Speaker #0Troubles du comportement alimentaire et TDAH, partie 2. Dans la partie 1, on a posé le décor, on a expliqué le lien entre les troubles du comportement alimentaire, obésité, hyperphagie, boulimie, grignotage, compulsion alimentaire et le trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité. On a fait le lien, on a vu qu'il y avait entre 3 et 4 fois plus de possibilités de développer un de ces troubles-là par rapport à la population générale et que ce n'était pas ce n'est pas un hasard. On a développé les effets, les causes. Donc, on a parlé des circuits de la récompense, donc de votre cerveau qui a besoin de dopamine et qui va aller la chercher, qui va faire une espèce d'automédication en allant utiliser la nourriture, ce qui est sucré, ce qui est gras, pour booster un petit peu la dopamine et avoir une espèce de soulagement, de bien-être. Mais finalement, on a vu que c'était un cercle vicieux, que ça pouvait altérer. L'image qu'on a de soi est finalement rentrée dans un cercle vicieux. Donc ça c'est important de le comprendre. L'espèce de gratification immédiate qu'on obtient avec la nourriture, des aliments vraiment satisfaisants qui boostent cette dopamine et ce circuit vraiment de la récompense qu'on active au fur et à mesure et qui s'ancre finalement dans les habitudes. qui devient vraiment des espèces de pulsions biologiques vraiment ancrées et ensuite difficiles à neutraliser. Surtout avec un profil TDAH où la régulation volontaire au niveau de notre cerveau, au niveau du cortex préfrontal est quand même compliquée. Donc ça c'était la première chose et on expliquait bien que finalement c'était une espèce d'automédication instinctive, que ce n'était pas un manque de volonté, donc tous ces grignotages, ces compulsions. que parfois on ne comprend pas. Mais ici, vous voyez, quand on analyse, on comprend le pourquoi du comment. Et finalement, ça mène vraiment à une espèce d'état de détresse psychique où la nourriture devient vraiment une espèce de régulateur de l'humeur, si je puis dire. Dans un deuxième point, on avait parlé de la dysrégulation des émotions. Ça veut dire vraiment ces espèces de montagnes russes qu'on peut ressentir quand on a un profil TDAH. Et que face à cette dysrégulation, la nourriture devient vraiment une espèce de stratégie d'apaisement par rapport à des sentiments, par rapport à des émotions comme la colère, la tristesse ou même la joie, la joie excessive, le bien-être, ce qu'on appelle l'émotional eating. Donc ici vraiment, l'alimentation remplit un espèce de rôle de... pas dire d'antidépresseur, mais d'apaisant. Ça nous apaise. Elle permet de répondre vraiment à des sensations fortes. Et comme un petit peu dans le premier cas, avec la dopamine dans votre cerveau, ça rejoint un petit peu, ça peut devenir un espèce d'automatisme comportemental qui est délétère, qui est mauvais finalement. Et on est vraiment, ça se répète finalement, on rentre vraiment dans un cercle vicieux qui est assez spécifique, Ouh ! on a vraiment un aspect négatif de la prise alimentaire qui devient vraiment impulsif et on tourne en rond finalement. Le point suivant qu'on avait abordé brièvement, ici je le reprends pour mettre un peu du contexte, c'est les fonctions exécutives. Donc c'est notre capacité à planifier, organiser, gérer, prévoir, ce qui est compliqué avec un profil TDAH. Donc là-dedans, je répète un petit peu, je rajoute des nouveaux éléments. N'oubliez pas, toujours une difficulté, généralement, évidemment, ce n'est pas chez tout le monde, mais généralement dans un profil TDAH, la difficulté de planifier, d'anticiper. Donc, les difficultés à organiser les courses, à structurer le repas, elles vont mener à des journées alimentaires assez chaotiques, au risque de sauter des repas, soit par oubli, ou par provocation d'une faim extrême, finalement, parce qu'on a sauté un repas. Et ça peut mener à des épisodes de consommation massive, je dirais, en fin de journée par exemple. Le deuxième point, toujours dans ces dysfonctionnements exécutifs, vous avez l'inhibition, l'espèce de frein, le contrôle inhibiteur qui nous empêche de céder à nos pulsions dans notre cerveau profil TDAH. C'est plus compliqué de résister aux sollicitations de l'environnement. Donc ces fameux grignotages impulsifs, dès qu'on voit un aliment qui pourrait éventuellement nous plaire. Évidemment, on sait se contrôler. Ici, je ne parle pas de comportement excessif, mais c'est quand même beaucoup plus compliqué d'avoir ce frein que d'autres ont plus facilement. Et puis, un troisième point que je n'avais pas abordé, mais je pense qu'il est intéressant ici, sans rentrer vraiment dans le côté scientifique, on appelle ça l'interoception. L'interoception, en fait, c'est un phénomène où il y a un manque, on ne perçoit pas bien les signaux internes par rapport à la lecture de la faim, si vous voulez, et de la satiété. Donc le patient va avoir du mal, les signaux chimiques vont être un peu brouillés. au niveau de la transmission, au niveau du cerveau, de la satiété. Donc on a du mal à ressentir cette satiété. Et alors le patient, la personne, continue à consommer au-delà de ce qu'elle aurait besoin. Donc on a du mal à interpréter les signaux de faim ou de satiété. Quand le TDAH est mal régulé, il y a vraiment une difficulté à sentir la faim. Et quand on les sent, c'est déjà bien avancé et ça peut nous mener à des phénomènes de compulsion. Donc ça, c'est aussi un truc assez particulier, l'interoception. C'est bien au moins de le citer. Donc, avec tout ça, vous voyez qu'il y a déjà pas mal de choses. Et dans cet épisode-ci, je voulais rajouter l'hygiène de vie et le pivot hormonal. Donc, le sommeil, vous savez, dans ce profil-là du TDAH, peut-être... Très problématique. On peut avoir une dette de sommeil, une perturbation du sommeil, soit des endormissements tardifs, soit des réveils trop matinaux ou généralement une qualité de sommeil qui laisse à désirer. Encore une fois, ce n'est pas une généralité, mais c'est une tendance. Et quand vous avez un sommeil qui est perturbé, au niveau biologique, il y a des chamboulements au niveau métabolique. Et ça perturbe pas mal les choses. Quand vous avez par exemple une dette de sommeil qui est assez chronique, on arrive à un déséquilibre par exemple entre deux hormones qui sont quand même assez importantes. On peut les appeler des hormones clés dans la prise de poids, c'est la gréline et la leptine. La première, la gréline, son rôle physiologique c'est de stimuler la faim. Quand vous êtes en dette de sommeil, Comme dans un profil TDAH, elle a tendance à être plus haute et les signaux de faim sont plus fréquents et plus forts. Donc on a tendance à des moments bien déterminés à avoir cette sensation de faim qui est amplifiée, qui ne va pas arranger les choses. Et puis vous avez l'autre hormone qu'on appelle la leptine. La leptine, son rôle, c'est plutôt la satiété. Donc, quand cette leptine, quand on a une dette de sommeil... elle est moindre, elle est inhibée, on en a moins. Et donc, finalement, ça se traduit comment ? Ça se traduit avec une absence, si vous voulez, de signal de satiété. Donc, le signal d'arrêter de manger se fait désirer, il est moins fort. Donc, on a tendance à plus facilement passer à l'acte à manger, avoir faim, une faim de loup, et beaucoup plus difficile à avoir ce sentiment de satiété rapidement. Et ça, c'est un phénomène hormonal, ce dérèglement hormonal dû à une dette de sommeil, par exemple, ça va créer directement des modifications biologiques qui vont mener tout doucement vers le surpoids et l'obésité. Et tout ça, c'est indépendant complètement du côté psychologique. Là, je vous parle vraiment en termes de biologie. Donc, si vous rajoutez à ça une alimentation qui est désordonnée, Une qualité de sommeil qui moindre des difficultés émotionnelles à gérer ses émotions, plus le système de la récompense, une défaillance au niveau des freins, une augmentation de la compulsion, ça devient très compliqué d'échapper à des problèmes de surpoids dans certaines situations. Encore une fois, ce n'est pas une généralité, mais ce n'est pas une conséquence directe du TDAH. on ne peut pas aller jusque là, mais on va dire que c'est une... forte vulnérabilité. Donc il y a vraiment beaucoup plus de chances de tomber dans des excès comme l'hyperphagie qui est bien documentée, l'hyperphagie boulimique et après l'obésité, le surpoids parce que justement vous avez tous ces facteurs qui peuvent intervenir pour expliquer cette prise de poids. Voilà, il y a un point que j'aimerais aborder aussi, c'est par rapport aux médicaments. Donc, le médicament, ici, on va l'aborder de deux manières. Alors, vous savez tous que, vous ne savez peut-être pas, mais les stimulants du type méthylphénidate et compagnie, je ne parle pas ici de la médication, de l'effet sur le TDAH, c'est un autre débat, mais peuvent avoir comme effet indésirable. Donc je le vois bien en tant que pharmacienne, comme effet indésirable d'avoir un effet anorexigène, pas de rendre anorexique, mais c'est-à-dire de diminuer la sensation de faim. Et là, chez certaines personnes, c'est très léger, voire absent, et chez d'autres, ça peut être assez marqué. Ça peut même mener à un échec du traitement. Chez les enfants, on fait vraiment un suivi de la courbe poids pour être sûr qu'il n'y a pas d'effet par rapport à cette... à cet effet indésirable. Mais donc, ici, il faut bien noter que dans ces histoires de prise de poids ou de perte de poids, le médicament, quand il diminue la faim, ce n'est pas lié directement au TDAH, mais plutôt à l'effet du médicament. Pourquoi je vous parle de ça ? Parce qu'on a remarqué dans certaines études que les patients profils TDAH avait pu... plus de risques d'obésité en Asie, en Europe, plutôt que dans des pays industrialisés comme les Etats-Unis. Alors, c'est bizarre parce qu'on se dit la malbouffe est reine dans ces pays-là. Ici, en Europe et en Asie, encore moins, ça devrait être marqué. Et quand on gratte derrière, qu'est-ce qu'on peut voir ? On peut voir que finalement, dans ces pays d'Amérique du Nord, la prescription est beaucoup plus facile, entre guillemets. Il y a beaucoup plus plus de prise en charge médicamenteuse. Ici en Europe, ce n'est pas la première recommandation, ça arrive bien après. Et ce qu'on peut observer, c'est qu'en donnant ces médicaments, ces stimulants, ça aurait un effet protecteur entre guillemets, par exemple, contre l'obésité. Alors pourquoi ? Tout simplement en régulant le système dopaminergique, en régulant les comportements de... compulsion, d'inhibition, on arrive à moins de possibilités, on va dire de possibilités, mais moins d'effets sur les troubles du comportement alimentaire et des cas de surpoids et d'obésité. Si on parle des pistes, des outils, des pistes de prévention et des outils, donc déjà en comprenant ce qui se passe, le pourquoi du comment, vous avez déjà une... partie de la réponse, je dirais. Après, il y a trois choses à bien tenir en tête. C'est qu'il faut agir le plus tôt possible. Une fois, par exemple, que l'obésité est installée, c'est déjà beaucoup plus compliqué. Donc, ça sera vraiment un outil préventif. Alors, plus tôt, ces troubles du comportement ne s'installent pas avec l'âge. Ils sont déjà présents à l'enfance. Ils peuvent s'amplifier avec l'âge, bien évidemment. Mais l'idée, c'est de prendre ça le plus tôt possible. Donc, c'est vraiment un dépistage systématique qui inclut vraiment une surveillance du poids, de la courbe de poids et en relation avec les comportements alimentaires. Donc, perte de poids, prise de poids, fluctuation du poids, dès qu'un diagnostic de TDAH est établi. C'est extrêmement important de prendre ça en compte. et pas seulement l'aspect hyperactivité ou organisationnel. Deuxième chose, le TDAH seul n'est pas la règle. Le plus souvent, le TDAH peut s'accompagner et s'accompagne souvent de comorbidités, ça veut dire d'autres choses, par exemple de l'anxiété, de la dépression, d'autres troubles du TSA, beaucoup de choses finalement, qui pourraient expliquer en partie les comportements. alimentaire. Donc, lors du diagnostic et lors de la prise en charge, omettre un second diagnostic ou un tableau complet, on pourrait passer à côté de beaucoup de choses. Comme l'anxiété, par exemple, peut jouer sur l'appétit, soit en le diminuant, soit en l'augmentant. Donc, il faut vraiment avoir un tableau complet pour pouvoir faire les choses correctement. Et ensuite, l'outil, c'est d'agir le plus rapidement plus rapidement sur des axes prioritaires comme l'alimentation. alimentation équilibrée, mais surtout alimentation adaptée au profil TDAH qui apporte tous les nutriments, tous les cofacteurs pour pouvoir avoir les cycles énergétiques et finalement produire assez de neurotransmetteurs, de neuropeptides. Déjà que la dopamine est dysrégulée, donc il faut s'assurer que l'enzyme qui fabrique votre dopamine est bien actif, bien présent et pour ça il faut une série de... cofacteurs, comme par exemple le fer. Quand on est carencé en fer, je vous renvoie à l'épisode sur le fer, la féritine, la synthèse de la dopamine, elle est compromise. Et donc du coup, les symptômes sont amplifiés. Il y a d'autres choses aussi, le magnésium et d'autres micronutriments, comme chez n'importe qui finalement. Mais chez une personne avec un profil TDAH, si on néglige ses nutriments, ses cofacteurs, vous allez avoir des symptômes qui sont amplifiés. Il n'y a aucun complément alimentaire qui guérit le TDAH, c'est absurde. Par contre, si vous êtes carencé, les symptômes négatifs de votre TDAH sont amplifiés. Donc, ce n'est pas noir ou blanc. Il faut bien vous dire que vous devez avoir une alimentation vraiment équilibrée et faire extrêmement attention aux multiples carences qu'on peut présenter. Déjà avec peut-être une alimentation, une organisation chaotique, des repas mal structurés. C'est déjà compliqué. Quelqu'un qui essaye de déjà faire attention à avoir une bonne hygiène de vie peut se retrouver carencé. Une grosse partie de la population est carencée en magnésium et en vitamine D par exemple, et encore plus chez les femmes en fer, en féritine. Donc c'est vraiment une réalité. L'alimentation comme on l'a connue en 1800-1900 n'est plus la même aujourd'hui avec les cultures intensives et la qualité des aliments même si on essaye de bien manger. Je vous renvoie la capsule sur les... compléments alimentaires. Mais donc, il y a vraiment des choses à faire, des bilans sanguins, des prises en charge par des médecins spécialisés, des nutrithérapeutes, des diététiciens formés, évidemment, au TDAH, pour avoir quelque chose de bien équilibré pour partir sur des bonnes bases. Après, au niveau de l'hygiène du sommeil, vous avez vu que ça peut être compliqué. Donc, en cas de dette de sommeil, ça va directement agir sur les hormones de la satiété. et de la faim. Donc bien travailler sur le pilier du sommeil, on en parlera dans une prochaine capsule, c'est complètement essentiel. Donc tout ça pour vraiment stabiliser le terrain biologique, pour éviter d'amplifier les symptômes négatifs du TDAH. Et après, mettre en place des aménagements, des routines, des stratégies. Ça c'est vraiment la première recommandation, mettre en place des choses qui vont vous aider, qui vont vous soulager. pour que ça devienne des automatismes et éviter de se retrouver à sauter un repas. C'est vraiment une organisation au quotidien, ça reprend tellement d'axes, et c'est pour ça que c'est un sujet très vaste. Donc n'oubliez pas, vous pouvez retrouver sur le site TDAH Focus, tous les conseils, tous les articles, les boîtes à outils, et spécialement pour femmes, vous avez Le Cocon, qui est une page sur le site TDAH Focus, où vous retrouvez vraiment l'univers. dédié à la femme au profil TDAH pour justement vous aider à mettre en place ces aménagements, ces outils, vous épauler finalement au quotidien pour pouvoir trouver les bons aménagements et surtout vous faciliter la vie pour enfin pouvoir vivre, je dirais, presque normalement. Je ne sais pas si le mot est bon, mais en tout cas avec moins de difficultés et éviter de tomber dans des extrêmes ou dans de la fatigue chronique. En tout cas... Il y a du travail à faire et il y a des choses à votre disponibilité. Et donc, vous retrouverez tout ça sur le site. Donc voilà, je pense qu'on a fait le tour. On prendra dans d'autres capsules différentes sous-thématiques. On creusera un petit peu peut-être l'obésité, l'hyperphagie, pour pouvoir un petit peu aller plus loin dans ces sujets-là, si ça vous intéresse. Ce qu'il faut retenir aujourd'hui, c'est que le TDAH, quand vous avez un profil TDAH, vous n'allez pas automatiquement développer une hyperphagie ou de l'obésité, mais en tout cas c'est un facteur de vulnérabilité pour beaucoup de troubles alimentaires où le lien a été fait. Donc il y a vraiment ce mécanisme complexe au niveau de la dopamine, au niveau de vos fonctions exécutives, au niveau de votre dérèglement hormonal. Et pour bien réussir une bonne prise en charge et pour pouvoir vous soulager, il faut vraiment cette approche globale de votre environnement. Et au cas, après, voir avec le médecin si le traitement pharmacologique serait utile ou pas. Mais en tout cas, ce qui est commun et universel, ça sera agir sur le pilier de l'hygiène de vie, notamment du sommeil et de la gestion émotionnelle. Ça, c'est indéniable à creuser vraiment avec un thérapeute et un professionnel de la santé, si jamais il faut aller plus loin sur ce terrain-là. J'espère que vous avez aimé l'épisode, que vous avez appris quelque chose. N'hésitez pas à partager, à me faire des retours, à vous abonner. Je vous retrouve sur TDAH Focus, sur le cocon, l'espace dédié. Je vous remercie de votre attention, de votre soutien et de votre fidélité. Je vous dis à bientôt. TDAH au féminin, le cocon est fait pour vous. Je suis Nora, professionnelle de la santé depuis plus de 17 ans et spécialisée dans le TDAH au féminin.