- Speaker #0
Bienvenue dans Celles de la Terre, une série de portraits au féminin. Dans cette première série, je vous propose de partir à la rencontre de huit femmes qui vivent et travaillent dans le monde agricole. Je vous emmène avec moi dans l'Ain, l'Allier, la Drôme, le Puy de Dôme et on ira aussi dans le Rhône. Ces femmes, aux profils pourtant différents, ont un point commun. Elles ont choisi, parfois contre toute attente, de s'ancrer dans cette vie avec force et conviction. Au fil des épisodes, elles nous raconteront ce qui les anime et surtout, pourquoi elles se sentent à leur place. Parce qu'au-delà des clichés, ces femmes trouvent dans ce métier exigeant une vraie forme d'épanouissement. Alors ? Que vous soyez proche ou loin du monde agricole, je vous invite à tendre l'oreille. Partons ensemble au cœur de leurs histoires. Celles de la terre. Épisode 5. Autour d'un verre avec Valérie. Pour celles et ceux qui n'auraient pas eu l'occasion d'écouter l'épisode précédent, je vous propose une petite introduction avant de vous présenter le métier de Valérie. Ce sera aussi l'occasion de répondre à une question que beaucoup d'entre vous se posent. Comment naît ce produit à chaque fois si unique ? Écoutez bien.
- Speaker #1
Une fois qu'on a des raisins mûrs, on va récolter ces raisins, on va les apporter à la cave. Dans la cave, on a l'étape de vinification. Si on veut faire du vin blanc, on va presser directement le raisin, on récupère le jus qu'on va faire fermenter. si on veut faire du vin rouge il y a une étape Préalable de macération, on va mettre le raisin dans la cuve avec un temps de contact qui va faire que la couleur de la pellicule va diffuser dans le jus et également il y a des tannins qui vont diffuser dans les tannins de la pellicule et ça diffuse dans le jus ce qui fait que ça apporte la couleur et la structure au vin rouge. Le rosé c'est un peu intermédiaire, c'est à dire que le rosé on part de raisin rouge à la base et il y a une petite macération qui peut être très courte ou pas de macération selon le cépage et sa maturité. Et donc le challenge du rosé, c'est d'avoir un vin rosé, mais avec la bonne couleur qu'on cherche. Et donc là, c'est vraiment le pilotage de la durée de macération pour ce rosé. Et après, il y a les vins effervescents. Il y a la méthode traditionnelle qu'on retrouve pour les créments ou les champagnes. Donc là, on a une première fermentation comme pour les autres vins, et la deuxième fermentation qui consiste à faire la prise de mousse. Cette prise de mousse a lieu dans la bouteille, avec des levures dans la bouteille, une bouteille fermée qui fait que le gaz carbonique est emprisonné dans la bouteille, ce qui va donner l'effervescence quand on va déboucher la bouteille.
- Speaker #0
Alors, vous avez deviné ? Valérie est oenologue. L'oenologie, c'est la science qui a pour objet l'étude et la connaissance du vin. L'oenologue analyse et supervise tous les stades de la production, du cèpe de vigne jusqu'à la table. Pour cet épisode, je me rends à l'Institut français de la vigne et du vin, l'IFV, à Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône, en plein cœur du Beaujolais. Valérie, bonjour. Est-ce que vous pouvez commencer par présenter votre parcours ?
- Speaker #1
Bonjour Anna. Eh bien, mon parcours, j'ai une formation d'ingénieur en agriculture et oenologue. Et je travaille à l'Institut français de la vigne et du vin depuis maintenant 26 ans. Je suis basée dans le Beaujolais, là où on est aujourd'hui, à Villefranche-sur-Saône. Et ce qui a fait que je travaille dans ce milieu, c'est la passion du vin qui m'a poussée à vraiment chercher à travailler dans ce milieu-là.
- Speaker #0
Cette passion, elle vous est venue par votre enfance, vos parents ? C'est quoi l'histoire derrière ça ?
- Speaker #1
Alors effectivement, il y a une histoire, parce qu'en fait je suis originaire de Normandie, donc un pays où il n'y a pas trop de vignes, il y a de la pomme, du calva, du cidre. Mais il n'y a pas trop de vin. Et en fait, c'est surtout mon père qui m'a donné le goût du vin, parce qu'il aime bien faire la cuisine, il aime bien les bonnes bouteilles. Et puis il m'a initiée à la dégustation, à la gastronomie, et ça m'a donné envie de travailler dans ce milieu.
- Speaker #0
J'ai fait une école d'ingénieur en agriculture à Rouen,
- Speaker #1
en Normandie. J'ai participé à un club oenologie. Et puis après j'ai fait un module de spécialisation dans la viticulture et je me suis rendu compte que je faisais partie des étudiants qui étaient les plus intéressés par la filière. Et puis après j'ai fait mon diplôme d'onologue à Bordeaux. Et en fait, il y a cinq centres où on peut se former en France. Donc, il y a Dijon, Reims, Montpellier, Toulouse, Bordeaux. Et donc, j'avais postulé à tous les centres pour avoir une chance de succès. Et je me souviens, quand j'avais fait l'entretien à Dijon, on m'avait demandé « Mais pourquoi vous voulez être chronologue ? Est-ce que vous êtes fille de viticulteur ou de vigneron ? » qui expliquerait pourquoi j'aurais envie de travailler dans la filière. Et en fait, non, je ne suis pas fille de viticulteur. Je n'ai pas un domaine à reprendre. Mes parents, mon père était chimiste et ma mère enseignante SVT physique chimie. En plus en Normandie, donc on va dire un peu rien à voir avec la filière, mais c'est ma motivation à travailler dans la filière qui m'a poussée à être chronologue et sans avoir d'attache particulière à l'issue de mon parcours. J'ai été embauchée à l'Institut français de la vigne et du vin où depuis j'ai toujours travaillé. Je dis toujours que c'est mon premier travail, mon premier emploi et je ne me suis jamais ennuyée. Donc je suis toujours en poste à l'IFV.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut expliquer le métier ? Je sais qu'il y a une différence entre cave et vigne dans le métier.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que vous êtes plus sur l'un ou l'autre ? Et est-ce qu'on peut faire aussi la différence ? Parce que vous avez dit que c'est souvent confondu avec le métier de sommelier.
- Speaker #1
C'est important de préciser la différence entre l'onologue et le sommelier parce que souvent, il y a une petite confusion. Donc le sommelier, son travail, c'est plutôt au restaurant. Il doit conseiller les accords mévins. Aussi, il est très doué pour reconnaître les vins à l'aveugle. Et puis extrêmement doué, à l'aise, pour pour parler positivement des vins vis-à-vis du consommateur. L'œnologue, il n'a pas du tout ces compétences-là. L'œnologue, il est plus tourné vers la chimie. On lui donne du raisin, il sait faire du vin. Il connaît toutes les étapes pour vinifier. Et puis, à la différence du sommelier, l'œnologue, il va d'abord chercher des défauts. d'un vin parce qu'en fait il est là pour faire en sorte que le vin soit bon. Donc on est complémentaires, mais c'est vraiment deux métiers différents. Le métier d'œnologue peut amener à différents types d'activités. Soit l'œnologue conseil qui va être dans un laboratoire d'analyse, donc qui va faire des analyses physico-chimiques sur le vin, qui peut conseiller les assemblages. Il y a l'œnologue qui est dans la cave, donc qui vinifie. donc il va être en charge des opérations, des process de vinification. Et puis après, de plus en plus, l'onologue est en connexion directe avec les actions qui sont faites à la vigne, donc on va dire que c'est le secteur de la viticulture, où là, il faut savoir comment on pousse le raisin, quelles sont les actions à mettre en œuvre vis-à-vis, par exemple, de l'agroécologie, vis-à-vis de l'adaptation au changement climatique. le nologue est de plus en plus... en connexion avec une approche globale vigne-vin, puisque c'est un tout.
- Speaker #0
Alors vous, qu'est-ce que vous faites spécifiquement ?
- Speaker #1
Alors mon métier, c'est de faire de la recherche et développement dans la vigne et dans le vin pour fournir des références aux professionnels de la filière, donc des références techniques, aussi environnementales, pour viser... l'amélioration de la qualité pour les éclairer dans leur choix et viser aussi l'adaptation face aux changements climatiques. J'ai été élue présidente de la commission oenologie de l'Organisation internationale de la vigne et du vin, l'OIV. C'est une organisation internationale qui rassemble 51 États membres. J'ai porté un dossier à l'OIV qui vise à faire adopter une pratique oenologique. qui permet de réduire la teneur en résidus de pesticides dans les vins, qui n'impacte pas la qualité sensorielle des vins. On a fait des tests, on est arrivé à une solution, donc c'est des fibres végétales, donc c'est biosourcé, c'est biodégradable. Alors après, il ne faut pas avoir peur du mot pesticides, il faut avoir bien tête que tous les vins qui sont commercialisés, ils sont tous en conformité réglementaire, mais c'est si on cherche à atteindre un niveau le plus bas possible. Dans certains cas, effectivement, cette solution peut être complémentaire à des actions qui pourraient être faites à la cave ou à la vigne.
- Speaker #0
Globalement, comment... Comment se rythme votre métier ?
- Speaker #1
Mon métier est quand même assez rythmé par rapport au cycle de la vigne. Il y a des temps dans l'année où on est à acquérir des données, soit à la vigne, soit à la cave, soit à déguster les vins. Les vendanges se passent plutôt fin août, septembre. Le temps de la dégustation, c'est une fois que les vins sont en bouteille, donc c'est plutôt après le mois de novembre. En dehors de ces temps forts qui sont rythmés par la vigne, il y a des temps où on va communiquer, on va avoir des actions pour communiquer vis-à-vis des acteurs de la filière, donc avec des conférences, on participe à des salons. Donc ça alterne entre du terrain, que j'apprécie beaucoup, et puis du travail de bureau, où je fais beaucoup de visioconférences.
- Speaker #0
Ce serait quoi le côté le plus désagréable dans votre travail ?
- Speaker #1
Le plus pénible, on va dire, c'est tous les efforts qui sont faits. par les viticulteurs et quand ils sont mis à mal par un aléa climatique. Le pire, c'est la grêle la veille des vendanges, parce qu'en fait, on saccage toute une année de travail. On constate aussi un peu une baisse de la consommation de vin. Et bon, là, c'est vrai que ça fait pas mal de tort à la filière.
- Speaker #0
Comment est-ce que vous expliquez ça,
- Speaker #1
vous ? C'est pas évident d'expliquer les raisons. Je pense qu'il y en a plein. Après, il y a un côté positif de dire que les jeunes consomment moins d'alcool par rapport à aux excès qu'ils pourraient avoir, donc ça c'est vraiment tout à fait positif. Mais peut-être qu'effectivement on a envoyé des codes peut-être trop compliqués pour parler d'un vin, on parle du millésime, du cépage, de l'appellation, de savoir à quel moment il faut boire le vin. Et ça fait beaucoup de barrières, de freins, qui fait que ça paraît compliqué de boire du vin. Le côté boire une bière c'est peut-être plus simple, parce qu'on sait le goût à l'avance. Mais il faut franchir ses freins, lever ses freins et puis tester. Donc par rapport à la consommation de vin, on peut penser à des canettes, c'est-à-dire des inconditionnements de vin qui ne sera pas dans une bouteille de 75 cl. Mais là, j'ai une canette dans les mains et elle fait 250 ml. Donc il y a un côté facile d'accès. qu'on peut mettre au frigo, qu'on peut sortir au pique-nique, qui est peut-être plus facile qu'une bouteille. Vous pouvez les déguster si vous voulez. Et donc là, on va pouvoir découvrir le vin et le déguster, toutes les deux.
- Speaker #0
Donc là, c'est quoi comme vin ?
- Speaker #1
Là, c'est...
- Speaker #0
Vous ne me le dites pas. Je dois deviner.
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
mais c'est mon collègue qui m'a mis un vin de Savoie. Ah oui,
- Speaker #1
d'accord. Généralement il y a trois étapes dans la dégustation. On regarde la couleur, on sent les arômes et puis après on le met en bouche. Donc pour la couleur, on voit à la couleur s'il est plus ou moins jeune ou pas. Donc là on a des reflets un peu violet donc c'est plutôt un vin jeune. Je n'arrivais pas à regarder le millilimètre mais c'est du 2023. C'est pas trop trompé, si c'est plutôt orangé, marron, ça sera un vin car à un certain âge. Après on le sent, sans agiter le verre, première fois. Donc là je sens plutôt des fruits mûrs, des fruits rouges bien mûrs, peut-être un peu d'épices. Et puis après on peut agiter le vin, et là ça permet de volatiliser les arômes du vin dans le verre. Et puis après elle est faite. On met le vin en bouche.
- Speaker #0
Et donc on fait un bruit avec la bouche.
- Speaker #1
C'est parce qu'on fait rentrer un peu d'air dans la bouche. Pour libérer les arômes qui sont dans la bouche. Dans le vin ? Et ben voilà, vous arrivez très bien !
- Speaker #0
Il a quel défaut là ce vin ? Quand il vient de déguster ?
- Speaker #1
Peut-être un peu amer,
- Speaker #0
un peu d'amertume à la fin, en fin de bouche.
- Speaker #1
Vous avez le Beaujolais qui s'étend à l'ouest de la Saône. On est dans le département du Rhône. On se rend compte qu'on a quand même beaucoup de relief. Plus on va vers l'ouest, plus on a du relief. important puisque c'est cette carte hygiène qui est en relief qui montre à la fois le zonage de l'appellation Beaujolais et tous les crues les dix crues du Beaujolais donc on voit qu'il y a beaucoup de reliefs là on voit le Mont Bouilly donc qui est quand même assez emblématique pour le Beaujolais donc il y a 12 avopés voilà c'est ça
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
les dix crues du Beaujolais, il y a Brouilly, Ausha, Côte de Brouilly, Chirouble, Fleury, Juéna, Morgon, Moulin-Avant, Régnier et Saint-Amour. Donc là, on les a lues par androalphabétique. Et puis, on est aussi sur des profils de vins en Beaujolais qui sont sur le fruit, qui ne sont pas trop tanniques. En tout cas, un bel équilibre. donc plutôt sur les vins du moment qu'on recherche qu'ils soient... Très agréable à boire.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez nous donner un ordre d'idée de la rémunération d'un oenologue ?
- Speaker #1
Après, je ne suis plus très jeune, donc on va dire que j'ai un peu d'intériorité, ce qui fait que je ne vais pas me plaindre sur mon salaire. Après, je pense que ce qui est important, c'est de communiquer sur la rémunération des viticulteurs. On lisait, quand on est en situation de coteau, par exemple, c'est pénible, ça nécessite de la manœuvre et du coup ça génère des frais. Et quand on achète une bouteille de vin du Beaujolais, il ne faut pas penser que c'est tout plat, et donc il faut être enclin à mettre un petit peu plus pour rémunérer l'agriculteur, de même que quand c'est en bio, ça peut aussi générer plus de coûts, parce qu'on a moins de rendement, donc au final on a moins de vin à vendre. Et puis la mévente du vin qui fait que parfois les viticulteurs, ils ont du mal à vendre du vin, donc là c'est... Pour eux, en ce moment, c'est un moment difficile. Tous les métiers qui se touchent à la filière vignévin, je trouve que c'est un métier de passion, très enrichissant. C'est un petit monde aussi, parce que c'est souvent qu'on se côtoie, on recroise les mêmes personnes, qui ne travaillent peut-être pas dans la même entreprise, mais on se recroise, on a le plaisir à se recroiser. Et aussi on est tous passionnés par rapport à un produit transformé, qui est le vin, qui est un beau produit. Ce métier de passion, je dirais qu'on soit jeune ou moins jeune, on peut arriver dans la filière même si on n'est pas issu de la filière. Et on peut aussi accueillir des reconversions, il y en a plein qui font de la reconversion, qu'ils soient jeunes ou moins jeunes. et là il y a toujours moyen de se faire accompagner, de se former et donner une chance à tous.
- Speaker #0
Vous voyez toujours ici dans 10 ans ?
- Speaker #1
Oui, je pense. Rendez-vous dans 10 ans.
- Speaker #0
Merci à Valérie de m'avoir reçue à l'Institut français de la vigne et du vin et d'avoir pris le temps de m'expliquer son métier d'oenologue. Tout comme moi, j'espère que vous aurez appris des choses en ces quelques minutes. Merci à vous pour votre écoute. Et je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode avec Lorraine, bergère dans le puits de Dôme. Et pour ne rien manquer, je vous invite à vous abonner à la série. C'était l'épisode 5 de Celles de la Terre, une série de 8 épisodes immersifs à l'initiative de plusieurs acteurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes, la DRAF, la NEFA et France Travail, avec le soutien de la DRETS. Pour en savoir davantage sur les 100 métiers possibles en agriculture, connectez-vous sur anefa.org. En région, retrouvez tous les événements mettant en lumière les emplois et les métiers de l'agriculture sur le site mesévénementsemploi.francetravail.fr. Pour suivre toute l'actualité du monde agricole, rendez-vous sur les réseaux sociaux de la Presse agricole du Massif Central, la PAMAC, et sur notre site web agriculture-massive-centrale. Merci et à bientôt.