- Speaker #0
C'est le premier point, c'est dans l'éducation qu'on donne à nos filles, les encourager à oser, les encourager à faire. C'est un peu biblique, demander et il vous sera donné, mais il ne faut pas oublier de demander quand même. Parfois, il y a des choses qu'on s'interdit de faire. Moi, en fait, ce syndrome de l'imposteur, je ne l'ai pas eu beaucoup. Moi, j'avais surtout le syndrome de l'incapable. C'est-à-dire qu'un imposteur, c'est quelqu'un qui se dit « je ne suis pas à la bonne place » et les gens vont s'en rendre compte. Moi, c'était même avant. Je me disais « je n'irai jamais à cette place parce que je n'en suis pas capable » . Et si on décryptait ensemble la recette du courage ? Bienvenue dans The Patron.
- Speaker #1
Aujourd'hui, j'accueille sur The Patron Anne Gézère. Jusqu'à il y a quelques semaines, Anne, tu étais la directrice générale France de la marque Mille. En parallèle de ton rôle de directrice générale, tu es aussi depuis 4 ans la présidente d'Edec Alumni, une grande école de commerce. Et tu es très, très impliquée dans ce rôle bénévole. Tu as beaucoup de casquettes et pas que celles que tu portes aujourd'hui, qui est un petit peu ta marque de fabrique. Bienvenue sur The Patron Anne.
- Speaker #0
Merci, Elvia. Oui, c'est un lien qui nous unit d'ailleurs, je crois, les DACA.
- Speaker #1
Oui, exactement. C'est un lien qui nous unit. Je suis hyper contente que tu sois là. J'ai plein de questions pour toi. Peut-être avant de démarrer, est-ce que tu peux nous partager les grandes lignes de ta carrière ?
- Speaker #0
Écoute, moi je viens d'avoir 56 ans. Donc je travaille depuis 35 ans puisque je suis sortie de l'EDEC à 21 ans. Et j'ai une carrière qui s'est principalement faite dans des entreprises familiales. Je commence par ça parce que je crois qu'au départ c'était par hasard et puis ensuite c'était par choix. Parce que ce sont des entreprises qui travaillent sur des temps longs, sur des principes de transmission, d'héritage qu'on reçoit et d'héritage qu'on transmet. Je crois que ça correspondait... à mon éducation, à ma culture, à ce que j'aime faire et au rythme, non pas lent mais au rythme d'un temps long, tu vois, de l'histoire et aussi d'une durabilité qui doit se transmettre. Voilà donc j'ai fait une carrière principalement en marketing et puis ensuite grâce beaucoup au soutien des entreprises, en particulier d'une entreprise qui est Mars dans laquelle j'ai passé presque 20 ans. j'ai pu évoluer du marketing vers d'autres métiers la vente, les affaires publiques et puis jusqu'à la fonction de directrice générale qui est une fonction assez différente puisque tu deviens un peu le chef d'orchestre alors que pendant longtemps tu t'essayes à être vertueuse d'une matière donc un jour tu deviens le chef d'orchestre et ça c'est cette fonction de directrice générale que j'occupe depuis maintenant 10 ans voilà, ça c'est de manière un peu résumée Ma vie professionnelle et ce qui m'anime au quotidien, c'est le lien, le lien humain. Je n'ai jamais eu de velléité d'entrepreneuriat, de création d'entreprise. Je n'ai pas ce drive, cette puissance, peut-être pas cette créativité non plus. Et puis surtout, je crois que j'aurais du mal à démarrer seule. J'ai toujours été dans des univers très collectifs, collaboratifs. Et ça, c'est quelque chose qui me porte énormément, oui.
- Speaker #1
Je comprends. Ce n'est pas facile d'être seule et le collectif peut nous emmener tellement loin. Donc ça, je comprends. Alors justement, tu nous parlais de cette évolution au sein de Mars et tu me le disais juste avant que le jour où on t'a proposé de monter dans la hiérarchie, finalement, tu ne te sentais pas prête. Est-ce que tu peux nous partager cette histoire de ce pivot-là ? Comment il s'est passé pour toi ?
- Speaker #0
Oui, alors il y a une chose sur laquelle on a échangé, c'est le syndrome de l'imposteur que les femmes évoquent souvent. Et je t'ai dit que moi en fait ce syndrome de l'imposteur, je ne l'ai pas eu beaucoup. Moi j'avais surtout le syndrome de l'incapable. C'est-à-dire qu'un imposteur c'est quelqu'un qui se dit « je ne suis pas à la bonne place et les gens vont s'en rendre compte » . Moi c'était même avant. Je me disais « je n'irai jamais à cette place parce que je n'en suis pas capable, donc je ne vais pas me mettre dans cette situation » . Et donc... Très souvent dans ma vie professionnelle, je me disais « waouh, c'est formidable que je sois là » . Je suis très contente et les gens m'aident et c'est chouette. Mais enfin, l'étape d'après, j'en serais incapable. Quand j'étais chef de produit, je pensais que j'étais incapable d'être chef de groupe. Quand j'étais chef de groupe, je pensais que j'étais incapable d'être directrice marketing. Alors encore plus directrice marketing, devenir un jour DG, ça me paraissait totalement hors de portée. Et la chance que j'ai eue, c'est d'être dans une entreprise américaine familiale, Mars. extrêmement tournée vers le développement personnel, vers le développement des individus, vers l'idée de donner à chacun d'être le meilleur qu'il puisse être. Pas d'être le meilleur, mais d'être le meilleur qu'il puisse être lui. Et puis également une entreprise très tournée vers la performance quand même. Et donc cette entreprise pour le poste de direction générale, c'est dit un jour on a à peine 4% de nos DG qui sont des femmes. Il va falloir qu'on soit beaucoup plus intentionnels. Et donc ils sont... aller voir toute une série de femmes de mon âge, de ma génération, en leur disant « Voilà, on aimerait vous considérer, en tous les cas, pour une évolution vers un poste d'EDG. » Donc moi je suis venue avec mon incapacité, même pas en rêve quoi, impossible, ça n'arrivera pas. J'avais beaucoup de bons arguments. J'en ai dit « Voilà, je n'ai fait entre guillemets que du marketing dans ma vie, donc je ne suis pas financière, je ne suis pas logisticienne, je ne connais rien aux droits sociaux. » problème de compétences ensuite je leur ai dit vous comprenez je je n'ai pas non plus j'ai une vie personnelle j'étais divorcée à l'époque avec des enfants en bas âge j'ai une vie personnelle qui ne me permettra pas d'avoir l'engagement le temps qui est nécessaire ou du moins ce que j'imagine nécessaire pour une direction générale et puis je leur ai dit vraiment il y a plein d'autres raisons qui font que je ne pourrais pas y arriver et vous n'en êtes pas conscient vous-même voilà c'est à peu près ce qui s'est passé Et la façon dont cette entreprise l'accueillit, dont mes mentors, mes managers l'ont accueilli, c'est « Ok, on entend que tu as des vrais freins personnels. Peut-être qu'on peut t'aider à les lever » . Ils ne m'ont pas dit « Tu peux y arriver quoi qu'il arrive » . Ils m'ont dit « Essayons de comprendre tes freins et voyons comment on peut les lever » . Donc sur le premier, la compétence, ils m'ont dit « Effectivement, tu as fait beaucoup de marketing » . Donc ils m'ont donné assez rapidement des projets un peu lourds en plus de mon activité marketing. en vente, en corporate affairs, pour lever ce frein-là. Et puis surtout, je pense aussi m'apprendre à sortir de l'exécution et apprendre à définir une vision, à poser des objectifs et à déléguer auprès d'équipes compétentes, performantes et de superviser cet accompagnement, ce qui est finalement bien souvent la fonction du DG. Donc ça, c'était le premier frein. Le deuxième frein par rapport à ma vie personnelle, l'engagement, ils m'ont inclus dans un cercle. Ils m'ont amené à rencontrer des femmes mais aussi des hommes, directeurs ou directrices généraux, pour démystifier un peu la fonction, pour donner à voir et à comprendre qu'on pouvait être un bon père, une bonne mère. C'était compatible. C'était compatible, c'était tout à fait faisable. Et puis comme c'est l'habitude chez Mars... Ils m'ont fait rencontrer dans des séances de panel, donc avec des exercices préparés, des exercices business case, des échanges. Ils m'ont fait rencontrer un panel de six senior leaders qui m'ont consacré, comme à mes autres collègues, deux jours de leur temps. À l'issue de quoi, on nous remettait à l'américaine un compte-rendu assez circonstancié de « voilà tes points de force » . On commence toujours par les points de force. Et voilà les zones sur lesquelles il faudrait sans doute que tu te développes pour devenir un jour directeur général ou directrice générale. Et voilà comment nous allons t'accompagner. Et donc l'addition de ça, de ce développement d'expertise, apprendre à lâcher prise sur sa compétence d'origine, donner à voir et rencontrer des rôles modèles qui rendent les choses concrètes et possibles et sentir la confiance et le soutien pour le chemin qu'il reste à parcourir parce qu'on n'est jamais prêt à 100%. Ce sont autant d'éléments qui m'ont fait perdre ce syndrome d'incapable pour rentrer relativement préparé, on ne l'est jamais tout à fait, dans cette fonction de direction générale. Et je pense très sincèrement que ça ne serait pas arrivé sans cet accompagnement. Donc j'ai beaucoup de gratitude et de reconnaissance pour cette entreprise. à des collaborateurs ou des collaboratrices plus jeunes qui sont aujourd'hui dans cette situation.
- Speaker #1
Le cercle vertueux du mentorat.
- Speaker #0
Absolument, absolument.
- Speaker #1
Ce que j'entends en fait c'est que tu as eu la chance d'avoir été extrêmement bien accompagnée dans une entreprise où... La hiérarchie a tout fait pour te rassurer, te montrer d'autres exemples de réussite, mais aussi te proposer un plan de développement complètement adapté à tes besoins. Et ce que j'entends aussi, c'est que tu avais vraiment besoin de la validation extérieure pour finalement montrer tout ton potentiel.
- Speaker #0
Oui, alors ça c'est peut-être sur ce sujet-là, le besoin de validation extérieure, Je pense que je ne l'ai pas réalisé à ce moment-là. Je l'ai réalisé un peu plus tard, puisque en parallèle de ce développement, la culture américaine de Mars permettait également de bénéficier du soutien d'un coach. Alors je dis culture américaine parce qu'en France, en général, quand on vous octroie un coach, c'est qu'il y a un problème. Dans la culture américaine, c'est qu'il y a une opportunité. Et donc j'ai bénéficié de ce soutien. D'abord une coach aux États-Unis, puis ensuite... en France, qui elle-même venait du privé. Sylvie, elle se reconnaîtra sûrement. Et Sylvie, au bout de quelques semaines, il faut que j'enlève la casquette, m'a fait cette remarque. Elle m'a dit « Anne, il faut arrêter avec les couettes » . Alors je le fais comme ça. Je suis désolée. Peut-être que ça parlera à d'autres personnes. Moi, j'étais une femme, une petite fille et je suis devenue une femme avec des couettes. C'est-à-dire que j'avais envie, j'avais besoin d'avoir cette validation de l'autorité, des personnes que j'admirais, que je respectais et un besoin sans doute trop élevé. C'est-à-dire que ça m'empêchait quand je ne l'avais pas, ça m'empêchait ou ça m'empêchait de propulser, ça m'empêchait de pousser mes idées ou de pousser mes... mes initiatives. Et le travail que j'ai fait avec cette femme, avec ce coaching, ça a vraiment été d'une part d'en prendre conscience, de comprendre ce que ça avait eu de « beneficial » , comme on dit en anglais, de positif, mais qu'effectivement c'était très limitant parce que je ne pouvais pas passer ma journée à appeler mon patron pour lui dire « Regarde, j'ai fait ça, j'ai fait ci, qu'est-ce que tu en penses ? » Et donc la nécessité... à partir de 35-40 ans, de sortir de ça pour aller vers une émancipation. Et donc laisser tomber les couettes. Et je les ai gardées assez longtemps. Franchement, je les ai gardées assez longtemps. J'aurais peut-être pu les perdre un peu plus tôt. Et je suis toujours très admirative quand j'observe ça. Chez des femmes comme chez des hommes, cette capacité, en anglais on appelle ça le stand-alone, c'est-à-dire d'être capable de prendre une décision seule parce qu'on sait qu'elle est juste, parce qu'on sait qu'elle est bonne. Et même si on n'a pas nécessairement toutes les validations et les assentiments qu'on voudrait avoir pour se rassurer.
- Speaker #1
Ce que tu dis, j'adore cette expression de « il faut faire tomber les couettes » . Je pense que beaucoup d'auditrices se reconnaîtront. C'est un vrai sujet aujourd'hui. On est tellement nombreuses à se dire qu'on a besoin de la permission des autres pour tester, pour oser. Et là, toi, tu as eu... Alors certainement, c'est entièrement mérité. Mais tu as eu la chance d'être dans une bonne roue. Oui. En tout cas il y avait toute une organisation derrière qui te donnait ses autorisations et qui te faisait monter. Et je vois moi énormément de femmes à qui on dit : "Bah attends." Ou quand elles osent demander un peu plus, on leur dit : "Attends ma jolie, remets toi ici." Est-ce que tu as constaté, quand tu as évolué dans d'autres organisations ou même d'autres femmes autour de toi, est-ce que tu as constaté qu'il faut qu'on soit plus nombreuses à aider les femmes à stand alone ou est-ce qu'il faut qu'on arrête d'attendre cette validation ?
- Speaker #0
Je pense que tu as raison et que c'est vraisemblablement les deux, évidemment. Je pense que... Je vais revenir à un exemple qui m'avait frappée. Je crois que c'est un humoriste, j'avais entendu ça dans un sketch. Un humoriste qui racontait qu'il emmenait son fils au parc et il disait « C'est quand même très différent quand les pères emmènent leurs garçons au parc, quand ils les emmènent sur une espèce d'araignée où les enfants doivent monter. » Les pères sont là « Vas-y, vas-y, monte ! Plus haut, vas-y ! » Moi, quand j'emmenais mes filles au parc pour ça, le premier réflexe c'est « Ouh là là ! Attention ! » attention, tu vas tomber. Et ça, c'est quelque chose de très profond qui est installé, ancré en nous. C'est-à-dire que oui, on a un phénomène de protection. Je pense que déjà les femmes ont un phénomène de protection vis-à-vis des enfants qu'elles transmettent et qui s'exercent plus, je crois, en tous les cas c'est ce que j'observe, auprès des filles qu'auprès des garçons. Donc il y a sans doute ce premier élément-là, c'est profondément culturel Et je me réjouis qu'il y ait de plus en plus de pères qui emmènent leurs garçons et leurs filles au parc. Parce qu'ils poussent. Une de mes amies proches disait toujours « Le père, il est là pour sortir l'enfant du nid et la mère pour le garder » . C'est très genré, sans doute qu'on peut l'interdire. Mais je crois qu'il y a souvent cette relation d'un parent qui garde dans le nid et l'autre qui pousse. Et c'est très bien. L'enfant doit sentir les deux. Donc ça, je pense que c'est le premier point. C'est dans l'éducation qu'on donne à nos filles, les encourager à oser, les encourager à faire. Et de la même façon, encourager sans doute nos garçons à être plus doux, plus à l'écoute, plus sensible peut-être dans le dialogue. Donc vraiment cette perméabilité des qualités de genre, ça c'est le premier point. Le deuxième, c'est les rôles modèles en tous les cas pour moi. Les rôles modèles, ça a vraiment été aussi une source d'inspiration. J'ai eu la chance de croiser très jeune, quand j'ai commencé chez Uni Le Verre, on m'a donné une marraine, qui était encore une femme exceptionnelle qui m'a tout de suite propulsée dans l'idée qu'on pouvait être une mère accomplie, une professionnelle admirée. Donc c'était possible en restant extrêmement féminine, en ayant une vie artistique d'ailleurs. et associative très dense. J'ai eu le même type d'exemple chez Mars. La première personne qui m'a fait confiance pour intégrer un comité de direction était une maman de trois enfants que je n'ai jamais vu quitter le bureau après 19h, alors même que quelques années après, elle a siégé au Comex de L'Oréal. Donc des femmes qui donnaient à voir que c'était possible et qu'on n'était pas destinées à renoncer à quelque chose. En revanche, que ça n'est pas une vue de l'esprit, que ça demande une organisation, une efficacité, des choix et aussi une capacité à déléguer. À commencer par la délégation à son conjoint. On en a parlé tout à l'heure, toi et moi. Moi, la première, j'ai souvent pensé que je faisais mieux. Donc du coup, il fallait que je fasse. Je pense que souvent, on se met nous-mêmes des barrières parce qu'on ne veut pas déléguer, parce qu'on ne veut pas que ce soit fait à 85 ou à 90 %, alors qu'en fait, souvent, ça suffit. La loi de Pareto s'applique là aussi. Ça s'applique de la même façon, exactement. Et je me souviens justement de cette directrice générale, Nathalie, qui m'avait dit « Il faut que tu investisses beaucoup auprès des gens qui vont t'accompagner pour l'éducation de tes enfants » . parce que tu n'es pas seul. En anglais, il y a cette belle expression qui dit : "It takes a village to raise a child" et c'est absolument vrai, c'est un écosystème. Alors quand on a la chance d'avoir de la famille en proximité, c'est merveilleux mais... Quand on ne l'a pas ? - Quand on ne l'a pas, c'est une nourrice qu'on choisit, qu'on traite avec égard, qu'on inclut dans la famille. Ça peut être des amis, un cercle d'amis, une solidarité qui se crée entre parents pour accompagner les enfants. C'est évidemment le lien qu'on crée avec le corps enseignant de ses enfants. Il y a tout un écosystème qui se crée et je crois que parfois, ce que j'observe, c'est que nous, en tant que femmes, on s'inflige de tout porter nous-mêmes et on a beaucoup de mal à déléguer et à engager les autres et à se laisser surprendre d'ailleurs aussi par à quel point son conjoint ou sa belle-mère peut être formidable et créative et apporter un regard différent sur la situation. Et du coup, Libéré du temps, soit pour poursuivre sa carrière ou pour aller prendre des cours d'histoire de l'art ou aller faire du sport. Parce que je pense que je reprends cette idée d'écosystème. Tout ça, c'est un ensemble en fait. Et quand la polarité entre le personnel, le professionnel, le collectif et le travail sont alignés, là il y a vraiment quelque chose qui devient épanouissant. Mais ce n'est pas l'un ou l'autre. Je pense que ça ne peut pas tenir longtemps.
- Speaker #1
Non, tout se nourrit. Tu me disais que tu as commencé ta carrière très jeune, à 21 ans, et tu as eu tes enfants tard.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, tu avais eu le temps de construire une très belle carrière. Et au moment où tu es... Parce que c'est deux filles, donc des jumelles.
- Speaker #0
Des jumelles, oui.
- Speaker #1
Double dose de bonheur et de réorganisation.
- Speaker #0
Exactement, oui.
- Speaker #1
Donc quand tes filles sont arrivées, ça a dû être un sacré choc émotionnel et organisationnel. Et c'est justement d'ailleurs à ce moment-là où ta mentor est venue te chercher chez toi pour prendre le poste.
- Speaker #0
Oui, donc cette femme, elle ne m'en voudra pas, elle s'appelle Nathalie Ross. Elle était à l'époque la directrice générale de Mars. Moi je devais être dans mon deuxième mois de congé mat, j'en avais 12, donc encore 10 mois devant moi.
- Speaker #1
- Tu avais décidé de faire un vrai break.
- Speaker #0
- Un vrai break. 12 mois je savais que je voulais prendre ce congé mat et là dessus, mon patron qui était directeur marketing démissionne. Donc évidemment la question se pose mais pour moi ça ne se pose pas longtemps. Je me dis : "pas de chance, ça aurait pu m'intéresser mais là évidemment, moi j'ai 10 mois à faire, personne ne va m'attendre et puis je ne renoncerai." Et surtout je m'étais dit : "je ne renoncerai pas à ce congé mat." - Tu as hésité à un moment ? - Non. Non, j'avais 38 ans quand j'ai eu mes enfants.
- Speaker #1
Tu voulais en profiter ?
- Speaker #0
Oui. J'étais très consciente du fait que c'était des mois. Et je pense que quand tu as des enfants un peu tard, tu mesures aussi ce à quoi tu ne veux pas renoncer. Et je pense qu'il y a des moments clés dans la relation avec les enfants qu'aucun job, que personne ne peut te donner en échange, en retour. Et ces moments-là, en particulier les premiers mois, c'est quelque chose que je ne voulais pas rater. Donc, je ne bouge pas. Et Nathalie m'appelle, me dit « enfin je suis un peu surprise, tu ne candidates pas pour le poste ? » J'ai dit « écoute Nathalie, alors j'étais prête, je la connaissais. »
- Speaker #1
Très anticipée.
- Speaker #0
Je savais que ça n'allait pas être... La reine de l'anégoce c'était elle, pas moi. Mais je lui ai dit « écoute, je suis droit dans mes bottes, n'essaie même pas de m'expliquer, je viens te voir. » Elle arrive chez moi, s'installe dans la cuisine et je t'assure, elle me fait ça, elle prend les petites, machin. Elle s'assoit, elle pose l'une des petites sur les genoux, moi j'étais en face. Vraie posture de Nego, table de la cuisine entre les deux, face à face. Et elle me dit « Écoute, c'est bien simple, je ne la lâcherai pas tant que tu ne m'auras pas dit oui. »
- Speaker #1
T'avais gagné une nounou pendant dix mois comme ça.
- Speaker #0
J'avais gagné une nounou, mais le oui étant, tu postules, tu candidates, tu as le job. J'avais préparé mes arguments et là encore, je lui suis très reconnaissante parce que je m'étais vraiment préparée à renoncer. Et elle m'a aidée à voir que le renoncement n'était pas impératif, à commencer par le fait que je lui ai dit « Tu comprends, je ne veux pas renoncer avec Congémat. » Elle me dit « Qui te le demande ? » Je lui dis « Pour prendre le job, il faut que je rentre. » Elle me dit « Pas du tout, on va prendre un manager de transition. » Bon, alors premier gros argument qui tombe. Deuxième argument, je lui dis « Tu comprends, je veux me dédier à ces enfants, la grande scène du 2. » Elle me dit « Mais pourquoi tu vas arrêter de travailler ? » Je lui dis « Non. » rassure-moi dans deux ans elles vont à l'école et donc tu feras quoi dans deux ans ? Je retravaillerai. Voilà ! Et elle me dit : "Et dans 18 ans elles passeront le bac et tu te retrouveras toute seule donc tu vas reprendre le boulot." Oui effectivement, donc où est le problème ? Je voudrais bien passer du temps de qualité avec elles. Et moi je passe pas du temps de qualité avec mes enfants ? Si mais toi... Oui ça se travaille il faut apprendre à s'organiser, il faut être efficace. Mais je t'accompagnerais. Prendre des décisions peut-être plus rapidement, mieux déléguée. On fera ça ensemble. Et effectivement, c'est ce qu'elle a tenu parole. C'est-à-dire que j'ai candidaté, j'ai eu le poste. Je suis... Sauf en cas de mauvaise organisation, je ne suis jamais rentrée, je ne suis jamais partie du bureau après 19h. J'ai été là pour les rendez-vous qui étaient pour moi importants. Deux fois par an, j'accompagnais la classe de mes enfants, une sortie de classe. Je suis allée à tout... les fêtes de fin d'année, j'ai fait toutes les rentrées des classes et plus périlleux encore, j'ai fait tous les concerts de violon. Ça c'est terrible, ça c'est terrible mais voilà j'ai défini ce qui était pour moi et pour mes filles des moments importants, clés. Et c'est vrai, j'ai bien conscience, j'ai aussi eu la chance d'avoir une entreprise et des patrons. D'abord Nathalie, ensuite les autres patrons que j'ai pu avoir chez Mars qui m'ont soutenue. et à qui je pouvais dire, écoute, tel jour, c'est la rentrée des classes en France. Tu ne le sais pas parce que tu es basée aux Etats-Unis ou en Angleterre, mais ce jour-là, moi, je ne peux pas faire la réunion. Et donc, soit ils déplaçaient, soit ils disaient « Bah écoute, tu prendras le compte-rendu, tu t'informes et puis tu rattrapes. » Voilà, ça a été accueilli, mais moi je l'ai demandé aussi. Et je crois que c'est un peu biblique, demander il vous sera donné, mais il ne faut pas oublier de demander quand même. Parfois, il y a des choses qu'on s'interdit de faire. Forcément, il y a peu de chances que ça arrive.
- Speaker #1
Est-ce que tu dis « Il faut demander » ? Et j'ai, comme je te le disais, donc moi j'ai grandi à l'étranger, j'ai un peu cette culture anglo-saxonne. J'ai remarqué qu'en France, parfois, demander, ce n'était pas bienvenu. Je pense que c'est lié à la culture anglo-saxonne de cette assertivité, le fait de pouvoir se positionner. En France, est-ce qu'il n'y a pas une culture un petit peu plus tendre qu'on nous propose ?
- Speaker #0
Alors, je ne prétends pas connaître intégralement, mais ce que j'observe en tous les cas, c'est que oui, il y a une culture de l'assertivité aux États-Unis qui est encouragée, favorisée principalement. Je reviens à l'école, les travaux de groupe, l'expression individuelle, l'expression orale, c'est respecté. Sans doute plus qu'en France, ça c'est sûr. En revanche, ce que j'observe aussi, c'est qu'en France, on a le goût de la rupture, de l'innovation. Parfois un peu de la désobéissance d'une certaine façon, tu vois. Et je pense que demander quelque chose qui ne se pratique pas d'habitude, poliment, courtoisement, et en expliquant le bénéfice collectif qui peut en découler. Moi je pense que c'est acceptable en France. Encore une fois, pas par goût pour l'assertivité, peut-être pas, mais par goût pour la transgression, le changement, l'innovation. On est un pays qui est quand même assez innovant, qui accueille ça quand ça se présente. Pour moi ça revient à ce point de l'exprimer et le demander. On est souvent surpris, c'est accueilli.
- Speaker #1
Vous trouvez la bonne forme ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Quel rôle a la culpabilité dans ta vie ? Est-ce que c'est quelque chose dont tu souffres parfois ou est-ce que c'est quelque chose que tu as réussi à mettre de côté ? Notamment justement là tu dis que tu as mis tes limites, tu as réussi à les faire respecter. Est-ce que parfois la culpabilité pouvait ressurgir ou c'est quelque chose que tu as réussi à bien gérer ?
- Speaker #0
Tu parles de la culpabilité vis-à-vis de la situation de mes enfants ou de la culpabilité en général ?
- Speaker #1
De manière générale, et je pense que c'est souvent quelque chose qui ressort quand on essaye de tout équilibrer dans notre vie, et notamment par rapport aux enfants. Donc toi, est-ce que c'est quelque chose où, comme tu disais, t'as privilégié certains moments clés ? Et du coup, t'étais à l'aise avec ça ou est-ce que par moment, c'était plus difficile à gérer ?
- Speaker #0
Non, je crois que j'étais assez à l'aise. Alors, je reprends mon exemple personnel. J'ai grandi avec une maman qui avait arrêté de travailler pour élever ses enfants, mon frère et moi. qu'il a fait merveilleusement, parce que mon père, lui, était professeur en médecine, donc pédiat, avec un boulot qui... Alors pour le coup, c'était compliqué de s'arrêter à 18h, et avec une charge émotionnelle beaucoup plus puissante, évidemment. Pour autant, j'ai évidemment une relation vraiment merveilleuse avec ma mère, Mais pour autant, j'avais une relation extrêmement forte avec mon père. Il est décédé il y a plus de 30 ans maintenant. Mais je crois que j'ai compris assez tôt que même avec un parent qui n'était pas là souvent, à partir du moment où les moments de présence étaient des moments intenses, ça compensait. Alors sans doute que ça compensait beaucoup parce que ma mère assurait toute l'intendance. Je le mesure bien et cette présence permanente. Mais j'ai divorcé quand mes enfants avaient 3 ans. J'avais un job assez prenant. Je crois que j'ai vraiment... J'ai un peu théorisé le sujet, tu vois ? C'est-à-dire que je me suis dit qu'est-ce que je fais moi et qu'est-ce que je crée pour les enfants ? Donc pendant longtemps, j'ai pu compter sur l'aide de ma mère, de mes beaux-parents, de mes ex-beaux-parents qui ont entouré les enfants. J'ai travaillé pendant... plus de 15 ans avec la même nourrice, qui était là aussi un pilier essentiel pour l'enfant. Donc je reviens à ce concept d'écosystème. C'est que même à une période de ma vie, pendant 4 ans j'ai eu un job où je voyageais énormément. Je voyageais 4 jours par semaine quasiment, et les enfants étaient petites. J'avais organisé en fait... Les grands-parents venaient pendant toute une journée. Ma mère assurait une partie des gardes. Donc tu imagines 2 à 3 fois par semaine, elles voyaient leurs grands-parents. Ce qui est quand même un cadeau auquel je n'aurais sans doute pas accédé si j'étais restée tout le temps à la maison. Je ne me serais pas autorisée à demander à ma mère de garder les enfants ou... Mes beaux-parents n'auraient pas osé peut-être venir toutes les semaines. Là, finalement, il y avait un besoin qu'on a transformé en bénéfice pour tout le monde. Sans compter que pour mes enfants aussi, c'était très bien de ne pas être tout le temps avec leur mère, un peu stressée, un peu en charge. Mais je me souviens qu'à l'époque, quand on m'a proposé ce job... C'est un patron anglais qui me l'a proposé. Il m'a expliqué qu'il y aurait beaucoup de déplacements. Il savait que j'avais des enfants petites. Et donc, je l'ai écoutée. J'avais très envie de bosser avec lui. Et j'ai conclu en lui disant, écoute, Yann, ce serait super, mais il faut que je demande à la mère si elle est d'accord. Il avait éclaté de rire. Je lui ai dit, non, mais... Ce n'est pas uniquement parce que je suis complètement infantilisée. C'est aussi parce que je savais tout de suite que ça ne marcherait pas. Si je n'avais pas un soutien de quelqu'un d'aussi précieux que ma mère ou mes beaux-parents. Et je pense que c'est une grâce et une chance qui a été donnée à mes filles d'avoir cette organisation. Et encore une fois, qui n'aurait sans doute pas existé s'il n'y avait pas eu cette situation. Donc je pense que la culpabilité elle s'aménage à partir du moment où... Je viens avec beaucoup d'expressions anglaises mais tu sais on dit « If you have lemons, make lemonade » . Donc quand il y a une situation qui risque d'être un peu amère, ou acide comme des citrons, ça fait aussi de la limonade en fait les citrons. Donc il y a toujours moyen parfois de twister les situations pour en faire quelque chose de positif.
- Speaker #1
En parlant de limonade, il y a 7 mois tu as annoncé ton départ de ce job actuel de direction générale de Mille France. Donc réorganisation de cluster. Comment tu... la vécu, le fait de savoir que à ton âge, à ton niveau de séniorité, tu allais te retrouver du coup en recherche d'une nouvelle opportunité. Et sur quoi tu t'es appuyée justement pour bien gérer cette phase de transition ?
- Speaker #0
Alors différents points. Moi j'ai passé sept ans chez Mille et je n'ai rien fait toute seule. Je l'ai fait avec des collaborateurs extrêmement engagés Pour certains qui étaient installés depuis longtemps dans l'entreprise, pour tous qui étaient très dévoués à la marque, aux clients.
- Speaker #1
Très belle marque.
- Speaker #0
Très belle marque, oui. Très, très belle maison. Et j'ai eu la chance quand je suis arrivée de pouvoir créer autour de... De faire progresser d'ailleurs une personne en interne qui a rejoint le comité de direction et ensuite de pouvoir recruter une équipe assez resserrée. On était 7, 8 avec moi au total. une équipe assez resserrée de comités de direction qui a mené un projet de transformation que je n'étais pas initiée. Mais en gros, je pense que l'histoire c'est un groupe qui se constitue, enfin un corps team de comité de direction qui reprend une marque une très belle maison, une très belle histoire avec un agenda de transformation. On a rétabli l'équilibre et une situation positive pour l'entreprise et à partir de là la maison mère nous a demandé de proposer un plan de croissance accéléré qu'on a travaillé, qui a été validé, mais qui n'a pas été suivi des faits puisque le groupe a commencé à avoir des difficultés financières à ce moment-là. Il n'avait plus les fonds nécessaires pour pousser sur cet agenda de croissance. Donc à ce moment-là, et parce que j'avais la chance d'avoir une équipe aussi mature et forte autour de moi... On a attendu 6 ou 9 mois. J'ai dit à l'équipe, il faut quand même se rendre à l'évidence, la prochaine étape, telle que nous l'avons proposée ou dessinée, elle ne va pas arriver tout de suite. Donc soit on reste là à attendre et on verra bien ce qui se présente, ou alors on prend un peu notre destin entre nos mains et on réfléchit à ce qu'il faut dire ou corriger. C'est ce qu'on a fait. Et assez rapidement, il nous a paru évident de dire il n'y a pas de réinvestissement pour assurer une croissance plus rapide de la filiale française, alors il va falloir revoir la voilure et clairement passer dans une structure de cluster. Ce qui voulait dire concrètement supprimer tous les postes des personnes qui proposaient la recommandation. Donc supprimer le comité de direction français et adosser la filiale française à une filiale plus importante en Belgique ou aux Pays-Bas. Donc on a travaillé ce projet, on s'est mis... d'accord tous les huit. Est-ce qu'on est tous d'accord ? Oui, oui, on est tous d'accord. Bon, alors ça a un peu surpris mon patron et le board. C'est un suicide. Oui et non, on s'est dit de toute façon, d'une part c'est un principe de responsabilité. C'est impressionnant. On te demande de recommander ce qu'il faut faire. Tu le recommandes, ça n'est pas suivi. Donc à ce moment-là, tu dis, écoutez, on est entre adultes. Si on ne fait pas ce qu'on a recommandé, à ce moment-là, il faut recommander autre chose. Et oui, ça implique... la suppression de notre structure. Et donc ça a été plutôt bien accueilli finalement par le board, ils étaient un peu surpris, mais eux-mêmes étaient en train de travailler sur ce principe de cluster, donc non pas seulement pour le marché français mais pour l'ensemble du groupe. Donc ils ont été surpris en se disant "Mais enfin on vous a rien demandé, comment est-ce que vous savez ? " On leur a dit "Ben on n'est pas au courant" mais ça s'imposait assez naturellement. Et donc Je pense qu'en fait, pour revenir à ta question, ce qui a été convergent, c'était oui la décision du groupe, mais aussi en tous les cas pour notre filiale, l'évidence que c'était la bonne chose à faire et que nous-mêmes, chez Mars, on dit souvent « il faut que tu agisses comme si c'était ton propre business » . En disant : "Bah oui, si c'était notre propre business, c'est sans doute ce qu'on ferait." Alors après évidemment comme ça s'est fait de manière globale, ça s'est fait selon des modalités qui n'étaient pas exactement celles qu'on avait imaginées. Mais peu importe, après c'est la décision du groupe. Et alors pour ta question sur pourquoi est-ce que je l'annonce sept mois avant ? Parce qu'en France à partir du moment où tu annonces une réorganisation, s'enclenchent les négociations avec les partenaires sociaux. ensuite les étapes de la réorganisation. Et moi j'ai tout de suite dit au groupe : je partirais à ce moment-là. Ils m'ont proposé des options de reclassement ailleurs dans le groupe. J'en ai dit non. Moi, j'avais un projet, j'avais une équipe. Je crois que c'est le bon moment pour partir. Et dans un souci de clarté aussi vis-à-vis des partenaires sociaux et des collaborateurs, j'ai été très ouverte là-dessus en disant voilà ce qui va arriver. Moi, je ne ferai plus partie de cette histoire. Mais je m'étais engagée avec mon comité de direction, ma directrice financière, toute l'équipe. On a mené toutes les négociations. On aurait pu partir avant, mais on a mené toutes les négociations avec les partenaires sociaux. Je pense qu'on avait à cœur de le faire parce qu'on pensait sans doute, et je crois à juste titre, humblement, on pensait qu'on était mieux placés quand même aussi pour pouvoir défendre vis-à-vis du groupe des exceptions à gauche et à droite. des aménagements pour le marché français. Donc on est restés, on a mené ces négociations, on a participé aux premières étapes de l'implémentation et évidemment, on s'est effacés, on a tous quitté le groupe au moment où le cluster s'est mis en place et aujourd'hui, il est dirigé à partir des Pays-Bas par une équipe internationale, belge, italienne, il y a un français aussi au comité de direction du cluster repris cette organisation à une autre échelle donc transnational et non plus national.
- Speaker #1
C'est un acte fort de leadership de mener ce cette négociation ensemble et de prendre cette décision ça a dû être fort entre vous ?
- Speaker #0
Ça a été fort oui je crois que ça a été plus fort que difficile en fait mais fort parce que évidemment on a tout de suite compris ce que ça voulait dire. et que c'est un collectif qui était extrêmement soudé, qui, je crois, prenait beaucoup de plaisir à travailler ensemble. On a, avec évidemment encore une fois, beaucoup de collaborateurs de l'organisation. Il y a 300 personnes chez Mille en France. Donc on a transformé, on a surmonté un certain nombre de difficultés, de situations. C'est un business qui a intégré la vente directe de manière très significative. C'est un business qui... s'est transformée sur les pans de la supply chain, sur la définition aussi de la gestion des ressources humaines, sur sa digitalisation. Il y a eu beaucoup de changements là-dedans. C'est aussi un business qui inclut une centaine de collaborateurs au siège, plus de 100 collaborateurs sur le terrain, qui sont les techniciens. C'était un métier très particulier, et très propre à Mille dans l'univers de l'électroménager. Et puis aussi un peu plus de 80 collaborateurs qui assuraient toute la partie vente, soit dans les magasins de nos partenaires Fnac, Boulanger, Darty, ou alors dans nos magasins en propre. Donc des populations et sur un site aussi de logistique d'entreposage. Donc des populations très différentes et chacun a joué sa partition. Littéralement il y a eu des transformations pour tous les métiers et avec des sauts, des changements, des mutations parfois très profondes sur ces collaborateurs. Et je crois qu'on leur devait cette intégrité et cette prise de responsabilité. Parce que bien sûr, beaucoup d'entre nous sommes partis, mais on fait ça aussi pour que l'avenir des autres soit assuré.
- Speaker #1
Tu parles, on sent vraiment l'attachement et l'engagement pour cette maison, pour cette marque. Et cette envie de pérennité bien au-delà de ta personne en fait.
- Speaker #0
Oui, alors c'est une marque incroyablement attachante. C'est une marque qui a plus de 125 ans. Mais si tu avais inventé une marque d'électroménager, aujourd'hui, tu inventerais mille. C'est-à-dire une marque qui est complètement sur l'éco-conception. Tout est conçu pour être réparé. Tout est fabriqué avec des matériaux extrêmement durables, robustes. C'est fabriqué en Europe. destinée évidemment à travailler de manière très profonde sur la réduction de l'empreinte carbone. Et surtout derrière, je reviens à ce collectif qui m'est très cher qui sont les techniciens, derrière on met aussi à disposition de nos clients ce système de soutien serviciel, de techniciens qui vont installer, mettre en service, entretenir et réparer ces machines. Donc c'est conçu pour tenir et durer pendant 20 ans, bien sûr, mais aussi conçu pour être réparé. Et c'est réparé plus de 50 ans. J'ai une anecdote là-dessus. Un jour, le patron des services d'un distributeur m'appelle, d'ailleurs très gentiment, pour me féliciter pour le soutien qu'il a reçu de mon équipe service, en me disant « Ah oui, vraiment, je tenais à vous féliciter. Figurez-vous que nous sommes intervenus chez un client qui avait une vieille machine, une vieille machine. » Oh là là, la machine datait de 1969 et le client rien à faire, voulait pas s'en défaire, voulait pas changer. Et il fallait changer une pièce. Malheureusement cette pièce n'existait plus, n'était plus...
- Speaker #1
L'alliage n'existe plus. Voilà, vraiment c'était...
- Speaker #0
Et les équipes de Mille ont développé en 3D un nouvel exemplaire de la pièce, l'ont envoyée, ça a été installé chez le client, paf, et la machine est repartie. C'est quand même une vieillerie comme ça ! Et là je l'arrête, je lui dis écoutez, je voudrais juste vous rappeler... vous informer du fait que moi je suis née la même année que la machine 1969 donc cette vieillerie a bien 56 ans je me confie et elle va très bien mais ça c'est le genre d'histoire qui arrivait régulièrement et tu ne peux être que fière au moment où on parle d'obsolescence programmée tu peux être que fière et redevable aussi parce que j'ai hérité de cette histoire donc je reviens à mon point de... de transmission. Quand tu hérites de quelque chose et tu en sais quelque chose, je crois que tu as été dans des maisons aussi avec des héritages très forts, quand tu hérites de ça, déjà c'est un peu stupeur et tremblement. Tu te dis « Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ? » Et il faut le préserver mais en même temps lui donner les transformations qui sont nécessaires pour que ça continue et que ça puisse être passé pour les 125 prochaines années et avec les personnes qui sont là-bas, je suis sûre qu'ils y arriveront.
- Speaker #1
C'est émouvant de t'entendre parler de cette mission et j'entends aussi cet engagement que tu as pour la transmission et pour le fait d'accompagner sur des générations. Et du coup, je pense à ton rôle avec EDEC Alumni, l'association des anciens élèves de cette école de commerce. Donc là, c'est un rôle bénévole ? Oui. C'est quand même un rôle aussi qui doit être assez intense. Qu'est-ce qui fait que pour toi, c'est important de t'engager ? pour ton ancienne école ?
- Speaker #0
Alors, on est très nombreux à s'engager pour l'association des anciens élèves. Je suis le porte-parole de plus de 500 bénévoles qui s'engagent de manière très régulière depuis plus longtemps même que moi. Et ce qu'on entend souvent, puisque c'est une question qu'on pose souvent et j'ai la même réponse, c'est donner en retour. Donner en retour parce que... Tu me diras si tu es d'accord avec ça... On a reçu un enseignement, certes, académique, qui d'ailleurs n'a fait que progresser. Aujourd'hui, il est extrêmement bien classé. Les masters sont classés à très haut niveau par le Financial Times et tous les différents programmes. Mais donner en retour cette excellence académique, mais pas que. Je crois que ce qui a toujours caractérisé l'EDEC, c'est au-delà de l'excellence académique, c'est aussi un esprit un peu pionnier, un peu rupturiste. entrepreneuriales, certainement. Ce qui est aussi sans surprise, ça vient aussi de l'histoire de l'école. L'école a été créée par des grandes familles d'entrepreneurs qui voulaient avoir dans le nord de la France une école qui puisse former et préparer leurs propres enfants à entreprendre ou à reprendre des entreprises. Donc cet esprit rupturiniste pionnier, je pense qu'il est très fort et il est toujours teinté de... d'humilité et de simplicité. Et je crois que les gens qui s'engagent comme moi dans l'association à différents niveaux, ils veulent donner un retour, ils veulent retrouver cet état d'esprit. Et pour beaucoup d'entre nous, ils veulent aussi maintenant le rendre accessible. Je crois que moi, j'en étais pas du tout consciente à mon époque, le rendre accessible à des populations, à des jeunes gens pour qui ça rentre pas du tout dans la photo, en fait. Aujourd'hui, un des enjeux de notre école, c'est... d'ouvrir plus de bourses. On est une des écoles en France de commerce qui proposons le plus de bourses, mais pas encore au niveau de l'université. Donc la fondation, les donations sont un élément important. Il s'agit aussi de rendre possible l'accès aux écoles de commerce à des élèves qui sont au collège ou au lycée. On commence dès le lycée maintenant. Des élèves qui n'ont pas dans leur cercle proche familial... des personnes qui les éveillent à l'accès à une école, ou pas nécessairement dans leurs enseignants, des gens qui les éveillent à ça. Et donc d'identifier très tôt les potentiels et rendre visible, rendre possible cette formation et lever les freins, en particulier financiers, mais pas seulement financiers. Parfois il y a un premier frein qui est « je ne suis pas au courant, on ne m'en a pas parlé, ce n'est pas pour moi, je n'ai pas les codes » . Donc il y a beaucoup d'engagements qui peuvent être faits. Donc ça, c'est vraiment la raison de l'engagement. Donner en retour et rendre possible à ceux pour qui ce n'est pas évident. Et puis, il y a le leitmotiv de l'association qui, moi, me plaît beaucoup. Cher, care, dare. C'est partager, prendre soin et oser. Moi, j'aime bien ça. Et au travers des clubs, des rendez-vous, de la caisse de solidarité, des... Programmes de mentoring, de coaching, d'accompagnement, des célébrations aussi, des grands anniversaires. Puis l'accompagnement aussi de l'écosystème puisque depuis cette année, l'Association des alumnis soutient un fonds à impact, le Fonds Edek Génération, qui je dirais termine tout le processus puisqu'on forme des étudiants pour qu'ils challengent le statu quo, qu'ils deviennent des entrepreneurs, on les incube dans... un des trois incubateurs. On est l'une des seules écoles de commerce avec HEC, ou la seule école avec HEC à être incubée à Station F. Donc on forme, on incube et maintenant on soutient aussi par le fond, pas exclusivement des start-up EDEC mais évidemment c'est un souhait d'aller soutenir ces start-up. Mais du coup on accompagne aussi le chemin de l'école et de nos alumnis pour construire. Et puis... Le dernier point, ce qui vient souvent aussi dans la motivation, c'est que l'EDEC a un statut très particulier. L'école est une association loi 1901 à but non lucratif.
- Speaker #1
Vu le prix de la scolarité, ça peut paraître bizarre.
- Speaker #0
Ça peut paraître bizarre, mais ça veut dire aussi que du coup, effectivement, toute la scolarité, tous les revenus sont réinvestis. Non pas pour servir un actionnaire, mais tout est réinvesti pour servir... La mission de l'école qui est l'enseignement. Donc c'est réinvesti pour agrandir la qualité d'accueil et les points d'accueil. Par rapport à ma lointaine époque, il y a aujourd'hui deux campus pour l'EDEC à Lille et à Nice avec un corps professoral significatif mais évidemment de grande qualité. Et puis aussi ce qui est très propre à l'EDEC, c'est un investissement très élevé dans la recherche fondamentale Et pour que l'écosystème s'entretienne, parce qu'on n'est pas en concurrence aujourd'hui seulement avec les écoles françaises, mais vraiment avec les écoles internationales. On a à peu près 25% de nos cohortes qui viennent de l'étranger et ça va crescendo. Donc il faut effectivement développer la recherche fondamentale, développer des chaires, des pôles, des centres de recherche qui d'ailleurs eux-mêmes vont pouvoir ensuite monétiser. une partie de ses recherches. Et donc, on revient dans le cercle vertueux de s'il y a monétisation et profit suite à ce travail de recherche fondamentale, ça s'est réinvesti dans l'école et encore une fois, nous avons servi à un actionnaire. Et je crois que c'est un peu comme une entreprise familiale quand tu sais pour qui, quand tu as du respect pour la gouvernance, la structure et quand tu as un sens qui te convient, évidemment. l'engagement devient plus facile.
- Speaker #1
Tu me disais juste avant que tu as été marraine de promo récemment, et que tu avais trois messages clés qui te semblaient importants à faire passer. J'aimais bien... Tu parlais de la chance déjà, est-ce que tu veux démarrer avec celui-là ?
- Speaker #0
Oui, oui. Alors peut-être que je peux englober les deux premiers. Je reprends souvent cette phrase de Philippe Gabillet, qui a écrit un très bon bouquin il y a longtemps, mais il reste vraiment très bon, comme quoi les grands classiques ça ne se démode pas. Le bouquin s'appelle « L'éloge de l'optimisme » et Philippe Gébillet synthétise ça de manière intéressante en disant « la chance c'est une compétence qui se travaille » . Et derrière, ce que je rajoute souvent, c'est ce mot de René Char qui dit qu'il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous. Et donc, je crois qu'on doit être porté par l'idée que, bien sûr, certains d'entre nous, on en parlait toi et moi, on reçoit des chances dans la vie, et certains plus que d'autres. Ça, c'est objectivement vrai. Il faut en être conscient et reconnaissant. Mais la question, c'est aussi qu'est-ce qu'on fait de cette chance ? Est-ce qu'on la travaille ? Est-ce qu'on s'évertue à la faire croître ? Est-ce qu'on est vigilant à la faire prospérer et grandir ? Et en gros, est-ce qu'on transforme les hasards en rendez-vous ? C'est-à-dire, est-ce qu'on croise quelque chose, et puis c'est là, on est là, et basta ? Ou est-ce que de ce hasard, on fait naître une rencontre ? un rendez-vous, un échange, un projet, une construction ou peut-être même d'ailleurs un bagage. Ça peut être je rencontre, je reçois quelque chose, je le mets dans ma besace. Sur le coup, je ne sais pas bien à quoi ça va me servir, mais un jour, je l'ai et donc je pourrai le ressortir. Et ça, pour moi, c'est un message que j'aime bien livrer aux jeunes diplômés. D'ailleurs, je salue les BBA 2025 qui étaient là ce jour-là. Donc oui, la chance c'est une compétence qui se travaille parce qu'il n'y a que des rendez-vous et pas de hasard. Et puis après j'aime bien rappeler ce que me dit toujours ma mère, il faut toujours écouter sa maman, ma mère me dit toujours « la vie n'attend pas » . Et ça c'est un beau précepte parce que travailler cette chance, travailler nos compétences, il faut le faire tout de suite, il ne faut pas attendre, il ne faut pas se dire « je ferai ça » . quand j'aurai mon premier boulot, ou je ferai ça quand je siégerai au comité de direction, ou je ferai ça quand je serai à la retraite. Non, il faut le faire tout de suite, parce que d'une part, une compétence qu'on travaille, on la développe et on devient meilleur dans cette compétence. Et donc plus on commence tôt, plus on va être dans l'interaction, dans l'échange, dans ces rencontres, dans ces rendez-vous. Et dans cette formule que j'aime bien qui est que si tout le monde... Si tout le monde sert tout le monde, tout le monde sera servi. Et ça, ça s'applique tous les jours qu'on rentre dans le métro, qu'on soit en train de préparer son budget de fin d'année pour la présentation au board, qu'on soit dans une vie associative. Si tout le monde sert tout le monde, tout le monde sera servi. Et si on le fait tout de suite, c'est bien parce que effectivement, la vie n'attend pas et ça passe toujours trop vite.
- Speaker #1
J'aime bien ce que tu dis, ça me fait penser à cette idée qu'on n'est jamais prête. Ça ne sert à rien en tout cas d'attendre d'être prête. Non,
- Speaker #0
il faut commencer.
- Speaker #1
L'important c'est de démarrer.
- Speaker #0
C'est de démarrer, bien sûr. Je crois que c'est Ballesteros qui était un grand champion de golf qui disait « C'est dingue, plus je m'entraîne, plus j'ai de chance » .
- Speaker #1
Quand on y pense ! C'est clair, c'est pas mal ! Mais j'aime bien aussi cette idée, alors évidemment moi la chance c'est un concept que j'aime beaucoup et j'aime l'idée d'y croire, de croire en sa bonne étoile. Rien que le fait de se dire que c'est possible, que ça peut le faire pour nous, rien que ça, ça nous tire je trouve vers le haut. Ça nous emmène à être un petit peu plus courageux, à aller plus loin aussi à ce que tu disais, à être plus ouvert quand on rencontre quelqu'un, à poser des questions, à être curieux. Et c'est grâce à ça qu'on avance et qu'on a des heureuses découvertes et surprises. Je trouve que c'est un très bon concept. Et du coup, je transitionne, je vois le temps qui défile sur ma gauche. Et j'ai quand même trois dernières questions pour toi. Tu m'as donné énormément de magnifiques citations, mais là tu vas devoir choisir un message fort parce que là tu as un énorme panneau publicitaire à ta disposition. Tu peux y inscrire ce que tu veux, c'est ton message au monde. Qu'est-ce que tu y affiches ?
- Speaker #0
Ah ben, je reprends ce que me dit ma maman. Je le redis, il faut toujours écouter. Et je pense que je vais prendre ça parce que c'est tellement impérieux, parce que c'est tellement universel. La vie n'attend pas.
- Speaker #1
La vie n'attend pas. Et si, donc on est dans cette idée de l'avenir qui se joue tout de suite, mais si tu voyageais dans le temps et que tu te retrouvais face à toi le jour de tes dix ans et que tu voulais lui envoyer un message du futur, un conseil pour elle à dix ans ? Qu'est-ce qu'elle aurait eu besoin d'entendre à 10 ans, Anne ?
- Speaker #0
Lâche les couettes.
- Speaker #1
Lâche les couettes !
- Speaker #0
Laisse tomber les couettes de temps en temps.
- Speaker #1
Et dernière question, en gardant bien en tête que la vie n'attend pas, quel est le projet que t'as pas encore osé lancer et que t'aimerais bien ?
- Speaker #0
Alors, c'est marrant que tu me poses la question parce qu'il s'est présenté la semaine dernière par un autre membre du conseil d'administration de l'école, qui était aussi président des alumnis il y a quelques années, Antoine Kerings. Et c'est un projet qui associe l'art, le beau à l'enseignement académique. Alors, c'est un peu décousu ce que je te dis, mais c'est comment est-ce qu'on associe l'histoire de l'art à l'enseignement du commerce, de la finance, de la logistique, des stats. C'est tout nouveau. Je pense d'ailleurs que le directeur de l'école va découvrir ça en écoutant le podcast. Je ne suis pas du tout dans les clous. Mais Antoine avait ce projet et moi ça a tout de suite fait écho parce que quand je suis arrivée à l'EDEC la première année, il y avait une jeune femme qui est toujours ancienne nante à l'EDEC très aimée qui s'appelle Isabelle Sequeira. Isabelle venait de l'école du Louvre et a développé depuis des pistes dans ce sens, mais je pense qu'on n'est pas allé assez loin et j'aimerais beaucoup qu'on pousse ça parce que je pense que l'idée de décloisonner les enseignements, d'amener plus d'humanité au pluriel, donc les humanités, C'est quelque chose qui est terriblement enrichissant. Et avec les premiers essais qu'on a faits en associant la géopolitique, des enseignements autour du journalisme, autour du droit, on voit que c'est très prisé de la part de la plus jeune génération. Donc ça me rend incroyablement optimiste parce que ça veut dire que ce sont des jeunes gens qui savent faire la part des choses, qui savent recevoir ce qui est utile. Et ce qu'il est peut-être moins tout de suite, mais en comprenant à quel point ça va pouvoir porter et structurer leur cheminement. Et ça, je pense que je n'aurais pas eu la maturité qu'ils ont aujourd'hui. Donc, je trouve ça formidable. Donc, plus d'art, plus de beau dans l'enseignement, en plus du fonctionnel.
- Speaker #1
C'est une excellente idée. Et avec mon expérience dans le secteur du luxe, pour le coup, je vois l'utilité.
- Speaker #0
L'utilité, oui.
- Speaker #1
Parce que c'est... Ça fait partie des sujets qui nourrissent l'art de vivre français, l'histoire de beaucoup de produits. Pour le coup, je trouve ça hyper intéressant. Quelle belle idée ! On se reverra à ce moment-là alors ! Génial ! En tout cas, mille merci ! J'aurais eu encore énormément de questions pour toi. C'était un vrai plaisir de t'avoir. Merci pour tout ton engagement et merci pour tout ce que tu as partagé aujourd'hui. Merci à toi ! Merci à toi d'être resté jusqu'au bout. J'espère que cet épisode t'aura plus intrigué, inspiré et n'hésite pas à le partager ainsi que de laisser une évaluation, un commentaire. Ça aidera énormément le podcast à être plus diffusé. Merci et à très bientôt sur The Patron Podcast.