- Speaker #0
Campagnol terrestre, quand les rats préfèrent le jaune. Pourquoi le campagnol terrestre s'installe-t-il dans certaines prairies plutôt que d'autres ? Les pratiques agricoles ont-elles une influence sur sa présence ? Quels sont les facteurs qui favorisent les épisodes de pullulation ? Dans l'épisode précédent, nous avons vu que le pissenlit est la plante que le campagnol terrestre consomme en priorité. Une préférence alimentaire qui soulève une question centrale, le contenu des prairies peut-il expliquer, en partie, les explosions de populations observées sur le terrain ? Pour tenter d'y répondre, une première expérimentation a été menée à l'aide de drones, au sein de l'unité d'Adrien, chercheur à Vette-Agros-Sup. Adrien, cette première expérience par drone vous a permis d'observer la répartition du campagnol en fonction des plantes présentes dans les prairies. Qu'est-ce que ces images vous ont montré ?
- Speaker #1
Donc on a mis en place un suivi par drone sur pratiquement 30 hectares. On a des parcelles dans le Pied-de-Dôme, on a aussi des parcelles dans Franche-Comté, qui est une autre zone où il y a des pollulations. Et ce qu'on arrive à faire par drone, c'est qu'on regarde au printemps, on fait une photo en mars, on voit où sont les topinières, où sont les colonies. On revient en mai, on voit où sont les pissenlits, parce qu'en fait les pissenlits fleurissent tous au même moment, autour du 15 mai. Et donc on peut cartographier facilement les pissenlits. Et on revient en septembre et on regarde où sont les nouvelles topinières. Et en gros ça nous permet de voir où est-ce qu'ils s'installent. Et là, ce qu'on a observé de manière très nette, c'est que les campagnols s'installent aux endroits où les densités de pissenlits sont importantes. Si jamais il n'y a pas de pissenlits, il va rechigner. à s'installer. C'est le premier truc qu'on a observé. Le deuxième truc qu'on a observé, c'est qu'on a objectivé le fait que dès qu'il s'installe, la population de pissenlits diminue. Donc il a l'air d'y avoir une relation assez intense entre les campagnols et les pissenlits, avec des rétroactions entre les deux.
- Speaker #0
À Marsena, dans le Césalier, vous avez ensuite conduit une expérience pour savoir si l'évolution des populations de campagnols était liée à la qualité des plantes disponibles dans les prairies. Concrètement, qu'avez-vous cherché à démontrer ?
- Speaker #1
Ce qu'on a fait, c'est qu'après une période de pubulation, on savait que les campagnols avaient dégradé complètement la flore. On a installé des pissenlits, on a installé de la luzerne, on a installé du trèfle blanc, du trèfle violet et de la chicorée, qui sont des plantes qui sont suspectées être de bonne qualité pour le campagnol. On est en pleine phase de déclin. On a sursemé des grosses bandes qui font 1200 m². On a fait un lien très net sur le fait que le déclin est orchestré par la qualité des plantes qu'il a à disposition. Soit dit en passant, pour les agriculteurs, ça veut dire un truc très clair, c'est que quand on est en phase de déclin, il faut absolument éviter de vouloir restaurer les prairies avec des plantes qui sont attractives pour le campagnol parce qu'on relance la polluation directement. Les plantes attractives, c'est les légumineuses. Alors malheureusement c'est des plantes qui sont hyper importantes pour l'autonomie protéique des exploitations, mais il faut éviter les légumineuses tant qu'il reste un peu de campagnol. Il faut éviter la chicorée, c'est une plante qui l'adore vraiment beaucoup.
- Speaker #2
Certains facteurs favorisent la présence des campagnols, notamment le type de sol sur lequel on va se trouver.
- Speaker #0
Sandrine Gominard, animatrice technique. à la Fredon, Auvergne-Rhône-Alpes.
- Speaker #2
On sait notamment que les sols volcaniques sont beaucoup plus favorables aux campagnols que les sols granitiques. Donc nous, en Auvergne-Rhône-Alpes, on a une grande partie du territoire concerné par des prairies, donc secteurs favorables aux campagnols terrestres, des prairies de moyenne altitude qui là aussi vont être peu retournées, des prairies permanentes. Donc là aussi, ça va être l'endroit favori du campagnol.
- Speaker #0
Les secteurs pour lesquels la surface toujours en herbe est très importante. Y a-t-il d'autres facteurs qui favorisent la pullulation du campagnol ?
- Speaker #1
C'est une espèce qui aime les étés pluvieux. Et a priori, une contrainte assez forte pour elle, c'est les sécheresses d'été. Et dans l'ère de répartition de cette bestiole, ce qui a l'air de sortir, c'est que dès qu'on commence à avoir des sécheresses d'été assez intenses... plusieurs mois où l'herbe ne pousse plus, l'espèce a l'air de disparaître de ces zones-là. Donc du coup, en termes de réchauffement climatique par exemple, on va quand même vers plus de sécheresse en été, en tout cas au sud du massif central. Dans ces zones-là, normalement, les polluations campagnoles devraient devenir moins problématiques. c'est pas une bonne nouvelle parce que ça veut dire qu'il y a aussi plus de nourriture à donner aux vaches pendant l'été mais il y a des gens qui disent que les... Pendant les sécheresses, les campagnols sont prospères. Très clairement, ce n'est pas ce qu'on observe ni dans la bibliographie, ni au sein des modèles de prévision.
- Speaker #0
Est-ce que les pratiques agricoles ont joué un rôle sur la présence du campagnol dans les parcelles ?
- Speaker #1
Est-ce que l'agriculture a joué un rôle ? Je vais prendre une analogie assez simple. Le puceron du blé, il existe parce qu'il y a du blé. Malheureusement, le campagnol, c'est une sorte de toute petite vache. Ils mangent la même chose que les vaches, ils prospèrent dans les mêmes environnements que les vaches. Donc quand on enlève des vaches, on va avoir tendance à favoriser les campagnols. Ça ne veut pas dire que l'agriculture est responsable de la présence de campagnols. Ça veut dire juste que quand on produit du lait de montagne, qui est une production qui est à mon sens à favoriser et qui est très importante d'un point de vue environnemental, on a aussi tendance à produire du campagnol parce que c'est un environnement qui est... qui lui est favorable en même temps. Quand on regarde la diversité des parcelles, c'est que les parcelles qui sont les plus productives, donc en général, c'est des parcelles qui sont plutôt plates, qui sont assez fertilisées, sur lesquelles on a tendance à faire de l'ensilage, c'est les parcelles dans lesquelles les campagnols explosent en premier. Parce que c'est des parcelles très productives, donc elles sont très favorables pour le campagnol. Donc l'idée, c'est quand on a des parcelles comme ça, qui sont... hyper importantes pour les agriculteurs et pour la stabilité du système, il faut gérer les campagnols quand ils rentrent dedans. Ce qu'on observe et ce que les agriculteurs nous disent, c'est que les pollulations ont l'air d'être plus intenses et plus rapprochées. Et du coup, il y a a priori au moins deux leviers pour ça. Potentiellement un levier qui est, il y aurait moins de prédateurs, parce qu'en fait, on agrandit les parcelles et en agrandissant les parcelles... On a tendance à retirer des murets qui sont des environnements favorables pour les prédateurs. Le deuxième aspect, c'est quand on a tendance à augmenter la productivité sur un espace, ce qui est très bien pour la productivité de lait, par exemple, et aussi favorable pour les campagnols.
- Speaker #0
Alors justement, quels sont les prédateurs du campagnol ?
- Speaker #1
Alors, Prédateur du Compagnol, donc il y a Un prédateur qui est spécialiste, qui est l'hermine, c'est le seul prédateur qui est capable d'aller le chercher dans son réseau. Du coup, comme c'est un prédateur qui est spécialiste, elle ne mange que des campagnols. Et du coup, elle a besoin de beaucoup de campagnols pour que ses populations augmentent aussi. Donc en fait, les prédateurs spécialistes, ils ont tendance à arriver à devenir en forte abondance une fois que les campagnols sont déjà en pilulation. Par contre, ils sont... Ils ne sont pas très adaptés à réguler le fait que la pullulation arrive. Par contre, pendant la phase de déclin, là, ils vont être plus nombreux. Donc, ils vont potentiellement accentuer le déclin et le rendre un peu plus rapide. Le premier en tête, c'est le renard. Il va y avoir le blaireau. Il va y avoir les oiseaux nocturnes, la chouette effraie. de la chouette chevêche, encore que c'est peut-être un peu gros pour elle, de la chouette ulotte, tout le corpus de rapaces nocturnes, le corpus de rapaces diurnes aussi, de la buse, du faucon cresserelle, c'est pareil, c'est un peu gros pour lui mais il peut en manger, les mille-en-royaux et compagnie. Donc tous ces animaux-là, ils vont être capables de manger du campagnol, par contre c'est des animaux qui sont généralistes. Donc ils ont un régime alimentaire qui est large, et eux, à l'intérieur, ils vont choisir ce qui est le plus accessible. Donc quand on a 10 campagnols à l'hectare qui sont tout le temps sous terre, c'est pas très accessible. Donc ils vont avoir tendance à ne pas en manger. Par contre, dès que la pollulation va devenir importante, là ils vont se mettre à en manger beaucoup plus. Et typiquement, le renard, il y a des études en Suisse qui ont montré que le renard, il se met à manger beaucoup de campagnols quand il y a 200 individus à l'hectare. 200 individus à l'hectare, c'est déjà trop tard pour l'agriculteur pour les gérer. Ce qu'on sait aussi dans la bibliographie, c'est que plus la dispersion est longue, plus il y a de fortes chances de se faire manger par les prédateurs. Et donc probablement que la densité de prédateurs généralistes permet de rallonger la phase d'accalmie entre deux pullulations. Donc ils ont probablement un rôle positif plutôt pour écarter les pullulations.
- Speaker #0
Comprendre les facteurs qui favorisent l'installation du campagnol terrestre permet de mieux appréhender la complexité de sa dynamique de population, une étape indispensable pour analyser ce phénomène à l'échelle des territoires. C'était l'épisode 2 de Campagnol terrestre, ennemi public numéro 1 des prairies, une série de 4 épisodes réalisés en partenariat avec le service interdépartemental des chambres d'agriculture du Massif Central avec le soutien du commissariat de Massif. Pour suivre toute l'actualité du monde agricole, rendez-vous sur les réseaux sociaux de la presse agricole du Massif Central, la PAMAC, et sur notre site web Agriculture Massif Central. Je vous donne rendez-vous dans l'épisode 3, consacré aux impacts concrets de la prolifération du campagnol terrestre sur les exploitations agricoles.