- Speaker #0
Le podcast de TechInnov,
- Speaker #1
unique rendez-vous de 10 mai annuel dédié à l'innovation en France, vous est présenté par la CCI Essen et la CCI Paris Île-de-France.
- Speaker #2
Bonjour et bienvenue sur Tech' a Break, le podcast de TechInnov. Chaque année se tient à la porte de Versailles de Paris le Salon international de l'agriculture et chaque année toujours le même succès populaire. Un secteur de l'agriculteur qui vit avec son temps et se modernise de jour en jour. Dans cet épisode c'est donc d'agri-tech mais également de food-tech dont il va être question. avec des solutions privilégiant une agriculture toujours plus durable, locale et bio, pour nourrir la population avec une alimentation saine et parfois innovante. Pour en parler, je reçois Constance Rabas, responsable entrepreneuriat et opération chez Paris & Co. Bonjour Constance.
- Speaker #1
Bonjour, ravi d'être avec vous aujourd'hui.
- Speaker #2
Et Grégoire Burgé, directeur innovation au sein d'AgroParisTech. Bonjour Grégoire.
- Speaker #0
Bonjour à tous les deux, ravi d'être là aussi aujourd'hui pour parler Agritech Foodtech.
- Speaker #2
Alors pour commencer, petit rappel de contexte, qui est Paris & Co ? Constance Rabas.
- Speaker #1
En quelques mots, Paris & Co, on est l'agence d'innovation de Paris et de la métropole. On est une cinquantaine de collaborateurs. Et depuis 30 ans, on contribue au déploiement des solutions durables au service des transitions. Et concrètement, l'association accompagne des entrepreneurs, porteurs de projets de l'ESS, grandes entreprises, collectivités, territoires à innover.
- Speaker #2
Grégoire Burgé, même question, qui est AgroParisTech ?
- Speaker #0
AgroParisTech, c'est l'Institut national des sciences et industries du vivant et de l'environnement. C'est une grande école. d'ingénieurs qui adressent les enjeux majeurs du XXIe siècle, donc l'agriculture, l'environnement, la santé, l'alimentation, le climat, la biodiversité et j'en passe. Souvent, les gens connaissent le côté école, moins le côté recherche. Donc on est aussi un institut de recherche, 24 laboratoires répartis sur 8 sites en France. Et les gens n'ont pas forcément en tête non plus le côté innovation, puisqu'en fait, on a développé un réseau d'incubateurs, on en a 4 aujourd'hui, bientôt 5, sur les thématiques agritech, foodtech, etc. Tech, forêt, biotech et bientôt cosmétique. Très bien,
- Speaker #2
donc on va dire un spectre relativement large pour AgroParisTech. Alors, je l'évoquais en introduction de ce podcast, impossible évidemment de dissocier l'agri-tech de la food-tech. Comment tous les deux vous définiriez ces deux secteurs, éventuellement leurs enjeux et évidemment leurs liens ? Alors, lequel veut commencer ?
- Speaker #0
On peut commencer sur la partie agri-tech qui est l'amont, le début de toute chose. Moi, je définis l'agritech. Alors évidemment, il peut y avoir plusieurs définitions. Pour moi, c'est les solutions liées au monde agricole qui vont nous aider dans la transition du modèle agricole. Et ces transitions, elles sont indispensables. Et les modalités peuvent être larges, les technologies peuvent être larges, puisqu'on parle aussi bien d'innovations liées aux semences ou à la génétique des plantes, pour avoir des plantes ou des variétés plus résistantes dans un contexte de changement climatique. On parle évidemment de toutes les nouvelles technologies numériques et d'intelligence artificielle. qui peuvent s'appliquer aussi bien à l'élevage qu'au végétal, pour piloter les troupeaux, pour mieux piloter les exploitations agricoles aussi. On parle évidemment de tout ce qui est lié à la mécanique, à la robotique, pour limiter la pénibilité, pour optimiser aussi la façon de travailler. On parle de l'agriculture de précision évidemment, avec l'impact de l'utilisation de satellites ou d'appareils de télédétection, là encore pour piloter les récoltes, prévoir les rendements. Et puis on parle évidemment de toutes ces technologies plutôt du vivant, donc liées au biocontrôle, à la biostimulation. qui vont à terme, je l'espère, remplacer les intrants et les produits phytosanitaires classiquement utilisés.
- Speaker #2
Absolument. Donc là, on vient de parler d'Agritech. Avant de passer le micro à Constance, en termes de Foodtech, finalement, comment vous le définissez de votre côté ?
- Speaker #0
Je vais rester cohérent et on va dire que pour moi, la Foodtech, c'est les nouvelles solutions qui émergent dans le domaine de l'alimentation pour la transition alimentaire. Quand on parle de transition alimentaire, on parle évidemment de la nécessité de nourrir la population en quantité et en qualité. de manger sain. Et on parle aussi d'une transition de régime alimentaire, c'est-à-dire de passer d'un régime essentiellement, ou beaucoup en tout cas encore, protéines issues du monde animal, pour les remplacer par des protéines alternatives qui peuvent être issues d'insectes, d'algues, du végétal évidemment, voire d'agriculture cellulaire dans certains cas.
- Speaker #2
Alors, chez Parianco, est-ce que vous avez la même définition ou est-ce que peut-être c'est plus large ou plus restreint ? Comment vous voyez les choses, Constance ?
- Speaker #1
Déjà complètement aligné avec la définition que vient de donner Grégoire sur la partie agritech et foodtech, nous foodtech finalement on met beaucoup de choses dans ce mot-là. Finalement ça va être l'ensemble des technologies et innovations au service de l'alimentation qui vont permettre de soutenir l'ensemble des maillons de la chaîne de valeur du système alimentaire. Quand on parle d'innovation, on imagine assez rapidement d'innovation de rupture, mais il n'y a pas que ça. Il faut, je tiens à le souligner quand même, il y a des innovations aussi d'usage. Et nous, chez Paris & Co, on s'attaque vraiment à tous les maillons de la chaîne, comme je le disais, aussi bien sur la partie production, transformation. On est beaucoup sur des sujets aussi d'agriculture urbaine, qui est assez complémentaire avec ce que fait AgroParisTech. On est sur des problématiques de science des aliments, de logistique, de distribution, de chaînes d'approvisionnement et beaucoup aussi de distribution, d'économie circulaire et beaucoup de solutions aussi sur comment est-ce que finalement on limite le gaspillage alimentaire sur tous les maillons de la chaîne. Ça, c'est un sujet très important qu'on adresse.
- Speaker #2
Grégoire, un mot supplémentaire sur la protection ?
- Speaker #0
Complètement d'accord et Constance a dit quelque chose de très vrai, c'est qu'il ne faut pas oublier là-dedans le consommateur et ses enjeux, ses envies. qui sont aujourd'hui de manger encore une fois des produits de plus en plus simples, moins ultra transformés, je sais qu'on y reviendra aussi. Et du coup, il y a tout un champ de recherche qui est ouvert sur la perception, l'acceptabilité du consommateur. Je pense notamment à la problématique des insectes, mais ça peut être aussi la problématique des algues, ou même des produits fermentés. Aujourd'hui, les produits fermentés reviennent vraiment en puissance. Et il y a tout un enjeu à comprendre et à faire accepter ces nouvelles technologies ou ces nouveaux produits en tout cas.
- Speaker #2
Au consommateur du XXe siècle qui est devenu le consommateur du XXIe aujourd'hui. Absolument. Je vous reçois aujourd'hui tous les deux. Nous sommes ensemble sur cette édition 2025 de Tech Inove. Pourquoi cette présence ? Qu'attendez-vous de cette journée et l'un et l'autre ? Cette fois, je commence par Constance.
- Speaker #1
Pour moi, c'est une première à Tech Inove. Ce que j'en attends, d'une part, on va être tous les deux cet après-midi avec Grégoire, jury, sur un concours startup sur le domaine Foodtech, Agritech. C'est hyper intéressant et ça permet aussi d'encontrer d'autres membres du jury qu'on n'a pas eu l'occasion de croiser. dans l'écosystème auparavant. Ça permet de s'acculturer, je pense, sur les enjeux d'innovation plus largement que le secteur de food tech, agri-tech. Moi, j'ai plusieurs de mes collègues qui sont référents sur d'autres secteurs chez Paris Sanko qu'on représente comme la santé, ce qu'on appelle ici health tech, le sport, tout ce qui est ville durable, tout ce qui est tourisme et culture et tout ce qui est futur des organisations. Ils sont là aussi aujourd'hui à mes côtés pour aller à la rencontre des innovations demain sur ces secteurs-là.
- Speaker #2
Et vous Grégoire ?
- Speaker #0
Un petit peu pareil. J'y suis à deux titres. Il y a la participation en tant que telle à TechInnov. Pour moi, c'est un rendez-vous de décideurs, d'investisseurs, de startups, de grandes entreprises. Et en fait, on a besoin de ces moments où on échange, on se retrouve, particulièrement dans un contexte qui a évolué, où finalement, on est beaucoup derrière nos écrans maintenant, avec le télétravail, avec les visios. Donc, de refaire des rendez-vous en vrai, moi, j'aime bien. Ça, c'est quand même un point qui est important. Je partage aussi ce que Constance a dit, découvrir d'autres choses. J'ai parlé de nos cinq incubateurs, on est en train d'en imaginer sur l'intelligence artificielle, appliquée au sujet agri-agro. J'avais trois ou quatre rendez-vous ce matin avec des gens qui m'aident à y voir plus clair sur ces sujets-là, qui ne sont pas forcément innés.
- Speaker #2
Oui, puisqu'on le rappelle, le TechLinof, c'est aussi des rendez-vous business, c'est ça ?
- Speaker #0
Exactement, tout à fait. En parallèle de notre jury, on a aussi des rendez-vous business tout à fait intéressants. et donc il y a la participation jury AgriFoodTech pour moi c'est la deuxième année Donc, c'est rencontrer effectivement les membres du jury, rencontrer d'autres startups, des nouvelles technologies, des porteurs de projets aussi. Il y a de l'humain derrière, il ne faut pas oublier. Et du coup, c'est évidemment un plaisir d'être là et d'apporter. Les jurys sont très complémentaires. On a à la fois des gens spécialisés dans l'accompagnement, dans le financement, dans des réseaux. Moi, on va dire qu'avec AgroParisTech, on apporte la vision un peu scientifique de ça. Donc, c'est peut-être cet éclairage-là aussi qu'on peut apporter.
- Speaker #2
Très bien. Alors, justement, on va rentrer aussi un petit peu dans le vif du sujet, dans ce qu'est, ce que sont la FoodTech et l'AgriTech. donc Avant d'aller sur la foodtech, évidemment, on va commencer par l'agri-tech, notamment dans un contexte international qui se veut un peu incertain. On a beaucoup parlé des accords Mercosur en 2024. Début 2025, ce sont les droits de douane américains, notamment à l'encontre des vins et spiritueux français. Et donc, finalement, à l'encontre de toute la filière vitivinicole qui en fait beaucoup parler d'eux. Alors, dans ce contexte, quel est, selon vous, le rôle de l'innovation pour la filière dans la compétition agricole internationale ? Grégoire.
- Speaker #0
On peut peut-être revenir déjà sur le contexte du monde agricole actuel. Vous avez évoqué quelques points. Mais honnêtement, le monde agricole est en grande difficulté. Le premier point, et ce n'est pas nouveau, mais on va dire que ça a tendance à s'amplifier. Le premier point, c'est évidemment le fait d'adapter l'agriculture au changement climatique, qui est évidemment un énorme problème. Plus personne ne met ça en doute. Et on a tendance à voir l'agriculture comme un problème. Or, c'est une grande partie de la solution. La transition agricole, elle est nécessaire. à la fois pour atténuer le changement climatique, et aussi on a besoin d'adapter nos cultures, toutes les variétés de plantes qu'on va développer à ce contexte de changement climatique. On a un contexte aussi compliqué avec des agriculteurs qui sont de moins en moins nombreux, des exploitations ou des fermes qui ne trouvent pas de repreneurs. On est dans un contexte de pénibilité du travail. Donc là, les solutions technologiques qu'on a commencé à évoquer, la robotique, le numérique, sont des outils. Alors on n'est pas technosolutionniste non plus, ça ne suffira pas, mais ça sera une aide. On a besoin de réintéresser les jeunes à l'agriculture. Nous, on est une école d'agro, on n'a pas assez d'étudiants ou de diplômés qui reprennent les exploitations. C'est un enjeu, on est en train de faire évoluer notamment notre réforme, on a une réforme en cours du cursus. Et puis, il y a des enjeux aussi évidemment économiques, où les agriculteurs sont en difficulté. Et là, c'est aussi un volet qui est important. On voit aujourd'hui des startups qui se développent, qui développent notamment des outils d'IA pour aider les agriculteurs à optimiser l'obtention de financement. d'optimiser la gestion aussi, d'optimiser la vente de leurs produits.
- Speaker #2
Les exploitations.
- Speaker #0
Exactement. Donc voilà, c'est toute une série de nouvelles technologies qui sont des aides qui ne seront certainement pas suffisantes. Il faut aussi un changement, une prise de conscience des difficultés du monde agricole et certainement aussi de l'appui politique. Je ne sais pas si les signaux qu'on a en ce moment sont très bons, mais voilà.
- Speaker #2
Vous parliez à l'instant d'économie, donc là du côté des exploitations, d'où ma question. Néanmoins, l'innovation, ça demande aussi des financements, évidemment. Aujourd'hui, quels sont les enjeux de financement ? Est-ce qu'on est sur des secteurs très capitalistiques ou au contraire, on peut se dire, on peut innover finalement sans avoir de gros besoins financiers ? Constance ?
- Speaker #1
De ce qu'on voit, nous, des startups qu'on accompagne chez Paris Senco, sachant qu'on les accompagne beaucoup sur ces sujets d'accès à du financement public, mais aussi privé. On a un vrai programme d'accompagnement à la levée de fonds. Ce qu'on voit sur toutes les startups, mais surtout sur Futech, Agritech, c'est quand même des gros enjeux de financement sur la plupart des projets. Il y a quand même de plus en plus de projets un peu plus low-tech, j'en parlais au début, qui demandent quand même moins de financement et qui ont des ambitions, des objectifs d'atteindre une rentabilité aussi plus rapide et d'être moins capitalistiques.
- Speaker #2
Demande de la part des investisseurs,
- Speaker #1
peut-être. Bien sûr, et aussi, ils intègrent aussi beaucoup les sujets d'impact, qui est une grosse demande pour les investisseurs depuis quelques années. Et nous, ce qu'on observe sur la partie food tech, c'est aussi des courbes de croissance qui sont beaucoup plus ralenties que sur d'autres secteurs. Nous, on a chez Paris & Co comme le secteur fintech. Et c'est vrai que du coup, c'est quand même des projets qui vont prendre plus de temps pour faire du chiffre d'affaires et générer des premiers revenus. et qui vont avoir des besoins en financement parfois un peu plus importants et plus sur la durée. Et nous, ce qu'on voit actuellement, c'est des investisseurs qui vont être plus réticents à investir, et notamment aussi sur des entreprises assez jeunes, alors qu'il y a quelques années, n'importe quelle entreprise assez jeune de la foodtech levait des fonds assez facilement et très rapidement. Là, on voit que les levées de fonds, ça prend au moins 9 mois, voire 12 mois pour arriver à lever des fonds, et ce n'est même pas sûr.
- Speaker #2
Ce n'est même pas encore sûr, d'accord. Grégoire, un mot sur le financement ?
- Speaker #0
Je partage des constats faits par Constance. C'est compliqué pour tout le monde en ce moment. C'est compliqué pour l'agri-foodtech. Encore que je trouve que ça se maintient plutôt pas si mal. L'ensemble de nos startups sur les deux dernières années a levé quasiment 200 millions. Ça veut dire qu'il y a encore des investissements. Je trouve que les signaux sont un petit peu positifs parce qu'on sait qu'il y a des grands fonds français qui se sont remontés avec des montants très conséquents, plusieurs centaines de millions d'euros. Dans les prochaines années, je pense qu'il y aura des financements accessibles. Là où je partage le constat, c'est sur l'amorçage. Très compliqué pour les jeunes startups, alors que potentiellement, on a parlé de low tech, mais on parle aussi de projet deep tech pour faire le pendant. Donc assez technologique parce qu'on parle de monter des usines, de développer des projets sur du végétal. Donc c'est des projets capitalistiques qui sont longs dans le temps. Et effectivement, ce n'est pas les mêmes investisseurs que certains autres secteurs comme le numérique. Donc on voit que c'est compliqué. C'est tout un métier et on le fait Paris & Co, AgroParisTech, pour aider nos entrepreneurs à mieux faire et optimiser cette partie.
- Speaker #2
Et à mieux lever. auprès d'investisseurs français, européens, internationaux qui sont aujourd'hui les financeurs de ce secteur ?
- Speaker #0
Pour être honnête, on aimerait qu'ils soient plus français. Alors, ils sont français quand même, il ne faut pas le nier, mais on a de plus en plus de startups qui, notamment pour des raisons de temps ou de réactivité, vont chercher de l'argent dans des fonds européens, ce qui n'est pas si mal, mais parfois dans des fonds américains, parfois dans des fonds saoudiens. Donc il y a un enjeu aussi de souveraineté par rapport à ça, à garder notamment, on parle d'entreprises industrielles, et heureusement que la BPI est là, j'en profite pour les citer, parce qu'ils ont une vraie belle politique pour l'industrialisation, pour la relance industrielle, et aujourd'hui il n'y a pas une start-up en France qui se lance et qui est soutenue financièrement, qui n'a pas fait appel à un produit BPI, mais on a un enjeu à garder collectivement ces projets-là en France, et donc si possible les... Voilà, exactement.
- Speaker #2
Qu'on se lance un mot sur ce point ?
- Speaker #1
Même constat en tout cas que Grégoire, nous on travaille beaucoup aussi avec BPI, la Ville de Paris, les collectivités qui sont nos partenaires assez proches depuis assez longtemps et qui soutiennent aussi ces entreprises au travers de subventions publiques, d'appels à projets, etc. Mais c'est évidemment pas forcément suffisant pour certaines boîtes. Nous, la plupart des startups qu'on accompagne, elles sont quand même assez françaises et elles vont chercher des fonds au maximum dans un réseau plutôt français. Mais comme le disait très bien Grégoire, il y en a quelques-unes qui se tournent vers des réseaux américains ou ailleurs par nécessité, parce qu'il y a quand même des nécessités de croissance, de rentabilité.
- Speaker #2
Alors là, on l'évoquait ensemble tout à l'heure, on parlait un petit peu du... du revenu des agriculteurs, de l'amélioration de leurs conditions de travail. Justement, est-ce que ça aussi, l'innovation n'a pas un rôle à jouer ? Et comment ce rôle peut être atteint avec l'innovation ? Grégoire ?
- Speaker #0
Oui, ça fait entièrement partie de ce qu'on appelle l'agri-tech, sur le soutien ou l'amélioration des conditions de travail. Il y a évidemment tout ce qui va être lié à la robotique. Aujourd'hui, on trouve des projets qui vont... optimiser l'irrigation, qui vont optimiser ou qui vont permettre de récolter ou de désherber dans des conditions qui sont moins pénibles qu'avant, en limitant le geste humain.
- Speaker #2
On parle de cobo, comme dans d'autres secteurs, dans l'industrie, on parle de collaborative robots, si mes souvenirs sont exacts. Est-ce que ça existe dans le secteur ?
- Speaker #0
Il y a des projets très émergents sur le sujet de la robotique. Encore une fois, sur ces sujets-là, désherbage, on en voit dans les vignes, on en voit sur des cultures plus compliquées. L'asperge, honnêtement, si vous avez déjà récolté des asperges, il faut le faire à la main, une par une. aujourd'hui il y a des solutions qui émergent pour ça Je pense à un autre volet qu'on oublie un peu, c'est l'aspect sécurité au travail. Et nous, typiquement, on accompagne sur notre ferme expérimentale un projet qui cherche à limiter de manière drastique les accidents du travail dans le monde agricole. Il y a aussi le côté,
- Speaker #2
finalement, la sécurité, c'est aussi à long terme, la pénibilité de certains travaux, effectivement, qui peuvent amener à des troubles musculosquelétiques ou ce genre de choses à terme. Ça aussi, ça fait partie de ce sujet d'innovation ?
- Speaker #0
Exactement, exactement. Et c'est un des sujets adressés par les questions de la robotique. On parle du numérique dans l'agriculture, du guidage par satellite des tracteurs, on parle de la pulvérisation pour désherber, etc. Il y a beaucoup d'innovations qui vont dans ce sens-là. C'est certainement une des raisons, la pénibilité, qui fait qu'on a de moins en moins d'agriculteurs. Et c'est un vrai problème. Et évidemment, il y a le côté revenu dont on a déjà parlé, qui est l'autre vrai problème. Ce qui est sûr, c'est qu'il va falloir encore une fois une vraie prise de conscience et des décisions politiques fortes pour que nos agriculteurs finissent par s'y retrouver.
- Speaker #2
Mais ça, c'est un autre débat en l'occurrence. Donc là, on parle évidemment du côté des agriculteurs. À le bout de la chaîne, il y a le consommateur. Et donc, vous avez très bien compris où je veux en venir, c'est-à-dire qu'on va progressivement aller vers la foodtech. Mais avant d'y arriver, l'idée, c'est aussi de parler des prix à la caisse, tout simplement, parce qu'on le sait aujourd'hui, de plus en plus de Français ou d'ailleurs d'étrangers ont du mal à boucler les fins de mois. On parle même de précarité alimentaire de plus en plus. Aujourd'hui, justement, à ce niveau-là, est-ce que l'innovation va peut-être pouvoir jouer un rôle pour améliorer d'abord l'accès à l'alimentation aux populations et surtout à une alimentation saine et de qualité ? Constance ?
- Speaker #1
C'est un sujet qui me plaît beaucoup parce que c'est un sujet qu'on a à cœur de chez Paris & Co. depuis assez longtemps maintenant. On a notamment un programme d'innovation sociale dédié justement aux porteurs de projets, l'ESS, pour accompagner sur ce sujet-là, donc plus largement que la foodtech, mais ça englobe aussi la foodtech. Et nous, un des gros constats et des gros enjeux qu'on a fait sur le secteur de la foodtech, c'est des enjeux sociaux, d'accessibilité comme vous l'avez très bien mentionné à l'instant, à une alimentation plus saine et plus juste en termes de prix. Et on accompagne pas mal de start-up, nous au sein de Paris & Co, qui permettent justement d'atteindre ces enjeux-là. On a notamment Linky. qui est une association qui est hébergée sur un de nos sites dans le 20ème arrondissement qui fait des distributions tous les jeudis soirs dans nos locaux qu'on met à disposition pour pouvoir redistribuer les invendus alimentaires à des étudiants en situation de précarité donc c'est un des projets qu'on soutient on a un autre projet qui s'appelle Circle qu'on accompagne depuis quelques mois maintenant que vous connaissez peut-être, ils ont été pas mal médiatisés récemment et c'est un comparateur de courses qui permet à n'importe qui de pouvoir faire ses courses au meilleur prix ... Et du coup, de bénéficier des prix les plus bas et dans un contexte inflationniste actuel, c'est quand même des solutions assez intéressantes.
- Speaker #2
Grégoire Hamon, sur ce sujet ?
- Speaker #0
Oui, on parle de l'enjeu économique qui est très important, l'inflation est là. Et pour autant, les consommateurs ont besoin de continuer à manger en qualité et en quantité. C'est-à-dire d'avoir des produits sains. Et aujourd'hui, sains, dans la conscience collective, c'est de moins en moins ultra transformé. C'est avec des listes généralement courtes d'ingrédients. évidemment avec des ingrédients issus d'une agriculture plus durable. Donc il y a quand même pas mal d'enjeux. Et ce qui est intéressant, et Constance parlait de l'Eutech tout à l'heure, on l'a un peu évoqué, on voit un retour de bâton par rapport à ces solutions technologiques qui ont été développées il y a quelque temps, des produits excellents, soit des alternatives à la viande ou au poisson, très bien reçus par les consommateurs, mais avec un prix qui est assez élevé. Et donc aujourd'hui, les consommateurs ont tendance à bouder ces solutions-là qui étaient appréciées pour revenir à des choses moins chères et plus... naturelle, c'est-à-dire finalement mettre dans son assiette la bonne composition de légumes, légumineuses, céréales, avec les bons apports. Donc on assiste à la fois à l'émergence encore de projets tech. et puis un retour à des choses finalement plus naturelles. Et on a ce mix aujourd'hui en tout cas.
- Speaker #2
Constance, vous vouliez rajouter un mot ? Oui,
- Speaker #1
juste peut-être pour compléter, ça me faisait penser justement à plus en plus de projets qu'on voit et qui remettent un peu au goût du jour des aliments de tous les jours finalement. Et je pense à un projet qui s'appelle Richin, qu'on accompagne depuis quelques mois, qui prend un produit de base que sont les pâtes, que tout le monde connaît, que tout le monde sait cuisiner, que tout le monde peut acheter, que tout le monde aime finalement. et qui va l'enrichir en protéines. Donc ça fait des pâtes ultra protéinées et ça permet justement à n'importe qui de pouvoir avoir accès à un repas complet, entre guillemets, en tout cas sur la partie protéinée, sans devoir acheter du poisson ou de la viande, qui sont quand même des denrées, on va se le dire, plus chères. Encore immutritif. Exactement. Donc c'est encore en cours de développement de R&D mais c'est un des projets qui attaque justement des produits plus simples, plus clean et avec plus de transparence aussi au niveau consommateur. C'est quelque chose qui demande beaucoup.
- Speaker #0
Puisqu'on parle de pâtes, j'ai aussi un exemple là-dessus. Et ça fera le lien avec la nécessité de faire du lien entre l'agri-tech et la food-tech. Nous, on accompagne un projet qui s'appelle Vieilles Graines, qui fabrique des pâtes à partir de sorgho et de millet, qui sont des cultures anciennes, on va dire, de céréales. Et c'est très beau de développer des produits alimentaires à base de ces cultures-là. Mais en France, il faut encore être capable de structurer ces filières, qui sont en plus des filières plutôt plus résilientes au changement climatique. Donc on a une nécessité, exactement. On a perdu le savoir-faire, on a perdu les surfaces. Et pour autant, on a un enjeu à les réimplanter, à les redévelopper. Et on voit bien qu'en fait, quand on parle d'aller du champ à l'assiette ou de la fourche à la fourchette, tout est lié. On a besoin de produire des choses, de les produire durablement, de les transformer de la manière la plus saine possible et de les consommer derrière.
- Speaker #2
Et de les consommer de façon saine aussi, effectivement. Alors justement, on parle de consommateurs, c'est la transition, comme on l'avait dit, vers la foodtech. Donc là aussi, le contexte est parfois un peu épineux entre les questions de santé publique liées à l'obésité, par exemple, ou encore justement, on vient d'en parler beaucoup à la composition des... des productions de l'industrie agroalimentaire qui innove et est quand même de plus en plus propre à ce niveau-là. Finalement, qu'est-ce que la Foodtech propose et proposera peut-être demain pour répondre à ces enjeux ? Constance ?
- Speaker #1
Sur l'alimentation de demain, nous, les tendances qu'on voit par rapport aux dossiers qu'on reçoit tout au long de l'année et lors des deux appels à candidature qu'on lance chaque année chez Paris & Co. Et qui nous donne justement cette vue assez globale, assez macro des différentes tendances qui se dessinent. On a beaucoup de projets sur, on vient de le dire, des produits qui sont plus simples, plus clean, plus sains, etc. Des projets assez innovants sur des sujets de nutrition santé, de nutrition ciblée, d'alimentation de précision, avec des outils et des technologies qui sont mises au service du suivi de notre alimentation, notamment basé sur l'IA, ça, ça revient beaucoup. mais l'intelligence artificielle finalement elle arrive et elle sera au coeur de pas mal de choses aussi sur la foodtech même si on l'anticipe pas forcément sur tout l'intelligence artificielle permet de créer des nouveaux produits il y a des startups qui l'utilisent et qui la font tourner justement pour ça c'est assez dingue de le noter et sur des solutions nutrition santé on voit beaucoup d'outils, là je pense à une boîte qui s'appelle Nectar que nous on accompagne depuis un peu plus d'un an et qui propose, basé sur de l'IA et des données nutritionnelles, tout un plan alimentaire personnalisé. Donc là, c'est une solution qui est d'abord destinée à du B2B, donc plutôt des diététiciens ou des professionnels de santé, mais qui un jour pourrait être mis entre les mains du consommateur en B2C pour qu'on puisse chacun finalement suivre nos apports nutritionnels, de quoi on a besoin, quelles sont les carences, etc.
- Speaker #2
Grégoire, de votre côté, l'acier du futur ?
- Speaker #0
Je partage aussi les constats. On a dit pas mal de choses. Pour moi, ce sera un mix entre des solutions à la fois low-tech, donc encore une fois, simplement en mettant les bonnes quantités d'oléoprothéagineux, de céréales, etc., en limitant évidemment la consommation de protéines animales. Je vois des procédés anciens qui reviennent. La fermentation, on en a parlé. Ça, c'est vraiment la fermentation par des champignons, par des bactéries. Il y a énormément de choses qui reviennent et c'est très bien. Je vois évidemment un côté technologique. L'agriculture cellulaire, on en parle beaucoup. Ce n'est pas encore dans nos assiettes, ça le sera peut-être. On a aujourd'hui une start-up qui candidate au prix Agri-Foodtech, qui a été fondée par une de nos alumnes, qui développe du lait maternel en réacteur pour soutenir les femmes qui ne peuvent pas l'éter ou qui ne veulent pas pour des raisons. Donc on commence à avoir des projets, je pense qu'un jour ça arrivera. Moi, je reste convaincu que les insectes sont une solution à terme. On parlait d'acceptabilité du consommateur tout à l'heure, il va falloir travailler là-dessus. Mais je pense que des produits à base d'insectes arriveront. Et là aussi, c'est une bonne chose en termes de protéines. Et on a parlé d'IA. Ça me permet de faire le lien avec un autre sujet important de la foodtech, c'est le gaspillage alimentaire. Aujourd'hui, on voit des solutions d'IA qui permettent d'adapter le contenu des assiettes dans la restauration collective. On voit des assiettes connectées aussi, qui permettent d'adapter les quantités, de mesurer la façon dont on mange. Donc, encore une fois, un mix entre de la low-tech et puis des choses plus technologiques.
- Speaker #2
Absolument. C'est la fin de cet épisode. Merci à vous deux. Je le rappelle, je recevais aujourd'hui Constance Rabas, responsable entrepreneuriat et opérations chez Paris Sanko. Merci Constance. Et Grégoire Burgé, directeur innovation au sein d'AgroParisTech. Merci Grégoire. Et merci à tous de nous avoir suivis. Au plaisir de vous retrouver dans un prochain épisode de Take a Break, le podcast de TechInnov. À bientôt.
- Speaker #1
C'était Take a Break, le podcast de TechInnov avec la CCI ESSEN. et la CCI Paris-Ile-de-France.