Speaker #0Les profils TDAH ne font pas des bons amis. C'est ce que j'ai pu lire, ce qui m'a révoltée et m'a poussée à vous enregistrer ce podcast. C'est une déclaration qui fait mal, pourtant peut-être une réflexion que vous vous êtes déjà faite ou qu'on vous a déjà fait. Vous dites souvent peut-être des phrases comme « je pense souvent à mes amis, mais j'ai du mal à répondre » ou « je m'attache très vite, puis je disparais » . aussi vite, surtout quand je suis débordée. Ou alors après une soirée, vous vous rejouez les scènes dans votre tête et vous vous demandez si vous avez trop parlé, si vous avez été bizarre, etc. L'amitié, le TDAH, c'est pas toujours facile. Alors aujourd'hui, on va investiguer et on va comprendre ce qui se passe réellement. Vous écoutez TDAH au féminin, le cocon, je vais vous accompagner pendant cet épisode. Vous pouvez nous retrouver aussi sur la plateforme tdhfocus.com dans l'anglais cocon, où vous retrouverez notre... programme complet dédié au parcours des femmes profil DDH. Commençons par le moment où le lien va lâcher. Il est précis et il ne ressemble pas vraiment à une dispute classique. Exemple pour illustrer mes propos. Vous recevez un message, vous le lisez, vous êtes super contente, il provient de votre amie. Vous n'avez pas le temps de répondre tout de suite, alors vous dites peut-être ce soir ou demain. Le temps passe, un jour, deux jours, trois jours, puis plus rien. Et vous disparaissez. Quand vous recevez ce message, ce qui vient d'être demandé à votre cerveau, ce n'est pas de répondre directement. C'est de se souvenir de faire quelque chose plus tard. Et cette opération-là, elle porte un nom. On parle de mémoire prospective. Parce que le plus difficile, finalement, ce n'est pas de répondre directement. Le plus difficile, c'est de le faire plus tard. À un moment où il n'y a pas de déclencheur, où l'information doit ressortir toute seule. en plein milieu d'une journée qui comporte déjà 35 000 choses à faire. Alors voilà le cœur de cet épisode. À l'intérieur, vous pensez très fort à quelqu'un. Vous voyez sa photo, vous pensez à lui, vous pensez à lui envoyer un message. Puis vous y pensez encore le lendemain, le surlendemain. À l'extérieur, l'autre voit plutôt un silence, un silence, un retard, peut-être même une annulation. Et il y a un écart. Il y a un écart entre ce que la personne voit de l'extérieur, votre ami, parce qu'elle ne voit qu'un seul côté, évidemment. Oui, ce que vous, vous avez pensé, ce que vous avez ressenti. Et cet écart-là, c'est toute la discussion aujourd'hui. Alors, soyons honnêtes, la profondeur de votre attachement, il est intact. Votre attachement n'a jamais baissé d'un cran. Par contre, ce qui va lâcher, c'est la continuité, c'est la pratique de ce lien. C'est entretenir de manière régulière. Et là, c'est cruel. C'est cruel parce qu'une amitié entre adultes, Elle ne tient pas souvent à des grands moments, mais elle tient plutôt à ces petits gestes réguliers. Et c'est là où le bas blesse. La régularité, l'entretien avec un profil TDAH, avec des hauts, des bas, ce n'est pas toujours le point fort. Ensuite, il se passe quelque chose qui est très mécanique. Une chose dont personne ne parle vraiment, c'est le coût de réponse. Le coût de réponse, il va augmenter avec le temps. Donc, on a parlé d'un jour, deux jours. sans répondre. Puis le dixième jour arrive et vous demande vraiment une explication. Ce n'est plus une réponse, c'est une explication. Au bout de 20 jours, ça demande des excuses et une très très bonne raison. Donc finalement, arrive le moment où revenir coûte très très cher et coûte plus cher que de disparaître tout simplement. En tout cas, pour votre cerveau et même inconsciemment. Donc finalement, ce n'est pas un vrai choix, c'est plutôt une dette. Une dette qui va grossir toute seule, petit à petit, pendant que vous ne regardez pas. Et puis, il y a la honte aussi. La honte va faire le reste. Plus vous avez honte, moins vous avez envie d'écrire et plus ce silence se rallonge. Et donc, c'est un cercle vicieux qui a commencé de manière tout à fait insidieuse. L'autre, qu'est-ce qu'il comprend ? Il comprend simplement ce qu'il voit. Il voit quelqu'un qui ne donne pas de nouvelles, quelqu'un qui est débordé peut-être, quelqu'un qui pense à elle ou quelqu'un qui s'éloigne. Et comme vous ne lui avez pas dit que vous pensiez à lui ou à elle, lui ou elle n'a aucun moyen de le savoir. Et c'est vraiment sur ce malentendu que va se jouer l'amitié. Pas que l'amitié, mais vous avez remarqué que dans toutes les relations avec un profil TDAH, il y a beaucoup de malentendus. Il y a une différence entre ce qu'on pense... à l'intérieur et ce qu'on laisse paraître à l'extérieur. On peut se poser la question, y a-t-il des études ? Alors, il y en a. Il y en a quelques-unes. Le niveau de preuve n'est pas ultra élevé. Quelques études avec des participants TDAH. sur les amitiés. Alors, le résultat, c'est moins d'amis, moins d'amitié, de moins bonne qualité. Et surtout, ces études, elles sont très limitées parce qu'elles portent sur des enfants et des jeunes, des ados, et pas sur des femmes de 40-50 ans. Mais ça peut nous donner un faisceau d'indices. Une deuxième étude qui est aussi intéressante, mais encore une fois très limitée. Donc, dans les entretiens, ils ont pu analyser des thèmes récurrents généralement avec le profil TDAH. Et il y a un thème qui revient souvent et qui est finalement très parlant. Les profils TDAH parlent d'espaces où ils n'ont plus besoin de se justifier. Des endroits où ils peuvent disparaître deux, trois semaines sans que ça soit perçu comme un abandon. C'est un endroit confortable pour un profil TDAH. C'est ne pas se justifier du pourquoi, du comment, de ses hauts, de ses bas. La personne vous accepte. avec ce mode de fonctionnement. Et ça, c'est rassurant pour un profil TDAH. Et évidemment, dans une amitié entre adultes, dans un fonctionnement neurotypique, ce n'est pas toujours admis ou accepté aisément. Alors concrètement, est-ce qu'on peut parler de pistes ? Oui, il y en a, au-delà du mécanisme. À partir du moment où vous comprenez le mécanisme, vous faites déjà un grand pas. Vous comprenez, vous arrêtez de culpabiliser et de vous dire que vous êtes une mauvaise amie. Vous pouvez aussi expliquer le fonctionnement si vous êtes encore une fois en sécurité dans un espace bienveillant. Par contre, si ce sujet vous pèse, si vous êtes dans un environnement malsain, si l'amitié génère en vous des choses très douloureuses, évidemment ne pas rester seul face à cette tristesse, ni à ces questions d'organisation sociale, mais bien en parler à votre médecin ou votre psychologue bien entendu. On peut aborder l'une ou l'autre piste. Comme par exemple, un test que vous pourriez faire si encore une fois vous êtes en sécurité, avec des amis, avec un entourage bienveillant, c'est un exercice. Il n'a pas été prouvé scientifiquement, c'est juste un exercice qu'on peut faire parfois dans la pratique. C'est une piste. En tout cas, ça n'a rien d'obligatoire. Comment se fait ce test ? Vous prenez un nom, un nom d'une personne dans votre entourage. Je ne dirais pas la personne qui compte le plus pour vous, pas la personne avec qui vous avez le plus de... plus d'historique ou une relation douloureuse ou une relation d'anti. Un contact je dirais presque neutre avec qui vous avez perdu un petit peu le fil de la relation. Donc vous prenez ce contact et si vous le sentez bien entendu, si vous êtes apte à le faire mentalement et si vous êtes dans une relation bienveillante, bien entourée, vous pouvez tout à fait faire un test en envoyant un message qui dit plus ou moins, tiens, j'ai pensé à toi depuis 2-3 semaines. « Je ne t'ai pas écrit, ça n'a rien à voir, ce n'est pas contre toi, c'est juste que j'étais débordée. » Quelque chose qui dit à peu près ça. Donc c'est juste pour donner un signal à l'autre personne que vous ne l'avez pas oubliée et que vous avez pensé à elle. Après, deux possibilités. Soit vous avez une réponse très rapide ou spontanée, et là vous vous dites « ben voilà, je me suis fait toute une histoire » ou alors pas de réponse ou une porte qui se ferme et là il faut pouvoir l'accepter. Donc c'est pour ça que je vous dis que cet exercice n'est pas... pas fait pour tout le monde. Vous devez être dans un bon état mental, dans de bonnes conditions pour pouvoir faire ce test. Alors, votre message, deux phrases, pas un récit, pas des excuses, pas de longues explications, pas de dissertation sur le TDAH. Et si ça bloque, si vous n'y arrivez pas, pourquoi pas un vocal de quelques secondes. Parfois, c'est mieux les vocaux parce que ça lève un petit peu le blocage au niveau de l'écrit. Parfois, à l'écrit, C'est trop long, on veut que ça soit trop parfait et finalement ça ne part jamais. À l'oral, c'est plus spontané et ça peut avoir le mérite de partir plus vite. Et en plus, vous pouvez l'effacer, le réenregistrer. En tout cas, il n'y a jamais de moment parfait et il n'y a jamais de bon moment. Il faut que le message arrive tout simplement. Il y a un deuxième levier, ou une deuxième piste plutôt, c'est une autorisation à vous-même. C'est l'autorisation de ne pas rattraper le temps perdu. pas rattraper ces trois semaines, de ne pas vous excuser, de ne pas rattraper les deux années perdues. Ce qui est passé est passé. On n'a pas besoin de revenir dessus. On n'a pas besoin de polémiquer. On n'a pas besoin de donner des explications. Vous reprenez là où vous en êtes. Parce que rattraper, le rattrapage, c'est exactement là qui rend le message impossible à écrire et envoyer. Ça coûte très très cher à notre cerveau. Et parce qu'un lien ne se juge pas sur ces trois semaines, il va se juger, il se juge sur ce qu'il se passe quand vous allez revenir. Et ça, c'est important, c'est la différence entre les deux. Dans le cocon, on fait ce travail, ce travail cercle par cercle, geste par geste, écrit par écrit, avec la famille, avec les amis, avec les collègues. Ici, évidemment, on effleure un petit peu le sujet, mais vous avez déjà deux pistes. Ce qu'il faut retenir, ce n'est pas l'attachement qui lâche finalement, mais c'est plutôt la continuité pratique du lien amical. Se souvenir de faire quelque chose plus tard, c'est ça qui coûte cher pour un cerveau TDAH. Et c'est exactement ça qu'une amitié entre adultes demande tous les jours, de se souvenir. Et plus le silence va durer, et plus votre réponse, elle va vous coûter cher. La dette, elle va grossir, grossir, grossir, et elle va vous écraser littéralement. Voilà deux pistes. Donc le premier, c'est un nom, un contact, un test, deux phrases, envoyer. Et le deuxième, la deuxième piste. c'est l'autorisation, l'autorisation de ne rien rattraper. Donc j'espère que ça vous a donné quelques pistes de réflexion. Si vous voulez en savoir plus, on se rejoint sur TDAH Focus, Le Cocon. À très vite, merci !