- Speaker #0
Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mizzono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute ! Bienvenue dans ce nouvel épisode de podcast où je vais discuter aujourd'hui avec Aurélia qui a eu envie de venir me partager, nous partager des morceaux de son histoire parce que ce ne sera forcément que des morceaux, c'est compliqué de tout raconter. qui, j'en suis sûre, va pouvoir créer pas mal de résonance chez toutes les personnes qui nous écouteront. Moi, j'ai hâte en tout cas de découvrir ton histoire Aurélia, parce que je sais finalement assez peu de choses. Mais avant toute chose, je te propose de te présenter de la manière dont tu le souhaites.
- Speaker #1
Bien, bonjour Flavie. Moi, c'est Aurélia, j'ai 47 ans. Il n'y a pas grand-chose à dire sur moi. Je suis célibataire. pas d'enfant malheureusement à cause de mes TCA depuis l'âge de 16 ans. Je suis depuis peu professeure sur le site de Acadomia, donc je suis professeure particulier. C'est tout ce que me permet de faire mon statut d'adulte handicapé puisque je suis en handicap à cause de mes TCA. et notamment aussi de mon trouble du spectre autistique qui a été diagnostiqué récemment. Donc même si j'ai fait des études, très hautes études en droit, et je me suis arrêtée aux portes de l'école nationale de magistrature parce que je ne pouvais plus avancer, j'étais trop faible. Donc j'ai fait des hautes études. mais qui ne m'ont pas servi à grand-chose, mais ça sert toujours puisque maintenant, ça me permet d'enseigner toutes les matières à des élèves et je m'épanouis complètement là-dedans.
- Speaker #0
Wow, trop chouette ! C'est un peu dur, non, de commencer en disant qu'il n'y a pas grand-chose à dire sur moi ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, parce que je me considère quelqu'un de complètement ordinaire et des fois, c'est un peu difficile de réaliser qu'à mon âge... Ben, contrairement à pas mal de tes invités qui disent « Ah ben j'ai un mari, j'ai deux enfants, j'ai… » Ben moi non, moi non, moi j'ai une sœur et une nièce. Ma nièce c'est la prunelle de mes yeux, c'est l'enfant que j'aurais jamais, c'est une ado formidable. On fait beaucoup de voyages ensemble, on partage beaucoup de choses ensemble, de petits secrets, de confidences, de soirées. Mais je vis toujours chez mes parents. d'abord ça a été pour d'un point de vue Matérielle parce qu'au tout début, il fallait qu'ils prennent soin de moi. Il y a eu des nuits où ils m'ont veillée la nuit parce que j'étais au bord de la mort. Après, ça a été d'un point de vue affectif parce que j'avais trop d'angoisse. Et puis maintenant, c'est d'un point de vue matériel parce qu'on vit dans une société où malheureusement la vie est très très chère et où on a la chance d'avoir une très grande maison dont j'ai quand même ma partie d'indépendance et voilà.
- Speaker #0
il n'empêche que il n'empêche qu'il y a forcément plein de choses à dire sur toi et que je trouve ça quand même raide de commencer à te présenter de cette manière là alors en même temps si tu ouvres un peu tu ouvres un peu la porte de l'ensemble de notre échange en tout cas j'imagine, moi je me dis en tout cas que ça en dit beaucoup du regard que tu portes sur toi et sur ta vie aujourd'hui très peu de confiance en moi Hum.
- Speaker #1
J'ai très peu de confiance en moi et ce qui me caractérise, et je réfléchissais avant notre entretien, ce qui me caractérise énormément et la chose sur laquelle il faut que je travaille le plus, et je suis suivie par une coach, je suis suivie par un psychiatre et par un médecin généraliste formidables, et le plus gros de mon travail à faire, c'est que je suis une personne très cartésienne, très raisonnée et raisonnable, et donc je sais que je suis aimée et aimable. Mais intrinsèquement, au fond de moi, j'ai la sensation de ne pas être aimée et de ne pas être aimable.
- Speaker #0
Et tu sais pourquoi ? Où est-ce que ça prend racine, ça ? Tu as des pistes de compréhension ?
- Speaker #1
Oui, parce que je suis née dans un contexte familial un peu particulier. Alors, mes parents me désiraient, ce n'est pas ça le souci, mais ils étaient très jeunes. Et ils auraient, je pense, souhaité attendre si mes grands-parents maternels n'avaient pas été en fin de vie et qu'ils ne voulaient pas voir leur premier petit enfant avant de mourir. Et ils sont morts très peu de temps après ma naissance. J'ai été un bébé... Très attendue justement, qui était la prunelle des yeux de ses parents. Mais j'ai été élevée parce qu'il travaillait beaucoup par une arrière-grand-mère très maltraitante, physiquement comme moralement, qui me répétait tout le temps qu'il ne fallait pas que je grandisse, que je n'étais pas gentille, que je n'étais pas une bonne personne. J'ai vécu avec des moments où il fallait que je me mette à genoux en pleurant dès que je la contrariais. J'ai été enfermée dans la cave, j'ai été attachée par le poignet à un canapé. Et elle me disait toujours, il ne faut pas que tu grandisses parce que tu étais une petite fille tellement mignonne, c'est tellement dommage que tu grandisses. Et ça, ça a été tellement violent qu'en fait, je l'ai occultée de mon cerveau et ressortie en faisant de la sophrologie à l'âge de 25 ans à peu près.
- Speaker #0
Ok, j'allais te demander si tu en avais parlé à tes parents, mais du coup, est-ce que tu as des souvenirs d'avoir essayé d'en parler à tes parents ?
- Speaker #1
Non, la seule chose que j'ai tentée, c'est quand ma mère a eu son deuxième enfant, pendant son congé mat, donc elle a arrêté de travailler, et elle a pris un congé mat, et quand elle a voulu recommencer à travailler, moi par contre, j'ai piqué une crise. Je ne voulais pas retourner chez mon arrière-grand-mère.
- Speaker #0
D'accord, mais sans expliquer pourquoi ? T'en as parlé à tes parents quand tes souvenirs sont revenus ?
- Speaker #1
Oui, mais c'est très difficile même à l'heure actuelle d'en parler parce que cette arrière-grand-mère en façade, elle donnait tout pour moi. Elle me gâtait énormément, énormément matériellement. Et j'avais peur qu'on ne me croit pas.
- Speaker #0
Et est-ce que tu as été crue ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
mais j'ai tendance à le minimiser. J'ai tendance à le minimiser quand je dis, par exemple, même avec ma sœur, j'en parle pas, parce qu'elle n'a pas eu la même vision de l'arrière-grand-mère que moi, parce qu'elle n'a pas été élevée pareil, par elle. Et pour elle, ça reste une arrière-grand-mère qu'elle voyait de temps en temps. Elle savait qu'elle avait un caractère un peu difficile, mais j'ai toujours du mal parce que je me sens pas légitime, parce que je me dis toujours qu'il y a pire. Il y a pire, il y a bien pire. Il y a des violences sexuelles, il y a pire. Moi, je n'étais pas avec elle H24. Le soir, je retrouvais mes parents avec un environnement safe.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Il n'empêche que quand même, c'était une bonne partie du temps de la journée. Et puis, même si tu retrouvais cet environnement safe, tu n'as pas trouvé la possibilité de prendre la parole à cette époque-là. Donc, bon, c'est difficile de… quantifier l'impact. Toujours se dire, il y a pire. Si ça permet d'adoucir, en quelque sorte, le fait de se dire, il y a pire, pourquoi pas ? Mais souvent, ce n'est pas très porteur de se dire ça, il y a pire. Souvent, c'est plutôt, comme tu le dis, ça sert à quoi ? A minimiser ce que tu as vécu. Ce n'est pas en minimisant d'expérience. Je n'ai pas eu l'impression que c'était en minimisant qu'on allait mieux. En tout cas, pour toi, c'est une... effectivement une piste importante d'explication du pourquoi cette construction avec une faible estime de toi et un gros manque de confiance en toi. Tu le sais, j'aime bien poser la question justement du retour en enfance sur la question de l'alimentation et du corps. Et je me demande toi quel souvenir tu as de ton rapport à l'alimentation et au corps quand tu étais une petite fille.
- Speaker #1
Alors, c'est très marrant parce que soit c'est vraiment un flash, soit c'est un souvenir qu'on m'a raconté. Mais mon premier flash avec de la nourriture, c'est moi en train de partager un yaourt avec la grand-mère qui est morte, la mère de ma mère. Alors que j'étais toute petite, il faut savoir que je suis hyper amnésique, donc c'est tout à fait possible. J'y suis parlée à deux ans, j'y suis liée à quatre ans et j'ai une mémoire d'éléphant. Donc ça c'est le premier flash que j'ai, sinon les premiers vrais souvenirs. En fait tous les moments marquants de ma vie sont attachés avec de la nourriture. Et les premiers moments vraiment c'est des moments de plaisir. C'est le gros cornichon et la charcuterie lors de notre voyage en Espagne en famille quand j'avais 4 ans. C'est les céréales qu'on te donne après la sieste en maternelle petite section. C'est la glace bleue schtroumpf que je mangeais à l'île d'Oléron en vacances avec mes parents quand j'avais 5 ans. C'est que des bons souvenirs. Et par contre, le rapport au corps. Alors, mon premier souvenir avec le rapport au corps, ça peut paraître ambivalent parce que du coup, il est négatif. C'est-à-dire que c'est moi, en sortant du bain, je devais avoir 6 ans. Et j'avais encore une petite sortie de bain quand on m'avait les bébés. Et ma mère me sort du bain et elle me dit, alors c'était très gentil, c'était pas du tout péjoratif. Elle me dit, oh mais c'est mon petit père Dodus, je vais le manger. et moi Ça a eu déjà dans mon cerveau de toute petite fille, ça a eu une connotation négative.
- Speaker #0
Ok, tu te souviens de comment tu as reçu en tout cas ça à l'époque ? Ah ouais, c'est fou. Pourquoi à ton avis ça a eu cette connotation négative ? Est-ce que tu avais des exemples autour de toi petite de personnes en guerre ?
- Speaker #1
Non, il y avait juste la pub Père Dodu avec les cordons bleus et il était rond. et pour moi, ce n'était pas beau. Alors que, je tiens à le préciser, je suis dans une famille de bons vivants où il y a des gros, il y a des maigres, il y a des non maigres et des non gros. Tout le monde a toujours été accepté. On est une famille où la nourriture n'est pas un sujet. On n'était pas un sujet. Et je ne comprends pas pourquoi moi j'avais cette... Cette vision d'un corps rond qui n'est pas positive.
- Speaker #0
Ok. À quel moment c'est devenu compliqué pour toi avec la nourriture ? Parce que tu disais que ça peut paraître un peu surprenant le fait que tu aies de très bons souvenirs, enfin, avec la nourriture, mais par contre que très tôt, il y ait quelque chose de compliqué avec le corps. Moi, je ne trouve pas ça surprenant parce qu'en fait, ça dépend des histoires de vie, mais en tout cas, pour beaucoup d'enfants, le lien n'est pas fait entre les deux. C'est-à-dire qu'on peut avoir des difficultés avec son corps. Pour autant, ça ne va pas forcément jouer sur la nourriture. Souvent, c'est quelque chose qui arrive plus à l'adolescence, de sentir qu'on peut reprendre le pouvoir sur ce corps via la nourriture. Et de ton côté, à quel moment est-ce que ça a commencé à être compliqué avec la nourriture ? Et puis, j'ai envie de dire aussi, dans ton corps, à quel moment c'est devenu vraiment beaucoup plus présent ?
- Speaker #1
seconde En seconde, parce que déjà, j'étais dans un petit collège où Aurélien ne fichait rien à l'école et avait des super résultats et était la première de la classe parce que je suis HPI. J'ai été diagnostiquée aussi tard, mais je suis HPI. Donc, c'était, tout le monde le savait, ça ne gênait personne. Ça ne gênait personne, Aurélien allait rigoler. Enfin, voilà, ça ne gênait personne. Quand je suis rentrée en seconde, Ça a été beaucoup plus compliqué parce que je me suis retrouvée dans un grand lycée où j'étais séparée de mes copines et où c'était très mal vu que je travaille très peu et que je réussisse beaucoup. J'ai fait énormément de choses pour être acceptée par les autres, je leur faisais leurs devoirs, je minimisais mes notes, c'est-à-dire quand on me demandait combien j'avais, je disais moins que ce que j'avais. On m'a évidemment traité d'un télo, ça c'est pas surprenant. J'ai pas été acceptée du tout. J'ai pas été acceptée du tout. Et puis, c'est aussi là, la première fois que je suis tombée... Enfin, que j'ai eu un crush pour un garçon. Et ce garçon, je l'ai pris pour moi quand un jour, en classe d'anglais, il a dit... Alors, on avait des structures de phrases à faire. Et il a dit, I don't want my girlfriend to be big. Je ne veux pas que ma petite amie soit grosse. Et je ne sais pas pourquoi, j'ai rougi. J'ai rougi comme s'il s'adressait à moi, comme s'il me disait qu'il ne voulait pas de moi parce que j'étais grosse. Parce qu'il faut savoir qu'à l'entrée en seconde, on avait eu une visite médicale. Je faisais 68 kg pour 1m70. Désolée si je dis le poids. C'est juste pour noter que je n'étais pas du tout en surpoids. Je n'avais aucun problème avec mon poids. Mais la médecin scolaire m'a dit « Ah oui, quand même, tu fais ton poids ! » Moi, ma fille, elle fait moins que toi.
- Speaker #0
Elle t'a parlé de sa fille, la médecin scolaire ? Ah là là, d'accord.
- Speaker #1
Et je me revois. Mais vraiment, je l'ai fait. J'ai attrapé mon carnet de santé. J'ai transformé le 8 en 0. Et là, c'est comme si, à partir de ce moment-là, je me suis dit, sa fille, elle a mon âge, elle fait moins. Moi, peut-être que je suis trop grosse. Donc, j'ai commencé en seconde à demander des conseils aux autres filles de ma classe, celles qui voulaient bien me parler. Alors, il y en a une qui m'a dit, tu sais, moi j'ai eu une gastro, et suite à ma gastro, j'ai perdu un peu de poids, donc maintenant je fais attention, et comme ça, ça fait que je ne le reprends pas. Alors, je ne mange pas trop de Twix, je ne mange pas trop de Snickers, patati, patata. Et il se trouve aussi que j'avais dans mon entourage deux sœurs jumelles, qui étaient très menus. mais qui faisait bien 15 cm de moins que moi. Et un jour, il y en a une qui m'a dit, moi je veux faire un petit régime parce que je fais 45 kg et c'est un peu trop pour moi. Et moi je me suis dit, ah ouais mais tu te rends compte en fait, 45 kg, elle fait 45 kg, elle est super bien. Et en plus, elle veut faire un régime. Non mais il faut que tu te reprennes en main Aurélia. Sauf que je vivais tellement mal la seconde. que le midi je mangeais pratiquement rien à la cantine parce que j'avais pas faim, parce que j'étais pas dans un bon entourage et il me tardait qu'une seule chose c'est de rentrer chez moi le soir et de me faire le méga goûter de la mort. Donc là la nourriture a commencé à devenir un doudou. Donc en fait à ce moment là j'ai commencé à avoir une alimentation je pense déséquilibrée. Déséquilibrée dans le sens où le matin déjà je me levais très tôt. J'avais pas faim parce que j'avais pas envie d'aller au lycée, parce que je pleurais tous les jours au lycée. Le midi, je mangeais pas parce que je regardais les autres filles autour, parce que je me sentais mal au lycée. Et il me tardait qu'une seule chose, c'était le soir, de rattraper ça avec ma famille, parce qu'avec ma famille, je me sentais bien. Et parce que j'avais mon goûter qui m'attendait.
- Speaker #0
Ok. Et cette relation à la nourriture, t'as l'impression que ça a duré combien de temps ? cette étape-là ?
- Speaker #1
Cette étape-là, très peu de temps parce que j'ai vite basculé dans les TCA parce que cette fille qui pesait 45 kilos, un jour, elle m'a dit écoute, si tu veux Aurélia, c'est vraiment dommage que tu sois comme ça parce que tu as des très jolies jambes et tout le reste gâche tout. Ok ? C'est dur à entendre. C'est dur à entendre. Et elle m'a dit si tu veux, je te prends en main. On va faire un régime toutes les deux. Donc, elle m'a appris à compter les calories. Elle m'a appris qu'on pouvait boire du Coca Light à la place du Coca normal. Elle m'a appris que dans les brocolis, il y avait moins de calories que dans les frites. Ce qui, pour moi, était totalement étranger parce qu'à la maison, les frites, c'est autant que des brocolis. Et aussi, un jour, on avait été au McDo. Je précise qu'on y avait été en marchant. On avait fait 5 km en marchant pour... anticiper le fait qu'on allait manger McDo. Et à la sortie du McDo, je lui dis « Oh, mais j'ai trop mangé quand même, ça va mettre en l'air mon régime. » Elle me dit « Mais tu n'as rien compris en fait. Tu ne sais pas comment je fais. Eh bien, viens avec moi. » Elle m'emmenait aux toilettes. Là, j'ai découvert les vomissements et j'ai compris que ce n'était pas pour moi parce que c'est trop violent. J'ai essayé donc quelques fois. J'ai compris qu'il valait mieux que je me restreigne. Donc souvent, elle m'a dit, « Écoute, si tu as peur de craquer à la cantine, il vaut mieux que tu sautes le repas. » Donc je me suis mise à sauter le repas du midi. Et on arrive en première, où j'ai un échange culturel avec les États-Unis, où je suis restée un mois et demi. Et là-bas, je suis tombée dans une famille d'intégristes religieux. qui était pro-avortement, qui était très, très, très à fond dans la religion. Et après, j'ai réussi à changer de famille parce que les premières semaines se sont très mal passées. J'appelais mes parents en pleurs pour rentrer en France. Donc là-bas, j'ai fait une micro-dépression et j'ai perdu du poids. Et j'ai l'impression que cette perte de poids, je ne sais pas si on peut dire ça, mais cette perte de poids concomitante avec tout ce que j'avais déjà vécu en France, m'a fait plonger dans le fait, dans l'anorexie. Dans l'anorexie. Je me suis rendue compte que je pouvais perdre du poids, que, en plus, aux États-Unis, je me suis mise à avoir énormément de succès avec les garçons. Et je me suis dit, c'est la perte de poids ? Moi, à mon avis, c'était juste le fait que j'étais la Frenchie du lycée, je pense. Mais pour moi, c'était dû à la perte de poids. Et en rentrant des États-Unis, mes parents ont vu que j'avais maigri. Au début, ils ne se sont pas alertés, mais mon père s'est très vite mis à regarder si je mangeais suffisamment. parce que lui, il avait... Il ne voyait pas cette perte de poids d'un bon oeil. Ma mère, elle se disait, bon, elle était un petit peu ronde, elle veut se sentir mieux dans son corps, elle approche des 16-17 ans, on va la laisser faire. Sauf que la restriction est devenue de plus en plus drastique, de plus en plus drastique, et je me suis retrouvée en terminale à 38 kilos. avec des parents qui me laissent passer mon bac à condition que j'aille voir un endocrinologue pendant les vacances. Et des professeurs qui m'alertent sur mon état de santé aussi, et qui me disent, mademoiselle, il faut vous aller consulter quand même, parce que vous avez beaucoup maigri, etc. Et moi, par contre, j'étais... dans le déni, dans un semi-déni, parce que la fille qui pesait à l'époque 45 kilos me disait je pense que t'as été un peu trop loin. Même si elle, de son côté, elle allait quand même loin parce qu'elle se faisait vomir. Elle, elle avait clairement des TCA aussi. Mais elle s'est mise à m'appeler euh amicalement, on va dire de manière ironique, tronche d'anorexo. Voilà. Donc, moi, je savais que j'étais anorexique, mais pour moi, je contrôlais. Pour moi, je contrôlais. Pour moi, je m'arrêtais quand je voulais. Et donc, on arrive à la fac où je vais chez un endocrinologue, donc pendant ce fameux été, où il me dit, ah mais non, mais là, votre poids, ça ne va pas du tout. Donc moi je vous conseille un suivi psychologique ou psychiatrique Et il faut absolument que vous repreniez du poids Sinon c'est l'hospitalisation Donc moi hors de question que je me fasse hospitaliser Et hors de question que je me fasse aider mentalement Parce que j'ai aucun problème Donc je refuse le suivi psychologique Et je dis à ma mère Puisqu'il faut reprendre du poids Je vais reprendre du poids Tu vas voir je vais reprendre du poids Donc, on va à Monoprix, on achète les céréales extra, le Nutella, on achète tout. Je me rappelle, j'étais à la caisse et il y avait quelqu'un juste derrière moi, un jeune, qui me regarde avec tout ce que j'avais sur le tapis roulant et qui me dit « Souris en fait, tu vas te faire plaisir ! » Sauf qu'il devait voir à ma tête que ça ne me réjouissait pas du tout de manger ça. Et donc, j'ai repris un peu de poids. Pendant ma première année de fac, que, excuse-moi de parler en poids, mais c'est ce qui m'aide à me repérer chronologiquement. J'ai dû monter à 45 kilos à peu près. Et je me suis mise à tricher pendant les pesées. Je mettais des poids, des petits poids que j'avais trouvés sur Internet dans mon soutien-gorge, dans mes sous-vêtements pour monter le poids sur la balance, pour faire croire que je continuais à monter. Parce que pour moi, passer les 45, c'était impossible. Et puis après, j'ai commencé à faire comprendre à l'endocrinologue que je n'avais plus besoin de lui. Donc, j'ai espacé les rendez-vous jusqu'à les arrêter. Et là, ça a été le début de la fin. Ça a été le début de la fin. Là, on se situe deux ans après mon bac. En 1998, j'ai été majeure de ma promotion en Duc de droit. Et quand je suis passée en licence, qu'il a fallu partir dans la ville un peu plus loin, je me suis très vite rendue compte que je n'avais pas besoin d'aller en cours pour réussir. Donc j'allais juste aux travaux dirigés. Et je me suis enfermée sur moi-même. Je n'avais pratiquement pas de vie étudiante. Je ne vivais que pour ma maladie. Puisque j'ai acheté un livre, « Guérir de l'anorexie par la méthode Montreux » , je me rappelle encore du titre. Et tous les quatre, ma sœur, mes parents et moi, on s'est mis à lire ce livre en faisant une table ronde tous les soirs. Et c'est comme si de lire ce livre et de poser le terme vraiment anorexie sur ce que j'avais, ça m'a autorisé à vivre la maladie à fond. et à réduire mes apports alimentaires au minimum.
- Speaker #0
Ok. En même temps, ce que tu dis, ce n'est pas si rare en fait. Le fait de lever le déni et puis aussi de le nommer très clairement à la famille, c'est des choses que j'ai déjà entendues. Le fait qu'on pourrait se dire « Ah mais super ! » Là, vous vous organisez, tout le monde s'y met et finalement, c'est un moment où tu as l'impression que tu dis « Je peux y aller à fond. » Ok. Et ce que tu disais un peu plus tôt, c'est que tu as stoppé tes études finalement plus tôt que prévu ?
- Speaker #1
Non, je n'ai pas stoppé mes études. J'ai continué à aller aux travaux dirigés, mais j'ai arrêté d'aller en cours parce que je n'avais pas besoin d'aller en cours. J'arrivais à apprendre toute seule sur des livres.
- Speaker #0
Oui, je disais ce que tu me disais plus tôt par rapport à juste avant la magistrature.
- Speaker #1
Oui, parce que d'abord, j'ai été obligée d'interrompre mon travail. Mon master, parce que ce qu'il faut savoir, c'est qu'on arrive en 98, je suis en licence, et en licence, psychologiquement, ça ne va pas parce que je me suis coupée de tout le monde, parce que je n'apprends que par des livres, et que comme on a nommé l'anorexie, je suis OK pour un suivi psychiatrique. Donc je trouve un psychiatre qui comprend vite que le chemin va être long, et qui dit à mes parents, je vous souhaite beaucoup de courage. Et donc là, je passe à une séance par semaine. J'accepte tant bien que mal ce qu'il me dit. J'essaye de faire des efforts, de ne pas perdre de poids, mais j'en perds très clairement. J'en perds très clairement. Et j'arrive en licence à 28 kilos.
- Speaker #0
Oh la vache !
- Speaker #1
Voilà. Donc, à partir de là, le psychiatre prend contact avec mes parents dans mon dos et il a bien fait. En leur disant, Aurélia est en danger de mort, il faut l'hospitaliser contre sa volonté. Donc d'abord, ils ont essayé de me faire accepter un internement dans un centre spécialisé à Bordeaux, pas loin de chez moi. Donc, j'ai été faire la visite de ce service, j'ai rencontré la chef de service. Et ça s'est très mal passé. L'entretien avec mes parents s'est très mal passé. Elle les a traités d'inconscients, de parents irresponsables. Elle m'a dit que j'étais en danger de mort et qu'elle ne voulait pas que je reparte chez moi. Ma sœur m'a tenu la main pendant tout cet entretien. On s'est tenu la main, elle a serré jusqu'au sang pratiquement. Je suis repartie avec mes parents. Je ne savais pas que j'y retournerais contre ma volonté un mois après. Mais c'était pour sauver la vie. Parce que, très clairement, l'hiver 99-2000, j'ai cru mourir tous les soirs. C'est-à-dire que j'étais consciente que je me détruisais, seulement pour moi, là, mon cerveau et mon corps ne m'obéissaient plus. La journée, j'arrivais à pratiquement rien manger. La nuit, je me levais pour aller aux toilettes, je tombais plusieurs fois. pour aller aux toilettes, souvent mes parents se levaient pour m'aider à me relever ou pour m'aider à manger parce qu'à ces moments-là, j'avais des moments de lucidité où je mangeais des gâteaux au chocolat et je disais à mon père, c'est ok, je peux manger. Il me disait mais oui, mange, mange, mange, nourris-toi. Et très clairement, je me regardais dans la glace, je ne voyais qu'un squelette, je ne reconnaissais pas Aurélia. Et j'avais peur. J'avais peur, je prenais des douches brûlantes, je n'avais plus de sensation de chaud et de froid sur mes jambes. J'ai failli perdre l'usage de mes jambes. Donc quand j'étais hospitalisée, c'est arrivé un jour, je suis allée à ma consultation psychiatrique. Mes parents sont venus avec moi et le psychiatre m'a annoncé que des ambulanciers allaient venir me chercher. Je l'ai vécu comme une trahison de la part de mon père qui, deux jours avant, m'avait dit « mais non, tu n'iras pas à l'hôpital » . Mais il me disait ça parce qu'il savait que je ne voulais pas y aller. Et avec le recul, merci papa, maman d'avoir fait ça parce que sinon, je ne serais plus là. Donc, à l'hôpital, par contre, j'ai été complètement OK avec le traitement. C'est-à-dire qu'on m'a posé la sonde nasogastrique. Je leur ai dit « je suis là, aidez-moi » . Je suis là, aidez-moi. Sauf que ça ne s'est pas passé du tout comme je l'espérais. Parce qu'ils ne m'ont pas aidée.
- Speaker #0
J'ai été renutrie, mais je n'ai pas été soignée. J'avais un contrat de poids. Tant que je prenais du poids, j'avais droit aux visites. Donc, ma mère venait me voir tous les jours et m'amenait de la nourriture en douce parce que j'étais restreinte au niveau alimentation, parce que j'ai connu pour la première fois la faim extrême, sauf qu'on ne me laissait pas manger comme je voulais. Donc, en plus de la sonde, je mangeais mes plateaux, mais pour moi, ça ne suffisait pas. Ma mère m'amenait de la nourriture parce que quand on sert à quelqu'un de la viande bouillie et des pommes de terre vapeur avec des épinards, déjà, ce n'est pas un kiff. Et ensuite, ce n'est pas avec ça que tu nourris quelqu'un qui sort de la famine, en fait.
- Speaker #1
Mais ils avaient peut-être des craintes. Je sais que médicalement parlant, dans la renutrition, c'est aussi très dangereux.
- Speaker #0
Oui, je l'ai compris par la suite. Et d'ailleurs, j'ai fait d'énormes œdèmes de renutrition.
- Speaker #1
Il y a des vrais pour les personnes qui nous écoutent. C'est vrai qu'on ne peut pas faire n'importe quoi dans la renutrition. Il y a un vrai danger.
- Speaker #0
J'ai fait plus tard, dans mon parcours plus tard, j'ai fait un syndrome de renutrition inappropriée.
- Speaker #1
Oui, donc ok. Tu dis que tu as été renutrie, mais pas prise en charge psychologiquement. Mais pourquoi ? Il n'y avait pas de suivi psy de proposé ?
- Speaker #0
J'ai fait un suivi psy une fois par semaine, une fois tous les deux jours, la chef de service venait nous voir, mais elle avait un schéma dans la tête où l'anorexie, c'est la faute de la mère. Dis donc, tes cinq anorexiques, elle nous servait le même discours aux cinq.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Voilà. Elle n'a pas cherché, je lui ai jamais parlé, je lui ai parlé de mon arrière-grand-mère, je lui ai parlé de mes problèmes au lycée, je lui ai parlé, non. C'était un rapport fusionnel avec une mère trop protectrice et trop envahissante.
- Speaker #1
Oui, on est sur une prise en charge qui date un peu. Il faut aussi resituer le contexte.
- Speaker #0
Oui, c'était en moins.
- Speaker #1
Une approche, je pense, purement psychanalytique. Je ne suis pas la meilleure connaisseuse sur ce sujet-là, mais ça ressemble quand même fortement à ça. Donc, en fait, ça n'a pas été un franc succès. C'est sorti au bout de combien de temps ?
- Speaker #0
Un mois. Un mois, je ne sais pas.
- Speaker #1
Oui, c'est hyper court.
- Speaker #0
Je suis passée en un mois de 28 à 40 kilos.
- Speaker #1
Waouh, ok. Comment c'était pour toi ça ? Tu te souviens ?
- Speaker #0
C'était complètement ok parce que... C'était complètement ok parce que... Parce que je... Vraiment. Vraiment, je voulais m'en sortir. Vraiment. Je voulais... Je voulais revivre. Je voulais... Moi, je suis quelqu'un qui suis très proche de ma famille. Je voulais reprendre mes études. Je voulais profiter de ma sœur qui, à l'époque, avait... 15 ans et pour moi c'est l'âge auquel je m'étais arrêtée de vivre. Donc je voulais profiter avec ma soeur. Je voulais faire plein de choses. Je voulais profiter de la vie vraiment. Je voulais vraiment consciemment m'en sortir. Sauf que c'est pas si simple que ça. Et que j'ai pas réussi à maintenir... Déjà, il y avait beaucoup d'œdèmes. Donc je n'étais pas vraiment à 40 kilos. Je suis très rapidement retombée à 35 kilos et je suis restée à 35 kilos de nombreuses années. J'ai repris mes études, donc j'ai passé mon master, master 1, master 2. Et là, par contre, j'ai compris grâce aux enseignants que... l'école de magistrature, c'était beaucoup trop difficile physiquement pour quelqu'un qui a un poids comme ça. Donc, il fallait que je m'arrête et qu'il fallait que je me consacre à ma guérison. Le problème, c'est que j'en ai pas été capable. J'ai arrêté le suivi avec mon psychiatre parce que ça ne passait plus. Alors là, j'ai fait de la sophrologie. J'ai fait de l'acupuncture, j'ai fait de l'hypnose, j'ai vu des personnes bien, des personnes pas bien, j'ai vu des psychologues. J'ai essayé à peu près tout ce que je pouvais, jusqu'au jour où pour mes 25 ans, je ne sais pas ce qui s'est passé, il y a eu une grosse fête. Et de voir tous ces gens réunis pour moi, je me suis sentie aimée et entourée. J'ai fait un discours et j'ai dit... Merci d'être là. Merci d'avoir toujours été là. Je vous promets, je vais tout faire pour m'en sortir. Et là... Est-ce que c'est le fait, parce que j'ai toujours voulu être aimée, c'est la chose qui m'anime le plus, j'ai recommencé, moi, vraiment à manger. Vraiment. Et là, pour la deuxième fois de ma vie, j'ai connu la faim extrême. Et ça m'a fait peur. Ça m'a fait très très peur. Et j'ai repris du poids. Et j'ai dépassé les 50 kilos, toute seule. Toute seule, sans suivi. Sauf que j'ai eu peur d'être en train de devenir boulimique Parce que je dévalidais les placards en fait Mes parents ne se sont jamais alertés, ne m'ont jamais critiqué, ne m'ont jamais freiné Pour eux, c'était logique qu'après des années de privation, mon corps réclame Pour moi, ce n'était pas logique, pour eux, c'était logique Donc j'ai dit, papa, maman, je deviens boulimique Il faut que j'aille voir une diététicienne en fait Merci. Il faut que je me fasse aider. Je ne peux pas continuer à manger comme ça. Juste après le repas, j'ai encore faim. Je mange des glaces, je mange des gâteaux. Ce n'est pas possible. Mon poids s'emballe, ça me fait peur. Il faut que je vois quelqu'un. Je suis allée voir une diététicienne qui m'a dit « Ok, mademoiselle, vous n'êtes pas au plus bas de votre IMC que vous pouvez faire pour votre poids. Je vais vous prescrire un petit régime hyperprotéiné. » Voilà où on va.
- Speaker #1
Voilà où on en est. En fait, déjà, tout à l'heure, j'avais cette sensation-là, mais je ne sais pas si elle était ajustée ou non. Quand tu parlais de ta sortie d'hôpital et que tu parlais de cette envie puissante de guérir, je me suis dit, mais ce n'est pas possible, il y a des rencontres qui ne se sont pas faites. Comme si... Alors, ce n'est pas si simple. C'est-à-dire qu'on est forcément animé par plein d'ambivalence et qu'il y a une envie féroce de s'en sortir et il y a une peur panique. aussi de la guérison. Donc, bien sûr que c'est jamais si simple, mais quand même, par rapport à plein d'autres personnes, j'entends chez toi cette volonté très forte, tu vois, des pulsions de vie qui t'emmenaient vers le fait de t'en sortir et que c'est comme s'il n'y avait pas eu les bons professionnels au bon endroit, sur le chemin, tu vois. Enfin, moi, c'est vraiment là, alors là, encore plus avec la diététicienne, quoi, tu vois.
- Speaker #0
Donc là on est rendu en 2005. Donc je fais un résumé. Je pars dix jours en Égypte. Donc il faut savoir que j'avais un poids totalement socialement acceptable. C'est pas compliqué. En Égypte on me prenait pour un mannequin russe parce que je suis blonde. Et puis en rentrant d'Égypte, grâce au sachet hyperprotéiné, j'avais perdu du poids. Donc elle me dit mais c'est formidable. Mais qu'est-ce qu'on mange en Égypte ? Je vais le donner à toutes mes patientes. Et donc, moi, contente, j'arrête de la voir. Sauf que là, la perte de poids, je me regarde dans la glace, mais je me dis, en fait, ça ne me plaît pas tant que ça, d'avoir perdu du poids. Mais il y a cette sensation de surpuissance, d'avoir réussi à se contrôler, en fait. Et là, dégringolade. Là, dégringolade, je redescends très vite à 38 kg. Et je reste 38-39 kg pendant... de nombreuses années, de nombreuses, nombreuses années, je vivote. Je vivote, il n'y a pas d'autre mot. J'ai beaucoup d'angoisse. J'essaye toujours des psychologues parce que mes parents me disent qu'il faut que je reprenne du poids, parce que moi aussi, je me dis que je veux reprendre du poids, mais je n'y crois plus. Je n'y crois plus. Je suis... Je suis dans le désespoir le plus total. Je me dis j'ai tout essayé, en fait quand on veut m'aider on me fait rechuter. J'y crois plus. Je suis tombée dans l'addiction au sport parce qu'il faut bien occuper ses journées, parce que c'est ce qui me permet de manger, parce que c'est ce qui permet aussi de me défouler et de ne pas trop penser. Parce que forcément je le découvrirai par la suite avec mon trouble du spectre autistique, mais j'ai un cerveau qui carbure à 10 000 à l'heure. Donc je tombe dans l'addiction au sport. Je fais environ 8 heures de sport par jour. Natation, course à pied, vélo elliptique, sport en salle, vélo à l'extérieur, marche. C'est la seule chose qui m'aide à tenir. Et jusqu'au jour où mon corps me dit stop, vraiment, où il me dit stop vraiment, je fais un œdème aigu pulmonaire. Je suis en très forte anémie. Très forte anémie, je dois être à 6 de globules rouges alors que le minimum recommandé est 12. Donc là je vais aux urgences. Sauf qu'aux urgences, quand mon médecin m'envoie aux urgences et qu'il écrit que je suis là pour anorexie, en fait on me fait repartir avec des comprimés tardiférons. On ne s'occupe pas de moi. On m'a laissé sur un brancard toute une journée pour me renvoyer chez moi parce qu'en fait il faut que je mange, c'est tout. Donc là, on est à peu près à la période où il y a le Covid. Puisqu'en fait, moi, le confinement m'a sauvée. Le confinement m'a sauvée parce que je me retrouve chez moi à l'ère où les réseaux sociaux explosent, où YouTube explose. Et où je me dis, écoute, il n'y a personne pour t'aider, tu vas chercher de l'aide. J'ai la chance d'être bilingue, donc je vais chercher du contenu anglophone. Je découvre Tabitha Farrar et... le all in. Je m'achète son bouquin, je cherche plein de contenus anglo-saxons, je tombe sur la chaîne de la coach Hill with Kaylin, donc qui est Kaylin. Je lui demande de me prendre en coaching et c'est elle qui va me sauver, très clairement. Très clairement, à l'heure actuelle, on n'est plus vraiment en coaching parce qu'on est devenu amie, elle est devenue depuis le Canada parce qu'elle est canadienne elle est venue en France elle est venue chez moi on se prend des sessions ponctuellement parce que j'ai toujours besoin de sa bonne parole mais très clairement c'est Youtube qui m'a sauvée c'est Youtube les podcasts qui m'ont sauvée vraiment ouais waouh mais oui en fait pour moi c'est dans la lignée de
- Speaker #1
ce qu'on se disait juste avant, c'est-à-dire que la vie ne t'offre pas les bonnes rencontres, c'est toi qui es allé chercher en fait, ce dont tu avais besoin. Donc ça, c'était moment du Covid et il y a eu plusieurs moments où tu as parlé de ce diagnostic du trouble du spectre autistique. À quel moment ça a eu lieu, ça, et qu'est-ce qui t'a emmené aussi sur cette piste ?
- Speaker #0
Alors, en fait, il fallait que je voie un psychiatre. Il faut que je voie un psychiatre tous les 5 ans pour faire réévaluer mon état par rapport à mon invalidité. Et le psychiatre que j'avais vu 5 ans avant m'avait dit, je sais que vous n'êtes pas prête à l'entendre, mais il faut qu'on fasse un suivi, il faut qu'on fasse un travail. Parce que moi, je pense qu'au vu de l'état physique par lequel vous êtes passé, Et au vu des études que vous avez faites, vous avez une capacité cérébrale hors-nomme. Donc il faut faire des recherches sur ce sujet-là. Je l'ai revu il y a un an, donc pour la réévaluation de mon handicap. Et il a senti que j'étais prête pour faire les recherches qui étaient nécessaires. Donc j'ai rempli beaucoup de questionnaires, j'ai fait beaucoup de tests. j'ai Apparemment, mon cerveau, pendant mon anorexie, a diminué d'un tiers. Et pourtant, j'ai été capable de faire des études incroyables, tout en ne mangeant pas, d'ailleurs. Donc, j'ai passé, comme j'ai dit, de nombreux tests, et je suis sur le spectre. C'est difficile. Et alors, pour avoir la situation exacte de... Mon trouble, il faudrait que je me paye un examen qui coûte 250 euros, qui n'est pas remboursé bien sûr. Donc je le ferai peut-être, je le ferai sûrement. Mais déjà je sais que je suis sur le trouble, sur le spectre pardon. Et ça m'a aidé à comprendre que peut-être que l'anorexie, la sous-nutrition, m'avait aidé à annihiler mon cerveau. et à ne pas trop penser.
- Speaker #1
Oui, c'est intéressant comme hypothèse. Oui, oui. Et puis, c'est vrai qu'il y a quand même plein de choses qui se sont jouées au moment du lycée et à un moment donné où il y avait, malgré des recherches d'adaptation de ta part, il y avait quelque chose qui ne collait pas avec l'entourage et quelque chose de cet ordre-là qui t'était renvoyé, d'une différence. Et on sait que les troubles alimentaires sont avant tout la maladie du contrôle, peu importe le trouble alimentaire qu'on a, et le contrôle répondant à un besoin de maîtrise de sa vie, là où plein de choses nous échappent. Donc oui, c'est intéressant que cette maladie ait pu te servir pour amoindrir l'activité cérébrale. Ce qui fonctionnait plus ou moins, parce que comme tu le disais, c'est assez fou que tu aies été en mesure de poursuivre des études comme celle-ci, en ne mangeant pas et en étant si maigre. C'est complètement fou, parce que l'activité cognitive, elle est largement impactée par la sous-nutrition, la dénutrition. C'est énorme.
- Speaker #0
Elle ne l'a jamais été. C'est fou. Je n'en ai pas l'impression.
- Speaker #1
Mais c'est ce qui explique aussi le fait que tu aies cette... motivation, enfin c'est pas très beau le mot motivation, mais que t'es de l'énergie à mettre dans ta guérison, que tu dises non mais moi je veux m'en sortir, là où dans la majorité des cas, et c'est pour ça qu'on passe toujours par d'abord de la renutrition avant de proposer du soin psychologique, parce qu'en fait, dans l'immense majorité des cas, on n'est même plus capable de réfléchir quand on mange pas. Ouais c'est fou. Et comment ça se passe aujourd'hui pour toi ? Où est-ce que tu en es ?
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, il y a des jours avec, il y a des jours sans. Alors je suis en prise de poids constante pour mon plus grand bonheur, pour mon plus grand bonheur à part les jours où je me sens lourde, mais je pense que c'est normal. Mais vraiment je suis contente parce que, il faut savoir que mon corps a gardé beaucoup, beaucoup de séquelles, ce qui est normal je pense. J'ai les dents complètement déminéralisées, j'ai énormément de problèmes de dents. J'ai énormément de problèmes de circulation sanguine dans la mesure où du côté droit j'ai une artère qui est atrophiée. Donc par exemple, l'hiver, l'été ça va parce qu'il fait chaud, mais l'hiver à partir de 7h le soir je vis avec une bouillotte sous le bras pour faire circuler le sang, sinon le sang ne circule pas dans mon bras droit. Et quand arrive l'hiver, je fais de la crotianose, c'est le syndrome de Raynaud poussé à l'extrême. C'est-à-dire que j'ai des plaies ouvertes au niveau des orteils et des doigts. Et c'est la première année que je suis capable de manger, de surpasser vraiment mes besoins nutritionnels en me forçant à manger consciemment pour que mon corps ait suffisamment pour s'auto-réparer dans la nuit. C'est-à-dire que pratiquement tous les jours, j'ai une plaie qui s'ouvre à un des doigts. Et comme je mange, je tiens à le préciser, pas forcément des protéines, mais suffisamment de gras et de sucre pour que mon corps ait du surplus. En général, le lendemain, elle est en voie de guérison déjà. Donc cette année, je suis fière à toi, je peux te les montrer. Mes doigts ne sont pas beaux, mais ils ne saignent pas. Ils ne saignent pas pour la première année depuis, je ne peux pas le compter en fait.
- Speaker #1
Eh bien, qu'est-ce qui te permet ? d'être sur cette belle pente là, aujourd'hui, où tu dis je tiens le truc et je suis en prise de poids constante ?
- Speaker #0
C'est tout le parcours que j'ai fait moi, c'est le parcours qu'ont fait mes parents aussi, parce que je n'en ai pas parlé beaucoup, mais mes parents, on est dans une famille où on ne se dit pas je t'aime, alors que moi je suis quelqu'un de très démonstratif, quelqu'un de très sensible. qui leur dit « je t'aime » , qui leur laisse des petits mots doux sur la table le soir avant d'aller au lit. Mais ils ont fait un très très gros parcours, parce que moi, ma plus grosse hantise, c'était d'être une déception pour mes parents, surtout pour mon père, parce que mon père vient d'une famille d'agriculteurs, il s'est fait tout seul. Il a bâti son entreprise tout seul. Il s'est démené au travail pour que je puisse faire des grandes études, ce qui n'est pas rien, j'en suis consciente. Et d'avoir pour moi échoué aux portes de la magistrature, j'avais peur de l'avoir déçu. Je suis quelqu'un, j'aime pas le dire parce que j'aime pas parler de moi en bien, mais je sais que j'ai un cerveau brillant. Donc j'ai peur. Quand je pense à mon parcours, souvent j'ai un sentiment de gâchis. Et j'avais peur d'être la déception de ma famille. Et récemment, on a eu beaucoup de discussions avec mes parents où j'ai compris qu'en guérissant, c'était le plus beau cadeau que je pouvais leur faire. Et de savoir qu'ils m'aiment quand même. Ils m'aiment quand même malgré le fait que pour moi j'ai échoué à la carrière que je voulais faire. Parce que je voulais pouvoir leur rendre l'appareil, pouvoir prendre soin d'eux, pouvoir les gâter comme ils m'ont gâté. C'est pas le cas. Voilà, je n'aurai pas le salaire de quelqu'un qui est juge, c'est comme ça, c'est la vie. Mais je suis heureuse parce que j'ai rencontré des personnes formidables, parce que Kéline est devenue une amie, parce que j'ai fait une vidéo sur la chaîne de Caroline d'Appétit Libre. qui m'a permis de rencontrer celle qui est devenue à l'heure actuelle ma meilleure amie, qui habite à Paris. Et c'est aussi grâce à elle que j'ai fait du chemin, parce que je me suis mise à bouger, à voyager. Grâce à ma nièce, je suis partie à Rome, je suis partie à New York avec elle, parce que l'envie de vivre est toujours plus forte en fait. L'envie de vivre, l'envie de faire des choses est toujours plus forte.
- Speaker #1
Oui, c'est fou. C'est très fort chez toi, ça se sent. Il y a une forme de puissance. Et pour quelqu'un qui disait qu'elle n'avait rien à dire sur elle, je trouve qu'il y a quand même beaucoup de choses. Mais beaucoup de choses humaines aussi, tu vois ?
- Speaker #0
Oui. Il y a la seule chose qui me pèse un peu, qui me peine un peu à l'heure actuelle, c'est ma relation avec ma sœur. Parce que soit j'ai l'impression... qu'elle n'accepte pas le diagnostic du trouble du spectre autistique, soit qu'elle ne le réalise pas, soit qu'elle a été traumatisée, et je pense que c'est ça, elle a été traumatisée par mes TCA, par la période où j'étais si malade, parce que récemment on a eu une discussion, alors évidemment je ne la blâme pas, parce que c'est la faute à la maladie, je ne veux pas dire que c'est ma faute, parce que ce n'est pas ma faute, mais elle m'a dit... je ne repartirai jamais en vacances avec toi parce que je suis traumatisée. C'est dur pour moi parce que j'ai l'impression qu'elle ne réalise pas que j'ai changé.
- Speaker #1
Peut-être qu'il lui faut du temps.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
En tout cas, elle a eu la force de te le dire et elle te sent suffisamment forte pour l'entendre quand même. Tu vois, ce n'est pas rien. C'est aussi une forme de gage de confiance. Peut-être que... Si elle n'avait pas vu que tu avais changé, je ne suis pas sûre qu'elle t'aurait dit ça. Est-ce qu'elle aurait dit ça à la Aurélia qui pèse 28 kilos ? Je ne suis pas certaine.
- Speaker #0
Non, et puis elle ne confierait pas sa fille à la Aurélia de 28 kilos.
- Speaker #1
Oui, ouais, ouais. Donc voilà, peut-être qu'elle a le besoin d'exprimer son traumatisme parce qu'être à la place de la sœur... de celle qui souffre d'anorexie, c'est sans doute pas facile et peut-être que ça n'a pas toujours été vraiment pris en charge.
- Speaker #0
Je pense.
- Speaker #1
Mais par contre, le fait qu'elle t'ait vu évoluer, je pense que oui. Ce n'est pas rien de pouvoir dire ça à quelqu'un. Il faut le sentir solide en face quand même. Qu'est-ce qui t'a le plus aidé, selon toi, jusqu'au jour d'aujourd'hui, sur ton parcours ? Ce n'est pas obligé de choisir qu'une seule chose. Ça serait trop difficile.
- Speaker #0
l'amour indéfectible de mes parents et de ma sœur parce que j'ai gardé une lettre que ma sœur m'avait écrite quand elle avait 16 ans où elle a écrit « Cette putain de maladie ne nous sépare à jamais » . Et j'ai toujours gardé la lettre. Il y a la naissance de ma nièce parce que quand on tient un bébé, même si on est anorexique, quand on tient, non pas un bébé, mais quand on tient un petit bout de chou de 3-4 ans qui ne comprend pas pourquoi elle, elle mange des céréales fourrées trésor. pourquoi Tati, elle ne peut pas les avaler et qu'il les lui met dans la bouche. En fait, Tati, elle ne va pas recracher, elle ne va pas faire voir à sa nièce que pour elle, la nourriture, ce n'est pas OK. Donc Tati, même si elle a peur de prendre un gramme avec les céréales fourrées, elle les mange. Et ça, ça m'a aidée d'une manière incommensurable. Et évidemment, ce qui m'a aidée, c'est les ressources que j'ai trouvées. C'est les ressources que j'ai trouvées, les professionnels qui m'ont accompagnée. Les podcasts, combien ? Tu ne peux pas savoir combien de tes podcasts j'ai écouté la nuit quand je ne pouvais pas dormir et que j'étais engorflée.
- Speaker #1
Ça me touche beaucoup. Ça me touche beaucoup, ça me fait toujours un peu bizarre. Donc, en fait, je me dis, c'est incroyable que j'ai des petits bouts de place comme ça dans la vie des gens, tu vois. Je trouve ça fou, mais c'est très touchant. Très touchant. Qu'est-ce que tu... En fait, je ne sais pas comment poser la question. J'avais envie de savoir ce que tu te souhaitais. pour les années à venir et peut-être même où est-ce que tu te projetais, dans quoi ? Qu'est-ce que tu as envie de te souhaiter ?
- Speaker #0
Depuis que je suis prof chez Acadomia, je me rends compte que parce que... Il y a une partie de moi, une petite partie de moi, parce que j'ai quand même 47 ans, mais une petite partie de moi qui s'est arrêtée de vivre à 17 ans. Donc, j'ai toujours un rapport avec les ados, mais absolument génial. D'ailleurs, des fois, ma nièce m'appelle. Il y a mes copains et copines à la maison. Fais sourire, popcorn, est-ce que tu veux venir ? Alors qu'il n'y a que des ados. Et j'y vais. Et donc, je me rends compte que mon relationnel avec les ados et les enfants est formidable. Donc, pourquoi pas, grâce à ma... à mon statut de travailleur handicapé qui est à vie maintenant, on me l'a octroyé à vie. Pourquoi pas avoir un poste aménagé en tant que prof, puisque vous, études, je peux être prof. Voilà, c'est là que je me vois. Je me vois voyager, toujours. Je me vois... toujours proche de ma mère parce que ma mère, c'est mon pilier. Donc, prendre soin d'elle si elle en a besoin, comme elle a pris soin de moi. Mais surtout, je me vois avoir des amis.
- Speaker #1
J'aime bien terminer le podcast par une question bien précise. Mais avant de te la poser, j'aimerais savoir si tu as l'impression d'avoir fait à peu près le tour, même si ce n'est pas possible de tout dire. Ou est-ce qu'il y a des sujets sur lesquels je ne t'ai pas amenée ? Est-ce qu'il y avait des choses qui te tenaient à cœur de pouvoir...
- Speaker #0
Moi, je pense que la seule chose qu'on n'a pas trop abordée, c'est la grossophobie dans le milieu scolaire. Parce que si on ne m'avait pas... Certes, on m'a fait sentir différente par rapport à mes capacités mentales, mais aussi par rapport à mon physique, alors que je n'étais pas en réel surpoids. Et que de nos jours, même si ça a un peu changé, je le vois autour grâce à ma nièce qui a un rapport complètement serein avec la nourriture, je le vois, la grossophobie est toujours là. Skinny Talk fait des ravages. Et il y a toujours besoin de se comporter de manière que l'on soit... Pareil que les copines, qu'on rentre dans un jean. Pour moi, ce n'est pas OK. Et pour moi, les tendances à l'heure actuelle, où le sucre est l'ennemi public numéro un. Je ne suis pas maman et je ne le serai jamais. Mais s'il y a des gens qui nous écoutent qui sont mamans, il faut être vigilant. que son enfant ait un rapport le plus sain possible avec la nourriture. Il n'y a pas de bonne nourriture, il n'y a pas de mauvaise nourriture. Et pour celles qui nous écoutent et qui ont des problèmes avec le sucre, le gras, avec tout ça, je suis la preuve vivante. Moi aussi, je suis passée par là, moi aussi, j'ai eu ma période, il faut que je mange des protéines parce qu'il n'y a que ça qui va m'aider à guérir, il n'y a que ça qui va m'aider à faire du muscle. Non, ce n'est pas vrai. Ce qui me fait le plus de bien à l'heure actuelle, c'est le sucre et le gras, et je le sais. Le corps, c'est ce que j'ai mis le plus de temps à comprendre. C'est que mon corps, il est suffisamment intelligent pour se servir de ce que je lui donne, pour faire ce qu'il a besoin de faire, en fait.
- Speaker #1
Merci beaucoup de dire ça. Déjà, tout à l'heure, ça m'a fait sourire quand tu as précisé. Attention, je ne suis pas en train de prendre du poids juste avec des protéines. Et c'est vraiment chouette que tu le précises, parce qu'effectivement, moi, c'est un discours que je... Je peux entendre chez pas mal de personnes qui souffrent d'anorexie, notamment des jeunes filles, qui disent « bon, ok, pourquoi pas reprendre du poids ? » Par contre, je voudrais avoir la maîtrise de comment et où je le reprends. Je ne veux pas prendre du poids en faisant que du gras, donc je ne veux pas manger n'importe quoi. Je veux reprendre du poids propre, du poids sain. Ce n'est pas possible. En fait, ça, c'est juste un trouble alimentaire. Et c'est malheureusement un truc qui nous est vendu, notamment avec la muscu. notamment avec des filles plus ou moins connues qui disent qu'elles ont guéri de l'anorexie via la musculation. Si c'est vraiment le cas, à mon sens, elles sont encore dans un trouble alimentaire qui est juste un peu différent. Mais tu as raison, merci de le préciser et merci de parler de cette intelligence du corps et de la nécessité aussi de faire confiance.
- Speaker #0
Ça, c'est mon médecin généraliste qui m'a appris à le faire, qui m'a appris à faire confiance à mon corps.
- Speaker #1
En même temps, ton corps, il a une sacrée résilience. Il mérite que tu lui fasses confiance. C'est fou. Est-ce qu'il y a autre chose que tu avais envie de... Parce que c'est ça ma dernière question, normalement du podcast, mais tu l'as un peu dit en partie. Mais ma dernière question, c'est qu'est-ce que tu aimerais dire aux personnes qui nous écoutent et qui sont en plein dans un trouble alimentaire, quel qu'il soit ?
- Speaker #0
La première des choses, c'est de jamais perdre espoir. Parce que moi, il y a eu des moments, des années même, où je n'y croyais plus du tout. Je pensais que ma vie, ça serait ça tout le temps. Ça serait faire 8 heures de sport par jour. Ça serait pleurer. Ça serait ne pas aller aux réunions de famille. Ça serait ne pas pouvoir aller au restaurant. Ça serait ne pas pouvoir bouger de chez moi parce que l'extérieur me faisait peur. Donc l'espoir, il y en a toujours. Il ne faut jamais baisser les bras. Et même après 30 ans d'anorexie, on peut s'en sortir. Mais aussi, ce que je voudrais dire, c'est qu'il n'y a pas de secret, il n'y a pas de miracle. Il ne faut pas attendre d'être prêt pour se lancer. Quand j'ai écouté Tabitha Farah, quand j'ai écouté Kéline, je n'étais pas prête à prendre du poids. Je n'étais pas prête. J'étais pas prête du tout, parce qu'il ne faut pas se mentir. Le poids, on le prend où au début ? Autour des organes vitaux, c'est-à-dire dans le ventre. Je ne vais pas vous vendre du rêve. Ce n'est pas des tablettes de chocolat qu'on prend. On n'a pas le corps de Kim Kardashian en guérison d'anorexie. Ce n'est pas possible. Déjà, j'ai fait des œdèmes de re-nutrition. Donc déjà, ça a été très compliqué. J'avais des... des joues et des yeux comme si j'avais fait un match de boxe. Mais il faut l'accepter et c'est temporaire. Je veux dire, il faut accepter l'inconfortable pour avoir un confort plus tard. Il faut s'armer de courage et faire confiance à son corps, c'est tout. Et se dire que, bon ben moi j'ai eu ma phase Doritos, c'est-à-dire c'était Doritos matin, midi et soir, j'exagère un peu mais pas trop. Et quand le corps a eu assez de ce qu'il voulait prendre, on passe à autre chose. Il faut faire confiance à son corps. Le corps, c'est la machine parfaite la plus imparfaite.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Je suis très touchée. C'est marrant, il y a eu plein de moments où j'étais émue. Je ne pourrais pas te dire exactement pourquoi, mais j'ai ressenti plein d'émotions en écoutant ton histoire. Je ne sais pas si ce sera le cas. Pour les personnes qui nous écouteront. Et d'ailleurs, est-ce que tu serais OK si des personnes qui nous écoutent ont envie de t'écrire un petit mot, ne serait-ce que pour te remercier ou même te poser des questions ? Est-ce que tu es OK ?
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
OK. De quelle manière tu souhaites qu'elles puissent te contacter ?
- Speaker #0
Je peux laisser mon compte Instagram en lien du podcast. Il n'y a pas de souci.
- Speaker #1
OK. Je ferai ça. En tout cas, merci beaucoup d'offrir ce temps et ce témoignage. à tous les auditoristes du podcast. Je pense que c'est précieux. Je trouve que c'est un témoignage qui est poignant, qui est parfois difficile, mais qui, à la fois, est quand même très lumineux. Moi, je ressens beaucoup de puissance et de force et d'espoir dans ton témoignage. Et en plus, quelque chose de très... Je ne trouve pas mon mot authentique, bien sûr, mais je trouve qu'il y a quelque chose de... Tu vas droit au but, quoi. Et quand tu dis, je ne veux pas vous mentir, en fait, non, ce n'est pas facile, mais ça vaut le coup. Tu vois, il y a vraiment quelque chose de vrai, quoi. En tout cas, je suis très contente qu'on ait discuté.
- Speaker #0
On pleure, mais ça vaut le coup. On pleure, mais ça vaut le coup. Ça serait à refaire. Enfin, je n'hésiterai pas. Je n'hésiterai pas. Et je n'ai pas fini. Mon parcours n'est pas fini.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
On n'est pas finis.
- Speaker #1
Ce qu'on se disait en off avant d'enregistrer, parce que c'est toujours la crainte pour beaucoup de personnes de se dire « waouh, mais est-ce que je vais pouvoir tout dire, le dire comme j'ai envie de le dire ? » Et donc ça, c'est un peu utopique en fait, mais les choses sortent comme elles doivent. Et donc je te disais en off « attends, peut-être que tu reviendras dans six mois, un an, me donner tes nouvelles. » Et donc ce serait chouette, effectivement. N'hésite pas, dans quelques temps, si tu as envie de… de venir me redonner des nouvelles et qu'on enregistre à nouveau pour avoir un peu un suivi de ton parcours. Ce serait avec plaisir.
- Speaker #0
Avec plaisir partagé.
- Speaker #1
En tout cas, merci beaucoup pour toutes les personnes qui nous écouteront. Et puis, merci de ta confiance. Ta confiance dans l'écoute des podcasts, mais aussi de la confiance que tu me témoignes en venant raconter ton histoire à mon micro.
- Speaker #0
Pour moi, c'était tout naturel. C'était tout naturel. Pour moi, il n'y avait pas meilleure personne que toi pour que je puisse confier mon histoire. c'est trop chou merci beaucoup merci Aurélia et à bientôt à bientôt au revoir
- Speaker #1
Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcast. ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !