- Speaker #0
Merci beaucoup Aude d'accepter de faire cet entretien. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ton parcours ?
- Speaker #1
Merci déjà Cassandre pour l'invitation, c'est avec un grand plaisir. Donc moi je suis avocate de formation, j'ai passé un petit peu plus de dix ans en cabinet, en droit des affaires, la cabinet, avant de me diriger vers le monde de l'entreprise où un petit peu par hasard je suis tombée à cette époque-là dans la grande marmite de l'assurance. dans laquelle je suis toujours en ayant changé d'entreprise. Aujourd'hui, je suis directrice juridique et conformité d'un groupe d'assurance qui s'appelle Cotevoir.
- Speaker #0
Merci, fabuleux. Quel a pour toi été peut-être le tournant le plus structurant justement dans ce parcours ?
- Speaker #1
J'ai commencé ma carrière d'avocat avec l'idée de faire clair que je ne resterai pas en cabinet toute ma vie. Pour moi, c'était un petit peu un passage obligé qui a duré presque dix ans. Donc, je n'ai pas été malheureuse. Mais vraiment, avec l'idée, j'étais plutôt dans des cabinets anglo-saxons, des grosses structures. Je ne me suis jamais vue rester dans ce genre de structure et même rejoindre les plus petites structures pour être associée. Vraiment, ce n'était pas du tout mon ambition. Ça ne l'a jamais été. Et donc, j'ai un peu construit tout mon parcours en ayant d'avoir la plus grande diversité possible dans l'idée un jour de partir en entreprise et justement d'avoir potentiellement un scope très diversifié. Et c'est toujours ce que j'ai trouvé enrichissant.
- Speaker #0
D'accord, donc c'est une idée que tu avais dès le départ. ce n'est pas quelque chose que tu as construit en chemin ou est-ce qu'il y a des éléments que tu as compris sur toi-même lors de ces dix années en cabinet qui t'ont... conforté peut-être dans cette idée ?
- Speaker #1
Je pense que je l'avais en moi et mon parcours universitaire le montre parce que j'ai été passionnée de droits internationaux privés, de droits internationaux publics aussi. Quand on est français, c'est plus compliqué de percer en droits internationaux publics. Mais en droits internationaux privés, c'était vraiment une matière par exemple qui me passionnait et pour autant, je n'ai jamais eu l'idée d'aller faire de l'arbitrage. Ce n'était pas quelque chose qui m'intéressait, c'était la matière. Et puis, plein d'autres matières comme ça. J'avais un grand-chose qui était assez hétéroclite. J'ai fait un M2 droit des affaires. J'ai fait ensuite un master en école de commerce. Mais voilà, inconsciemment ou consciemment, je ne sais plus trop, je recherchais toujours ce côté vraiment diversifié. Et ensuite, j'ai été embauchée par le cabinet où j'ai fait mon stage final, qui est un cabinet américain, et qui a toujours, d'ailleurs, cette particularité de ne pas cloisonner à l'extrême les gens. Donc, j'étais ménet, mais j'ai pu faire un petit peu de droit fiscal avec l'un des associés, qui n'était pas forcément, d'ailleurs, l'associé fiscal, mais qui avait gardé un petit peu de pratique pour certains clients, aussi en fiscalité patrimoniale. J'ai pu faire beaucoup de contentieux. Et je pense que de toute façon, que ce soit en cabinet ou en entreprise, on rencontre des personnes qui me font être sur-spécialisée dans un domaine, devenir vraiment expert en la matière. Ils y voient une forme de confort. Et c'est très important d'avoir des experts qui sont vraiment incollables sur telle matière. Et puis, il y a d'autres personnes qui me semblent plus mon caractère. Et qui vont être plus dans la transversalité, de toucher à plusieurs matières, de voir comment elles peuvent s'imbriquer les unes par rapport aux autres. Je sais que c'est aussi guidé par des goûts personnels, en tout cas me concernant. Et je pense que c'est vraiment deux profils qui sont un peu incontournables et qu'on retrouve dans le milieu juridique. Et moi, il était très clair que le mien... était celui d'aller un petit peu voir plusieurs champs pour pouvoir un jour les consolider.
- Speaker #0
D'accord, donc c'était vraiment une étape de formation qui t'a un tremplin pour passer ?
- Speaker #1
Oui, et puis même en M&L, sur la partie M&L, c'est vrai que j'ai toujours aimé faire des choses assez diversifiées. J'ai fait du côté, j'ai fait du non-côté, j'ai fait du venture, j'ai fini dans un cabinet qui est très connu pour son activité LBO. et puis quand j'ai basculé en entreprise c'est vrai que c'était vraiment le poste que je cherchais dans une entreprise que tu connais bien par ailleurs c'était un poste qu'au départ on me disait oui M&A stratégie je me suis dit oh super ça doit être assez large moi je voulais vraiment sortir d'un domaine plus ferme que du M&A du M&A purement et puis c'est vrai que dès qu'on arrive dans un secteur d'entreprise évidemment quand on vous dit allez suivre les stratégiques Merci. Évidemment, ils viennent se coller sur l'activité de l'entreprise. Donc là, c'était tout ce qu'il y avait autour du droit de l'assurance. J'aime beaucoup aussi les sujets de gouvernance, qui se rattachent plus à ma formation première, évidemment. Donc, c'est vraiment cette espèce de curiosité.
- Speaker #0
Donc, finalement, ça t'a nourri. Le fait de basculer en entreprise, ça a libéré tout ce côté de... de richesse permanente. Oui. Et en tout cas, elle nourrit ta curiosité.
- Speaker #1
Complètement. Et puis, ce que je trouve, pour moi, la grande différence entre le cabinet et le monde de l'entreprise, c'est qu'en fait, quand vous êtes en cabinet, souvent, vos interlocuteurs avec vos clients, ce sont des gens, ce sont des dirigeants et ce sont les personnes des directions juridiques, des directions financières. Donc, grosso modo, vous parlez à des gens qui comprennent votre langage. Soit ils ont fait à peu près les mêmes études que vous, soit ils sont très habitués à entendre les termes, ils en ont fait certains, surtout dans le milieu du M&A. Donc, il y a une espèce d'environnement assez confortable où même quand on n'est pas d'accord, en tout cas, on se comprend. Et quand vous arrivez en entreprise, en fait, c'est vide. Vous allez devoir aller parler de droit à des personnes dont ça n'est pas la formation, ça n'est pas la priorité et ça n'est pas nécessairement la culture. Et c'est le moins qu'on puisse dire. Et donc ça force forcément à avoir un côté, ou à développer un côté très pédagogue. Et puis aussi de comprendre les problématiques. Je pense qu'il ne faut jamais arriver en disant, moi ma problématique juridique réglementaire, écoutez, j'ai à peine besoin de vous l'expliquer, elle doit de toute façon s'imposer. Nous sommes une fonction régalienne, elle doit s'imposer. C'est le meilleur moyen pour que ça ne marche pas. Donc, de faire comprendre aussi aux personnes, notamment dans des secteurs très réguliers, l'importance, bien sûr, de ce pan-là, et comprendre aussi leurs problématiques pour réussir à faire matcher l'ensemble.
- Speaker #0
Oui, j'ai l'impression que ce que tu dis, et corrige-moi si je me trompe, mais c'est le fait de muscler justement cette compétence, de s'adapter aux besoins de son client, de comprendre son environnement, et c'est justement... Une des technicités supplémentaires, peut-être, quand tu es en entreprise et qui rend le métier encore plus riche ?
- Speaker #1
Oui, j'ai toujours trouvé que c'est vrai. On est confronté à ce qu'on peut appeler des clients internes qui n'ont pas cette sensibilité-là et qui peuvent... Avoir eu des mauvaises expériences, bien sûr, et puis avoir un peu aussi, sinon, sans même parler d'une mauvaise expérience, cette crainte de se dire, « Ouh là là, la chape de plomb arrive, moi je ne vais rien pouvoir faire, il ne m'explique rien, ce n'est pas possible. » On peut aussi la retrouver chez les dirigeants, dire « Oh là là, mon Dieu, le juridique de la conformité, voulez-vous arriver ? Ça va tout nous bloquer. » Et non, ce n'est pas du tout ça. En tout cas, ce n'est pas comme ça, à mon sens, qu'il faut aborder le sujet. Et... Et une fois que tout est calé, en fait, on déroule tout ça très facilement et on arrive à faire les choses justement avec, bien sûr, parfois ce carcan réglementaire, mais on y arrive très bien.
- Speaker #0
Et là, je m'emmène exactement sur ma prochaine question. Ah, mais c'est marrant. C'est marrant. Justement, exactement. Sur, justement, ce... Donc, tu m'emmènes justement sur la prochaine question, qui est justement de comprendre... Ce rôle, puisque tu es en train de briser le coup à cette idée reçue que le juriste est bloquant, et va empêcher d'avancer, particulièrement dans un groupe d'assurance, où la confiance et la robustesse sont centrales. Comment fais-tu face à ça aujourd'hui ? Quels sont les enjeux qui structurent ton rôle au quotidien ? Comment est-ce que, concrètement, tu arrives à répondre à ces questions ? Je comprends, en t'adaptant déjà à ton client.
- Speaker #1
Je pense que c'est un certain mélange aussi. La pédagogie est bien sûr nécessaire. Puis à un moment, la pédagogie doit aussi prendre fin. Parce qu'on peut être face à des gens qui vraiment sont averses à cette culture réglementaire et en même temps, on se dit qu'elle est là pour maîtriser un certain nombre de risques. Et c'est un peu pour moi, c'est aussi tout l'enjeu de la gestion du risque dans l'entreprise de façon plus globale. les fonctions associées au risque et au contrôle, nous sommes avant tout les gardes-fous et les gardes-ci des dirigeants. C'est très important. C'est de ça marqué dans l'assurance et dans le secteur banque-assurance de façon plus large, avec cette installation des lignes de défense. Voilà. Et c'est ça. Tout l'enjeu, c'est de le faire comprendre également aux dirigeants. C'est de dire... Je ne suis pas là pour t'embêter, je suis là aussi pour protéger, que ce soit leur propre responsabilité, qui selon le droit français est assez vite engagée, mais également l'activité de l'entreprise.
- Speaker #0
Et pas dire non, mais trouver des solutions.
- Speaker #1
Trouver des aménagements, trouver des compromis, mais pas toujours une solution pour tout, mais en tout cas trouver des compromis qui justement permettent pour moi d'arriver à... à l'équilibre parfait d'avoir une activité et qu'elle soit encadrée, qu'elle rentre dans le champ de la réglementation équilibrée, applicable.
- Speaker #0
Est-ce que tu as des petites recettes ? Peut-être une question que tu m'aimes poser, que tu poses toujours pour appréhender un sujet ou des choses que tu refuses de laisser floues ?
- Speaker #1
Je pense que ce que tu dis, c'est très important. C'est justement la transparence et essayer au maximum Non, non. On voit aussi que souvent, et ça se retrouve pendant la sociologie, c'est la peur de l'inconnu. Les gens se disent, oh mon Dieu, qu'est-ce qui va se passer ? Dès qu'on a des réglementations assez structurantes qui arrivent dans le secteur, bien sûr que le premier réflexe des gens qui vont être impactés opérationnellement, c'est de se dire, oh mon Dieu, comment on peut y échapper ? Il ne faut pas laisser les gens face à ça. Il faut vraiment être dans l'écoute, bien comprendre ce qui les inquiète et puis bien leur expliquer aussi, évidemment, le côté un peu inéluctable de la chose, mais l'accompagnement, les formations, tout ça, c'est très important. La sensibilisation, les formations, l'accompagnement et puis le fait que les gens se sentent dans un climat de confiance. C'est vraiment les champs qui... qui justement va permettre de dénouer certains points de crispation.
- Speaker #0
Et vraiment très humain, en fait, c'est ce que j'entends.
- Speaker #1
C'est essayer au maximum quand c'est possible. Ce n'est pas toujours possible, évidemment, mais c'est un peu comme avec les enfants aussi. Jamais ne pas laisser de zone de flou, de non-dit, de tabou. Moi, je ne trouve pas ça très sain de façon générale dans la vie. Ou alors, on peut aussi le dire au sein des familles ou des choses comme ça. C'est toujours mieux de... La transparence, l'échange et puis oser, effectivement, oser dire les choses. De toute façon, bien sûr, il faut le dire.
- Speaker #0
Justement, tu parles de sujets tabous ou d'éléphants au milieu d'une pièce. On est donc les deux des femmes. Le fait d'être une femme en cabinet, d'être une femme en entreprise, est-ce qu'il y a des moments qui ont été difficiles pour toi ? Si oui, comment les as-tu dépassés ? As-tu des conseils à transmettre ? des points de vigilance ?
- Speaker #1
Alors, je pense qu'être une femme dans la société française, c'est toujours challenging. Il y a bien sûr eu d'énormes avancées au cours des dernières décennies, mais ça reste toujours très challenging. Et effectivement, le milieu du droit, le milieu des cabinets, en tout cas les cabinets d'affaires, ce que je connais, oui, c'est très challenging. Moi, j'ai eu la... Bon, je vais y aller. L'idée d'avoir mes enfants en cabinet, j'en garde un souvenir et c'est souvent ce que je partage. Il m'arrive de faire une conférence auprès des étudiants M1 et M2 d'Assas. Et j'ai toujours mon petit passage un peu militant sur le sujet de dire, parce qu'il y a beaucoup d'étudiants en droit, c'est ça qui m'intéresse. On est toute sa majoritaire maintenant, je crois que c'est un peu... C'est un raz-de-marée, c'est-à-dire, attention, pour autant, la société n'a pas forcément évolué aussi vite que la proportion d'étudiantes en droit. Donc, ça se passe aussi en médecine, je sais, aujourd'hui, il y a plus d'étudiantes que d'étudiants en médecine. Et pour autant, quand on est sur le marché du travail et qu'on arrive à un âge où on envisage, on ne sait même plus ce qu'envisager, on fait une famille. Oui, c'est très, très challenging. Alors, il y a la période de la grossesse qui peut être, évidemment, ça peut être compliqué parce que souvent, on a des rythmes quand même très soutenus. Une grossesse, ça ne se passe pas toujours bien. Parfois, ça peut se passer très bien, mais tout le monde n'est pas de retour au travail cinq jours après une césarienne. Et si tu es dans un mini, je pense que c'est normal. Et c'est normal. C'est tout à fait.
- Speaker #0
C'est un mal exemple, justement.
- Speaker #1
Voilà, c'est pas... En fait, c'est très bien. Il peut y avoir des gens qui se sentent comme ça, mais ça ne doit pas devenir l'exemple. Puis c'est un poste très particulier, voilà. Pour certaines femmes, la grossesse se passe mal, la bouche mante peut mal se passer. Et puis, tout début, le congé maternité, bon, c'est aussi, voilà, c'est quelque chose d'épuisant. Et puis souvent, on commence à re-regarder nos e-mails. Voilà, et puis après, le retour, voilà, le retour avec ce nouveau statut. Le fait que les horaires sont très étendus, c'est quelque chose de challenging. Ce n'est pas quelque chose qui m'a motivé mon départ en entreprise ensuite, vu que j'avais vraiment cette idée-là. Et je pense que j'ai pris des grandes responsabilités en entreprise aussi. Voilà, et je ne pense pas d'ailleurs à ce qu'en entreprise, ce n'est pas forcément non plus plus simple. Donc moi, j'avais... Quand je suis arrivée en entreprise, j'ai eu quand même ma première directrice juridique un jour qui m'a dit, vous savez, qui était assez, que tu connais par ailleurs, qui était aussi assez moteur sur la défense des femmes, qui m'a dit, vous savez, j'ai vu un troisième enfant en plus, le coup, je vais m'interditer plus long. J'avais trouvé ça plutôt, je me suis dit, c'est pas mal. En fait, je crois que c'est le rôle, justement, des femmes, notamment quand on arrive à certains postes. d'aider, de s'en vouloir cela. Effectivement, jusqu'à prendre du contraire. Aujourd'hui, ce sont les femmes qui supportent, on va dire, la grossesse, le congé maternité, le retour sur emploi. Et c'est tout à fait normal. Et moi, j'ai toujours été absolument ravie quand, dans mes collaboratrices, on m'a lancé une grossesse. Je trouve ça... Voilà. Bien sûr, mais c'est à l'entreprise de s'adapter, de dire « Ok, on va voir comment on se remplace, mais c'est cool, c'est super mauvais ! »
- Speaker #0
Absolument. Et cette même directrice juridique, pour lui envoyer des fleurs, peut-être encore en tout cas, mais qui, comme tu le dis, a toujours aussi beaucoup soutenu les femmes entre elles. Je me souviens d'une autre anecdote, où lors de différents recrutements, une jeune femme qui était candidate lui dit qui... qu'elle doit annoncer avant de se prononcer sur le fait de prendre le poste ou pas qu'elle est enceinte. Et je me souviens très bien de la réflexion de cette directrice juridique qui était de dire « Peu importe, ça ne change rien. Ce que je veux recruter, c'est une personne du long terme, sa compétence, et qu'elle soit absente pendant quelques mois pour, en plus, une aussi belle excuse, ça ne change rien dans ma décision de l'embaucher ou non. » Et j'avais trouvé ça vraiment très fort. Et comme tu dis... Un modèle à porter et motivant pour tous ceux autour. C'est ce rôle de rôle modèle qu'il faut savoir assurer.
- Speaker #1
Il peut y avoir parfois en cabinet une hypocrisie. Je me rappelle d'une amie qui avait 32-33 ans, qui annonce qu'elle est enceinte. Ses associés, les bras m'entombent. Elle s'était mariée deux ou trois ans avant. Vous êtes sûre ? Vous m'inquiétez parce que rien n'était plus prévisible que ce genre d'annonce à terme. C'est un monde qui reste encore challenging. Je pense que ça avance. Je pense que le monde de l'entreprise est peut-être mieux armé pour avancer un peu plus vite sur ces sujets. des politiques maintenant autour de la parentalité. Et je trouve ça très bien. Les cabinets suivent aussi, en tout cas de ce que je peux entendre ou voir. Il y a aussi une impulsion, notamment sur certains cabinets d'affaires avec les États-Unis qui ont pu saisir de certains sujets. Et je trouve ça très bien. Mais voilà, le chemin continue.
- Speaker #0
Et ce que je retiens de ce que tu nous dis aussi, c'est de compter sur cette sororité finalement, et que c'est le rôle de chacune des femmes de continuer à pousser ce changement.
- Speaker #1
C'est injuste de... Il n'y a rien de plus facile à dire. Le dire, c'est génial. Et puis, combien de fois j'ai vu, pour autant, je voyais des femmes plutôt cadres, et quand il y avait une annonce dans leurs équipes, c'était genre... Sous pas la grimace, mon Dieu, comment on va faire ? Non, non, non. Et qui elle-même, en fait, avait eu des enfants. Ce n'est pas quelque chose que j'arrive à comprendre. Ça doit être ancré.
- Speaker #0
Et faire partie des valeurs de chacun.
- Speaker #1
Exactement. Et je pense qu'il est mieux que justement les femmes peuvent le porter pour d'autres femmes en entreprise. Mais c'est très bien quand les hommes le portent aussi. C'est génial. Mais si déjà au niveau des femmes, on sent un verrou, Ce n'est pas très bon.
- Speaker #0
Donc, c'est notre responsabilité.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Très bien. Si on passe maintenant un peu à ton activité aujourd'hui, à ton ambition au sein du groupe Prévoir. Je comprends que tu es rattachée au directeur général.
- Speaker #1
Oui. J'ai discuté d'être rattachée comme un groupe. Je suis aidant, on va dire, le vaisseau amiral du groupe qui porte l'activité d'assurance et également à la holding. et donc à la holding je suis rattachée à la PDG, d'accord, qui est une femme et qui est aussi très moteur sur ces aspects-là. Et côté assurant, je suis rattachée au directeur général et qui lui aussi est assez moteur et assez en ligne sur ces aspects-là. Super. Et membre des différents comités de direction, comme le NEX, comité exécutif.
- Speaker #0
Donc vraiment avec un rôle stratégique à jouer. Dans ce cadre-là, est-ce qu'il y a des sujets plus particuliers qui ont été structurants dans tes actions ou sur lesquels tu es en train de travailler que tu voudrais partager avec nous, bien sûr non confidentiels, mais qui pourraient être inspirants pour nos auditeurs ?
- Speaker #1
Je pense qu'un des grands enjeux de la profession actuellement et notamment dans les secteurs réguliers, c'est évidemment cette... course à la législation. Aujourd'hui, on est vraiment face à une production législative assez monstrueuse, qui régule de plus en plus, en fait, les activités qui peuvent être faites dans le secteur, et qui sont par ailleurs reprises et pilotées par des régulateurs, qui encadrent ce genre d'activités, notamment... On a la CPR, on a la CNIL, on a la FA. Voilà, et ça, c'est un vrai enjeu. C'est quelque chose où on a de plus en plus, on a vraiment des besoins croissants en termes de veille juridique et réglementaire, en termes d'aide à l'implémentation. Parce qu'évidemment, quand un nouveau plan de réglementation émerge... il faut le mettre en œuvre, c'est quelque chose qui va vraiment infuser dans toute l'entreprise. C'est-à-dire qu'il ne suffit pas de dire « Bon, maintenant, on va respecter telle réglementation. » C'est qu'en fait, ça passe par une modification parfois de nos outils, donc également de nos modes de vente, de notre distribution, également de toutes les activités qui sont côté opérations. Donc en fait, ça impacte très largement. Ça ne peut pas juste dire « je respecte ça » . Non. Ce sont des heures de travail pour les équipes de la DSI, pour les équipes de la direction des opérations, pour les équipes commerciales, pour évidemment les équipes aussi un peu au cœur. Bien sûr, la direction juridique, on a l'actuarial, on a la finance. En fait, tout ça doit se mettre justement un peu en branle pour implémenter. Et en fait, une implémentation, ça prend des mois. Donc, des mois où on repart sur toute cette nécessité de pédagogie, d'échange, et puis quand même, à la fin, cette nécessité de livrer un résultat. Donc, c'est vraiment ça aujourd'hui qui... Et je ne sais pas jusqu'où l'État français ira et les instances européennes. On est à la fois dans un système, c'est pour nous toujours une grande simplification, mais en fait, c'est car, par exemple... Quand, avec la réglementation CSRD, ça a été vu comme très compliqué, puis finalement, écoutez, attendez, on va refaire une réglementation pour finalement plus simplifier, qui ne simplifie pas tant que ça. Donc, on est vraiment dans cette espèce d'inflation législative permanente qui, pour les entreprises, devient, à mon sens, critique, notamment. Dans le cas, alors les PME, c'est vraiment un challenge, mais même nous, on est considérés comme ETI. C'est un défi. Et pour ça, est-ce que tu as des méthodes, des outils que tu mets en place ? Est-ce que vous utilisez l'IA ? Est-ce que ça fait partie des projets que vous imaginez ? Alors sur l'IA, on est évidemment assez investis sur le sujet, comme à peu près tous les assureurs. donc on regarde la chose d'assez près moi j'ai la chance en ce moment de pouvoir tester certains modules vraiment les versions très professionnelles et très poussées pour voir justement jusqu'où dans mon scope cela peut être utile cela peut apporter, cela peut dégager du temps notamment sur ces sujets de mise à jour de veille de formatage en fait de certaines parfois c'est vrai que On est aussi dans le système français, on a beaucoup de réunions. On a beau dire que dans la société en général, tout le monde travaille à ce qu'il y en ait moins, on reste dans cette culture un petit peu de la réunionnite. Et c'est vrai que je pense que ça peut être, en tout cas, on teste en ce moment pour voir, pour l'aide sur les comptes rendus, sur tout ce qui est consolidation. Moi, je suis un petit peu plus réservée sur la partie recherche juridique. Pure et dure. On a encore fait un test, une hier, avec une de mes collaboratrices. Le résultat était absolument décevant, on va dire. Décevant, voire amusant. C'était assez drôle. Puis c'est toujours avec ce travers de Mia qu'on lui dit, et pourtant on a bien prompté, on a bien... Et on lui dit, mais es-tu sûre ? Non, je regarde à l'IA. Par contre, je trouve que les outils actuels semblent quand même... très performants, une vraie aide, au niveau, quand en fait, on les nourrit et qu'on leur demande, par exemple, une consolidation, une synthèse, c'est quand même assez pertinent et ça peut être un gain de temps et donc un gain de productivité énorme pour se concentrer justement sur des tâches plus complexes, plus d'analyse, plus de prise de hauteur aussi, puisque c'est très important quand on fait du droit au sens large. Donc oui, c'est vraiment un sujet.
- Speaker #0
Et je comprends que vous êtes dans une approche très test and learn. Oui. Et qu'aujourd'hui, les premiers résultats, c'est vraiment un outil, mais ça ne nous remplace pas.
- Speaker #1
Alors en tout cas, côté juridique, pour l'instant, je n'ai pas les retours de tous les participants. Côté juridique, et ça, j'en ai été bien convaincue, on n'est pas du tout pour moi... Ça me paraît toujours assez fantaisiste, d'ailleurs, quand j'entends ce grand théorien. Ne faites surtout pas du droit. De toute façon, l'IA aura tout remplacé. OK, essayez un peu l'IA, voilà. Puis voyez, en fait, je pars en entreprise, mais...
- Speaker #0
Quand vous avez une problématique, voyez si finalement vous pouvez vous passer d'un vrai avocat ou si vous allez vous reposer sur un des acteurs de l'IR. Je pense qu'on doit pouvoir faire le parallèle avec la médecine. Je pense qu'il est assez clair que personne n'a envie de trop risquer la chose. Et puis, c'est vrai que, et ça en soit très bien, on voit bien que l'intelligence artificielle reste artificielle et que même en l'entraînant, oui, des raisonnements juridiques, des... des analyses. Alors, on m'a dit aussi, d'autres personnes qui participent m'ont dit « Ah là là, pour donner des références jurisprudentielles, ça ne marche pas du tout non plus. C'est un peu la cata, quoi. » Et les outils avaient tendance à sortir des décisions, mais qui finalement disaient... Alors, j'imagine que ça marche aussi par mots-clés, par résonance et tout, mais qui soit contredisaient l'analyse qui était présentée, soit finalement... Soit finalement, on n'avait pas grand-chose à voir, on n'apportait pas grand-chose. Donc, je pense qu'on peut continuer à aller en fac de droit, à faire des formations en droit. Et que par contre, l'IA, c'est un outil absolument indispensable et qu'il viendra incontournable pour alléger certaines tâches. Mais voilà, des tâches qui sont pour moi très mécaniques.
- Speaker #1
La partie plus automatique et mécanique, la valeur ajoutée juridique et intellectuelle.
- Speaker #0
C'est plutôt la plus grosse partie du travail de juré, c'est à mon sens. Mais justement, ça permettra d'alléger cette partie-là et de libérer vraiment du temps et littéralement de la pensée, de la réflexion face à la complexité des textes. Tu vas très chendo.
- Speaker #1
Et ça répond justement au point que tu souviens.
- Speaker #0
Exactement. C'est une inflation législative. Ok, tant mieux. On peut avoir des outils qui vont justement, et il faut évidemment que ce soit très fiable, qui vont nous fait mâcher aussi une partie de ce travail de veille, d'alerte, attirer notre attention. Il y a aussi à faire des comptes rendus, des PV, des choses comme ça. Mais le vrai travail du juriste, ce n'est pas la machine qui l'a fait, c'est le raisonnement humain.
- Speaker #1
Donc dans un monde qui se complexifie, il est d'autant plus important de bien s'équiper, s'outiller pour continuer à pouvoir répondre et faire face.
- Speaker #0
Mais je pense, alors on ne l'a pas connu, mais je pense que le juriste et l'avocat, on fait face à plein d'évolutions comme ça. Moi je sais que parfois j'entends des avocats un petit peu... un petit peu plus âgée, qui me dit « Ah mais moi, tu sais, j'ai commencé à l'époque, il n'y avait pas d'email. On n'avait pas les emails.
- Speaker #1
On ne conçoit même pas.
- Speaker #0
Et on avait un fax. Et même ça, dans des cabinets, des très grosses structures américaines.
- Speaker #1
Certaines signatures email ont encore le numéro de fax.
- Speaker #0
Exactement, voilà. Et ça a arrivé. Et puis après, on a eu les BlackBerry. J'avais même oublié l'existence du BlackBerry. C'était mon premier portable. Franchement, le BBN, c'était un enfer. Le BBN, ça faisait trois lignes. La mise à jour des e-mails, c'était un peu quand il avait décidé qu'il pouvait. Et voilà, j'imagine aussi l'arrivée du pack office, de plein de choses, en fait, qui ont dû être vues comme assez révolutionnaires et qu'il a fallu s'approprier. Et là, je trouve ça toujours dommage, en tout cas en juridique, qu'on fasse paner cette espèce de spectre de « vous allez être remplacé » . En tout cas, moi, je ne le pense pas du tout.
- Speaker #1
Oui, et le fait que...
- Speaker #0
Et je n'hésite pas à le rappeler à mon mari, qui est un petit peu dans cette tendance de dire, le métier va totalement changer, tout va changer, et on a un ami qui aussi... Alors quand ils sont lancés tous les deux, c'est quelque chose, et moi j'en ai toujours, non, mais non, en fait, non.
- Speaker #1
Je suis convaincue aussi que ça va être un élément qui va permettre d'asseoir d'autant plus le rôle stratégique des directions juridiques en entreprise, et de faire disparaître ce rôle de fonction support. Puisque tout ce qui est automatique est facile pour être remplacé par l'IA, en revanche, la compréhension fine des enjeux et le spirit partner est d'autant plus important.
- Speaker #0
Oui, et tu vois, moi j'ai jamais eu de... Ça me rappelle des suceaux que j'ai pu avoir dans mon ancienne entreprise. J'ai aucun mal avec l'appellation, par exemple, fonction support. C'est juste que moi j'ai toujours rajouté derrière support essentiel. ou font son support régalien ou régalienne, selon l'accord qu'on en fait. Parce que bien sûr, on arrive dans une entreprise, nous, on n'est pas... On est vraiment, c'est ce que tu dis, on est un sparring partner, mais on ne réalise pas les ventes, on ne fait pas les développements, même si on se met dans d'autres respects, mais on est justement là pour sécuriser ce qui est fait. et asseoir la robustesse de l'activité et de l'entreprise.
- Speaker #1
Absolument. Alors, on arrive maintenant à notre instant signature. Si tu avais une baguette magique et que tu pouvais changer une seule chose pour rendre la vie des juristes plus utile, plus simple et plus impactante, tu changerais quoi ? Vraiment avec une baguette magique ? Avec une baguette magique, absolument. Tout est possible.
- Speaker #0
Je pense que je lèverais justement cette image qui parfois pèsent sur les directions juridiques, se bloquer, voilà, au secours les voilà, ils vont tous nous bloquer, voilà.
- Speaker #1
Merci. Et maintenant, s'il y a une chose, un oui peut-être que tu as dit, un jour, ou un non, au contraire, dont tu es très fière.
- Speaker #0
Moi, je suis sur l'école d'avocats, en disant non, je vais être avocat, mais voilà. C'était plus, j'avais compris qu'il fallait mieux l'être. Même quand vous voulez être in fine en entreprise, il fallait mieux être avocat, il fallait mieux exercer. C'est un conseil que tu donnerais encore aujourd'hui ? Bien sûr, ce que je donne toujours. Voilà, ce n'est pas si difficile de passer le paro. Il faut juste accepter de massacrer un peu un été. Grosso modo, c'est un très bon investissement. Puis quand on passe, c'est le plus bien quand même. qui allaient avoir d'exercer un petit peu en cabinet. Et c'est vrai que c'était très clair pour moi. Et à côté de ça, quand j'étais à l'ESB, je côtoyais des gens dont c'était le rêve absolu depuis l'enfance. Comme certains voulaient être médecins, vétérinaires, archéologues, eux, ils voulaient être avocats. Moi, ce n'était pas le cas. Et c'est vrai que quand on devient avocat, on prête serment. Le truc, pareil, je n'avais même pas de robe d'avocat. Je me suis même empruntée à un associé du cabinet où j'étais. Il y avait des gens qui étaient très émus. Moi, je ne l'étais pas spécialement. J'ai prêté serment. Et en fait, il a fallu que je vieillisse dans la profession. Ce n'est pas vraiment un oui ou un non. Si je crois qu'on dit oui, je le jure. Et puis, il y a tout le serment. En fait, il a fallu que j'avance dans la profession. Mais notamment, je pense, plus depuis que je suis en entreprise, pour que ce serment prenne un sens pour moi. voilà, je... Et j'ai retrouvé assez récemment dans un de mes portefeuilles ma carte d'avocat, ma carte du barreau, un petit excès derrière. Et je me suis dit, ouais, en fait, on ne se rend peut-être pas forcément compte. Moi, j'ai prêté serment, je ne suis plus 23, 24 ans. Voilà, je devais retourner au cabinet parce que j'avais juste ma liste. Mais on ne se rend pas compte. Mais en fait, il est porteur de nos valeurs.
- Speaker #1
Superbe, très beau. Et tu le vis au quotidien.
- Speaker #0
Ouais, vraiment. Il me semble qu'on s'engage à exercer nos fonctions, notamment avec probité. Il a fallu attendre quelques années pour que je me dise que ce n'est pas juste une espèce d'archaïsme érité du passé. C'est notre socle de valeurs. Et en tout cas, c'est un socle qui me parle.
- Speaker #1
Je trouve que c'est la plus belle démonstration, finalement, cet alignement entre les paroles et les actes.
- Speaker #0
Exactement, c'est comme disait Victor Hugo, même si ça a été un peu ensuite retourné, c'est je crois ce que je dis et je fais ce que je crois.
- Speaker #1
Très bien, parfait. Très inspirant. Si tu avais un dernier conseil à donner à nos auditeurs, peut-être les plus jeunes, ceux qui sont encore étudiants ?
- Speaker #0
Mais surtout de ne pas du tout regretter d'avoir fait ce choix du droit, si certains sont en train de remplir Parcoursup et hésitent. Puis de ne pas se laisser polluer justement par tout ce qu'on peut lire, partout sur l'IA, sur ce remplacement. Je pense que l'IA,
- Speaker #1
c'est une chance pour les métiers juridiques et c'est à nous de la saisir. Merci beaucoup Aude, merci beaucoup pour ton témoignage. Mme Calsan est particulièrement inspirante et porteur d'énormément d'espoir, je pense, et surtout qui confirme qu'un choix fait quand on n'avait que 23 ans peut se confirmer au quotidien dans ses actions.