- Speaker #0
Bienvenue chez The Patron, le podcast qui démystifie la réussite. Ici, le syndrome de l'imposteur se transforme en courage et la chance se provoque. Je suis Elvire, coach en leadership, je suis ravie de t'avoir parmi nous. N'hésite pas à liker et partager et enjoy. Bonjour à tous, aujourd'hui sur The Patron Podcast, j'accueille Solène Auréa-Devis. Solène, tu es la directrice générale de la chaîne d'hôtel. Oko Hotels. Bienvenue sur The Patron.
- Speaker #1
Merci Elvie.
- Speaker #0
Alors Oko Hotels, pour tous ceux qui malheureusement ne connaissent pas encore ces petits joyaux de l'hôtellerie française, est-ce que tu peux nous parler de ce concept ?
- Speaker #1
Alors Oko Hotels, c'est une marque d'hôtels de centre-ville. On est toujours là où ça se passe à moins d'un quart d'heure à pied d'un transport vert. Souvent une gare TGV, mais ça peut être aussi un métro, un tram. ou une gare RER. L'accessibilité pour nous, c'est hyper important. On est les hôtels des voyageurs casaniers. Donc ça, ça veut dire que tu viens chez nous parce qu'a priori, tu voyages, soit pour des raisons professionnelles ou personnelles, pour découvrir un endroit, ou pour rejoindre ton équipe, aller à un congrès, etc. Mais notre promesse, c'est que, quelles que soient les raisons de ton voyage, quand tu vas être au sein de nos hôtels, tu vas te sentir bien. Tu vas te sentir comme à la maison. On n'est pas juste une... commodité. Ça ne suffit plus aujourd'hui dans l'hôtellerie 4 étoiles d'avoir de la qualité, un bon café. Il faut aussi plein d'autres choses qui vont faire que tu as envie de passer du temps chez nous. Et il y a deux choses essentielles chez OcoHotel qu'on fait très bien. C'est un, la qualité de l'accueil. On a un taux de satisfaction sur l'accueil dans nos hôtels de 91%. Et pour moi, c'est l'essence du métier, du service. On a tous vécu un jour un restaurant où on a très bien mangé mais où la serveuse était franchement désagréable l'hôtellerie c'est la même chose c'est pas juste une jolie chambre il faut des gens profondément humains qui t'accueillent avec le sourire et avec une empathie naturelle donc ça c'est vraiment le coeur du succès d'OcoHotel et après on a le club que j'adore le club qui sert pour nos clients mais aussi pour les clients extérieurs C'est un espace qui fait entre 200 et 400 m² selon les établissements, qui ressemble à un grand salon plutôt super bien décoré, parce qu'on aime un peu le design. Et dans ces espaces, non seulement tu as plein de fonctionnalités, tu vas pouvoir t'asseoir pour boire un verre, piquer un bouquin dans la bibliothèque, il y a des jeux de société. Le but, c'est vraiment que tu aies envie d'y passer du temps, mais on a pensé aussi à laisser une autonomie à nos clients. Donc c'est pour ça qu'on offre 24 heures sur 24, du thé, du café, des boissons fraîches, du snacking, des gâteaux d'un petit producteur local, des fruits de saison. Voilà, donc c'est pas tant la question du payant-pas-payant, ça fait partie du prix de ta chambre, mais c'est aussi te laisser la possibilité de vivre les choses à ton rythme. Si à 2h du matin t'es en jet lag et que t'as envie d'une tisane et d'un fruit, tu descends au club et c'est là pour ça.
- Speaker #0
J'ai dit que j'adorais le club parce que j'ai découvert les espaces co-working de ce club. Et donc moi, maintenant, je suis fidèle à votre espace co-working. Et d'ailleurs, j'ai donné rendez-vous à des amis, collègues, entrepreneurs. Et tous les lundis, on se retrouve à Loco Hotel de Gare de l'Est. C'est un peu le début, c'est notre rentrée là. Mais on adore, on est trop bien installés. Effectivement, il y a des thés de super belle qualité. Et le lieu est beau. Je trouve que non seulement, c'est même pas qu'il y a une charte graphique, je trouve, c'est qu'il y a du design, mais il y a du design modulé. Je ne sais pas si ça veut dire quelque chose que je dis, mais en gros, il y a différents espaces, il y a différents lieux. Ce n'est pas comme un énorme hall d'hôtel qui peut être très design et très beau, mais là, il y a des coins, il y a des petites ambiances à droite, à gauche. Et ça fait qu'on s'y sent vraiment super bien. Ça,
- Speaker #1
ça fait vraiment partie du savoir-faire qu'on a chez OcoHotel. Nous, on suit tous nos chantiers de A à Z, toute la conception. Alors évidemment, on se fait accompagner par des décorateurs et des décoratrices. Moi, je ne souhaite pas qu'ils soient en interne. J'ai envie qu'on fasse appel à des gens qui font des tas d'autres projets par ailleurs et qui vont apporter leur lecture esthétique des codes et de l'ADN d'OcoHotel. En revanche, on s'implique beaucoup parce qu'il y a deux sujets qui nous importent. C'est un, le design durable. OCO, c'est une marque intemporelle. On ne tient pas à avoir des parties communes qui sont hyper fashion, mais dont on va se lasser au bout de trois ans, parce qu'un hôtel, ça se rénove plutôt tous les 10-15 ans. Donc, il faut quand même quelque chose où les choix esthétiques tiennent dans le temps. Donc, on va éviter le truc trop clinquant. On va plutôt opter pour des choses qui vont être... design mais dans le sens subtil du terme. Et on va aussi choisir des choses qui durent. On va mettre plus d'argent pour acheter du mobilier plus qualitatif, là encore pour que dans le temps ça ressemble toujours à quelque chose. Et il y a un autre volet, c'est vraiment la fonctionnalité et l'usage. Nous quand on pense des espaces, on va vraiment déjà partager aux décos avec qui on bosse ce que c'est que la vie d'un client chez eux. ce qu'on observe comme comportement, et on va essayer de co-construire avec eux des espaces qui vont servir à... telle ou telle fonctionnalité. On a besoin d'espaces où tu puisses te poser avec un PC pour travailler confortablement, mais en même temps, peut-être que cet espace-là, il va aussi servir pour le petit déjeuner. Et en même temps, on a besoin d'alcoves, de coins un peu cocoons, où on va se poser pour boire un cocktail le soir à deux. Donc voilà, et moi j'adore ce travail-là, parce que finalement, je trouve que c'est de ces moments-là qu'il ressort les choses les plus innovantes, les plus sympas. Et derrière, on se rend compte que c'est ces endroits qui finissent sur Instagram dans les comptes de l'Opéry.
- Speaker #0
Évidemment, évidemment. Alors là, la manière dont tu en parles, c'est... On voit que t'es hyper animée. Et puis t'as un discours qui... Ça se voit que t'as beaucoup réfléchi à comment mettre ça en place, mais aussi comment communiquer là-dessus. Avant de justement parler de cette casquette de directrice générale que tu as très jeune, puisque tu as seulement... J'ai 40 ans dans 10 jours. 40 ans, donc bien, quand l'épisode sortira, on aura fêté tes 40 ans. Donc tu es hyper jeune. Nous sommes très jeunes. Voilà, c'est une nouvelle phase, très très jeune. Raconte-nous, d'où c'est sorti ? Quel est ton parcours en fait, professionnel ? On partage la même école, l'école de commerce. Est-ce que tu as toujours voulu faire une école de commerce ? Est-ce que tu as toujours voulu travailler dans l'hôtellerie ? C'était quoi le début ?
- Speaker #1
Je me souviens que s'est posée quand même la question. Moi, j'ai toujours adoré la cuisine, la gastronomie. Et s'est posée un moment quand même la question du lycée hôtelier. Et puis, j'avais la chance, mon papa travaillait chez Accor. Il y a passé 16 ans. Donc, il m'a quand même un peu montré l'envers du décor. Et là, j'ai très vite compris que je n'avais pas la résistance physique. Que c'était un environnement extrêmement machiste. La cuisine ou l'hôtellerie ? la cuisine encore pire que l'hôtellerie et que très probablement, intellectuellement, tu passes tellement d'années à tourner des pommes de terre, à te vider des kilos de poisson avant d'avoir le droit de faire un peu plus que je ne tiendrai pas. Et voilà, donc je me suis dit...
- Speaker #0
Faire ses armes, en fait, c'est très très long de pouvoir monter.
- Speaker #1
C'est très très dur. Raison pour laquelle, d'ailleurs, il y a beaucoup de gens qui commencent à 16 ans en apprentissage. J'ai laissé cette idée de côté en me disant que je vais faire un truc hyper généraliste. Et puis, on verra bien. Je vais à l'EDEC. J'ai un an de césure. Et je vais passer ma césure chez LVMH en intelligence et marketing développement. Je découvre ce métier de la création de produits. Et j'adore parce qu'en plus, je travaille pour... D'abord Parfum Christian Dior, puis Louis Vuitton. Deux très très très belles maisons dans le groupe où il y a des moyens mais juste exceptionnels.
- Speaker #0
Et des codes stricts aussi qui vont avec.
- Speaker #1
Absolument. Mais tu vois, même quand tu es stagiaire, tu travailles facilement sur un projet de A à Z. J'ai bossé sur des super lancements de produits. Donc je m'éclate. Je me dis, ok, le marketing, c'est sûr, c'est ton métier. Ce mélange de créativité, de logique économique et business, mais aussi de sociologie, de réfléchir aux usages, de comprendre les tendances émergentes d'un marché, j'ai trouvé ça extraordinaire. En revanche, je ne me suis pas du tout sentie à l'aise, je pense d'une part dans l'univers du luxe et aussi dans l'univers du grand groupe. J'ai trouvé que... D'un point de vue ambiance de travail, il y avait un niveau de stress très important. Alors moi, je ne suis pas allergique au stress, la suite le montrera. Mais en fait, j'ai trouvé qu'il y avait très peu de reconnaissance, énormément de pression sur les équipes, mais peu de reconnaissance du travail accompli. C'est normal d'atteindre les résultats. Par contre, si on ne les atteint pas, c'est vraiment dramatique. Et oui, j'ai senti beaucoup de mal-être au travail. Et je ne me suis pas projetée là-dedans. Et le grand groupe, c'était quoi ? Trop processé, trop hiérarchisé. Le sentiment d'être totalement un numéro. De travailler avant tout pour un actionnaire. Pas... tant pour un manager ou pour... Voilà, donc des choses qui sont... Et en même temps, il y a des avantages extraordinaires. Encore une fois, des moyens de la formation, des mobilités en interne qui sont fantastiques. Mais c'est vrai que... Moi, je me suis sentie toute petite petite et je me suis dit, est-ce que dans ce genre d'endroit, c'est là où tu peux révéler ton talent ? Est-ce que tu n'es pas très interchangeable ? Parce que pour le coup, j'avais beaucoup de gens brillants autour de moi. dont certains qui ont fait des très belles carrières et d'autres pas tant parce qu'il y a eu beaucoup de compétition. Et donc je suis partie faire mon stage de fin d'études en Chine et j'étais un peu perdue. Et mes parents sont venus me voir et mon père m'a dit « mon mec, cocotte, c'est quoi la suite en fait ? » « Tu cherches un travail ? »
- Speaker #0
C'était toujours chez LVMH ?
- Speaker #1
Non, je suis partie bosser pour une PME française en mission de marketing et intelligence.
- Speaker #0
Et ça te plaisait ?
- Speaker #1
Ouais, c'était fun, mais... Mais je ne me projetais pas dans cette entreprise sur le long terme non plus. C'était surtout fun parce que c'était la Chine. L'expérience. Dingue. Ouais, ouais, c'était super. Je suis partie toute seule.
- Speaker #0
Ouais,
- Speaker #1
c'était trop bien. Je dis à mon père, écoute, je suis... Ouais, je suis perdue. Je pense que malgré tout ce que je pensais, moi qui étais plutôt super scolaire, et ce qu'on te pousse à faire en école de commerce, vraiment, moi j'avais l'impression, enfin, des carrières de mes copains-copines, Les mecs allaient en audite, en finance. Et tout le monde allait chez L'Oréal, LVMH, Procter & Gamble. Et je lui ai dit, moi je suis sûre que le marketing c'est mon métier. Par contre, je ne me projette pas dans ces boîtes-là. En fait, j'ai peur de ne pas être épanouie. Et de ne pas trouver le sens dont j'ai besoin. Mon père m'a regardée genre, en fait, je ne comprends pas ton sujet.
- Speaker #0
Tu te poses trop de questions ma fille.
- Speaker #1
Je lui ai dit mais toi ça s'est passé comment ? Il m'a dit écoute en fait ma cocotte, moi je suis rentrée dans une entreprise, j'ai fait ma carrière, je suis restée 15 ans, puis j'ai bougé.
- Speaker #0
Mon père me dit tout le temps ça. Je me suis pas posé autant de questions. Mais papa, tu es un homme d'une autre génération. Oui, tu n'avais pas posé autant de questions. Oui,
- Speaker #1
je pense qu'il y avait plein de choses. Mon père a commencé sa carrière chez Total. Aujourd'hui, Total ça fait plus rêver les gens. pour des raisons assez évidentes. Lui, il a vécu ses meilleures années professionnelles. Je pense qu'il ne comprenait vraiment pas mon sujet. Et puis finalement, un peu dépité, il me dit écoute, moi tu sais, je suis en train de monter mon projet de groupe hôtelier. Ça y est, je vais prendre une équipe. J'ai besoin de quelqu'un pour faire le marketing et la communication. Est-ce que tu as envie de venir ? Je ne me pose pas trop de questions. Et je me dis vas-y, banco. On fait ça. Donc je rentre en France.
- Speaker #0
Beaucoup de filles auraient eu peur peut-être d'aller travailler pour leur père.
- Speaker #1
Oui. Moi, je me suis vraiment dit, j'ai rien à perdre.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Tu vois, au pire, ça se passe pas bien, j'irai chercher un boulot ailleurs, tu vois.
- Speaker #0
Mais le projet de beauté, est-ce qu'il y avait...
- Speaker #1
Moi, le projet, effectivement, j'avais fini par faire un master d'entreprenariat.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Parce que je m'étais dit, si tu trouves pas... C'était pas loin quand même. C'était pas loin. Si tu trouves pas quelque chose qui te va dans un grand groupe, ben vas-y, crée ta structure. Donc je commençais à réfléchir à un truc autour de la gastronomie, etc. Donc finalement, certes il y avait le côté bosser avec mon père, mais il y avait surtout le côté on va créer une boîte. Et tu vas pouvoir tout construire de A à Z. Donc ça, j'avais quand même conscience qu'à l'âge que j'avais, Et avec... Très peu d'expérience professionnelle dont je pouvais justifier, c'était quand même une opportunité de dingue quoi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc je rentre en France et puis on se retrouve à deux dans un bureau prêté par des copains.
- Speaker #0
Et du coup, c'est pas le podcast sur ton père, mais lui il a eu une énorme carrière dans des grands groupes. Et en fait, l'idée de ce groupe hôtelier, c'était quoi ? Envie d'être à son compte ou observer le marché et trouver qu'il manquait quelque chose, c'était quoi ? C'est ça qui est marrant,
- Speaker #1
c'est que moi je suis en crise de sens à 25 ans, mais lui il est en crise de sens à 57 ans. Toute sa vie, il a eu des énormes jobs dans des industries très différentes. Et il a notamment passé sa dernière expérience, il passe 16 ans au sein du groupe Accor. Il a été secrétaire des présidents, il a été DRH, il a été patron d'Europecar. Et puis sa dernière expérience, Paul Dubrul lui dit, ça fait longtemps qu'on n'a pas innové en termes de marques, va faire un petit tour et revient avec un concept. Donc il part aux Etats-Unis et il revient avec le concept de résidence hôtelière finalement et il lance un produit qui s'appelle Suite Hôtel, qui depuis a été absorbé par NovoTel. Et en fait, il se retrouve avec à créer sa marque, son produit et à avoir sa propre équipe. au sein des équipes Accor, donc ils visent ce qu'on appelle de l'impré-apprenariat, assez génial en plus quand t'as les moyens d'un grand groupe, et en fait ils s'éclatent. Et ils se disent mais c'est génial ! Et lui qui connaissait pas finalement tant que ça le métier de l'intérieur, découvre ce truc-là, et puis finalement la stratégie du groupe évolue, il se retrouve plus du tout là-dedans, et à 57 ans il part et il décide de créer, pas son hôtel, ce qui aujourd'hui m'aurait paru être le truc le plus cohérent, Il décide dès le départ de créer un groupe hôtelier. Donc moi je l'ai vu à cet âge-là, effectivement, du jour au lendemain, se retrouver dans le couloir de la maison où il vit avec ma maman, apprendre à taper sur un ordinateur parce que toute sa vie il avait eu une secrétaire, je le vois apprendre à taper avec un doigt, on lui achète un smartphone. Voilà, les débuts ne sont pas simples.
- Speaker #0
Mais c'est génial en même temps. Franchement, capacité d'adaptation de dingue. Ouais,
- Speaker #1
financièrement, énorme changement de train de vie. Il avait encore mes trois frères et soeurs à charge. Donc voilà, d'un coup, c'est toute la famille qui est aussi plongée dans l'entrepreneuriat. Ouais, très courageux. Et c'est, tu vois, là où moi je trouve que le vrai courageux de nous deux à l'époque, c'était lui. Moi, j'avais 25 ans. Oui, tu prenais pas. Pas de gamins, pas d'attaches, pas de sujets financiers. En fait,
- Speaker #0
j'avais zéro risque. Et du coup, quand tu rejoins le projet, c'était quoi le projet ? C'était une feuille de papier ? Il avait déjà un concept ?
- Speaker #1
C'est pas très loin. Moi, je rejoins le projet en janvier 2011. Et on ouvre notre premier hôtel en janvier 2014. Donc, il a les trames du concept. il me dit je veux quelque chose En centre-ville, en quatre étoiles, je veux que ce soit le meilleur produit pour la clientèle d'affaires. Je pense qu'il faut faire des chambres toutes petites pour équilibrer la charge foncière, parce que forcément, tu es en centre-ville, la construction, le bâti, le foncier coûtent plus cher. Et par contre, on va faire des grandes parties communes dans l'esprit du lunch d'aéroport. Donc on ne va pas forcément faire tout payer, il faut que les gens, il faut que ce soit généreux. Il faut que ce soit généreux dans l'expérience client. Il me donne ça comme brief. Et lui, il s'occupe du développement, donc d'aller chercher des sites. Donc, en fait, moi, pendant trois ans, j'ai construit la marque, j'ai choisi le nom, j'ai décliné toute une charte graphique, j'ai suivi toute la partie design avec le designer de l'époque avec qui on travaillait, Patrick Norgay. Je conçois toute l'expérience client, donc le concept du club. Qu'est-ce qu'on va y manger ? Qu'est-ce qu'on va y boire ? Comment les équipes vont habiter ces espaces, choisir les uniformes, le linge de lit, absolument tout.
- Speaker #0
Trop fun en même temps !
- Speaker #1
Trop fun ! Incroyable ! Parce que tu imagines, moi ce qui me faisait peur aussi dans les grands groupes, c'était de me dire, si tu bosses par exemple sur la partie maquillage, une fois que tu as fait un mascara, une poudre, un rouge à lèvres, tu t'embêtes, tu vois. Là, du jour au lendemain, en fait, je faisais de la restauration, de la déco. des uniformes, du linge de lit. Le champ des possibles est complètement fou. Avec en plus, monter un site avec un module de réservation.
- Speaker #0
La formation après pour les équipes.
- Speaker #1
La formation des équipes, monter une campagne de com' pour faire découvrir un concept dont personne n'a jamais entendu parler. Donc voilà, je me souviens, on avait présenté un an avant l'ouverture notre champ de témoins à Maisons et Objets. Parce qu'on voulait positionner vraiment la marque sous l'angle du design. On l'avait mis entièrement en blanc pour ne pas du coup révéler toutes les finitions et le look and feel final. Ah oui ? Ça avait été un maxi carton. Donc voilà, c'était aussi une façon de communiquer hyper disruptive dans l'hôtellerie. Il faut se dire qu'en 2014, nous on a émergé. Tu as Mama Shelter qui ouvre à Porte de Bagnolet en 2007. T'as Citizen M qui commence à ouvrir des hôtels en Europe, notamment en commençant par les Pays-Bas. Il y a nous en 2014, et à cette époque-là, c'est les trois marques Lifestyle qui existent en Europe. Donc c'est très amusant parce que du coup, on est une vraie réponse à l'hôtellerie standardisée, mais en même temps, on a tous l'ambition de développer un groupe. Donc on vient offrir quelque chose de très singulier, de très différenciant, avec quand même l'idée de dupliquer par la suite.
- Speaker #0
Vous donnez les moyens directs.
- Speaker #1
On est porté par ce time to market assez dingue. Et tout de suite, une satisfaction client où on sent qu'on a trouvé quelque chose.
- Speaker #0
Du coup, toi, tu es responsable d'énormément d'éléments qui viennent créer la marque. Ce qu'on comprend bien, c'est justement la singularité de la marque qui va vous permettre d'émerger sur un marché déjà très concurrentiel. Tu es hyper jeune. Est-ce que tu doutes ? Est-ce qu'il y a des moments où tu te dis que c'est trop, ou tu as comme une sorte de feu sacré et tu suis ton intuition et tu es là, ok, je le vois comme ça, il y a toutes les planètes qui s'alignent, ça se passe comment pour toi ?
- Speaker #1
Alors ça dépend des sujets. Sur le marketing et la com, en fait j'ai fait... Effectivement, cette espèce d'intuition, et je pense que j'ai la chance forte de cette année d'apprentissage chez LVMH, qui pour moi est le meilleur master de marketing en Europe de très loin, appliquer la logique du branding à un univers où ce n'est pas une compétence qui existe beaucoup, ça marche du feu de Dieu. Donc, je n'ai pas fait beaucoup d'erreurs sur les sujets de branding, de marketing et de communication. J'ai osé des choses qui ne se faisaient pas du tout dans l'industrie et qui ont été. extrêmement payante. C'est cette expertise-là et cette expérience reconnue qui m'a aidée dans ma progression dans l'entreprise. Très vite, il y a eu consensus au sein des équipes sur le fait que la force de la marque était quelque chose qui tournait et qui nous différenciait et que c'était en partie le fruit de mon travail. Là où c'est beaucoup plus compliqué, c'est que comme c'est une boîte entrepreneuriale, on n'a pas des moyens démentiels. Donc je me retrouve parfois à faire des métiers qui ne sont pas les miens. Pendant plusieurs mois, voire quasiment un peu plus d'une année, je me retrouve à faire le suivi de chantier de notre premier établissement. Donc autant dire que pour moi, c'était un stress énorme parce que je ne suis pas ingénieure de formation. Je n'avais jamais foutu les pieds sur un chantier. Puis alors quand tu es une petite nana de 25 ans face à des vieux briscaires de la promotion immobilière...
- Speaker #0
Qui vont essayer de t'empapauter avec des cons...
- Speaker #1
Autant dire que j'ai passé des très, très, très sales moments. C'est hyper dur, je ne me sentais pas du tout légitime, puis j'avais peur de faire des grosses conneries, on ne va pas se mentir. Donc ça c'est difficile, et puis le jour où les hôtels ouvrent, je me retrouve en fait en situation de management, et de management transverse vis-à-vis des directeurs et directrices d'hôtels. Donc j'ai face à moi des gens qui ont une carrière bien plus développée que la mienne, dans une industrie que finalement je connais très peu. Et je suis la fille du patron. En légitimité, c'est pas dingue. Et puis, en fait, je sais pas du tout comment faire. Donc, on a beau te dire tu fais une école de management, le jour où t'arrives sur le terrain, s'il y a bien un truc que tu sais pas faire, c'est manager. Donc, moi, j'ai fait beaucoup d'erreurs. J'étais pas à l'aise. Ça, ça a été très compliqué et très douloureux.
- Speaker #0
Tu dis j'ai fait beaucoup d'erreurs. C'est difficile quand on fait des erreurs de management, c'est comme si on peut se traîner des casseroles finalement. Comment t'as fait en fait pour rebondir de ces erreurs-là vis-à-vis des équipes ? Qu'est-ce qui t'a aidé ?
- Speaker #1
Bah écoute, déjà je me suis formée,
- Speaker #0
j'ai été coachée,
- Speaker #1
j'ai passé beaucoup de temps à discuter avec mes copains justement, entrepreneurs, parce qu'on a été nombreux à monter nos boîtes quand même après ce master d'entrepreneuriat. de leur propre expérience. Et moi, c'est beaucoup comme ça que je fonctionne. Quand j'ai une problématique, c'est rare que je reste toute seule dans ma tête, en fait. Je suis assez persuadée de ne pas être la seule à détenir la bonne solution et que finalement, on a tous des problématiques qui reviennent. Donc il y a forcément des gens qui ont vécu la même chose et qui vont m'éclairer avec leur expérience. Donc je fonctionne beaucoup comme ça. Et après, c'est sûr que c'est dur parce que quand tu as un peu l'image de la connaisse du marketing qui arrive et qui dit ça ça va pas, ça ça va pas, ça ça va pas machin etc c'est vachement dur enfin les gens sont pas en train de se dire bah ouais elle a 25 ans c'est normal elle a une grosse pression, non et je comprends ils sont pas payés pour ça tu vois donc ouais c'est pas simple mais moi je me suis toujours dit en fait j'essaie de pas trop penser à ça j'ai besoin d'avancer Me dire, ok, où est-ce que t'es bonne, où est-ce que t'es pas bonne. Tu regardes le truc en face, t'essaies de progresser, et puis y'a que ça qui marche. Et puis y'a un moment où les gens, bien sûr, la relation est essentielle. Ils vont être très attentifs à la façon dont tu t'adresses à eux, à ton niveau d'écoute. Ils vont être attentifs aussi au travail que t'engages et aux résultats que ça donne. Donc à un moment j'ai compris qu'il fallait équilibrer les deux. et que parfois... Le plus important, ce n'est pas tant que les choses soient faites, c'est que la relation existe et qu'elle soit saine. Et si tu n'as pas ça, tu ne peux pas demander grand-chose aux gens. S'ils te le donnent, c'est uniquement sous la contrainte de « Ma hiérarchie m'a demandé ça. » Forcément, ça ne donne pas le même résultat.
- Speaker #0
Est-ce que j'allais te demander ce serait quoi ton cheat code de management ? Est-ce que tu aurais voulu apprendre à 25 ans pour faire moins d'erreurs ? Donc l'écoute, j'entends, le fait de créer la relation, d'investir dans la relation.
- Speaker #1
Effectivement, le fait de se dire c'est la relation d'abord et c'est les résultats après. T'arriveras à rien si tu crées pas la relation avec l'autre. Moi je pense que ça m'aurait aidé aussi qu'on m'explique ce que c'est que la posture d'un manager, que 1, t'es pas là pour tout savoir, on attend de personne et pas même d'un directeur ou d'une directrice générale de tout savoir. Que c'est complètement acceptable et même c'est rassurant pour les équipes de dire parfois, écoute là en fait je ne sais pas. Je vais prendre le temps d'y réfléchir pour te répondre, je n'ai pas la réponse tout de suite. D'être capable de montrer un peu sa vulnérabilité de temps en temps, là aussi ça rassure les gens de savoir qu'on n'est pas des machines et que si toi tu as le droit à l'erreur, ça veut dire qu'eux aussi. Et puis parfois, effectivement, être très attentif au timing. Là aussi c'est lié. À la performance, il y a des tâches qu'on ne donne pas, il y a des choses qu'on ne dit pas dans des moments qui ne sont pas appropriés. Parce qu'en fait, il y a le contenant et le contenu. Tu peux avoir le message le plus cohérent et le plus logique du monde. Si tu le fais dans un moment qui n'est pas approprié, ça ne va pas le faire.
- Speaker #0
Ça ne sera pas entendu.
- Speaker #1
Exactement. Donc, j'ai appris à me dire, ça, ok, je sais que ça doit être fait, mais ce ne sera pas pour moi de non.
- Speaker #0
Beaucoup d'auto-management en fait, pour pouvoir mieux manager.
- Speaker #1
Oui, alors ça c'est sûr que j'ai toujours eu un responsable hiérarchique, mon père. Je ne peux pas dire qu'il m'a managée. C'est-à-dire que non seulement on n'a jamais eu de point, il n'a jamais contrôlé mon travail. Donc je n'avais pas d'orientation sur ce que je devais délivrer. Je n'avais pas non plus d'orientation sur la façon de le faire.
- Speaker #0
Tu n'en avais peut-être pas besoin.
- Speaker #1
Je ne sais pas si je n'en avais pas besoin. Je pense que comme tout le monde, j'aurais adoré un moment dans mon parcours professionnel. Avoir un ou une manager inspirant qui soit un bon manager et qui me donne un peu les clés, il se trouve que ça ne s'est pas passé comme ça. J'ai trouvé mes ressources ailleurs et ça a marché aussi. Mais du coup, j'ai à cœur d'offrir quelque chose de différent à mes équipes. Et ça, c'est quelque chose dans lequel je crois énormément, surtout dans les métiers du service, où ta première ligne de coût, c'est ta masse salariale. Moi, là où je dépense le plus d'argent chaque mois, chaque année, c'est les salaires de mon équipe. Donc en fait, ces gens-là, s'ils n'ont pas un management de qualité, un management authentique, efficace, à l'écoute, avec aussi des rituels et des outils communs, en fait, je me tire une balle dans le pied. Donc pour moi, c'est un investissement très important.
- Speaker #0
Moi, j'ai des amis qui travaillent dans l'hôtellerie ou qui ont travaillé dans l'hôtellerie. à la fois ils ont adoré ces années-là et à la fois ils ont... Tous partis. Parce que l'hôtellerie a cette image, qui ne doit pas être qu'une image d'ailleurs, de collectif hyper soudé, parce que l'intensité est incroyable, et pas compatible après 35 ans en fait. Genre, dès que tu essaies d'avoir une vie de famille, c'est plus possible, tu ne tiens pas le coup en fait. Il y a ce côté très dur. Est-ce que le turnover, du coup, pour toi, c'est un challenge ? Ou est-ce que tu as réussi justement, avec cette attention au management, tu as trouvé une manière de... de rendre ces métiers vivables pour toutes les décennies en fait ?
- Speaker #1
Alors le turnover c'est l'indicateur numéro un que nous on regarde au sein du département RH. Pour moi c'est un vrai indicateur de performance parce que le coût du turnover il est énorme et on le sous-estime beaucoup. Le turnover ça veut dire que ton équipe passe du temps à recruter de nouvelles personnes, l'intégralité de l'équipe passe du temps à former cette personne. Il y a du savoir qui part, il y a plein de choses. Donc oui, nous c'est quelque chose qu'on regardait dans mes mots. On a mis en place beaucoup de choses en termes de marque employeur pour justement pallier à ce sujet-là. T'as raison, l'attractivité des métiers de l'hôtellerie-restauration, elle est super faible. C'est une industrie qui est connue pour avoir des rythmes très compliqués. Tu travailles en horaire décalé, tu travailles régulièrement Le week-end, les vacances, le jour de Noël, etc. Donc tu as vraiment beaucoup de contraintes. C'est très difficile pour la vie de famille. Et même d'un point de vue physiologique. Quand tu as une semaine, tu fais le matin. Et la semaine suivante, tu fais le soir. Ce n'est pas du tout simple de t'adapter à ce genre de rythme. Tu as quand même le contact client. Ce n'est pas simple. Parce que même si nos équipes vivent des aventures et des moments vraiment de grâce. Avec nos clients, il y a aussi des clients difficiles qui se déchargent totalement sur les équipes. Ça ne s'est pas arrangé en post-Covid, où on sent que la santé mentale des gens a été mise à rude épreuve. Donc ce n'est pas simple. Et puis, ce qui est vrai aussi, c'est que ce n'est pas toujours des salaires à l'entrée qui sont très attractifs. Alors quand même que tu demandes aux gens à minima de parler anglais, de bien maîtriser le français et encore une fois, tout ce qu'on vient de dire au sujet des rythmes. Donc ce n'est pas simple. Maintenant, ça reste une industrie. Déjà, tu peux travailler partout dans le monde. Tu n'as aucun problème à trouver du travail, ça je peux te le dire. Et puis, tu as encore un très bel ascenseur social. Les gens qui ont envie de progresser, on va relativement facilement vite leur proposer des responsabilités. Et pour le coup, tu peux être amené à manager extrêmement jeune. Moi, j'ai des adjoints, adjointes dans les équipes qui se sont retrouvés à manager des équipes conséquentes à 23-24 ans.
- Speaker #0
Ce n'est pas toi qui allais mettre ça comme obstacle à la progression quand même.
- Speaker #1
Non, effectivement. Et moi, d'autant plus, je crois beaucoup à ça. Parce que j'aurais été très mal placée pour dire, ces gens-là sont trop jeunes pour manager. Par contre, dans quelles conditions ils le font ? Jusqu'où nous, on les accompagne en les manageant eux-mêmes ? Et quel type de parcours de formation on met en œuvre ? Donc, il y a deux ans, on a commencé à mettre en place les premiers jalons de la marque employeur. Évidemment, c'est passé par la formation. Donc aujourd'hui, on a des parcours de formation. Pour l'ensemble des catégories de métiers du groupe, donc je ne parle même pas de la formation réglementaire, on fait grandir les gens dans leur métier. On ajoute des compétences et donc de l'employabilité à ces gens-là. 100% des managers sont formés chaque année sur le sujet du management. Parce que moi, ce que j'observe aussi, c'est que, bien sûr, il y a des gens qui sont des managers. J'en fais pas partie, c'est une évidence. Et je n'ai pas juste appris une fois, je vais apprendre toute ma vie. Et on le voit aujourd'hui avec l'évolution du rapport au travail. Les managers opérationnels, le jour où ils ont vu en post-Covid arriver des nouveaux comportements, ils étaient comme tout le monde, perdus et fatigués. Donc il a fallu justement avoir des nouveaux outils, des nouvelles techniques. Parce que là où avant on avait des populations relativement homogènes, et toute une population qui était du métier, Maintenant, on a beaucoup de gens qui n'ont... jamais fait de service client, qui ne connaissent pas ce métier, donc il faut vraiment partir de la base. Et on a des gens qui ont toujours envie de faire carrière et d'autres non. D'autres qui sont focalisés sur un équilibre vivre pro-vie perso, où ils partent du boulot, ils ne pensent plus et pas forcément une envie d'évoluer, et bien c'est pas grave. Mais par contre, il faut réussir à offrir à chacun ce dont il a besoin et de malgré tout, comme tu le disais tout à l'heure, faire collectif. Parce que c'est essentiel au sein d'un hôtel.
- Speaker #0
Et puis s'il y a besoin d'une solidarité forte. Exactement.
- Speaker #1
Beaucoup de challenges. Il y en a un qui ne fait pas bien son travail, ça retombe sur ses... collègues. C'est une évidence. On a beaucoup investi dans la formation. On investit beaucoup aussi dans les temps d'équipe. Dans tous les métiers, en dehors de ceux de réceptionniste, il y a des séminaires par métier où tu échanges avec tes pairs, on vient développer tes compétences parce que moi, j'aime bien l'idée de créer des communautés. Une fois qu'ils se connaissent, ils ont leur compte WhatsApp, ils se donnent des tips, ils s'appellent, etc. Moi, je le fais. à mon niveau. J'ai un club de dirigeants hôteliers, on se retrouve une fois par mois, on partage nos chiffres, on travaille sur un sujet, et après, on dîne ensemble. Ça me semble fondamental et je trouve ça chouette, quand t'as la chance d'être un groupe, de te dire que t'intègres pas juste un hôtel, t'intègres une communauté de directeurs, de responsables techniques, d'adjoints de direction, et tu peux grandir avec tes pairs. Et puis après, il y a un certain nombre d'avantages, ça va du tarif staff, au forfait mobilité durable, où on donne des sous pour acheter un vélo électrique, avec aussi quelque chose qui est très important pour moi, tout ce qu'on fait vis-à-vis de la parentalité. Donc nous aujourd'hui, on fait, c'est pas du tout dans la convention collective, mais le maintien de salaire pour le congé maternité, paternité, y compris sur ton variable. Je ne veux pas que pour les collaborateurs et collaboratrices, le jour où ils apprennent qu'ils vont être parents, se pose la question financière et de comment il faut combler le gap entre ce que prend en charge la sécu et l'employeur. Ça, c'est hyper important. Moi, je tiens à ce que quelqu'un qui devient parent, ça reste une joie pour cette personne, ça doit l'être aussi pour l'employeur et qu'on sache s'organiser en compétence et c'est ça le plus dur, tu vois. C'est au sein d'un hôtel, quand tu deviens parent, c'est hyper compliqué. Alors, dans les équipes de management, c'est possible, ça s'organise. Pour être honnête, quand tu es par exemple réceptionniste, avec les horaires que tu as, c'est hyper compliqué. Ça veut dire que tout simplement pour avoir un mode de garde, il faut soit que ton conjoint ait des horaires très différentes.
- Speaker #0
Selon que tu ne le vois plus.
- Speaker #1
Et du coup, ça sacrifie ton couple. Tu privilégies ton enfant mais tu passes peu de temps ensemble. Soit d'avoir de la famille qui gère une partie de la garde.
- Speaker #0
Parce que réceptionniste, ça veut dire réceptionniste de nuit.
- Speaker #1
Même si t'es pas réceptionniste de nuit, tes horaires ça va être
- Speaker #0
7h-15h ou
- Speaker #1
14h-23h. On est d'accord que sur ces horaires-là, un mode de garde classique, même une nounou ou une aspate, c'est hyper compliqué à trouver. Et c'est pas forcément souhaitable pour ton enfant non plus.
- Speaker #0
Personne n'a envie de se retrouver avec son petit loup en poussette à 6h30 du mat.
- Speaker #1
Ça c'est un truc que j'ai pas craqué.
- Speaker #0
T'as pas créé encore la garderie au sein des hôtels ?
- Speaker #1
Non. Pas encore.
- Speaker #0
Je sens que tu l'as quelque part sur un petit bout de papier.
- Speaker #1
Après, ça génère une complexité en termes de coûts, de sécurité. Il y a plein de sujets. Mais tu vois, par exemple, j'échange avec d'autres chefs d'entreprise de complètement d'autres milieux. Et eux, par exemple, en zone un peu plus rurale, ils se sont mis à plusieurs entreprises pour payer une crèche sur la zone. Et ça, je trouve que c'est assez intelligent et vertueux. Mais bon, j'ai que 15 ans de carrière, j'ai encore plein de temps pour réfléchir à ce sujet-là et essayer de trouver des solutions.
- Speaker #0
Ça fait combien de temps que t'as pris la direction et que t'as repris le flambeau de ton papa ? Faut qu'on en parle de ça.
- Speaker #1
Ça fait 4 ans que j'ai été nommée directrice générale et t'as raison de le dire, ça fait pas 4 ans que j'ai les clés du camion. Il y a plein d'étapes. Je pense évidemment, le jour où ça t'arrive, et puis moi, ça m'est quand même arrivé relativement jeune, il y avait quand même des sujets sur lesquels je n'étais pas à l'aise, où j'avais besoin d'apprendre, de comprendre ce qui se passait. Tu vois, j'avais beau être au cœur du réacteur, tant que je n'avais pas accès, enfin en tout cas un accès beaucoup plus proactif aux chiffres, à la direction financière, j'avais pas du tout la même vision des enjeux de l'entreprise. et c'est pour ça aussi que je voulais l'étape d'après C'est que moi j'avais fait mon temps sur les métiers du marketing et de la communication, j'avais envie d'avoir la vision globale, donc il y a déjà le fait, t'as des choses à apprendre. Et puis pour mon père, ça a été difficile parce qu'il nous avait toujours dit, le jour de mes 70 ans, si je suis encore là, mettez-moi à la porte. La réalité c'est que le jour de ses 70 ans, on a fait une fête, on lui a fait un cadeau, on a réuni tous les anciens collaborateurs. Il m'a soi-disant passé le flambeau et puis le lendemain, il est venu au bureau et tous les jours d'après.
- Speaker #0
Papa, rends ton badge !
- Speaker #1
Et je comprends parce que pour quelqu'un qui a une si belle carrière derrière lui, qui se sent encore en pleine forme...
- Speaker #0
qui s'amuse aussi j'imagine dans son taf,
- Speaker #1
qui s'épanouit dans son boulot et qui a toujours fait le choix de privilégier sa vie professionnelle au détriment de sa vie personnelle, y compris sa vie familiale. En fait, lui, le cœur de son plaisir au quotidien, c'était son travail. Sa sociabilisation, c'était son travail. Et du coup, quand il a commencé à percevoir qu'il perdait ça, ça a été hyper compliqué. Hyper compliqué, mais bon, je ne connais pas de transmission qui se passe comme sur des roulettes. Là aussi, moi, j'ai beaucoup échangé avec des familles qui ont vécu ça. C'est dur pour lui, c'était un deuil. Moi, je ne voulais pas non plus, même si j'étais là depuis le début, c'est quand même son bébé. C'est lui qui a mis un moment tout ce qu'il avait financièrement dans cette histoire. Donc, je ne voulais pas lui arracher non plus. Donc, j'ai longtemps attendu jusqu'à ce qu'on ait une discussion après un incident. où j'ai dû lui dire que ça devenait trop compliqué pour moi et que sa présence ne me permettait pas de prendre pleinement mon poste parce que ça voulait dire que déjà, il était en backup surtout, y compris sur des sujets où ça m'arrangeait. Et en fait, pour les équipes, c'était compliqué parce qu'ils ne savaient plus qui était responsable de quoi. Et bien voilà, en fait, sur un bateau, il faut un seul capitaine. Donc suite à ça, il a vidé son bureau. Et aujourd'hui,
- Speaker #0
il l'a entendu.
- Speaker #1
Oui, ça lui a énormément coûté. Et je suis consciente du sacrifice qu'il a fait à ce moment-là. Mais je suis persuadée qu'au fond de lui, il avait aussi le sentiment, et puis bon, il y a eu tout ce qu'a pu dire l'environnement aussi dans ces moments-là, mais que c'était quand même le mieux pour la boîte. Et je pense qu'il se disait, c'est pas le mieux pour moi, c'est sûr. C'est un déchirement, mais ça reste la meilleure solution pour l'entreprise.
- Speaker #0
Il a accepté de se sacrifier pour que son bébé grandisse en fait.
- Speaker #1
Exactement, c'est un peu ça qui s'est passé et puis moi aussi familialement, même si moi je lui ai dit à un moment tu sais en fait ce sera toujours la famille avant la boîte, si à un moment tu penses que je suis pas capable, et bien soit, moi j'irai faire ma carrière ailleurs, on a construit un truc génial que j'adore et qui me fait vibrer au quotidien mais si la suite de mon histoire elle est ailleurs... C'est plus important pour moi qu'on continue à bouffer ensemble le dimanche,
- Speaker #0
quoi. Cette conversation, tu l'as préparée ou elle est arrivée spontanément ?
- Speaker #1
Alors, elle est arrivée spontanément, mais c'est parce que je m'étais préparée à ce moment-là, notamment avec une coach extraordinaire qui m'a accompagnée pendant plusieurs années, que j'ai eu le courage d'aller au bout. Parce que le jour où ton père te demande... Est-ce que ma présence est devenue un problème ? Moi, j'ai eu l'image du samouraï avec un katana qui me demandait « vas-y, ouvre-moi le ventre » . C'est symboliquement et concrètement extrêmement violent. Donc, je n'avais pas beaucoup préparé ce moment-là. Et pourtant, c'est marrant parce que quand tu discutes avec des gens qui ont vécu une transmission, il y en a plein qui m'ont dit « tu sais, à un moment, Solène, il faudra tuer le père » . bah oui c'est aussi dur que ça c'est ce qu'il en coûte la bonne nouvelle c'est que derrière lui passer un petit moment un peu dur, il est passé à autre chose et que moi ça m'a vraiment permis de prendre mon envol et que pour autant il est pas rancunier quand j'ai besoin de lui il est toujours là t'es le meilleur des deux mondes en fait,
- Speaker #0
mais quel courage j'imagine ce moment où t'es face à ton père et où tu dois répondre oui Merci. J'ai besoin que tu partes.
- Speaker #1
C'est pas simple, mais tu vois, mon parcours, il est fait aussi de beaucoup de questionnements, beaucoup de doutes, beaucoup de réflexions, beaucoup de prises de recul. Moi, j'ai jamais arrêté de me former. Je suis à l'APM, l'Association pour le progrès du management. Une journée par semaine, j'ai une formation avec un expert, une experte d'un domaine. J'échange beaucoup avec mes pairs dans l'hôtellerie, mais aussi avec plein de... d'amis, entrepreneurs, de contacts.
- Speaker #0
Je te sens très connectée. Oui, genre à te nourrir des uns et des autres et des visions, des perspectives des uns et des autres.
- Speaker #1
Tu vois, moi, je ne vois pas pourquoi t'aurais la vérité et pourtant je suis quelqu'un d'intuitif, mais je me dis que tu gagnes un temps fou parfois sur certains sujets. Tu vois, typiquement nous, notre groupe hôtelier, il y en a un qui a une question, il la pose aux autres. En un quart d'heure, il a une dizaine de réponses. Bon, ben, tu gagnes un temps fou en fait. Pourquoi s'astreindre à chercher toujours la réponse soi-même ? Et puis après, pour les choses plus difficiles, où ça va prendre du temps, au moins tu t'es gardé ce temps-là, parce qu'il y a des choses qui maturent.
- Speaker #0
Il y a beaucoup de personnes, et moi j'en fais partie, parfois j'ose pas demander de l'aide sur certains sujets, parce que j'ai peur de passer pour quelqu'un qui est bête, ou tu vois, ça reflète une incompétence. Toi, tu as cette humilité de te dire « je ne sais pas, je ne sais pas » et je demande.
- Speaker #1
Moi, je n'ai pas trop ce problème.
- Speaker #0
C'est une force.
- Speaker #1
Notamment, j'ai une directrice générale à douane sur le sujet financier. Elle pourrait te raconter mes débuts en tant que DG ou sur le volet financier. J'étais à la rue. Déjà, j'ai pris un prof, quelqu'un de génial, ancien cadre d'accord, qui m'a vraiment donné des cours. comme à l'école. Ça existe. Oui, bien sûr. Je n'avais pas honte de dire à ma DGA, « Hortense, en fait, je n'ai rien compris. Je suis complètement dépassée. Est-ce que tu peux me... Le B.A.B. du truc. Et en fait, c'est surtout que je l'ai fait rapidement et il n'y a jamais quelqu'un qui m'a dit « Tu es gonflée quand même, tu ne sais pas ça. » Mais en vrai, c'est rarissime quand tu demandes quelque chose, que les gens te disent « C'est vraiment une question con. J'aurais pensé que tu savais ça. » A priori, non. A priori, il y a plein de gens qui sont super contents de transmettre.
- Speaker #0
Alors déjà, quand tu disais ça, quand tu disais j'ai rien compris, physiquement, tu ressentais quoi ? Est-ce que tu ressentais de la gêne ou est-ce que tu le disais de manière très décomplexée ? Donne-moi un peu les couleurs. En fait,
- Speaker #1
j'ai aussi un peu d'humour. Donc en fait, tu vois, j'ai un peu tendance à grossir le trait et à dire, vas-y, j'ai rien compris. Franchement, je suis nulle, c'est la cata.
- Speaker #0
Ok, j'utilise l'humour.
- Speaker #1
Bye Ouais, en fait, il faut dédramatiser les choses. C'est pas hyper grave. C'est pas hyper grave et surtout, je préfère le dire à des gens que je connais, qui sont a priori bienveillants, là pour que les choses marchent, plutôt que de me trouver un jour dans une réunion, un rendez-vous hyper important où là, pour le coup, si je sais pas, j'ai l'air couillonne, quoi. Et là, ça peut générer plus de stress chez moi.
- Speaker #0
Donc tu choisis quand même... Avec qui tu peux te confier sur... Il faut qu'il y ait cette confiance, en fait.
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais. Il faut effectivement que tu aies un niveau de confiance où tu te dis que la personne en face ne va pas te juger parce que tu ne sais pas et ne va pas se moquer.
- Speaker #0
J'avais lu quelque part que quand tu as une grande réunion, il arrive souvent qu'une personne ose poser une question pour clarifier un point et que cette personne, généralement, ça lui coûte un petit peu et que ça soulage, en fait. le reste du groupe, parce qu'il y a plus d'une personne qui n'a pas compris le point. Mais ça demande du courage, et ça demande, oui, cette humilité, cette capacité à se dire « c'est OK, c'est même important que je sache maintenant, plutôt que de rester avec ma question. » Alors qu'il y en a beaucoup qui vont avoir la stratégie de « je vais noter parce que je ne sais pas » , et derrière, ils vont faire des recherches, ils vont...
- Speaker #1
C'est vrai que, oui, je pense qu'au début de ma carrière, j'étais beaucoup comme ça, et puis j'apprenais tout. C'était pas mon industrie, c'est tellement complexe, vraiment, donc j'étais beaucoup à absorber un peu comme une éponge, à me dire tiens, il faut que je creuse ça, etc. Mais bon, tu vois, il y a plein de sujets, je trouve que la parentalité c'est un super bon exemple. Moi j'ai abordé la parentalité comme plein de sujets, j'ai lu plein de bouquins, et le jour où c'est arrivé, j'étais à la rue comme tout le monde. Et j'échalais en appelant mes copines, en disant ça va pas, je m'en sors pas, etc. Terra-bumba ! Voilà, tu vois, et être parent, ça m'a rendu beaucoup plus humble. Vraiment, je me suis rendue compte à quel point c'est pas ton niveau de motivation et d'envie qui va déterminer ta performance. Tout le monde veut être le meilleur parent du monde pour son enfant. Et pour autant, il y a des choses qui vont pas être simples, il y a des choses où tu trouveras pas les clés tout de suite. Et en fait, c'est la vie. Et de toute façon, tu peux tout faire bien et développer... des traumas à côté, de toute façon. Oui, mais carrément. Et je sais qu'un jour, ils iront voir, enfin, je leur souhaite, ils iront voir un psy pour raconter à quel point on a mal fait sur tout un tas de sujets. Moi, je veux juste être sûre que le jour où ils seront dans cette réflexion-là, qu'ils se disent nos parents, ils ont donné de leur temps. Ils ont été présents. Ils ont été à l'écoute. Peut-être qu'ils ont été très maladroits sur certaines choses. Peut-être qu'ils ont fait des mauvais choix. Mais ils ont été là.
- Speaker #0
Et ils nous ont donné de l'amour.
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais. Et ça, c'est la base. Et c'est marrant parce qu'en fait, en management, c'est un peu pareil. Tu peux avoir tout type de manager. Si tu as le sentiment que ton manager t'a accordé sa confiance a priori et qu'il a un certain niveau de disponibilité, eh bien, en fait, toi-même, tu vas être en confiance dans la relation. Et ça va déjà faire beaucoup.
- Speaker #0
C'est la base. C'est la pyramide de l'entraînement. J'en parle avec tous mes clients en coaching. Pyramide de l'entraînement. Première étape, la confiance.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Tu ne peux pas avoir des débats, des discussions productives et tu ne peux pas atteindre des résultats s'il n'y a pas de débat, s'il n'y a pas de décision collective, mais où vraiment tout le monde a partagé son opinion et les personnes ne partageront vraiment leur opinion que s'ils ont confiance que tu peux les entendre. Je pense à deux choses. Premièrement, tu m'as dit qu'il y a quatre ans que ton père est parti à la retraite, tu as repris le flambeau un peu après, mais il y a quatre ans, tu as eu ton deuxième.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
tout à fait. Donc tout ça s'est passé. En fait, tu es devenue directrice générale, au moins dans le titre. Tu avais un enfant de deux ans et un nouveau-né.
- Speaker #1
Oui, c'est à peu près ça.
- Speaker #0
Comment t'as vécu justement cette phase-là de... Pas seulement parce que... Je trouve qu'on parle beaucoup du fait de devenir maman, mais je trouve que ce n'est pas l'accouchement le plus difficile, c'est le retour du congémat. Pour moi, la première grosse claque, c'est le retour du congémat. Et c'est graduellement, en fait, les enfants demandent de plus en plus d'attention et nous font vivre justement de plus en plus de culpabilité. En tout cas, moi, j'ai ressenti. Comment est-ce que toi, tu as vécu tout ça, l'être prise de ses fonctions ? Et en parallèle, l'intensité de la maternité.
- Speaker #1
Très différemment selon les deux naissances. Mon deuxième retour de congé mat, ça s'est plutôt bien passé. Mon premier retour de congé mat, ça a été l'horreur. Franchement, j'ai failli jeter l'éponge. Mon petit garçon, il est né en plein Covid pendant le confinement.
- Speaker #0
Enfer.
- Speaker #1
Je ne sais pas parce que...
- Speaker #0
Le papa était là pendant l'accouchement ?
- Speaker #1
Non, non, non, j'ai accouché toute seule. Après, franchement, tu vois, moi, j'étais hyper heureuse de devenir maman. Mon mari aussi. On a accueilli notre enfant dans un contexte où il y a des gens qui mouraient à côté, tu vois. Donc, en fait, on se disait qu'on avait quand même une chance incroyable. Et on a vécu dans notre petite bulle jusqu'au un mois et demi de notre fils, moment du déconfinement. Donc, on a fait le choix de voir ça comme une expérience positive. Même si j'ai découvert à la deuxième que c'était quand même un petit peu plus cool de ne pas vivre ça en plein confinement. Mais vraiment, pour moi, le trauma, il n'était pas là. Le trauma, ça a été parce que moi, je suis partie en congé mat le jour du confinement. En fait, le week-end, je suis partie en congé mat en me disant génial, mes dossiers sont triés, mon équipe est en place, la boîte va bien. Merci. profiter de cette naissance, ça va être un bonheur. Et puis, ça faisait déjà, tu vois, de nombreuses années que je travaillais à fond pour Oco. Je voyais ça vraiment comme une bénédiction.
- Speaker #0
Je rigole parce qu'en fait, là, dans mon cerveau, je viens de rattacher le fait que t'es partie en plein Covid et que tu travailles maintenant, enfin, directrice générale, mais à l'époque, dans un groupe hôtelier.
- Speaker #1
Voilà. Donc, je pars avec tout ça dans ma tête et dans mon cœur et je me dis, trop bien. Et mon premier week-end de congé mat, le confinement est prononcé. Et en fait, très vite, on discute au sein des équipes. Et je me souviendrai toute ma vie d'un call qu'on a, où le directeur financier dit, mais c'est quoi la pire hypothèse ? Et on lui répond, moi je m'entends lui répondre, la pire hypothèse, c'est zéro. C'est, on ferme tous les hôtels et il n'y a plus un euro de chiffre d'affaires qui rentre. Et en fait, du jour au lendemain, On se retrouve à fermer la totalité de nos établissements, à mettre nos équipes au chômage partiel, avec des millions d'euros de charges qui courent, parce que nous on n'a pas les murs de nos hôtels, donc c'est un peu comme tu loues ton appart, tu dois toujours ton loyer. Donc plus un euro de chiffre d'affaires qui rentre, et des charges à n'en plus pouvoir, donc très vite, financièrement en exsangue, et donc il faut sauver la boîte. Et au milieu de tout ça, mon père fait un petit acte manqué, il part se confiner en Bretagne. sans son chargeur d'ordinateur. À un moment où c'est très compliqué de se faire approvisionner de quoi que ce soit. Donc, il est difficilement joignable, etc. Donc, on se retrouve dans des trucs pas possibles. Et j'ai un souvenir hyper confus de cette époque où à la fois, moi, je m'apprête à vivre un truc qui, à titre personnel, est complètement génial. Et j'accueille mon enfant. À l'époque, c'est quand même beaucoup mon père, le directeur financier, la directrice des opérations. qui prennent la main et qui se débrouillent pour sauver l'entreprise. On se retrouve quand même à... ça nous a coûté 20 millions d'euros cette histoire. Il y a eu 6,5 millions d'augmentation de capital auprès des actionnaires, les propriétaires des murs qui acceptent une remise de 7 millions d'euros de loyer, tous ensemble, et on prend 6 millions de prêts garantis par l'État. Et en fait, chacun dit, si l'autre il ne va pas, je n'y vais pas. Donc voilà, ça a été une pression. énorme et au milieu de ça on reçoit des offres de rachat à des prix indécents parce que les gens se disent qu'ils ne vont pas tenir. Et quand on revient de tout ça, moi je reprends mon travail je laisse mon petit bonhomme de 5 mois, je reviens dans ce contexte où on a failli perdre la boîte, où financièrement c'est hyper compliqué et où chacun aussi a vécu ce confinement à titre personnel. Donc il faut se dire quand même que les gens dans l'hôtellerie restauration, il y a un moment où ils se sont dit Peut-être que quand je reprends ma vie professionnelle, notre métier n'existe plus. On est passé par là à certains moments. Et nous d'ailleurs, il y a beaucoup de banquiers qui disaient, moi je ne mets plus un euro dans l'hôtellerie. Qu'est-ce qui nous dit que demain on va revoyager ?
- Speaker #0
On a oublié.
- Speaker #1
On a oublié. Ah ouais, mais moi j'y repense souvent parce que vraiment ça a été... Hyper violent ce moment où tu retrouves les équipes et les gens psychologiquement ne sont pas bien, ont eu l'impression d'être délaissés dans les établissements, ils ont eu l'impression d'avoir été totalement lâchés, alors que chacun voit midi à sa porte, mais c'est vrai que l'équipe du siège, de toute façon, n'avait pas le droit de se déplacer. Et puis on était mobilisés sur le sujet purement financier et l'activité partielle. Donc, c'est vrai que ce n'est pas des moments où on a pu faire des cafés virtuels. Et c'est vrai que le retour d'activité est merdique aussi. Parce qu'en fait, tu as des pics, puis ça redescend, puis il change qu'il soit le protocole. Donc, c'est rude, Et oui, j'ai un souvenir très difficile. Et au milieu de ça, il y a quelqu'un dans l'équipe, quand je reprends, probablement pas très bien intentionné à mon égard, mais qui me dit, ça va être dur pour ton équipe. parce que quand même... Tu vois, ils ont tellement aimé leur autonomie, ça a été tellement chouette de travailler par eux-mêmes que bon, je ne sais pas s'ils sont très contents que tu rentres. Et je pense que dans ces moments-là, en fait, tu es en postpartum, tu as vécu le Covid, tu n'as plus de lucidité sur les choses. Ça change beaucoup de choses d'être maman. Et puis moi, j'avais un petit garçon qui ne dormait pas, donc je reviens dans ce truc-là. Et là, j'ai eu beaucoup de mal à retrouver ma place. Beaucoup, beaucoup, beaucoup de mal. J'étais vraiment un peu perdue, je me suis posé plein de questions et à des moments je me suis dit est-ce que le niveau de stress, de souffrance que je ressens parfois, il vaut tout ça quoi. On sent ton émotion là. Ouais, mais ça a été dur parce que je pense que c'est un truc dont je pouvais pas parler en interne et j'ai eu la chance, enfin, et j'ai toujours la chance, mon mari m'a énormément soutenue dans ces moments-là. Il m'a vraiment aidée à m'accrocher, il m'a aidée à prendre du recul. J'ai été accompagnée aussi par un coach et je suis sortie de là en me disant en fait stop. Oui il y a des tas de trucs qui ne sont pas parfaits, il y a des tas de choses que j'ai fait, pas fait. En fait on s'accroche, on continue, on avance, on réfléchit et c'est dans ce contexte là que j'ai pris un poste. de directrice générale adjointe. Donc, ouais, c'est des sacrés trucs. Mais en fait, moi, mes enfants, ça m'a toujours donné énormément de force. Déjà, ça m'a obligée à changer ma façon de travailler. Parce qu'avant, en fait, quand t'as pas de pression sur les horaires, puis mon mari avait des très gros horaires aussi, donc de toute façon, je savais qu'il n'y avait personne qui m'attendait en rentrant.
- Speaker #0
Ça pouvait glisser.
- Speaker #1
Il n'y avait pas de sujet. Et du jour au lendemain, si je voulais voir mon bébé avant qu'il s'endorme, il fallait que je rentre à une heure descente chez moi. Ça m'a complètement changée en termes de productivité. Déjà, j'ai lâché prise sur certaines choses où j'ai délégué parce que je n'avais pas le choix. Et puis, il y avait des choses qui ne me paraissaient plus aussi importantes. Avant, je pouvais me prendre la tête une heure pour un sujet de couleur, de trucs, de machins. Là, je me suis dit, vas-y, on ne sauve pas des vies. Il y a des choses plus importantes dans la vie. Fais confiance aux autres. Ça va rouler, laisse un peu le truc.
- Speaker #0
Tu rattraperas s'il faut.
- Speaker #1
Exactement. Je pense que c'est là où j'ai vraiment appris à manager. Parce que je n'ai pas eu d'autre choix que de faire confiance à mes équipes. Et c'est là que j'ai commencé à comprendre comment ça pouvait marcher. Et à prendre plaisir aussi, en fait, à être manager. À me dire, oui, ça peut être agréable. Ça peut très bien marcher. Ça peut être très gratifiant de réussir les choses de façon collective.
- Speaker #0
Il y a un gros... Je ne sais pas si c'est un gros boulot, mais je pense qu'il y a beaucoup de choses qui peuvent être faites dans les entreprises pour mieux accueillir justement les retours de congés maths. Et bien sûr, il y a des accompagnements qui existent, mais c'est aussi un mindset au niveau des équipes dirigeantes et comment c'est géré pendant l'absence. Parce que ce que tu dis, moi je me rappelle d'avoir Alors... profiter de l'absence d'un manager. Dans le sens où mon manager n'est pas là pendant X temps, ben oui, tu as plus d'autonomie, tu découvres certaines choses et c'est difficile quand la personne revient. Donc moi, je peux l'entendre qu'en fait, quand on part en congé mat, ben oui, on laisse la place, il se réorganise. Et quand aussi t'es pas remplacé, parce qu'il y a beaucoup d'entreprises qui font le choix de ne pas remplacer, Ça met beaucoup de pression sur les équipes. Il y a beaucoup d'éléments sur lesquels l'employeur peut agir, je trouve, pour rendre ce retour de congé mat plus agréable. Parce qu'encore une fois, je pense que pour beaucoup de femmes, c'est une vraie preuve.
- Speaker #1
Et je trouve que c'est des petites choses, mais au moment où la personne reprend son poste, qu'il y ait des petites attentions, tu vois, t'arrives, on t'offre un cadeau de naissance, on te fait comprendre. qu'on est content que tu reviennes, ton poste de travail est prêt, il n'y a pas quelqu'un qui s'est installé à ta place, tu as un entretien de retour avec ton manager, tu as des tas de petits rituels comme ça qui te font sentir que oui, il s'est passé des choses en ton absence, mais qu'on est content que tu reprennes. Et puis après, je pense qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de réflexions autour de ces premiers mois. Tu vois, nous, on est en train de discuter. Qu'est-ce qu'on va faire ? que Par exemple, sur le congé parentalité qui est proposé maintenant, on paye le delta pour vraiment inciter les gens à le prendre. Ou alors, est-ce qu'on propose que les gens reprennent à 80% payés sans ? J'ai eu besoin de reprendre très tôt après mes enfants. Tu vois, ma fille, j'ai repris le boulot, elle avait à peine trois mois, parce que je savais à qui je la laissais aussi, mais parce que je n'ai pas repris full time en fait. Mais j'avais besoin de ça, j'avais besoin de rebosser. Mais pour autant, j'avais aussi besoin de petits laps de temps où je passais une après-midi avec elle et tout. Et ça, je pense que c'est un truc qu'on doit offrir aux salariés.
- Speaker #0
Oui, parce que finalement, c'est ce qui est le plus... Enfin, c'est ce qui est important d'avoir des temps pour se reposer. Parce que moi, je fais partie de la team, les enfants ne dorment pas du tout quand tu reprends le boulot. Donc, tu arrives quand même souvent au bureau, tu as un vrai zombie. Et du coup, d'avoir des vrais moments pour se reposer et pas être tout le temps dans le rush de... C'est l'heure, le bain, le retour, libérer la nounou. C'est tellement speed, c'est tellement dur. Courage à toutes celles qui nous écoutent si vous êtes en retour de congé.
- Speaker #1
À tous les parents. À tous les parents et les papas aussi. Maintenant, je trouve ça super chouette. Je vois des collaborateurs qui sont devenus papas et qui, je pense, ont un autre engagement dans la parentalité que la génération d'avant. C'est chouette aussi. Et eux aussi, ils arrivent décalqués.
- Speaker #0
Bien sûr, c'est vrai. C'est vrai. Le temps défile et je pourrais te poser encore 20 milliards de questions. Avant d'arriver au rituel de fin, j'ai une dernière question pour toi. Tu es, je pense, la plus jeune directrice générale d'un groupe hôtelier. Femme. Femme, jeune, groupe hôtelier. Comment, quelle serait ton... J'ai trop de questions. Attends, il faut que j'en choisisse une, sinon on va partir pendant trop longtemps. J'imagine que tu te retrouvais plein de fois, étant la plus jeune et parmi les seules femmes. dans une salle. C'est des choses qui déclenchent le syndrome de l'imposteur directement. Est-ce que toi, tu l'as ressenti ? Et surtout, qu'est-ce que tu as fait ou qu'est-ce que tu as appris pour gérer ces situations-là et te sentir à ta place ?
- Speaker #1
Paradoxalement, j'ai assez peu senti ce syndrome.
- Speaker #0
Ok. Je sais. C'est une bonne chose.
- Speaker #1
Pas ce qui a fait dans mon éducation et dans mon parcours par la suite. Je me suis toujours sentie capable. Avec, bien sûr, plein d'imperfections, plein de choses à travailler. Mais en fait, je pense, j'ai eu assez jeune une espèce de révolte en m'apercevant qu'on était tous dirigés, surtout dans les milieux un peu élitistes, donc on dirige les garçons et les filles vers des études de même niveau. Mais en fait, derrière, ça ne se passe pas comme ça. Pour plein de raisons. Et en fait, moi ça m'a mis en colère très tôt. Ça m'a mis en colère dès l'école de commerce, on a fait la même, ou quand j'ai vu le comportement des garçons vis-à-vis des filles, comment c'était entretenu de longue date, et comment il y avait aussi un laisser-faire de l'école vis-à-vis de certains comportements, mais ouvertement sexistes et misogynes.
- Speaker #0
Je vois pas de quoi tu parles !
- Speaker #1
Qui se répètent derrière naturellement l'entreprise. Et en fait, moi, il faut être honnête, ça m'a foutu la rage. Et je me suis toujours dit, très jeune, il n'y a absolument aucune question, aucune raison pour que les choses se passent comme ça. Et moi, j'arriverai au même niveau que les mecs. Alors, il se trouve qu'il y a plein de gens qui te diront « c'est facile, son père lui a donné la boîte » . Oui, alors bon, j'étais quand même là depuis le début, donc je ne peux pas dire que je n'ai pas contribué. Mais c'est sûr que même pour lui, ça a été une question. J'aurais été un garçon, il m'aurait filé la boîte tout de suite. Et ça a été une question pour lui. Il se disait, il avait pensé à d'autres organisations parce que pour lui, avoir une famille et diriger une entreprise, ce n'était pas possible.
- Speaker #0
Peut-être qu'une partie de lui aussi avait envie que tu sois plus maman que... Oui,
- Speaker #1
peut-être qu'il avait peur pour moi. Peut-être que ce que lui, il n'avait pas réussi à faire, avoir une carrière intense. Et une présence à la maison, ils se disaient que ça ne pouvait pas se construire. Et moi, en fait, j'ai toujours tout voulu. J'ai toujours voulu être maman, j'ai toujours voulu être là relativement tôt pour mes enfants. Aujourd'hui, moi, je ne retravaille pas le soir, je ne retravaille pas les week-ends. Ça ne veut pas dire que je ne passe pas un soir, deux soirs dans des cocktails et des dîners. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas de déplacement. Ça ne veut pas dire que ma vie, elle est simple tous les jours. Mais je peux être très présente pour mes enfants dans les moments qui comptent. Et avoir ce job qui me passionne et qui est très demandeur. Donc en fait, j'ai tellement la rage par rapport à ça, par rapport à tout ce qu'on essaie de faire croire aux femmes sur leurs limites, parce que je trouve ça profondément injuste. Moi, ça a été un gros driver pour moi. Un gros, gros, gros driver pour arriver jusque là où je suis. Et je trouve que ça fait partie du coup de mes devoirs, parce que j'ai eu la chance d'en arriver là. de partager cette expérience pour montrer aux jeunes femmes aujourd'hui, ou même pas forcément jeunes, que oui, on est capable de dépasser ce plafond de verre. Et parfois, il y a deux choses qui existent. Il y a le monde tel qu'il est et le regard de certains actionnaires par rapport aux femmes, de certains top managers. par rapport aux femmes. Moi, j'ai rencontré des gens qui ne supportaient pas d'être managée par une femme. Ça, ça existe encore. Et il y a ce que toi, tu te dis au fond de toi sur ta capacité à y arriver, sur ton niveau de culpabilisation en tant que maman. Je travaille, donc je ne suis pas... Tu ne peux pas agir sur le monde extérieur. Ça va prendre encore du temps, les mentalités. Tu peux agir sur comment toi, tu te sens vis-à-vis de toi-même. Donc moi, j'ai travaillé sur ce sur quoi je pouvais travailler. Et j'ai essayé de me trouver le plus en paix possible dans ce truc-là, avec mes règles, mon mode de fonctionnement. Et voilà, c'était déjà beaucoup.
- Speaker #0
Ce que je trouve hyper intéressant avec toi, c'est qu'à la fois il y a ce côté fonceuse, dans le sens... Pas fonceuse dans la rapidité, mais genre tu sais où tu veux aller, tu vois comment le faire et tu traces ta route. Et en même temps, tu es très ouverte aux autres. Donc tu t'entoures, tu discutes. Donc il y a ce côté vraiment, tu choisis tes alliés. En fait, comme si tu rajoutais les personnes qui avaient le droit de t'éclairer sur ton chemin. Mais tu restes quand même... Est-ce que ça te parle comme description ? Oui,
- Speaker #1
ça me parle. Et je pense qu'être chef ou être patron, c'est ça. C'est à la fois...
- Speaker #0
Patronne.
- Speaker #1
Oui. Être patronne, c'est vraiment ça. Moi, il y a un moment, je n'étais pas très à l'aise avec le truc. Parfois, tu entends, chef, c'est cheffé. Et il y a des sujets où, oui, c'est moi qui prends la décision. In fine, c'est moi qui ai le dernier mot. Et parfois, c'est moi qui porte quasi seule la responsabilité de certaines décisions que je prends. Ça n'empêche pas de consulter. de challenger ta propre pensée, ta propre décision, parce que ça va peut-être faire évoluer des choses, ou te confirmer dans ton intuition. Et ça n'empêche pas de co-construire certains éléments. Tu vois, nous, on est entreprise à mission chez OCO, on est un des rares groupes hôteliers à l'être. Pour moi, c'était important que le projet OCO ne soit pas juste les collaborateurs, c'est les collaborateurs, les actionnaires, les clients. les fournisseurs avec qui on travaille au quotidien et les territoires dans lesquels on s'implante. Et on essaie de construire au mieux pour l'ensemble de ces gens-là. Ce qui est hyper exigeant, mais ce qui donne un sens assez énorme. Donc je pense que oui, on a cette obligation parfois de donner le cap et de le tenir envers et contre tout. Et moi, je me suis posé beaucoup la question, et je n'ai pas la réponse de qu'est-ce qui fait qu'il y a certaines personnes qui arrivent là et jusqu'où ils sont légitimes. et qu'est-ce qui fait que pour d'autres c'est pas accessible ou c'est passé tout à table, j'en sais rien parfois moi j'ai un peu ce syndrome de qu'est-ce que j'ai de plus que les autres et bah déjà il y a un élément de réponse c'est qu'il y a plein de gens qui n'ont pas envie il y a plein de gens qui ne sont pas à l'aise qui sont beaucoup plus à l'aise d'être ceux qui conseillent ceux qui exécutent ceux qui suivent le cap et qui peuvent être des alliés extraordinaires moi j'ai rencontré Plein de gens dans ma carrière qui ont fait grandir le groupe et qui ont contribué à son développement et à sa prise de valeur, mais qui n'auraient pas aimé être en haut. Donc déjà peut-être l'envie d'y aller, c'est déjà ça.
- Speaker #0
L'envie et puis ce que tu disais, cette rage aussi de montrer que c'est possible.
- Speaker #1
Ah ouais, et puis qu'on ne démérite pas et qu'on ne vaut pas moins.
- Speaker #0
Très bien.
- Speaker #1
Stop à ça.
- Speaker #0
Quand tu parlais, à un moment j'ai eu cette image, j'ai l'impression de racines très profondes. En fait, j'ai eu l'impression que... Vous avez passé beaucoup de temps, et toi t'as passé beaucoup de temps, à réfléchir à tout ce que tu mettais dans le sol de Oko, et que derrière, en fait, c'est ça qui te permet aussi de faire monter l'arbre et d'avoir cette envergure aujourd'hui. Et encore plein d'ambition. On va pas pouvoir en parler là, parce qu'il n'y a plus le temps, il va falloir que je te libère, mais t'as beaucoup d'ambition avec le groupe, vous allez maintenant le développer en Europe. Il va falloir qu'on trouve le temps à un autre épisode. Si vous ne connaissez pas encore les hôtels locaux, allez les découvrir. Vous n'avez pas fini d'entendre parler de ce groupe. Il est magnifique. Je vous invite vraiment à aller tester les clubs si vous avez un loco dans votre ville. Si vous êtes à Paris, il y en a plusieurs. Vous pouvez me retrouver les lundis guerre de l'Est. Avant de terminer l'épisode, j'ai trois questions rituelles. La première, si tu te retrouves face à Solène, tu as 10 ans. Tu viens d'aujourd'hui. C'est comme un voyage dans le futur. donc tu te retrouves face à toi face à tes 10 ans, quel est le conseil que tu voudrais lui donner ? Quelque chose qui pourrait l'aider dans son parcours ?
- Speaker #1
Ne reste jamais seule.
- Speaker #0
Ne reste jamais seule.
- Speaker #1
Ne reste jamais seule. Je pense que moi, ça m'a guidée toute ma vie et dès l'enfance. Dès l'enfance, les amis, des adultes référents sur mon parcours, des profs, des gens comme ça qui... qui ont éclairé mon enfance et les étapes où tu grandis, avec des commentaires bienveillants, positifs, ou juste des choses qui font grandir. Ça, c'est essentiel.
- Speaker #0
L'entourage qui arrose la belle plante.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Deuxième question. Tu peux, dans une ville pas trop loin d'un bel hôtel loco, tu as un panneau publicitaire, tu y affiches ce que tu veux, c'est ton message au monde. Ouah ! Ça peut être ton mantra, mais en tout cas quelque chose qui est important pour toi.
- Speaker #1
Ce serait clairement la planète brûle. Ça, je pense que c'est un énorme sujet. Moi, je suis très inquiète de l'avenir de l'humanité au global, mais de l'avenir de mes enfants plus égoïstement. Et je suis assez en colère qu'aujourd'hui, on n'est pas euh le courage et la clairvoyance de faire ce qui devrait être fait pour préserver notre habitat. C'est une folie. Et je pense qu'en tant que dirigeant, qui plus est dans l'univers du tourisme, c'est notre devoir de s'engager sur ces sujets de façon massive. L'hôtellerie, c'est... 7% du PIB, c'est 11% des émissions carbone. Donc, il est grand temps de préserver la branche sur laquelle on est assise. Et puis, à l'échelle de l'humanité, ce qui nous attend est absolument terrible. On en voit les premiers exemples cet été. Les gens qui ont peur de la canicule et des incendies, c'est que le début. Et ça commence dès 2027 avec les présidentielles. Moi, je ne voterai que pour un candidat qui a un programme. Et extrêmement ambitieux sur les sujets climatiques. On s'est fait avoir une fois, ça suffit, on a perdu assez de temps.
- Speaker #0
Très engagée sur ce point.
- Speaker #1
Parce qu'il y a urgence et qu'on le sait, que ça fait trop longtemps qu'on le sait. Et que les conséquences, elles vont être dramatiques.
- Speaker #0
Et qu'il y a des choses à faire en fait, il y a des choses à faire dès maintenant.
- Speaker #1
Et qu'il y a plein de choses à faire. Et là, on a déjà perdu beaucoup, beaucoup trop de temps. Et il y a beaucoup de gens qui se mobilisent sur ce sujet et qui ne sont pas entendus. Stop, et puis on ne peut pas laisser les clés du camion. à des gens qui ne veulent pas regarder ça et qui vont regarder que le court-termisme, là, c'est de la folie. Donc le plus important, c'est que les gens votent. Ce n'est même pas tant qu'ils votent pour un sujet ou pour un autre. C'est qu'ils aient conscience que leur destin est en jeu, celui de leurs enfants, de leurs petits-enfants. Et autant dire que les gens qui votent le plus, c'est les gens qui ont un certain âge. les jeunes générations s'ils veulent laisser leur destin aux mains des gens qui, eux, ont une espérance de vie bien moins inférieure à la leur, qu'ils le fassent, mais qu'ils aient bien conscience des conséquences.
- Speaker #0
On va avoir une année intense, les derniers mois. Et dernière question, merci pour ce partage. J'aurais plein de pièces à mettre, mais on n'a pas le temps. Il va falloir qu'on se cotise pour le panneau d'affichage. Dernière question. Si tu étais sûre de réussir, quel est le projet que tu lancerais dès demain ? Je sais que tu as beaucoup de projets que tu lances déjà avec OCO, mais est-ce qu'il y a un truc ?
- Speaker #1
J'en ai des tonnes. Pour OCO, j'ai envie d'acheter des terrains agricoles en Ile-de-France et de pouvoir produire des fruits, des légumes et des produits transformés. pour alimenter l'ensemble de nos hôtels et de pouvoir laisser la possibilité aux collaborateurs et collaboratrices d'Oco de consacrer une partie de leur temps de travail au travail sur exploitation parce que je trouve qu'on le sent en post-Covid, la vie en ville est à la fois géniale et parfois un peu dure. Et donc j'aimerais qu'ils puissent avoir de temps en temps cet équilibre et ce retour concret au sol. J'aimerais ouvrir un labo de cuisine où je travaillerais. que des personnes autistes. C'est un sujet qui me tient à cœur depuis que je suis jeune. L'intégration de ces publics-là dans la société. J'aimerais créer une boîte qui travaillerait à l'éducation sexuelle des jeunes. Qu'on puisse leur offrir une alternative aux cours de bio au collège et au porno sur Internet. Donc voilà, j'ai deux, trois trucs. Au hasard !
- Speaker #0
Je sens que tu n'as pas fini de nous surprendre de créer des bons projets et surtout, on ne l'a pas évoqué, mais tu as un engagement à travers d'autres organisations. Tu es très engagée de manière globale, engagée dans ta boîte, mais aussi dans d'autres projets et dans ta vie de famille. Très impressionnant comme parcours et comme énergie. Merci beaucoup Solène.
- Speaker #1
Merci beaucoup Elvire.
- Speaker #0
Et à très bientôt. Merci Solène. Retrouvez l'épisode sur toutes les plateformes. Si vous avez aimé cet épisode, s'il vous plaît, mettez 5 étoiles et partagez-le à vos amis parce que c'est vraiment comme ça que le podcast se fait connaître. Et à très bientôt sur The Patron. Merci à toi d'être restée jusqu'au bout. J'espère que cet épisode t'aura plu, intrigué, inspiré. N'hésite pas à le partager. ainsi que de laisser une évaluation, un commentaire. Ça aidera énormément le podcast à être plus diffusé. Merci et à très bientôt sur The Patron Podcast.