Speaker #0Est-ce que tu savais que moins de 200 000 personnes terminent un marathon tous les ans ? Ça représente moins de 0,3% de la population française. Et si tu as regardé Instagram dernièrement, c'est certainement pas du tout la vision que tu en as. Si tu n'as pas couru ton marathon avant tes 45 ans, tu as raté ta vie. Alors ouf, moi j'en ai couru deux, pourtant j'ai quand même l'impression d'être une méga loser. Pendant cet épisode très spécial, je reviens sur ce qui s'est passé dans ma tête et dans mon corps pendant mon deuxième marathon. comment j'ai lutté contre mon syndrome de l'imposteur dans le sport et l'importance de mieux se parler. Bienvenue dans cet épisode très spécial de The Patron. Pas d'invité aujourd'hui, il n'y a que moi, Elvire Blassé, et je suis ravie de te retrouver. A très vite ! Je viens de courir un marathon, mon deuxième, et j'ai vraiment passé plus de 41 km à me demander pourquoi j'étais là. C'était de la torture. Je me suis répétée d'ailleurs plusieurs fois que je n'avais pas le mental. que je n'étais pas une compétitrice, que je n'étais pas capable d'être comme ces personnes qui se mettaient vraiment dans le rouge et qui allaient au bout d'elles-mêmes. Et pourtant, c'est bien ce que j'ai fait. C'est-à-dire que si tu regardes mes stats sur Strava, j'ai été à plus de 170 BPM, donc le rythme cardiaque, pendant les trois quarts de ma course. Je ne pouvais pas, là, j'ai encore mal. Quatre jours après, j'ai mal quand je respire. C'est vraiment, c'est douloureux. Je ne peux pas marcher. Je pense que j'ai été au bout de moi-même. Et ce qui m'a aidée, c'est d'arriver à taire cette voix dans ma tête qui me disait non, mais t'es trop nulle. Tu vas pas y arriver. Tu vois, tu t'es entraîné pour faire tel temps et en fait, tu tiens pas. T'es capable de faire un semi, mais pas plus. Et d'arriver à lui dire pendant que je courais, mais juste toi, tu te tais. Toi, tu te tais parce qu'en réalité, là, j'arrive à avancer. J'arrive, j'ai pas si mal que ça. Et je me suis. Même obligée à sourire. D'ailleurs, il y a plein de gens qui étaient sur le bord du parcours qui me disaient « Ah, c'est génial, avec le sourire, avec le sourire ! » J'étais là « Oui ! » Je fais semblant, mais en fait, j'essaye de sourire parce que sinon, je pleure. Et je me suis aussi répétée, mais merci, merci à mon corps. Merci à ce corps que j'ai critiqué pendant des semaines et des semaines parce que je n'ai pas un corps d'athlète, je me trouve trop grasse. Il a fallu que je mette un short alors que je préfère largement tout cacher sous un legging. Mais il faisait plus de 20 degrés, donc c'était impossible. Et vraiment, je me suis excusée auprès de mes gens en me disant « Mais franchement, vous êtes canon, merci. Merci d'être là, merci d'y arriver, merci de le faire. » Et ça, ça m'a aidée. Ça paraît quand même en con comme ça, mais ça m'a aidée parce que c'était beaucoup plus utile que de me répéter « Je ne vais pas y arriver. » Et il y a un truc aussi qui a été hyper dur pour moi, psychologiquement, c'est de voir... toutes ces personnes s'arrêter. Sur les dix derniers kilomètres, j'ai vraiment eu devant moi plein de personnes qui ralentissaient, qui commençaient à marcher. Et à chaque fois qu'il fallait que je les double, je n'avais pas ce sentiment de victoire. Non, parce qu'en fait, quand tu vois les autres qui ralentissent, c'est hyper difficile de ne pas ralentir toi-même. Ton cerveau, il est en mode « Ouais, mais moi aussi, j'ai envie d'arrêter. Moi aussi, j'ai envie de marcher. » Et ça, ça crée vraiment une douleur en plus. Certains diraient « Ouais, trop bien, j'ai doublé des gens. » Et en fait, moi, c'était encore plus le bras de fer dans ma tête pour ne pas lâcher. On félicite beaucoup tous ceux qui font des perfs de dingue sur le marathon, qui font trois heures, trois heures et demie. C'est des performances incroyables. Mais des personnes comme moi qui doivent mettre 4h45 pour boucler un marathon, voire les derniers qui font cet effort surhumain pendant plus de six heures, c'est encore plus méritant. On va chercher très, très loin pour dépasser nos propres limites. Pourquoi je l'ai fait ? A la base, le premier, je l'ai fait parce que j'avais envie de le faire. J'avais envie de l'avoir fait. J'avais envie d'avoir couru un marathon. Le deuxième, je ne sais vraiment pas trop pourquoi. Une partie de moi me disait, je ne peux que faire mieux. La première fois, je ne savais pas et j'ai vraiment envie de passer sous un chrono. En fait, ce que tu ressens à la fin, quand tu l'as fait, ce sentiment d'avoir été quand même vraiment cherché très loin chez toi, ça, c'est des émotions qu'on a du mal à retrouver ailleurs. Tu es tellement dans la douleur. après c'est un soulagement de dingue et même si j'ai passé vraiment 41 kilomètres à me dire mais je sais pas pourquoi je suis là il est pas dit que j'en fasse pas un troisième encore une fois juste derrière t'es tellement soulagée, y'a que dans le sport je trouve que tu ressens ça et moi j'ai jamais fait du sport de collectif, j'ai jamais rien gagné on avait des carnavas d'athlétisme et les trois premiers avaient un ruban et je me rappelle la seule fois où j'ai eu un ruban c'est parce qu'on était trois ex-échos sur quatre coureurs tu vois Donc vraiment, moi, je suis celle qui a toujours été la plus nulle en sport. Et je crois que c'est ma pire note au bac. Il y a cinq profils identifiés par le docteur Valéry Yang pour comprendre comment le syndrome de l'imposteur se manifeste. Parmi ces cinq, il y en a un qui s'appelle le génie naturel. Et c'est cette idée que si ça ne te vient pas naturellement, si ça te demande beaucoup d'efforts, si tu as l'impression d'ailleurs que ça te demande à toi plus d'efforts qu'aux autres, ça veut dire que ce n'est pas fait pour toi. Moi, c'est exactement ce que je ressens avec le sport. J'ai l'impression que je suis plus nulle que les autres, que c'est plus dur que moi. Et ce n'est pas qu'une impression. J'ai beaucoup d'amis qui se sont mis à courir, mais genre 4 ans, 5 ans après moi, et qui direct font des perfs beaucoup plus impressionnantes. C'est pas qu'une impression, mais la réalité est qu'il n'y en a pas beaucoup qui ont couru un marathon, il n'y en a pas beaucoup qui ont couru deux marathons. Et cette idée que je ne suis pas une coureuse parce que je me sens trop nulle, c'est lié à cette définition de la compétence. Ça devrait être plus simple pour moi, ça devrait être plus facile, ça devrait être inné. Comme ça l'est pas, je considère que je suis un imposteur. Et j'ai encore ce blocage, tu vois. Je me disais l'autre jour, est-ce que si je croyais un peu plus en moi, si je croyais que c'était un peu plus accessible pour moi, est-ce que j'aurais pas une meilleure performance ? Enfin, je me sabote énormément. Je me sabote énormément. Sur tout l'entraînement, je me suis dit, de toute façon, je vais pas le faire. Je peux obliger, je m'en fous, j'ai autre chose. Et puis en plus, la veille, elle est l'avant-veille, j'ai eu mes règles. Et ça, moi qui suis toujours... 48-72 heures, mais complètement out au début de mes règles, là, je me suis dit, mais c'est mort, en fait. Et en fait, quand tu vas au bout de cet entraînement qui est si long, tu te dis, non, mais au moins, je vais essayer. Et c'est fou de se dire que en se disant, allez, j'essaye, allez, j'avance, tu peux vraiment aller très, très loin. Même au bout d'un marathon. Alors, la course à pied, c'est beaucoup un challenge contre toi-même. C'est tu... Tu vas à une vitesse, tu fais un chrono et tu essayes d'améliorer, d'aller plus loin, d'aller plus vite. Moi, je me dis aussi que les personnes qui ont cet esprit de compétition, c'est qu'ils ont déjà gagné. Au moins une fois. Moi, j'ai jamais gagné, petite. Et du coup, c'était pas à bord accessible pour moi d'essayer de gagner. Mais c'est devenu accessible d'essayer. C'est devenu accessible de... participer et c'est devenu accessible d'aller plus loin. Moi, j'ai vraiment découvert ça la première fois avec une amie sur un défi d'aile qui sont des raids organisés pour les femmes. Il y a quelques-uns qui sont mixtes. Et j'y allais vraiment sans aucune attente, sans aucune ambition, rien du tout. La première épreuve se passe assez bien. Et ma pote me dit, mais tu sais, on est dans le top 15 sur 60 équipes. Moi, j'étais en mode, what ? C'était la première fois de ma vie que j'avais l'impression des têtes. bien d'être à un niveau assez dingue. Et ça, en fait, ça m'a donné envie d'y aller un peu plus loin, un peu plus vite. Et surtout de ne pas lâcher, de ne pas laisser les autres te rattraper. Et tu vois, il y a un truc qui est intéressant, c'est que moi, je performe beaucoup mieux si je pars en tête que si je pars dans les dernières. Encore une fois, ce côté de voir les autres, tu te mets au rythme des personnes devant toi. Le fait de ne pas avoir envie d'être rattrapée par quelqu'un derrière, Je trouve que c'est un énorme incentive, beaucoup plus intéressant pour moi que le fait de dépasser quelqu'un. Moi, ça ne me dérange pas de voir les autres gagner. Ça ne me dérange d'ailleurs pas du tout de voir les autres briller, réussir. Ça, ça fait partie même de mes valeurs. Je considère que ta victoire, ta réussite ne vient pas faire de l'ombre aux autres. Donc, je ne suis pas très drivée par le fait de dépasser. En même temps, si je suis devant, je n'ai pas envie qu'on me rattrape. Qu'est-ce que ça m'apporte ? En réalité, ça m'apporte des courbatures. Ça m'apporte beaucoup de courbatures, beaucoup de douleurs. Ça m'apporte énormément d'amour, en fait. C'est assez ouf. Mais le nombre de messages que j'ai reçus d'amis proches, mais aussi d'amis moins proches, qui me félicitaient sincèrement. Et ça fait chaud au cœur. J'ai eu plein de love. Et même à côté, j'ai un copain qui est venu courir 10 km avec moi. alors qu'il avait couru le semi juste la veille et qui m'a encouragée, qui m'a dit que c'était bien ce que je faisais, qui m'a donné de l'eau, qui m'a chouchoutée pendant 10 kilomètres. Et mon mari qui m'a rejoint sur les 2 derniers kilomètres, 2,5 derniers kilomètres, qui m'a aussi encouragée jusqu'à la fin. Il y avait ma nièce à l'arrivée, on avait d'autres copains. En fait, c'est des moments intenses. C'est chouette d'aller chercher ça. Sur ce moment-là, tu vas chercher un high qui te marque. Notre cerveau crée des souvenirs. en fonction de l'émotion ressentie. Tu as besoin de ressentir de l'émotion pour justement imprimer ta mémoire. Et donc forcément, ces moments-là, même si tu souffres énormément, tu vas ressentir des émotions très fortes et ça va imprimer, ça va créer des souvenirs de dingue. Et ce que j'adore, tu vois, même si clairement, il y a un tel écart de niveau entre mon mari et moi, Mais je vois bien que mes deux enfants sont très fiers de nous deux. Et j'ai adoré hier, quand j'étais avec mon fils, et qu'on a rencontré deux, trois personnes qui me voyaient boiter. Et les gens me demandent, mais qu'est-ce qui t'arrive ? Et mon fils qui disait, elle a couru 42 kilomètres. Et vraiment, tu vois, ça, ça vaut de l'or. Ce que je retiens le plus de toute cette expérience, c'est que mon cerveau peut être mon pire ennemi et mon meilleur allié. J'ai passé tellement de temps. à me rabaisser, à me dire que j'en étais pas capable, à me dire que j'allais pas le faire, à me dire que ça servait à rien. J'ai dépensé de l'énergie pour juste me ralentir, au lieu d'utiliser mon cerveau pour me donner de la force, me donner de l'élan. Et oui, j'ai réussi à faire les deux, bien sûr, puisque quand même, je sais comment le cerveau fonctionne et donc j'ai réussi à le court-circuiter là-dessus. Mais j'ai quand même passé beaucoup trop de temps à me saboter. C'est toute l'importance de la préparation mentale pour les athlètes et ce qui revient aussi à ce qu'on fait en coaching pour la gestion de carrière. Quand tu arrives à contrôler tes pensées qui sont destructrices, qui sont là juste pour te ralentir, quand tu arrives à te rendre compte que c'est de la peur, c'est de la peur de l'échec, c'est de la peur de l'humiliation, c'est de la peur de décevoir. quand tu arrives à à déjouer tout ça, juste prendre conscience que ce ne sont que des peurs et que tu te ressentes sur de quoi tu as envie, qu'est-ce que tu essayes de faire, pourquoi tu le fais. Là, tu arrives à avoir des pensées qui t'aident, qui sont des pensées efficaces et qui te rendent plus léger, plus aligné, plus fort. Bien faire attention à ce qu'on pense et à ce qu'on se dit. Je pense que je ne parlerai jamais à aucune amie comment je me parle à moi. Que ce soit sur le sport, sur le physique, sur ce que je fais. Franchement, je me parle hyper méchamment. on devrait parler à personne de cette manière merci à toi d'être resté jusqu'au bout j'espère que cet épisode t'aura plus intrigué inspiré et n'hésite pas à le partager ainsi que de laisser une évaluation, un commentaire ça aidera énormément le podcast à être plus diffusé merci et à très bientôt sur The Patron Podcast