Speaker #0L'hyperfocus ou l'hyperfocalisation, c'est un des paradoxes cliniques les plus impressionnants du profil TDAH. C'est un cerveau qui est capable de se concentrer plus de 4 heures sur un écran ou sur un projet passionnant sans s'interrompre, sans manger, sans aller aux toilettes, en ayant une distorsion complète du temps et des choses qui nous entourent. Oui, c'est ce cerveau qui se déconcentre au bout de cinq minutes en réunion. Un tel paradoxe est extrêmement intéressant, passionnant, et ça suscite beaucoup de débats. Nous allons voir donc aujourd'hui, nous allons plonger dans le cœur de ce sujet, l'hyperfocalisation ou hyperfocus. Si vous êtes une femme au profil TDAH et que vous en avez marre de culpabiliser, TDAH au féminin, le cocon, est fait pour vous. Je suis Nora, professionnelle de la santé depuis plus de 17 ans et spécialisée dans le TDAH au féminin. Alors, hyperfocus, super pouvoir ou malédiction ? On entend souvent, surtout sur les réseaux sociaux, vous avez un super pouvoir, c'est l'hyperfocus. Mais la réalité, elle est plus nuancée que ça. Et scientifiquement, c'est plus nuancé que ça. Ça pourrait être effectivement un super pouvoir dans certaines situations, mais malheureusement, un hyper focus, c'est compliqué à sortir d'un hyper focus, c'est compliqué à freiner. Et ça peut porter atteinte à notre santé. Deuxième chose, c'est pas toujours sur commande. Pour faire la part du vrai et du faux et voir réellement ce qu'il en est, on va d'abord s'intéresser à la définition de l'hyperfocus. En réalité, c'est l'hyperfocalisation. Qu'est-ce que c'est ? C'est une concentration qui est intense et qui peut carrément exclure tout autre stimuli externe. C'est-à-dire qu'on est réellement dans une bulle. On perd complètement, premièrement, la notion du temps. Les minutes deviennent vraiment des heures sans qu'on s'en aperçoive. Les oublis de besoins physiologiques, donc on oublie de manger, de boire, même d'aller aux toilettes, c'est assez impressionnant. Et alors c'est accompagné d'une espèce de flow, de fluidité au niveau du cerveau cognitif. Et on a vraiment une sensation de performance extrême. On a l'impression que tout coule de source, qu'on est vraiment performant. et que c'est le moment vraiment de se concentrer parce que tout est aligné. Donc ça peut avoir l'air d'être un espèce de super pouvoir, mais comme on le dit bien, on oublie nos besoins physiologiques et on a une espèce de perte de notion du temps. Et là, ça peut être plus compliqué. Il y a un fait qui est assez surprenant, c'est que l'hyperfocus, il est absent des critères qu'on peut retrouver dans les manuels des SM5 de psychiatrie. C'est le manuel où on décrit les symptômes et les particularités de ce trouble-là. Alors, on ne le considère pas encore comme un symptôme, mais plutôt comme une conséquence. Alors, on le prend plutôt, et c'est là que ça va peut-être vous surprendre, on entend beaucoup parler de super-pouvoirs, mais dans les recherches scientifiquement, On s'intéresse plus à l'aspect conséquence d'une dysrégulation attentionnelle. Donc on se dit en fait que c'est une conséquence négative de l'attention. Donc autant on peut rentrer dedans, mais autant pour en sortir c'est compliqué. Puis on rentre dans une espèce de bulle, une focalisation sur des sujets qui ne sont pas toujours pertinents, et on a tendance à procrastiner le reste. On expliquera ça un peu plus tard dans le podcast. Le gros problème, c'est qu'on a tendance parfois à procrastiner parce qu'on cherche des tâches qui nous libèrent de la dopamine. Notre cerveau a besoin, il est en recherche de cette stimulation, de cette dopamine. Il se nourrit de ça. Vous rentrez en hyper-focus. Mais les tâches qui vous font moins plaisir, comme par exemple payer les impôts, faire la facturation ou diverses choses qui sont moins excitantes, elles sont reléguées au second plan. Ce qui fait que dans le quotidien et dans votre vie de tous les jours, si vous rentrez en hyper focus, c'est bien, mais tout le reste est laissé de côté. Et ça peut créer vraiment un déséquilibre. Alors tant mieux si on rentre dans un hyper focus pour un projet, pour le boulot, etc. C'est bien, mais alors on oublie déjà nos besoins physiologiques. Puis on oublie peut-être qu'on a une famille, on oublie qu'on a des amis, on oublie de payer ses impôts, on oublie de renouveler telle ou telle chose. Et là, ça peut être vraiment pénible et on peut avoir des conséquences. Donc on parle plutôt scientifiquement d'une conséquence de la dysrégulation intentionnelle. Vous voyez, dans les réseaux sociaux, on a plutôt tendance à appeler ça un super pouvoir. Et en médecine, on considère ça comme le verre à moitié plein et on parle de troubles de la régulation de la tension. La vérité, elle est entre les deux et ça dépendra d'un tout à chacun. Alors, parlons un petit peu du mécanisme. Alors, c'est plutôt un concept. Comme vous le savez, dans le profil TDAH, on dit qu'on manque d'attention, que c'est un trouble de l'attention. Mais en réalité, c'est faux. C'est plutôt une dysrégulation. C'est-à-dire que le cerveau sait se concentrer, mais il ne se concentre pas toujours sur ce qu'il faut et quand il faut. Il y a des parents, quand ils ont un diagnostic de TDAH concernant leur enfant, ils se disent que c'est bizarre parce qu'il est capable de se concentrer lentement. temps sur certaines tâches, quand il fait du sport, quand il regarde les écrans, etc. Et ça prouve bien, même en tant qu'adulte, vous en tant que femme, vous êtes capable de vous concentrer sur certaines tâches que vous adorez, et là, on vous dit, vous n'avez pas de problème d'attention, parce que regarde, tu es capable de le faire, mais dans d'autres tâches, là, ça devient compliqué. Donc c'est pas un manque d'attention, mais c'est un trouble de l'attention, c'est une dysrégulation, c'est mal régulé. Deuxièmement, Alors l'échec de désengagement, qu'est-ce que c'est ? C'est ici que la science change vraiment la perspective. Donc l'hyperfocus, ce n'est pas la capacité d'entrer en concentration profonde, parce que finalement on est tous capables de le faire quand on a la motivation. Quand vous êtes motivé, vous rentrez dans une espèce de concentration. Ça, quasiment tout le monde peut le faire. peut le faire. Mais chez un profil TDAH, il est capable de le faire presque plus longtemps et plus intensément. C'est vraiment l'intensité et c'est la disparition de tout ce qui existe sur le côté. Et comme je vous ai dit, autant chez le profil TDAH, on a du mal à passer à l'action parfois, à booster notre cerveau, cette recherche de dopamine, mais on a aussi l'effet inverse, c'est-à-dire qu'on n'est pas capable de s'arrêter parfois. Vous voyez cette impulsivité, C'est tout. Ces freins internes qu'on a, ils sont beaucoup plus compliqués avec un profil TDAH. Donc on a du mal à arrêter. Et là, dans l'hyperfocus, c'est aussi le principal inconvénient. C'est qu'on a du mal à sortir de cet hyperfocus. Je suis en hyperfocus sur une tâche que j'aime, on va venir me demander de sortir de cet hyperfocus, je vais râler. Je peux être irritable, impulsif, et ça peut nuire à ma qualité de vie. Ça vous est peut-être déjà arrivé, ça m'est déjà arrivé personnellement d'être sur des sujets passionnants et d'oublier tout le reste et quand on vient me chercher, là je ne suis pas toujours très contente parce qu'on me sort de ma bulle, finalement je suis en plein pic dopaminergique, c'est un vrai plaisir et le fait de devoir sortir de là pour des tâches plus ou moins excitantes, ça peut être assez frustrant. Alors imaginez-vous chez un enfant où vous lui retirez l'écran. ça part dans tous les sens. Donc c'est vraiment un mécanisme biologique. Donc le moteur, il est surpuissant en fait. Et les freins, ils ne répondent plus. Et là, vous comprenez pourquoi l'hyperfocus ne peut pas toujours être vu comme un super pouvoir. Donc, par rapport aux chiffres et aux études, on le voit bien. Qu'au niveau de cette hyperfocalisation entre un profil TDAH ou non, le temps est beaucoup plus long chez un profil TDAH que la population en général. Et plus votre TDAH est mal régulé, et plus ça peut être intense. Donc ce n'est pas toujours le signe d'un profil TDAH bien régulier que de faire des grosses périodes d'hyperfocus et que ça soit très amplifié. complètement oublier de manger, oublier d'aller aux toilettes, oublier de faire ci et ça. Donc là, ça pourrait être même inquiétant d'avoir des épisodes comme ça d'hyperfocus qui s'enchaînent et prolongés. Donc ça veut dire que quelque part, la régulation n'est pas faite correctement. Alors comment, pourquoi mon cerveau se met en hyperfocus ? Qu'est-ce qui se passe ? On revient un petit peu avec notre clé, la fameuse dopamine. C'est un modèle général, c'est une hypothèse. On ne sait pas le prouver par A plus B, mais en tout cas, c'est le modèle actuel. Le cerveau cherche à rentrer dans une espèce de flot, dans une espèce de pull. Il faut savoir que dans le profil TDA, je vous le savais, ce n'est pas un manque de dopamine, mais elle est mal régulée. Et donc, le cerveau a besoin de cette dopamine, a besoin de ce... carburant entre guillemets dans certains circuits et comme son niveau est bas naturellement il va avoir toujours tendance à aller chercher quelque chose pour augmenter cette dopamine, que ça soit avec les addictions, que ça soit avec les passions que ça soit avec la nouveauté que ça soit avec parfois malheureusement le danger ou les substances ou parfois simplement le travail ou des choses qui nous font plaisir, des passions, de la nouveauté, ça augmente naturellement les taux de dopamine. Et du coup, notre cerveau arrive à se concentrer. Une fois qu'il a trouvé ça, le cerveau est libéré, entre guillemets, les circuits sont... sont en effervescence, je simplifie beaucoup ici, parce qu'il a sa dose massive de dopamine et il est récompensé, c'est le circuit de la récompense. Il est très très content, il est dans un plaisir, dans un flot, et donc tout se passe bien. Mais malheureusement, au niveau de ce cerveau-là, au niveau du cortex préfrontal, on a des freins, évidemment, pour se freiner, mais ces freins-là sont beaucoup moins actifs chez un cerveau TDAH, l'inhibition est moins active. Et là, vous savez, c'est tout ce qui est impulsivité, on n'a pas de filtre, on passe à l'action avant de réfléchir. Donc ces fameux freins, évidemment ça dépend d'une personne à l'autre, mais ces freins généralement s'activent beaucoup moins bien. Et d'autant plus que quand vous rentrez en hyper focus, les freins sont encore plus difficiles à activer. Et en fait, on a tendance, en tant que profil TDAH, à chercher de la dopamine. C'est comme si on se faisait... Une espèce d'automédication pour enfin se sentir bien, se sentir aligné. Et ça peut mener vraiment à de la procrastination pour des choses qui sont ennuyeuses, des tâches banales, pas créatives, voilà. Et alors on peut alterner entre procrastination et hyper-focus. Et là c'est vraiment cette dysrégulation au niveau de votre cerveau, de cette espèce de dopamine qu'on recherche à tout prix et qui nous met dans un état de bien-être. Et finalement, les choses moins créatives, moins susceptibles de libérer de la dopamine, elles passent au second plan. Et là, vous vous reconnaissez dans des scènes du quotidien. Donc, comme je vous le disais, la population en général est capable de faire des hyperfocus, d'être concentrée, sans pour autant avoir un profil TDAH. Mais dans cette espèce de concentration qu'on peut avoir, qui... Normal qui est positif, il y a vraiment un espèce d'équilibre entre sa volonté, ses désirs, ses compétences. Et là, ça se passe relativement bien, mais un hyperfocus, il est plus souvent subi. Et le but, c'est la recherche de dopamine. Donc vous voyez que l'origine est quand même différente. Au niveau de la sortie de cette concentration, si on compare la concentration, l'hyperconcentration classique, qui peut être flexible, on peut en sortir, on a la capacité de rentrer en concentration. Quand on a un hyper focus lié au TDAH, il est beaucoup plus compliqué d'en sortir. Et c'est quasi presque parfois impossible. Et ça a des conséquences sur notre vie privée et professionnelle. Donc, chez l'un, ces périodes de concentration, en sortant de là, on se sent bien équilibré, on est content. L'autre, malheureusement, l'hyper focus peut être tellement... qu'on peut en ressortir épuisé. Alors si vous faites plusieurs hyperfocus sur une longue période, vous allez épuiser vos réserves et tomber dans une fatigue chronique, voire même plus. Donc là on ne parle pas d'un super pouvoir, mais d'une espèce de tard, d'un effet délétère, d'un effet négatif. Et là c'est plus amusant du tout. Et c'est plus... ce n'est pas... Ce n'est pas quelque chose de positif qu'on pourrait mettre en avant. Et comme je vous ai dit, cet hyper-focus est intimement lié à cette procrastination parce que justement, on va avoir tendance à faire des hyper-focus et laisser ce qui ne libère pas de la dopamine. Et notre cerveau, qui est affamé de cette dopamine, recherchera ce stimuli d'une manière ou d'une autre. Et on peut rentrer plus facilement en hyper focus avec des objets du quotidien comme nos téléphones, tout ce qui est numérique. Pourquoi ? Parce qu'il y a vraiment cette boucle de feedback immédiat, c'est-à-dire je scrolle, j'ai des petits pics de dopamine, c'est extrêmement bien, c'est extrêmement stimulant. On a vraiment notre shoot de dopamine et à ce moment-là, on a du mal à arrêter. Vous voyez, vous scrollez, vous avez l'impression que ça fait 10 minutes, mais ça fait déjà 2 heures. Vous êtes bien quand vous le faites. Quand il faut arrêter, vous pouvez sentir un espèce de malaise. Donc cet état d'hyperfocalisation peut être plus facile avec tout ce qui est numérique. Donc il faut faire attention aux autres choses qui sont encore plus difficiles à gérer dans les addictions. Différents types d'addictions qui peuvent vraiment être délétères pour notre vie, qui peuvent avoir un effet dramatique. Alors, comment on peut aider ? Quelles stratégies on peut mettre en place ? Alors, elles sont diverses et variées. En tout cas, ça sera toujours une compréhension de comment fonctionne votre cerveau. Là, vous retrouvez tous les articles sur TDAH Focus, le blog. Bien comprendre comment vous fonctionnez et puis vous faire accompagner. Donc, c'est vraiment une rééducation, une compréhension. Chez les enfants, vous avez vraiment les accompagnements. parentaux, les méthodes Barclay, etc., qui permettent vraiment de faire comprendre aux parents comment ça se passe dans le cerveau d'un enfant, pour éviter de tomber dans le jugement ou dans d'autres choses où on ne comprend pas son enfant. Vraiment comprendre que c'est un mécanisme très intense et très compliqué. C'est très compliqué de sortir de cette boucle d'hyper-focus, par exemple avec les écrans. La première chose, c'est de comprendre. La deuxième chose, c'est d'apprendre, donc une rééducation. Et troisième chose, mettre des espèces de rituels ou des aides extérieures, un espèce d'accompagnement, que ce soit avec des minuteurs, que ce soit avec des routines, prévoir des moments de transition, avoir un accompagnement, modifier un petit peu son environnement, mettre un temps limite d'écran. Même pour un adulte, couper les notifications ou mettre un temps d'écran. Il y a plein de choses qu'on peut mettre en place. Je l'explique plus pour ceux que ça intéresse, les femmes qui voudraient être accompagnées et comprendre tout ce mécanisme de procrastination et d'hyperfocus. Vous avez sur le site TDAH Focus, vous avez la partie Le Cocon, le TDAH au féminin, où vous avez dans l'accompagnement, on parle de cet hyperfocus, qu'est-ce qu'on peut mettre concrètement en place. Et on parle aussi de la procrastination, comment éviter de rentrer dans ce cercle vicieux de hyper focus, procrastination qui mène à un déséquilibre finalement total et qui a un impact sur votre santé physique et votre santé mentale. En tout cas voilà, les modifications de l'environnement, les rituels de sortie, de transition, les outils externes. Donc finalement, qu'est-ce qu'on peut dire ? C'est que déjà, le TDAH, ce n'est pas un trouble. de l'inattention. Enfin, si. C'est pas qu'on n'a pas d'attention, mais c'est qu'elle est mal régulée. Vous voyez, c'est un curseur, soit on le met au maximum, soit au minimum. Donc, il ne faut pas éliminer, vouloir éliminer ces périodes d'hyperfocus. Elles peuvent être positives. Elles peuvent vous amener à faire de grandes choses, de belles choses, mais il faut pouvoir les gérer et pouvoir faire une sortie. Donc, en fait, il faut apprivoiser ce cerveau, ce mécanisme. Sans pour autant vouloir supprimer l'hyperfocus, qui est un vrai moteur parfois de créativité et de performance, qui a mené beaucoup de gens extrêmement loin, avec des projets passionnants. C'est vraiment une qualité. Mais il doit être constructif et on doit avoir des garde-fous. Il faut le connaître et pouvoir l'apprivoiser et mettre des choses en place. Pouvoir repérer les déclencheurs, pouvoir mettre des freins externes, des garde-fous. rester vraiment vigilant, indulgent avec soi-même. Voilà, c'est tout un travail, ça s'apprend, et comme je vous l'ai dit, ça peut être un véritable bonus quand on sait l'utiliser correctement. Voilà, je vous retrouve sur tdhfocus.fr, le site, le cocon pour celles qui seraient intéressées, vous avez tout en description. En tout cas, merci de m'avoir écoutée, merci pour vos retours qui sont de plus en plus nombreux, merci de vous abonner. de liker, de partager. Ça fait chaud au cœur, ça fait extrêmement plaisir de pouvoir partager ça avec vous et de pouvoir avoir vos témoignages. Donc, je vous remercie chaleureusement et profondément et je vous dis à très bientôt.