Speaker #0Bienvenue dans TCA etc, le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Milsono et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation Peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie. Les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute. Et me voici pour un nouvel épisode de TCA etc. sur le thème des... peurs. Des peurs en lien avec le trouble des conduites alimentaires. On a parlé de la peur de grossir, on a parlé de la peur d'avoir faim, on a aussi parlé de la peur de manquer. Et aujourd'hui j'avais envie qu'on parle de la peur de guérir. C'est vraiment une peur, bon déjà très présente, mais qui est tellement ambivalente. Parce que quand on vit avec un trouble alimentaire, je crois qu'il n'y a pas grand chose qu'on désire plus que d'en sortir. Et à la fois... On peut avoir, souvent, on a aussi peur, voire très peur d'en sortir. Donc ça me semblait important de pouvoir aborder cette peur-là avec vous et d'essayer de fouiller à l'intérieur, regarder ce qui se cache dans cette peur de guérir. Parce que je pense que pour beaucoup d'entre vous, c'est déjà une étape qui n'est pas facile de comprendre pourquoi, en fait, vous avez cette peur-là, alors qu'elle vous paraît... Peut-être même carrément étrange, en fait, puisque vous avez vraiment envie d'en sortir. Et d'ailleurs, j'ouvre déjà une parenthèse, ça commence, sur le fait que c'est pas parce que vous avez peur de guérir que ça voudrait dire que vous ne mettez pas tout en oeuvre pour guérir ou que du coup, vous le voulez pas vraiment et que c'est pour ça que ça va pas mieux. Et je suis un peu agacée et énervée en disant ça parce que certaines d'entre vous m'ont déjà rapporté que des professionnels leur avaient renvoyé ça. Donc des professionnels sans doute pas outillés. pour vous aider, ou juste ce professionnel-là, même en étant bien outillé, ça n'a pas matché, ça n'a pas pu fonctionner, il n'a pas pu vous aider, mais je trouve ça pas cool de renvoyer le truc sur la personne en mode, non mais en fait, bon, peut-être que vous n'aviez pas vraiment envie de guérir. Et du coup, si en plus vous vous autorisez à témoigner de cette peur de guérir, voilà, ce serait quand même horrible que ça puisse être utilisé contre vous en mode, ah oui, bon, bah en fait, vous n'en avez pas vraiment envie. Au secours ! D'ailleurs si un ou une professionnelle vous dit ça, moi je vous conseille de changer de professionnelle. Je suis un peu radicale mais en même temps c'est bon, on n'a plus de temps, d'argent à perdre, voilà quoi. Bref, je ferme cette petite parenthèse, vous voyez ça commence fort. Donc, cette peur de guérir. J'ai réfléchi à ce qui pouvait se trouver derrière et j'ai trouvé cinq choses qui me sont venues. Je ne dis pas que c'est exhaustif, peut-être qu'il y a des choses auxquelles vous vous pensez et auxquelles moi je n'aurais pas pensé. Et d'ailleurs dans ces cas-là, n'hésitez pas à m'écrire, moi ça vient vraiment nourrir mon contenu, ma pratique, tout quoi. Donc n'hésitez vraiment pas. La première chose à laquelle j'ai pensé, elle est un peu basique, mais elle mérite vraiment d'être nommée je pense. On peut avoir peur de guérir de son trouble alimentaire parce que c'est ce qu'on connaît, c'est notre quotidien. Encore plus quand on connaît ça depuis très longtemps. Les femmes que j'accompagne sont des femmes qui vivent avec des troubles alimentaires depuis environ 20 ans. Des fois moins, des fois c'est 10 ans. Mais très souvent c'est 20 ans, voire 30 ans de troubles alimentaires. Bah, ça a beau être ultra relou, ça reste ce qu'on connaît. On se connaît dans ce fonctionnement-là. Et je vais aller un peu plus loin, et ça va peut-être vous paraître un peu bizarre de dire ça, mais... Non seulement on connaît ça, mais on est encore en vie. C'est-à-dire que notre cerveau, il traite les informations, il fait des relations de cause à effet, et mine de rien, il constate qu'il y a des choses difficiles à vivre avec ce trouble alimentaire, mais il n'empêche que jusqu'à aujourd'hui, on est en vie. On a trouvé un fonctionnement, on fonctionne finalement avec le trouble alimentaire. Donc pourrait venir une petite conclusion que finalement, c'est peut-être pas si mal, et peut-être qu'on en a besoin. de ce truc-là pour rester en vie. Et alors c'est génial parce que je m'offre à moi-même les transitions parfaites, et je ne l'avais pas prévu, puisque le deuxième point que je voulais aborder, c'est celui-ci. On croit en avoir besoin. Alors... Je vais tout de suite faire une précision, peut-être qu'on en a eu besoin, réellement. En tout cas, le trouble alimentaire, il a une fonction. On ne développe pas ce rapport-là à son corps et à la nourriture, comme ça, pour rien. Donc il y a une fonction à ça. Et peut-être même qu'il y a eu une fonction vraiment très protectrice et de survie à certaines étapes de votre vie. Et encore une fois, moi, les femmes que j'accompagne et vous qui m'écoutez, je pense qu'il y a des très jeunes personnes, en témoigne d'ailleurs Manon que j'ai reçue il n'y a pas longtemps sur le podcast. Mais je pense que mon auditoire est quand même plutôt un auditoire adulte. Et donc, voilà, en lien aussi avec les personnes que j'accompagne qui ont des TCA depuis très longtemps. Et donc, ce dont vous avez eu besoin au moment du développement de votre TCA ? Ou à d'autres moments d'ailleurs, parce qu'il y a le moment du développement, et puis il y a des phases un peu fortes, ça peut évoluer un peu par vagues aussi ce trouble alimentaire. En tout cas, il y a des moments où ça a pu vraiment servir, avoir une utilité, permettre de traverser des moments de la vie. Et je crois que c'est important de le voir et de le reconnaître, aussi pour ne pas se flageller outre mesure sur le fait d'avoir ce trouble alimentaire. Je vais... Encore ouvrir une parenthèse, mais on est dans une société très individualiste et cette société individualiste, elle a aussi une autre conséquence au-delà de nous faire nous sentir très seuls, c'est aussi de nous surcharger d'une responsabilité individuelle. On aime bien voir les choses sous un prisme très individuel. Moi, je ne crois pas que ça fonctionne comme ça et pour l'exemple précis dans lequel je suis là, ça voudrait dire que tu es responsable. Tu développes un TCA, tu as un TCA, tu n'en guéris pas, c'est ta responsabilité. Tu as un corps qui est en dehors des normes établies par une société complètement cinglée, ouais mais c'est ta responsabilité en fait de ne pas rentrer dans le moule. Certains y arrivent, pourquoi pas toi ? Tout ça c'est toxico-possible. Et donc ce trouble alimentaire, il est aussi en lien avec toute une histoire de vie, toute une société, toute une culture. On ne peut pas voir un trouble alimentaire... sans élargir le prisme et regarder dans ces différents niveaux. En fait, c'est comme des strates qu'on passe pour comprendre. Et donc, en regardant les choses de cette manière-là, on comprend bien que non, ce n'est pas juste de ta responsabilité, ni au moment du développement, ni maintenant. Par contre, il y a quelque chose qui a très certainement changé, c'est que si tu as un TCA depuis 20 ans, tu n'es plus la même personne qui a 20 ans. Et puis, même si tu as développé un TCA, je ne sais pas, il y a 5 ans, parce que tu as vécu tel événement, Parce que, attention, je me corrige, c'est jamais une relation de cause à effet linéaire et toute simple. Donc c'est pas parce que, c'est en lien avec cet événement, entre autres. En tout cas, ce que je veux dire, c'est qu'il y a des moments de vie où on a besoin de béquilles, et que parfois ces béquilles-là, elles s'appellent aussi troubles alimentaires, mais qu'aujourd'hui, tu n'es pas la meuf d'il y a 20 ans, la meuf d'il y a 5 ans, la meuf d'il y a 30 ans. Mais même celle d'il y a 6 mois. Et donc en fait, tu as développé des ressources. qui peuvent te permettre de sortir de ce truc-là. Et en fait, aujourd'hui, c'est pas parce qu'à un moment donné, le trouble alimentaire a eu une fonction, qu'aujourd'hui, il a toujours cette même fonction, et qu'aujourd'hui, tu en as réellement besoin dans ta vie. Donc je pense que c'est aussi très piégeant de voir les choses sous ce prisme, et c'est intéressant de la regarder, en fait, si elle existe, cette peur. La peur de... de ne plus avoir le TCA alors qu'on a l'impression d'en avoir besoin. Alors ça, c'est en avoir besoin d'un point de vue un peu théorique, où en fait on prend de la hauteur. Mais je vais en parler aussi d'une manière un peu plus factuelle. Je pense que beaucoup d'entre vous pensent avoir besoin du trouble alimentaire pour vivre la vie en fait, telle qu'elle se présente. C'est-à-dire que vous avez des jobs stressants, vous avez peut-être même des vies personnelles stressantes, avec des familles pressurisantes, avec... Peut-être des embrouilles avec votre conjoint, votre conjointe, avec les gamins qui sont difficiles, voilà, peut-être tout un tas de choses. Et vous avez peut-être la sensation que d'avoir un trouble alimentaire, ça vous permet de survivre dans cette vie-là, que ce soit dans un truc très très contrôlant, voilà, en mangeant quasiment rien, ou que ce soit par le biais des crises, que vous voyez comme une espèce de décharge émotionnelle, et vous vous dites, bah ouais, mais en fait, j'ai besoin. du trouble alimentaire pour survivre. En fait, si tu m'enlèves ça, je ne peux pas. La vie est trop compliquée et finalement, je ne peux pas survivre avec ça. Ce que j'ai envie de répondre précisément sur ce point-là, c'est que c'est faux. Et voilà. Non, je vais développer un peu plus. Je pense que c'est un leurre. Et je pense qu'on oublie trop de voir la charge que représente le trouble alimentaire. Ça me rappelle une jeune femme que j'ai accompagnée avec de la boulimie vomitive et qui, voilà, justement, me parlait de sa vie et du stress et du travail, etc. Et de à quel point... Les crises de boulimie, puis les vomissements, avaient une utilité finalement, et qu'elles ne voyaient pas comment elles pouvaient gérer le niveau de stress sans passer par ce moment où ça pète, ça sort par le biais de la crise. Sauf que si on décortique son niveau de stress ambiant, permanent, quotidien, on se rend compte qu'une grande partie est causée par le trouble alimentaire. Et ça, on a trop vite fait de l'oublier. Pourquoi ? Parce qu'avant les crises, il y a tout le système restrictif. Et qu'en fait, à peine levé, il y a une interdiction de manger. Déjà, je mets au défi n'importe quel être humain de vivre sa vie normalement alors qu'il s'interdit de manger. Interdisez-vous de respirer, interdisez-vous de boire, interdisez-vous d'aller uriner. Vous allez voir comment vous n'allez pas bien vivre, comment vous allez passer une sale journée en fait. Pourquoi ? Parce que vous allez à l'encontre de vos besoins primaires. Donc comment est-ce que vous pourriez vous concentrer ? Comment est-ce que vous pourriez... endosser ou gérer le stress, même si j'aime pas ce mot-là, la digestion, comment est-ce que vous pourriez traverser tout ce que vous avez à vivre émotionnellement alors que vous cherchez à vous priver de manger. Et donc voilà, il y a toute cette charge mentale de « faut pas que je mange, faut pas que je mange ça, je suis trop grosse, faut que je me pèse, faut que je machin » qui pèse sur les épaules bien avant le stress du boulot, des collègues, du mec, des enfants. Et en fait ça, ça vient juste se surajouter, mais à un niveau de stress qui est déjà beaucoup trop élevé. Et donc quand vous vous dites, toi, mais moi j'ai besoin du TCA pour gérer ma vie actuelle, ben c'est un leurre, parce qu'en fait vous avez besoin du TCA pour gérer votre TCA. Ça revient en fait à dire ça. C'est-à-dire que c'est tellement stressant ce que vous vous imposez avec le trouble alimentaire que vous avez besoin du trouble alimentaire pour le gérer. Je vous laisse là-dessus, je vous laisse méditer là-dessus. Le troisième point. Je pense que pas mal de personnes qui vivent avec un trouble alimentaire ont peur... dans la guérison, d'y perdre quelque chose d'un peu identitaire. Finalement, comme si le trouble alimentaire faisait partie de l'identité de la personne, que ce n'était plus simplement quelque chose de momentané, qu'on traversait, une pathologie qui venait, mais quelque chose de très identitaire. Je pense que ça s'explique de différentes manières. Déjà... je l'ai dit, c'est malheureusement un trouble qui a une tendance à se chroniciser. Donc quand on vit avec un trouble depuis 20 ou 30 ans, on peut avoir l'impression que c'est une partie de nous, une partie de notre identité. On a aussi le fait qu'on a des traits psychologiques qu'on retrouve fréquemment dans les troubles alimentaires. Je ne suis pas capable de vous dire qui de l'œuf ou de la poule. Si je prends le trait perfectionniste, est-ce que Le fait de développer un TCA nous rend complètement zinzin du perfectionnisme, ou est-ce qu'on est perfectionniste quasi zinzin, et que du coup on vient loger un TCA sur cette base-là ? A priori, je dis que je ne suis pas capable de vous dire qui de l'oeuf ou de la poule, disons que j'ai plutôt envie d'être dans un truc nuancé qui fonctionne à double entrée, mais on sait quand même qu'il y a des traits de personnalité qui peuvent induire... un peu plus facilement l'arrivée d'un trouble alimentaire. Mais là où j'ai envie de nuancer, et je ne vais pas ouvrir une trop longue parenthèse là-dessus, c'est que ce trait de personnalité perfectionniste, en fait, il est quand même très souvent en lien avec une histoire de vie, avec parfois des traumas, et notamment des traumas relationnels dans l'histoire de vie et notamment dans l'histoire de l'enfance, l'adolescence. Et puis c'est un trait qui touche... énormément les femmes, pas exclusivement, mais d'ailleurs, les troubles alimentaires touchent très majoritairement les femmes. Et ce très perfectionniste-là, il y a des études qui ont été faites, notamment quand on regarde la façon de postuler à un nouveau job entre les hommes et les femmes, c'est flagrant, c'est très différent. Donc il y a une recherche de perfection chez les femmes qui est bien plus forte en lien avec une éducation, en lien avec... une société qui nous construit de cette manière-là. C'est pour ça que on dira, bah oui, on développe un peu plus un TCA quand on a une personnalité de type perfectionniste. Oui, mais pourquoi on a une personnalité de type perfectionniste ? Et en fait, tout ça finalement, moi je le vois plus comme des prismes, des espèces de ronds qui se rencontrent à certains endroits et jamais de façon très linéaire comme une ligne droite qui dit, t'es comme ça, il y aura ça et c'est jamais aussi simple. Donc en attendant, finalement, ce trouble alimentaire, il peut s'insérer comme ça sur différents pans de la personnalité et s'accrocher tel une moule à son rocher et à tel point qu'on ne sait plus qui est la moule, qui est le rocher. C'est-à-dire qu'il y a quelque chose d'un peu identitaire qui s'installe. Derrière ça, il y a aussi le fait qu'on parle de l'objectif d'une vie. C'est-à-dire que quand tu es dans un trouble alimentaire, tu es dans quelque chose d'obsessionnel. Sur le fait de maigrir ou de ne pas grossir, et donc sur le fait de surveiller ton corps, surveiller ce que tu manges. Bon, ça prend beaucoup de place. Les personnes qui vivent avec un TCA en témoignent, ça prend toute la place, ou presque. Donc en fait, se dire tiens je vais guérir de mon trouble alimentaire, tu m'étonnes qu'on se dise mais je suis qui moi si je n'ai plus ça ? Puisqu'en fait c'est quoi mes objectifs de vie ? Si tout d'un coup mon objectif principal n'est plus d'être mince ou pas trop grosse ou d'atteindre enfin tel poids ou de perdre enfin 3 kilos ou de, voilà, comme je le fais depuis 5 ans, 10 ans, 20 ans, 40 ans, ben finalement, qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que je vise comme objectif ? Qui je suis ? Enfin, voilà. Et puis il y a autre chose pour moi, là, qui s'insère dans la perte identitaire, c'est la question du masque social. Quand on souffre d'un TCA, on a souvent quelque chose de très fort dans le masque social, dans ce qu'on donne à voir aux autres. Quand je suis devant les autres, je passe peut-être pour la nana sportive, healthy, qui est du coup hyper saine, qui va bien, oh waouh, voire même les gens m'envient. Waouh, t'as tellement de chance ! Les gens ne savent pas que quand je rentre chez moi, je me jette sur toute la bouffe, je m'arrête au Carrefour City en passant, j'achète tout ce que je peux. Je me remplis et je me fais vomir et je me déteste et je passe une nuit de merde et le lendemain je me promets de pas manger etc etc et je vis un enfer et je me déteste et on me voit comme la meuf Elsie alors que j'ai rien d'Elsie, je prends pas du tout soin de ma santé, bien au contraire en faisant ça et du coup je me sens comme frauduleuse, comme une menteuse. Donc là il y a un masque social mais qu'on peut ne pas avoir envie de perdre, on n'a pas envie de perdre cette image de cette nana. Il peut y avoir aussi un autre type de masque social. Chez des personnes qui vont être considérées en surpoids, voire en obésité, et qui ont un rapport très troublé à leur image, à leur corps, à l'alimentation, peuvent se faire passer pour des nanas qui vont bien, qui s'assument. Je déteste ce terme. On n'assume pas un corps, en fait. C'est quoi ce truc ? Bon, je ferme la parenthèse. Mais du coup, cette nana joviale, toujours de bonne humeur, hyper souriante, qui ne laisse absolument rien passer de ce qu'elle vit. Et donc, voilà, là aussi, on s'est construit une identité. Et donc, finalement, guérir du trouble alimentaire, puisqu'on a construit tout un masque social pour masquer le trouble alimentaire, eh bien, qui je suis, finalement, quand j'enlève ça ? Qui je suis sans le TCA ? Et donc... Est-ce que je peux enlever mon masque social ? Qui je suis sans ce masque social ? Pour faire une réponse à cette peur-là, en quelques mots, quelques mots alors que ce serait très long, mais justement je trouve que c'est compliqué d'y répondre juste sur un épisode de podcast, et en plus c'est tellement propre à chaque personne. Ce que j'ai envie de vous dire, c'est que malgré ce que vous ressentez, le trouble alimentaire, ça n'est pas vous. Encore une fois, c'est une béquille, c'est quelque chose presque comme un objet en fait qui est venu prendre place dans votre vie parce qu'à un moment donné, peut-être qu'il avait une utilité ou peut-être même jamais vraiment. En tout cas, il y a tout un travail de déconstruction que vous allez faire en étant potentiellement accompagné. Vous allez travailler sur ces choses-là et vous allez pouvoir aller à votre rencontre aussi derrière ce trouble alimentaire. Vous allez pouvoir aller retrouver de l'espace, retrouver de la place pour rencontrer qui vous êtes. N'ayez pas peur d'aller rencontrer qui vous êtes parce que franchement ça va être génial. En fait, des fois il y a une peur un peu de savoir qui on est et peut-être d'être déçu finalement d'aller à sa rencontre et de se dire mais en fait je suis une coquille vide. Non, non, non, non, n'ayez pas peur. C'est en travaillant, en déconstruisant que tout ce travail identitaire, il va se poursuivre. Et en fait, votre identité, de toute façon, elle s'est construite au fil de ces années. C'est juste que vous ne vous laissez pas la possibilité de vous rencontrer, et une identité, ça continue de se construire en fait, c'est quelque chose de très mouvant au fil du temps. Donc n'hésitez pas à y aller. Et justement, ça va encore me faire une très belle transition par rapport au point d'après, qui est la peur du vide. Parce qu'en fait, pas mal de personnes, ça je l'entends beaucoup, ont peur du vide sans le trouble alimentaire. On en revient un peu à qui je suis finalement sans le trouble alimentaire, mais... Qu'est-ce qui va se passer ? Et est-ce que je ne vais pas juste être confrontée au grand vide ? Parce que finalement, bah ouais, le TCA prend toute la place, mais il prend tellement toute la place que si je l'enlève, il ne reste plus rien. Première réponse que j'ai envie de vous faire, que je dis souvent à des personnes que j'accompagne, c'est un peu basique mais c'est important de le savoir, c'est que la nature a horreur du vide. Mais à tel point que, je ne sais pas si vous le savez, mais quand on est cérébro-lésé, quand on peut se retrouver avec des lésions cérébrales, Donc des parties de notre cerveau qui ne fonctionnent plus bien, sachant que notre cerveau est divisé en différentes parties et chacune a des fonctions bien spécifiques, chacune a son rôle bien spécifique. Et ce qu'on observe, c'est que des parties du cerveau qui n'étaient pas du tout destinées à ça, peuvent prendre le relais et faire le boulot d'une autre partie qui serait lésée. Pourquoi je vous dis ça ? Pour vous montrer que la nature et l'humain a horreur du vide. Donc en fait, la place que le TCA va laisser, que vous allez laisser en guérissant du trouble alimentaire, elle va être remplie de plein de choses. Ne vous en faites pas. Peut-être même un peu trop vite finalement à votre goût. En fait, il n'y a pas de « je suis en train de guérir, oulala, il y a un grand vide et puis petit à petit ça se remplit » . Non, en fait, c'est complètement invisible. Et peut-être juste vous allez vous demander et très certainement même au bout d'un moment, vous allez regarder la vous d'avant en disant « comment je faisais ? » . Comment je faisais pour avoir la même vie ? Ma vie, elle est hyper remplie, mais me charger d'un trouble alimentaire parce qu'en fait, je ne vois pas où j'avais le temps de m'ajouter tout ça. Donc déjà, premier truc, la nature n'aime pas le vide. Mais surtout, parce que ce truc du vide, beaucoup de personnes ont l'impression de remplir un vide, notamment dans les troubles alimentaires compulsifs. Il y a aussi autre chose que je dis très souvent. C'est que ce vide que vous ressentez, souvent dans vos tripes là, en fait c'est le TCA qui le creuse. C'est pas vous avez ce vide là et vous avez besoin de le remplir avec la bouffe. Très souvent, le TCA, ou en tout cas, il empire les choses. Moi je le vois vraiment comme un espèce de tractopelle dans vos tripes là, qui est en train de creuser, Et autre chose que j'ai envie de vous dire, c'est que je me demande si cette peur du vide, c'est pas en fait la peur du plein, du... trop plein. Et là, quand je dis ça, je parle des émotions. Et là, je refais le lien avec le point d'avant où je vous parlais du fait de vous rencontrer identitairement. En fait, le trouble alimentaire, quand on parlait de sa fonction et tout, il a souvent une fonction d'évitement, quand même. C'est à ça que ça sert, dans beaucoup de cas. Éviter des émotions, éviter d'aller regarder, d'aller ressentir, de traverser ce qu'il y a à traverser. Et encore une fois, attention, je ne vous dis pas ça pour culpabiliser, peut-être qu'il y a eu des moments où heureusement qu'il y a eu ça, ça vous a permis de le traverser sans être complètement dévasté et sans vous écrouler. C'est juste que maintenant vous pouvez, maintenant vous pouvez traverser. Et finalement, quand on a cette peur du vide, peut-être qu'on a peur du vertige, d'aller se rencontrer, du vertige d'aller ressentir tout ce qu'on a à ressentir, du vertige... Que ça peut représenter, au lieu de contrôler à fond tout ce qu'on va manger, tout ce qu'on va faire, tout ce qu'on va dire, au lieu de se jeter sur la bouffe pour se remplir, juste regarder ce qu'il y a là maintenant, ressentir. Putain, je suis en colère, putain mais je suis triste, je me sens tellement mal. Et de traverser ces émotions-là. Dit comme ça, on a l'impression que ça pourrait être un espèce de switch, tiens, ça y est, là hop, t'arrêtes de tout contrôler et tu ressens, t'arrêtes de faire une crise et tu ressens, non. C'est vraiment un travail au long cours pour moi, enfin au long cours. Moi je propose des thérapies brèves, donc finalement quand j'accompagne quelqu'un ça dure, c'est 6 mois max quoi généralement, donc au long cours moyen. même si les personnes, après la fin de notre accompagnement, bien sûr, elles continuent de cheminer, elles continuent de construire ces trucs-là, mais je veux dire, aller rencontrer ça, c'est pas forcément que ça prend tant de temps que ça. Quand je dis long cours, c'est vraiment... C'est un petit travail de fourmi, en fait, qui se fait petit pas après petit pas, et qui, du coup, a l'avantage de pas être violent, brutal, et c'est vraiment pas le but, quoi. Mais sachez que ça a cet effet-là aussi, de lever Les fonctionnements du TCA, ça vous fait vous rencontrer dans ce que vous ressentez, ça vous fait vous rencontrer et vous légitimer là-dedans. Parce que l'évitement, il est aussi souvent en lien avec ça, parce que vous ne vous donnez pas le droit de penser ce que vous pensez, de ressentir ce que vous ressentez. Et la dernière peur qui m'est venue en pensant à cette peur de guérir... C'est une peur un peu plus factuelle, on va dire, qui est de ce que pourrait devenir votre corps. Je pense que pour un certain nombre de personnes, envisager d'aller mieux, c'est donc potentiellement prendre du poids. Et dans la tête de certaines, c'est forcément prendre beaucoup de poids. Parce qu'il y a une pensée un peu binaire quand même dans le trouble alimentaire. Et que du coup, se dire, non mais en fait... Là, si j'arrête de tout contrôler, je prends 30 kilos, bah non, c'est non. Tant pis, c'est l'horreur, mais je préfère contrôler. Vraiment, je sais à quel point on peut être dans cette pensée-là, mais en fait, là, c'est pas une pensée de guérison. C'est une pensée de trouble alimentaire. On est encore dans ce truc binaire de soit je contrôle, soit je grossis, ce qui est complètement faux. En fait, sortir du trouble alimentaire... C'est sortir de ce contrôle rigide et obsessionnel du corps et de la nourriture, mais ça ne veut pas dire que c'est le chaos, que c'est n'importe quoi, que ça ne ressemble plus à rien, qu'on mange n'importe quoi, qu'on ne prend plus soin de sa santé, pas du tout. Donc déjà, ça peut être important quand même de l'entendre, d'avoir ça en tête, de se dire que ce n'est pas binaire, soit je reste dans ma situation actuelle, soit je prends énormément de poids. Il y a des personnes même qui ne prennent pas de poids. Après, il y a aussi la réalité de... T'es au fin fond de l'anorexie, là, et avec un IMC ultra, ultra bas, bah oui, tu vas prendre du poids, en fait, en guérissant. C'est souhaitable, en fait. Ton corps, il peut pas fonctionner, survivre là, au long cours, comme il est. Donc oui, c'est souhaitable de prendre du poids. Donc ça dépend aussi d'où on se situe, et ça a vraiment son importance, parce que... Même si moi et n'importe quel professionnel, on ne peut pas prédire en fait ce qui va se passer et comment va bouger le poids et puis ensuite où est-ce qu'il va se stabiliser, on sait que quand même le poids, le corps va chercher à être dans un poids proche du poids d'équilibre et de trouver un équilibre à cet endroit-là pour fonctionner au mieux. Mais, je le redis, on ne peut pas prédire de ce qui va se passer. Et puis... Je sais que vous qui m'écoutez, vous avez beaucoup peur de grossir. Et pourtant, moi, quand j'accompagne des gens, on se rend compte que sur le chemin de guérison, ce qui peut être le plus difficile à gérer, en fait, c'est la perte de poids, plus que la prise de poids. Donc là encore, ça vient nous apprendre une bonne leçon, c'est qu'on ne peut pas prédire de ce qui va se passer, et puis surtout de là où seront les vraies difficultés et de comment on va vivre, gérer le truc. Mais au-delà de la question de maigrir, grossir, etc., je crois que derrière cette question-là, dans la peur de guérir, il y a la question du deuil, du deuil du corps idéal. Parce que je pense que chez chaque personne qui a un TCA, il y a la poursuite d'un corps idéalisé. Et il est très différent d'une personne à l'autre. D'ailleurs, ça me fait penser à des femmes qui, en début d'accompagnement, me disent « Mais non, mais moi Flavie, oh là là, il y a longtemps que je rêve plus d'être mince, franchement, j'en aurais même pas envie. Non, mais ce serait, tu vois, perdre par exemple juste 10 kilos, ne plus être là, mais plutôt là, voilà. » Et donc effectivement, le curseur, il n'est pas mis ou il n'est plus mis au même endroit. Mais malgré tout... Il y a un deuil potentiellement à faire. Il y a un deuil au moins dans l'objectif central qu'est cette perte de poids dans la vie. Le deuil de mettre ton corps au centre et faire que ce soit le plus important chez toi, pour toi, et selon toi, de ce que regardent les gens chez toi. J'ai cette femme qui me dit « Non, mais moi j'aurais juste perdu 10 kilos » . En vrai, peut-être qu'elle va aller perdre ses 10 kilos quand elle aura trouvé un comportement alimentaire serein, mais peut-être pas, peut-être que ce ne sera pas possible. Mais dans tous les cas, moi j'ai envie de l'accompagner sur cette question de deuil du corps idéalisé et deuil de l'objectif principal d'une vie, parce qu'il est question de ça. Et si ton corps reste l'objectif principal de ta vie, alors je vois pas trop comment tu pourrais vraiment sortir du trouble alimentaire. Et du coup, j'ouvre une petite parenthèse, mais ça me fait penser à un certain nombre de personnes, je trouve qu'il y en a beaucoup, moi j'en vois beaucoup sur les réseaux. qui se disent accompagner les troubles alimentaires en promettant de la perte de poids, avec des objectifs physiques et tout. Enfin, je veux dire, pour moi, c'est impossible, en fait. Ça ne fonctionne pas. C'est profondément antinomique. J'avais fait un reel où je disais que, pour moi, dire à quelqu'un « Viens, je vais t'aider à guérir des TCA tout en perdant du poids » , c'est comme vouloir soigner le cancer des poumons tout en étant buraliste et en vendant du tabac à tout le monde. Il y a vraiment quelque chose, alors déjà en termes d'éthique, moi, qui me pose problème, mais à la limite, si ça pouvait fonctionner, pourquoi pas, chacun son éthique, j'ai envie de dire, c'est vraiment finalement pas tant le problème que ça, c'est vraiment le fait que du coup, c'est le nœud du problème en fait, c'est le nœud du problème, ce rapport au corps, le corps-objet, le corps au centre de la vie, etc. Je ferme cette parenthèse et je vais aussi aller tranquillement vers la conclusion de cet épisode. Je trouve que quand on décortique, comme on l'a fait là, la peur de guérir, on se rend compte qu'il y a vraiment une complexité derrière tout ça. Enfin, je trouve que ça touche à plein d'enjeux différents. Et j'espère que... Le fait de visualiser tous ces enjeux, j'espère vraiment que ça ne vous aura pas fait ressentir une forme de découragement en disant « oh là là » , mais plutôt quelque chose d'apaisant, plutôt en termes de « c'est tout à fait légitime de ressentir ça » , parce qu'il peut y avoir plusieurs peurs qui se cachent derrière, mais chacune de ces peurs, prises isolément, ce n'est vraiment pas un si grand obstacle que ça. Et finalement, en avançant petit pas après petit pas, C'est des choses qui diminuent d'elles-mêmes dans le quotidien. C'est-à-dire que votre parcours de soins, ça ne veut pas dire que vous allez devoir escalader chacune de ces peurs dans la difficulté. Il y en a peut-être que vous allez laisser derrière vous sans même vous en rendre compte. Et c'est à un moment donné, vous vous retournerez en disant « Ah ouais, c'est marrant. » Je me souviens que j'avais peur que ça laisse un vide de sortir du trouble alimentaire. et là je me rends compte que ça fait 4 mois que j'ai pas eu une seule compulsion, que je suis plus dans ce contrôle obsessionnel de ce que je mange, et waouh quoi, je suis à l'inverse de ressentir un vide quoi, je ressens une forme de plénitude. Donc voilà, c'est plutôt là-dessus que j'ai envie de conclure, sur le fait que c'est vraiment totalement légitime de ressentir cette peur de guérir alors qu'on a très envie de guérir. Ça veut pas dire que vous êtes pas prête ou je sais pas quoi. Ça veut dire que vous êtes un être humain avec toute sa complexité et donc c'est ok. Et sachez que cette peur-là, comme toutes les autres, toutes celles que je tente d'aborder là dans le podcast, eh bien en fait, on peut avancer avec ces peurs-là et finalement les faire taire petit à petit jusqu'à se dire « Ah oui, tiens, c'est vrai, ça faisait partie de ma vie » . Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent... Ton soutien est super important, c'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcast, ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. 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