- Arnaud Manzanini
Et si votre passion du vélo prenait une nouvelle dimension ? Rejoindre la Fédération Française de Cyclotourisme FF Vélo, c'est bien plus que rouler à vélo. C'est partager des sorties conviviales, c'est progresser grâce aux conseils des plus expérimentés, c'est transmettre aux plus jeunes qui souhaitent se développer. Mais c'est aussi et surtout profiter de milliers d'événements. Adhérer à la Fédération Française de Cyclotourisme FF Vélo, c'est aussi bénéficier de nombreux avantages de formation dans un cadre qui donne encore plus de sens à chaque coup de pédale. Êtes-vous prêt à trouver un club ? Pour cela, je vous invite à aller sur le site ffvélo.fr et rejoindre la grande communauté des cyclotouristes. FFVélo, le vélo ensemble. Salut à toutes et à tous, bienvenue dans Tous en Seine, le podcast qui te donne envie d'enfiler un casque et de partir seul ou à plusieurs à l'aventure. Ici, pas de chichi, pas de filtre, on parle vrai, on parle passion, on parle kilomètres. Des kilomètres qui font vibrer, mécanique mais aussi un partage d'expérience. Que tu sois cycliste du dimanche, compétiteur, ultra-cycliste. vélo taffeur ou tout simplement passionné du vélo et du deux-roues, tu es au bon endroit. Alors installe-toi, respire profondément et prépare-toi à embarquer. Ici, on roule ensemble et on roule loin. C'est parti, tout est tout sans sel. Aujourd'hui, nous allons aborder un moment que tous les sportifs redoutent, mais que presque tous finissent par connaître et par traverser. La blessure, ce moment où tout s'arrête, où les plans tombent à l'eau, où le corps dit non alors que la tête veut continuer. Une blessure, ce n'est pas seulement physique, c'est aussi un vrai choc psychologique, mental, perte de repère, frustration, parfois même remise en question. Mais si ces moments étaient aussi des opportunités ? Comment bien gérer un coup d'arrêt ? Comment revenir plus fort ou différemment ? Et surtout, comment éviter de replonger dans les mêmes erreurs ? Aujourd'hui, avec Marion, nous allons vous parler de chute, mais aussi et surtout de rebond. C'est parti ! Salut Marion !
- Marion Borgne
Salut Arnaud !
- Arnaud Manzanini
Et bien une nouvelle fois, je suis ravi pour ce troisième épisode de la saison ensemble. Bienvenue à Lyon.
- Marion Borgne
Merci.
- Arnaud Manzanini
Bienvenue sur le podcast Tous en Seine. Aujourd'hui, on va parler de la blessure, la blessure, le coup d'arrêt. Comment est-ce qu'on peut rebondir et comment est-ce que mentalement on gère la blessure alors que la saison est lancée ? Une chute, une blessure musculaire vous oblige à vous arrêter. Comment est-ce que mentalement on peut gérer ça quand on a un objectif, quand on est motivé par un résultat ? Comment gérer ça ? Je vais laisser la parole à Marion, je vais laisser aussi te présenter, expliquer quel est ton parcours, et puis derrière on va rentrer dans cet épisode pour justement donner toutes les astuces et les conseils à nos auditrices et auditeurs.
- Marion Borgne
Merci Arnaud. Donc moi je suis psychologue clinicienne, psychologue du sport et ce qu'on appelle aussi de la performance, et j'ai eu l'occasion d'accompagner différentes disciplines à différents niveaux, et c'est vrai que ces dernières années je m'intéresse plus particulièrement... à l'ultra distance, l'ultracyclisme, aussi en tant que sportive. Et en fait, la blessure, c'est vraiment un sujet qui me tient particulièrement à cœur, parce que je crois que c'est la première porte d'entrée vers le cabinet du psychologue. C'est la blessure physique qui finalement... Alors c'est une blessure physique, mais c'est un vrai choc psychologique.
- Arnaud Manzanini
C'est ce que tu me disais dans l'épisode précédent. Les personnes qui venaient te voir, une des premières raisons, c'est quand on parlait des jeunes justement, tu sais, de toute cette vague de jeunes champions, championnes, qui à un moment donné, mentalement c'est compliqué, et donc te sollicitent pour retrouver cet équilibre. Et tu me disais que la raison, c'était suite à une blessure.
- Marion Borgne
C'est vrai, en fait, même dans la vie courante, on va plus facilement dire, j'ai mal au dos aujourd'hui, qu'en ce moment je suis assez déprimée. On va s'autoriser à avoir une plainte physique bien plus facilement qu'une plainte psychologique ou émotionnelle. Donc parfois la blessure peut arriver quand il y a eu un trop-plein général. Mais la blessure en elle-même, c'est vraiment une blessure physique, mais c'est aussi vraiment une blessure psychologique, un choc avec différentes phases. qui va obliger à ce qu'on ne veut surtout pas et à ce qu'on redoute, l'arrêt ou l'adaptation. C'est là qu'on va voir aussi à quel point on fait preuve de rigidité ou de flexibilité par rapport à sa pratique.
- Arnaud Manzanini
C'est un des indicateurs de voir où en est la personne face à la rigidité, à l'adaptabilité aussi de son programme d'entraînement.
- Marion Borgne
Oui, c'est vraiment l'occasion, malheureusement on est confronté, mais c'est le cas aussi dans la blessure dans la vie, ça peut être un accident, une maladie, la relation avec son corps, là ça va être aussi la relation avec l'activité, l'activité physique, avec ce que permet cette activité physique là, le vélo c'est quand même aussi la liberté, fuir. Partir à l'aventure, on se retrouve enfermé quand on est blessé, donc ça ça peut être aussi un gros facteur de mal-être et de stress.
- Arnaud Manzanini
La relation avec l'alimentation aussi, je pense à tous les grands sportifs qui ont des troubles alimentaires.
- Marion Borgne
C'est le cas des amateurs tout autant, surtout quand il y a des charges d'entraînement assez importantes, souvent il y a toute une adaptation de la vie autour et de la qualité de vie, et la blessure vient bousculer tout cet équilibre finalement. musculer et fragiliser tout cet équilibre et va demander beaucoup de capacités d'adaptation alors qu'on est déjà vulnérable du fait d'être blessé. J'ai envie de distinguer trois grands moments dans la blessure. Vraiment le choc, l'annonce. On peut avoir différents mécanismes. Ce qui est très courant, ça va être le déni. Oh, c'est pas si grave.
- Arnaud Manzanini
Ça va le faire. Tu lis dans mes pensées.
- Marion Borgne
Alors quand j'ai quelqu'un comme ça en face de moi, je dis oui, ça va le faire, mais pas tout de suite.
- Arnaud Manzanini
C'est une des premières questions généralement. Quand on annonce une fracture ou un problème, c'est combien de temps ? C'est la première question qu'un cycliste va poser. Combien de temps je dois être en arrêt ? Et là, derrière, c'est compliqué quand on a l'annonce.
- Marion Borgne
Oui, la question de l'arrêt, c'est vraiment difficile. Et c'est pour ça que j'ai développé une pratique de psychologue. Je travaille beaucoup avec des médecins, des médecins du sport ou des kinés sur ces questions justement de blessure, de gestion de la blessure et de l'impact psychologique. Parce que finalement, le risque, ça va être que les rechutes ou les blessures chroniques. Et c'est vraiment ce qu'on souhaite éviter, surtout quand c'est leur métier. Mais en tout cas, la question de l'arrêt, on peut être dans le déni, ce n'est pas si grave. Un autre mécanisme très courant aussi, c'est la négociation. avec soi-même, se dire « Oh oui, mais peut-être que si je... »
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- Marion Borgne
Non. Négociez avec soi ou avec son médecin ou son chirurgien, pire si on doit être opéré.
- Arnaud Manzanini
Généralement, le chirurgien laisse... Ah non, il n'y a pas de négociation ! C'est ce que j'allais dire ! Il laisse peu de place à la discussion.
- Marion Borgne
Mais parfois, c'est assez paradoxal, mais j'ai parfois vu que c'est mieux d'avoir une blessure très franche et précise qu'un petit bobo style tendinopathie qui, en fait, on va continuer dessus et qui va traîner...
- Arnaud Manzanini
Une chute, une fracture, tu n'as pas le choix, c'est l'opération, c'est la rééduc... Alors que tandis-là, tu pourrais...
- Marion Borgne
On va négocier beaucoup plus avec la douleur aussi. Ce qui peut être compliqué dans l'activité physique, c'est que comme on va être habitué à se pousser dans l'effort, ça va modifier notre rapport à la douleur. On va tolérer souvent plus facilement.
- Arnaud Manzanini
C'est vrai.
- Marion Borgne
Et du coup, on va aussi moins sentir les blessures. Ou alors reprendre trop tôt. C'est ça le plus grand risque, c'est de reprendre trop tôt. Donc c'est vrai que la négociation, c'est un mécanisme qui fait partie de l'annonce et du choc de cette première phase et qui peut générer toutes sortes de réactions. Ça peut être aussi de la colère, de l'incompréhension, une culpabilisation aussi. Tu te diras, mais oui, c'est de ma faute, j'ai pas bien fait ci, j'ai pas bien fait ça. En fait, moi, j'essaye plutôt d'avoir cette approche que c'est une chose qui arrive. Si on fait une discipline sportive, on prend le risque d'être blessé. Comme on prend le risque d'avoir un accident quand on fait du vélo. C'est ce qu'on craint, mais à chaque fois qu'on monte sur la selle, ok, j'ai signé pour prendre ce risque. Et donc je vais tout faire pour l'éviter. Mais si jamais ça arrive, effectivement, ça va demander d'encaisser le choc. Je ne vais pas tout de suite parler d'acceptation, mais déjà l'encaisser. Si ça oblige à un arrêt complet, Ça peut être compliqué parce que souvent l'activité physique permet de réguler ses émotions, réguler son stress. Donc on va perdre ce régulateur émotionnel. On va potentiellement devenir plus irritable, plus anxieux aussi. Ou alors se consacrer peut-être trop à certaines choses alors qu'avant l'activité physique... En compensation. Voilà, tout à fait. Donc là, attention à ce qui va se passer au moment de la blessure. Et c'est, comme on le disait avant, c'est un marqueur fort. Effectivement, si on a une addiction à l'activité physique, là, on va s'en rendre compte. Et ça va être très difficile à vivre. Et l'entourage aussi va tirer la sonnette d'alarme et va s'en rendre compte qu'il y a un problème. Ensuite, j'ai envie de dire, il y a une grande période qu'on pourrait appeler la traversée. Là aussi, il peut y avoir de la négociation, mais ça va être important d'être bien accompagné. Souvent, il y a de la kiné ou de la rééducation. C'est là aussi qu'il y a des personnes qui viennent faire un travail sur eux de thérapie, parce qu'ils savent que là, ils vont avoir du temps libre, un temps qu'ils n'auraient pas consacré avant.
- Arnaud Manzanini
Mais parfois, la rééducation, ça prend plus de temps que ton programme d'entraînement. Moi, j'ai été surpris. Quand j'ai eu cette fracture il y a deux ans, où je suis tombé à vélo, bras cassés, et l'annonce du chirurgien qui ne te laisse pas le choix, et qui te dit que t'es si proche de moi, tu ne toucheras pas ton vélo, assez brutalement, alors que t'as des objectifs, et tu te dis, c'est terminé en fait. Et bien en fait, quand j'étais en réduc, tous les jours, tu te dis, ah ouais, en fait, il faut peut-être que je fasse attention la prochaine fois à ne pas me blesser, parce que je prends plus de temps là que par mon entraînement. Donc il y a aussi cette prise de conscience sur... Tout ce qu'il y a derrière une blessure, une fracture, une chute, c'est pas...
- Marion Borgne
Oui, et puis il y a une vraie différence entre les sportifs de haut niveau qui ont le temps de récupérer, de se soigner, et les sportifs amateurs où c'est aussi une question d'argent. Les soins vont à certains coups. Donc c'est vrai que cette traversée, ça va être vraiment la zone la plus difficile, souvent la plus longue, qui va demander beaucoup de patience. où ça va être difficile effectivement aussi la gestion de l'alimentation, du poids, de son état de forme, de ce qu'on ressent dans son corps, de l'aspect de son corps, des peurs aussi, de jamais retrouver son niveau, de jamais pouvoir aller à son objectif. Oui,
- Arnaud Manzanini
puis même la phase de reprise, parce qu'avant d'atteindre le niveau auquel tu étais, il faut relancer, quand t'as arrêté... 15 jours, 1 mois, 2 mois, 6 mois plus, en fonction de la gravité de la blessure ou de l'accident, tu ne vas pas revenir en une semaine, en fait, ça n'existe pas. Donc il y a tout le chemin où il faut que tu te prépares mentalement à accepter que ça soit difficile, que sur cette ascension-là, avant, tu mettais tel braquet, là, sur les premières sorties, même les deuxièmes ou les troisièmes, voire le premier mois, ça ne sera pas possible. Donc il faut accepter ce chemin-là aussi.
- Marion Borgne
Ça demande vraiment beaucoup d'adaptation. Je n'ai pas envie de parler de résilience, parce qu'on utilise ce mot un petit peu de toutes les façons. Mais l'adaptation et l'acceptation de devoir... Alors on ne recommence pas, on ne va pas revenir dans le passé. Parfois, certaines personnes vont me dire... Je vais devoir retrouver mon niveau d'avant. Pas exactement. On ne va pas revenir à avant. En fait, on continue à avancer. Et qu'est-ce qu'on va donner comme sens à ce moment-là où tu es en train de moins t'entraîner ou pas du tout ? Tu es en train de faire autre chose. Parce qu'on peut développer d'autres qualités que des qualités physiques.
- Arnaud Manzanini
Moi, j'ai une bonne astuce par rapport à ça, c'est à toutes les personnes, par exemple... qui me dit « je ne peux pas participer à ton épreuve cette année, ce sera l'année prochaine parce que je suis blessé » . Mais ce que je préconise, moi, c'est d'utiliser ce temps-là pour observer, se dire ce qu'on faisait mal et comment on peut l'améliorer. Je préconise de profiter de ce moment qui serait soi-disant négatif pour le transformer en positif en disant « là, j'ai du temps, effectivement, je ne peux pas m'entraîner, je ne peux pas rouler, je ne peux pas pendant tant de semaines ou tant de mois, et bien je vais optimisé sur par exemple je sais pas changer une chambre à air tout à fait, et ben je vais apprendre à changer une chambre à air pendant le temps que je peux pas m'entraîner je sais pas monter un tubelet, je sais pas si je suis en aventure sur mon vélo et que je casse ma chaîne, je sais pas réparer ma chaîne, et ben je vais en profiter pour apprendre ça va me prendre 10 minutes quand tu sais le faire après et je profite de ces temps là, de ces moments là pour le transformer en positif et développer d'autres compétences qui me serviront peut-être qu'une fois, mais quand tu casses une chaîne à 2h du matin au fin fond de la Saône-et-Loire, je peux te dire que tu es contente d'avoir la technique pour la réparer. Donc c'est aussi, ok, j'accepte, et comment je transforme ce négatif en côté positif.
- Marion Borgne
Et c'est là qu'il est vraiment question de psychologie, c'est qu'on va être assez tous différents en fonction de notre aide personnalité. Il y a des personnes plus ou moins optimistes et pessimistes. effectivement là ce que tu m'as dit c'est typiquement optimiste et une façon positive de voir l'arrêt je vais apprendre de nouvelles compétences les personnes qui vont être plus pessimistes qui vont avoir plus besoin de l'activité pour se sentir vivant parce que ça aussi l'activité physique c'est un parce que dans nos quotidiens parfois on se retrouve assez sédentaire sans vraiment le vouloir alors qu'en fait on a besoin de bouger pour se sentir pleinement humain entier Merci. Donc le manque d'activité peut vraiment impacter beaucoup le moral. Donc la blessure va révéler aussi un peu plus nos traits de personnalité et nos vulnérabilités. Donc c'est souvent là que des personnes viennent consulter un psychologue du sport. Là encore, psychologue du sport, ça facilite, c'est moins stigmatisant. Ah, on va parler de mon sport et de ma pratique sportive, ok. En fait, on va beaucoup parler.
- Arnaud Manzanini
Si tu veux, mets-toi assis, on va parler.
- Marion Borgne
Parce qu'en vrai, c'est juste un tout petit morceau, le sport. En fait, c'est le rapport à soi, le rapport à son corps, le rapport à ses exigences. On parlait de syndrome de l'imposteur précédemment.
- Arnaud Manzanini
Dans l'épisode précédent, oui.
- Marion Borgne
Voilà, rapport avec sa famille, avec ses proches, rapport au temps. Donc en fait, c'est vraiment le moment de la blessure, une confrontation avec soi-même qu'on n'avait pas du tout prévue. On avait l'intention de se préparer à une course. Oui,
- Arnaud Manzanini
parce que généralement, ce n'est pas planifié, effectivement.
- Marion Borgne
Mais c'est une confrontation avec soi-même, une espèce de miroir. Et c'est là qu'on peut parler de rebond. C'est quand on va utiliser ce temps-là pour rebondir. C'est effectivement aller à un niveau qui ressemble à celui d'avant.
- Arnaud Manzanini
Mais ça veut aussi dire qu'à un moment donné, tu touches le fond. Oui. Non ? Comment tu vois ?
- Marion Borgne
Oui.
- Arnaud Manzanini
Si tu dis rebond, ça veut dire qu'à un moment donné... Il y a une descente,
- Marion Borgne
une chute forte.
- Arnaud Manzanini
Voilà.
- Marion Borgne
c'est comment tu reprends impulsion sur c'est là où effectivement le terme de résilience parle de ça aussi c'est comment j'utilise cette chose qui a priori est négative et m'abîme pour devenir plus fort est-ce que tu rencontres des clients Marion qui volontairement parce
- Arnaud Manzanini
que là on parle de descendre tu vois, est-ce que tu rencontres des clients qui volontairement se laissent descendre Tu vois, ou se détruisent volontairement.
- Marion Borgne
Alors volontairement non, là ce serait du masochisme.
- Arnaud Manzanini
Non mais quand je dis volontairement c'est qu'ils ont conscience. Alors pas volontairement, je rectifie, mais ils ont conscience qu'ils sont en descente en fait, et qu'ils ne se sentent pas bien, ils n'acceptent pas leur corps. Je ne sais pas si on peut dire stressé, parce qu'ils n'ont pas justement l'endorphine qu'ils génèrent habituellement avec l'entraînement. Donc ils ont conscience de tout ça, mais... On laisse aller le truc jusqu'en bas, Et est-ce que tu constates, tu rencontres toi des champions, des championnes, des athlètes qui ont conscience de ça, mais ne font rien pour ? C'est de l'autodestruction, c'est quoi ?
- Marion Borgne
Alors chez les professionnels, donc les sportifs de haut niveau, où là, depuis cinq ans, j'ai une activité avec les danseurs du ballet de l'Opéra National de Paris. Donc voilà, ils dansent beaucoup d'heures par jour. On a du mal à s'imaginer, mais c'est une charge physique énorme pour le corps. Et donc, chez les professionnels, et notamment, là, je vois chez les danseurs, parfois, la blessure, elle n'est jamais souhaitée, mais elle peut devenir une pause salvatrice. Comme je disais, on va plus facilement dire « Ah ben là, je ne peux pas venir, je me suis cassé le bras » , que « Ah ben là, en fait, je vais aller en clinique parce que je suis hospitalisée pour trois semaines de dépression » . Et la blessure va être une bonne excuse qui est socialement acceptée, où les gens vont plutôt nous plaindre en général, vont être particulièrement gentils avec nous, alors qu'en fait, quand on a une détresse mentale, on aurait aussi besoin que les gens soient particulièrement sympas. Et donc là, la blessure va être l'occasion de prendre du temps pour reprendre aussi tout un travail, consolider, faire un travail avec les kinés, se renforcer, faire un travail mental, psychologique. Mais là, comme dit, on parle des sportifs plus de haut niveau et des professionnels.
- Arnaud Manzanini
Alors j'ai fait des podcasts avec ces champions-là qui étaient tellement contents d'être blessés. Mais oui. Ça leur a fait tellement du bien de se blesser. Je me dis, est-ce qu'il n'y a pas un lien parfois ? Est-ce que le corps ne réagit pas ? Parce qu'à un moment donné, la tête, elle est saturée. Mais j'ai eu effectivement des échanges. Avec une championne notamment, dont je ne dirai pas le nom, mais qui était tellement contente d'être blessée parce qu'elle n'en pouvait plus. Je vois très bien ce que tu veux dire.
- Marion Borgne
Je le vois beaucoup, mais dans la pratique plus professionnelle, où il y a une telle charge, une telle pression, parfois une pression médiatique quand tu es attendu pour des spectacles. Effectivement, la blessure, c'est un sas. Ça y est, je peux m'arrêter. Il n'y a plus de pression,
- Arnaud Manzanini
il n'y a plus de responsabilité.
- Marion Borgne
Et surtout, c'est quelque chose que les gens comprennent tout de suite, c'est un arrêt brutal. Donc à la fois, ça peut être un choc émotionnel fort, mais à la fois, un arrêt brutal qui va nous sauver. Après, chez les sportifs amateurs, parfois, quand ils s'entraînent trop, effectivement, ça va être bien de se blesser. Parce que ça va leur permettre d'arrêter d'aller droit dans le mur et de se blesser peut-être de façon plus grave ou plus chronique ou de développer un trouble du comportement alimentaire. une addiction au sport. Mais ça, c'est vrai que ça va être plus insidieux que chez le professionnel. Mais en tout cas, quoi qu'il en soit, la blessure, si elle arrive, il faut en faire quelque chose. Je pense qu'à un moment donné... Il ne faut pas l'ignorer, c'est ça en fait. Il ne faut pas l'ignorer.
- Arnaud Manzanini
Il faut l'accepter et mettre en place des choses qui vont te permettre de revenir sans blesser.
- Marion Borgne
C'est une limite en fait. Et puis souvent, maintenant, on a un discours de repousser ses limites. En fait, nous, quand on s'approche de la limite, on prend le mur. Et en fait, quelque chose s'arrête. Donc soit on se blesse, soit on ne peut pas aller plus loin. Mais concrètement, vraiment repousser une limite, ça n'a pas beaucoup de sens. Et on a un petit peu, quand on est enfant, on a ce qu'on appelle le fantasme de toute puissance. On a l'impression qu'on peut tout faire. Bon, on grandit, on le perd. Pas tout le monde, et pas toujours pour les bonnes raisons. Mais du coup, la blessure, c'est vraiment, ah oui, il y a cette limite-là. Je ne peux pas tout faire, c'est un retour à la réalité qui est assez brutal, mais encore une fois c'est un moment qui peut être propice à développer des choses très positives. Tu parlais de développer d'autres compétences, des choses en lien avec le vélo, mais ça peut même être développer d'autres loisirs, faire autre chose, et respirer, et éviter ce qu'on va appeler justement la surcharge mentale, l'épuisement mental.
- Arnaud Manzanini
L'épisode qu'on a fait il y a quelques semaines, je vous invite également à le réécouter. Alors, est-ce que tout simplement le rebond, on parlait du rebond, mais ça ne serait pas tout simplement, ça ne commencerait pas par l'acceptation ? C'est-à-dire que tu commences à rebondir, à compter du moment où tu dis, ok, c'est comme ça, je ne pourrais pas m'entraîner pendant 15 jours, 3 semaines, 1 mois, 6 mois. Les objectifs de cette année, c'est compromis, je ne pourrais pas les atteindre. Est-ce que le rebond ne commence pas par le jour 0, le jour 1 ? J'accepte ce qui m'arrive en fait.
- Marion Borgne
Oui, je trouve que c'est une bonne façon de voir les choses. Et en psycho, on parle beaucoup aussi des phases du deuil. Un deuil, c'est quand on perd quelque chose. Donc une blessure, c'est effectivement un arrêt d'un objectif. On perd quelque chose qu'on avait projeté et on doit se projeter autrement. Et dans le deuil, il y a des phases. Donc on parlait avant du déni ou de la négociation, de la colère, de la tristesse. Mais la dernière phase d'un processus de deuil, c'est l'acceptation. Donc accepter que la situation est comme ça, accepter qu'on va devoir s'adapter. Et puis ensuite, la phase d'après, une fois qu'on a accepté, on peut créer un nouveau cadre. Donc ça va être revenir à une activité avec différentes étapes. On va apprendre à se contenter de certaines étapes qui avant paraissaient totalement acquises. Donc c'est aussi presque un chemin un peu philosophique et de compréhension de soi-même, en fait, où on va se contenter de petits efforts. Et malheureusement, la blessure ou l'accident ou la maladie, on va quasiment tous y être confrontés un jour dans notre vie. Et c'est cette perte de quelque chose qui nous semble être totalement acquis. Et on va devoir regagner le fait de se sentir capable de faire les choses. Donc, après l'acceptation, effectivement, redéfinir un cadre qui peut être un petit peu différent. Et ça peut être aussi l'occasion de se mettre à travailler autrement ou de s'entraîner autrement. parce que finalement la façon dont on s'entraînait n'était peut-être pas la façon optimale pour son corps à soi je pense plutôt là à des exemples dans la course à pied où ça va être l'occasion de changer des aspects techniques bon c'est le cas aussi dans le cyclisme mais ça va être oui l'occasion de travailler par exemple aussi tout ce qui est mobilité souplesse et aussi l'aspect mental pourquoi pas fixation de l'objectif d'avoir un regard aussi différent sur sa pratique Hum
- Arnaud Manzanini
Est-ce qu'il y a d'autres conseils, Marion, que tu pourrais donner, justement, sur ça ? J'ai vu que tu avais pris quelques notes.
- Marion Borgne
Oui, je regarde un petit peu parce qu'il y aurait tant à dire sur les blessures. Mais voilà, pour moi, c'est vraiment un moment... On le souhaite pas, mais pourtant, c'est vraiment un moment clé pour repenser sa relation au sport.
- Arnaud Manzanini
Une progression différente, quelque part.
- Marion Borgne
Et éviter de continuer peut-être dans des pièges dans lesquels on allait.
- Arnaud Manzanini
En lien avec les épisodes qu'on a fait avant.
- Marion Borgne
De la performance, d'une comparaison.
- Arnaud Manzanini
Au stress lié aux technologies, aux datas.
- Marion Borgne
Et de revenir à quelque chose qui a du sens et de plus naturel. Et puis, c'est la confrontation à nos limites. On est soumis toutes et tous à des choses essentielles qui sont le temps qui passe. Il passe de la même façon pour tout le monde. Et ça, c'est une limite que la blessure nous rappelle. donc je pense que ça peut être une façon de revoir et de remettre aussi du plaisir, de l'intensité de l'enthousiasme dans sa pratique un grand merci Marion pour tous tes conseils je t'en prie,
- Arnaud Manzanini
merci à toi en tout cas n'hésitez pas à écouter ces épisodes sans limite, là il n'y a aucun problème sur ça et puis on vous souhaite tout le meilleur pour cette saison n'hésitez pas à commenter cet épisode, à partager cet épisode et puis on vous retrouve très prochainement pour un nouvel épisode du podcast Tous en Seine à très bientôt, merci Marion
- Marion Borgne
Au revoir.
- Arnaud Manzanini
Voilà, c'est la fin de cet épisode de Tous en selle. Merci d'avoir pris le temps de rouler avec nous, d'écouter ces histoires, d'écouter ces conseils, mais aussi ces expériences qui, je l'espère, t'auront donné envie d'aller chercher un peu plus loin, un peu plus haut, et de simplement savourer ta prochaine sortie à vélo, mais aussi, pourquoi pas, de comprendre les vibrations de ta machine. Si ce podcast t'inspire, te motive, te fait sourire ou te donne simplement envie pour une nouvelle sortie à vélo, n'hésite pas à le partager sur les réseaux. ou à un ami simplement avec WhatsApp, tu verras, c'est très simple, à en parler autour de toi et à laisser le fameux 5 étoiles sur les différents sites. C'est ce qui fait grandir l'aventure, c'est ce qui fait grandir le podcast, et c'est ce qui nous permet de continuer à avoir d'autres invités. Tous en selle, c'est une communauté, une énergie, une envie commune, se dépasser, s'amuser, apprendre, et vivre pleinement cette passion qui nous rassemble, le vélo. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode du podcast Tous en selle, avec de nouvelles voix, de nouveaux conseils et de nouveaux récits. D'ici là, prenez soin de vous. Et comme toujours, toutes et tous en selle.