- Speaker #0
Cet été, j'avais envie de vous offrir un concentré de courage en mode best-of. Dès le début, j'ai eu la chance d'interviewer des femmes absolument incroyables et j'ai choisi parmi les dix premiers épisodes les quatre qui vous ont le plus marqué. Dans chacun d'entre eux, j'ai isolé quelques minutes, quelques minutes seulement, mais qui, je l'espère, vous feront voir autrement ce qui vous bloque et vous donneront l'élan de faire bouger les lignes. Et pour ce quatrième épisode, je vous propose de retrouver Océane Sorel. Océane était mon invité de l'épisode numéro 9 et vous la connaissez certainement avec son compte Instagram, The French Biologist. Si vous suivez le podcast depuis un certain temps, vous connaissez ma fascination pour les femmes qui sont drôles, intelligentes et culottées. Et Océane, clairement, elle coche toutes les cases. Elle a un double PhD, elle avait une carrière... incroyable dans la biotech aux US et elle a tout plaqué pour faire des vidéos drôles et pertinentes qui expliquent ce qui se passe dans le monde scientifique. Son contenu est absolument brillant et il faut imaginer que cette décision est absolument vertigineuse quand elle a dû choisir de quitter son super job dans la biotech. Je vous laisse découvrir cet extrait, bonne écoute !
- Speaker #1
Ça m'a pris trois ans pour quitter mon boulot, j'ai fait les deux pendant trois ans. ça a été très compliqué j'ai fini par faire un burn-out complet vraiment c'était, je bossais tout le temps je bosse encore tout le temps mais je bossais vraiment beaucoup pour pouvoir tenir le rythme sur les deux mais je voyais pas du tout comment faire un métier c'était vraiment pour moi c'était tellement bénévole et pas rémunérateur que je voyais pas comment je pouvais démissionner et pouvoir vivre parce qu'il faut quand même payer ses factures surtout aux US Merci.
- Speaker #0
Parce qu'aujourd'hui, tu vis toujours aux US. Et tu as trois enfants en plus de tout ça. Juste pour ceux qui ne te connaissent pas. Trois enfants, donc une grande carrière, le compte. Ça faisait beaucoup effet.
- Speaker #1
Et puis, j'ai eu cette idée. On m'a soufflé cette idée. J'ai un ami qui m'a dit, mais pourquoi tu ne crées pas une newsletter payante éventuellement pour essayer de te rémunérer un petit peu ? Et puis, j'ai écrit cette newsletter au mois de février 2024. Et en fait, ça a très vite, très bien marché, très bien pris. Et en fait, le retour des gens était extrêmement positif. Et je pouvais aller dans les sujets en profondeur. Vraiment, moi, ça me comblait complètement. Parce que c'est vrai que la frustration de faire des formats courts sur Instagram, c'était génial. Mais on n'arrivait pas forcément à aller dans les détails de certaines choses. Et parfois, c'était frustrant parce que je voulais dire plus, expliquer plus. Et en fait, le temps d'attention sur les réseaux, il est vraiment hyper limité. Avec la newsletter, ça me permettait vraiment de... En plus, j'adore écrire. C'est vrai que c'est un truc... Ça me permet d'organiser mes idées et tout ça. Donc, ça a complété complètement le truc que je voulais faire. Et puis, ça a très bien pris. Donc, en fait, financièrement, je me suis retrouvée aussi. Et puis, bon, après, je me suis dit, ouais, je vais quand même faire les deux au cas où, parce que je suis une grosse anxieuse et que j'ai toujours peur de manquer ou de me retrouver dans la merde. Je ne sais pas si on peut dire ça, mais dans la merde. Surtout que les enfants, je ne pouvais pas non plus me dire, bon, je démissionne et on se débrouillera. Donc, j'avais vraiment cette pression de me dire, il faut absolument que tu assures et que voilà. Donc, j'ai... Par contre, en mai, je ne pouvais plus. En mai, j'ai complètement craqué mentalement.
- Speaker #0
C'était là ton burnout en mai ? Oui,
- Speaker #1
vraiment, le point de rupture, c'était en mai. Mais ça faisait longtemps que ça...
- Speaker #0
C'était là tant que...
- Speaker #1
Oui, que c'était là, comme on dit... Ça mijotait, on va dire. Parce que je n'avais pas plusieurs signes depuis un moment. Mais c'est vrai que jusqu'à présent, j'arrivais à tenir. Et puis, on a eu aussi des... Je ne sais pas si tu avais suivi un peu l'actualité, mais il y a eu beaucoup de phases de licenciements aux US dans les techs, notamment dans les biotech. Donc, on s'est retrouvés avec des équipes très réduites. Moi, j'étais passée à travers à chaque fois. Mais du coup, on devait faire le travail de cinq personnes. Du coup, ça devenait vraiment plus... La newsletter Instagram, je m'étais imposé un rythme, je voulais absolument pas en rater une, tout ça. En fait, ça devenait absolument ingérable. Je travaillais la nuit, la journée, le week-end. Humainement, c'était compliqué. Et puis après, je me suis dit, OK, t'as pas le choix. Soit tu démissionnes et tu fais ça à temps plein et tu prends un risque. Parce qu'à l'époque, c'était il y a un an, mais il y a un an, la newsletter, ça marchait bien, mais ça complétait pas mon salaire, ça couvrait pas mon salaire. ou alors tu arrêtes tout ce que tu fais, Instagram tout ça alors que c'est ce qui te plaît le plus et tant pis tu te dis tu vas être salariée toute ta vie et tu fais un job ça aussi le truc c'est que mon travail ne me plaisait plus je me sentais jamais à ma place c'est vrai que je me suis jamais sentie à ma place dans la biotech Et ça n'était pas... Tu vois, le fait d'avoir quelqu'un qui te dise ce que tu dois faire, etc. Moi, c'était pas... Je rêvais d'être indépendante. C'est vraiment... Mais je crois que j'ai toujours rêvé d'être indépendante. Et donc, voilà. Après, j'ai décidé. J'ai dit, OK, bon, bah, je démissionne. Et voilà. On verra. Advienne que pourra. Donc,
- Speaker #0
il y avait presque un besoin... Enfin, c'était l'un ou l'autre, quoi. Tu pouvais plus allier les deux.
- Speaker #1
Non, non, c'était plus possible. À ce rythme, non. Et alors, j'ai un truc, tout le monde me disait, mais t'as qu'à faire moins. Oui, mais en fait, je peux pas faire moins, je sais pas faire moins, je peux pas. C'est soit je fais tout ou rien, mais je pourrais pas tout faire à moitié, c'est pas possible.
- Speaker #0
Tu pouvais faire moins sur le compte Instagram ou faire moins au boulot ?
- Speaker #1
Mais j'aurais pas pu les deux, parce que j'ai une conscience professionnelle qui est beaucoup trop... Même si mon travail ne me plaisait plus trop, j'aurais pas pu décevoir les gens. C'est vraiment un truc qui m'angoisse. J'ai toujours besoin qu'on fasse ce que les gens attendent de moi. Ça a toujours été un défaut, parce que dire non et tout ça, ça n'a pas été... C'est le truc que j'apprends maintenant. J'apprends à dire non. Mais ce n'est pas inné, quoi.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un moment où tu t'es dit, j'ai pris la bonne décision ? Ou est-ce que quand tu l'as pris, c'était déjà évident ? Comment est-ce que...
- Speaker #1
Oui, non. Quand je l'ai pris, je me suis dit, OK, ça va être compliqué. On va bouffer des pâtes pendant trois mois. Et en fait, quand j'ai annoncé que j'avais démissionné, déjà sur les réseaux, j'ai eu un pic d'abonnement sur Manageteur de fou. Et les gens ont juste eu envie de soutenir la cause, entre guillemets, la mission. Parce que moi, j'ai l'impression que ce n'est pas juste un produit que je vends, etc. C'est juste une mission globale. Pour moi, c'est... Je donne la formation fiable. Je laisse beaucoup en gratuit. Je mets un PO sur certaines newsletters, mais il est assez bas en général. Je veux aussi que les gens, même s'ils ne puissent pas financer, il y a un système de financement solidaire où tous les 100 abonnés, je donne 10 abonnements pour des gens qui ne peuvent pas se payer l'abonnement. Je reverse 10 % de mes revenus, de mes bénéfices à une newsletter, aussi à une association qui lutte. contre tout ce qui est fake news en ligne. Je veux que ce soit une mission globale, que ce ne soit pas juste moi qui fais des sous et puis qu'il ne se passe rien. C'est un échange. Pour moi, je vous donne de l'information fiable. Je passe du temps à le faire, mais aussi je redistribue à d'autres, etc. Et le moment où je me suis dit que c'était la bonne décision, c'est quand justement j'ai vu ce pic d'abonnement et que du coup, je me suis dit ok, je vais peut-être pouvoir en vivre. Tu vois, c'est pas... Je vais peut-être pas galérer trop, en fait. Ça va peut-être aller. Et puis après, ça fait que monter et que monter. Et là où je me suis dit que j'ai vraiment bien fait, c'est quand j'ai matché mon salaire assez rapidement. Enfin, un peu moins d'un an. Mon ancien salaire. Là, je me suis dit, bon, bah, ok. En fait, c'était le changement du lit. Après, je me suis dit, pourquoi je l'ai pas fait avant ? J'ai regretté. Je me suis dit, merde, j'aurais dû faire ça avant parce que c'est tellement... J'ai tellement aucun regret. mais quand je vois parfois les postes LinkedIn passer de mon ancienne boîte, je me dis comment ça ne me manque pas ça c'est un bon indicateur ça ne me manque pas du tout pas du tout je me sens à ma place en fait et je me sens utile, c'est vraiment ça la motivation première c'est l'utilité je cherche toujours à améliorer le truc là j'ai embauché une illustratrice pour faire mes dessins d'un illustrateur avant je faisais un peu avec Lya je n'étais pas fan me. J'essaie toujours d'améliorer pour que les gens, quand ils y allient, ils se disent « Ah, elle est trop bien » ou « Elle est agréable à lire » . Vraiment, je veux que les gens soient contents et limite délivrer plus que la valeur que ça a financièrement.
- Speaker #0
Avec Clément.
- Speaker #1
On a créé cette newsletter. Maintenant, avec le problème aussi de la désinformation ambiante, je me suis un peu associée avec Catherine que j'ai rencontrée d'ailleurs dans le cadre de... d'une conférence sur la désinformation en France à Paris l'année dernière. Et en fait, on s'est rendu compte qu'elle était veto aussi. Plus elle, elle a travaillé à l'OMS et tout ça. Et elle, sur la communication scientifique, elle a dit, ah mais on a trop de points communs. Donc maintenant, on a monté un petit projet où tous les mois, elle m'aide en fait à sortir une édition d'un utilisateur gratuite où là, on apprend aux gens à repérer la désinformation tous seuls, à repérer les fake news. Parce que c'est ça le... Aussi, il ne suffit pas juste de réfuter certains trucs et de donner des informations aux gens pour certains sujets. Il faut aussi apprendre à les armer eux. pour ce qui va arriver, parce que là, ce qui va arriver, c'est qu'on va être submergés. On est déjà, mais ça va être encore pire. C'est encore plus compliqué de repérer. Et alors, moi, je ne peux pas répondre à tous les trucs. Donc là, le fait de leur donner des outils pour repérer les fausses photos, les fausses vidéos, comment checker comment c'est vrai, où est-ce qu'on peut trouver des sources fiables, etc. Je me dis, ça, ça va vraiment... Un peu utilité publique, quoi. Vraiment, la mission, c'est de l'utilité publique.
- Speaker #0
Quand on voit que ta mission, cette utilité publique, si je te donne justement un énorme panneau d'affichage où tu peux afficher ce que tu veux et du coup, c'est un peu ton message pour le monde, ce serait quoi ?
- Speaker #1
La science n'est pas une opinion. Ça, c'est ce que je répète depuis 4 ans. Ce n'est pas que vous vous y croyez ou pas, ce sera vrai ou faux, mais ce n'est pas une opinion. Les faits, ils ne sont pas dépendants de l'opinion publique, ce n'est pas comme ça que ça marche.
- Speaker #0
Et si tu pouvais retourner dans le temps et parler à Océane dix ans, qu'est-ce que tu lui donnerais comme conseil ?
- Speaker #1
De croire en Sam. Tu vois, moi, il y a dix ans, j'aurais rêvé d'être indépendante, mais j'étais persuadée que je ne pouvais pas travailler en tant qu'indépendante, que j'allais être salariée. Parce que pour moi, c'était inconcevable. Qu'est-ce qu'un scientifique allait faire tout seul chez lui avec un ordinateur ? Tu vois, pour moi, c'était... Et en fait, je ne me voyais pas d'une carrière académique. Ce n'est pas un truc... qui m'a fait rêver, vraiment. Et j'ai longtemps qu'il m'a visée en me disant « Ouais, en fait, t'as pas d'ambition. T'as pas d'ambition, tu veux pas être chercheur académique, t'as fait toutes ces études, pourquoi ? » Et puis on m'a aussi un peu, voilà, quand j'étais post-doc, on m'a dit « Parce que t'as des enfants, ta carrière, elle est foutue, en gros. » C'est ce qu'on m'a fait comprendre. Et en fait, de coup, gros syndrome de l'imposteur. Je l'ai toujours, licence 15 000, mais je pense que ça se fait de toutes les femmes dans des métiers comme ça. Et de me dire « Ouais, t'es légitime. » Si tu as envie de faire un truc, fais-toi confiance et lance ce projet. N'attends pas que les gens valident ou n'attends pas que tes boss ou tes mentors valident. Fais ce que tu penses qui est juste et confiance en toi et ça va marcher.