Speaker #0Il y a une question qui revient très souvent, un peu plus que les autres, et elle est toujours posée sur le même ton, celui de quelqu'un qui ne se comprend pas. Trois phrases du genre « je peux faire une montagne de travail dans l'urgence, très facile pour moi, mais répondre à un simple mail, ça ne fonctionne pas, pourquoi ? » « Je peux gérer une catastrophe sans même trembler et être incapable de trier ma pile de papier qui attend depuis deux semaines. » Ou alors encore « je suis quelqu'un finalement qui aime peut-être les situations sous adrénaline et qui s'ennuie quand tout fonctionne. » Non, ce n'est pas si simple que ça. Et ce n'est pas non plus un défaut de caractère. On va essayer de comprendre ce qui se passe dans cet épisode. Vous écoutez TDAH au féminin, le cocon, le podcast de TDAH Focus, un espace pour les femmes qui en ont assez de faire semblant, pour pouvoir y déposer, comprendre, se transformer. Pas en quelqu'un d'autre, en vous, enfin sans le costume. Derrière le micro, une professionnelle de la santé spécialisée dans le TDAH au féminin, qui le vit de l'intérieur. Commençons par la crise, pas le quotidien, mais la crise. Quand une urgence tombe, quatre choses arrivent presque en même temps. Il n'y a pas qu'une seule chose à faire, il y a plusieurs choix à arbitrer. L'échéance qui est immédiate, on la sent dans le corps. L'enjeu, il est complètement évident, personne n'a besoin de vous convaincre que c'est important. Et puis le premier geste qui lui aussi est évident. Autrement dit, la crise, elle vous fournit de l'extérieur tout ce qui vous manque à l'intérieur. Le signal de départ est lancé. Il ne faut plus hiérarchiser, pas besoin de se poser la question. de la deadline, tout est presque instinctif. Ce n'est pas vous qui est faite pour les catastrophes, c'est plutôt la catastrophe qui fait gratuitement le travail d'organisation que vous devez faire seul, souvent, les autres jours. Maintenant, le mail qui est simple, lui, c'est le vrai mystère. Qu'est-ce qui est demandé vraiment à votre cerveau dans ce mail-là ? Choisir de le faire maintenant plutôt que après ? Choisir de le prioriser ? Décider ce qui est bon ? Comment l'écrire ? Quoi dire ? Et surtout, trouver toute seule le fameux signal de départ. Donc, toutes ces opérations et aucun enjeu visible. Aucune échéance dans le corps. Ce mail, il n'est pas difficile, mais il est fade. Et le fade, ça ne démarre rien du tout. Surtout pas quand on a un profil TDAH. Pas parce que vous êtes paresseuse, parce qu'il n'y a rien à pousser en vérité. Et puis, il y a ce qui se passe après. Je vais vous proposer un repère de terrain. Il y a le pic, la journée où tout est fait, où tout est... Ok, vous êtes brillante, vous avez tenu dix choses à la fois. Et à ce moment-là, intérieurement, vous placez la barre à ce niveau-là. Ce jour-là devient un petit peu comme une espèce de norme, un niveau normal, une référence. Puis l'énergie va redescendre, ce qui est tout à fait normal, on est humain. Et l'énergie, elle redescend toujours. Et là, la phrase arrive. J'ai encore bâclé. Ça ne va pas. Je suis nulle. Je suis une bonne à rien. Et là, c'est le point de non-retour. Vous vous jugez justement au moment où votre capacité à encaisser le jugement est au plus bas. Ce n'est vraiment pas le moment. Et entre nous, on est vraiment les meilleures personnes pour nous juger négativement. Peut-être parce qu'on l'a déjà tellement entendu depuis toujours, depuis 10, 20, 30 ans, à l'école, les parents, de la famille. Finalement, on est devenu notre propre prof, notre propre bourreau. Et on devient la personne la plus sévère, celle qui se juge du matin au soir. Donc vous êtes capable de faire des choses extraordinaires et ça devient un petit peu votre norme. Et dès que vous n'êtes plus capable d'assurer sur la durée, tout le temps, en toutes circonstances, bam, vous vous tombez dessus. Et on peut se poser aussi une autre question, de l'extérieur. De l'extérieur, on voit une femme qui fait des miracles, littéralement pendant la semaine, et le lendemain qui n'arrive plus à rien. Donc on peut en conclure que c'est une question de motivation. Elle peut quand elle veut, le fameux elle peut quand elle veut. C'est exactement... Ce malentendu-là qui produit cette étiquette de paresseuse. Sauf que cette fois-ci, c'est vos propres réussites qui servent de preuves à charge contre vous. On peut rajouter que ce genre de problème génère énormément de problèmes dans le couple. Elle peut quand elle veut. Elle est capable de faire des projets pharaoniques, d'avoir de l'énergie, et pour simplement réserver ou faire la vaisselle, il n'y a plus personne. Donc le premier levier, ils décident à froid, ils décident à l'avance. Je vous explique. vous devez prévoir à l'avance de quoi vous êtes capable. Quelle est votre norme ? Donc par exemple, deux sorties sur la semaine, un gros chantier par jour, des démarches administratives une fois par mois, peu importe le chiffre ni la manière. Ce qui compte, c'est que vous l'avez décidé avant. Ça vous permet de réaliser vraiment le temps que ça prend. N'oubliez pas la cécité temporelle inhérente au TDAH, on a du mal à gérer et à matérialiser le temps. Donc le fait de le mettre sur papier, ça vous permet de réaliser ce qui est... faisable et ce qui est irréaliste. C'est un petit peu enlever ce fantasme qu'on est capable de tout faire et de garder ce rythme sur le temps. Ça permet de mieux accepter ce qu'on est capable de faire, nos limites réelles d'être humain et d'accepter plus facilement les jours où ça ne fonctionne pas. Et cette décision, elle se prend à froid et elle vous demande de mettre ça sur papier pour que les choses soient réellement posées, qu'elles deviennent réelles, matérialisées. Ça vous permet de mettre une limite et d'établir un planning tenable et... réalisables pour éviter justement d'aller trop haut ou de ne pas accepter les moments trop bas. Alors comment faire si on est sollicité ? Alors quand on est sollicité de toute part, évidemment ça fait partie inhérente de notre vie, de femme, de maman peut-être, de conjoint, de collaboratrice il faut pouvoir avoir une espèce de phrase tampon qui nous permet un petit peu de donner de la distance de décider plus tard. Une phrase comme par exemple je regarde mon agenda et je te réponds demain. Pourquoi ça ? Parce que dire oui sur le moment, c'est décider au pire moment. C'est vraiment là où c'est le plus difficile, le plus lourd et on a tendance à dire oui et finalement à ne pas nous respecter et programmer finalement cet échec. Le deuxième levier, c'est peut-être le plus petit de tous. Il tient en une phrase, c'est au moment de la descente. Au moment de la descente, vous devez vous dire je ne suis pas en train de lâcher, je suis en train de redescendre. Et je savais que ça arriverait. Donc vous n'êtes pas obligé d'y croire au moment où vous le dites, mais ça fonctionne très bien. Donc ce qu'il faut retenir, la crise ne révèle pas vos capacités, elle vous fournit simplement le signal, le signal que c'était trop, que quelque chose n'allait pas. Donc finalement, ça vous permet de mieux comprendre, mieux apprendre, mieux vous réguler et mieux finalement planifier pour les jours suivants. Une crise, c'est simplement dire que vous n'avez pas respecté votre rythme. Autre chose qu'on a découvert, le simple mail n'est pas difficile, mais il est fade, il est fade pour vous. Et le fade ne vous permet pas de démarrer. Le système que vous allez choisir pour gérer votre quotidien doit être un système qui fonctionne même les jours où vous êtes à plat. C'est bien beau de trouver un super système, ça peut fonctionner pendant un, deux jours, une semaine, deux semaines, mais est-ce qu'il fonctionne quand vous êtes crevé ? Est-ce qu'il fonctionne quand vos hormones sont en chute libre ? Est-ce qu'il fonctionne quand vous avez passé une mauvaise nuit ? Donc au-delà de trouver un système, il faut trouver le bon système. Si vous voulez en savoir plus, je vous invite dans notre programme TDAH au féminin Le Cocon que vous retrouvez sur le site TDAH Focus. C'est le parcours métamorphose qui nous permettra de trouver le système qui vous correspond pour les bons, les mauvais jours. Un système qui vous permettra de ne pas vous épuiser, de mettre l'énergie là où il faut la mettre et d'éviter de vous culpabiliser en vous. créant des systèmes impossibles à tenir ou, comme j'aime le dire, instagrammables. On parlera aussi de l'organisation de l'estime de soi, des relations de couples amicaux, de l'organisation de la maison, de la gestion au travail et bien d'autres. J'espère que cet épisode vous a plu. N'oubliez pas de vous abonner et de liker. Et je vous dis à très bientôt.