- Speaker #0
Bienvenue dans TCA etc, le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Milsono et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie. Les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca.
- Speaker #1
Très belle écoute.
- Speaker #0
Bienvenue dans un nouvel épisode de témoignages sur TCA etc. Aujourd'hui, j'ai la chance de recevoir Sophie à mon micro. Merci et bienvenue Sophie.
- Speaker #1
Merci à toi Flavie de me recevoir. Je suis contente d'être avec toi aujourd'hui.
- Speaker #0
Ouais, trop cool. Merci pour ta proposition de témoignage. Voilà, on se le disait rapidement avant de commencer. Moi, j'adore vous recevoir toutes et tous pour échanger sur les parcours. Je trouve ça hyper riche d'avoir toutes ces histoires différentes. Et je sais à quel point ça peut du coup créer des résonances diverses chez les personnes qui nous écoutent. Donc merci à vous tous et toutes aussi de me proposer vos témoignages. Et continuez, c'est avec plaisir que je vous accueille sur le podcast. Sophie, je te propose de te présenter pour commencer, pour que les personnes qui nous écoutent aient une petite idée de qui tu es.
- Speaker #1
Ok, je m'appelle Sophie, j'ai la trentaine. Là, je t'avoue que je me présente de la manière dont je souhaite. Est-ce que tu veux que je parle de ma vie professionnelle, de mes TCA tout de suite ?
- Speaker #0
C'est tout ce que toi, tu veux dire et ne pas dire. Vraiment, ça t'appartient, cet espace de présentation.
- Speaker #1
Ok. J'aime tout ce qui est en lien avec la créativité. J'aime l'écriture, j'aime la musique. J'aime la danse aussi. J'aime tout ce qui est aussi voyage. J'aime apprendre des langues. Et c'est à peu près tout.
- Speaker #0
ce que j'aime je pense trop bien tu parles plusieurs langues du coup ?
- Speaker #1
oui je parle plusieurs langues je parle cinq langues waouh mais non lesquelles ? je suis trop curieuse après je les maîtrise pas parfaitement mais je parle cinq langues je parle français, anglais espagnol, portugais,
- Speaker #0
italien waouh les langues latines quand même mais là j'ai commencé l'arabe un peu on va voir trop bien ça me fait penser à une amie chère à mon cœur qui qui apprend les langues. Alors, j'allais dire avec une facilité déconcertante. En fait, elle travaille beaucoup. Mais je pense qu'il y a quelque chose chez elle qui fait que les langues, c'est quelque chose qui s'apprend bien. Et je trouve ça fascinant. C'est trop bien.
- Speaker #1
C'est à l'air facile parfois quand tu vois certaines personnes et tu ne vois pas tout le travail qu'il y a derrière, qui est quand même beaucoup de plaisir. Il y a une partie un peu travail, je pense, quand tu arrives un peu au plafond vert où tu te dis que tu n'arrives pas à m'améliorer davantage. et là il faut vraiment pousser enfin pousser l'effort à son maximum. Mais en tout cas, il y a quand même une grosse partie plaisir et aussi amusement dans l'apprentissage de votre technique. Mais oui, parfois c'est dur.
- Speaker #0
J'aime bien commencer l'échange autour de l'alimentation, du rapport au corps, en retournant dans l'enfance et en demandant à mes invités quels sont leurs souvenirs. en lien avec ça, en tout cas de quoi toi tu te souviens finalement quand tu repenses à toi en tant que petite fille sur la question de l'alimentation et du corps, du rapport au corps ?
- Speaker #1
Alors moi bizarrement, quand j'étais petite justement, l'alimentation c'était pas trop mon truc. Je me rappelle de passer des heures et des heures à table et en fait je refusais de m'alimenter. Et c'était vraiment le supplice où on me disait tant que tu mangeras pas, tu sortiras pas de table. Et je passais vraiment des après-midi à table à regarder l'horloge du salon ou de la cuisine tourner. Donc ce n'était pas terrible comme moment, je t'avoue. Et le rapport au corps, il est venu un peu plus tard. Là, je te parle de mon enfance. Je devais avoir entre 4 et 8 ans. Et un peu plus tard, il y a beaucoup de critiques qui sont arrivées parce que Comme beaucoup d'enfants, à un moment donné, tu prends un petit peu de poids et tu grandis, tu n'as pas ta poussée de croissance immédiatement. Donc, il y a des petites remarques de la part de la famille qui ne sont pas forcément agréables et qui nous font nous questionner et qui nous font avoir envie, en tout cas, de perdre un peu de poids.
- Speaker #0
Ok, c'était quelque chose qui était présent. en fait j'allais dire omniprésent mais c'est un peu trop mais c'est quelque chose qui existait en tout cas dans ta famille ça le le regard posé sur le corps et potentiellement les réflexions sur les corps en général oui surtout
- Speaker #1
sur le corps des femmes forcément et surtout de la part des femmes c'est bien malheureux puisqu'en fait c'est l'impression que c'est un peu les femmes qui auto qui s'auto porte préjudice Mais ouais, c'est un peu ça. Surtout, typiquement, ma mère qui portait déjà un jugement très dur sur son corps à elle et aussi sur le mien et ma grand-mère également, les tantes. Donc, ouais, tu devrais perdre un peu de poids, fais attention, t'as assez mangé, limite à te retirer le pain de la bouche, tu vois.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Ouais, donc même encore aujourd'hui, je le vois. Je l'expérimente. C'est agréable. Il y a le contrôle d'autrui sur mon corps. En plus du contrôle que j'exerce déjà, j'ai le contrôle d'autrui. Ma grand-mère va me retirer les choses de la table ou les éloigner de moi. Elle va me dire que c'est bon, que ça suffit, que c'est mangé.
- Speaker #0
Wow ! Donc ça, ça existe toujours.
- Speaker #1
Oui. Je t'avoue que j'hésite... Pardon, excuse-moi.
- Speaker #0
Non, non, vas-y, je t'en prie.
- Speaker #1
J'évite les situations où je sais qu'il y a des repas de famille, etc. C'est justement les situations qui m'angoisent, dans lesquelles je ne me sens pas à l'aise. Parce que je sais qu'il va y avoir profusion de nourriture, qu'il va y en avoir beaucoup trop. Parce que dans ma famille, c'est une culture méditerranéenne, donc déjà on est très dans tout ce qui est repas, c'est un peu un moment pour se retrouver, etc. Donc beaucoup. beaucoup d'entrées, beaucoup de plats. Il peut y avoir jusqu'à 7 desserts, tu vois, sans aucun problème ici, sur 7 desserts. Et c'est des moments, du coup, pour moi, qui sont déjà stressants parce que j'ai pas envie d'y aller, je me sens pas à l'aise et aussi qui sont des moments où je vais plus facilement perdre le contrôle, forcément, et me sentir coupable.
- Speaker #0
Et en même temps, il y a du paradoxe là-dedans parce qu'il faut pas manger, mais il y a profusion de nourriture, quoi. Donc il y a 7 desserts, mais il faudrait les regarder, finalement.
- Speaker #1
Totalement. Et je trouve ça drôle aussi, je ne sais pas si c'est comme ça dans toutes les familles, donc je t'en profite pour te poser aussi la question à toi, où j'ai l'impression que tout le monde, ou en tout cas, que ma mère, ma grand-mère, regarde ce que mangent les autres. Du style, ah, t'as vu, machin, elle n'a pas beaucoup mangé, ah, t'as vu, machin, elle n'a pas pris de ça. Et moi, jamais au grand jamais, et encore aujourd'hui, ça ne me passerait jamais par la tête de regarder ce que mangent les autres ou ce que ne mangent pas les autres. C'est-à-dire que chacun fait ce qu'il fait, je suis bien trop occupée avec mon assiette. Et ça, je trouve que c'est quand même... Je ne sais pas si c'est commun ou pas, mais c'est en comble, quoi.
- Speaker #0
C'est commun dans les familles où c'est un sujet, en fait. Mais non, sinon, ce n'est pas du tout un comportement commun qui rentrerait dans un fonctionnement... Il n'y a pas de normalité, mais tu vois, d'un fonctionnement un peu classique. Donc, par contre, c'est quelque chose qui se retrouve effectivement là où... Il y a une problématique autour de ça, qu'elle se nomme trouble alimentaire ou pas. C'est souvent peu diagnostiqué de toute façon, surtout sur les générations au-dessus. Mais dans ces cas-là, oui, avec l'attention portée sur ce que mangent les autres, sur le corps des autres.
- Speaker #1
Finalement, il y avait un peu... Il y avait un peu en terrain, j'ai envie de le dire. Oui,
- Speaker #0
j'allais parler de terreau, moi, il y avait un bon petit terreau, j'ai l'impression déjà, le peu qu'on s'est dit là. Oui. Tu dis qu'en fait, c'est marrant, parce que tu as deux souvenirs, là encore, qui pourraient s'inscrire dans une forme de paradoxe, finalement. Tu as un souvenir de, on te laisse à table toute la journée parce que tu dois manger, et un souvenir où on te dit, ne mange pas et on t'enlève limite la nourriture.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc quand on parle de ton enfance, ce sont ces deux choses-là qui reviennent. À quel moment tu as l'impression qu'il y a quelque chose de... Je ne sais pas comment le nommer, d'anormal, qui s'est joué dans ton comportement alimentaire ?
- Speaker #1
Je pense vers l'adolescence, mais même un peu avant. Même un peu avant l'adolescence. Je dirais peut-être même fin de primaire, tu vois. Parce que je me rendais bien compte que quand il y avait des gâteaux à la maison, je les commençais et je les terminais. À tel point que ma mère arrêtait d'en acheter. C'est-à-dire que même avant le collège, il n'y avait plus de gâteaux chez moi, il y avait du Nutella rarement. Parce qu'en fait, je n'arrivais pas à juste manger un petit gâteau. Et non, je terminais. Et les céréales, je continuais à en manger jusqu'à assez tard, comme les céréales un peu caloriques, etc. Mais c'était pareil, quoi. Donc, je me disais quand même, c'est quand même bizarre. C'est quand même bizarre. Mais après, c'est vrai que tant que j'avais le contrôle, et encore aujourd'hui, j'ai un peu envie de me leurrer. Tant que j'ai le contrôle, je me dis, non, mais ça va. Ça va. Toutes les femmes ont un rapport un peu conflictuel à l'alimentation, en tout cas beaucoup de femmes. Je me disais, ça va. Sauf qu'en fait, non, ça ne va pas. Et au fur et à mesure des années, si ce n'est pas traité, ça va encore moins.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est de pire en pire, en fait.
- Speaker #0
De ce que j'entends dans ce que tu dis, c'est que là, avec le recul, tu repères que fin de primaire, il y a déjà des choses qui se sont jouées, mais toi, sur le moment, tu ne disais pas du tout, oh là là, il y a quelque chose qui ne va pas.
- Speaker #1
Non, pas encore.
- Speaker #0
non c'était trop tôt encore à quel moment tu t'es dit ça alors justement ?
- Speaker #1
j'ai commencé à me dire que quelque chose n'allait pas quand j'ai vraiment commencé à me priver, à perdre pas mal de poids et à être dans le contrôle de ce que je mangeais de refuser de refuser de manger des aliments que je qualifierais de caloriques. Je pense que je devais avoir peut-être 13 ans, quelque chose comme ça. 13-14 ans, je devais être en cinquième ou en quatrième. Parce que c'était déjà le moment où je me disais, je vais faire attention. Donc, les premiers régimes. Et en fait, on est super content du résultat. Tout le monde autour de nous nous dit, ça te va super bien, mais t'es trop belle, etc. Mais il faut faire attention pour l'été. Et puis l'été, t'arrives enfin. au corps que tu veux, donc tu veux essayer de le garder. Et c'est un peu le cercle vicieux, quoi. Parce qu'après, tu reprends du poids, tu recontrôles parce que tu veux reperdre pour l'année d'après, etc. Et ce phénomène, il dure, il dure, il dure, il dure dans le temps. Et après, au bout d'un moment, des années et des années plus tard, tu t'aperçois que tu ne peux pas avoir un repas, en fait. Il y a des moments où je le n'avais. aucun repas complet. Je n'avais que des crises hyper phagées, du coup, dans ma situation. Mais je n'avais que des crises, tout le temps. Je n'avais pas un moment où je m'asseyais, où je prenais le temps de cuisiner. Du coup, ça, c'était vraiment très dur. Ça a duré pendant de nombreuses années. Je me sentais très seule face à ça. Mais là, vraiment, je me disais que quelque chose, je savais. Là, j'avais bien compris que quelque chose n'allait vraiment pas. Parce qu'au début, tu te dis, non, mais... Ça ne va pas durer, c'est juste là, parce que je ne suis pas bien, parce que je suis un peu stressée, j'ai besoin un peu de réconfort, etc. Et quand, en fait, pendant des années, tu n'arrives pas à faire un repas normal, tu n'arrives pas du tout à avoir faim. C'est-à-dire que la notion de satiété, elle n'est pas toujours claire dans mon esprit, même quand ça va un peu mieux en termes de crise. Mais là, c'est-à-dire que j'avais des douleurs physiques horribles. Donc là, je savais que j'allais toucher un... C'était compliqué.
- Speaker #0
Donc en fait, ce que tu décris comme étant... Parce qu'en fait, ma question, c'était, tiens, quand est-ce que tu t'es dit, ah ouais, là, il y a un problème ? Déjà, ça m'a surprise parce que ce que tu décris, c'est plutôt de la restriction. Et c'est assez rare que les personnes se disent, ah, il y a un problème en phase de restriction, parce que tu l'as très bien dit, il y a aussi une phase un peu de lune de miel. et de sensations de reprendre le pouvoir, et de validation par l'extérieur parce qu'il y a une perte de poids. Et toi, tu dis que c'est pourtant dans une phase comme ça de restriction où tu t'es rendu compte que ça t'empêchait de vivre, en fait, à plein de niveaux, à plein d'égards. Mais si je comprends bien aussi ce que tu veux dire, c'est que depuis le début, même s'il y a des phases de restriction, c'était aussi relié à des épisodes de compulsion.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. C'est-à-dire que plus jeune... Il y avait des moments où il y avait des phases de restriction, donc quand j'étais au collège, et des phases de restriction où j'arrivais à perdre du poids. Et à partir du moment où je commençais à perdre le contrôle et à être obsédée par le poids que je devais perdre, obsédée par ce que je devais manger ou pas manger, c'est là où je me suis dit « Ah ouais, là il y a vraiment un problème, c'est vraiment bizarre » . C'est vraiment pas normal.
- Speaker #0
Ouais, ok. Ok. Et tu dis qu'en fait, malgré cette prise de conscience à ce moment-là de te dire il y a un problème, ça, ça s'est installé pour des années et des années. Et tu as pu en parler à quelqu'un au moment justement de cette prise de conscience ?
- Speaker #1
Pas vraiment. Pas vraiment parce qu'on n'en parlait encore pas énormément à l'époque. Et puis de toute manière, dans ma famille, la santé mentale, ça n'existe pas. C'est totalement tabou. Et donc non, j'en ai pas parlé. J'en ai pas parlé. J'ai commencé à en parler assez récemment. Mais non, je n'en ai parlé à personne. Je me suis dit non, mais c'est rien, ce n'est pas grave, ça va aller, je vais gérer, ça va passer.
- Speaker #0
Ok, donc ça veut dire ne pas en parler non plus à des professionnels de santé.
- Speaker #1
Exactement. J'ai commencé à en parler à des professionnels de santé en 2019, mais encore une fois en surface. J'avais consulté, mais même pas forcément consulté. un psychologue spécialisé. J'avais consulté un psychologue général. Donc, j'ai commencé à en parler. Mais en fait, c'est très dur. C'est très dur de commencer le travail. C'est très dur de se comprendre, de se dire, OK, pourquoi est-ce que je fais cette crise ? De s'asseoir vraiment face à soi-même et de se regarder, sans aucune distraction, de se regarder. droit dans les yeux, de voir ce qui ne va pas, pourquoi on fait ça, et d'affronter la réalité, en fait. Je pense que c'est pour ça que ça prend du temps.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Parce que c'est tellement plus simple d'éviter, ou de se réconforter, ou... tu vois ?
- Speaker #0
Ouais. Mais quand tu dis affronter le pourquoi, aller chercher le pourquoi, tu penses à quoi ? Est-ce que tu penses à... Aux causes potentiellement profondes, traumatiques ou autres ? Ou aussi aux comportements alimentaires qui créent ça ?
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
pas forcément. Je pense plutôt aux émotions que je ressens à ce moment-là.
- Speaker #1
Qu'est-ce que je ressens ? Où je le ressens dans mon corps ? Parfois, on parle d'émotions dans le corps. Et en fait, de se comprendre, de s'analyser. Et c'est un travail qui est... Très difficile, surtout quand on n'a aucune réponse. On ne sait pas. C'est un peu décourageant parfois, mais ça prend du temps.
- Speaker #0
Mais tu parles de... Là, quand tu parles de ce travail-là, tu parles du travail avec la psychologue ou de travail d'introspection que tu fais toute seule ?
- Speaker #1
Non, pour le coup, c'était toute seule que j'avais essayé de le faire.
- Speaker #0
OK, oui. Parce que c'est ça que je ressentais dans ce que tu disais, quelque chose d'un peu de... solitaire et dans lequel t'es un peu perdue t'sais pas par quel bout prendre les choses oui c'était vraiment par rapport à ce que je pouvais voir sur internet ou ce que je pouvais lire etc c'est vrai que je pensais que cette
- Speaker #1
psy pourrait m'aider mais en fait pas forcément parce que même si on est face à des professionnels de la santé mentale Ils ne sont pas toutes les clés si ce n'est pas leur domaine d'expertise.
- Speaker #0
Oui, c'est certain. Et donc, du coup, tu as consulté cette personne en 2019 et après, tu en as consulté d'autres ?
- Speaker #1
Exactement, j'en ai consulté d'autres.
- Speaker #0
Vous n'avez pas l'image, mais moi, je l'ai. Donc, j'ai une idée de ce qui va suivre.
- Speaker #1
Donc oui, ce psy, c'était une femme, la première que j'ai consultée. Ensuite, j'ai vu une psy spécialisée en ligne, mais je ne l'ai pas vue très longtemps parce que ce qu'on avait mis en place, ça ne marchait pas pour moi. Et du coup, j'ai l'impression qu'on piétinait un peu et qu'il n'y avait pas forcément de nouvelles choses qui m'étaient proposées. Donc du coup, j'ai arrêté. Du coup, j'ai vu quelqu'un d'autre, une autre psy. Et maintenant, je suis finalement suivie. par cette même-ci plus une psy spécialisée testière.
- Speaker #0
Ok. Mais toujours du côté psy, tu n'es jamais allée consulter pour le côté plus alimentaire, diète ou autre ?
- Speaker #1
Alors, diète, j'ai essayé. Mais ça n'a pas donné grand-chose non plus parce que j'avais vu une diète en ligne d'ailleurs. et en fait elle te donne un planning à suivre elle te dit bah tu manges ça, mais du coup elle est pas formée TCA si elle te donne ça non en fait c'était à l'époque j'avais été à Sainte-Anne Et en gros, j'avais été pendant deux jours, et en gros, c'est deux journées où on te fait une batterie de tests. Et c'est l'unité qui est spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire. Et du coup, on se dit qu'on va être prise en charge, qu'on va être aidée, qu'il va y avoir quelque chose derrière. Et en fait, non. Après, on nous laisse un peu, on donne quelques noms. En l'occurrence, on m'avait donné le nom de cette diététicienne. Et aussi, et j'allais l'oublier, d'une médecin généraliste que j'ai suivie aussi, mais qui était formée aux techniques du gros. Et donc voilà. Donc je me suis dit, ah en fait, Saint-Anne, ça va être super, ça va pas mal m'aider. Et en fait, je me suis rendue compte qu'avec la diététicienne, je savais très bien que moi, vu que je contrôlais déjà beaucoup ce que je mangeais, s'il fallait que je me mette à peser, à regarder, à compter.
- Speaker #0
Oui, ça renforçait les mécanismes en place.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
J'ai eu cette impression-là. Ok. Ça, c'était à quelle période ? que tu as fait ces démarches-là ?
- Speaker #1
Ça, c'était en 2020-2021, je pense.
- Speaker #0
OK. Oui, donc une fois que tu as commencé à en parler, à demander de l'aide, il y a eu quelque chose d'enclenché où tu étais vraiment en mouvement pour rechercher de l'aide ?
- Speaker #1
Oui. Ah oui, j'ai essayé. J'ai fait beaucoup de mouvements. Là, j'ai beaucoup essayé. Effectivement. Parce qu'on a toujours envie de s'en sortir, finalement. On se dit... Mais non, il y a forcément une solution, en fait. S'il y en a qui arrivent, pourquoi pas nous ?
- Speaker #0
C'est vrai, mais je trouve ça très juste en même temps.
- Speaker #1
C'est vrai. Après, c'est long et je me dis que le parcours est long aussi.
- Speaker #0
Où est-ce que t'en es aujourd'hui ? Même si on fait un grand bond en avant, je pense que... de répondre à cette question. Peut-être qu'on reviendra à décortiquer aussi d'autres choses, plus du passé. Mais où est-ce que tu en es aujourd'hui ? Dans ton rapport à l'alimentation, à ton corps, mais aussi dans ton rapport à une possible guérison.
- Speaker #1
Mon rapport à l'alimentation, ça va mieux quand même, même s'il y a des phases, il y a des moments. Mais j'essaie surtout de m'autoriser, même quand je ne suis pas sûre. Je me dis, en fait, OK, t'es pas sûr d'avoir faim, t'es pas sûr d'en avoir envie, c'est pas grave. Mange-le et tu verras bien. Donc ça, je pense que ça m'aide quand même, mine de rien, d'être plus dans la tolérance et de m'autoriser plus de choses, en me disant aussi que l'impact sera minime. Parce que ce qu'on a dans la tête, c'est, ah non, non, je vais pas manger ça, ça va me faire grossir. Ou en fait, si je mange ça... ce sera terminé, j'arriverai pas à m'arrêter, j'en mangerai trois plaquettes de chocolat. Donc être plus dans l'autorisation moins dans la restriction finalement, ça m'aide quand même pas mal. Par rapport à mon corps, c'est une vaste question. Parce que justement, là je suis vraiment dans une phase où je ne peux pas contrôler du tout mon corps. Alors que... Ce qui m'a aidée à aller mieux aussi, c'est le sport. Je faisais beaucoup d'exercices physiques, le sport, mais aussi d'autres genres d'exercices physiques. Et là, depuis janvier, j'ai des problèmes de genoux. Et en fait, je suis du coup bloquée. C'est-à-dire que je ne peux plus faire mes cinq heures de sport par semaine. Je ne peux plus faire ma danse dix heures par semaine. Et ça, ça a été très dur pour moi parce que c'était tout le côté, déjà, libération d'endorphine. se sentir mieux, relâcher un peu la pression, se détendre. Un gros côté social aussi. Et aussi le côté contrôle du poids finalement. Contrôle du poids, contrôle du corps, contrôle de l'apparence. Que là, je ne peux plus du tout exercer. Ce n'est pas facile tous les jours, je t'avoue. Mais j'essaie d'être quand même ok avec ça. Après, c'est vrai que je ne vais pas te le mentir. Je suis beaucoup plus ok avec ça quand j'ai pas festoyé la veille et que j'ai pas mangé une pizza, tu vois. Physiquement parlant, je me dis... Physiquement parlant et mentalement, je me dis... Ouais, t'es quand même mieux quand la veille, tu manges pas une grosse pizza, par exemple. J'ai encore, tu vois, ces... Ces réflexes de me dire, de checker mon ventre, de me dire, checker mon ventre, mes cuisses, de me dire, ah ouais, là, tu vois, franchement, c'est pas terrible. Et à l'inverse, quand je vois que je mange plus sainement, même si je respecte mes envies, et je vais pas me priver si j'ai envie de manger... une pizza et une glace, je vais le faire, tu vois. Mais j'ai encore ces petites voix parfois dans ma tête. Il y a encore beaucoup de body checking, tu vois.
- Speaker #0
Oui, oui. Mais rien que ça, en fait, le body checking, pour moi, c'est vraiment un truc sur lequel il est important d'œuvrer et de lutter. C'est compliqué de tout retirer, mais déjà de s'observer en train de le faire et de voir à quel point ça nous dessert. Et puis, tenter d'en enlever au moins une partie dans un premier temps, la moitié, ou une fois sur deux, s'empêcher de le faire. Ou se dire, tiens, aujourd'hui, je me fais une journée sans body checking et je vois ce que ça change aussi dans ma journée. Qu'est-ce que ça allège ou non ? Parce que c'est une charge énorme et il ne faut pas minimiser l'impact que ça peut avoir derrière sur le comportement alimentaire. Et ce que tu dis, c'est intéressant parce que ça montre à quel point tout ça, c'est des vases communicants. Tu disais ? « Ah ben, ça allait mieux niveau alimentation parce que je faisais énormément de sport. Je ne peux plus faire de sport. Bon ben, je vois bien que ça va, mais surtout, ça va bien quand je mange healthy finalement. » Enfin, tu vois, et donc, c'est un peu, à mon sens, c'est un peu piégeant, cette histoire du sport. Je suis la première à dire que le sport peut apporter beaucoup dans la relation au corps et tout ça. Mais attention, parce que finalement, si on se dit « Ah ben ouais, ça va vachement mieux avec la bouffe parce que je fais 10 heures de sport par semaine. » Oui, mais quid de ce qui se passe si tu ne peux pas faire de sport ? Et là, tu as ta réponse.
- Speaker #1
C'est ça. Et puis là, tu vois, là, ça va. Mais au tout début, c'est ton monde qui s'effondre, tu vois.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Quand tu construis, limite, ta vie dessus, les premières semaines, les premiers mois, en termes de crise, en termes de morale, en termes de... Vraiment, tu es désemparée, en fait, parce que tu te dis, mais en fait, une fois que tu m'enlèves l'activité physique, qui je suis ? Quelle est ma valeur ? Qu'est-ce que je peux faire ? Et surtout, là, tu ne peux plus éviter de rester à la maison et de potentiellement faire des crises, alors que c'est aussi quelque chose que je voulais éviter avant, de passer trop de temps à la maison. Parce que pour moi, être à la maison, c'était synonyme de crise.
- Speaker #0
Mais ton corps t'a peut-être fait un beau cadeau, en fait, quelque part, en t'immobilisant, en te poussant à franchir des étapes supplémentaires.
- Speaker #1
C'est marrant que tu dis ça, parce que justement, c'est ce que j'essaie de me dire pour me réconforter, de me dire que c'est un peu un cadeau pour que j'arrive à guérir d'autres parties de moi finalement.
- Speaker #0
Oui, moi je vois vraiment ça comme avancer, continuer d'avancer sur cette question du trouble alimentaire et avancer peut-être plus loin, plus profondément.
- Speaker #1
C'est ça, c'est aussi pour ça que je me dis... Là, c'est le moment, c'est vraiment le moment de t'y mettre. Et voilà. Et juste de me dire qu'en fait, j'arrive à rester chez moi sans qu'il y ait de crise et c'est plus un sujet, ça, c'est déjà trop cool.
- Speaker #0
Bah oui.
- Speaker #1
C'est trop bien.
- Speaker #0
Quand tu dis c'est le moment de t'y mettre, tu penses à quoi ?
- Speaker #1
Je pense au... C'est le moment de vraiment essayer d'aller mieux. C'est le moment aussi de te lâcher un peu la grappe. finalement parce que en fait tu vois bien que tu contrôles rien donc lâche prise en fait tu peux pas contrôler combien de pas tu fais, tu peux pas contrôler l'exercice physique que tu vas faire tu peux pas tout contrôler et c'est en pensant que tu peux tout contrôler que t'en es arrivé là en fait parce que c'est beaucoup de surcharge aussi et oui c'est sûr et
- Speaker #0
ça va passer par quoi ? concrètement alors de t'y mettre et de chercher à aller bien et d'arrêter de chercher à tout contrôler ? Tu le vois comment en fait ça ?
- Speaker #1
Alors, arrêter de chercher à tout contrôler, c'est m'autoriser, être ok avec le fait de me dire, bon bah tiens, j'ai fait des petits cookies. Je me dis pas non, j'en mange qu'un seul. Je me dis, ah ! J'ai des petits cookies, bah je verrai combien j'ai envie d'en manger. Ou de me dire, bon, bah, typiquement dimanche, dimanche matin, j'ai fait des glaces, je crois. Et donc, du coup, bah, j'ai un peu petit déjeuner du chocolat fondu. Enfin, tu vois, j'ai pas vraiment mangé, tu vois, j'ai un peu mangé ça. Ensuite, j'ai vu, je suis allée chez une copine qui avait aussi fait des gâteaux, donc j'ai mangé deux petits gâteaux. Et du coup, ma journée n'a pas du tout été, enfin, c'est pas du tout équilibré de manger du sucre tout ça. Me dire, mais en fait, c'est pas grave, t'en avais envie, tu t'es fait plaisir et... Le monde ne s'écroule pas, tout va bien, vraiment, tout va bien.
- Speaker #0
Oui, et puis sur quoi repose l'équilibre ? Moi, ça me surprend toujours d'entendre... Là encore, tu as parlé d'une journée équilibrée, mais parfois j'entends un plat équilibré. Mais par définition, pour faire un équilibre, il faut plusieurs choses.
- Speaker #1
C'est clair.
- Speaker #0
Tu vois, tu ne fais pas un équilibre avec un truc. un plat, un repas, tu fais pas un équilibre qu'avec des légumes, donc en fait finalement manger équilibré ça se regarde sur beaucoup plus de hauteur en fait, sur beaucoup plus de prise alimentaire et finalement le dimanche où tu as picoré des gâteaux, des machins, du chocolat fondu c'est quelque chose d'équilibré au regard de tout le reste avec tout le reste en fait c'est clair,
- Speaker #1
et c'est aussi super important de se faire plaisir de manger des trucs qu'on aime et qu'on a envie de manger pour atteindre cet équilibre et pour atteindre peut-être aussi moins de rumination, moins de charge mentale par rapport à l'alimentation.
- Speaker #0
Et ça, c'est quelque chose que tu arrives à faire aujourd'hui ?
- Speaker #1
J'essaye, mais ce qui est bien, c'est que j'ai quand même pas mal d'aliments entre guillemets problématiques chez moi et je ne crise pas pour autant. Et ça, c'est super parce qu'avant, je n'aurais pas pu, vraiment. C'est-à-dire que la tablette de chocolat, je ne mange pas un carré ou deux ou trois, je mange la tablette. Là, ce n'est plus le cas. Mais je sens quand même que parfois, j'abuse un peu. Je vais abuser un peu sur les noix, par exemple. Et après, je suis quand même assez soucieuse, encore une fois. Je suis quand même assez soucieuse de ce que je mange. dans le sens où... Je préfère manger des gâteaux faits maison, je préfère éviter les biscuits industriels. S'il y a un apéro ou quoi, je ne vais pas manger tout ce qui va être cacahuètes ou quoi que ce soit. C'est-à-dire qu'il y a un mieux, mais je sais quand même qu'il y a encore une petite part de contrôle et que je ne me laisse pas totalement tranquille, tu vois.
- Speaker #0
Oui, j'entends qu'il y a quand même encore pas mal de catégorisations finalement alimentaires.
- Speaker #1
Oui, oui. Je mange même des catégories d'aliments. Enfin, je vais manger des gâteaux chez mon ami ou au resto ou quoi. Mais voilà, pour moi, tous les aliments ne se valent pas encore.
- Speaker #0
Et ça, c'est une chose sur laquelle tu es au travail en ce moment ?
- Speaker #1
Oui. J'essaye vraiment de manger un peu de tout. Mais vraiment, c'est dur. Je me rends compte que de franchir cette barrière mentale et d'aller au-delà, c'est vraiment pas évident. Et j'essaie de me convaincre que oui, mais de toute manière, cette version de cookies ou de gâteaux, elle existe en fait en version healthy, elle est aussi bonne. Et c'est vrai qu'elle est aussi bonne. Le problème, c'est que je n'ai pas forcément envie de manger la version entre guillemets non healthy parce que j'ai des a priori et j'ai une peur. par rapport à ça.
- Speaker #0
Je ne suis pas sûre d'avoir compris ce que c'était. C'est quoi la... Là, tu compares par exemple des cookies industriels, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, des cookies industriels ou même des cookies de boulangerie, tu vois.
- Speaker #0
OK. Et c'est quoi la version healthy ?
- Speaker #1
La version healthy, ça va être une recette que je vais avoir vue ou même dans un coffee shop, tu vois. Sans sucre, par exemple. Avec du miel, à la place du sucre, sans... Sans gros aliments transformés.
- Speaker #0
Ah oui, donc sans sucre, mais... Enfin, sans sucre blanc, mais le miel, c'est du sucre, quoi.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Mais catégorie d'aliments, c'est une catégorie d'aliments plus acceptable pour moi, tu vois.
- Speaker #0
Ok, je vois bien. En même temps, on nous a bien martelé avec ces trucs-là. Oui, donc en fait, il y a quelque chose aussi un peu du côté de l'orthorexie.
- Speaker #1
Oui, un petit peu.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Parfois, malheureusement, on est bien servis.
- Speaker #0
Bah, généralement, c'est ça. Je veux dire, c'est quand même rare qu'il n'y ait pas un petit peu de tout ça, tu vois, en fait. Ouais, ouais. Et là, j'ai l'impression que t'as quand même pas mal progressé sur... Je sais pas si c'est les derniers mois ou les dernières années. Enfin, tu vois, je sais, j'ai pas cette vision, en fait, de la durée de cette progression, mais j'ai l'impression qu'il y a pas mal de choses qui ont bougé dernièrement.
- Speaker #1
Assez récemment, il y a pas mal de choses qui ont bougé. J'ai même envie de dire les dernières semaines, les derniers petits mois. Et ça fait du bien quand même de voir un peu d'où on vient. Mais je t'avoue qu'il y a toujours un peu cette peur quand même de se dire... Non, mais je vais retomber dedans, tu vois. C'est-à-dire que t'es contente, mais tu peux pas t'empêcher de te dire c'est pas pour de vrai, tu vois. De te dire non, mais il y a déjà eu des moments où ça allait mieux et t'es toujours retombée dedans, tu vois.
- Speaker #0
Est-ce que c'était les mêmes moments exactement où ça allait mieux, quand tu prends le temps d'y réfléchir ? C'est-à-dire, est-ce que... Parce que souvent, quand j'entends ça, il y a un comparatif, par exemple, de dire oui, ça m'est déjà arrivé, par exemple, de pas faire de crise pendant une certaine période. Mais, et c'est intéressant de regarder, ah ouais, mais est-ce que toi, ton comportement était le même ? Est-ce que tu réintégrais tous ces aliments-là, ou est-ce que c'était plutôt quelque chose complètement indépendant de tout ça, et parce qu'à ce moment-là, on ne sait pas trop pourquoi il n'y avait pas de crise, parce que l'environnement extérieur, tu vois ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai qu'effectivement, tu as raison, la situation était totalement différente. C'est-à-dire que les moments où j'ai pu ne pas faire de crise, c'était parce que j'étais... Dans ma famille, ou jamais toute seule pendant deux, trois semaines, un mois, ou que je pouvais faire beaucoup de sport, que je n'étais pas forcément stressée, et surtout, et ça tu l'as très bien dit, il n'y avait pas forcément d'aliments problématiques, ou en tout cas beaucoup moins, et beaucoup moins de prise alimentaire aussi.
- Speaker #0
Oui, donc c'était des phases peut-être plus contrôlantes, où le contrôle était peut-être... dominant par rapport aux compulsions.
- Speaker #1
Oui, il y a un peu plus de contrôle quand même.
- Speaker #0
Tout à l'heure, tu décrivais ce dont tu souffres comme de l'hyperphagie. Ça me surprend un peu parce que quand je t'entends, moi, je mettrais plutôt ça du côté de la boulimie. Parce qu'en fait, il y a beaucoup de compensation quand même. Si je comprends bien, il y a quand même un... J'allais dire un jeu. C'est horrible de dire comme ça, mais c'est le mot qui me vient. Un jeu de contrôle et de compulsion qui se répondent, ce qui est le propre de la boulimie, finalement. L'hyperphagie, il n'y a pas de compensation. C'est-à-dire qu'effectivement, il y a les crises, mais il n'y a pas le fait de, le lendemain, par exemple, jeûner ou contrôler tout ce qu'on mange.
- Speaker #1
Alors, je t'avoue qu'étant donné que je ne voyais pas forcément de comportement, après, honnêtement, je ne sais pas, tu vois. je suis pas du tout professionnelle ou quoi que ce soit mais je voyais pas forcément de comportement compensatoire dans le sens où ben j'irais pas jeûner ou à moins que je me sente très mal si je me sens très mal parce que mes crises ont été horribles, effectivement je vais pas m'alimenter le lendemain, et là je vais jeûner mais parce que je me sens trop mal, pas parce que j'ai envie de contrôler enfin, c'était un peu des deux finalement et vu que je enfin J'avais pas l'impression de trop contrôler ou de trop compenser. Et il n'y avait pas non plus de vomissements. Donc c'est pour ça que très rapidement, je me suis dit, mais en fait, non, je ne suis pas boulimique. Et c'est aussi pour ça que plus jeune, comme on parlait beaucoup quand j'étais plus jeune d'anorexie ou de boulimie, vu que je pouvais m'identifier à aucune des deux maladies, je me suis dit, bah non, en fait, je n'ai rien.
- Speaker #0
C'est le problème. Encore aujourd'hui, on connaît un peu plus l'hyperphagie, mais c'est vrai que c'est assez méconnu. Et on a tendance à penser que s'il n'y a pas de vomissement, alors ce n'est pas de la boulimie, ce qui est faux en fait. Et quand j'entends par exemple le sport que tu fais, j'entends que tu aimes faire du sport. Après, toi-même, tu le dis qu'il y a quand même une notion de compensation. Tu vois, en fait, c'est vraiment ça la boulimie. On peut compenser par des privations, par du jeûne, par du sport, par des personnes qui prennent des laxatives, j'en sais rien. Et donc, à partir de là, ça rentre plutôt dans le cadre de la boulimie, effectivement.
- Speaker #1
Oui. Honnêtement, c'est difficile à dire. Parce que le sport, j'ai repris il y a deux ans environ. Et au début, je n'en faisais pas énormément. Et puis, j'ai commencé à en faire davantage au fur et à mesure, sans trop m'en rendre compte, finalement. Mais c'est vrai que tu as raison, la frontière, elle est un peu... un peu mince, en fait, entre la boulimie et l'hyperphagie, finalement, nous concernant.
- Speaker #0
Ben, moi, voilà, je sais pas si c'est une grande importance, mais pour moi, on est plus du côté de la boulimie. Quand j'entends le... Tu vois, ça m'a fait-il, j'ai enchaîné là-dessus, justement, on parlait de phases où tu disais, ah ben là, j'ai déjà traversé des moments où il y avait moins de compulsions, voire pas du tout, et en y réfléchissant, tu dis, ah, il y avait aussi... plus de restrictions, l'alimentation était plus encadrée, contrôlée.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ça, ça peut exister aussi. Il peut y avoir des types d'hyperphagie comme ça, mais du coup, c'est tout l'un ou tout l'autre, où des personnes vont être pendant deux mois. dans de l'hyper contrôle alimentaire et ensuite pendant 3 mois il n'y a plus de contrôle qui existe ce ne sont plus que des crises et il peut y avoir des prises de poids de 20 kilos d'un coup on est plutôt de ce côté là là où la boulimie le truc typique c'est que finalement ça s'équilibre un peu c'est à dire qu'il y a de telles compensations que tu vois il y a des crises mais que finalement il y a quelque chose qui vient un peu s'équilibrer et d'ailleurs souvent c'est physiquement C'est la pathologie qui se voit le moins, en fait. Parce que, du coup, le poids, il reste dans des normes.
- Speaker #1
Effectivement, dernièrement, mon poids restait dans une certaine norme, et mes prises de poids n'étaient pas énormes. Après, c'est vrai que pendant six ans, le moment où vraiment j'avais des crises quotidiennes, là, par contre, j'ai pris 25 kilos. que je n'ai pas totalement perdu, tu vois, ce n'est pas grave. Mais voilà, il y a quand même eu une grosse prise de poids pendant cette période.
- Speaker #0
Oui, après, ce qu'on sait aussi, c'est que le trouble alimentaire, il évolue et on peut passer par, malheureusement, un peu tous les troubles alimentaires dans sa vie. Moi, j'aime bien dire que le trouble alimentaire, c'est une pathologie et qui est polymorphe, en fait, et qui, tu vois, va selon les étapes de notre vie. prendre différents visages, différentes facettes.
- Speaker #1
C'est intéressant ce que tu dis, parce que c'est totalement ça, effectivement, c'est ça. Et c'est drôle aussi de se reconnaître chez des personnes qui souffrent de TCA aussi et qui ont des caractéristiques, enfin, un caractère similaire au nôtre, tu vois. Ça peut m'arriver d'écouter... des podcasts, certains témoignages, et de me dire, mais en fait, on a vraiment des... Comme si, oui, le TSA ne frappe pas n'importe qui, et pas par hasard, quoi.
- Speaker #0
Ouais. Dans quoi tu te reconnais, toi, par exemple ?
- Speaker #1
Par exemple, j'avais entendu quelqu'un qui disait qu'elle avait peur de vieillir, qu'elle faisait super attention à ce qui était ride, qu'elle n'était pas super sûre d'elle, que c'était un peu une people pleaser.
- Speaker #0
et je me reconnais totalement là-dedans c'est certaines choses dont je me rappelle mais il y en a plein et en même temps moi je peux pas m'empêcher de me dire que tout ce que tu viens de dire c'est des trucs, des caractéristiques très féminines parce que c'est des trucs dans lesquels on enferme les femmes aussi rester mince, rester jeune être là où on attend qu'on soit Donc, tu vois, sur le côté people pleasing, oui, oui, oui, tu vois, il y a un côté... Bon, voilà, je trouve que c'est quelque chose et c'est pas pour rien que les troubles alimentaires touchent beaucoup les femmes. Et je trouve que souvent, ouais, derrière le côté obsession corporelle, dans le sens je ne veux surtout pas grossir, je veux rester mince, peut suivre ensuite en vieillissant le oh là là, mon Dieu, il faut que je reste jeune, il ne faut pas que je vieillisse. Mais pour moi, on parle finalement de la même chose que tu vois. de toutes ces injonctions qui créent chez nous de l'obsession tout à l'heure je disais que t'avais quand même t'as l'air d'avoir beaucoup cheminé sur les derniers mois je suis curieuse de savoir jusqu'ici ce
- Speaker #1
qui t'a le plus aidé selon toi honnêtement ce qui m'a le plus aidé je pense c'est ma situation et de me retrouver sans pouvoir bouger D'un côté, ça m'a beaucoup porté préjudice parce que moralement, j'étais abattue. C'est très, très dur à vivre. Mais d'un autre côté, encore aujourd'hui, j'ai du mal à me dire que j'ai une mobilité qui est quand même très réduite et que je ne peux pas reprendre mes activités. Mais de me dire que, en fait, tu ne peux rien y faire. C'est comme ça. Et le mieux que tu peux faire, c'est apprendre. à prendre les choses comme elles viennent plutôt que de vouloir les changer. La situation, elle est ce qu'elle est. Ok, tu souffres. Ok, tu passes. T'as passé des semaines, des heures, des mois à pleurer. Ça ne va pas faire avancer les choses. Donc, en fait, la situation, elle est ce qu'elle est. Tu ne peux pas la contrôler. Tu ne sais pas quand est-ce que ça ira mieux. Donc, en fait, tu es là. T'es chez toi. T'es obligé de rester chez toi. Tu n'as rien à faire. Donc, maintenant, on fait quoi ? On se morfond jusqu'à la fin des temps, tu vois ? On fait quoi ?
- Speaker #0
Je vois plein d'échos à ce que tu dis, c'est marrant. Je trouve ça très juste. Et ça me fait penser à la relation au corps aussi, tu vois. où en fait, je trouve qu'il y a souvent une méprise, on confond un peu la notion d'acceptation avec un abandon un peu de soi. Non, c'est hors de question que je m'accepte comme ça, je déteste trop mon corps et tout. Mais c'est exactement ce que tu viens de dire à mon sens, c'est chaque matin, là, tu te lèves, ton corps, il est ce qu'il est. Peut-être qu'il ne te plaît pas. Mais en attendant, il est ce qu'il est et tu pourras faire tout ce que tu veux. Là, là, il ne va pas changer dans les heures qui viennent. Et puis, pour la plupart, on peut ajouter, en plus de ça, tu as essayé de le changer tellement de fois qu'en fait, il n'a eu de cesse que de grossir, finalement, plutôt, pour la majorité. Donc, finalement, ça ne marche pas trop, cette histoire-là. OK, donc, qu'est-ce qu'on fait, quoi ? Est-ce qu'on ne pourrait pas essayer de vivre une vie qui nous correspond le plus possible, avec ce corps-là tel qu'il est maintenant ? Et puis, on verra, advienne que pourra, mais arrêtez de mettre de l'énergie. En fait, ce que tu me disais, c'est... Je voyais quelqu'un qui s'agite, qui s'agite, tu vois, sur le côté « je ne peux plus bouger, je n'ai plus le droit de faire de sport » et genre « je m'agite, je m'agite, je m'agite, c'est l'enfer alors que je ne peux pas changer cette foutue situation » . Et c'est un peu pareil, je trouve, pour l'image du corps. Enfin, je ne sais pas ce que tu en penses.
- Speaker #1
Mais totalement. En fait, c'est exactement le lien que j'ai fait, de me dire que « en fait, tu ne peux pas changer ton corps. Pour le moment, tu as essayé, tu as vu que ça n'a jamais marché, que tu tournais en rond. » que tu te faisais plus de mal qu'autre chose, que tu prenais du poids, que tu n'étais pas en bonne santé. Donc, en fait, fous-toi la paix. En fait, je me rends compte que plus on veut contrôler, moins on arrive à contrôler. Et plus on se laisse tranquille et plus on est gentil avec nous-mêmes et on est dans l'acceptation de dire, écoute, c'est comme ça, ça va aller mieux. plus potentiellement on a de chances d'aller mieux. Et puis j'ai aussi ce truc de me dire, tu sais, je me sens très coupable par rapport à mes problèmes de genoux, parce que je me dis, bon j'avais déjà des pathologies de base, donc pendant longtemps j'ai fait attention, pendant longtemps j'ai évité le sport justement à cause de ça, et en fait je m'en veux aussi de me dire, mais en fait tu en es là aujourd'hui parce que tu en as trop fait. C'est de la surcharge, tu ne t'es pas écoutée en fait. Tu ne t'es pas écoutée parce que tu es debout toute la journée, puisque je travaille debout, donc tu es debout toute la journée, plus le sport, plus la marche, plus la danse. Tu ne t'es pas écoutée, tu en as trop fait, et c'est pour ça que tu en es arrivée là. Donc en fait, tu as tellement mal traité ton corps, tu ne t'es tellement pas écoutée, tu ne t'es tellement pas rendue compte de tout ce que ton corps te donnait, te permettait de faire, que là en fait, t'es punie. Là, t'en es à un stade où ton corps a besoin de repos. donne lui ce dont il a besoin,
- Speaker #0
écoute-le et en l'écoutant il te rendra service c'est un cheminement je te dis ça mais je pense pas ça tous les jours non mais c'est très juste effectivement ton corps à un moment donné lui il a stoppé effectivement parce que sans doute c'était plus possible c'est ça comment tu vas pouvoir reconstruire une relation différente finalement dans le fait d'habiter davantage ton corps
- Speaker #1
j'espère vraiment parce que je pense que en termes de sérénité c'est vraiment une nouvelle vie qu'on gagne quand on arrive vraiment à se détacher de tout ça quoi c'est sûr,
- Speaker #0
ça c'est clair donc ouais j'aimerais bien après j'allais dire évidemment je te le souhaite en même temps je vois pas pourquoi ce serait pas le cas tu me sembles en chemin à la fois en ayant compris, j'ai l'impression, pas mal de choses. Et au-delà de les avoir comprises, tu passes l'étape d'après qui, pour moi, change tout, celle de mettre concrètement en œuvre, d'expérimenter des choses, notamment avec les aliments. Tu te fais accompagner, donc voilà. Il y a une question que je me posais. Tout à l'heure, on a parlé très rapidement des proches sur le fait d'en parler ou non, où tu disais que non, ce n'est pas quelque chose dont tu as parlé. Mais je me demandais, dans la période que tu traverses, qui est quand même bien particulière, est-ce que ça a remis ça en mouvement ? Est-ce que tu en as parlé ou tu as eu envie d'en parler ? Et surtout, est-ce que ça change des choses aussi dans ta relation aux gens ? Et je pensais notamment à ta famille d'origine, qui quand même a insufflé tout un tas de choses dans le rapport au corps et à l'alimentation.
- Speaker #1
Alors, j'en ai parlé plus tard à mes amis de ces problèmes-là. Je n'en ai pas parlé pendant longtemps. Ils vont les parler un peu plus tard. Je pense que ça remonte peut-être, je sais pas, peut-être 6-7 ans, quelque chose du genre. Mais voilà, j'en ai juste parlé très brièvement et on n'en parle jamais. Et on sait juste qu'on ne fait jamais de repas ensemble et c'est tout. Parfois, quand j'ai des moments un peu plus difficiles, je leur en parlais aussi. Ma famille, ma mère le sait, mais elle n'est pas très à l'aise avec ça. Elle n'est pas très à l'aise avec ça. Et à côté de ça, c'est vrai que j'ai l'impression que quand c'est quelque chose de physique, c'est-à-dire que je vais plus facilement réussir à parler de mes problèmes ou de comment j'ai du mal à vivre le fait de ne pas pouvoir bouger, d'avoir mal aux genoux, etc. plutôt que ça. Je me sens beaucoup moins légitime. Je me sens beaucoup moins légitime, et dans ma famille, de toute manière, c'est pas possible. C'est vraiment pas possible. Ne serait-ce que par rapport à ma détresse physique, c'est pas très bien compris non plus. On va dire, mais pourquoi est-ce qu'elle se met dans ces états-là ? Il y a pire qu'elle, elle peut marcher. Difficilement, mais bon. Mais voilà, on ne va pas comprendre, tu vois. Oui,
- Speaker #0
mais aussi parce que cette détresse physique... Enfin, du coup, si tu me dis que toute la question de la santé mentale, elle est difficilement abordable, ben oui, du coup, là, c'est à ça que ça touche. C'est-à-dire que cette blessure, elle vient appuyer sur les troubles alimentaires, enfin, tu vois, sur tout un tas de peurs et de difficultés qui se jouent ailleurs que dans le genou, quoi.
- Speaker #1
Exactement. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Donc tu te confrontes à beaucoup d'incompréhension, tu dirais ?
- Speaker #1
De la part de ma famille, oui. Après, j'ai quand même de la chance parce que mes copines sont compréhensives. Vraiment. Même si parfois, elles ont du mal à se mettre à ma place ou à imaginer certains comportements. Mais en tout cas, elles font leur possible pour me soutenir.
- Speaker #0
C'est chouette.
- Speaker #1
Oui, c'est chouette.
- Speaker #0
Et comment tu... gère entre guillemets l'alimentation quand tu es en contact avec ta famille ? Alors peut-être que justement tu ne les vois que lors de ces banquets, j'ai envie d'appeler ça comme ça, mais dans des moments même plus quotidiens, on va dire.
- Speaker #1
Honnêtement, j'évite. J'évite au maximum de les voir. on se voit surtout, en fait, uniquement dans des contextes de repas.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et du coup, pour moi, ce n'est pas des bons moments, ce n'est pas des moments que j'ai envie de vivre, ce sont des moments qui me stressent, où je me dis, ça va finir en crise, ça va finir en crise, et c'est ce qui se passe, voilà.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et après, je pars dans une période assez longue, et en fait, je sais que ce n'est pas des choses que j'aime, de passer des heures à table, tu vois, vraiment, ça ne m'intéresse pas de passer des heures à table, ça ne m'intéresse pas d'attendre... Une, deux heures qu'on puisse commencer à manger. Enfin, je ne suis pas trop fan de ça. Je préfère aller au resto avec des copines, tu vois. Dans ces cas-là. Tu vois, petit à petit. Petit à petit. Très petit à petit. De me dire, bah tiens, pourquoi je n'irais pas au resto la semaine prochaine avec une amie, tu vois. Ou des copines. Plutôt que de me confronter à des repas de famille qui, je sais, vont être source d'angoisse pour moi, tu vois.
- Speaker #0
et pas forcément se souvenir de bon moment non plus tu vois ouais mais ça me semble important aussi d'être en mesure de repérer comme ça ce qui est facilitant ce qui au contraire est très challengeant et puis tous les ça c'est peut-être un peu difficile de le repérer mais il y a plein de raisons pour lesquelles c'est challengeant les repas de famille dans ces cas-là parce qu'en soi c'est des repas qui traînent en longueur il y a profusion de bouffe et tout ça et parce que Merci. les relations sont peut-être aussi anxiogènes. Et ça, souvent, c'est le plus difficile à repérer. Mais c'est quand même assez fréquent quand on souffre de boulimie ou d'hyperphagie. « Ah ben tiens, comme par hasard, quand je vais rendre visite à la famille, je rentre, je me tape mes pires compulsions. » « Ah tiens ! » Il y a quand même des petits indices aussi qui sont par ici. En fait, on a le droit aussi de juste choisir de moins y aller. Le temps de décortiquer tout ça, quoi. Ça fait partie du point de soin de soi aussi, quoi.
- Speaker #1
C'est clair, tu touches un point super important. Et c'est vrai qu'on a du mal à se dire que le problème vient peut-être de la relation qu'on peut avoir avec notre famille, tu vois. On a du mal à accepter l'idée et à se dire ça. Mais en fait... Comme tu dis, prendre soin de soi, c'est le maximum. Il y avait un repas de famille il y a quelques temps. Et j'étais super fatiguée. J'avais une longue journée. Je ne voulais pas y aller. Et du coup, on m'a prévenu un peu à la dernière minute. Et en fait, j'ai dit non, je n'y vais pas. Et en temps normal, lorsque je n'y vais pas, je crise quand même.
- Speaker #0
Ben oui.
- Speaker #1
Et je me sens encore plus coupable parce que je me dis, mais tu n'y es pas allée. Pourquoi est-ce que tu crises ? Tu vois, je veux dire...
- Speaker #0
Est-ce qu'il n'y a pas de la culpabilité aussi de ne pas y être allée, en fait, dans ces moments-là ?
- Speaker #1
Ouais, peut-être. Peut-être. Et aussi... plus de solitude, tu vois, de me dire je suis là, eux ils sont tous ensemble moi je suis là toute seule peut-être que j'aurais été mieux avec eux j'en sais rien, tu vois, je sais pas mais toujours est-il que cette soirée en question, j'ai dit non, je suis super fatiguée, je n'y vais pas je suis restée chez moi et j'ai passé une super bonne soirée, j'ai pas grisé j'ai pris ma douche, je me suis posée devant Netflix et franchement
- Speaker #0
j'étais au top et j'étais trop fière de moi mais oui c'est ce que j'allais dire c'est trop bien ces moments là il faut les ancrer, il faut les écrire quelque part ou que sais-je parce que vraiment ouais c'est important c'est trop bien.
- Speaker #1
Non mais c'est clair en plus c'est important ce que tu dis de les écrire parce que je l'avais totalement oublié, là ça vient de me revenir parce qu'on en parlait mais je l'avais zappé cette réussite tu vois alors que c'est trop important
- Speaker #0
Mais c'est hyper important parce que, justement, ça vient casser ce truc un peu systématique où jusqu'ici, de toute façon, tu y allais, tu crisais en rentrant, tu n'y allais pas, tu crisais. Et là, ça a ouvert la porte d'un fonctionnement différent, en fait. C'était venu te prouver que, ah ben non, ça peut être différent, en fait.
- Speaker #1
Oui, c'est clair.
- Speaker #0
C'est trop bien.
- Speaker #1
Se prouver qu'en fait, on voit les choses d'une certaine manière et que c'est pas pour ça qu'elles existent forcément. toujours de cette manière-là et qu'elles seront toujours de cette manière-là.
- Speaker #0
Mais oui, c'est clair. Mais en fait, pour moi, ça, c'est un peu tout le travail. Enfin, pour moi, un travail thérapeutique, finalement, même peut-être quel qu'il soit, c'est aussi être accompagnée à peut-être voir les choses un peu différemment, à se décaler, en fait, à chaque fois. Et dans le cadre des TCA, on a beaucoup, de croyances comme ça qui sont très ancrées, tu vois, de choses très fortes. qu'on a accumulé tout au long de la vie, souvent depuis l'enfance, même si ça ne vient pas de la famille directe, la société dans laquelle on vit. Et en fait, c'est apprendre à se décaler et à voir les choses un peu différemment. Ah, mais en fait, peut-être que cet aliment-là, il n'est pas grossissant en lui-même. Ah, mais en fait, peut-être que mon corps, il ne cherche pas à me piéger. Au contraire, peut-être qu'il cherche à me guider en m'envoyant tel et tel signaux. Enfin, tu vois, c'est que des petits décalages comme ça. Et du coup, c'est trop chouette.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. Ça nous fait adopter une nouvelle perspective, un nouveau point de vue et se dire, mais en fait, il y a d'autres réalités qui sont possibles et il y a autre chose. On est martelé depuis l'adolescence, on se martèle des idées en tête et la société nous... Enfin, il y a tellement des injonctions à la minceur et à tout, la minceur, la jeunesse, à convenir, à être pas trop bavarde, pas trop machin, pas trop ceci. qu'on n'arrive pas à se libérer de tout ça et à se dire que quoi qu'il se passe, c'est OK et on peut vivre avec, quoi. On entend bien.
- Speaker #0
On arrive déjà bientôt à la fin de notre échange qui est passé très vite, comme toujours. Et j'aime bien poser toujours la même dernière question où je propose à mes invités de s'adresser aux personnes qui sont peut-être en plein cœur des troubles alimentaires bien forts. Mais avant ça, avant cette dernière question, je veux m'assurer que tu aies pu aborder ce qui te semblait important d'aborder. Et du coup, voilà, j'ouvre. Si tu avais envie d'aborder des sujets et qu'on n'a pas été amenés à le faire, n'hésite pas.
- Speaker #1
Honnêtement, on a abordé le gros... le gros du sujet, qui est vraiment en fait se dire que notre corps il n'est pas là juste pour rentrer dans des normes, il n'est pas là juste pour rentrer dans un 36, pour être athlétique ou que ce soit, il nous donne en fait tellement, il nous permet de faire tellement de choses, et il nous parle aussi, et c'est tellement important de l'écouter, en fait c'est ça le message que je veux transmettre, c'est tellement important de s'accepter. de s'aimer et de se rendre compte de tout ce que notre corps nous permet de faire et qu'en fait, il est bien plus heureux quand il mange ce qu'il a envie de manger finalement.
- Speaker #0
Chouette. Est-ce que tu aimerais ajouter quelque chose spécifiquement pour les personnes, comme je disais, qui sont peut-être en pleine guerre à la DTCA ? Ou est-ce que ça répondait aussi à cette question ?
- Speaker #1
Alors, pour ces personnes-là, et je m'inclus aussi dedans, parce que la bataille n'est pas terminée, mais pour ces gens-là, je leur envoie plein, plein, plein, plein de courage, se dire qu'il y a une issue possible. Enfin, vraiment, quand je regarde il y a quelques années, quand je regarde maintenant, je me dis, ça prend du temps, c'est très long, mais ça peut vraiment aller mieux, et il ne faut pas se décourager, et si ça ne marche pas, c'est peut-être pas la bonne technique, c'est peut-être pas le bon moment, c'est peut-être pas le bon thérapeute, et ça veut pas dire que ça sera là pour toujours.
- Speaker #0
Ouais, c'est clair. Ouais, ouais, c'est vrai. Merci beaucoup de le dire, et tout à l'heure, tu as dit quelque chose, je sais plus comment tu l'as dit, mais peu importe, t'as nommé le fait de voir le chemin parcouru, et là, en fait, encore une fois, tu le faisais aussi en disant « Tiens, quand je vois, il y a des années » , et ça, c'est hyper précieux aussi, parce que... Parce que quand on développe un trouble alimentaire, souvent on a une petite base perfectionniste aussi, tu vois.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Cette petite base-là, elle peut avoir tendance à nous faire regarder toujours ce qu'il reste à parcourir. Ah ouais, mais j'en suis pas encore si, ou là. Aussi à envisager la guérison comme quelque chose d'un peu trop parfait. Et que regarder le chemin parcouru, regarder tout ce qu'on a déjà fait, en fait, toute l'évolution, c'est tellement important en fait. Donc c'est trop cool que tu le redises aussi.
- Speaker #1
Non, c'est clair, tu as totalement raison. De voir d'où on vient, de voir à quel point est-ce que on a pu se rendre compte de plein de choses, à quel point est-ce qu'on a pu avancer dans notre parcours de guérison, c'est super important. Et comme tu le disais aussi, célébrer toutes ces victoires, les noter sur un papier, ça, on n'y pense pas toujours, mais c'est trop important. C'est trop important.
- Speaker #0
Carrément. Merci beaucoup Sophie.
- Speaker #1
Merci à toi Flavie.
- Speaker #0
Pour cet échange, pour tout ce que tu as livré. C'est trop trop cool. Je te dis un immense merci.
- Speaker #1
Merci à toi, ça m'a fait très plaisir d'échanger avec toi.
- Speaker #0
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