- Speaker #0
Musique Campagnol terrestre, il n'en restera qu'un. Musique Lutter, oui, mais comment ? Seul ou collectivement ? Avec quels moyens et quels accompagnements ? Et quelles réponses la science apporte-t-elle face à ce ravageur ? Dans cet épisode, nous passons en revue les différents moyens de lutte contre le campagnol terrestre. Des solutions concrètes, utilisées sur le terrain par des agriculteurs, adaptées aux contraintes des sols, des paysages et des exploitations. Nous donnerons également la parole à la recherche pour mieux comprendre les pistes explorées aujourd'hui et les réponses de demain.
- Speaker #1
Les méthodes de lutte contre le campagnol terrestre peuvent être regroupées en deux grandes parties. Les méthodes de lutte préventive et les méthodes de lutte curative.
- Speaker #0
Sandrine Gominard, technicienne à la Fredon Auvergne-Rhône-Alpes.
- Speaker #1
Au sein des méthodes de lutte préventive, on va retrouver toutes les méthodes qui vont consister à gêner le campagnol terrestre dans son installation sur la parcelle. Donc c'est là qu'on va retrouver le broyage des refus, donc le fait de tondre l'herbe rat, notamment à l'automne, pour éviter qu'il ne reste des refus. Et parce que ces refus-là, on sait que ce seront des sources de nourriture pour le campagnol, mais aussi des abris du campagnol vis-à-vis des prédateurs. Donc si on tend les refus, le campagnol... sera plus facilement à la merci d'un prédateur et aura moins de nourriture pour passer l'hiver. Donc ça, c'est une première méthode de lutte indirecte. On a aussi, en méthode de lutte indirecte, le retournement ou le décompactage. Ces deux techniques-là vont permettre de casser le réseau de galeries de la prairie, donc de déranger le campagnol. Et donc, quand ce campagnol va vouloir investir la parcelle, il va mettre beaucoup plus de temps et d'énergie à recreuser tout son réseau. Et on pourra le voir plus rapidement et lutter plus efficacement contre lui. En termes de méthode de lutte directe, il y en a une autre, c'est la favorisation de la prédation. Les prédateurs font du travail, ils consomment des campagnols terrestres. Donc les prédateurs, il y en a différentes sortes, il y a les prédacteurs nocturnes et les diurnes. Ensuite on a les méthodes de lutte directe vis-à-vis du campagnol terrestre, on en a trois aujourd'hui. On a le piégeage que quiconque peut réaliser, il n'y a pas de formation obligatoire ou de diplôme particulier pour faire du piégeage. C'est une méthode qui fonctionne très bien, qui donne d'excellents résultats. Le seul petit point négatif du piégeage, c'est que ça demande beaucoup de temps. C'est une méthode qui est chronophage. Mais sinon, c'est vraiment une méthode qui est économique et écologique, puisqu'une fois qu'on a acheté nos pièges, on n'a pas besoin de racheter quoi que ce soit d'autre. Et écologique, il n'y a pas de conséquences néfastes pour l'environnement.
- Speaker #2
On piège tout depuis, depuis, depuis, je pense, 6 ans à peu près, et ça marche très bien. Efficacité. Ça n'a rien à voir, c'est beaucoup mieux que les traitements.
- Speaker #0
Camille Lassalas, éleveur au vin sur la commune de Saint-Genet-Champanel, dans le Puy-de-Dôme.
- Speaker #2
J'arrive dans la parcelle, j'observe, comme je vous dis. Après, je vais sonder à l'endroit où il faut mettre le piège. Je fais mon trou avec la bêche. Je ne sais pas, moi, ça doit faire un trou 30 par 30, à peu près. Et je pose mes pièges bien à plat au fond de la galerie. La première année que j'ai piégé sur la chambre, j'ai dû en choper 350, je pense, tout à l'heure. Mais bon, il faut toujours une après-midi de boulot pour poser tous les pièges. Mais bon, il faut prendre cet après-midi et bien observer et bien les poser. Alors là, c'est efficace, c'est vraiment efficace.
- Speaker #3
Pour lutter contre les tempéras campagnoles, on utilise aujourd'hui les pièges bien sûr, le ratron et le PH3.
- Speaker #0
Patrice Chassard est éleveur au Gaïc du Bois-Jouly, à Saint-Dierry dans le Puy-de-Dôme.
- Speaker #3
avec des contraintes plus fortes sur le PH3 par rapport à son utilisation. C'est pour ça que c'est un peu plus compliqué. C'est les trois moyens, mais là, ça dépend vraiment de la météo, de la situation, des conditions. Et là, c'est vraiment celui qui est sur le terrain qui décide ce qu'il utilise ou pas.
- Speaker #0
Sandrine, pouvez-vous nous expliquer ce qu'est le ratron et le PH3 ? Le ratron,
- Speaker #1
qu'est-ce que c'est ? Ce sont des appâts secs. Donc c'est du blé enrobé de faussure de zinc. Ce sont des appâts qu'on va les mettre directement dans la galerie du campagnol ou dans des galeries artificielles que l'on aura créées grâce à une charrue sous-souleuse, attelée au tracteur. L'idée, c'est que le campagnol consomme ces appâts et qu'en ingérant l'appât, grâce à l'acidité de l'estomac, un dégagement de gaz va se produire dans le corps de l'animal qui va conduire à sa mort. Donc ça, c'est le fonctionnement du ratron. C'est un produit qui est toxique, dont le dosage est réglementé à 2 kg par hectare et par an. Il faut être titulaire d'un certifitaux pour pouvoir utiliser cette technique-là. C'est une méthode que l'on va aussi, du fait du dosage peu élevé, 2 kg par hectare et par an, on va cibler son utilisation à des phases de basse densité. L'autre méthode de lutte chimique autorisée sur le campagnol terrestre... C'est le gazage avec le gaz pH3. Donc concrètement, l'idée c'est d'aller poser des pastilles génératrices de gaz dans les galeries du campagnol terrestre. Et ces pastilles génératrices de gaz vont dégager du phosphure d'hydrogène dans la galerie, vont créer un bouchon de gaz dans la galerie, grâce à l'humidité du sol. Donc la condition sine qua non pour l'efficacité de cette méthode, c'est que le sol soit suffisamment humide. Ensuite, le campagnol, quand il va faire le tour de son réseau de galeries, il va passer dans son bouchon de gaz et il va s'empoisonner. L'inconvénient de cette méthode-là, c'est que c'est une méthode qui est réglementée. Elle est réservée aux personnes titulaires d'un certificat, mais également d'un certificat PH3. C'est-à-dire qu'il faut avoir suivi une formation de deux jours complémentaires au certificat pour pouvoir utiliser cette technique de gazage. On remarque depuis plusieurs années une évolution dans la lutte menée par les agriculteurs à l'échelle de l'Auvergne. On a beaucoup plus d'agriculteurs qui luttent contre le campagnol terrestre. Et d'ailleurs, ils luttent souvent de manière plus précoce. On avait tendance, il y a quelque temps, à avoir des agriculteurs qui s'alarmaient lorsque la population était importante. Aujourd'hui, on a des agriculteurs qui ont pris conscience qu'il fallait lutter précocement contre le campagnol. Et donc, ils s'en soucient plus tôt. Ils luttent plus vite sur les indices de présence, avec des résultats qui sont meilleurs. Sur certains secteurs où la lutte a été menée de manière coordonnée et collective, on a tendance à voir que les populations sont... sont plus gérables, plus faciles à gérer.
- Speaker #3
Depuis qu'on fait le collectif, il n'y a pas eu de pilulation, ils ont tout déglingué. D'où l'intérêt. Dès qu'on voit qu'il y en a un qui ne fait pas ou autre, on en parle entre nous, mais ça permet d'anticiper. Une fois qu'ils ont compris ça, c'est vachement plus facile. C'est beaucoup plus facile que si chacun partit en côté quand il en a envie et il ne s'en préoccupe pas des autres.
- Speaker #2
On se fatigue beaucoup plus quand les voisins ne font pas de piégeage ou de traitement. Beaucoup plus. Ça donne dix fois plus de boulot. Le milieu de la parcelle est propre comme tout, mais au bord, ça revient tout le temps, chaque année.
- Speaker #3
Sur l'exploitation, effectivement, c'est grosso modo l'équivalent de quasiment un temps plein sur l'exploitation. Si on veut le faire sérieusement, c'est ce qu'il faut. Il y a des périodes, c'est vraiment tous les jours. Il y a d'autres périodes, c'est un peu plus lâche, mais si on ne les travaille pas au moment clé, on est mal. Alors peut-être maintenant, je n'ai jamais compté exact, on n'y est peut-être pas, mais honnêtement, en l'air de tir c'est sûr.
- Speaker #0
Les moyens de lutte existent. Chaque agriculteur compose avec son sol, son système de production et les ressources dont il dispose. Pour accompagner ces démarches, des contrats de lutte ont été mis en place. Sandrine Gominard nous en dit plus.
- Speaker #1
Il faut savoir que depuis 2015, les agriculteurs qui luttent contre le campagnol terrestre peuvent bénéficier d'aides de la part du FMSE. La condition pour pouvoir bénéficier de ces aides, c'est de souscrire un contrat de lutte auprès de notre réseau, auprès du réseau Fredon. Ce sont des contrats de lutte que l'on propose, qui sont valables pour 5 ans et qui nous permettent à nous d'accompagner l'agriculteur dans les luttes qu'il va entreprendre contre le campagnol terrestre. On fait un accompagnement technique de ces agriculteurs-là. Ce qui englobe les frais de lutte, ça va être tout ce qui est achat de matériel et de produits de lutte, notamment l'achat de pièges, mais aussi l'achat de produits tels que le ratron, le PH3, les cannes, les tarières, les sondes, en fait tout le matériel qui va être utile à la lutte. Il faut savoir qu'ils sont aussi indemnisables par le FMSE les factures de prestataires de services. Je parle encore du département du Puy-de-Dôme, mais sur notre département, nous avons plusieurs prestataires de services. qui peuvent intervenir chez les agriculteurs pour lutter à leur place. Parce qu'il faut savoir que souvent les agriculteurs n'ont pas le temps de faire les luttes par eux-mêmes. Donc ils peuvent déléguer cette mission-là à des prestataires. Et ces factures, comme je vous l'ai dit, sont indemnisables par ce fonds.
- Speaker #0
Au-delà des solutions de terrain, la recherche joue un rôle clé dans la compréhension et la gestion du campagnol terrestre. Adrien, est-ce que tu peux nous présenter les projets de recherche qui sont en cours ?
- Speaker #4
En ce moment, il y a quatre gros projets de recherche qui courent depuis un petit moment pour essayer de mieux gérer les campagnols. On en a déjà pas mal parlé des résultats, mais je peux résumer de manière assez simple. L'idée, c'était de mieux connaître la biologie de l'espèce pour essayer de voir quelles sont les sensibilités qu'il va y avoir pour pouvoir appuyer dessus. de quoi il va être dépendant. Et donc on a surtout beaucoup travaillé sur le régime alimentaire, avec des grosses expérimentations qui montrent que c'est assez crucial dans sa dynamique de population. Il y a des collègues à la fac de Clermont qui travaillent sur essayer de concevoir un vaccin contraceptif. Donc l'idée là, ce serait une molécule qui serait mise comme les phosphines qu'on a aujourd'hui sur un appât, on le donne à manger aux campagnols et ça les rend stériles. Il y a une troisième unité de recherche qui est là, basée à Tours, qui travaille sur les phéromones. Les phéromones, c'est toutes les molécules qui vont permettre la communication olfactive entre individus. Ces campagnols, ils communiquent pas mal par les phéromones. Ils ont testé plein de phéromones et ils essayent de trouver des phéromones qui sont soit répulsives, soit attractives. Ensuite, il y a un dernier volet qui est la robotique. Cette robotisation, elle travaille sur deux phases. La détection, à l'aide de drones. Donc de drones, d'images qui sont produites. Et puis un traitement automatique de ces images qui nous permettent de dire là, il y a une bonne probabilité qu'il y ait des campagnols. Et puis là, il n'y en a pas. Et puis ensuite, un robot autonome qui serait capable d'aller et de poser soit un piège, soit un appel chimique pour traiter les zones sur lesquelles il y a l'air d'avoir des campagnols.
- Speaker #0
Vous l'aurez saisi, face aux campagnols terrestres, il n'existe pas de solution miracle. Ce podcast a également pour objectif d'éclairer les agriculteurs sur les moyens de lutte existants et sur la nécessité de les combiner. Car c'est bien l'action collective, adaptée aux réalités locales, qui permet de préserver durablement les prairies et les exploitations.
- Speaker #1
Beaucoup d'agriculteurs nous demandent l'éradication du campagnol terrestre, mais l'éradication c'est sûrement qu'une utopie. L'objectif n'est pas là, l'objectif aujourd'hui est plutôt de limiter sa présence, de limiter ses dégâts sur les prairies, et donc de permettre aux agriculteurs de vivre convenablement. de leur travail.
- Speaker #0
C'était le dernier épisode de Campagnol terrestre, ennemi public numéro 1 des prairies, une série de 4 épisodes réalisés en partenariat avec le service interdépartemental des chambres d'agriculture du Massif Central, avec le soutien du commissariat de Massif. Pour suivre toute l'actualité du monde agricole, rendez-vous sur les réseaux sociaux de la presse agricole du Massif Central, la PAMAC. et sur notre site web Agriculture Massif Central. A bientôt !