merci. observateur, lui, et notamment des filles, mais pas que. Celui qui est observateur et celui qui juge, quoi. C'est-à-dire que, je vais m'expliquer, j'ai l'impression que c'est pas clair ce que je dis. Je me rends compte, là, en le disant. Les petites filles, effectivement, prennent l'habitude d'observer leur environnement et de s'y adapter, mais beaucoup de s'auto-observer, en fait, et de se maîtriser, parce qu'elles prennent l'habitude d'être sous le regard de. C'est de l'auto-observation, plutôt orientée comme ça, pour être sous le regard de. Alors que les petits garçons, c'est plutôt de l'observation de, tiens, comment les autres agissent, et évaluateur, en fait, de ce truc-là. Les petits garçons, ben voilà, ils sont socialisés dans un monde où les hommes dominent, en fait. Enfin, c'est une réalité. Je veux dire, tous les films de héros, ça commence à bouger un peu, mais bon, globalement... Les héros, ceux qui sauvent le monde, les plus forts, c'est toujours des hommes, ils viennent secourir des femmes parce qu'elles ont besoin, puis elles, elles pleurent et elles crient. Mon Dieu, enfin voilà, moi j'ai 40 ans, à vous toutes qui m'écoutez entre 30-50 ans, enfin et même au-delà en fait, mais à partir de 30 ans, vous avez aussi grandi, été socialisé là-dedans. Je pense aux exemples d'Indiana Jones, voilà, tous ces trucs-là. Donc en fait, on... En tant que femme, notre façon d'être validée, c'est être au service de l'autre, déjà. Donc c'est important, parce qu'on peut dire que ça n'a rien à voir avec le corps, mais en fait, si je suis au service de l'autre, je ne suis pas tout à fait à mon service. Il y a quelque chose un peu déjà d'une déconnexion de soi, et de ses envies et de ses besoins. Et être validée par le biais de son apparence. Oh, comme elle est jolie, je vous rappelle tout ça. En fait, il y a quelque chose de très fort là-dessus. Et en fait... Si on fait tout ça, à mon sens, c'est pour ressentir une forme de sécurité. J'avais envie d'introduire cette notion-là. Pourquoi est-ce qu'on cherche à être validé ? Je vous l'ai dit, il y a un truc très archaïque de... Si je suis seule, je vais mourir. Donc en fait, je me sécurise. Le fait de me sentir validée par les autres, ça me donne un semblant de sécurité interne. C'est bon, j'ai ma place, je suis conforme, je suis belle, je suis mince, je suis ceci, je suis cela. C'est ok. Tout d'un coup, c'est comme si j'avais moins peur du regard des autres parce que j'ai l'impression de correspondre à une sorte de norme et il y a peut-être chez pas mal d'entre vous l'idée que si vous perdiez du poids, alors vous pourriez... rentrer dans ce schéma-là, avoir moins peur du regard des autres, vous sentir plus à l'aise en société, etc. En fait, une sorte de sécurité. Vous avez cette sensation que peut-être vous pourriez enfin avoir une sorte de sécurité interne parce que vous êtes validé, vous êtes normalisé. On pourrait dire ça comme ça. Sauf que c'est là, à mon sens, que cet épisode de podcast devient intéressant. Moi, j'ai envie de vous parler des paradoxes du contrôle du corps. Pourquoi finalement, alors que vous faites tout ça pour aller mieux, pour aller bien, pourquoi finalement ça ne fonctionne pas ? Eh bien, à mon sens, ça repose sur plusieurs paradoxes. Le premier, c'est que le corps, on nous demande de le maîtriser, de le contrôler, alors que paradoxalement, c'est quelque chose qui n'est pas maîtrisable et qui n'est pas modulable à souhait. Je le dis régulièrement, votre corps... corps ne sont pas de la pâte à modeler. On ne peut pas juste choisir de se modeler comme on veut. Notre corps a des limites, il a des limites physiologiques. Notre corps, chacune, on est arrivée avec des caractéristiques physiques et avec du coup une certaine morphologie de base, avec aussi un poids d'équilibre qui était prédéterminé, qui est une fourchette de poids. qui peut être amenée à évoluer, plutôt à la hausse d'ailleurs, si on se retrouve à faire d'énormes yo-yos. Ça, j'en ai déjà parlé, je pense, dans pas mal d'autres épisodes, je ne vais pas forcément revenir sur les mécanismes là-dessus. Mais en tout cas, ce qui me semble important de vous rappeler, c'est qu'on n'est pas tous nés en chaussant du 37 et en mesurant pile-poil 1m72, par exemple. Bon, alors pourquoi est-ce qu'on serait tous nés, toutes nées, du coup, je vais rester sur le féminin. pour faire une taille de pantalon 36 et avoir un bonnet 90C, par exemple, en termes de poitrine. Et les fesses, exactement pareil. Il y a quelque chose de délirant à imaginer qu'on est tous faits pour être minces dans cette fameuse taille 36, qui, en fait, nous est plus imposée par des dictates de la mode et de... du contrôle et de l'écrasement féminin et du corps féminin qu'autre chose. En fait, on n'est pas tant dans des normes que ça. Je veux dire, si on s'intéresse par exemple à nos grands-mères, combien de nos grands-mères faisaient l'équivalent d'une taille 36 ? Assez peu, en réalité, je pense. Donc voilà, on arrive là sur des normes qui sont complètement délirantes. Donc notre corps, il n'est pas modulable à souhait. Il a des limites qui s'imposent en fait à nous. Et vous vous dites peut-être, bah ouais, mais moi je vois plein de gens sur les réseaux, des fit girls, des fit boys, qui arrivent à vraiment transformer leur corps et qui semblent être en mesure du coup de le contrôler complètement. Oui, certaines personnes y arrivent, mais ces personnes-là y arrivent au prix d'un surinvestissement. Voir, je pense qu'il faut parler d'acharnement en fait, à ce niveau-là. Un surinvestissement, un acharnement comme ça à vouloir modifier son corps, c'est pas sans conséquence. Il peut y avoir énormément de pathologies qui se déclarent, et pas mal de pathologies autour de la santé mentale. Pourquoi ? Parce qu'on ne peut pas surinvestir ce domaine de la vie sans sous-investir le reste. C'est-à-dire qu'il y a du sacrifice derrière. Et ce sacrifice, c'est pas juste « ouais, je fais les bons choix » , tu vois, non. Ce sacrifice, c'est... Je fous mon existence en l'air pour un certain nombre de personnes. Et les troubles alimentaires qui peuvent s'installer à ce moment-là sont des vraies pathologies psy qui nécessitent ensuite du soin et qui peuvent rester accrochées pendant des années et des années et vraiment pourrir la vie, gâcher la vie. Donc ce contrôle du corps, cet acharnement sur le corps, il est soit impossible, en fait on ne peut pas modifier son corps comme on veut, soit possible au prix de... se bousiller la vie à côté. Donc c'est quand même déjà très questionnant. Le deuxième paradoxe que je voulais aborder avec vous, c'est le fait qu'à force de mettre toute son énergie autour du corps, on finit par ne plus habiter son corps. Et c'est vrai que moi je trouve ça vraiment hyper paradoxal, c'est-à-dire qu'on se retrouve à ne plus vivre que pour ça. pour réussir enfin à changer son corps, à avoir une apparence différente, pour au final ne plus être dans son corps, ne plus vivre avec son corps, ne plus rien faire du tout avec son corps, ne même plus avoir de vie. Et c'est comme si le corps finit par ne plus nous appartenir en fait. C'est comme si le corps c'était plus une partie de soi, mais un objet, voire un ennemi, qu'on regarde tout le temps de l'extérieur. Je sais pas vous, mais moi je trouve que c'est vraiment un paradoxe énorme qu'il est important de soulever. Le dernier paradoxe, et pas des moindres, à mon sens c'est le plus fort, c'est que chercher la sécurité dans la validation et donc les normes de la société, c'est se sentir en perpétuelle insécurité. Vous mettez beaucoup d'énergie pour rechercher une sorte de sécurité interne, mais en la cherchant de cette manière-là, vous vous condamnez à l'insécurité perpétuelle. Puisque, en faisant ça, vous vous retrouvez soumise à l'approbation de l'autre. C'est-à-dire que tout à l'heure, quand je disais, bah oui, vous aimeriez perdre du poids, changer votre corps, et comme ça vous auriez l'impression que ce serait beaucoup plus facile face au regard de l'autre. Mais c'est faux, parce que du coup, en faisant ça, vous cherchez à correspondre à fond au regard de l'autre. Donc du coup, vous mettez l'autre au centre. Donc vous ne pouvez pas vous détacher du regard de l'autre, alors même que... c'est votre objectif de correspondre au regard de l'autre. Et l'autre, avec un grand A, ne forme pas une seule personne, un tout uniforme. L'autre est différent et l'autre ne pourra pas toujours vous valider. Il y aura toujours des personnes pour vous invalider. Il y aura toujours des critiques à faire sur votre corps. Donc en fait, en cherchant à être validé comme ça et en espérant moins subir le regard de l'autre, vous ne faites que renforcer. Le fait d'être sensible et fragile face au regard de l'autre. En fonctionnant comme ça, vous vous retrouvez aussi soumise à des normes, mais des normes qui bougent tout le temps. Du coup, là encore, c'est l'enfer. Ok, je vais tout faire pour correspondre aux normes et comme ça je me sentirai mieux et plus en sécurité dans la société. Sauf que les normes d'aujourd'hui ne sont pas celles de demain et sont très différentes de celles qui existaient hier. Donc... Le seul point commun qu'on trouve entre toutes ces normes, c'est le fait qu'on nous fait chier. En tant que femme, il y a toujours un truc à redire sur notre corps. Mais de toute façon, un peu comme pour le regard de l'autre, ce ne sera jamais exactement ça. Ça ne correspondra jamais vraiment. Donc là encore, ça crée beaucoup d'insécurité finalement. Et le dernier point, c'est qu'en fonctionnant comme ça, vous vous retrouvez soumise principalement au regard masculin. Et ce regard masculin, qui est le regard dominant, notamment pour ce qui est autour du corps de la femme, c'est un regard dans lequel on se retrouve sans arrêt sexualisé. Et, beaucoup trop souvent, agressé. Un petit rappel de chiffres, en France, c'est pas dans le monde, c'est en France, toutes les 2 minutes 30, il y a un viol ou une tentative de viol. Et ça, ça parle pas des agressions sexuelles, qui sont très nombreuses. Là, ça parle du summum de l'agression sexuelle qui est le viol. Mais tout ce qui va être de l'ordre de l'attouchement, des agressions verbales aussi, sexistes, sexuelles. Voilà, ça c'est encore plus fréquent, il y en a encore plus sans arrêt. Et du coup, ça c'est aussi pour moi un rappel important. C'est-à-dire qu'il y a un vrai paradoxe dans lequel on se retrouve plongé. C'est-à-dire qu'en tant que femme... On fait tout tourner autour de notre corps, mais tout en sur-sexualisant notre corps. Et on se retrouve prise parfois dans un jeu dont on ne voulait pas à la base, en fait. Et dans une peur encore plus exacerbée, finalement, de se faire agresser, ou peut-être un risque encore plus grand. Bon, je pense que de toute façon, le risque de se faire agresser, il est immense, tout le monde. Et je tiens à faire une précision, des fois que mes propos auraient été mal compris. Je ne parle pas du fait de correspondre à une norme physique, mais plutôt de chercher à jouer ce jeu de la validation de l'autre. Parce que, loin de moi, le fait de dire que les femmes qui correspondent à des normes physiques sont plus agressées, c'est complètement faux. Ça c'est vraiment une fausse idée qu'il est important de déconstruire parce que cette idée elle véhicule le fait que... L'agression sexuelle serait liée à un désir masculin, et que le désir masculin préférerait les femmes plus minces, plus ceci, plus cela. Une agression sexuelle... C'est pas de la sexualité. Ça se sert de la sexualité pour imposer une domination, un écrasement, en fait. Donc ça n'a rien à voir. Et voilà, je tiens à rappeler que les femmes de tout type de corps, dans tout type de situation, se font agresser, mais les femmes qui vont se faire le plus agresser sont globalement les femmes les plus vulnérables, et notamment les femmes porteuses de handicap ont deux fois plus de risques de se faire agresser sexuellement au cours de leur existence. Donc voilà, il me semblait important de faire cette précision. Mais en tout cas, je crois que c'est un paradoxe important aussi là dans cette idée que chercher à se sentir en sécurité, en modulant son corps, en le faisant correspondre à des normes, c'est en fait se mettre en perpétuelle insécurité à plein de niveaux. Peut-être qu'arrivé ici, je vous ai un peu cassé le moral et que vous vous dites, bah ouais super, on fait quoi Flavie ? Eh ben, on fait quoi ? Vous allez voir que c'est pas la révolution dans ce que je vais vous proposer, c'est assez basique, mais pour autant assez efficace. Le premier truc que j'ai envie de vous dire, c'est on prend du recul. On prend du recul, on se base là sur tout ce que je viens de vous dire, et on observe. On observe autour de nous, on observe sa propre histoire. Comment on fait pour prendre du recul ? Eh bien, on écoute des podcasts. on fait des lectures féministes, on suit des comptes Insta qui peuvent nous informer sur ces sujets-là. Je n'ai pas spécialement envie de vous dire quels comptes suivre, parce que je pense que c'est propre à chacune, mais pensez à suivre des comptes plutôt féminins, qui mieux peuvent parler du féminisme que les femmes. C'est quand même ça ma principale recommandation. Pensez à suivre des femmes de tous horizons. Pensez à suivre des femmes féministes qui soient pas que des blanches hétérosexuelles. Pensez à suivre des femmes racisées, des femmes queers, des femmes grosses. C'est vraiment important pour élargir le regard et vraiment comprendre tous les enjeux et notamment tous ces enjeux autour du corps. Et le recul, je le disais un peu plus tôt, il se fait aussi en regardant sa propre histoire, en relisant son histoire. Il y a un petit livre que j'aime beaucoup qui s'appelle « Comment le sexisme vient aux enfants » et je le trouve vraiment très intéressant. En plus, si vous qui m'écoutez, vous êtes parents, c'est quand même chouette aussi de pouvoir prendre du recul sur nous, notre vécu, mais aussi sur ce qu'on est en train de transmettre aux enfants autour de nous. D'ailleurs, je dis « parents » , mais il n'y a pas besoin d'être parents pour ça parce que des enfants, on en a plein autour de nous. Peut-être que vous avez des rôles éducatifs. Et puis, vous avez forcément des amis qui ont des enfants, des frères, sœurs qui ont des enfants. J'espère que vous avez des enfants autour de vous parce que c'est très chouette, les enfants. Mais voilà, ces prises de recul, elles sont intéressantes et importantes. Et elles passent déjà par l'observation du quotidien, de ce qui se dit autour de nous, dans les journaux, à la télévision, les gens qui sont à côté de nous dans le tram, nos proches, voilà. Comment on fait ? Autre petit point, j'ai envie de vous proposer un petit exercice. J'ai envie de vous proposer de lister vos rêves. Tout ce que vous aimeriez réaliser dans votre vie. Alors ça peut être des choses que vous avez envie de faire, mais ça peut être des choses que vous avez envie de voir, ça peut être des voyages, ça peut être apprendre une nouvelle langue, ça peut être... apprendre à faire telle recette de cuisine comme la faisait votre grand-mère, ça peut être changer de travail, avoir des enfants, enfin il y a plein de choses, ça peut être très divers et variés et je vous propose de mettre au moins 20 choses, c'est vraiment le minimum, comme je dis souvent si 20 ça vous paraît beaucoup, notez-en 50. Parce qu'en fait, si 20, ça vous paraît beaucoup, c'est parce que vous allez vous prendre la tête sur le détail, alors que là, l'idée, c'est de laisser venir tout ce qui vient, sans jugement, vous notez Donc je vous conseille de mettre pause sur le podcast si vous pouvez, pour prendre le temps de noter ça et de continuer ensuite. Et une fois que ces choses-là sont notées, j'aimerais que vous parcouriez cette liste-là en vous demandant en quoi votre corps, il est si important que ça pour... réaliser ces choses. Votre corps, mais l'apparence de votre corps, parce que là c'est de ça dont on parle, parce que votre corps il est forcément important. Et c'est intéressant de le voir aussi, c'est genre vous ne pouvez pas réaliser ces trucs-là sans votre corps, puisque sans votre corps vous n'existez pas en fait. Donc votre corps il est super important, mais en quoi ? l'apparence de votre corps, en quoi le fait de perdre ces 5 kilos, en quoi le fait d'être dans les normes de la société, c'est si important que ça pour réaliser tous les rêves de votre vie. Je vous invite vraiment à prendre le temps de faire ce petit exercice. Une autre chose qui me semble aidante, c'est le fait de renouer avec votre corps, mais de l'intérieur. Arrêtez d'être tout le temps cet observateur jugeant de l'extérieur qui chercherait à voir votre corps comme les autres le voient. Ça n'est pas possible. Chacun voit les choses avec son filtre du monde. Donc en fait, vous ne savez pas comment les autres vous voient et il y a beaucoup trop de regards différents posés sur vous. Vous n'avez aucune idée. Les autres voient les choses avec leur lecture du monde. Donc, c'est une peine perdue de chercher à comprendre ça et l'idée c'est de sortir de ça pour revenir dans votre corps. Et ça, ça va passer par plein de choses. Essayez de renouer avec vos sensations internes. Sensation de faim, bien sûr, sensation de plaisir quand vous mangez quelque chose, mais aussi quand je sais pas, vous écoutez de la musique ou voilà, vous avez l'impression que tout ça ça se passe dans votre tête et que votre tête est dissociée de votre corps. Les émotions sont corporelles. N'importe quelle émotion passe par votre corps. Donc une sensation de plaisir, de joie, de tristesse, tout ça, c'est corporel. Essayez de renouer comme ça avec ce qui vous traverse. Vous pouvez faire des exercices de cohérence cardiaque, de respiration, des toutes petites choses comme le mouvement doux, prendre le temps de marcher, de ressentir les mouvements de la marche. Il y a vraiment énormément de choses. Vous asseoir au soleil, ressentir le rayon de soleil sur vous. L'idée c'est de revenir dans votre corps et dans tout ce qu'il vous permet de traverser. Ça va demander d'aller vers une forme de lenteur au moins par moment sur des tout petits moments comme ça dans la journée. Ce que j'aimerais que vous reteniez c'est que cette sécurité intérieure après laquelle on court quand on cherche à maîtriser son corps, elle va se construire sur des moments de qualité avec vous-même. C'est important de vous offrir de jolis moments, ce que je viens de dire comme le fait de ressentir le soleil, vous offrir des moments de lecture, des moments tranquilles, à faire un puzzle. Tout ça c'est vraiment important et ce qui va être aussi au centre c'est la façon de vous parler. C'est pas possible d'avoir une sécurité intérieure en se parlant comme à la dernière des MERDE, c'est impossible en fait. C'est important d'apprendre à vous parler différemment, essayer de vous parler comme vous parleriez à votre meilleur ami. Votre meilleur ami avec laquelle vous êtes arrivé sur Terre et avec laquelle vous allez quitter cette Terre, c'est-à-dire que vous êtes votre seul compagnon du début à la fin. C'est super important de prendre soin de la relation que vous avez avec vous-même. C'est un long chemin, le fait de travailler sur son rapport au corps, et c'est normal parce que je vous rappelle que c'est un truc... qui est ancrée chez nous depuis la toute toute petite enfance. C'est un long chemin, mais ça peut être vraiment très chouette et très doux. Et si je dois conclure cet épisode de podcast sur une chose, c'est le fait que je voudrais que vous gardiez en tête que contrôler sécurité, ça ne va pas ensemble. Ça ne fait pas bon ménage. Prenez le temps d'y réfléchir. On ne contrôle que ce en quoi on n'a pas confiance. Donc, contrôlez votre corps. C'est engager une relation de défiance. Vous avez besoin de renouer de la confiance avec vous-même et avec votre corps. Je vous remercie pour votre écoute. Comme d'hab, je serai très heureuse d'avoir vos retours. N'hésitez pas, j'espère que ça a pu vous éclairer un peu, vous permettre de réfléchir à certains sujets et carrément de vous aider même. Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcast, ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté et qui te permet de me soutenir encore plus. plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !