- Speaker #0
A chaque fois qu'il prend la mer, accompagné de ses collègues de Welga, Pierre Vogel peut remonter jusqu'à 500 kg de coquilles Saint-Jacques. Sauf que lui, il n'utilise pas de drague, c'est-à-dire une armature métallique pour racler le fond marin. Il plonge pour les cueillir à la main. Une activité physique et professionnelle qui n'est évidemment pas sans risque. Dans l'épisode 38, le pêcheur-plongeur m'a raconté concrètement tous les dangers inhérents à son métier. qu'il dit avoir choisi en conscience et qui le rend heureux.
- Speaker #1
C'est de la cueillette, donc on se retrouve au fond de l'eau à ramasser les coquilles à la main. On va être entre 10 et 20 mètres. Je reviens sur les risques de la plongée. On ne va jamais aller à plus de 20 mètres parce que à plus de 20 mètres, ça va être rentré dans les paliers assez rapidement aussi. Si on a des pépins, 20 mètres, ça commence à être profond. S'il faut remonter parce que ça peut, on ne sait jamais. S'il ne faut jamais faire, mais on peut amener. On ne sait jamais remonter trop vite, c'est toujours mieux d'être dans moins profonde quand on remonte vite.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on voit à 20 mètres ? Est-ce que c'est déjà de l'obscurité ?
- Speaker #1
Alors ouais, ça va être très vite l'obscurité sur nous, surtout en baie de Saint-Malo. La baie de Saint-Malo est très vite chargée en sédiments, surtout en hiver quand on travaille, parce qu'il va y avoir les tempêtes, donc ça va rumer les fonds, donc ça va charger le sédiment. Les trois quarts de la saison, à 3-4 mètres de profondeur, c'est la nuit noire. C'est un milieu assez anxiogène. On travaille à la lampe frontale. C'est sûr que ce n'est pas les plongées des Caribes. Ça ressemble un peu à la spéléo. J'ai des vidéos où on dirait vraiment qu'on est en spéléo. Alors on est sous l'eau, mais on est vraiment dans un milieu très sombre. Ramasser les coquilles une à une, c'est assez hostile comme milieu. Ça va être intense physiquement et ça va être aussi intense dans... Dans tout ce qu'on s'est fixé comme objectif dans la journée, alors il ne faut pas non plus repousser les limites parce que ça reste une activité qui est dangereuse si on fait n'importe quoi. Mais on va avoir des moments de l'année où il va falloir qu'on soit assez performant pour pouvoir cocher toutes les cases, tout ce qu'on s'est fixé dans la journée.
- Speaker #0
Mais c'est stressant ça ?
- Speaker #1
C'est stressant, alors il ne faut pas que ça le soit. Parce que le stress, ce n'est pas bon, surtout dans ce qu'on fait. Et c'est le côté un peu sportif du challenge où on va se dire, aujourd'hui, il faut que ça aille vite. Et comme je le disais, il ne faut pas non plus que ça dépasse les limites. C'est quoi dépasser les limites ? Qu'on fonde vitesse et précipitation, c'est-à-dire être rapide. Ça ne veut pas dire vouloir tout faire d'un coup et prendre des risques.
- Speaker #0
Donc prendre le temps de mettre sa combinaison, de vérifier son matériel ?
- Speaker #1
Oui, les fondamentaux, ils prendront toujours la même... Ça, on ne peut pas aller plus vite, ou moins vite surtout. Mais non, ça va être... Aujourd'hui, on se met un coup de nerf, il faut faire temps. le but c'est d'y arriver si on n'arrive pas c'est pas grave je pense qu'on a une clientèle qui est assez compréhensive à ce niveau là c'est qu'elles vont tout de suite comprendre quand on leur dit qu'on n'a pas fait ce qu'on devait faire c'est pas grave on en mettra être à Puce la prochaine fois. Ils sont assez... Et puis, il y a pas mal de communication. Donc, non, non, il n'y a pas de problème. Mais bon, le but du jeu, c'est quand même d'y arriver.
- Speaker #0
Bien sûr. Ceci dit, tu parlais de dangerosité. Tu dis, voilà, c'est quand même une activité dangereuse. Est-ce qu'on peut expliquer justement aux auditeurs en quoi c'est dangereux ?
- Speaker #1
Déjà, le milieu maritime, il va être dangereux parce que, voilà, on est sur ce bateau. On va être tout de suite... Isolé sur l'eau, donc s'il y a un problème, il va falloir faire appel à de l'aide qui va mettre un peu plus de temps que sur la terre à arriver. On ne va jamais aller trop loin nous, on verra toujours les côtes par exemple. On pourra toujours rentrer, aller au maximum une heure, on est rentré. On a deux bateaux mais qui sont très similaires, c'est des coques en aluminium, donc des coques assez légères, qui font entre 7 et 8 mètres. Avec un moteur hors-bord, donc c'est des coques rapides qui nous permettent de nous déplacer vite sur nos lieux de pêche. C'est aussi des vrais bateaux de pêche, donc il y a quand même de la place pour travailler. On a aussi du matériel qui va nous aider à remonter les coquillers à bord, donc des treuils. Voilà, c'est ce qui se fait de plus petit en bateau de pêche, mais pour nous, ça marche très bien. Anciennement, c'était souvent des petits caseilleurs. qu'on réhabilite en bateau de plongée. C'est dangereux dans le fait, comme je disais, d'être isolé en mer. Donc voilà, on est un peu livré à nous-mêmes. Alors il y a des protocoles de sécurité s'il y a des problèmes, mais il faut toujours, il faut attendre qu'on nous vienne en aide. Ça peut prendre du temps. Et en plus de ça, nous on a le côté... Voilà, sous-marin, c'est-à-dire de la plongée. Voilà, c'est ce qu'on appelle le milieu hyperbar. Donc avec toutes les règles qui en découlent. Il y a des accidents de décompression. Il y a déjà les accidents de plongée en eux. Voilà, on ne fait pas n'importe quoi sous l'eau. On ne passe pas autant de temps qu'on veut. Alors nous, on va passer jusqu'à... Au maximum, on va passer 3 heures sous l'eau.
- Speaker #0
Non-stop, ça va remonter sur le bateau ? Alors si, on va remonter.
- Speaker #1
On va remonter pour changer nos bouteilles, ce qu'on appelle nos blocs de plongée. Parce qu'à un moment donné, il n'y a plus d'air dedans. Donc on va au maximum jusqu'à 3 heures. Mais ça, c'est quand on... Quand on plonge dans peu de profondeur, ça va être un ratio entre le temps passé sous l'eau et la profondeur. Donc si ça nous arrive de pêcher la coquille dans de la profondeur, on ne va pas passer trois heures sous l'eau. On va passer une heure, une heure et demie. Grand max. Et encore, c'est parce qu'on a aussi... des bouteilles qui sont gonflées avec des mélanges où on va rajouter de l'oxygène, ça s'appelle du nitrox. Donc, ça va nous permettre justement de pouvoir un peu rester plus longtemps et que ça soit moins dangereux pour nous.
- Speaker #0
Parce qu'une bouteille, tu tiens combien de temps avec une bouteille ?
- Speaker #1
Alors, une bouteille, on va tenir entre une demi-heure, ça dépend toujours encore de la profondeur, entre une demi-heure et une heure. Et on en fait trois maximum. C'est pour ça que je disais qu'on peut aller jusqu'à trois heures sous l'eau.
- Speaker #0
Et tu oublies cet aspect-là quand même très technique quand tu pêches, comme c'est une passion ?
- Speaker #1
Non, parce qu'elle est toujours présente. Vu que c'est quelque chose qu'on fait tous les jours, en fait, c'est assez répétitif. Donc on connaît nos tables et on se réfère à des tables de plongée pour justement ne pas dépasser les limites. Nous, on essaie d'éviter de faire des paliers, parce que des paliers, en fait, c'est rester à une certaine profondeur pendant un certain temps. Nous, on essaie d'éviter ça. Parce que déjà ça veut dire que tu as dépassé un peu les limites, donc tu as de l'azote dans le sang. Un peu trop d'azote dans le sang, donc on va essayer d'éviter ça. Pouvoir avoir plus de temps aussi pour remonter sur le bateau, pour pouvoir trier, pour pouvoir travailler sur le bateau.
- Speaker #0
Tu as déjà eu des accidents ? Tu as déjà eu peur sous l'eau ?
- Speaker #1
Alors on a déjà... Moi j'ai déjà eu... Je n'ai pas eu de grande peur. Alors ça, c'est vraiment l'aspect technique de la plongée. Donc ça, c'est déjà risqué, il y a déjà des risques. Mais en plus de ça, il y a aussi le fait qu'on est sur un bateau, on est au large, il peut y avoir une panne du bateau, on peut perdre un plongeur. Il y a tout ce qui est... C'est-à-dire que le plongeur, il peut remonter à un endroit où on n'a pas prévu qu'il allait remonter, parce qu'il y a du courant. Il y a aussi tous les... Tout ce qui est courant, des fois il y a de la houle à arriver, il peut y avoir un grain, il peut y avoir du vent qui va monter. Ça reste quand même un terrain hostile tout ça, même si on a la météo maintenant à portée de doigt sur nos téléphones. Et qu'on arrive quand même à bien anticiper, on n'ira jamais en mer quand ils annoncent une tempête par exemple. Mais voilà, il y a des choses qu'on ne maîtrise pas même si on essaie de tout anticiper. Mais en le faisant tous les jours, en ayant une équipe, la même équipe depuis un certain temps, en ayant de la communication entre nous, moi je n'estime pas que ça soit plus risqué que n'importe quel autre métier du monde. Enfin, métier en tout cas, je comparerais ça à un métier agricole où il y a des machines parce qu'il y a le bateau, il y a le moteur. Nous on a aussi du matériel sur le dos. Ouais, le bateau ça peut être vraiment attracteur. Donc il faut s'en méfier aussi. Parce que voilà, c'est lourd, il y a une hélice dessous, il y a déjà eu des accidents à ce niveau-là. Non, non, il faut faire attention. Mais comme je disais, nous on fait toujours des briefings, des debriefings. Donc on essaie toujours de revenir sur notre ressenti de la journée. Quand il y a des erreurs qui sont faites, c'est pas grave, au contraire, on va apprendre de ça et puis on va essayer de ne pas les répéter. de s'affiner à ce niveau-là.
- Speaker #0
Je disais, est-ce que tu as déjà eu peur sous l'eau ou en remontant à un moment ?
- Speaker #1
Oui, de dire qu'on n'a jamais eu peur, ce serait mentir. Parce que des fois, il y a des moments où ça ne se cale pas du tout comme on avait prévu. Donc oui, on a peur. On a peur de se retrouver tout seul dans l'eau, à flotter. Rien que si le bateau tombe en panne, nous on est encore pas sûrs. puissent se livrer à nous-mêmes, on n'est pas que sur un bateau on est vraiment en train de flotter au milieu de nulle part alors pour ça on a quand même des solutions on a des balises en fait sur nous qu'on peut déclencher si jamais on se retrouve à riper à dériver tout seul donc on a quand même des plans B si ça se passe pas bien mais ouais ça reste quand même un terrain hostile où des fois tu te retrouves un peu dans la panade faut pas que ça aille plus loin que ça sinon là on se retrouve un peu dans la panade
- Speaker #2
C'est un caca. Retrouvez l'intégralité de cet épisode sur toutes les plateformes d'écoute.