Speaker #0Troubles du comportement alimentaire et TDAH. Quand on vous parle du TDAH, souvent on pense à l'inattention, l'impulsivité, l'organisation. Mais il existe un sujet beaucoup moins connu et pourtant extrêmement fréquent. C'est le lien entre le TDAH et les troubles du comportement alimentaire. Alors, pourquoi les personnes avec ce trouble-là sont-elles davantage touchées par exemple par l'hyperphagie, le grignotage compulsif ? la boulimie ou encore l'obésité ? Pourquoi certains mangent sans avoir vraiment faim ou ont du mal à s'arrêter ou utilisent la nourriture vraiment pour réguler leurs émotions ? Et surtout, pourquoi ce phénomène a été si longtemps sous-estimé et encore aujourd'hui chez la femme ? Aujourd'hui, les études montrent qu'il existe vraiment un lien solide entre le TDAH et ses troubles alimentaires. Pourtant, ces sujets restent... largement méconnues du grand public, y compris dans le monde médical. Donc dans cet épisode, nous allons explorer les chiffres, les mécanismes neuro et psychologiques qui expliquent ce lien. Aussi les conséquences sur la santé et sur le quotidien. On abordera aussi des pistes concrètes qui pourront vous aider vraiment à mieux comprendre et finalement à mieux accompagner vos difficultés si c'est le cas. Donc, si vous avez un TDAH ou si vous vous reconnaissez dans certaines de ces situations ou si vous accompagnez une personne concernée, je pense que cet épisode risque de vous plaire. Si vous êtes une femme au profil TDAH et que vous en avez marre de culpabiliser, TDAH au féminin, le cocon, est fait pour vous. Je suis Nora, professionnelle de la santé depuis plus de 17 ans et spécialisée dans le TDAH au féminin. Dans cet épisode, nous allons voir le lien qui a été établi entre le profil TDAH et les différentes difficultés au quotidien liées à l'alimentation, qui peut aller du grignotage jusqu'à l'obésité, en passant par l'hyperphagie, la boulémie, etc. Certains liens sont très bien établis, comme celui de l'obésité. d'autres beaucoup moins, comme celui de l'anorexie, où les chiffres sont un peu plus hétérogènes. Donc, ce qui est important aujourd'hui, c'est de se rendre compte qu'il y a un vrai lien, que les études ont mis en avant des chiffres assez interpellants, comme le fait d'avoir en x3, voire même x4, le risque de développer des troubles du comportement alimentaire quand on a un TDAH. Ça a été énormément étudié, surtout chez les garçons, chez les enfants, chez les adolescents. On a pu observer vraiment dans leur comportement, on a pu déceler déjà précocement des troubles du comportement alimentaire, ce qui est très intéressant. Peu d'études les ont suivis tout au long de leur vie, mais ce qui est sûr et certain, c'est que ça a un impact réel et que ça les met en situation de... vulnérabilité. Donc, commençons tout de suite. Souvent, quand on parle du TDAH, vous savez qu'on parle d'attention, d'organisation, mais peu d'alimentation. Donc, certains chercheurs, eux, se sont concentrés comme je vous ai dit, sur les garçons et peu, malheureusement, sur les femmes. Les recherches sont encore euh Trop peu existantes, les femmes sont sous-représentées, ça commence à changer, mais on a quand même des données solides par rapport aux garçons et aux hommes, ce qui nous permet déjà de tirer des premières conclusions. Donc ces recherches ont mis en lumière vraiment des troubles du comportement alimentaire qui sont très significatifs quand vous avez un TDAH. Quand on parle de ces troubles du comportement alimentaire, on ne parle pas pas juste de choses extrêmes comme la boulimie, l'anorexie ou l'obésité. On parle, ça va du grignotage à la compulsion, à la gestion des émotions par l'alimentation, l'hyperphagie et aussi les compulsions alimentaires. Comme je vous disais, c'est grignotage incontrôlé. Donc ça va du plus, je ne vais pas dire du plus léger. ça fait du grignotage jusqu'à des extrêmes. Et les chiffres sont vraiment frappants parce que, comme je vous le disais, on a des chiffres qui sont x3 voire x4, ce qui est énorme. Et il y a un lien aussi, on se rend compte, encore une fois les femmes sont sous-représentées, mais on se rend compte dans les chiffres qu'on a dans les études qu'on a à présent, qu'il y a un facteur sexe, c'est plus représenté chez les hommes. Et... dans certaines régions du monde. Alors, pourquoi dans certaines régions du monde ? On se demande pourquoi ça touche plus les garçons en Asie qu'aux États-Unis. On se dirait que c'est le contraire, parce qu'aux États-Unis, vous savez qu'il y a beaucoup de problèmes de surpoids. Mais on se rend compte qu'au niveau des prescriptions, plus on était dans une région du monde où on prescrivait, et moins ce problème-là se présentait. C'est comme si la médication finalement permettait de réguler, on va en discuter dans un instant, la problématique et avait un effet protecteur sur ces problèmes dont le surpoids et l'obésité. La question qu'on pourrait se poser c'est pourquoi est-on plus vulnérable avec un TDAH à ces troubles du comportement alimentaire ? Il y a quatre grands axes. La première, c'est... peut-être la plus instinctive, la plus logique, c'est la régulation des émotions. Donc vous savez que dans le trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité, il y a un dysfonctionnement, plutôt une dérégulation des émotions, une difficulté à les réguler. Donc beaucoup de personnes avec ce profil-là, ayant des difficultés à réguler leurs émotions, Donc ils se sentent... ils ressentent finalement les choses plus intensément, plus rapidement. Et la nourriture, dans ce contexte-là, peut devenir un véritable, entre guillemets, outil de régulation. Par exemple, après une journée stressante, une dispute ou un échec, ou finalement même un trop-plein émotionnel, manger pourra procurer vraiment ce sentiment de soulagement immédiat. Juste pendant quelques minutes, L'inconfort va diminuer et ça, ça envoie un signal de réconfort au cerveau. Le problème, c'est que ce soulagement, il est temporaire. Et peu à peu, il y a une espèce d'apprentissage dans votre cerveau qui va se mettre en place en se disant, tiens, une émotion est difficile. Je peux, entre guillemets, me soulager avec l'alimentation. Surtout que c'est un moyen rapide. de donner ce soulagement au cerveau. Donc sans oublier que toujours dans le TDAH, on a une difficulté à freiner, à se retenir. Donc les freins fonctionnent moins bien entre guillemets. Donc on aura beaucoup plus difficile à se contrôler ou à dire stop à un certain moment. Autre chose toujours dans ces émotions, plus la personne va céder à ses pulsions, plus elle va peut-être prendre du poids et plus l'image d'elle-même va se détériorer. Et du coup, ça fait un espèce de cercle vicieux et elle aura des émotions négatives et elle aura besoin, encore une fois, d'aller peut-être vers l'alimentation pour avoir du réconfort. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est le fameux circuit de la récompense. N'oubliez pas qu'avec ce profil-là, on a une dysrégulation de la dopamine. donc on en... Je ne veux pas dire qu'on en manque, mais le cerveau, par moment, peut en réclamer, comme s'il n'en avait pas assez, et va aller vers des choses qui donnent un plaisir. Et plus ce plaisir est facile, immédiat, accessible, plus on aura tendance à basculer dans ce sens-là. Donc ce fameux système dopaminergique, ce fameux circuit de la récompense, les aliments très... très appétissants finalement, qui peuvent être riches en sucre, en sel, en graisse, ils vont avoir tendance à activer ce système de la récompense. Encore une fois, le cerveau est en recherche de cette stimulation. Et l'alimentation, c'est quelque chose qui est à portée de main, qui peut être relativement facile. Et encore une fois, les freins, entre guillemets, ne fonctionnent pas bien. Cette difficulté à freiner. On se retrouve encore une fois dans un cercle vicieux où le cerveau va chercher à obtenir rapidement son shoot entre guillemets de dopamine, je caricature un petit peu ici. Et donc les personnes sur le terrain... vous disent qu'elles ont une véritable difficulté à arrêter une fois qu'elles ont commencé. C'est presque parfois impossible. Un troisième axe, le troisième axe, c'est les fonctions exécutives. Vous savez, c'est tout ce qui est dans votre cortex préfrontal, c'est l'organisation. Donc, organiser ses courses, préparer à manger, en amont se dire je vais manger ça, je vais préparer ça, je dois m'arrêter à telle heure, etc. Donc là, avec cette difficulté, on se retrouve dans des situations où on peut carrément se retrouver devant le fait accompli et se dire j'ai rien préparé à manger, du coup je vais manger tout et n'importe quoi. ou alors je vais sauter le repas et le repas suivant, le corps va compenser. Et donc, toutes ces difficultés à s'organiser... à planifier, à s'arrêter, à organiser les choses, qui est déjà inhérent au TDAH, va rendre les choses encore plus compliquées. On peut se retrouver avec des achats impulsifs de plats très gras, très sucrés, ou une alimentation qui est régulière, sauter des repas, les rattraper. Et tout ça, c'est extrêmement mauvais pour la diététique. Et encore une fois, ce n'est pas parce qu'on n'est pas motivé sur le moment, c'est parce que les circonstances font qu'on est presque devant le fait accompli. Donc on a déjà trois grandes pistes. La quatrième, on va dire que c'est plutôt l'hygiène de vie. Alors pourquoi l'hygiène de vie est directement reliée à ce phénomène de... troubles du comportement alimentaire. Et là, c'est quand même extrêmement intéressant. Donc, je vais vous parler de ça dans la partie 2, pour ne pas être trop longue ici. Donc, ce qu'il faut retenir dans cet épisode, c'est que il y a un réel lien entre les troubles du comportement alimentaire, que ça peut être très léger, comme le grignotage en passant par la compulsion, boulémie, obésité, que les femmes sont souvent très sous-estimé, que les chiffres sont parlants, qu'il y a un véritable lien jusqu'à x3 en probabilité d'avoir plus de problèmes par rapport à la population générale, qu'il y a une cause neurologique, qu'il y a une cause émotionnelle. Et dans l'épisode qui suit tout de suite, vous allez découvrir les derniers axes avant d'essayer de tirer des conclusions. et d'avoir des pistes de travail. Donc voilà, j'espère que cet épisode vous a plu. Vous retrouverez les articles aussi sur le site tdhfocus.com et tout se trouve en description. N'oubliez pas de vous abonner et de partager. Je vous dis à tout de suite dans la partie 2 qui sera extrêmement intéressante.