Speaker #0Pourquoi je démarre toujours à la dernière minute et pourquoi je fonctionne toujours à l'adrénaline ? Ce sont des propos qui reviennent souvent chez les femmes profil TDAH. Deux hypothèses qui reviennent souvent. La première, c'est tout simplement la procrastination. Il faut mieux s'organiser, mieux découper, mieux planifier. Puis la seconde, on se dit, c'est neurologique. C'est comme ça, on ne peut rien y faire. Les deux, prises séparément, sont complètement fausses. Et entre les deux, il y a vraiment ce que les femmes décrivent. Dans cet épisode, on va essayer de comprendre pourquoi c'est une réalité et pourquoi on a besoin de ce fameux pic d'adrénaline ou de dopamine pour pouvoir vraiment s'y mettre. Et aussi les conséquences qui en découlent sur notre physique et notre mental. Alors je vais être très franche, c'est épuisant à la longue de tout faire à la dernière minute. Et ça peut générer beaucoup de tensions et d'incompréhensions. dans les yeux des autres. Bienvenue, TDAH au féminin, le cocon, c'est le podcast de TDAH Focus. Ici, on ne fait pas semblant, on essaye de comprendre, comprendre comment on fonctionne, on essaye d'avancer. Le parcours complet et la communauté sont sur tdahfocus.com. Derrière le micro, vous avez une professionnelle de la santé spécialisée dans le TDAH au féminin et qui le vit de l'intérieur. On va plonger dans notre cerveau et on va voir ce qui s'y passe réellement. On va essayer d'imager ça. Prenez le moment précis, pas toute la journée dans son ensemble, mais le moment précis. Vous avez une tâche qui est claire, vous avez le temps qui existe vraiment. Et l'envie, elle est même là. Pourtant, il n'y a rien qui démarre. Vous êtes à l'arrêt. Et ce qui vous coûte, ce qui vous coûte cher, ce n'est pas la tâche en elle-même. Ce n'est pas ça qui est difficile. C'est plutôt le passage entre « je dois le faire » et « je commence » . Ce passage-là, il a un nom. Il s'appelle l'initiation. L'initiation, c'est le signal de départ. C'est ce qui manque vraiment devant une tâche. Et il se passe deux choses en même temps. La première chose, c'est estimer vraiment combien de temps la tâche vous prend. C'est sentir vraiment le temps passé, comme si on le matérialisait. Et savoir aussi combien de temps il nous reste. Tout ça, ce sont des opérations. C'est votre cortex préfrontal. Et ça, ce n'est pas automatique ni facile. Chez beaucoup de femmes profil TDH, on a tendance à fonctionner autrement. Là, on parle vraiment de perception du temps. D'ailleurs, on parle beaucoup de cécité temporelle. C'est cette difficulté à s'approprier le temps, à sentir le temps, à estimer le temps. Le temps, finalement, n'est pas notre meilleur ami. Alors, on peut se poser la question, pourquoi démarrer à la dernière minute ? Simple, à la dernière minute... Il y a un signal qui arrive de l'extérieur. Par exemple, jeudi prochain, ça n'existe pas vraiment dans votre cerveau. C'est une image, c'est une idée, c'est quelque chose de vague. Mais si je vous dis dans 20 minutes, ça, ça existe. Vous le sentez dans votre corps. Et là, tout d'un coup, ce qui était impossible devient faisable. Si on se souvient de l'ami ou de la belle-mère ou de la maman qui est venue nous faire un coucou, dans 15-20 minutes, je viens te faire un petit coucou, votre maison. et sans dessus-dessous, et pourtant vous arrivez quand même à faire le grand ménage, 20 minutes montre en main, chose qui normalement est impossible. Donc ce n'est pas de la mauvaise volonté apparente, mais c'est enfin votre système qui vient de recevoir un signal tangible. Et on appuie sur le bouton ON, et c'est parti. Deuxième pièce de ce mécanisme. Il faut comprendre que ce qui arrive maintenant, Ce qui arrive tout de suite, c'est tangible pour votre cerveau. Par contre, ce qui arrive plus tard, c'est une récompense lointaine. Et une récompense lointaine, elle ne libère pas la dopamine, votre fameux système de la récompense. Donc cette conséquence lointaine, elle ne représente rien pour lui. Votre cerveau, lui, il est à la recherche, entre guillemets, je simplifie les choses, il est à la recherche de plaisir. de dopamine. Et donc, le faire dans l'instant, maintenant, avec une récompense proche, là, c'est juicif et là, vous passez à l'action. Action, réaction. Par contre, une tâche sans échéance proche ou jugée importante, ni extrêmement difficile, il n'y a pas d'enjeu pour votre cerveau. Elle est jugée par votre cerveau comme fade et on ne démarre pas ce qui est fade. Là, c'est peut-être pas conscient, mais c'est inconscient. Votre cerveau a besoin soit de quelque chose de chouette, de passionnant. d'excitant ou peut-être de difficile, il faut qu'il y ait un challenge. Et il faut que la récompense soit proche. Et souvent dans la vie, c'est plutôt les tâches répétitives, ennuyeuses, qui « payent » , c'est cette régularité. Donc on a moins de moments exaltants, moins de moments de défis, moins de moments avec des enjeux. C'est pour ça que le TDAH peut se révéler excellent dans les situations compliquées, complexes. avec des enjeux, de l'adrénaline. Par contre, quelque chose qui est lointain, qui est régulier, qui est répétitif, va tout de suite créer une espèce de procrastination. Donc ce n'est pas de la fainéantise, mais c'est bien un mécanisme. Maintenant, de l'extérieur. De l'extérieur, c'est assez compliqué. On a l'impression que vous ne faites rien et que vous attendez le dernier moment pour le faire. Peut-être par fainéantise, peut-être pour autre chose. Et on ne voit pas les efforts que vous faites. au dernier moment pour pouvoir remettre un bon travail ou faire ce qui est à faire tout simplement. On se dit simplement, tiens, elle aime travailler sous pression ou elle est fainéante et au dernier moment, elle se rend compte qu'il faut le faire, alors elle le fait. Il y a beaucoup de malentendus et de quiproquos par rapport à cette attitude, en tout cas ce qu'on voit de l'extérieur. Vous n'aimez pas la pression pour aimer la pression. La pression, c'est simplement la seule chose Merci. qui va vous fournir ce fameux signal qui vous manque, ce starter. Et ça, ce n'est pas la même chose. On ne peut pas dire j'aime la pression et j'ai besoin d'un signal pour commencer. Et même vous, au bout d'un certain moment, vous avez l'impression que vous devez avoir de la pression pour fonctionner. Mais le mécanisme, il n'est pas compris. Et à force d'être sous pression, à force de faire les choses à la dernière minute et de faire des efforts gigantesques pour pouvoir y arriver, en très peu de temps, ça laisse des traces. Quand on est jeune, on peut le faire une fois, deux fois, un an, deux ans, dix ans. Et au bout d'un certain moment, ça use, ça pompe de l'énergie et on finit par le payer. Ce qui peut engendrer parfois, par exemple dans un cas extrême, des dépressions ou des burn-out ou pire. Parlons un petit peu du téléphone ici. Alors pourquoi parler du téléphone ? Parce que souvent, on se rend compte qu'après avoir fait un effort, après avoir remis les choses à la dernière minute, après avoir... pomper un maximum d'énergie pour pouvoir les faire. Après avoir pompé un maximum d'énergie pour faire les choses en temps et en heure, on ressent une fatigue extrême. Et à ce moment-là, on peut se mettre à scroller des heures et des heures et des heures. Et finalement, avoir une espèce de paralysie qui résulte de cet effort intense. C'est la redescente. Alors, pourquoi scroller pendant des heures ? Je pense, et pas encore établi scientifiquement, qu'on a besoin d'un temps de récupération. Notre cerveau a... tellement fait en peu de temps, on a tellement mis de l'énergie à pouvoir rattraper telle ou telle situation que notre cerveau a besoin de se mettre en mode off et qu'il a besoin de récompenses immédiates. Et à ce moment-là, on se retrouve en train de scroller ou d'être devant une série Netflix. Et on ne comprend pas, on pense que c'est un défaut de caractère, que c'est de la fainéantise, mais c'est simplement parce que vous avez été mal régulé. Vous en avez fait trop à un moment donné. Maintenant. Pratiquement, comment faire justement pour lever l'inertie ? Comment ne pas se retrouver dans des situations qui nous coûtent notre santé physique et notre santé mentale ? Il y aurait plein de choses à dire et des choses différentes selon votre profil. Mais bien entendu, il y a des généralités qu'on peut adapter à la plupart des personnes au profil TDAH. Je vais vous en donner ici deux. Vous retrouverez plus de leviers, plus de pistes, plus d'accompagnement et la communauté. sur tdhfocus.com dans la partie cocon qui est dédiée encore une fois aux femmes profil TDAH. Mais ici, comme je vous le disais, on va déjà donner deux pistes qui peuvent déjà faire la différence. La première piste, c'est avant de commencer quelque chose et jamais pendant. Donc, c'est la période où vous allez prévoir, planifier. Pas besoin de diminuer l'agenda, pas besoin d'applications sophistiquées, mais juste avant d'attaquer une tâche, vous allez décider trois choses. Pas plus, juste trois. Première chose, combien de temps vous allez y passer ? Deuxième chose, qui doit vraiment être fait ? Ça doit être clair et pas flou. Troisième chose, l'heure à laquelle vous arrêtez. Alors, n'oubliez pas, ici, au-delà du problème de la procrastination, il peut se passer autre chose, c'est que vous rentrez en hyper-focus. C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous commencez, si vous êtes dedans, parfois on n'a plus cette notion du temps et on peut tomber dans l'extrême. C'est rare quand on fait de la paperasserie, mais on peut par exemple, quand on a commencé à vider un tiroir pour faire du ménage, se retrouver à 2h du matin avec toute la maison sans dessus-dessous. Donc ici, il va falloir vraiment matérialiser tout ça en se disant, par exemple, je passe 20 minutes sur mes papiers, je trie le courrier ou je m'occupe de trois enveloppes et puis j'arrête à 18h ou à 17h. L'objectif, il doit être créé. Si un objectif va comme je fais le ménage ou je traite la paperasserie, ça, ça ne va pas. Qu'est-ce que vous allez traiter exactement ? C'est le courrier de Mutuelle du Petit. C'est l'attestation des impôts ? Peu importe. Il faut vraiment définir votre objectif. Qu'est-ce que vous allez faire ? Et vous allez voir, c'est un exercice qui n'est pas si facile que ça. Déjà, quand vous mettez par écrit ce que vous allez faire, vous allez voir peut-être un certain inconfort. Et vous allez réaliser que votre notion du temps, elle peut être un petit peu distordue. Que votre notion du temps, elle peut être un peu fragilisée. Donc je reprends mon exemple, 20 minutes pour les papiers, je trie mon courrier de la semaine passée, où je m'occupe de trois enveloppes ou de trois dossiers, et j'arrête à 18h. Alors pourquoi ça marche ? Parce que sans ça, vous décidez qu'une chose, elle est finie en la faisant. Ce qui veut dire jamais. Et une tâche sans fin, sans fin visible, elle ne peut pas être démarrée. C'est comme si votre cerveau allait rester dans l'infini pendant des heures et des heures. Donc le fait de donner une deadline, ça permet au cerveau de lever certains freins. Et ce levier, je vous assure que ça ne vous rajoute pas une étape. Justement, ça vous retire une étape. C'est celle de chercher la sortie pendant que vous travaillez. Il y a une deuxième piste qui est un peu plus petite et plus facile. Quand la tâche ne part pas, n'écrivez pas la tâche, écrivez plutôt le premier geste physique. Vous pouvez le faire. Par exemple, je vais m'occuper de la cuisine. M'occuper de la cuisine, c'est tout un projet. Par contre, je vais vider la vaisselle de mon lave-vaisselle. Là, c'est plus concret. C'est le premier geste. Ou même, j'ouvre le lave-vaisselle. Et je vous assure qu'autant on peut ne pas vouloir aller vider le lave-vaisselle, autant je me dis je n'ouvre que la porte du lave-vaisselle, je tire le propre petit tiroir, je vous mets au défi de vous arrêter là. Généralement, c'est vraiment... L'inertie qu'on essaye de vaincre, le fait de prendre un morceau de papier et de dire « j'ouvre la porte du lave-vaisselle » , on est tous capables de le faire, vous allez le faire et vous allez voir qu'arrêter à ce moment-là, c'est presque contre-nature pour votre cerveau. Donc parfois, si vous n'arrivez pas à mettre par écrit la tâche ou la micro-tâche, si c'est compliqué pour vous, juste mettez par écrit le premier geste. Quand vous voulez faire votre paperasserie, juste... Je m'installe à mon bureau, j'ouvre le premier courriel et à ce moment-là, vous êtes lancé. Et vous ne vous engagez pas à finir ici, vous vous engagez simplement à ouvrir. Et puis vous allez voir une chose en entraînant une autre, vous allez pouvoir faire la tâche, la micro-tâche, voire même le projet. Il faut bien retenir que pour votre cerveau, faire le ménage ou nettoyer la cuisine, ou faire les impôts, peu importe, ou faire du jardinage, c'est un projet. Un projet avec plusieurs tâches et sous-tâches, pour lui, c'est compliqué. Pas que c'est difficile pour vous, mais pour la planification, ça peut créer des freins. Et donc, soit vous paralyser, ou alors simplement jeter la tâche à la poubelle. Et là, vous restez dans l'inex. Voilà ce qu'il faut retenir, donc ce n'est pas un manque de volonté, encore une fois. C'est vraiment un signal de départ qui est faussé. L'urgence, elle est fournie de l'extérieur. C'est pour ça que j'ai tendance à faire les choses à la dernière minute. C'est pour ça que j'ai l'impression de fonctionner à l'adrénaline. Parce que j'en ai besoin. Ça pousse sur mon bouton ON. Et il faut bien comprendre que ça peut coûter cher. Ça peut coûter très cher. Si vous fonctionnez toujours à l'adrénaline, toujours au SPINT, ça va causer des dégâts tant ou tard sur votre physique et sur votre mental. Au contraire, une tâche qui est lointaine, comme on l'a dit, ce n'est pas que c'est difficile pour le cerveau, mais c'est qu'elle est fade. Et donc quelque chose de fade... ça ne se démarre pas bien. Et là, on peut aussi essayer de jouer dessus en essayant de pimenter un peu les choses. Après, vous allez me dire, voilà, triez la paperasserie, il n'y a rien de très sexy là-dedans. Après, on peut se dire, je trie mon courrier ou je commence ma déclaration d'impôt en faisant le premier volet ou juste en rassemblant les documents, point, je m'arrête à 18h et à 18h, je vais faire une promenade ou à 18h, j'appelle une amie. Ou à 18h, je mets devant ma série préférée. En tout cas, il y a une récompense à la clé. Il y a une tâche qui est définie, c'est-à-dire juste rassembler... les papiers qui vont me servir à ma déclaration d'impôt. Et pas « je vais faire ma déclaration d'impôt » . Parce que là, vous êtes sûr que vous n'allez pas approcher de votre bureau. Au contraire, vous allez fouiller. Et vous agrémentez ça avec une récompense. Une petite récompense, mais ça sera assez pour libérer de la dopamine au niveau de votre cerveau. Ici, je caricature, je prends des raccourcis. C'est juste pour vous expliquer le système de la récompense. Voilà, ce sont deux pistes. Deux pistes à tester, en tout cas déjà un premier geste. Et si vous voulez en savoir plus, vous retrouverez dans la description le lien pour le cocon, où vous avez aussi un petit e-book consacré à la femme profil TDAH que vous pouvez télécharger ici en bas dans la description. Voilà, n'oubliez pas de vous abonner, de liker. Merci de nous suivre et je vous dis à très bientôt.