- Speaker #0
Cet été, j'avais envie de vous offrir un concentré de courage en mode best-of. Dès le début, j'ai eu la chance d'interviewer des femmes absolument incroyables et j'ai choisi parmi les dix premiers épisodes les quatre qui vous ont le plus marqué. Dans chacun d'entre eux, j'ai isolé quelques minutes. Quelques minutes seulement, mais qui, je l'espère, vous feront voir autrement ceux qui vous bloquent et vous donneront l'élan de faire bouger les lignes. Et pour ce deuxième épisode, je vous propose de retrouver Christelle Gauzet, mon invitée de l'épisode numéro 4. Christelle a gagné en 2008 Koh-Lanta, ancienne policière, aventurière et fondatrice des rêves des fidèles. C'est le genre de femme dont on se dit, elle, elle a peur de rien. Et pourtant, elle raconte qu'avant Koh-Lanta, elle n'avait pas confiance en elle. Elle ne pensait même pas être capable d'être sélectionnée. Si j'ai choisi cet extrait, c'est qu'il parle d'un piège dans lequel nous tombons très vite. très souvent, celui de vouloir sans cesse prouver quelque chose. Prouver qu'on est capable, qu'on mérite notre place, qu'on est à la hauteur. Et parfois, on réalise que le plus beau des accomplissements, ce n'est pas d'aller plus loin que les autres. C'est de ne plus avoir besoin de leur prouver quoi que ce soit. Allez, je vous laisse avec Christelle. Bonne écoute.
- Speaker #1
Déjà, je n'avais pas confiance en moi. Me dire que moi, on allait me choisir, ce n'était pas possible. Et on me choisit parmi les 16. C'est à ce moment-là que je demande. Ils me disent non.
- Speaker #0
Ah, on te dit non. Ils avaient le droit de dire non ?
- Speaker #1
Ils avaient le droit de dire non, oui. Bien sûr, je fais partie du ministère de l'Intérieur. Il faut demander l'autorisation pour faire des aventures télévisées ou autres, ou des reportages. Ils me disent non. Je pleure. J'essaye tant bien que mal d'avoir un avis différent par le syndicat de la police, etc. On me dit non. ni être jusqu'en haut, jusqu'au ministère, non. J'appelle la directrice de casting, je pleure, je dis écoutez, je ne peux pas participer, je viens d'acheter un appartement, je me suis engagée sur 20 ans de crédit, j'ai un salaire, je ne peux pas perdre mon emploi pour une émission de télé. Donc non.
- Speaker #0
Donc tu as refusé Koh-Lanta. À un moment quand même, tu as refusé Koh-Lanta. Oui,
- Speaker #1
j'ai refusé Koh-Lanta, exactement. J'avais jamais mis cette phrase comme ça. J'ai refusé Koh-Lanta.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui s'est passé derrière, du coup ?
- Speaker #1
Eh bien, c'est Koh-Lanta qui, par leur intermédiaire, m'ont rappelé 15 jours après, me disant, c'est bon, Christelle, vous avez l'autorisation. Mais j'ai fait, mais comment vous avez fait ? Vous avez l'autorisation, ils ne m'ont rien dit.
- Speaker #0
Cherchez pas.
- Speaker #1
Cherchez pas. Allez voir votre directeur. Et effectivement. Ils avaient fait changer la vie en haut lieu parce qu'ils me voulaient. C'est fou, le pouvoir.
- Speaker #0
Oui, et puis, tu vois, moi, j'en ai la chair de poule, là. C'est mon destin. Parce que quand même, un, côté énorme destin, et deux, tu pensais ne jamais sortir du lot, mais ils ont remué ciel et terre pour que tu puisses participer.
- Speaker #1
C'est incroyable. Et en fait, ils ont changé mon destin parce qu'en remuant ciel et terre comme ça... tu mises je sais pas vous le savez pas mais en fait la production il y a des candidats ils aiment bien faire des petits jeux je le sais en off ils misent sur des candidats potentiels mais tu sais jamais si le candidat va aller au bout tu connais jamais les alliances en amont et tu sais pas si physiquement tu vas pouvoir résister tenir le coup ouais et moi alors moi j'ignorais tout de moi et là j'ai tout appris en fait grâce à eux, finalement, je suis allée au bout de cette aventure et j'ai même gagné. Et j'ai même gagné les potos. Au final, j'ai été élue à l'unanimité par ceux qui ont été éliminés. La fin, c'est ça, à Koh-Lanta. Oui,
- Speaker #0
parce que ce n'est pas forcément le plus fort qui gagne à Koh-Lanta. Non, non.
- Speaker #1
Toi, tu as élu.
- Speaker #0
Tu as gagné les poteaux et tu as gagné le vote. Mais parfois, il y a quand même un côté politique et les alliances qui peuvent éliminer très tôt dans l'aventure, d'ailleurs, des super candidats. Donc, toi, tu as vraiment tout gagné. Donc, tu es très forte. Mais comment ça se passe dans ta tête à ce moment-là quand tu sais que tu n'y pars ? Est-ce que c'est que de l'excitation ? Il y a de la peur ? Il y a de l'appréhension ? Qu'est-ce que tu ressens, toi ?
- Speaker #1
J'ai les deux, effectivement. J'ai l'excitation et la peur. La peur de la caméra, je le redis, parce que quand tu es policier, on te fait peur au niveau de la caméra. C'est-à-dire, quand tu es policier, on t'apprend à te taire, parce que déjà, tu dois garder secret les enquêtes de police et tu dois faire parler. Voilà, ce n'est pas l'inverse qui doit se passer. Je dois t'avouer qu'avant de partir, mon directeur de Bordeaux m'a clairement dit « Attention, on vous attend au tournant. Vous représentez la police nationale dans cette émission-là. Vous ne savez pas comment vous allez réagir face à la fin. Attention. » Je me rappelle juste la phrase que j'ai répondue. Je lui ai dit « Écoutez, je sais que je suis quelqu'un de bien, donc je ne pense pas faire de mauvaises choses. » Et j'en étais convaincue. Et c'est vrai que quand je suis partie là-bas, je me suis dit, bon, même si je fais trois jours, je serai contente. Déjà, j'ai la chance d'être sélectionnée. J'ai la chance de partir dans un pays lointain. Trois jours, c'est bien. Et puis au final, là-bas, c'est chaque jour qui passait, c'est une victoire pour moi. En fait, je ne me suis pas projetée gagnante. Pas du tout. C'est pour ça que j'ai gagné au final. Parce que je n'ai pas fait peur aux autres. Je ne me faisais même pas peur. Je me disais... Ouais, je ne suis pas éliminée. Encore un jour. Et puis après, un deuxième jour. Et au fur et à mesure, les jours avançaient. Et j'étais encore là.
- Speaker #0
Il y a un côté un peu, on mesure son ambition. C'est-à-dire que l'objectif, il est très petit pas après petit pas.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Pour moi, c'était petit pas par petit pas.
- Speaker #0
Ouais,
- Speaker #1
vraiment. Et pour Koh-Lanta, en tout cas, c'est ce qui m'a réussi. Après, peut-être dans la vie pro, ce n'est peut-être pas comme ça qu'il faut faire. Je n'en sais rien. Mais Koh Lanta, c'était ça. Et puis, j'ai appris de ma résistance, même si j'ai eu des moments où j'étais vraiment dans le bad, pas bien, parce qu'on a faim. Tout ce qu'on voyait à la télé est vrai. On maigrit de 8 kilos, il n'y a pas de secret.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Voilà, c'est parce qu'on ne mange pas. Donc, on maigrit. Notre famille, nos proches nous manquent parce que c'est le seul endroit où on est coupé vraiment du monde. Tu as beau aller... Toi-même, dans des endroits, tu capteras toujours. Même dans le désert, tu captes.
- Speaker #0
Maintenant, c'est fou, en fait. En fait, je ne sais pas si... On peut rester tout le temps connecté.
- Speaker #1
Dans quel endroit de la planète on peut être déconnecté ? Téléphone, satellite, tu te débrouilles.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Mais là, tu es coupé. Et c'est pour ça qu'on pleure facilement quand tu regardes la télé. Moi aussi, j'ai critiqué. Oh là là, il pleure, mais il savait qu'il allait partir. Qu'est-ce qu'il a à pleurer ? Quelle sensibilité ! Déjà, on a faim, on dort mal, on dort par terre, on est sujet aux aléas climatiques. S'il pleut pendant la nuit, t'es mouillé. Et l'humidité, c'est le pire, et le froid, c'est le pire. C'est quand même froid. Et tu dois attendre que le soleil se lève pour te réchauffer et sécher tes vêtements. Si t'as le feu, c'est bien, mais il faut le maintenir. En fait, t'es sujet à stress dans Koh Lanta. L'élimination des uns et des autres, ta nourriture, le feu. Et donc, effectivement, tu vas très vite, quand tu as un contact avec tes proches, c'est un bonheur. On pleure, mais c'est un bonheur, ça fait du bien, c'est de la douceur. Et là, tu pleures. Inévitablement, tu pleures.
- Speaker #0
En fait, c'est fou ce que tu racontes, parce que je pense qu'on en prend peu conscience qu'effectivement, vous êtes mis dans un état de stress sur tous les niveaux. Donc physiquement, votre corps est en stress parce qu'il est sous-nourri, vous ne vous reposez pas. Donc il y a énormément de cortisol. En plus, il y a le stress du jeu. Donc c'est complètement épuisant. Donc j'imagine bien que le moindre pic d'émotion d'un seul coup, ça prend des proportions énormes.
- Speaker #1
Et oui, c'est pour ça qu'il y a des conflits entre les uns et les autres. Tout est exacerbé. Et on est dans l'inconnu. Parce que chaque jour qui passe, tu ne sais pas quel jeu tu vas faire. Tu ne sais pas si tu vas être éliminée. Tu as envie de te maintenir. Tu n'as pas envie d'abandonner parce que tu es mal. Donc, tout ça, ça t'amène à résister. Alors, il y en a qui abandonnent. Ça se voit. À chaque fois, il y en a toujours un qui abandonne. Et il regrette toujours après. Quand il revient dans la vie, il se dit, mais pourquoi j'ai abandonné ? Et ils le vivent très mal. Ils le vivent vraiment très mal. Il y en a même qui ne se relèvent pas. Je regarde ce qu'ils vivent avec cet abandon toute leur vie. C'est triste.
- Speaker #0
C'est terrible. Non, c'est terrible. C'est triste. Et en même temps, je souris parce que je pense à cette phrase que tu nous répètes tout le temps pendant les raids. Je te laisse la faire parce que je pense que tu sais très bien laquelle je pense.
- Speaker #1
Je vous répète plein de phrases. Alors, j'en ai une, c'est la douleur. La douleur est éphémère et l'abandon est définitif. Mais évidemment. Ah ben évidemment. Oui, parce que la douleur, c'est une vague de souffrance. Elle passe. Elle repart, elle revient, elle repart. Donc effectivement, quand t'es dans le mal, elle sera toujours là, mais parfois elle s'échappe. Mais l'abandon, ça reste ancré en toi et c'est malheureux parce qu'après, comment tu fais pour rebondir ? Parce que t'as toujours ça.
- Speaker #0
Et en même temps, parfois, on est obligé d'abandonner parce que physiquement, c'est juste impossible. Je dis ça et en même temps, je pense à toi quand t'as fait le semi-marathon des sables.
- Speaker #1
Le marathon des sables.
- Speaker #0
Non, oui, pardon. Je pensais à toi quand tu as fait le marathon des sables et pas le semi-marathon des sables, où tu as énormément souffert et tu n'as pas abandonné. Tu t'es quand même mis un peu en danger, non, avec ta blessure ?
- Speaker #1
Oui. Alors, je vais te reparler du marathon des sables, mais parce que j'ai fait le semi-marathon de Bordeaux il y a dix jours et j'ai arrêté. J'ai abandonné. Enfin, j'ai abandonné, je n'ai pas abandonné. J'ai décidé d'arrêter parce que je ne prenais pas de plaisir, qu'il y avait trop de monde. Et que je n'avais plus rien à prouver à personne.
- Speaker #0
C'est beau cette phrase. Redis-la. Oui,
- Speaker #1
c'est beau. Parce qu'en fait, au final, maintenant, je suis... Avec tout ce que j'ai fait comme épreuve, aventure extraordinaire, je me suis trouvée. Je sais qui je suis. Et je n'ai plus rien à prouver aux gens. Maintenant, c'est avec moi. Et là, je me suis dit, mais pourquoi je vais... Je n'ai plus envie. Je n'ai pas envie. Alors que sur le marathon des sables, j'étais encore en recherche d'aller mieux. Parce que j'avais subi deux ruptures amoureuses successives. Et je m'étais perdue dans ces relations-là, dans ma tête. Et j'avais besoin de me retrouver. Et je me disais que si j'arrivais au bout de cette aventure, j'allais me retrouver. C'est mon objectif. Ambitieux comme objectif, par contre, là.
- Speaker #0
Très ambitieux.
- Speaker #1
Mais j'avais aussi cette porte de sortie en me disant... C'est pas grave si tu n'y arrives pas. Tu as le droit d'abandonner Christelle. Tu as aussi prouvé plein de choses. Alors, voilà, tu as gagné Koh-Lanta, tu as fait d'autres aventures. Tu n'as plus rien à prouver. Voilà, encore cette phrase-là. Tu n'as plus rien à prouver. Par contre, c'est avec toi-même. Si tu abandonnes, c'est avec toi-même. Mais ce n'est pas grave. Je m'étais vraiment dit, ce n'est pas grave. Mais j'ai une âme de compétitrice. Et elle est bien là. et c'est pour ça que je suis arrivée au bout c'est vraiment grâce à toutes les épreuves que j'ai vécues avant qui m'ont permis d'arriver au bout si j'avais fait le marathon des sables il y a 10 ans j'aurais peut-être abandonné je n'en sais rien on ne peut pas dire avec des si on fait n'importe quoi tu as l'impression que chacune de tes
- Speaker #0
tes expériences où tu as été au bout, où tu t'es prouvé que tu en étais capable, ça t'a permis, en augmentant la taille du challenge, de te dire si, si, en fait, je sais que j'en suis capable, je l'ai déjà fait. Enfin, j'ai déjà fait quelque chose dans cet ordre-là.
- Speaker #1
Oui, exactement. En fait, j'ai fait une sorte de fondation. Voilà, j'ai empilé des briques de ciment de mes expériences. Et donc là, j'ai une bonne maison, là. Elle est bien...