- Speaker #0
Campagnol terrestre, petit rongeur, gros dégâts. Pourquoi lutter contre ce rongeur ? Quels impacts génère-t-il sur les exploitations agricoles, sur les prairies, sur les fourrages, sur la qualité du lait ou des fromages, et plus largement, sur le quotidien des agriculteurs ? Dans cet épisode, nous allons nous intéresser aux conséquences concrètes de l'installation du campagnol terrestre dans les exploitations agricoles. Pour en parler, Sandrine, technicienne à la Fredon Auvergne-Rhône-Alpes, un réseau national qui intervient notamment sur la gestion des espèces nuisibles, nous éclaire sur les impacts observés sur le terrain. Ces explications sont complétées par les témoignages de deux agriculteurs directement confrontés aux dégâts dans leurs exploitations.
- Speaker #1
En fait, ce qu'il faut savoir, c'est qu'une grosse pollulation de campagnols terrestres va correspondre à plus de 1000 individus par hectare. 1000 campagnols terrestres sur un hectare, ça fait de gros dégâts. La parcelle est noire de terre, on a l'impression que l'agriculteur a passé la charrue, qu'il a labouré sa parcelle. Donc autant dire que lorsqu'on est en pic de pollulation, il n'y a plus rien à récolter. Donc le dommage peut être très important. La récolte est anéantie.
- Speaker #2
Ah bah ça peut aller jusqu'à... C'est arrivé une année d'ailleurs. On a l'impression d'être envahi et il n'y a pas de production. Il ne peut pas y en avoir de toute façon. Il n'y a que de la terre, c'est tout labouré. Ça ne ressemble à rien du tout. C'est un champ de bataille, donc ça peut aller jusqu'à pas de production du tout. Je l'ai vu une fois, mais j'espère ne pas le revoir. D'où l'intérêt d'y suivre régulièrement. Il ne faut pas attendre qu'on soit dépassé.
- Speaker #0
Patrice Chassard, éleveur au Gaïc du Bois-Joli. à Saint-Dierry dans le Puy-de-Dôme. Il produit du lait et transforme une partie de sa production en fromage.
- Speaker #2
L'intérêt de ne pas avoir de terre dans les prés et de campagnoles, c'est surtout les vaches déjà, quand elles mangent, elles ne s'embêtent pas partout. Et quand on récolte, on n'a pas de terre dans les fourrages et quand on transforme dans les clous derrière, au niveau sanitaire, c'est capital, même pour la santé des vaches d'ailleurs. Il n'y a même pas besoin du fromage aux clous, déjà la santé animale, sur le fait de bouffer de la terre. Même si vous mettez bien de la mélasse dessus, pour elles c'est pas bon. Le point de vue santé c'est très négatif. Donc santé troupeau et qualité produit, sortie et exploitation, les deux points clés. Les époques des premières populations, il y a des vaches qui sont toutes à l'abattoir avec plusieurs kilos de terre dans l'estomac. Donc comment voulez-vous que ça fonctionne correctement ? Et en plus là, ça c'est mon avis personnel, si vous faites en humide, la terre elle se colle à l'humidité, elle reste dans le fourrage. On sait qu'elles en mangent mais il en tombe une partie. Au sol, ils en tombent une partie dans la crèche. Alors, ils sont nettoyables. Mais si vous mettez humide et vous donnez ça à une tonne de matière sèche relativement faible, les particules de terre restent collées. Donc, elles le mangent d'autant plus vite. Mais même en pâturage, quand tous les voyages autonnes qu'il y en a partout, l'année, je me rappelle, elles arrivaient toutes avec le muf plein de terre. Donc, ça se voit vite. Ça, je ne l'ai pas revu. Mais là, il y a une année, c'était impressionnant. Donc pour elle, c'est sûr que ce n'est pas bon.
- Speaker #1
Le campagnol a également un impact sur la diversité floristique des prairies, puisque là où on va retrouver de la terre, c'est souvent de la flore de moins grand intérêt qui va repousser. Donc on diminue la qualité des prairies du fait de la présence du campagnol terrestre, d'où l'intérêt de limiter sa présence.
- Speaker #3
Parce qu'on a eu à acheter du forage quand je me suis installé, du forage qui était rempli de terre, et bien je peux vous dire que c'est pas agréable. Après c'est tous les brebis au niveau sanitaire, tout ça c'est pas le top quoi. Parce qu'elle chope des goîtres et tout, dans la pence ça circule, s'il y a de la terre ça tourne pas comme il faut, c'est beaucoup de problèmes quoi. Après dans le lait j'en passe, les butériques, les machins, plein de choses quoi. Et puis c'est tellement agréable quand on fane, qu'on voit ce foin vert, un beau foin vert qui est super propre et qui n'a pas de poussière, c'est tellement agréable.
- Speaker #0
Camille Lassalas, éleveur au vin sur la commune de Saint-Genet-Champanel, dans le Puy-de-Dôme.
- Speaker #3
Quand on fait de l'arubanage, on ne se pose même pas la question est-ce que notre fourrage va être... parce qu'on sait que même qu'il soit un petit peu plus humide, on sait qu'il sera propre, ça sera de l'herbe, mais propre. Et ça c'est agréable, parce que vous pouvez aller faucher, l'herbe est propre. Des fois il y en a qui fauchent... La terre collée sur le fourrage humide, c'est ce qu'il y a de pire, même pour la conservation. Ça se joue sur la conservation de l'arubanage, c'est tout un ensemble après.
- Speaker #4
Et même quand on arrive à mettre les vaches au pré, ça diminue fortement l'importance du sol parce qu'il y a des galeries de partout.
- Speaker #0
Adrien Pinault, enseignant-chercheur à Vetagrosup Clermont.
- Speaker #4
Donc c'est pas bon pour les animaux non plus parce qu'elles marchent dans des environnements qui sont peu stabilisés, donc il peut y avoir des boiteries, il peut y avoir des maladies bactériennes qui vont arriver de manière plus fréquente sur nos vaches.
- Speaker #1
Le campagnol peut avoir également une incidence sur la santé humaine puisqu'il est vecteur de l'échinococose alvéolaire et de la leptospirose et puis qu'il est aussi responsable de la maladie qu'on appelle le poumon de fermier qui est lié au fait que les agriculteurs respirent des poussières lors de la distribution des fourrages l'hiver à l'étable. L'échinococose alvéolaire, c'est une maladie dont le campagnol terrestre est un vecteur mais le renard est également vecteur de cette maladie-là. Et on va retrouver les oeufs d'équinoque qui auront été excrétés par les renards sur l'herbe, sur les végétaux. Et le campagnol va s'infecter en consommant ces oeufs d'équinoque. Et cette maladie-là, elle peut avoir de graves conséquences sur la santé humaine, puisque l'humain aussi peut ingérer ces oeufs présents sur les... sur des végétaux.
- Speaker #0
Hormis les conséquences agronomiques et sanitaires, est-ce qu'on arrive aujourd'hui à évaluer les pertes économiques qui sont liées aux dégâts de l'installation du campagnol terrestre ?
- Speaker #1
On a estimé que lors d'un pic de population, une exploitation pouvait perdre entre 20 et 25 000 euros. Mais ça c'est pour une exploitation standard d'une centaine d'hectares, donc ça peut être très variable suivant l'exploitation sur laquelle... On se base. On sait aussi qu'une forte population de campagnols terrestres peut entraîner la ruine d'une exploitation. Certains agriculteurs ont été obligés de mettre la clé sous la porte parce qu'ils ne s'en sortaient plus financièrement du fait des populations successives de campagnols qui les obligeaient à acheter des fourrages à l'extérieur. Et n'étant plus capables d'avoir une trésorerie d'avance, ils ont été obligés de mettre la clé sous la porte. Donc ça peut avoir un impact très fort. Tous les 4-5 ans, on peut avoir des exploitations en péril.
- Speaker #4
Il peut y avoir aussi des impacts de la lutte contre les campagnols. Et aujourd'hui, la société, les pouvoirs publics, les citoyens, mais même de nombreux agriculteurs, n'acceptent pas non plus d'empoisonner leur environnement quand ils vont gérer les campagnols. Aujourd'hui, on a une autre molécule qui s'appelle le ratron, qui est une phosphore de zinc. Ratron, c'est le nom commercial. et donc du coup pour lui c'est un poison qui tue quasiment de manière instantanée donc on s'attend à ce que les campagnols restent dans les réseaux et meurent tout de suite, par contre c'est une molécule qui est beaucoup plus dangereuse parce que la phosphine, pour le coup la bromadiolone on peut en manger un petit peu, on a un antidote c'est la vitamine K, si jamais il y a un problème on sait bien la gérer la phosphine pour le coup il ne faut pas en manger du tout parce que c'est très létal tout le monde, y compris pour les humains.
- Speaker #0
Quel impact cette situation peut-elle avoir sur le plan psychologique ?
- Speaker #4
Vous avez des agriculteurs qui travaillent sur des systèmes tout à l'herbe, c'est des systèmes qui sont magnifiques. Regardez les pubs sur le lait, vous avez toujours des vaches dans un système tout à l'herbe sur les pubs sur le lait, c'est ce que le consommateur aime, c'est un bel outil de travail. Et en fait, quand on est un agriculteur, qu'on s'échine à maintenir cet outil de travail, qu'on prend soin de ces prairies et qu'on voit des campagnols qui arrivent, qui ravagent la totalité des prairies, qui empêchent de stocker suffisamment de fourrage, qui dégradent la qualité du paysage parce que ça se voit visuellement, qui dégradent la qualité des vaches. C'est extrêmement dur à vivre pour les agriculteurs. Et du coup, à mon sens, c'est aussi une conséquence sanitaire. des compagnols, qui est plus mental, mais qui est très réel. En fréquentant les agriculteurs, on sent bien que le niveau de stress augmente. Quand il y a des pollulations, qu'il y a beaucoup d'incertitudes, qui sont là, ils ne savent pas, ils se disent, ça va peut-être augmenter, ça va peut-être diminuer, je ne sais pas où est-ce que j'en suis. Au début de la pollulation, en général, ils te disent, j'ai du fourrage, j'ai de quoi passer le premier hiver, mais en général, les polluations, c'est plutôt... Deux hivers et en fin de pollulation, il y a beaucoup d'agriculteurs qui te disent « ça m'a éprouvé, je ne peux pas supporter une nouvelle année comme ça » .
- Speaker #0
Vous l'aurez compris, les impacts du campagnol terrestre sur les exploitations agricoles sont multiples. Agronomiques, économiques, environnementaux, mais aussi humains. Derrière les galeries et les prairies dégradées, ce sont des systèmes de production fragilisés et des agriculteurs qui sont confrontés à une pression quotidienne. C'était l'épisode 3 de Campagnol terrestre, ennemi public numéro 1 des prairies. Une série de 4 épisodes réalisés en partenariat avec le service interdépartemental des chambres d'agriculture du Massif central, avec le soutien du commissariat de Massif. pour suivre toute l'actualité du monde agricole, rendez-vous sur les réseaux sociaux de la presse agricole du Massif Central, la PAMAC, et sur notre site web Agriculture Massif Central. Je vous donne rendez-vous dans l'épisode 4 où nous parlerons des moyens de lutte existants et des solutions mises en place par les agriculteurs.