- Speaker #0
Campagnol terrestre, de l'ombre à la lumière. Quel est cet animal ? Comment se reproduit-il ? Comment vit-il ? Qui est le campagnol terrestre ? Dans le premier épisode, je suis allée à la rencontre d'un enseignant-chercheur à Clermont-Ferrand, qui est spécialiste du campagnol terrestre.
- Speaker #1
Je m'appelle Adrien Pinault, je suis biologiste de formation. Ce que je traite à Vetagrosup, c'est l'école d'agronomie qui est à Clermont, c'est le campagnol terrestre, et notamment c'est de la biologie et de l'écologie du campagnol terrestre. C'est une bestiole qui est marron, avec une forme qui est très allongée, qui lui permet de passer dans ses réseaux de galeries. En gros, il faut imaginer un réseau de galeries, ça fait 4 cm de diamètre. C'est une bestiole qui fait entre 80 et 150 grammes, donc qui est très allongée, qui peut faire 20 centimètres. Ça ressemble plutôt à une taupe, parce qu'il a une caractéristique commune très forte avec la taupe, c'est qu'en fait, ils ne montent jamais à la surface. C'est des animaux qui sont souterrains, donc ils n'ont pas besoin de grandes pattes pour sauter, ils n'ont pas besoin de grandes oreilles pour entendre les prédateurs, ils n'ont pas besoin de yeux exorbités pour pouvoir les voir. Et en fait, de fait, c'est plutôt des fouisseurs, donc ils ont des petites oreilles, des petits yeux. et des membres assez robustes pour être capables de beaucoup gratter. Le campagnol terrestre, c'est une espèce qui est sauvage. Donc c'est une espèce qu'on ne maîtrise pas, qui vit dans l'environnement des humains, et puis qui va répondre à plein de règles qui sont complètement indépendantes de nous. Et c'est en ça que l'écologie est intéressante, parce que ça nous permet... On va essayer de comprendre quelles sont toutes ces règles qui font que les populations augmentent, les animaux se reproduisent, qu'est-ce qu'ils vont choisir à manger, et compagnie.
- Speaker #0
Le campagnol terrestre fait partie d'un groupe d'espèces de campagnols qui sont très similaires. Ils vivent tous dans des milieux ouverts et sont tous strictement végétariens. Alors justement, pour bien comprendre les règles qui dictent le fonctionnement du campagnol terrestre, Adrien, peux-tu nous expliquer le mode de vie de cette espèce ?
- Speaker #1
En gros, ils vont vivre plutôt dans des milieux qui sont ouverts, ils vont être strictement végétariens. Et ils vont avoir tendance à creuser dans le sol pour fabriquer des terriers. Ce qui est intéressant avec le campagnol terrestre, c'est qu'on trouve des traces de campagnols qui ont 20 000 ans sur notre territoire. Donc c'est une espèce qui était présente sur le territoire avant même que les humains y installent de l'agriculture. Aujourd'hui, on trouve encore du campagnol terrestre, par exemple dans les steppes de Russie, dans des environnements qui sont très peu anthropisés. Il y a la même espèce qui est adaptée à vivre dans ce genre d'environnement-là. Le campagnol terrestre, lui, va être un féodé vraiment au climat plutôt continental humide. Et ce qu'il a l'air de vraiment pas apprécier, c'est les sécheresses estivales. Donc en gros, on va le trouver du massif central jusqu'à tout le quart grand-est de la France. Et contrairement à ce qu'on a l'habitude de dire, c'est une espèce de moyenne montagne, en fait, on le trouve en plaine. Juste en plaine, il a des abondances qui sont très très faibles. Son habitat de prédilection, c'est la prairie. Il y a une prairie et plutôt prairie naturelle, c'est-à-dire une prairie diversifiée. Il n'aime pas trop les prairies temporaires, notamment celles qu'on a l'habitude de semer, du ray gras, trèfle blanc, dactyle, avec une rotation qui est relativement courte. Ça, c'est le genre d'environnement où il ne va pas trop aller dedans.
- Speaker #0
Le campagnol terrestre est un rongeur connu pour ses épisodes de pullulation, passant de quelques individus à plus d'un millier par hectare lorsque son environnement le permet. Adrien, qu'est-ce que la pullulation et qu'est-ce que cela implique ?
- Speaker #1
Une pullulation, en gros, c'est quand on a beaucoup d'individus sur plein de parcelles contiguës en même temps. Donc ils font un grand espace et beaucoup d'individus, ça veut dire plusieurs centaines de campagnols. Il y a quelques zones où ils pullulent. Et donc dans ces zones où ils pullulent, on va le voir beaucoup parce que quand ils pullulent, ils sont très nombreux. et ils occasionnent beaucoup de dégâts. Et donc en gros, c'est le Massif Central, les plateaux d'altitude du Massif Central, les plateaux du Jura, et un peu les Ardennes. Et en gros, si jamais on les voit si bien, ces plateaux-là, c'est parce qu'on a des grands territoires qui sont dédiés à la prairie naturelle, et que quand ils arrivent sur ces grands territoires dédiés à la prairie naturelle, ils vont avoir tendance à ravager. des grands territoires d'un seul bout. Si vous allez dans le Vercors, dans le Vercors, il pullule aussi, mais en fait, comme on n'a pas ces grands plateaux, c'est beaucoup moins visible, et au final, ça fait un peu moins de bruit. Mais il est aussi capable de pulluler dans le Vercors, dans certaines vallées des Alpes. dans les Pyrénées.
- Speaker #0
Et plus précisément, dans le Massif central, quelles sont les zones où il pullule ?
- Speaker #1
Dans les zones qui pullulent vraiment très fort, il y a le bassin laitier de Rochefort-Montagne. Et donc là, aujourd'hui, en 2025, on est dans une phase de pullulation. Il y a le plateau du Césalier que je citais tout à l'heure, qui est une zone qui pullule aussi assez fort. Et en fait, la pullulation va arriver en 2026-2027. Et c'est des horloges, c'est vraiment très très régulier. Et après, si vous faites le tour des monts du Cantal, et bien tout ce qui est présent entre 800 et 1100, 1200 mètres d'altitude, et qui est relativement plat, et bien ça pullule, ça arrive de manière régulière, en gros c'est tous les 5-6 ans. Et ça c'est quand même un bon moyen de prédire la pullulation, c'est parce qu'en fait il y a plein d'endroits où, je peux vous dire, la prochaine pullulation sur le Césalier, Ça va probablement 2026-2027, et puis celle d'après, ça sera probablement 2033-2034.
- Speaker #0
À l'échelle de la population, le campagnol étend son territoire en pullulant. Mais à l'échelle d'une colonie, comment vit-il précisément ?
- Speaker #1
Il mange. depuis sous la terre. Donc en fait, il fait des galeries, et puis quand il tombe sur des racines, il remonte, il tire la plante à l'intérieur de son réseau, et puis il va manger la plante, la racine, la partie verte, et compagnie. Et en gros, il a un tout petit domaine vital, ça fait 50 mètres carrés, et à l'intérieur de ces 50 mètres carrés qu'il défend, il les défend contre les autres campagnols, donc c'est pas du tout des animaux sociaux, il y a un groupe familial, qui est en général un mâle et une femelle. jusqu'à une densité de 200-250 individus l'hectare. Et quand on passe au-dessus, il y a un mâle et deux femelles. Mais c'est des groupes sociaux stricts et exclusifs. Les autres adultes qui rentrent vont se faire éjecter. Et donc, du coup, ils ont même un système de communication avec des glandes sur le côté du corps qui balancent des phéromones pour dire, voilà, c'est chez moi. Et plus la densité augmente, plus les glandes sont grosses. Et c'est vraiment une histoire de territorialité pour défendre leur territoire. A l'intérieur de ces 50 mètres carrés, ils vont avoir un réseau de galeries avec un nid qui lui est fixe. Puis des grandes galeries qui vont être des galeries sur lesquelles il va se déplacer régulièrement. Et puis de part et d'autre de ces grandes galeries, il va y avoir des galeries qui vont être plus étroites et plus éphémères, qui sont les galeries d'affouragement à partir duquel il va collecter sa nourriture. Et en fait, il va collecter sa nourriture, donc il va creuser une galerie, collecter les plantes et tout ça. Puis après, il va ouvrir une galerie juste en face ou à côté. Et puis, dans la majorité des cas, la Terre, au lieu de la remonter à la surface, il va refermer une ancienne galerie d'affouragement. Pourquoi est-ce qu'il fait ça ? C'est parce que lui, il a intérêt à maintenir un réseau qui est le plus petit possible pour ne pas se faire détecter par les prédateurs. Donc en gros, leur réseau de galerie, c'est entre 30 et 80 mètres linéaires de galerie. Et ça reste tout le temps ça alors que le réseau bouge sous la Terre. Des individus qui naissent pendant l'été, ils vont partir, ils vont s'installer, ils vont choisir un site. sur lequel ils vont fabriquer leur colonie. Ils vont passer tout l'hiver, ils vont travailler, aménager les colonies, manger des plantes. Donc ils commencent à dégrader la prairie dès qu'ils se sont installés. Et puis pendant cet hiver-là, ce qu'on observe, c'est qu'ils vont stocker des racines. Donc ils vont faire des silos de racines, donc c'est vraiment des silos qui sont bien faits. Un bout de racine, un peu de terre, un bout de racine, un peu de terre, un bout de racine, comme on faisait sur les silos de patates, et ça permet de bien les conserver. Et on peut trouver des gros silos, c'est-à-dire qu'on arrive à trouver des silos qui font un kilo, un kilo et demi de racines qui sont bien stockées à l'intérieur. À la fin de l'hiver, vers le mois de février, les animaux, les femelles vont rentrer en chaleur, ils vont se reproduire. La gestation dure 21 jours, comme quasiment tous les petits rongeurs. Et puis la femelle va mettre bas dans le nid. En général, la première reproduction, ça va être 3-4 petits. Sur la deuxième, la troisième, ça va augmenter un petit peu. Mais donc 3-4 petits. Donc elle va élever ses jeunes. Et puis ses jeunes vont grandir assez vite. Au bout de 2 mois, ils vont faire 80 grammes. Et là, quand ils font 80 grammes, papa, maman, ils les mettent dehors. Donc eux, ils partent. Et puis ils doivent s'installer et fonder une nouvelle colonie. Donc les jeunes, ils arrivent à l'automne. C'est des jeunes qui ne sont jamais reproduits. Ils vont grandir tout l'hiver. Et puis ils vont tous se reproduire en même temps au printemps. Et les jeunes arrivent, alors le début de l'adaptation c'est probablement sur les réserves, mais dès que les jeunes vont avoir de l'âge suffisamment important pour se mettre à manger de l'herbe, on est en plein dans l'herbe qui pousse de super bonne qualité, et donc là ça synchronise en fait tous nos petits animaux au meilleur moment de la saison pour qu'ils puissent grandir et survivre. Il y a même eu un mécanisme qui a été sélectionné pour éviter la prédation quand ils partent de la colonie, c'est que les campagnols se dispersent. de nuit, quand il pleut, à partir du printemps et pendant tout l'été. Il y a certains collègues de Franche-Comté qui ont montré qu'ils étaient capables aussi, pour éviter la prédation, de se disperser par les chemins qui sont faits par les topes.
- Speaker #2
Le fait qu'il y ait des topes présentes sur la parcelle va faciliter l'installation du campagnol terrestre, puisque lui, ça va être un opportuniste. Si le réseau de galeries est déjà construit, il va s'installer dans ce réseau sans avoir à construire le sien. D'où l'effet sournois du campagnol. Il va falloir pour cela limiter l'installation de la top pour éviter que le campagnol ne colonise les parcelles.
- Speaker #0
Sandrine Gominard, animatrice technique à la Fredon Auvergne-Rhône-Alpes.
- Speaker #2
La présence de top rend la détection du campagnol plus difficile puisque quand le campagnol s'installe dans un réseau de galeries de top, il n'a pas besoin de sortir de terre en surface. Les galeries sont toutes faites, il ne sort pas de terre en surface, il continue de se reproduire et on ne détecte pas du tout sa présence. Ou beaucoup plus tard, quand lui-même va creuser son propre réseau et qu'il va ressortir de la Terre.
- Speaker #1
En général, quand notre colonie va arriver, qu'elle va s'installer en étant passée par la surface, et s'installer dans un endroit où il n'y a pas de galerie déjà, dès le premier trou creusé, on va avoir des timulis. Donc les timulis, c'est la terre qui va être éjectée à la surface. Quand on a eu une très grosse pullulation, il y a des réseaux de partout sous terre, et après on passe la herse, et puis on dit, il n'y a plus de campagnoles, il n'y a pas de terre qui remonte à la surface. En fait, c'est pas vrai. C'est que comme ils préfèrent... stocker la terre sous terre que la remonter. Lui, il lui reste des bouts de galerie à boucher de partout sous terre. Et donc, du coup, vous pouvez arriver le printemps après une pubulation, avoir passé la herse, pas d'indice de surface, et en fait, piéger quand même 250 individus à l'hectare. Ça, nous, on en a déjà fait l'expérience. Donc, en gros, ça rabat un peu le mythe d'eux, ils disparaissent d'un coup. En fait, c'est pas eux qui disparaissent, c'est les indices de terre qu'ils laissent à la surface. Et c'est parce que le mécanisme de creusement change. Quand on est dans une phase où la densité augmente, il y a besoin de créer des nouvelles galeries, et on voit de la terre à la surface. Quand on est dans une phase où la densité descend, le nombre d'individus par hectare descend, et bien à ce moment-là, il n'y a plus besoin de créer de nouvelles galeries en termes de surface, juste on va reboucher d'anciennes galeries, et du coup on ne voit plus la terre à la surface. Mais les campagnols sont toujours là, et en fait la phase de déclin, elle dure en général quasiment un an. On observe une variation saisonnière des densités de campagnols. Alors je disais, il y a tout le temps une augmentation du printemps à l'automne, c'est vrai, sauf pendant la phase de déclin. Où en fait, pendant la phase de déclin, on a des animaux au printemps, mais on a moins d'animaux à l'automne. Et ce qu'on observe, c'est que les animaux qui se sont déjà reproduits dans l'année ont tendance à mourir, en gros, ils ne passent pas le nouvel an. Donc la densité va se remettre à baisser et les seuls qui vont survivre, c'est les derniers jeunes qui se sont installés à l'automne et qui vont eux passer tout l'hiver.
- Speaker #0
Et de quoi ce petit rongeur se nourrit-il ?
- Speaker #1
Quand on a trouvé les réseaux, les silos, les réserves de racines, on s'est assez vite rendu compte que dans la zone d'études dans laquelle on travaillait, c'est-à-dire le bassin laitier de Rochefort, il n'y avait quasiment qu'une seule espèce qui était stockée, c'était le pissenlit. Il y avait d'autres espèces avec des racines un peu... conséquentes, des plantains, des renoncules, du rumex, mais ça, il ne les stocke pas trop. Pour avoir une vision un peu plus précise de ce qu'il était effectivement capable de manger, on a utilisé ce campascope, qui est cette boîte qu'on enterre dans la galerie, et on lui a donné à manger toutes les plantes qu'on trouvait dans une prairie. Et en fait, il les a toutes prises. C'est-à-dire que tout ce qui est vert, il va le prendre, il va le manger. Mais Merci. Ce qu'on se rend compte après, c'est que si jamais on lui donne plusieurs plantes, il va choisir à l'intérieur celle qu'il préfère. Qu'on soit en été, en hiver, en plaine, en montagne, il va prendre le pissenlit en premier, le trèfle en deuxième et le dactyle en troisième. Donc il fait des choix qui sont vraiment très très nets. Après, dans les pâtures, il est moins présent. La flore des pâtures est légèrement différente de la flore des prairies de fauche. Et qu'en fait, c'est des plantes qu'il aime moins. dans les pâtures. Et donc après, plus on va vers des parcelles qui sont maigres et moins il aime se mettre à l'intérieur, en première intention, si on lui donne le choix, il n'ira pas dans une estive. Après, quand on a une forte pullulation à l'échelle du territoire, on finit par avoir des campagnols dans les estives parce qu'il y a tellement de campagnols de partout qui finissent par s'installer dans les estives.
- Speaker #0
Vous l'aurez compris, le campagnol terrestre est un petit animal qui s'est, au fur et à mesure de son évolution, très bien adapté à son environnement. Par conséquent, il arrive à générer une masse de dégâts en se reproduisant très rapidement et en alternant, voire anéantissant de façon considérable, les fourrages et les productions des exploitations agricoles sous lesquelles il se trouve.
- Speaker #1
On essaye de comprendre quelles sont les interactions entre les individus. au sein d'un écosystème. Là, on parle d'écologie scientifique, pas d'écologie politique. Il n'y a pas d'idée d'environnementaliste ou quoi que ce soit. On est sur de la production de connaissances. Le milieu agricole, c'est ce qui nous nourrit. Ça nous touche tous les jours. C'est ce qui fait qu'on a de l'alimentation de qualité. C'est ce qui fait qu'on peut se vêtir. C'est vraiment un des piliers les plus importants de notre société. Et donc, du coup, moi, ce que j'essaie de faire aujourd'hui, c'est de mettre ma discipline, l'écologie, pour aider au développement agricole. nos agriculteurs à avoir une plus grande facilité de production et puis en même temps une production qui peut être plus satisfaisante sur les manières de faire.
- Speaker #0
C'était l'épisode 1 de Campagnol terrestre, ennemi public numéro 1 des prairies, une série de 4 épisodes réalisés en partenariat avec le service interdépartemental des chambres d'agriculture du Massif Central. avec le soutien du Commissariat de Massif. Pour suivre toute l'actualité du monde agricole, rendez-vous sur les réseaux sociaux de la Presse agricole du Massif central, NAPAMAC, et sur notre site web Agriculture Massif Central. Je vous donne rendez-vous dans l'épisode 2 pour aborder les facteurs d'influence de la prolifération qui devient parfois incontrôlable.