- Speaker #0
Le podcast de TechInnov, unique rendez-vous business annuel dédié à l'innovation en France, vous est présenté par la CCI Essen et la CCI Paris Île-de-France.
- Speaker #1
Bonjour, bonjour et bienvenue sur le podcast de TechInnov 2025. Pour cet épisode, focus sur la défense et la sécurité, l'une des six thématiques retenues pour la 19e édition de l'événement. Objectif, anticiper les menaces de demain avec les technologies d'aujourd'hui. et notamment la cybersécurité, les systèmes autonomes et bien sûr l'intelligence artificielle. Dans la continuité du sommet de l'IA qui s'est tenu en début d'année à Paris, l'intelligence artificielle sera d'ailleurs l'un des thèmes principaux développés dans cet épisode. Pour en parler, je reçois Xavier Itard, vous êtes ingénieur en chef de l'armement, chef du guichet unique au sein de l'agence de l'innovation de défense.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #1
C'est bien ça, bonjour. Alors en quelques mots, qu'est-ce que l'AID ? Quelles sont ces missions ?
- Speaker #2
L'agence de l'innovation de défense a été créée en 2018 de façon à finalement fédérer les initiatives en matière de défense. Pour le ministère des armées qui a toujours eu cette vocation d'innover pour être toujours à la pointe de la technologie et garantir finalement une suprématie de nos forces, ce besoin de finalement fédérer l'ensemble et de donner de la logique à l'ensemble des développements a été affirmé par la création de cette agence.
- Speaker #1
Très bien, alors à vos côtés j'ai le plaisir d'accueillir Arnaud Ioualalen.
- Speaker #3
Bonjour à tous.
- Speaker #1
C'est bien ça. Vous êtes CEO et cofondateur de Numalis qui a été lauréate TechInnov en 2023. Arnault, pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, est-ce qu'on peut rappeler les métiers de Numalis ?
- Speaker #3
Alors Numalis, on est une deep tech et on travaille sur les questions d'IA de confiance. Qu'est-ce qu'on fait ? C'est qu'on fabrique des outils qui permettent d'évaluer si on peut faire confiance aux IA qu'on est en train de fabriquer avant de les mettre en production.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #3
Mais on développe aussi des standards pour aider l'industrie à se structurer au niveau international pour pouvoir dire c'est quoi une IA de confiance et comment je m'en assure que c'est une. Et on développe aussi des méthodologies pour évaluer la compétence des gens en IA. Parce que c'est bien d'avoir des IA qui marchent, mais c'est aussi bien d'avoir des gens qui comprennent comment ça marche. Et donc du coup, on aide aussi à évaluer ce que comprennent les gens et comment on peut certifier peut-être à terme aussi leurs compétences.
- Speaker #1
On va en parler un peu plus tard, effectivement. alors pourquoi parler défense et de sécurité sur TechInnov ? Tout simplement parce que l'actualité géopolitique des dernières années montre un lien de plus en plus étroit autour de ces questions avec la technologie et les innovations. Xavier Hittard, j'imagine qu'au sein de l'agence de l'innovation de défense, vous n'allez pas me contredire ?
- Speaker #2
Absolument pas. Effectivement, ce n'est pas une nouveauté puisque que l'innovation soit au cœur de la suprématie, ça a toujours été le cas. Ce besoin, effectivement, de toujours être en avance sur la technologie, de prévoir ce que sera finalement le conflit de demain, pour anticiper et surtout pouvoir être prêt, être prêt avec son tissu industriel, puisque de toute façon le ministère des armées s'appuie sur des industriels français majeurs, c'est l'objectif d'avoir effectivement des gens comme Numalis avec nous, et donc préparer cet avenir en accompagnant le développement des technologies, en développant finalement ces technologies avec eux, pour qu'ils soient toujours effectivement à la pointe, on appelle effectivement ce qu'on appelle la base industrielle et technologique de défense, et le tissu industriels français capables de participer aux différents programmes d'armement. Et on a besoin que ces industries soient performantes et au plus haut niveau de la technologie.
- Speaker #1
Et c'est ce qu'on disait en préparant cette émission, je crois, ces entreprises ne peuvent pas ne servir que la défense. Elles ont aussi des applications civiles.
- Speaker #2
Alors ça, c'est même un point majeur, puisqu'on sait bien que le secteur de l'armement, évidemment, en ce moment, est un petit peu en avance. Mais les industries ont besoin de vivre au quotidien. Et on sait bien qu'une industrie, si elle ne vit pas aussi à côté avec le civil, elle ne sera pas au haut niveau. Donc nous, effectivement, on pousse beaucoup nos partenaires industriels à être sur les marchés civils, pour se confronter aussi à la technologie de leurs concurrents, pour être également performants, pour être aussi présents sur des marchés à l'export, pour aussi se confronter aux marchés et à la concurrence, de façon à être à la pointe de la technologie, par leur développement, par les développements que nous-mêmes On leur finance en les accompagnant de façon à ce qu'ils soient toujours à la pointe et qu'ils soient au rendez-vous quand on aura besoin d'eux.
- Speaker #1
Exactement. C'est aussi votre point de vue, Arnaud ?
- Speaker #3
Complètement. C'est que, de toute façon, si on prend par exemple l'exemple de l'intelligence artificielle, si on regarde ne serait-ce que les chiffres de volume de marché, à horizon 2030, les estimations, c'est l'IA dans le domaine de la défense, c'est 10 milliards de dollars.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #3
Alors ça paraît beaucoup. Par contre, si vous regardez c'est quoi l'IA aujourd'hui dans la santé, c'est 60 milliards. dans le train, 40. On se dit, mais ça veut dire que déjà, aujourd'hui, c'est presque 10 fois plus gros d'aller dans le domaine de la santé ou du ferroviaire que d'aller dans la défense. Donc, c'est essentiel que les entreprises... aillent d'abord aussi voir un marché civil pour créer de la croissance, pour grandir, pour pouvoir sécuriser leur avenir. Et ensuite, potentiellement, d'aller se diversifier dans le secteur de la défense, qui par contre lui amène, j'allais dire, une carte de visite assez prestigieuse. Parce que quand on arrive à vendre au secteur de la défense ou de la sécurité, c'est que quand même on a un bon produit. Et donc là, ça permettra de renforcer aussi sa position dans le domaine civil.
- Speaker #1
Absolument. Alors, j'en viens, là on vient de parler aussi beaucoup de... Technologie en termes de défense et de sécurité, évidemment on ne peut pas évoquer la défense et la sécurité sans parler de souveraineté. Vous l'évoquiez tout à l'heure Arnaud, vous parliez de certification. Alors à venir, d'après ce que j'ai compris, quel est votre point de vue justement sur cette souveraineté en matière de défense et de sécurité ?
- Speaker #3
Alors en matière de défense et de sécurité, les questions de souveraineté en général c'est essentiel, c'est le prérequis pour commencer à parler. Le problème, c'est que depuis la vague du numérique, sur les 20, 30, 40 dernières années, on n'est pas forcément très bon, aujourd'hui en France ou en Europe, en termes de souveraineté des outils numériques.
- Speaker #1
Qui sont beaucoup américains.
- Speaker #3
Qui sont beaucoup américains, mais il y a aussi beaucoup d'alternatives chinoises qui restent en Chine pour l'instant, mais qui pourraient très bien revenir aussi un moment donné dans le reste du jeu.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #3
Donc, il y a une question de savoir, vu que ces outils deviennent essentiels, est-ce qu'ils doivent aussi devenir souverains ? Et donc nous, Numanis, effectivement, on pense qu'il y a une partie de souveraineté qu'il faut reprendre, notamment sur les nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle. Alors certes, on ne va pas remplacer tous les composants hardware qui viennent aujourd'hui de Taïwan et qui sont du matériel américain par nous-mêmes. Par contre, on peut peut-être travailler sur les outils qui vont permettre de valider les IA en ayant au moins des alternatives souveraines.
- Speaker #1
D'accord. Alors là, finalement, c'est encore très théorique quelque part, évidemment. Ça, on appelle tous de nos voeux. à cette souveraineté autour des outils numériques. Ce que j'aimerais, c'est en parler aussi en pratique et peut-être parler des capacités à innover. Alors innover à plus ou moins long terme, peut-être, Xavier Hitta.
- Speaker #2
Alors effectivement, l'innovation, c'est d'ailleurs un des leviers pour asseoir cette souveraineté. C'est bien la vocation de l'agence de pouvoir pousser nos industriels français à être capables de développer leur technologie en donnant le coup de pouce qui va bien pour les aider à développer plus vite, être plus rapidement présents sur le marché, plus compétitifs, répondre à nos attentes. En soutenant l'industrie française, on soutient aussi évidemment l'emploi, la réindustrialisation. Effectivement, nos programmes d'armement, on voit bien qu'on a besoin d'industriels qui soient capables de produire. Ça fait partie des métiers du ministère des Armées, même si l'agence elle-même, en termes d'innovation, est un peu plus éloignée du développement industriel. mais en aidant à différents niveaux une entreprise à développer ses technologies et à donc être compétitive et être performante, on l'aide finalement à devenir souveraine en étant évidemment attentif à beaucoup des entreprises plutôt françaises, même si on travaille avec des entreprises partenaires dans des pays qui sont effectivement partenaires, mais on est très attentif au fait qu'effectivement les travaux vont bien être sur le territoire français avec des applications françaises alors évidemment selon la criticité des technologies ... Et ce que Numanis rappelait bien, il y a des domaines sur lesquels on aide même à développer des champions français ou européens sur réinternaliser finalement des technologies qu'on pensait finalement accessibles et que l'actualité nous montre que c'est peut-être bien d'avoir aussi finalement sur les territoires nationaux ou européens des gens qui soient des champions. Alors on parle effectivement de refabrication de composants. Donc, on travaille aussi à accompagner ces industries qui veulent développer des produits pour être capables de produire aussi sur le territoire, y compris des composants qui, aujourd'hui, peuvent être dans des pays plus asiatiques.
- Speaker #1
Exactement. Alors, se pose évidemment, dans ce contexte-là, la question des compétences de la formation, qu'elles soient initiales ou continues. Aujourd'hui, quels sont vos besoins concrets, par exemple, chez Numalis Arnault Ioualalen ?
- Speaker #3
Les besoins qu'en général nous on a sont s'articuler sur le coeur de métier de numéliste, c'est-à-dire quelque chose à l'intersection entre les mathématiques et l'informatique. Donc c'est plutôt on va dire des personnes qui ont fait des hautes études dans l'un ou l'autre, ou les deux idéalement, donc c'est plutôt rare. Mais on peut quand même noter que sur le terrain français, on est plutôt bien équipé, puisqu'on a quand même des très bonnes universités, on a des très bonnes écoles d'ingénieurs, qui d'ailleurs... produisent une grosse partie des ingénieurs qui partent à l'étranger chassés par la Silicon Valley à prix d'or justement parce qu'ils connaissent la valeur de ces ingénieurs donc on a les bonnes cartes pour avoir cette masse d'ingénieurs dont on a besoin ou de chercheurs dont on a besoin par contre il faut qu'on arrive à les garder ça c'est pas toujours simple et ensuite Un sujet dans le domaine de la défense et de la sécurité, c'est que la nationalité peut jouer. Étant donné qu'on travaille sur des sujets sensibles, sur des programmes qui potentiellement nécessitent d'avoir certaines autorisations, on ne peut pas forcément toujours embaucher qui on veut. Et donc là, il peut y avoir par contre un aspect où c'est plus dur de récupérer certains talents, notamment par exemple dans l'intelligence artificielle. Beaucoup de data scientists aujourd'hui qui viennent d'Afrique du Nord, qui sont d'ailleurs très compétents, Oui, mes kippes. potentiellement peuvent poser un problème pour participer à certains programmes.
- Speaker #1
À certains programmes. Ça peut complexifier les choses dans le sens administratif, par exemple. C'est ça. D'accord, ok. Ok. Alors justement, on le disait en début d'épisode, l'axe défense et sécurité, c'était une nouveauté de Takinov 2025, pour cette 19e édition. Donc c'est aussi l'occasion de constater que les axes prioritaires sont assez multiples, évidemment, en termes d'innovation. Je me retourne évidemment vers vous, Arnaud, parce que j'avais envie de vous poser la question. Finalement, l'IA, ça va jouer un rôle fondamental dans la sécurité et la défense de demain.
- Speaker #3
Je dirais que l'IA, c'est un outil. Et comme tous les outils, on peut l'utiliser de plein de manières différentes. Et les forces armées, en fait, c'est une très grosse entreprise. Au lieu de produire des voitures, elles produisent ce qu'ils appellent des effets ou des capacités. Mais globalement, ça reste un système. Et donc, dans un système, on peut injecter des outils. Et donc, vu que l'IA peut s'appliquer depuis... plein de manières, à plein d'endroits différents, il y a plein de sujets. Par exemple, vous pouvez avoir des sujets pour traiter le volume d'informations qui arrivent à l'intérieur, par exemple, des postes de commandement ou dans le renseignement. Là, vous vous dites bien que si vous avez des millions d'images satellites qui arrivent par heure, vous n'allez pas avoir des millions de perdus pour pouvoir aller les regarder. Vous allez peut-être avoir des ordinateurs avec des IA qui vont vous aider peut-être à traiter tout ça. Et des cas d'usage comme ça, il y en a partout. du traitement du matériel, du traitement des images, jusque dans le combat. On le voit en Ukraine aujourd'hui, l'intelligence artificielle, elle commence à être embarquée à l'intérieur des systèmes drones FPV, qui sont des drones de combat.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #3
Il y a des cas d'usage partout, et vu que c'est un outil très transverse, très malléable, il faut encore inventer ce qu'on va en faire.
- Speaker #1
D'accord. Et surtout, pas prendre n'importe lesquels. J'imagine qu'on ne va pas faire appel à... Bon, le chat GPT n'est pas fait pour ça sans doute, mais en tout cas... à des IA trop publiques ou trop étrangères peut-être par rapport au sujet de souveraineté.
- Speaker #3
On revient à la souveraineté. Effectivement, si vous avez une dépendance à un certain fournisseur d'IA, vous avez potentiellement une vulnérabilité selon qui est ce fournisseur. Ce fournisseur étant souvent civil aujourd'hui. Donc il faut savoir aussi si lui est OK pour que vous utilisiez son produit dans un contexte militaire. Et s'il dit non, peut-être qu'il peut vous couper le robinet.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #3
Il y a un sujet effectivement de maîtrise de la technologie. Et donc, ça veut dire des outils logiciels et des compétences nécessaires pour potentiellement pouvoir maîtriser ça en interne.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #3
Pour éviter d'avoir une dépendance qui, derrière, vient de nous mordre le jour où on en a vraiment besoin.
- Speaker #1
Exactement. Exactement. Alors, on vient de parler donc d'IA. Plus globalement, et cette fois, je me tourne vers vous, Xavier Hittard. Quels sont... finalement les autres axes, les perspectives d'innovation en matière de défense et de sécurité dans les prochaines années ?
- Speaker #2
Alors effectivement l'IA, on vient de le mentionner, fait partie de nos thématiques importantes, y compris même qu'on a récemment créé en 2024 l'agence ministérielle de l'intelligence artificielle de défense, l'AMIAD, qui était finalement une des thématiques dans la partie innovation ouverte que nous avions au sein de l'agence. et qui remontait au niveau ministériel pour bien montrer l'importance de cette technologie. Elle était intégrée dans un axe qu'on avait appelé, nous, la supériorité informationnelle. Et comment est-ce que je traite, effectivement, ce que Arnaud vient de préciser, beaucoup d'informations, comment je peux la traiter et la digérer pour qu'un être humain soit capable de la comprendre. Absolument. Autour de cet axe-là, on va aussi trouver des axes comme le quantique, puisqu'on parle aussi beaucoup de calcul quantique. Tout à fait. Donc, finalement, on a, nous, des grands axes qu'on appelle nos thématiques. prioritaire d'innovation ouverte. Alors quand on dit innovation ouverte, nous au niveau de l'agence de l'innovation de défense, c'est aller chercher dans le monde civil des technologies qui se développent d'ailleurs sans nous, puisque pendant très longtemps effectivement il y a des domaines où c'était la défense qui faisait beaucoup progresser et puis on se rend compte qu'aujourd'hui on est plutôt dans le contraire, c'est à dire le monde civil progresse vite. On voit bien dans la loi de programmation militaire, on a des budgets qui sont autour d'un milliard d'euros. Pour développer l'innovation, si on compare au budget de développement de Google ou d'Amazon, on voit bien qu'ils vont aller plus vite que nous. Et donc on est plutôt dans une stratégie de « allons regarder ce que le civil développe » et dont ces civils à s'intéresser au domaine de la défense pour voir comment on pourrait, à coût raisonnable, adapter. ces technologies à nos utilisations.
- Speaker #1
Voilà,
- Speaker #2
avocat d'usage. Voilà, donc quelque chose de relativement pragmatique.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #2
Voilà, et donc on a un certain nombre d'axes qui sont 8, et effectivement, nous quand on va voir les entreprises, quand on va sur des salons comme TechInnov, c'est de dire, on a 8 thématiques, si vous êtes dans ces thématiques-là, n'hésitez pas à venir nous voir, la probabilité qu'il puisse y avoir un intérêt pour nous est loin d'être nulle.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #2
Donc on a effectivement mentionné cette partie qu'on appelait nous supériorité informationnelle, donc traitement de la data. On en a un qui s'appelle l'humain augmenté, on a une autre sur la santé, la santé plus spécifique évidemment qui serait liée aux conditions de combat, un qui parle à tout le monde qu'on appelle vecteur autonome et leur flotte, là on va évidemment penser aux drones, mais aux flottes de drones, comment des drones peuvent interagir entre eux. drones qui soient flottants, volants, roulants. Ils interviennent même entre eux dans tous les domaines.
- Speaker #1
Parce qu'un drone, on se l'imagine toujours en l'air, mais en fait, il peut être sur l'eau, etc. Il y en a beaucoup dessus,
- Speaker #2
dessous l'eau, dans tous les domaines. Et comment on fait interagir tous ces drones-là ? Il y a des problématiques, effectivement. Même si beaucoup, on voit des drones qui font des spectacles, sont à la lumière au moment du 14 juillet.
- Speaker #1
Exactement, c'est à ça qu'on pense tous.
- Speaker #2
On peut avoir d'autres applications sur les drones. Et donc, pour nous, c'est une thématique importante. On a une grosse thématique sur tout ce qui est le New Space. On a un problème qui est un peu particulier chez nous qui s'appelle le maintien en condition opérationnelle puisque nos systèmes d'armes par nature vont durer plus de 40 ans.
- Speaker #1
Donc c'est l'entretien.
- Speaker #2
L'entretien. Comment est-ce que je vais faciliter l'entretien de mes systèmes ? Une voiture finalement, elle va vivre très peu de temps par rapport à un système militaire. Donc comment je vais prévoir l'entretien ? Comment je vais réparer ? On parle évidemment d'impression 3D pour fabriquer des pièces sur le terrain. On parle de maintenance prédictive, de comment je mesure que un système est en train de se dégrader. On a une thématique qui est finalement la cousine de la supériorité informationnelle qui est la cyber, puisqu'à partir du moment où on parle de data, évidemment, comment on la protège, comment est-ce qu'on se protège des attaques, comment on est aussi potentiellement capable, nous aussi, de faire des actions aussi offensives dans ce domaine-là. Et une autre thématique qui parle aussi à beaucoup de gens qui est l'énergie,
- Speaker #1
puisque évidemment,
- Speaker #2
dans tous nos systèmes, que ce soit pour du traitement de données, que de la mobilité, on a besoin d'énergie. Donc c'est une thématique qui est très poussée par le civil, évidemment. Comment cette énergie va être déclinée au niveau défense ? C'est une énergie, comment je la produis ? Comment je la stocke ? Comment je la distribue ? Comment les technologies du civil peuvent aujourd'hui s'appliquer ? Comment certaines ne peuvent pas s'appliquer aujourd'hui pour d'autres contraintes ? Donc voilà, la problématique un peu particulière du militaire va faire qu'on a besoin de dialoguer avec les entreprises qui vont venir nous présenter ce qu'elles font, des solutions, des projets. des idées qu'elles peuvent avoir en disant, moi, je suis en train de développer ça. Peut-être que ça peut vous intéresser. Et donc, ça va être notre vocation de commencer à échanger avec elles pour voir comment on pourra aller plus loin.
- Speaker #1
D'accord. Donc, un spectre vraiment très, très large. Donc, on va dire rendez-vous en 2026 pour identifier d'autres projets civils qui pourraient venir dans le militaire. Donc, rendez-vous est pris pour TechInnov'2026 avec l'AID. Tout à fait.
- Speaker #2
On était même présent avant que la thématique, effectivement, soit présente. Bien dans cette optique de... Ce que vous pouvez faire peut potentiellement nous intéresser avant qu'effectivement Techinov ouvre déjà, puisque c'était notre troisième participation au salon Techinov.
- Speaker #1
D'accord. Alors dans ce contexte, j'ai envie de vous poser une question à tous les deux. Vous avez déjà travaillé ensemble, puisque je le rappelle, Numalis a été accompagné par l'AID en 2018, ça va partir de 2018. Mais plus globalement finalement, comment une entreprise comme Numalis et une agence comme l'AID vont pouvoir justement travailler ensemble pour l'avenir ? de la France finalement au sens souveraineté, sécurité, défense. Arnaud, vous commencez ?
- Speaker #3
Le point clé de toute façon pour une entreprise, c'est de trouver un marché.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #3
À un moment donné, il faut être pragmatique. Voilà,
- Speaker #1
exactement.
- Speaker #3
Le but d'une entreprise, et en particulier d'une start-up, ça va être de trouver un market fit, on appelle ça. En gros, j'ai un produit et il trouve un client. Et ça, c'est la condition sine qua non pour survivre. Le truc quand on veut vendre dans le domaine militaire, c'est qu'en général c'est très lent. Et le temps des start-up, c'est pas du tout ça. Si vous me dites, revenez voir dans un an ou deux, bon bah j'ai changé quatre fois de produit et de marché, et donc je reviendrai jamais quoi. Donc le rôle de la idée, c'était justement d'amener un peu plus de rapidité, d'agilité, pour qu'une innovation, une idée de produit, ou un premier prototype un peu mal ficelé mais qui marchotte, puisse rencontrer potentiellement un client. Et voir si ce client qui serait quelque part dans les forces dit ça, ça m'intéresse. Et à partir de là, c'est dit OK, il y a peut-être un marché. Donc à partir de là, la startup, elle se dit OK, comment je finance tout ça ? Et là, elle va pouvoir travailler avec la idée aussi. Mais comment je le développe ? Comment je le finance ? Comment je le déploie ? Comment je le lance en production ? Et elle fait son plan avec ça. Tout en le faisant avec dans le temps de civil aussi à côté. Mais elle a besoin d'avoir au moins ce premier retour du terrain qui lui dit oui, il y a potentiellement un marché. pour ce truc-là que tu sais faire. Si ça, elle ne l'a pas, elle n'y va pas. Et donc, c'est là où l'agence de l'innovation de défense peut apporter ça et le fait. Et c'est ça qui est aujourd'hui précieux pour les startups qui veulent se lancer dans ce secteur.
- Speaker #1
Exactement. J'imagine que c'est aussi votre point de vue, Xavier.
- Speaker #2
C'est d'autant plus mon point de vue que ce que vient de décrire Arnaud, c'est la vocation de la cellule que j'ai l'honneur d'accompagner qui s'appelle le guichet unique, qui a bien cette vocation à permettre à n'importe qui quelle entreprise, que ce soit de la start-up comme une entreprise de tout secteur, de tout domaine, et qui a effectivement une solution, un projet de développement, et qui dit peut-être que ça peut servir aux armées, mais peut-être que je ne sais pas exactement non plus. Et nous, notre vocation, c'est vraiment de permettre à ces entreprises de venir très facilement vers nous. On a sur notre site un accès direct pour ces entreprises qui vont déposer, qui vont finalement avoir trois étapes très simples. Une, elle va dire ce qu'elle fait. En fait, c'est sa carte d'identité, ce qu'elle a envie qu'on reconnaisse d'elle. Parce que pour dire, voilà, moi je fais ça, ça peut permettre à des gens de l'identifier. Après, si elle a une solution ou un projet, elle va nous le décrire très simplement, en deux pages à tout casser, et elle va prendre un rendez-vous avec nous. Et c'est elle-même qui va choisir son rendez-vous. On a notre doctolib de la prise de rendez-vous avec l'Agence de l'innovation de la Défense. Et en fait, pendant cet entretien-là, nous, par rapport à ce que l'entreprise va nous avoir décrit de sa solution, On va faire venir autour de la table. Des experts, aussi bien techniques qu'opérationnels. Et donc on va être plusieurs bonnes fées à se pencher ensemble sur le berceau et se dire, oui, ce que vient de nous décrire Numalis, ça peut peut-être nous servir, peut-être pour ça, peut-être pour ça. Donc pour avoir ce premier point d'accroche de, oui, il y a peut-être quelque chose de potentiellement intéressant à faire ensemble, mais ça peut être quelque chose d'existant déjà. Quelque chose qui est déjà aujourd'hui sur le marché, dans le marché purement civil et qui pourra être de l'innovation d'usage chez nous. C'est-à-dire, l'appliquer pour la défense, ça nécessite de l'adapter un peu. Donc, ce n'est pas forcément toujours de la recherche fondamentale. On est capable, nous, derrière, de tout niveau de maturité de solution, à essayer d'en faire quelque chose. Et nous, notre raisonnement, ça va être au niveau du guichet, accompagné évidemment par nos experts, de quel serait le problème, dont on n'a peut-être même pas connaissance encore, que la solution qui nous est présentée pourrait résoudre.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #2
Et s'il y a effectivement ce premier, oui, il y a peut-être quelque chose d'intéressant. On dispose derrière de pas mal de dispositifs pour accompagner. L'idée c'est ça, c'est que si on veut accélérer cette innovation, il faut qu'on soit capable d'aider l'entreprise à financer ses développements.
- Speaker #1
C'est ce que j'allais vous demander, il y a un accompagnement économique financier.
- Speaker #2
Exactement, c'est l'intérêt aussi, pas que, puisque justement travailler ensemble c'est aussi une façon d'aider les entreprises, mais le financier c'est quand même aussi un petit peu le nerf de la guerre, surtout pour des petites entreprises, l'aider à aller plus vite, et on en revient tout à l'heure à dire, qu'ils soient plus rapidement sur le marché et plus compétitifs. On peut accompagner des niveaux de technologie très amont, comme on peut même financer des thèses. On a même un exemple d'un projet qui a été effectivement expérimenté l'année dernière, qui est parti en 2002 d'une thèse à l'ONERA. Et puis au fur et à mesure,
- Speaker #1
on est sur un temps long quand même.
- Speaker #2
Temps long, mais l'idée quand on travaille avec une entreprise, c'est d'être sur le temps long d'être partenaire. On n'est pas là pour finalement faire un one-shot avec une entreprise. Si on l'accompagne, c'est pour qu'un jour, elle intègre un programme d'armement. Et donc, c'est pour ça que cet accompagnement, il est bienveillant. Et donc, nous, quand on va identifier avec l'entreprise selon là où elle est, selon ce qu'elle cherche, on va utiliser ce qu'on a dans notre boîte à outils pour la financer, pour l'aider à monter soit la maturité de sa technologie. C'est ce qu'on a fait avec Numalys par le programme rapide.
- Speaker #1
À hauteur de 45% Arnaud, c'est-à-dire de financement.
- Speaker #2
C'est ça, mais... En subvention. On est capable même d'aller plus loin selon le niveau de maturité du projet. Ça peut monter à combien ? On peut monter jusqu'à 80%.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Et on incite d'ailleurs aussi au programme coopératif. On a un bonus sur le taux de subvention quand les entreprises vont travailler ensemble, donc chacune amenant une composante. On incite aussi à ça, puisque nous on incite aussi à ce que les entreprises travaillent ensemble, que le tissu soit robuste.
- Speaker #1
Tout à fait. Et les subventions ? Il y a de tout.
- Speaker #2
La subvention, il s'avère qu'elle a aussi le bon goût d'être dans mon équipe, donc ça j'en parle plus facilement, mais on est capable de passer des marchés. Donc on est aussi capable de dire on va faire adapter le système qui nous est présenté et donc on va dans ces cas-là spécifier ce qu'on veut. L'entreprise va travailler pour faire du développement dessus. Et nous, notre but, c'est de l'expérimenter. pour que des opérationnels puissent commencer à le tester, à se rendre compte si ça répond à leurs besoins, s'il y a besoin de le faire aller plus loin. On est là finalement pour faire un petit peu cet accélérateur, en fait, entre l'entreprise, ses produits et les militaires.
- Speaker #3
Et c'est ça qui est important, en fait, c'est la traduction des besoins opérationnels. Parce que très clairement, moi, je ne connaissais pas trop le monde militaire avant de rentrer dans ce milieu-là. Je viens du monde de l'académique. Clairement, il y a une tonne d'acronymes qu'on ne comprend pas.
- Speaker #1
C'est aussi le cas dans l'académique.
- Speaker #3
Oui, mais là vraiment c'est abscond quand on arrive. Il faut vraiment avoir un traducteur pour comprendre la pensée, le besoin, et ensuite réussir à parler le langage qui permet de dire à un opérationnel « Non mais en fait c'est ça que je vais t'aider » . Et qu'il dise « Ah ok, j'ai compris, du coup ça, ça m'intéresse » .
- Speaker #1
Rien que ça,
- Speaker #3
c'est hyper important.
- Speaker #1
Et donc, vous, ça a été un véritable accélérateur, votre rencontre avec l'AID à l'époque ?
- Speaker #3
Oui, c'est ce qui a permis de financer la première brique technologique. Ça nous a permis de faire un démonstrateur. À partir de ce démonstrateur, on a réussi à faire des ventes. Et ça, c'est quand même le plus important. Parce qu'avoir une subvention, c'est bien, mais à un moment donné, il faut faire des ventes. Et donc, on a réussi à vendre ce premier prototype à différents industriels de la base industrielle de technologie de défense. Le grand maître d'ouvrage, les safrans, Herbus, etc. et Et ce qui nous a permis de mettre le pied à l'étrier derrière. Parce qu'une fois que les grands industriels ont vu le truc, ils ont fait, ah bon, il faut financer cette boîte. Donc, on a fait une levée de fonds avec eux. Et donc, du coup, c'est eux qui ont pris le relais finalement du financement pour que cette technologie monte encore en gamme et aujourd'hui puisse être utilisée dans des programmes qui servent à l'infini et aux forces.
- Speaker #1
Exactement. Alors, sur cette note finalement très positive, c'est la fin de cet épisode du podcast de Techinnov 2025. Merci à nos invités. Je le rappelle, je recevais aujourd'hui Xavier Itard, qui est ingénieur en chef de l'armement, chef du guichet unique au sein de l'Agence de l'innovation de défense ou l'AID, ainsi que Arnault Ioualalen, CEO et cofondateur de Numalis. Merci à tous les deux.
- Speaker #3
Merci à vous.
- Speaker #1
Et merci à tous de nous avoir suivis. Restez à l'écoute de cette série de podcast Techinnov 2025. A bientôt.
- Speaker #4
C'était TechBreak, le podcast de TechInnov avec la CCI Essen et la CCI Paris-Ile-de-France.