- Speaker #0
La vie sans pieds, sans mains, c'est une petite galère. Parce que ça, ça a été presque la goutte d'eau. Je me suis dit, waouh, c'est déjà que j'essaie de me relever. Et en plus, maintenant, il y a ça. Mais je me suis dit, ce n'est pas possible. Ça m'a forcé à accepter l'inacceptable. Et puis, mes pieds, mes mains, et même me quitter. Je n'ai plus le voir ça clair. J'ai eu le temps. J'étais comme un scarabée sur le dos, fraîchement amputée, pendant des semaines, à regarder le plafond. J'ai eu le temps d'observer tout le bazar intérieur. Mais quand il y a tes certitudes et tes croyances qui explosent, c'est le meilleur cadeau que la vie puisse te faire.
- Speaker #1
Et si on décryptait ensemble la recette du courage ? Bienvenue dans The Patron ! Aujourd'hui, j'accueille Lucie Retaille. Lucie, je t'ai découverte sur LinkedIn. Je suis très honorée de t'avoir sur le podcast The Patron. Bienvenue, Lucie !
- Speaker #0
Merci pour l'invitation.
- Speaker #1
Alors Lucie, je t'ai découverte, je te disais, sur les réseaux sociaux et notamment sur LinkedIn. Tu as eu un parcours de vie très atypique. Un parcours qui est marqué par un trauma. Tu as été amputée. Tu vas nous expliquer ce qui t'est arrivé. J'ai très envie que l'on parle de cette force et de cette énergie que tu montres aujourd'hui et que tu mènes dans tous tes projets. Donc, c'est très impressionnant. Moi, je suis hyper émue de t'avoir reçu. Je suis assez fan de toi et donc c'est très émouvant. Tu fais énormément de choses. Je t'ai vu danser des chorés incroyables. Je t'ai vu relever des défis sportifs qui, moi, me terrorisent. Et tout ça alors qu'aujourd'hui, tu n'as plus de bras et tu n'as plus de jambes. Tu les as perdues il y a seulement deux ans. C'est tout ce que tu as vécu sur ces deux dernières années. Pour les auditeurs qui ne te connaissent pas encore, est-ce que tu peux nous expliquer ce qui t'a amené jusqu'ici ?
- Speaker #0
Alors, je vais juste faire une précision. Je n'ai plus de pieds, plus de mains. Parce que, heureusement, j'ai des bras, des jambes. Sinon, en effet, je ne pourrais pas faire tout ce que j'ai fait jusqu'ici et tout ce que j'ai prévu de faire parce que je n'ai pas fini.
- Speaker #1
C'est vrai. Excuse-moi. En fait, tu as été amputée au niveau des poignets.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et au niveau des cheveux.
- Speaker #0
Au niveau des poignets et au niveau de… En gros, il me reste 20 cm en dessous le coude et il me reste 15 cm en dessous chaque genou. Je me suis faite amputer en avril-mai 2023 suite à un paludisme foudroyant. C'est le paludisme qu'on connaît. Il y a plusieurs formes de paludisme. C'est comme la grippe, c'est comme la gastro. Il y a plusieurs variantes. Et puis, à l'intérieur de cette famille de variantes, il y a des variantes tueuses, il y a des variantes bénines. Et moi, j'ai attrapé le psalmodium falciparum, qui est, on va dire, un des plus tueurs. Donc, la chance que j'ai eue, c'est que je me suis fait soigner ici. Ce qui fait que j'ai rencontré pas mal de médecins africains qui travaillent en Afrique et en France, qui m'ont confirmé, a priori, qu'il n'y a pas de survivants de ce paludisme-là en Afrique. Je tiens à le dire, parce qu'en fait, il y a des Africains qui... qui pensent que j'ai été mal soignée, c'est pour ça que j'ai été amputée. Mais il faut quand même rappeler qu'il y a des milliers de morts chaque année en Afrique, que c'est une des causes de mortalité les plus fréquentes sur ce continent. Et donc, très certainement, si j'étais restée là-bas, là où j'étais, je n'aurais pas pu arriver suffisamment tôt à l'hôpital, je n'aurais peut-être pas eu accès aux soins auxquels j'ai eu accès. C'est pour ça qu'on ne voit pas de survivants de ce paludisme-là en Afrique, mais qu'on commence à avoir des survivants. quand les survivants reviennent, quand les patients reviennent en France pour être soignés.
- Speaker #1
Donc toi, tu étais où en Afrique ?
- Speaker #0
J'étais au Gabon.
- Speaker #1
Tu étais au Gabon ? J'étais au Gabon. C'était un voyage ou tu vivais là-bas ? C'était des vacances ?
- Speaker #0
C'était des vacances, voilà. C'était des vacances avec mon compagnon de l'époque qui était Gabonais, qui n'est pas le père de mes trois enfants, mais que j'avais rencontré au moment de la séparation avec le père des enfants, il y a maintenant cinq ans. Et donc, on part dans son pays pour voir sa culture, rencontrer un peu sa famille et travailler. Parce qu'on travaillait tous les deux dans la danse et la musique. Il avait un projet et j'en faisais désormais partie. Puis, une semaine après notre retour du Gabon, les premiers symptômes, rapidement les urgences. Et puis, le verdict tombe. On me met dans le coma pendant trois semaines. Et à mon réveil, la bonne nouvelle, c'est que je suis en vie. Parce que ça, ce n'était pas gagné du tout, du tout. et la nouvelle plus inattendue c'est que mes pieds et mes mains ont nécrosé pendant ce coma et ça veut dire que je dois être désormais amputée des deux pieds et des deux mains et il faut le faire vite parce que ce sont des parties de mon corps qui sont mortes elles sont noires, elles s'assèchent un peu comme une momie et il faut les amputer rapidement puisque le système immunitaire n'ayant plus accès à ces parties elles sont vulnérables aux infections extérieures Merci. Et donc ça peut déclencher une septicémie. donc rapidement on m'ampute d'abord des pieds ensuite des mains et c'est là qu'en fait alors je dirais pour moi cette deuxième vie elle a commencé au réveil du coma pourquoi ? parce qu'en fait je comprends c'est une évidence aujourd'hui je comprends pas comment j'ai pu passer à côté de ce truc là avant ça me paraît tellement évident aujourd'hui que la vie elle n'a rien à voir avec les événements qu'on vit à l'extérieur La vie n'a rien à voir avec notre histoire de vie. Ce qu'on vit, ce sont nos émotions. Ce qu'on vit vraiment, c'est notre état intérieur. Et cet état intérieur, c'est une conséquence par rapport aux événements, une conséquence de la perception qu'on choisit, du positionnement qu'on choisit, par rapport aux événements qui nous arrivent. Alors en effet, à ce moment-là de ma vie, je crois que c'est un drame. Je crois que ma vie est finie. Je me dis, mais Lucie, t'as 42 ans. Tu as trois enfants. Quelques mois plus tard, je ne le sais pas encore, mais je le sens venir, mon compagnon gabonais va partir, va me quitter dans le pire moment de ma vie. Donc voilà, 42... J'étais cartésienne, relativement cartésienne à l'époque. Donc ça veut dire, si je fais le bilan, 42 ans, tu viens de te faire larguer, tu es seule avec trois enfants, et tu es quadriamputée. Mais c'est fini. Bien sûr, ça s'est terminé. Donc en fait, sur le papier, c'est un drame. Mais au réveil du coma, il y a cette sensation qui ne m'a jamais quittée et qui est encore plus forte aujourd'hui, cette sensation que tout ça arrive pour quelque chose. Et que même si je ne comprends pas... C'est comme une voix qui me dit « mais attends, n'essaye pas de comprendre, tu es bien trop petite face à la vie. Qui essaie de comprendre ? Ton petit mental essaie de comprendre. Parce qu'il n'a pas vécu ça, parce qu'il ne connaît personne qui a vécu ça, parce qu'en fait, à ce moment-là, je tombe dans le gouffre de toutes mes peurs. Est-ce que je vais un jour retrouver un homme ? Est-ce qu'on va m'enlever mes enfants ? Est-ce que je vais ressembler à un monstre et faire peur aux gens ? Est-ce qu'on va me montrer du doigt dans la rue ? Est-ce que je vais un jour servir à quelque chose ? Est-ce que je vais pouvoir un jour manger toute seule ? » me laver toute seule, m'habiller, me maquiller, être une femme ? Toutes ces questions qui, d'un seul coup, s'invitent dans mon existence et ne sont que les reflets illusoires, ne sont que des mirages qui sont des échos de mes expériences, de mon mindset, mais aussi du mindset collectif. Parce que... En effet, sur le papier, c'est un drame.
- Speaker #1
Elles sont légitimes, toutes ces peurs ?
- Speaker #0
Elles sont totalement légitimes. Et donc, il y a ce double niveau. C'est-à-dire, il y a ce mental qui est en panique, qui est désespéré, qui dit « mais c'est fini » . Et puis, il y a cette autre partie qui a toujours été là, mais que je n'avais jamais pris soin d'écouter. et qui là s'impose à moi, puisque je suis au très fond, je suis dans mes entrailles, mes ténèbres, mes entrailles, on appelle ça comme on veut, je suis vraiment au fond de moi-même. Et cette grâce, je la trouve ici aussi. Et donc, je vis cette espèce de douce schizophrénie entre la panique et une sorte de foi indéboulonnable, un truc qui sait... Pourquoi ça arrive ? Un truc qui est serein, un truc que je n'arrive pas bien à saisir, mais qui habite tout mon corps à ce moment-là. Donc rapidement, amputation, rééducation. À ce moment-là, je redécouvre ma niaque sur le défi. Je reprends contact avec mon corps. Je comprends rapidement que je peux encore parler, respirer, dormir. penser comme avant et que tout le reste, il va falloir trouver des solutions, faire différemment, faire avec plus de difficultés, plus de temps, tout ça. Et à côté de ça, en même temps, je comprends l'apprentissage, un double apprentissage, mais en fait, ils sont innombrables. Je ne pourrais jamais te les citer là le temps du podcast, mais un des apprentissages, c'est OK, donc en fait, à chaque fois que je me retrouve face à un défi où je me dis ben non, mais là... Je ne sais plus faire. Il va falloir que je trouve une solution. Je n'ai pas la solution. En effet, je rate. La première fois que j'ai dû mettre mon câble de téléphone dans mon téléphone, j'ai raté plus de 200 fois. J'ai pesté. Puis un jour, j'ai réussi. Puis après, j'ai re-raté. Puis après, j'ai re-réussi. Et en fait, j'ai compris une espèce d'allégorie, je crois, que la vie me proposait, c'est-à-dire à chaque... choses que je croyais impossibles, à chaque chose que je croyais... À chaque fois que je pensais avoir atteint ma limite, il suffisait que j'ouvre au-dessus de ma tête cette foi que non, non, même si je ne sais pas, il y a une solution, même si je ne la trouve pas tout de suite. Ce n'est pas parce que je ne l'ai pas trouvée tout de suite qu'elle n'existe pas. Et donc, c'est une sorte de... On parle beaucoup de lâcher prise à toutes les sauces, mais pour moi, c'est ça le lâcher prise, c'est ok, j'ai pas toutes les clés là avec mon petit mental, parce que c'est depuis là que je réfléchis. Par contre, je décide, dans cet espace de foi que j'ai, cet espèce de socle d'ouvrir, de m'ouvrir à peut-être une solution qui peut arriver. Et la solution, je finissais toujours par la trouver.
- Speaker #1
Quelle énergie ! Quelle énergie d'essayer, de réessayer alors que tu... Là, en fait... Tu peux t'en sortir,
- Speaker #0
quoi. Tu veux t'en sortir, quand même. Tu vois, je voulais quand même... J'étais quand même une femme très indépendante avant et je ne me voyais pas vivre en permanence avec quelqu'un qui devait tout me faire. Je n'avais pas envie de cette vie-là.
- Speaker #1
Donc, tu t'es battue pour retrouver cette indépendance-là, pour réussir à faire…
- Speaker #0
Oui, et encore, le mot « battre » ne résonne pas. Il y a des gens, des fois, qui me disent « j'admire ton combat » . J'ai envie de regarder partout et de me dire « mais où est-ce qu'ils voient un combat là-dedans ? » Où est-ce qu'il y a un combat là-dedans ? C'est le combat qui fatigue. C'est le combat qui bouffe de l'énergie à perte. Je ne me bats pas. J'avance, je vis, je cherche. J'accepte aussi. Accepter, ce n'est pas… Je crois que dès le premier jour, j'ai accepté. Je n'ai pas accepté… Attention, définition de l'acceptation. L'acceptation, ce n'est pas… Après, je reviendrai sur ce que j'ai appris du coup. mais L'acceptation, ce n'est pas « ok, d'accord, merci, ok, super, ça va me faire grandir » . L'acceptation, pour moi en tout cas, ça a été « bon d'accord, j'ai la trouille, je ne comprends rien, je ne sais pas comment je vais faire, mais ok » . Ce « ok » qui disait en même temps « je sais que je vais passer par » . toutes sortes de phases. Je sais que je vais avoir envie de pleurer, de hurler de rage. Et quand ça se présentera, je le ferai. Parce que je sais que c'est normal. Et que j'en ai besoin. Et c'est tout. Et l'idée, c'est alors en effet d'essayer de ne pas projeter cette colère, cette rage contre quelqu'un d'autre. Ce n'est pas toujours facile. L'idée, c'est d'essayer d'avoir cette sagesse de créer un cadre d'expression qui soit propice à ça. Souvent, c'est quand on est seul ou pleurer dans les bras de quelqu'un qui, à ce moment-là, est disponible. Il n'y a pas que dire ça. Je n'ai pas toujours réussi. Il y a des fois où ma colère, je l'ai explosée contre ma famille, mes enfants, bien sûr, parce que ça requierait une maturité que je n'avais pas. Il y a des gens qui me disent souvent « mais comment t'as fait pour t'en sortir aussi vite ? » C'est ça en fait. C'est-à-dire que dès que j'avais envie de pleurer, on me voit aujourd'hui, tu disais « tu vois l'énergie, le sourire » . Oui, mais ça n'a pas toujours été ça. Je me rappelle un jour, ça j'ai mis du temps à le raconter, mais parce que je ne l'assumais pas, il y a un jour où je me suis retrouvée nue dans ma chambre à quatre pattes en train de hurler, en train de pleurer de ce qui m'arrivait. Ça c'était juste après que mon conjoint soit parti. parce que ça, ça a été... presque la goutte d'eau. Je me suis dit, c'est déjà que j'essaie de me relever et en plus, maintenant, il y a ça. Mais je me suis dit, ce n'est pas possible. Donc là, grâce à lui, je suis descendue encore à l'étage en dessous. Et en fait, c'est des polarités. C'est-à-dire que plus tu descends, plus tu acceptes. Il ne suffit pas de descendre profond pour ensuite s'élever. Je n'y crois pas à ça, mais ça m'a forcé à accepter l'inacceptable. Je n'ai plus mes pieds, mes mains et on venait de me quitter en plus. C'était terrible. Mais petit à petit, je reviens un peu sur les apprentissages, j'ai pu voir, ok, donc ça c'est une vraie limite. La vie sans pieds, sans mains, c'est une petite galère quand même. C'est comme si tu te levais le matin, tu marchais sur des échasses de 30 cm toute la journée et tu mets des gants de boxe. Ça ressemble à peu près à ça. Si j'essaie de décrire, ça ressemble à peu près à ça tous les jours. Alors évidemment, t'apprends à marcher sur des échasses, mais ça reste compliqué. Je ne peux pas ramasser une pièce de 2 euros par terre, ou un ticket métro, ou un ticket de caisse, ou si je tombe, je mets du temps à me relever. Voilà, c'est ça ma vie. Je ne peux pas dire à une copine, « Attends, j'arrive, je prends une douche en 5 minutes. » Non, une douche, moi, c'est une demi-heure minimum. Mais à côté de ça, quand tu apprends ce que c'est qu'une vraie limite qui existe vraiment, en fait, tu comprends que... Ah ouais, c'est ça une limite, en fait. C'est ça. Ça, c'est limitant. Ouais. Par contre, tout ce que je racontais avant, dans ma tête... Ouais... t'as pas le temps, t'es trop vieille pour commencer une carrière de danseuse, t'es trop grosse, t'es pas assez belle, là t'aurais pas dû dire ça, oulala, t'as dit ça et t'as regardé bizarre, peut-être que ça veut dire qu'en fait ce que t'as dit c'était nul, ou tiens j'aimerais essayer ça, mais essaye pas, essaye pas, tu risquerais de te planter, et puis si tu te plantes on pourrait te juger, voilà en fait, et du coup je me rends compte de cette ticotomie, entre ce qui se dit là-dedans et ce qui se dit là-dedans. Et quand ça parle ici, alors il y en a qui appellent ça l'âme, il y en a qui appellent ça le cœur, moi j'appelle ça les tripes, peu importe. Il y en a qui appellent ça Dieu, peu importe. Quand là ça parle, ça parle moins fort. Ça dit moins de choses. Il faut... savoir l'écouter, c'est comme quelque chose de furtif qui passe, ça peut être juste une idée. Une idée un peu farfelue peut-être même, une idée qui dirait « tiens, plutôt que de prendre ce chemin comme d'habitude, si aujourd'hui tu passais par là ? » Ça peut juste être des choses comme ça en fait, et bim, vous allez écouter ce truc-là, vous allez faire la rencontre qui va mener au projet. Si vous écoutez celui-là, vous allez faire « bah non, je passe comme d'habitude au même endroit » . Aujourd'hui, j'ai étudié, j'ai pu voir ça clair, j'ai eu le temps. J'étais comme un scarabée sur le dos, fraîchement amputée, pendant des semaines à regarder le plafond. J'ai eu le temps d'observer tout le bazar intérieur. Et je croyais que c'était que moi. Et puis, quand je suis sortie, quand j'ai commencé à revivre, donc mon compagnon part, pour info, c'était une relation d'emprise, d'emprise de toxicité et réelle. On utilise ça un peu à toutes les sauces aujourd'hui. Dès que quelqu'un a un comportement un peu bizarre, c'est intoxique. À cette échelle, on a tous un peu une toxicité en nous. Mais là, on était dans une relation polygame violente. Voilà. Donc, j'étais sous emprise. Cette relation... Euh... Elle m'a aidée à voir toutes les petites femmes en moi. Celles qui avaient besoin de sécurité, celles qui ne se trouvaient pas capables, celles qui croyaient qu'elles n'avaient besoin qu'un homme. Comment dire ? L'encens pour se sentir valorisée. Sauf que je vivais la violence tous les jours à côté. Mais je restais. J'ai compris ce mécanisme d'emprise. Ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui, mais j'ai compris ça. J'ai compris à quel point, quand on croit ce qui est dit ici, ça peut nous faire faire des choses. Ça peut nous faire rester dans des situations absolument incroyables. Preuve en est, je ne sais plus combien de personnes sur dix en France qui détestent leur job ou qui restent en couple alors qu'ils ne sont plus heureux. C'est le tableau Excel des pour et contre. Et en fait, on n'écoute que les contre. C'est vraiment… L'outil du mental est extrêmement nécessaire pour mettre en place les décisions prises en amont par le cœur. C'est à ça qu'il sert. Il sert aussi à sauver notre peau si un loup qui arrive, un lion, une voiture, peu importe. Mais nous, on a mis le centre décisionnel ici avec le temps. À l'école, on apprend aux enfants à bien réfléchir avant de prendre une décision. Mais quelle horreur ! Mais quelle horreur ! Moi, pendant 40 ans, je l'ai écouté, cette partie-là de moi. Et j'ai vu là où ça m'a menée. Aujourd'hui, il y a eu ce truc où tout a explosé, quoi. Mes certitudes, mes croyances. Mais quand il y a tes certitudes et tes croyances qui explosent, c'est le meilleur cadeau que la vie puisse te faire. Parce que, page blanche... Reset. Tu apprends ce que c'est qu'une limite. Tu apprends ce qui est du baratin. Donc, tu peux tout faire. Tu te rends compte que tu peux tout faire. À un moment, je me suis dit, mais si ça, c'est possible. Tu te rends compte ? Enfin, je veux dire, mais jamais de ma vie, j'aurais imaginé qu'il m'arrive un truc pareil. Oui,
- Speaker #1
si.
- Speaker #0
Mais si ça,
- Speaker #1
c'est possible.
- Speaker #0
Mais oui, si ça, c'est possible. mais qu'est-ce qui ne l'est pas alors ? En fait, ça a ouvert. Mon champ des possibles dans le négatif. Et ça a eu un effet symétrique de l'autre côté.
- Speaker #1
J'adore ce que tu dis. Je suis obligée de faire une parenthèse parce que j'ai tellement d'outils qui me viennent en tête. Et notamment un, parce qu'en coaching, j'utilise un outil basé sur les neurosciences qui s'appelle les sept niveaux de l'efficacité mentale. Et en fait, il y a sept niveaux. Et le niveau moins deux, on va dire, c'est les peurs. Et donc, c'est tous ces schémas. de peur, toutes ces projections, toutes ces prévisions que l'on fait. Et en fait, tu as le niveau plus 6, c'est l'innovation, la créativité. Et là, dans ce niveau-là, justement, tu oublies ton égo, tu oublies ton historique. Tu enlèves le disque dur qui te dit que ce n'est pas possible de faire ça parce que ça ne va pas fonctionner pour telle ou telle manière. Tu ouvres le champ des possibles. et ces deux niveaux ils font Ils sont en résonance, donc c'est pour ça ce que tu viens de dire, ça me parle énormément, parce qu'effectivement, on peut avoir 20 milliards de scénarios qui nous font peur, et il en existe. cent fois plus qui sont potentiellement positifs. Et c'est très intéressant d'avoir cette conversation miroir. C'est difficile de le faire tout seul. C'est impressionnant que toi, finalement, le fait d'aller vers ces peurs-là, tu t'es dit, en fait, il y a tout ça autre qui est possible.
- Speaker #0
Alors, quelque part, la chance que j'ai eue, c'est que la vie ne m'a pas laissé le choix, moi. j'ai pas eu le choix mes peurs je suis pas allée les voir la vie m'a poussée dans le gouffre le plus abyssal de m'habiter des peurs de femmes, des peurs de mères des peurs d'individus les peurs de l'être social tout Ces ténèbres humaines, elles sont insondables. Elles sont... Enfin, elles sont insondables. Non, elles ne sont pas insondables, mais elles sont... Comment dire ? C'est une mélasse épaisse. C'est... Moi, la sensation que j'ai aujourd'hui, c'est... On croit que tout est à nous aussi. Toutes ces pensées, toutes ces croyances, on croit que tout est à nous. Pas toujours. Il y a du collectif, il y a du conditionnement, il y a du conditionnement actuel, il y a du collectif, du passé. Et tout ça, c'est stocké, c'est capté là-dedans, c'est hérité, je ne sais comment. Si on se met à utiliser cette partie de nous pour projeter les choses, cette partie n'est capable de ne projeter que depuis le passé. que depuis l'expérience. L'expérience n'éclaire que le passé. Le mental est incapable d'une vision qu'il ne soit pas empreinte à minima de ce qu'il connaît déjà par le passé. Alors, comment on fait pour l'inspiration du futur, l'inspiration nouvelle ? Ouverture. Ça rentre par là. Pas par ici.
- Speaker #1
Quand tu dis que ça rentre par là...
- Speaker #0
Alors, quand on dit que ça rentre par là, moi, je le ressens plutôt ici. C'est une inspiration qu'on reçoit qui n'a rien à voir avec un quelconque fruit d'une réflexion mentale, puisque cette réflexion mentale est basée sur le passé. Elle ne connaît que ça. Ça demande à accepter, et j'ai été obligée de faire ça. Ce n'est pas de la sagesse, je tiens à le dire. J'étais obligée de faire ça. Ça oblige à accepter que je n'ai pas la réponse, je ne sais pas. Et laisser un espace d'ouverture, dire « ok, vas-y toi la vie » . Parce que moi, là, là, je n'ai pas les clés. Il est là, le lâcher prise de l'ego. Il est là, l'abandon. Alors, moi, je n'arrive pas à lâcher l'ego totalement. Jamais, jamais, jamais. Il continue à parler, toujours. Je ne pense pas, en vrai, qu'on puisse le lâcher. Je ne pense pas qu'on puisse le mettre de côté. Ça continue à parler. Moi, j'appelle Maria Carré, la mienne, parce qu'elle est souvent... Voilà. Donc, quand je sens que Maria se pointe, OK, je sais qu'elle va parler. Le problème, ce n'est pas la peur, ce n'est pas le doute. Ce n'est pas ça le problème. Ça va toujours exister. Le problème, c'est quel crédit je lui donne ?
- Speaker #1
Quelle place, oui.
- Speaker #0
Quelle place je lui donne ? Est-ce que je décide d'écouter là ou est-ce que je décide d'écouter là où ça me... Là où ça me... Là où j'ai l'élan ? Là où j'ai envie. Même si sur le papier, je ne peux pas expliquer pourquoi j'ai envie de faire ça. Ce n'est pas compréhensible. C'est lui qui essaie de comprendre encore. Peu importe. Moi, je me suis dit, je ne sais pas comment, mais je serai une femme dans cette vie. Je serai une femme. Alors aujourd'hui, entre nous, je n'ai aucun problème. j'ai même plus des problèmes inverses c'est à dire que je reçois plusieurs dizaines de messages tous les jours d'hommes alors il y a de tout, c'est compliqué mais aujourd'hui j'ai eu des relations depuis là je suis plutôt dans une période où j'ai envie de m'occuper de moi et d'être seule c'est un choix que j'aurais jamais fait avant aujourd'hui je sais que Je suis dans une phase où j'ai plutôt envie de poursuivre encore un peu cette construction en solo. Mais je sais que, comment dire, le jour où j'ai envie de me mettre avec quelqu'un, je ne suis pas du tout inquiète. Parce que les hommes qui viennent à moi ne voient même pas mon handicap. C'est impressionnant, c'est hallucinant. Parce que j'ai fait sauter cette croyance qu'on ne voyait que mon handicap. Moi-même, je ne le vois même plus. Les autres croyances que j'ai fait sauter, c'est « tu ne vas jamais rien faire de ta vie maintenant, tu ne peux plus rien faire » . Alors, je danse. Aujourd'hui, je suis payée pour danser. C'était mon ex qui prenait tout l'argent. des cachets aujourd'hui je danse il y a plusieurs dates alors surtout dans la région parisienne aujourd'hui mais on cherche à se faire programmer ailleurs en France il y a des gens qui entendent donc un spectacle de danse sur la vie en fait c'est-à-dire quand la vie te place sur un chemin que tu n'avais pas prévu comment tu fais pour faire les premiers pas comment on fait en fait pour faire cette confiance à la vie comment on fait pour regarder les épreuves de la vie comme des cadeaux donc c'est ça le spectacle de danse c'est un spectacle de danse en duo qui s'appelle « De là où je suis » . et qui est dans un plus grand spectacle qui s'appelle À force d'eux. Donc, il y a ça. Parce que j'ai fait sauter ça aussi. En fait, petit à petit, la vie m'a invitée à faire sauter toutes les croyances que maintenant que tu es comme tu es, tu ne trouveras plus d'hommes. Tu ne sers à rien professionnellement. J'ai entamé mes conférences aussi, désormais. Donc, depuis plusieurs mois, je donne des conférences. Je n'ai pas encore fait comme.
- Speaker #1
Succès,
- Speaker #0
ça fonctionne. Oui, franchement, c'est fou. En fait, tout est presque facile. Non, je suis en train de mentir. Tout est facile. C'est-à-dire que les gens, les bonnes personnes viennent à moi. Les rencontres sont beaucoup plus justes. Je me retrouve avec des gens qui sont beaucoup plus alignés. Mais parce que moi-même, aujourd'hui, je ne dis plus oui quand je pense non. Je n'essaie plus de me contorsionner pour que les gens m'aiment. Je n'essaie plus d'être une bonne personne. Je veux juste être dans l'instant ce que ça me dit d'être. Je n'ai que ma vérité à offrir et ce que je suis vraiment.
- Speaker #1
C'est intéressant la formule que tu as utilisée, j'essaye plus d'être une bonne personne. Et ce que je l'entends par ça, c'est que tu n'essayes plus de plaire aux autres. En tout cas, tu n'essayes plus de te changer pour correspondre à leurs critères de ce qui est bien.
- Speaker #0
C'est ça. Alors, correspondre à leurs critères, je pense que c'est plutôt correspondre à la projection de ce que je croyais être leurs critères. Il faut toujours reprendre sa part de responsabilité dans la manière dont on se comporte. Personne, il y a peut-être des exceptions, mais personne ne nous met un flingue sur la tempe pour qu'on se comporte de telle ou telle manière. Et plus on est... On me l'avait dit, pourtant, on me l'a dit tellement de fois, mais Lucie, sois authentique, tu verras, ça changera ta vie. Ouais, Mais bon, être authentique, ça veut dire parfois « Non, je suis désolée, j'ai pas envie. Écoute, désolée, je vais clore cette conversation parce que là, j'ai envie d'un temps pour moi. » Est-ce que c'est quelque chose qui est facile à faire aujourd'hui ? Rien que ça. Rien que ce truc-là. C'est ça, en fait, l'authenticité. Et quand on offre son authenticité à l'autre, même à travers un nom, Parfois, on va rendre service à l'autre. On ne va pas engager l'autre dans un projet avec nous alors que ce n'est pas notre place. Si ce n'est pas notre place à ses côtés, ce n'est pas sa place au nôtre non plus. Et donc, il trouvera la bonne personne qui n'est pas nous pour ce projet. Donc en fait, c'est ça, ne plus être une bonne personne. Ça ne veut pas dire balancer ses quatre vérités à tout le monde. Ça n'a rien à voir avec ça. Ça, c'est l'ego, ça. L'authenticité, elle part... de la même zone, d'ici, et elle est sereine. Elle n'a jamais besoin d'être violente. Jamais. Et j'ai appris ça.
- Speaker #1
Cette énergie de la colère, la frustration, ce n'est pas du tout...
- Speaker #0
Alors, parfois, la colère peut... En fait, ça dépend vers quoi elle est dirigée. La colère, l'énergie de la colère, en fait, il n'y a aucun problème avec ça. Mais est-ce qu'elle est dirigée par le bas ? C'est-à-dire qu'elle répond à un besoin de t'affirmer quelque chose ou de me protéger parce que là, on veut du mal, etc. Alors là, en effet, la colère, on est dans une énergie très, très basse. Où est-ce que la colère, parfois ? Des fois, ça peut être de la colère contre soi-même un peu. Ça m'est arrivé il n'y a pas longtemps sur cette histoire d'emprise. Il n'y a pas si longtemps, il n'y a que trois mois, tu vois que j'ai... conscientisé que cette relation d'emprise m'avait servi. J'étais restée dans la victimisation parce que ça m'arrangeait. On préfère être la femme qui a subi l'emprise et Maria Carey qui revient, t'as vu ? Une femme qui a subi l'emprise, qui est une victime, vraiment, c'est injuste ce qu'elle a vécu. Bon, ok, ça lui a servi, mais bon, elle était quand même polygame et violente. Et puis un jour, il y a trois mois, au détour d'une conversation avec une amie, on discute, on parle. On parle de ça, et puis je rentre dans ma chambre, et là j'ai une claque intérieure, c'est-à-dire que je me dis, mais c'est quoi là, ton scénario ? Qu'est-ce que tu es en train de faire ? Pendant 40 ans, tu as été dans le déni de toi. Pendant 40 ans, tu t'es fait violence toi-même. à ne pas offrir ce que tu es au monde, à te contorsionner, à te taire, tout ça pour plaire aux gens. Tu as joué un faux rôle. Et puis, il y a un gars qui arrive dans ta vie, et puis la vie t'envoie quelqu'un qui te montre à quel point, qui te montre jusqu'où tu es prête à aller pour être aimée, tellement tu ne t'aimes pas. Et là, ça y est, tu cries à la violence et à la polygamie et à l'emprise. Mais qu'est-ce que tu racontes ? Est-ce que tu es honnête dans ton petit jeu de théâtre, là ? J'étais en colère. Mais cette colère m'a permise... Je ne suis plus en colère aujourd'hui. Cette colère était dirigée vers le haut. Cette colère était là pour que je vois, que je prenne l'élan de prendre de la hauteur, pour prendre de la hauteur. Et aujourd'hui, je n'ai plus... Je lui souhaite de comprendre ce qu'il aura à comprendre. Ça ne m'appartient pas. Mais moi, ma part, c'était de comprendre ce que moi, j'avais à comprendre. Cette relation était là pour me montrer ça en moi. Alors, quoi d'autre à dire que merci, finalement ? Donc en fait, c'est jamais ce qu'on fait, ce qu'on dit, la manière dont on le fait, la manière dont on le dit. C'est qu'est-ce que ça vient servir ? Est-ce que ça vient m'élever et élever l'autre ? Ou est-ce que ça vient... Est-ce que la direction est par le bas pour l'ego, pour satisfaire quelque chose ? Ça demande une honnêteté envers soi-même. qui n'est pas toujours facile à avoir. Et puis, on est dans une époque où on est très dans l'égo du sauveur et la victime, le gentil, le méchant. Chacun y va de son histoire. Moi, j'ai vécu ça, ça a été terrible. Alors moi, ça, je ne peux plus. Je ne peux plus. Je ne suis plus programmée. Je ne peux plus. Je ne suis pas câblée. Je ne suis plus câblée pour écouter le discours de quelqu'un qui se victimise parce que la tentation est si forte.
- Speaker #1
C'est tellement facile de tomber dans ce triangle-là de l'aggime, on sauveur et on est tout le temps...
- Speaker #0
C'est tellement dur à vivre après, pourtant. C'est tellement lourd à vivre.
- Speaker #1
On s'enferme sur un schéma.
- Speaker #0
Et on continue de souffrir. Il y a un grand truc, moi, que j'ai découvert. Je l'ai découvert avec cette expérience, mais j'ai pu mettre des mots sur ça il n'y a pas si longtemps. Pour moi, c'est un des grands secrets de la vie. Le jour. Il y a beaucoup de gens qui disent qu'ils ont vécu des violences quand ils étaient petits, ou des violences ou des difficultés dans le couple, ou des choses difficiles au travail, ou que sais-je. Bon, le grand secret c'est quoi ? Si on est capable de regarder ce qu'on a vécu, Et de se poser la question, avec honnêteté et courage, encore une fois, c'est les deux qualités les plus importantes pour moi, de se poser la question, qu'est-ce que ça m'a apporté ? Qu'est-ce que cette épreuve envoyée par la vie m'a fait développer ? Quels bénéfices j'ai eu dans ça ? Si horrible que ce soit, aussi horrible que cela puisse paraître. Comment j'ai bougé en fait ? Si on est capable de voir ça, la douleur liée à l'événement disparaît, instantanément. Ça demande à le faire vraiment. S'il y a encore de la douleur, c'est qu'on ne l'a pas vraiment fait, ce qu'on n'a pas été assuré. Aujourd'hui, je n'ai aucune douleur. Je peux te parler des amputations dans le détail, sans pleurer. Ça m'a tellement appris. Aujourd'hui, je peux te parler de ce que je vivais avec mon ex-conjoint, les fois où je devais m'excuser à genoux devant lui pour quelque chose que je n'avais pas dit ou pas fait. Je peux t'en parler parce que ça m'a tellement apporté. La douleur a disparu.
- Speaker #1
C'est entièrement digéré. Mais ça demande un gros travail.
- Speaker #0
Ça demande à vouloir lâcher l'étiquette de la victime. Et pourquoi on veut être des victimes ? Parce qu'on veut être le gentil de l'histoire. Ah ben oui, on n'a pas envie. Tu as remarqué deux personnes qui vivent une situation de conflit. Tu écoutes l'un, tu écoutes l'autre. Les deux sont la victime. Les deux sont le gentil dans l'histoire. Est-ce qu'on est souvent le méchant de l'histoire qu'on raconte ? Franchement, mais jamais, soyons honnêtes. On a envie d'être le gentil. Mais bien entendu. Mais voilà. Moi, ce que je vois aujourd'hui, il n'y avait pas de gentil, il n'y avait pas de méchant. La vie m'a envoyé cet homme pour que je vois à quel point j'étais dans le désamour de moi-même. Mais quelle plus belle chose. Quelle plus belle chose aujourd'hui.
- Speaker #1
Quand je te vois, c'est très impressionnant et émouvant. Et en même temps, je me dis, heureusement, tout le monde n'a pas besoin de vivre ce que tu vis pour arriver à ça. Qu'est-ce qui, selon toi, avec ce que tu as appris, avec cette sagesse, avec ce mindset que tu disais, qu'est-ce qui aurait été différent dans ta vie d'avant ? Qu'est-ce que tu aurais pu faire différemment ? Quelle décision tu aurais prise si tu avais eu cette tâchesse-là ?
- Speaker #0
Le problème, c'est que je ne suis pas câblée pour répondre à ta question. Parce qu'il n'y a tellement rien à jeter dans mon histoire pour moi. Tu vois ? Je suis tellement amoureuse du déroulement de ma vie que... que je ne voudrais pas changer une virgule. Tu vois ? Qu'est-ce que... J'en sais rien parce que je...
- Speaker #1
Je vais te poser la question.
- Speaker #0
Ce que ça aurait pu changer, c'est que je serais peut-être restée moins longtemps dans la souffrance. Mais moi, je fais partie des gens qui ont besoin d'expérimenter les choses. On n'est pas tous des expérimentateurs. Sur Terre, il y a plein de profils différents. Et il y en a qui ont besoin d'expérimenter pour ensuite dire aux gens « Eh les gars, c'est par là ! » Moi, je pense que je fais partie de ces gens-là. Mais moi, quand je m'imagine... Je me dis, mais Lucie, tout ce que tu as compris, tu l'as compris. Tu avais 42 ans. Aujourd'hui, tu en as 44. Tout ce que j'ai compris en deux ans, je me dis, s'il me reste encore 30 ans à vivre, mais waouh ! Il me reste tellement de choses encore à comprendre. Peut-être que ça se trouve, là, je suis en maternelle, quoi. Tu vois ? Et génial ! C'est des belles années,
- Speaker #1
la maternelle.
- Speaker #0
Ouais, c'est des belles années, la maternelle. Mais je me dis, je ne sais pas si je vais jusqu'au bac, tu vois. mais quelle sagesse quels enseignements je vais pouvoir recevoir magnifique mais l'enseignement on le reçoit ici c'est ouvert ici c'est au niveau de tes tripes moi je sens ça au niveau de mes tripes il y en a qui sentent ça au niveau du coeur il y en a c'est l'âme il y en a qui ne sentent pas ça physiquement c'est une idée chacun sa manière il y a 7 milliards d'êtres humains 7 milliards de manières on s'en fout mais ça ne m'empêche pas de pester encore quand des fois il y a des choses qui arrivent mais à chaque fois je me dis Lucie rappelle-toi, quand tu pestes tu mens et je rigole de moi-même je me dis là Maria Carey elle a pris le micro là puis t'es en train de me faire pester arrête, pose le micro et même si tu ne comprends pas pourquoi ça arrive, ouvre-toi ouvre-toi un exemple récemment Euh... Un exemple récemment, j'avais prévu il y a deux jours une sortie avec ma meilleure amie. Aller voir un spectacle comique d'un gars là sur Nantes. Mais ça faisait des mois que je n'avais pas fait ça, tu vois. Je m'étais dit, voilà, j'ai fait pas mal de conférences dernièrement, pas mal de spectacles de danse. J'étais pas mal hors de la maison. J'ai passé du temps avec les enfants ensuite. Là, voilà, j'ai envie de me faire ma petite sortie, tu vois, avec mon amie. Et je reçois un appel de l'école. Bonjour madame, votre fils s'est blessé le pouce, il faut l'emmener chez le médecin.
- Speaker #1
Ah bah non,
- Speaker #0
pas ce soir. Non, c'est pas vrai. Ah non, c'est pas vrai. Ah, et là, je fais un message avant la vie. Je l'ai eu marre ! Et là, je fais mon blabla. La victime, machin. Ouais, voilà, je suis déjà seule avec trois enfants. Pour une fois que je me prévois quelque chose. Maria Carey, en plein. Je raccroche. Je me dis mais... Et en fait, là, je fais le vrai job. Tu fais le vrai job de me recentrer. Ok, qu'est-ce que je ressens ? Qu'est-ce que c'est en train de me dire ? En fait, c'est en train de te dire, Lucie, que tu crois encore que tu es une victime de la vie, à être maman handicapée, trois enfants, cette petite étiquette que tu ne veux pas lâcher finalement, parce qu'elle te fait exister un petit peu, et puis elle te permet d'avoir la pitié des gens qui te mettent une main sur l'épaule, qui te caressent la tête en disant Tu te dis donc, est-ce que tu es courageuse ? Ah bah ouais, t'as pas de chance, vraiment, bravo ! Alors qu'est-ce que tu veux ? Mais pour que je puisse voir ça clairement, il faut bien que la vie crée un événement pour que je le vois. Il faut bien que la vie crée cette frustration pour que je vois ce truc-là auquel je crois qui est faux.
- Speaker #1
C'est évident, ta foi et le sens que tu mets... À la magie de l'univers.
- Speaker #0
Ouais. Pour moi, la vie, elle nous parle. Tu vois, j'ai passé toute ma vie à apprendre l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol parce que j'avais soif de tout comprendre du monde. Mais c'est pas à l'école que j'ai appris comment elle parle la vie, quoi. Et c'est avec cette expérience que j'ai compris comment elle parle la vie. Comment on dialogue avec elle, en fait.
- Speaker #1
Apprendre à dialoguer avec la vie.
- Speaker #0
C'est vrai. Apprendre à la décoder. Pourquoi elle me propose ça ? À quoi elle m'invite ? Et regardez dans le passé, comment j'ai grandi grâce à ce qu'elle m'a envoyé qui n'était pas toujours facile. Encore une fois, s'il fallait changer une virgule de ma vie, jamais de la vie je change quoi que ce soit. Parce que ça m'a menée là où je suis aujourd'hui. Alors ça vaut la peine. Mais ça, ça marche. Il n'y a pas besoin de se faire couper les pieds et les mains pour se mettre au travail. Ça demande une vraie volonté de lâcher. Cette volonté demande la force de lâcher ce petit rôle de victime qu'on aime tant. Et ça...
- Speaker #1
C'est le fichier du pour et du contre aussi.
- Speaker #0
Ouais. Ça demande à lâcher tout ce qu'on nous a appris jusqu'ici. C'est chaud. Mais voilà. Maintenant,
- Speaker #1
on est éternel, on a plein de choses à apprendre.
- Speaker #0
Le cadeau est grand.
- Speaker #1
Je vois le temps qui défile.
- Speaker #0
Moi aussi.
- Speaker #1
Il nous reste quelques minutes. J'ai mes trois questions rituelles. La première pour toi, Lucie, c'est je t'offre un panneau publicitaire dans la ville de ton choix. Tu y inscris ce que tu veux, c'est ton message au monde. Qu'est-ce que tu y mets ?
- Speaker #0
J'adore ta question. Qu'est-ce que j'y mets ? Je crois... J'aurais envie d'y mettre que la vie est magique parce qu'en fait, elle l'est vraiment. Mais ce serait un peu trop cucu et je pense que les gens n'y croiraient pas. Donc...
- Speaker #1
C'est un peu plus cucu, toi.
- Speaker #0
C'est un peu plus... Bon, pourtant, j'ai l'impression que je ne suis pas cucu, mais mes conclusions peuvent être semblées cucu. La vie est magique, ce n'est pas une blague, en fait. Ce n'est pas juste des atomes et des... J'étais tellement cartésienne, je prends ça dans la tronche. Alors, il y a une expérience que j'ai eue dans le coma aussi qui m'a aidée. Je ne peux pas dire que ça ne m'a pas aidée à ouvrir le truc, mais je pense que je dirais, j'écrirais dessus ce que je t'ai dit tout à l'heure. Regardez dans le passé et dans le présent vos difficultés, ce que la vie vous a proposé dans sa bienveillance et son omniscience. Si vous êtes capable de voir comment ça vous a fait bouger, Et de remercier ça, la douleur disparaîtra. Et ça, c'est un des grands secrets que j'aimerais hurler avec un mégaphone international. Donc voilà ce que j'écrirais sur le panneau.
- Speaker #1
J'enchaîne avec la deuxième. Si tu te retrouvais face à Lucie le jour de tes dix ans et que tu avais un message du futur à donner à la Lucie du passé, qu'est-ce que tu aimerais lui dire ? Même si je sais que tu ne veux pas changer une seule virgule de ta vie.
- Speaker #0
je voudrais lui dire, aie confiance, n'aie pas peur. Mon Dieu, n'aie pas peur. Parce que ça va être ouf. Ça va être fou. Mais je sais qu'il faut qu'elle ait peur. Parce que si je n'avais pas eu peur, si je n'avais pas suivi ma peur, je n'aurais pas fait ce chemin. Si je n'avais pas fait ce chemin, je n'aurais pas appris. Donc, est-ce que je lui dirais quelque chose ? Je pense que je lui dirais juste que ça va être dingue, qu'elle ait confiance quoi qu'il se passe. Et je la prendrai dans mes bras.
- Speaker #1
Je te vois bien lui faire un gros câlin.
- Speaker #0
Ouais, avec mes petits bras.
- Speaker #1
je sais pas si j'en ferai le tour mais voilà je fais pas le tour des gens en général mais j'essaye et dernière question quel est le projet que tu lancerais quel est le projet que tu aimerais lancer mais que t'as pas t'as pas encore osé aucun aucun ah mais aucun là ta liste elle est ta bucket list elle est plus que remplie ouais
- Speaker #0
Récemment, la chose qui a été... Alors, cela dit, ça a été... Comment dire ? Ça fait un an et demi, enfin un an, que je fais des conférences. Mais tant que je n'étais pas sortie du statut d'arrêt maladie, je ne pouvais pas créer ma boîte, en fait. Donc, il fallait que j'attende d'être stabilisée au niveau des prothèses pour pouvoir créer ma boîte officiellement. Donc, j'ai fait des conférences en bénévolat, en quelque sorte. En septembre dernier, enfin en cet été, il a fallu, je me suis dit, bon, Lucie, maintenant, tu n'es plus en arrêt maladie, tu peux lancer ta boîte. Tu vois ? Et là, j'ai senti les peurs. Attention, parce que tu lances ta boîte, si ça échoue, tu n'auras pas de droit derrière. Attention, parce que si tu te plantes, voilà, il y a des gens qui t'attendent au tournant. Maintenant, que tu as un petit peu une communauté sur les réseaux. Attention et attention et attention. Et donc, il a fallu traverser ça. Il a fallu écouter ça. Il a fallu plonger à l'intérieur de moi-même, dans les ténèbres de ces peurs-là. Il a fallu les ressentir à 100%. Il a fallu mettre de la lumière sur ça, de la confiance par-dessus ça. Et puis, à un moment, il a fallu acter. Il a fallu se lancer. Il a fallu faire ce mail de demande de création d'entreprise. Il a fallu mettre tout ça en place. Donc ça, ça a été pour moi dernièrement, on va dire, le dernier truc qui m'a fait peur. Et avant ça, il y a eu d'oser montrer mes jambes sans artifice sur scène. Il y a un moment dans le spectacle où je change mes équipements sur scène. Je me suis dit, non, je vais me cacher derrière le rideau, tu vois, je n'ai pas envie de montrer mes jambes. Je me suis dit, mais attends. Lucie, ça c'est une peur. En fait, dès que je vois une peur maintenant, j'y vais. En fait, c'est comme un jeu de pistes. Parce que je sais que c'est ça la libération. C'est nos peurs qui nous emprisonnent. Il n'y a rien d'autre que nos peurs qui nous emprisonnent. Donc, si à chaque fois... En fait, quand tu vois une peur, hop, radar, une peur, super. Alors attention, la peur de se jeter derrière la falaise,
- Speaker #1
il y a les peurs qui protègent.
- Speaker #0
Il faut avoir le discernement de différencier une peur qui te protège d'une peur qui est sur ton chemin pour que tu la dépasses parce que l'objectif est bon pour toi derrière. Si c'est bon pour moi derrière, mais que j'ai peur, j'y vais. J'ai peur, donc j'y vais. Il y a ce mantra-là, où tremble mais avance. Ok, j'ai peur. Est-ce que ça me protège ? Oui, ça me protège. Cet homme est un manipulateur, j'ai peur, ça me protège. Ok, je n'y vais pas. Tiens, cet homme-là, par contre, j'ai envie d'y aller, mais j'ai peur. Ok. C'est quoi la peur, là ? Est-ce que c'est la peur de triengager ? Est-ce que c'est la peur de... Tu vois, en fait, des situations peuvent sembler les mêmes. Mais selon la nature de la peur, si on va bien voir avec honnêteté, il y a un moment, cette peur sera là pour te dire « n'y va pas » , et ici, cette peur sera là pour te dire « si, vas-y » . Qu'est-ce que tu veux vraiment ? Est-ce que tu veux guérir ? Est-ce que tu veux te libérer ? Est-ce que tu veux être plus léger, plus heureux ? Traverse la peur. Elle est là, la proposition. Et on en a tous les jours des propositions dans la vie. Tous les jours. Donc, c'est un jeu de pistes.
- Speaker #1
C'est un jeu de piste et une conversation qui doit être détaillée avec chacune de nos peurs pour comprendre ce qui se cache derrière.
- Speaker #0
Allez voir. La peur, souche. Allez voir la souche. J'ai peur de reprendre le travail, oui. Mais derrière,
- Speaker #1
il y a quoi ?
- Speaker #0
J'ai peur de me re-sociabiliser. Pourquoi ? J'ai peur de me re-sociabiliser. Creuse encore. J'ai peur du regard des autres. Creuse encore. En fait, je me sens une merde. Ok, là, on y est. La peur souche. Je ne m'aime pas. Souvent, de toute façon, souvent la peur souche, c'est un truc dans ce style-là. Viens, descends, descends, descends, descends. Il faut prendre le temps.
- Speaker #1
Et donc, aller voir ses peurs, mais aussi exprimer et ressentir de la gratitude pour toutes les épreuves qui amènent les apprentissages.
- Speaker #0
Mais l'expression de la gratitude n'est pas une action. Elle est une conséquence d'un changement de posture intérieure. Se forcer à « oui, oui, j'exprime de la gratitude pour la relation qu'on a prise que j'ai... » Non. Ça, c'est bullshit, ça. La gratitude n'est pas quelque chose que l'on force. C'est comme le pardon. C'est une conséquence naturelle qui se fait tout seul. À partir du moment où on décide de changer de posture. Comment on décide de changer de posture ? On doit changer de regard. Comment on décide de changer de regard ? Eh bien, on regarde. Qu'est-ce que ça m'a apporté, en fait ? Est-ce que là, c'est beau pour moi de continuer à voir ça de cette manière ? Ou est-ce que j'essaye de grandir un peu ? Et de me dire que, ok, ça m'a servi à apprendre telle chose ou à développer telle qualité. D'accord. Ok. Bon, c'était dur, mais merci. C'est ça. Et ensuite, là, la gratitude, elle est là toute seule. Elle est là toute seule. On parle trop de gratitude sans parler du comment. On parle trop de gratitude comme un but. Non.
- Speaker #1
Ça devient un exercice superficiel après. Oui,
- Speaker #0
c'est de la masturbation mentale. C'est encore lui qui essaye de faire ce que le coach a dit, ce que... On prend les choses en surface. C'est dommage.
- Speaker #1
Lucie, tu es un condensé d'optimisme, de force, de courage. Je suis très heureuse de t'avoir... Enfin, j'ai adoré l'épisode, il est passé beaucoup trop vite.
- Speaker #0
C'est vrai qu'il est passé vite, ouais.
- Speaker #1
Comme ça. Merci pour ton temps. Je mettrai tous les liens pour qu'on puisse te suivre. J'espère voir ton spectacle de danse en live très bientôt et j'espère que toute la France pourra venir te voir. Je te souhaite énormément de ce que tu es.
- Speaker #0
Oui, toutes les dates seront sur Instagram. Lui, il est retraité sur Instagram et il y aura les dates en story et en publication.
- Speaker #1
C'est vraiment, c'est impressionnant. Tu es un aimant, en fait. Tu es un aimant à de bonnes vibrations et c'est pour ça que je pense que tu te connectes aujourd'hui aux bonnes personnes, aux bons événements. C'est parce que il y a un temps où tu es un aimant tel fort alignement et un rayonnement qui sort de toi, c'est impressionnant. Je te remercie et merci d'être revenue sur The Patron.
- Speaker #0
Avec plaisir, avec joie. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci à toi d'être restée jusqu'au bout. J'espère que cet épisode t'aura plu, intrigué, inspiré et n'hésite pas à le partager ainsi que de laisser une évaluation, un commentaire, ça aidera énormément le podcast à être plus diffusé. Merci et à très bientôt sur The Patron Podcast.