- Arnaud Manzanini
Salut à toutes et à tous, bienvenue dans Tous en Selle, le podcast qui te donne envie d'enfiler un casque et de partir seul ou à plusieurs à l'aventure. Ici, pas de chichi, pas de filtre, on parle vrai, on parle passion, on parle kilomètres. Des kilomètres qui font vibrer, mécanique mais aussi un partage d'expérience. Que tu sois cycliste du dimanche, compétiteur, ultra-cycliste, vélo-taffeur ou tout simplement passionné du vélo et du deux-roues, tu es au bon endroit. Alors, installe-toi, respire profondément et prépare-toi à embarquer. Ici, on roule. ensemble et on roule loin. C'est parti, toutes et tous en selle.
- Marion Legrand
Je suis avec Marion Legrand aujourd'hui.
- Arnaud Manzanini
Salut Marion.
- Marion Legrand
Hello.
- Arnaud Manzanini
Merci de prendre du temps pour le podcast Tous en selle. Je sais que tu es basée à Marseille. Donc merci du temps que tu vas nous consacrer aujourd'hui pour nous parler de ton parcours. Mais comme je fais systématiquement sur ce format-là, En première question, Marion, est-ce que tu pourrais te présenter pour les auditrices et auditeurs du podcast ?
- Marion Legrand
Oui, pas de souci. Déjà, merci de m'inviter à ce podcast. Du coup, je m'appelle Marion Legrand. Je suis du athlète, triathlète, surtout une passionnée de sport, on va dire. J'ai 33 ans. J'habite sous le soleil de Marseille, même s'il pleut beaucoup en ce moment.
- Arnaud Manzanini
Et on dirait... Partout en France, comme partout en France.
- Marion Legrand
Le soleil a disparu. Et je suis aussi coach sportive, plutôt spécialisée dans le triple effort, mais j'entraîne quand même pas mal de gens aussi, que en course à pied, que en vélo. Voilà, je partage un peu ma vie entre le sport que je fais pour moi et puis le sport que je fais pour les autres, où j'essaye de les amener à leur meilleur niveau et en tout cas à leurs objectifs qu'ils souhaitent atteindre.
- Arnaud Manzanini
Ça représente, quand on est comme ça, sportif de très haut niveau, puisqu'on va en parler, mais il y a des titres de championne de France, de championne d'Europe, de championne du monde. C'est quoi le ratio entre je suis athlète de très haut niveau et en même temps je coach ? C'est quoi le ratio ? C'est 20-80 ? 20% pour les autres en tant que coach et 80% pour ta préparation ? Comment est-ce que tu répartis tout ça ?
- Marion Legrand
toujours été plutôt à l'équilibre, je pense. J'ai même eu une période, je pense, où je donnais plus pour les autres que pour moi. Et ça a aussi entraîné un changement dans ma vie, puisque j'ai entraîné beaucoup en club aussi, dans un premier temps, en région parisienne. Enfin, j'étais beaucoup, beaucoup sur le terrain. Tout le monde sait que quand on travaille en associatif, finalement, on est un peu du matin au soir, entre la piscine, les enfants, l'après-midi, les adultes le soir. Et au début, j'étais, je pense... Plus à coacher les autres. Maintenant, je suis plutôt dans un équilibre. Pour moi, c'est important que mon travail soit toujours présent. Donc non, je partage vraiment 50-50 pour moi. Je n'ai jamais fait le choix de faire le sport de haut niveau en m'y consacrant à 100%. C'est peut-être pas parler de regret, mais aujourd'hui, je me suis posé la question est-ce que j'aurais plutôt dû faire ça ? Ça ne m'a pas empêchée de faire des choses bien. Mais du coup, c'est vrai que ma vie est différente par rapport à d'autres athlètes qui consacrent vraiment beaucoup de temps à leurs propres entraînements. Moi, c'est un équilibre dont j'ai besoin et puis un équilibre financier, on ne va pas se mentir aussi. On en parlera,
- Arnaud Manzanini
mais c'est vrai que le haut niveau aujourd'hui, c'est aussi la recherche de sponsors. C'est quelque part avoir cette âme d'entrepreneur pour aller... planifier une saison, mais aussi trouver des moyens financiers, comme tu l'as dit, pour aller performer, pour s'entraîner, pour avoir du bon matériel, pour aller faire des stages de perfectionnement ou en altitude, comme ça se fait beaucoup aujourd'hui, pour le très, très haut niveau. Donc ça, on pourra en parler, cette phase de financer sa saison. Mais j'aimerais revenir, embobiner un petit peu l'histoire. Lyon, petite, est-ce qu'elle était déjà compétitrice ? Est-ce qu'elle faisait déjà de la course à pied, du cyclisme, de la natation ? Voilà. Qui était Marion toute petite ?
- Marion Legrand
Marion, déjà, c'est une jeune fille qui est née dans une famille de sportifs de haut niveau déjà. Je pense que je n'ai pas fait mes premiers pas sur une piste d'athlète, mais presque. Mes deux parents étant sportifs de haut niveau, plusieurs fois champion de France en athlétisme. Je n'aime pas trop le dire parce que souvent les gens me disent « Ah mais en fait, tu n'as aucun mérite, c'était déjà dans les gènes et tout » . Mais oui, c'est vrai que j'ai été driveée aussi par la passion familiale qui était le sport, qui l'est encore beaucoup pour mon père, moins pour ma mère. Mais voilà, mon père, c'est un grand passionné, un grand coureur. Je pense qu'il vit encore le truc à travers moi aujourd'hui. Mais voilà, je suis née dans cette famille, une famille plutôt nombreuse. J'ai eu une soeur jumelle et j'ai... un grand frère et une grande sœur, qui ont moins fait du sport que moi. C'est vraiment le... C'est moi qui ai repris le flambeau sportif, mais voilà, depuis toute petite, du coup, j'ai commencé à courir il y a 10 ans. Au début, je ne faisais pas du tout de la course à pied. J'ai commencé par la gym, j'ai fait du judo. Puis dès que j'ai commencé à avoir l'âge de pouvoir courir un peu, mes parents m'ont autorisée, on va dire ça comme ça, à faire de l'athlétisme, parce que pour eux... C'est pas le sport le plus ludique, en tout cas, tout ce qui est demi-fond, etc. Et au bout d'un moment, ils m'ont dit, bon, écoute, t'as le droit d'y aller, vas-y. Initialement, je faisais pas du tout ça, je faisais du judo. Et en fait, pas de chance pour eux, je me suis cassée les doigts dans la cour de récré. Je pouvais pas faire la compétition de judo, donc mon père a eu pitié de moi. Il m'a inscrit au championnat départementaux de cross. Je crois que j'ai dû prendre une licence dans la semaine. Et puis en fait, j'ai gagné les départementaux de cross. Et puis là, c'était mort pour eux. Je ne les lâchais plus. Donc ils m'ont dit, OK, on y va. On te laisse aller en athlète. Et puis voilà, j'ai commencé l'athlétisme par le triathlon. Pas le triathlon que je fais aujourd'hui, mais le triathlon dans un sport à lancer une course. J'étais un peu touche à tout. Mais j'étais très compétitive déjà en étant en fin. Je pense que c'est ce qui a drivé aussi ma pratique aujourd'hui. qui est un peu différente aussi de ma compagne dans ma vie qui a fait du sport aussi, où elle, elle voit plus le sport comme quelque chose qui lui permet d'évacuer, alors que c'est vrai que moi, depuis toute petite, si je faisais du sport, c'est parce qu'il y avait la carotte au bout qui était d'aller faire la compétition, plus que de me sentir bien et voilà. Donc ouais, très sportive déjà en étant enfant et puis plutôt compétitif quoi.
- Arnaud Manzanini
Là, tu nous parles Marion, à quel âge ça... Je trouve ça toujours intéressant de connaître ce point de bascule dans la vie d'une personne où tu te casses les doigts. Donc ton père t'inscrit au cross et là, c'est parti quelque part. Ça change tout derrière parce que tu gagnes les départementaux. C'est une vraie révélation à ce niveau-là. On parle, tu avais quel âge dans cette période-là ?
- Marion Legrand
Je devais avoir 9 ans, entre 9 et 10 ans. Ok, donc ouais. J'étais poussine, c'était vraiment les premières catégories d'athlètes.
- Arnaud Manzanini
Ce qui veut dire que déjà dans les jeunes, effectivement, un papa très sportif, tu as l'esprit de compétition. En plus, derrière, il y a les résultats qui font que. Et comment tu construis derrière cette carrière qui t'amène à des titres nationaux, européens, mondiaux ? Ça veut dire qu'est-ce qu'il y a un sport-études ou est-ce que non ? Tu suis une scolarité tout à fait classique entre les entraînements, les études. Et puis, avec le temps et l'âge des entraînements, de plus en plus probablement... Progressif, mais aussi exigeant. Comment tu construis cette phase-là de ta vie ?
- Marion Legrand
Pas du tout de sport-études. Non, je l'ai construite dans un premier temps déjà à travers mon père, qui m'a entraînée pendant un temps. Mais avec un schéma, je pense, différent de ce qu'on a pu voir aussi aujourd'hui dans le sport, entre les relations. parents, entraîneurs et enfants. Moi, pour le coup, mon père, il vient de l'ancienne école sportive, plus où on faisait du foncier, de l'endurance, peut-être un peu moins comme on le fait aujourd'hui. Et je pense que lui, il m'a vraiment accompagnée dans le sport, j'ai envie de dire sain, parce que j'ai l'impression qu'aujourd'hui, c'est un peu différent. Mais c'est lui qui m'a entraînée dans un autre champ.
- Arnaud Manzanini
Tu veux dire, Marion, la relation des parents sur le bord des stades avec les enfants ?
- Marion Legrand
Ça et puis le type de séances qu'on peut donner aujourd'hui qui sont quand même très intenses. Moi, j'ai commencé à avoir le droit de faire des séances sur la piste assez tard finalement parce que mon père avait une vision de l'entraînement. Il ne fallait pas faire des intensités trop tôt, il fallait attendre de mûrir, de progresser, etc. Et donc, je pense qu'il m'a bien accompagnée là-dedans. Et c'est quelque chose que j'ai beaucoup conservé, même moi en tant qu'entraîneur aujourd'hui. Et donc, j'ai commencé comme ça. Je n'ai pas du tout fait de sport études. Au bout d'un moment, mon père a arrêté de m'entraîner parce que je lui ai dit, écoute, moi, j'ai envie d'avoir un papa plus que d'un entraîneur. C'était une super relation qu'on avait tous les deux. Mais voilà, moi, je... Et puis, j'avais envie d'avoir une relation avec un coach. en parallèle avec un groupe et me sentir libre aussi. Après, je suis allée avec des groupes, mais non, je n'ai pas fait de sport études. Je suis restée basiquement dans des clubs. Je ne sais pas, je devais y aller peut-être deux, trois fois la semaine. Et puis, j'ai continué mes études en parallèle. Avant d'être entraîneur, j'ai fait des études de pédicure et podologie. Ça m'a pris quand même beaucoup de temps. Même si finalement, j'ai dû être listée à l'athlète de haut niveau, je pense en catégorie junior. Je me souviens, j'avais fait une demande pour pouvoir bénéficier d'horaires aménagés. J'avais passé mes concours et j'étais à l'école à Paris, dans une école qui s'appelle ASAS, qui est kiné et podo. Et puis en fait, on m'avait refusée parce que j'étais sur liste jeune. ministériel d'atelier de haut niveau, c'était pas sénior. Et donc finalement, j'ai eu une scolarité tout à fait normale où j'allais en cours et puis quand je pouvais, j'allais m'entraîner. J'allais m'entraîner après, c'était assez intense. J'ai jamais eu d'horaire aménagé, j'ai toujours fait comme ça. Honnêtement, je me considère comme quelqu'un qui s'est entraîné, je vais pas dire de la manière la plus normale, parce qu'effectivement, j'ai fait du haut niveau et j'ai été sur des lignes de départ. qui ne sont pas forcément accessibles à tout le monde. Mais souvent, quand j'en discute aujourd'hui, que je fais un peu le récap de ma vie sportive, j'ai l'impression de m'être plutôt entraînée comme une amatrice. Je n'ai jamais eu un cadre autour, je n'ai jamais eu de préparateur physique, je ne suis pas allée en pôle, j'ai toujours travaillé à côté. Aujourd'hui, les athlètes que j'entraîne qui sont amateurs, je pense qu'ils font presque autant d'heures que j'ai pu faire, voire plus pour certains. C'est un besoin qu'ils ont. Moi, je me suis toujours entraînée normalement. Par contre, j'ai eu la chance de pouvoir faire du haut niveau parce que j'avais le potentiel. Mais non, je ne me considère pas comme une athlète qui a eu la chance de pouvoir faire des choses, mais je n'ai pas eu le sentiment d'avoir fait vraiment des choses qui diffèrent.
- Arnaud Manzanini
C'est là, j'en parle souvent dans les podcasts, quand j'ai la chance, comme aujourd'hui, d'avoir en face de moi une championne, c'est que vous avez un truc en plus. C'est-à-dire que vous avez des gènes qui font... Donc oui, effectivement, avec un minimum d'entraînement ou ce que tu appelles un entraînement normal, vous êtes en capacité à produire des résultats qui sont au-delà de la norme et d'une personne qui, elle, s'entraîne, Vous, juste qu'avec un minimum d'entraînement sans en rajouter, vous êtes en capacité à produire des résultats. Donc dans le parcours que tu décris, on voit que vraiment, il y a cette relation avec le sport qui est plutôt saine, c'est-à-dire pas de pression de résultats. juste un équilibre entre j'ai ma scolarité, j'ai le sport, et parfois peut-être un petit peu challengeant quand les compétitions approchent, mais on sent qu'il n'y a pas de pression de résultat, et il n'y a pas cette pression que tu aurais pu te mettre toi-même avec un statut de sportif de haut niveau, d'intégrer un pôle ou quoi que ce soit. Mais à quel moment, parce que je le répète, mais il y a quand même des titres à l'international de très haut niveau, à quel moment Tu prends conscience de tes capacités, de tes compétences, de tes résultats ? Ou en tout cas, à quel moment tu structures le projet en disant « je vais vraiment m'organiser pour aller au plus haut niveau international » . Est-ce que ça l'a été à un moment donné ou pas du tout ? Tu continues à avancer dans la vie avec cet équilibre-là ?
- Marion Legrand
Déjà, pour revenir par rapport au stress dont tu parlais, je pense que dans un premier temps le stress de La pression de vouloir performer, je ne l'avais pas. Évidemment, ça vient au fur et à mesure. Parce que plus tu grimpes dans l'échelle de performance, plus forcément tu es attendu, plus tu as cette étiquette de favorite qui commence à se coller. Et puis forcément, la pression, elle va avec. Je ne dis pas que moi, quand j'allais à la fin sur les lignes de départ, je commençais à avoir un peu les chocottes d'échouer. Parce que c'est sûr que voilà. Je pense que cette volonté de performer, elle est là depuis longtemps. Je me suis juste laissée le temps de voir un peu dans quelle direction j'allais et puis de mes capacités. Il faut savoir qu'au début, je faisais de la course à pied. J'ai commencé à faire de la course à pied de haut niveau parce que j'ai eu des sélections. Donc là, j'aspirais forcément à, dans un premier temps, essayer de gagner un titre de championne de France que je n'ai pas eu. en tout cas dans mes catégories jeunes, même si j'ai fait des médailles sur la piste. J'ai eu une sélection sur des championnats d'Europe de cross. Et puis après, j'ai voulu faire un transfert sur le duathlon, où je suis arrivée dans cette discipline parce que j'avais eu des besoins de changement dans ma vie, on va dire personnel, où j'ai perdu ma soeur jumelle. Ça a été un gros questionnement. Il a fallu que je change mes habitudes et ça passait par un changement de sport. Pour avoir changé un peu mes repères familiaux aussi, qui étaient très basés autour de la course à pied. Donc moi, ma sœur, elle venait sur toutes les compétitions de course à pied. Les compétitions étant les mêmes, il fallait que je change de repère pour ne pas trop penser à cette partie douloureuse de ma vie. Et donc, j'ai changé de discipline. Et là, je pense naturellement, j'ai fait un transfert de ce que je faisais à pied, c'est-à-dire où est-ce que je peux aller ? Est-ce que je peux performer au plus haut niveau ? Ce serait cool. D'abord, j'ai commencé par faire du Grand Prix. C'est le meilleur championnat qu'il y a en France en duathlon. J'avais un club qui courait à cette époque en première division. J'ai commencé à faire quelques d'entrées de jeu. Ça a commencé à bien marcher pour moi. J'ai dû faire peut-être 15e place sur ma première D1, ce qui est plutôt encourageant. J'ai vite compris que c'était encourageant. Et donc après, ça a appelé le fait que moi qui étais compétitrice, j'avais envie de performer. Je pense que je ne regardais pas trop ce qui était championnat d'Europe, championnat du monde. Je regardais de loin, mais voilà. Moi, l'idée, c'était aussi de venir me faire plaisir et essayer d'être performante. Et puis voilà, au bout d'un moment, quand tu commences à faire des top 5 et que sur la ligne de départ, il y a... des Hollandaises qui font les championnats du monde, les championnats d'Europe, qu'il y a des Espagnols qui le font, que la meilleure Française, elle est championne d'Europe, aussi championne du monde. Parce que pendant très longtemps, on a eu une Française qui s'appelle Sandra Levenesse qui était une des meilleures. Forcément, ça te donne envie, tu es sur la même ligne. Je me suis dit, allez, pourquoi pas ? Est-ce qu'on ne peut pas viser une sélection ? Et puis, c'est venu comme ça. Même si au début, les championnats du monde, première sélection en 2018, je dois faire... 11ème au monde la course c'était le chaos,
- Arnaud Manzanini
j'en ai trop chié mais voilà Mais à quel moment, parce qu'effectivement il y a des sélections comme tu l'as dit, il y a la participation avant d'être championne il y a les premières participations et là c'est l'expérience c'est l'apprentissage il y a la sélection en équipe de France mais si je reviens tout petit peu en arrière tu as expliqué cette phase de ta vie où il te fallait un changement, un nouveau sport pour changer les habitudes Pourquoi le... Pourquoi le duathlon ? Est-ce que c'était le club qui était proche de chez toi ? Pourquoi le vélo déjà ? Et après, il y a le triathlon qui va arriver aussi dans ta vie où tu vas performer puisque tu as tout récemment gagné le 70.3 d'Aix en Provence.
- Marion Legrand
Oui.
- Arnaud Manzanini
Pourquoi le vélo ? Qui t'a mis sur un vélo ?
- Marion Legrand
Mon père, toujours. Oui, oui. C'est sûr, c'est un élément un peu moteur de ma vie de sportive. Pourquoi le vélo ? Parce qu'en athlétisme, je finissais... Je ne courais pas beaucoup. De manière générale, je ne suis pas une sportive qui me suit beaucoup entraîner dans ma vie. Ça paraît fou, mais c'est un peu le cas. Je fais des petits volumes. J'avais tendance à me faire mal aux chevilles. J'avais souvent des petites tendinites. J'ai eu une fracture de fatigue au calca. Et donc, j'ai basculé sur le vélo parce que c'était un sport porté. Ça me permettait de me dépenser aussi. Je suis montée sur un vélo comme ça plus. dans un cadre de rééducation que d'envie de faire du cyclisme.
- Arnaud Manzanini
Ça te permet de garder une condition physique sans solliciter les chevilles, les articulations, comme tu l'as dit.
- Marion Legrand
Carrément. Et puis, c'est comme ça qu'au fur et à mesure, moi aussi qui avais un besoin de changement, je me suis dit, tiens, le vélo, j'aime bien ça aussi. Je pense que je ne me débrouille pas trop mal. J'avais un gabarit qui se prêtait bien au vélo. Très gandre, j'ai plutôt un petit peu de cuisses. Enfin, voilà, j'aimais les côtes. Je suis un peu punchy aussi. Donc non, ça passait bien sur le vélo. Et on s'est dit... Au tout début, je me suis dit, je vais faire du triathlon. Bon, moi, on ne m'a jamais mis dans l'eau. Vraiment, je pense que la natation, c'est un peu la bête noire de mes deux parents. Ils n'aimaient pas la piscine. Mon père, il est allé à la flotte, pareil, dans un cadre de rééducation, parce qu'il s'est fait opérer des tendons d'Achille pendant sa carrière. Et puis du coup, il a dû aller nager. Mais je pense qu'on fait partie de la team Caillou. Il était peu souple des épaules. Et puis voilà, on n'a jamais nagé. Et moi, j'allais nager avec les copains à la piscine.
- Arnaud Manzanini
Naturellement, ce n'est pas le triathlon qui est arrivé dans cette période-là.
- Marion Legrand
Et du coup, j'ai vite compris que la natation, ce n'était pas mon truc. Mais c'est surtout qu'à cette époque-là, finalement, le triathlon, ça prend quand même beaucoup de temps. C'était une facilité aussi de faire un sport qui prenait un peu moins de temps. Et puis du coup, je suis allée sur le duathlon parce que je suis allée à l'essentiel. Moi, j'étais une coureuse. Le transfert sur le vélo, j'en étais capable. Mon équipe, à cette époque, qui était le stade français, cherchait des filles parce qu'ils faisaient de la première division en duathlon, donc voilà, ça tombait bien. Je me suis consacrée essentiellement au duathlon dans un premier temps. J'allais un petit peu nager au club parce que ça faisait partie du truc et j'aimais bien terminer mes années sur le triathlon pour m'amuser. Mais ce n'était pas le truc numéro un. Moi, c'était le duathlon et je suis venue comme ça. Et d'ailleurs, pour revenir sur cet aspect compétitif,
- Arnaud Manzanini
Initialement, j'avais contacté d'entrée de jeu,
- Marion Legrand
quand j'ai vu que je voulais faire du duathlon, je voulais essayer. J'avais contacté le meilleur club français qui est ici les Moulinots. Je m'étais dit c'est le club champion de France, t'es ambitieuse dans la discipline, t'as envie de faire des choses. Et puis je me souviens très bien, je les ai appelés au téléphone, ils étaient en plein stage je crois. Ils ont mis le téléphone au milieu de la table et puis ils m'ont dit vas-y présente-toi. J'avais l'impression de passer un entretien. Et puis, moi, je faisais déjà quelques petits trucs en athlète. Donc, je me suis dit, c'est bon, je suis une coureuse, ça peut le faire et tout. Et puis, il m'avait dit, écoute, nous, on a déjà une équipe 1 qui tourne bien. Donc, tu seras dans l'équipe 2. Tu seras dans l'équipe 2. Limite, il faudra que tu fasses tes preuves. Et du coup, je me souviens, j'avais raccroché et je m'étais dit... C'est dommage quand même. Et en fait, quelques semaines après, il y a le stade français qui, pour le coup, était bien moins bien classé. Il était vraiment plutôt en fin de classement de D1. Il m'avait dit, nous, on te propose de venir. Et je m'étais dit, tu pourrais être sur la même ligne que l'autre club, même si c'est une équipe qui tourne moins bien. Vas-y, fais-le. Justement, la target, c'est de faire monter l'équipe et de montrer à... à Issy-les-Moulineaux que je ne voulais pas les faire mentir, mais je voulais leur montrer que finalement, j'avais du potentiel, ils n'avaient pas voulu que je vienne chez eux. C'est la petite anecdote, je crois que je n'ai jamais osé en parler parce que de base, je ne suis pas...
- Arnaud Manzanini
Ça a été quand même une petite frustration.
- Marion Legrand
Oui, une petite frustration, mais je suis très heureuse d'avoir pu courir pour le stade où vraiment c'est un club où je me suis épanouie. En tant qu'athlète, en tout cas sur mes premières années, c'était vraiment chouette. Et du coup, pas du tout de regrets d'avoir pu courir pour cette équipe et puis de faire un petit pied de nez.
- Arnaud Manzanini
On est en quelle année la période dont tu parles Marion ?
- Marion Legrand
Là, on doit être en 2015.
- Arnaud Manzanini
2015, ouais, c'est ça. 2015-2016. Ça veut dire que pas très très longtemps non plus derrière, il y a les résultats. les résultats au niveau national qui arrivent, puisque derrière, ça va s'enchaîner, les titres au niveau national, européen et mondiaux. Comment tu vis cette progression ? Et surtout, la première sélection en équipe de France, c'était quoi en fait dans ta tête à ce moment-là ?
- Marion Legrand
C'était un objectif, je ne veux pas dire secret, mais ça faisait partie...
- Arnaud Manzanini
C'était ton moteur ?
- Marion Legrand
Oui, ça faisait partie un peu de la consécration. C'était... Je pense que mon coach, à l'époque, avait autant envie que moi d'accéder à ce truc-là. Voilà, quand on a vu que c'était possible, même si ça a mis un petit temps. Disons qu'il a fallu faire ses preuves plus de temps que je pensais. Mais voilà, 2018, ça a été la première sélection. Je ne sais même plus si j'avais déjà eu des... J'avais déjà eu des... Si, j'avais déjà... médaille au championnat de France. Je n'avais pas eu mon premier titre encore. Mais voilà, en fait, je tournais en grand prix de première division. J'avais fait quelques podiums, les places étaient là. Et du coup, on m'a donné cet accès en 2018 à l'équipe de France. Et puis finalement, je ne l'ai jamais quitté. Jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas eu une seule année où je n'ai pas fait de sélection. J'ai peut-être loupé quelques compétitions, un championnat du monde. j'ai eu un Le Covid, il y a eu une fois où je n'ai pas été sélectionnée aussi, parce que tu parlais de pression tout à l'heure, mais au bout d'un moment, même si toi tu es habituée à être en équipe de France, il faut toujours répondre à des critères. Et puis, mine de rien, la pression se met au fur et à mesure. Et je dirais même que là, sur ces dernières années, ça commençait à être, même si moi j'avais ma place, cette année, j'ai quand même connu une période un peu compliquée où, comme j'avais été blessée... Même si j'avais performé avant. Ce n'est pas le monde des bisounours. Oui,
- Arnaud Manzanini
bien sûr. Il y a du travail à faire derrière.
- Marion Legrand
Je pense que c'est ouvert et que tu as ta place, mais en fait, il faut quand même toujours prouver les choses. Et ce n'est pas évident.
- Arnaud Manzanini
Surtout quand tu es à haut niveau, comme tu peux l'être. Parce qu'effectivement, depuis 2018 et cette sélection en équipe de France, tu remportes, si mes informations sont bonnes, tous les titres au niveau national derrière, c'est-à-dire championne de France 2018 jusqu'à 2024, sur lesquels vont s'empiler par-dessus des titres de championne d'Europe. et du monde, également en équipe. Donc voilà, c'est fait effectivement qu'on arrive à un haut niveau. Et comment tu structures ça justement ? On en parlait en tout début de l'épisode, mais tu disais que tu avais un travail à côté. J'ai rencontré plusieurs triathlètes également sur le podcast. Il y a ceux qui arrivent à bien marketer leur saison et à trouver des sponsors et qui font justement des activations. qui sont même limite parfois créateurs de contenu justement, parce qu'aujourd'hui avec les réseaux, ces nouveaux métiers sont apparus créateurs de contenu. Donc c'est des gens qui mettent en avant des marques à travers différentes disciplines. Comment toi, tu arrives à structurer tout ça entre ton métier de coach, le haut niveau dans le duathlon et justement la recherche de sponsors ? C'est difficile, c'est vrai quand on est sportif. et qu'on est focus sur ses performances, sur ses entraînements. Il reste peu de temps à y consacrer. Ça prend énormément d'énergie. Il faut être en capacité à passer au-dessus des noms, des frustrations, des remarques parfois désagréables des personnes qui sont en face de toi. Tout ça est très difficile. Quand tu avais tous ces résultats, Marion, entre 2018 et 2024, Parce qu'on va parler effectivement de cette année 2025, pas très simple, avec cette maladie dont tu vas nous parler tout à l'heure. Comment tu construisais tout ça ? Est-ce que tu avais ton job à côté et tu t'organisais de cette manière-là ? C'était ton équilibre quelque part ?
- Marion Legrand
Oui. Je ne sais pas si c'est vraiment quelque chose que j'ai choisi ou si ça a toujours été naturel chez moi. Avoir ce travail à côté. Je pense que j'ai jamais aussi eu l'opportunité de ne pas avoir de travail. Il faut dire ce qu'il y a. Parfois, il faut être ton propre moteur. Soit tu décides de tout arrêter et de te lancer. J'en connais des gens qui décident d'être à 100%. Et je respecte grave. Limite, je suis impressionnée, presque jalouse de ne pas avoir osé. Mais voilà, moi, ça s'est toujours fait comme ça. Je pense que...
- Arnaud Manzanini
C'est ta nature aussi peut-être derrière, parce que quand on est sportif, il faut être très à l'aise quand on présente un dossier. C'est vraiment deux choses différentes.
- Marion Legrand
Exactement. Et d'ailleurs, je pense que les gens pensent que je suis assez extravertie, parce que dans mon métier, je suis assez extravertie. Parce que je travaille pour une structure maintenant qui organise beaucoup de stages sportifs. Moi, je montre que je suis à l'aise. Il faut animer, il faut dynamiser ces semaines-là. En vrai, je suis quelqu'un de très timide. On ne le voit pas quand je pousse tout le monde à faire une grosse chenille générale pour que tout le monde se sente à l'aise. Peut-être que finalement, on ne se pose pas la question, mais c'est moi qui suis le moins à l'aise du groupe.
- Arnaud Manzanini
Ce que tu veux dire, c'est qu'il te faut beaucoup d'énergie sur le personnage public. dans l'animation, dans ton métier de coach. Il faut dépenser beaucoup d'énergie pour que la mayonnaise se prenne. Mais une fois que les lumières s'éteignent et que le personnage privé, c'est plutôt quelqu'un d'introverti.
- Marion Legrand
Je suis assez timide, je n'ose pas trop. Et donc, c'est vrai que, comme tu dis, aller démarcher les sponsors, se lancer dans une vie à 100% dans le sport. Moi, ça a été un frein et ça l'est encore aujourd'hui. Parce que je suis de nature... J'ai peur, tout simplement. J'ai du mal à me vendre. Je suis...
- Arnaud Manzanini
Sportivement, une fois que le coup de feu y part, j'ai vachement confiance en moi. Mais c'est vrai qu'avant, j'ai tendance... Alors que les entraînements sont bons, j'ai le palmarès qui va bien derrière, je suis du genre à me demander si je peux le faire. J'ai toujours eu un gros manque de confiance en moi malgré tout. Et du coup, c'est vrai que ça ne m'a pas aidée à me vendre et à aller chercher des sponsors qui vont bien. Même si en face, moi j'essaie aussi de nature... optimiste en me disant bah non Marion, tu les résultats tu les as, t'as quand même quatre titres de championne de France, t'es double championne d'Europe, championne du monde, tu mérites. Je pense que le le meilleur exemple que je peux te donner c'est cette année j'étais au championnat du monde j'étais championne du monde en titre puisque j'ai gagné en 2024 je me suis pointé au championnat du monde avec mon vélo que j'ai toujours eu qui date de 2018 quand je me suis acheté mon premier vélo c'est le même aujourd'hui. Avec les câbles qui commencent à câbler, comme on peut dire. Franchement, mon vélo, il était posé sur le rack avec le vélo de toutes les autres filles. Je ne vais pas dire que j'avais honte, mais en fait, pourquoi ? Parce que cette année, je suis allée démarcher trois boutiques de vélo. J'ai essayé d'avoir un contrat vélo, je n'ai pas réussi.
- Marion Legrand
Avec le palmarès, avec le palmarès qui va bien.
- Arnaud Manzanini
aujourd'hui, être sportif, ce n'est pas que être sportif sur le papier et ramener les résultats. C'est effectivement un métier qui englobe aussi le fait de vendre ton image de sportif. Et c'est vrai que moi, ça, je l'ai moins développé. Je suis toujours restée la Marion, que je pense cette nature peinture qui plaît à certains et peut-être qui plaît moins à d'autres. Mais finalement... C'est un peu douloureux.
- Marion Legrand
C'est ton équilibre.
- Arnaud Manzanini
Je pense que je n'arriverai pas à faire autrement, même si parfois on m'a dit qu'il fallait y aller, envoyer plein de CV, pousser, pousser. En fait, je n'arrive pas à ça. Je suis trop optimiste en me disant que si tu le mérites, tu l'auras. Mais c'est vrai que ça m'a valu des petits coups durs en me disant que ça ne suffit pas. Visiblement, ça ne suffit pas. Puis tu te remets en question, tu vois. Moi, je me suis remis en question. Je me suis dit, est-ce que c'est parce que je suis moins féminine ? Est-ce que... Enfin, c'est bête, mais... Ouais, est-ce que je me mets moins en avant comme ci, comme ça ? Est-ce que c'est parce que j'ai les cheveux courts ? Enfin, franchement, tu vas chercher tout et n'importe quoi. Non,
- Marion Legrand
mais c'est vrai que le refus... Ouais. Ouais, le refus d'un dossier, deux dossiers, trois dossiers... Il faut avoir une capacité à passer au-dessus de la frustration. Mais après, c'est... C'est cet équilibre. Si tu te sens toi bien comme ça et que les résultats suivent derrière et que tu as ton équilibre perso, c'est juste parfait. Mais dans le duathlon, est-ce qu'à la base, c'est une discipline où il y a des professionnels, comme il peut y avoir aujourd'hui dans le triathlon ? Il y a des femmes, des hommes qui arrivent avec la mise en avant sur les réseaux de leur discipline, de leur pratique et donc des marques qui les accompagnent. Est-ce que dans le duathlon ? On a ces profils-là ou pas ?
- Arnaud Manzanini
C'est une excellente question. En vrai, aujourd'hui, il n'y en a pas beaucoup qui peuvent dire « je suis du athlète » .
- Marion Legrand
100% ?
- Arnaud Manzanini
Oui, il y en a, mais souvent, c'est parce qu'à côté, c'est des très bons coureurs. Je peux parler de Benjamin Choquer, par exemple, qui est très connu aussi dans le monde de l'athlète, de la course sur route. C'est des gens qui arrivent à vivre de ça parce que, mine de rien, à côté, ils sont très bons dans une autre discipline, ce qui fait que ça augmente leur capacité à pouvoir démarcher aussi, je pense, leur département, les aides, voilà. Ce qui a existé, existe de moins en moins dans le duathlon, c'est que, mine de rien, on est quand même rattachés à la FED, au ministère des Sports, et que pendant un petit moment les duathlètes pouvaient déposer un dossier et obtenir un détachement à 100% du ministère des sports selon selon leur quel duathlète ils étaient s'ils performaient beaucoup mais c'était uniquement ouvert pour ceux qui étaient fonctionnaires profs de sport chose que je pense que moi j'aurais pu bénéficier par rapport à mes résultats mais Manque de chance, je ne suis pas prof de PS et du coup, je ne peux pas. Et donc, ça m'a été fermé. Ça ne m'a même jamais été proposé. Oui,
- Marion Legrand
ça ne t'a même jamais été proposé, effectivement.
- Arnaud Manzanini
Et ça aussi, c'est un questionnement de te dire, en fait, rien n'est mis en place.
- Marion Legrand
Au niveau fédéral, parce que vous dépendez de quelle fédération ?
- Arnaud Manzanini
Fédération française de triathlon.
- Marion Legrand
Vous dépendez du triathlon, effectivement. C'est dommage, effectivement. Ce n'est pas un sport olympique.
- Arnaud Manzanini
Parce que ça, c'est ce qui freine beaucoup. Aujourd'hui, tu vas entendre des gens qui font du duathlon, qui en font à 100%. En équipe de France, il y en a plusieurs. Ils vont dire que c'est leur métier, mais est-ce que de là à dire qu'ils en vivent, non ?
- Marion Legrand
Je vois ce que tu veux dire.
- Arnaud Manzanini
C'est un choix.
- Marion Legrand
C'est une occupation à 100%, mais ce n'est pas une rémunération qui leur permet de vivre.
- Arnaud Manzanini
C'est ça.
- Marion Legrand
Je comprends, je comprends. Tout ça n'est pas simple. Mais c'est vrai que vu de l'extérieur, quand on voit ton palmarès, je fais appel aux marques. C'est quand même pas compliqué d'équiper Marion de deux vélos à l'année pour qu'elle soit encore plus performante. De roues qui lui permettraient d'aller un peu plus vite. D'un casque, de lunettes. Enfin voilà, je me fais...
- Arnaud Manzanini
J'ai investi dans un vélo l'année dernière, puisque je n'ai pas eu le choix. Pour le triathlon, j'avais pas vraiment de vélo. On me prêtait un vélo de chrono. Je me suis dit, allez Marion, j'ai démarché une marque. Je n'ai pas obtenu un contrat avec eux. Par contre, ils m'ont fait une remise pour l'acheter, le vélo. Mais j'ai quand même mis plus de 6 000 euros pour acheter ce vélo. Il me manque de pot, je n'ai même pas pu. rouler vraiment dessus parce que je me suis blessée. Donc, si tu veux, là, le vélo, je le vois tous les jours dans l'appartement. J'espère que ça va le refaire, mais voilà, c'est dur aussi.
- Marion Legrand
Oui, je comprends, je comprends. Mais écoute, comme tu l'as dit, les choses vont se remettre dans le bon ordre. Il faut croire en ça. Juste sur le duathlon, avant d'aller sur le triathlon, et donc la victoire à l'Ironman 70.3 Dex, explique-nous, c'est peut-être une question que j'aurais dû poser en intro pour que les personnes qui écoutent s'imaginent une discipline sans vraiment la connaître. Le duathlon, c'est un mélange de course à pied et de vélo. Donc, il y a la course à pied, le vélo, la course à pied. Et de ce que je peux savoir, c'est qu'il y a, un peu comme au triathlon, il y a différents formats qui correspondent à différentes distances. C'est bien ça ?
- Arnaud Manzanini
Oui, c'est ça. C'est comme le triathlon olympique qui se fait avec du drafting, c'est-à-dire rouler en peloton, profiter de l'aspiration des autres vélos. Et puis à côté, tu vas avoir le triathlon Ironman, triathlon longue distance où il faut respecter des distances. C'est assez individuel tout le long de la course, théoriquement en tout cas. Le duathlon, c'est exactement la même chose. Tout ce qui est championnat, ça va se courir plutôt sur des formats sprint ou air avec du drafting, comme ce qu'on retrouve aux Jeux Olympiques en triathlon. Puis tout ce qui est duathlon longue distance, c'est comme le tri, ça se fait plutôt tout seul sur ton vélo. Et en fait, moi, je l'ai surtout pratiqué en type sprint, donc sous forme de championnat. Et c'est là où il y a des sélections pour le coup.
- Marion Legrand
C'est intéressant de pouvoir préciser ça. Et à quel moment tu bascules sur le tri, en fait, quand on voit le palmarès que tu as, l'équilibre de vie que tu peux avoir, tu l'as dit, entre le coaching et ta pratique sportive, et qu'en plus, on fait partie de la Team Caillou, comme tu l'as dit tout à l'heure. À quel moment on s'est dit, tiens, je vais aller me challenger sur le tri et comment, en étant dans la Team Caillou, on gagne le 70.3 ? Parce qu'il y a eu d'autres victoires. Là, je parle de l'Ironman Dex, mais il y a eu d'autres participations, il y a eu d'autres victoires. victoire, mais là, c'est quand même... Il y a quand même beaucoup de sportives qui veulent le mettre à leur palmarès. Comment ça s'est fait ?
- Arnaud Manzanini
Déjà, moi, j'ai basculé sur le triathlon parce que j'étais dans un club de triathlon. Aujourd'hui, nous, le duathlon, on est régi par la FFTRI. Nos clubs, c'est du triathlon. Les licenciés font du triathlon. Ça reste le sport roi, malheureusement, j'ai envie de dire. parce que c'est dommage parce que le duathlon c'est vraiment une discipline qui est très dure je trouve quand tu cours alors que tu as déjà couru ou que tu montes sur un vélo, tu as déjà couru, ça fait mal quoi donc voilà, mais le sport roi c'est le triathlon, dans la bouche des gens c'est le triathlon donc moi par orgueil je me suis dit bah je vais aussi aller faire un peu de triathlon de temps en temps et aussi parce que j'aime ça, je ne suis pas une bonne nageuse mais je trouve l'effort hyper cool, hyper sympa les trois milieux, l'eau, la terre, etc. Donc, comment j'y suis venue, c'est qu'à force de faire de la D1 du Grand Prix pendant l'année où j'avais la pression, je me suis dit, je vais aller me faire plaisir, je vais aller faire du tri en fin de saison. Comme ça, ce sera la course que j'ai choisie, parce qu'en duathlon, quand tu es sur le champ, tu ne choisis pas les lieux. C'est telle date, tu dois y aller et voilà. Et donc moi, je me suis dit, le triathlon, je vais aller là où j'ai envie, dans la région de France que j'ai envie, sur un parcours qui me plaît. Et c'est comme ça qu'en 2018, je me suis inscrite au Longue Distance du Natureman, qui est dans les Gorges du Verdon. Et puis, j'y suis allée et puis j'ai fait deuxième, je crois, derrière Emma Bilam, qui est quand même aussi une Suissesse qui tourne très bien aussi en triathlon Longue Distance. Puis bon, c'est vrai que là, je me suis dit, bah... Tu sors loin de l'eau mais finalement il y a quand même des choses à faire Et puis la petite spécificité aussi du triathlon longue distance C'est que quand t'es sur ton vélo T'es tout seul Donc en fait Quand tu fais du tri olympique Et que tu sors loin de l'eau Et que tous les autres ils roulent ensemble en peloton Bah entre guillemets ils s'entraident Ils se tirent vers l'eau Et toi si t'es tout seul à vélo tu reviendras jamais Donc c'est aussi l'avantage du triathlon longue distance Donc c'était quelque chose qui me correspondait bien Et puis mine de rien à la fin J'avais quand même des aptitudes sur le vélo pour pouvoir regratter des places, mais surtout mon gros point fort, c'était le fait de courir à la fin. Comme je suis du athlète, j'ai cette capacité à pouvoir fournir un effort à pied en fin de course assez haut, puisque j'ai l'habitude de courir au début, à la fin, en duathlon, sur des grosses intensités. Et donc finalement, sur le triathlon, j'arrivais... à revenir sur les fins de course de manière assez... Ouais, sur un semi-marathon, moi, je suis capable de gagner 10-12 minutes. Et finalement, 10-12 minutes, quand t'as perdu 5 minutes en natation au début, bah en fait...
- Marion Legrand
Là, dans l'autre, ça le fait, ouais.
- Arnaud Manzanini
Que tout est jouable. Et donc, c'est comme ça que je suis venue au triathlon longue distance. Même si je n'avais pas un entraînement spécifique longue distance, je pense que c'est ce qui m'a valu aussi des petits bobos. Parce que j'avais des aptitudes, je m'entraînais pour le cours et puis je suis allée sur le long les dernières années. C'est comme ça que je suis allée sur le tri. De 2018 à 2024, j'en faisais un peu à chaque fin de saison. Ça a pris de plus en plus d'ampleur. Parce que mine de rien aussi, c'était des courses où il y avait quelques prize money intéressants en fin de course. J'y suis allée comme ça. Il y a aussi une personne qui a vachement participé au fait que j'aille sur le triathlon. S'il écoute ce podcast, c'est David Lacombe qui a créé une association qui s'appelle Triathlon avec 3 A. Où j'ai été ambassadrice de cet assaut. Et qui m'a dit, écoute, toi, tu as un truc à faire en triathlon. Un triathlon de longue distance, vas-y. Et puis voilà, j'y suis allée comme ça. Et en fait, de fil en aiguille, je pense que j'ai commencé à avoir de plus en plus d'expérience. Et puis est arrivée cette course au 73 de Hex, où il faut savoir que deux ans avant, j'avais fait huitième. Donc rien à voir. Je courais en professionnel, mais pareil, je ne me considérais pas professionnelle en triathlon, puisque encore une fois, je ne considère pas le sport, même le duathlon, comme mon métier. Je considère que c'est une passion énorme. En tout cas, ça l'a été dans ma vie. et voilà, mais pour moi souvent je dis que c'est un peu mon deuxième boulot. Oui, j'ai gagné de l'argent comme ça, j'ai quand même eu quelques sponsors qui m'ont aidée quand même un peu, mais voilà, ce n'était pas mon truc numéro un. Mais je suis allée sur le triathlon et j'ai couru en professionnel parce qu'avec le parcours que j'avais en duathlon, je pense que ma place c'était de courir en pro. Mais moi dans ma tête, je n'étais pas professionnelle de triathlon. J'avais la chance de pouvoir courir parce qu'il faut quand même avoir quelques critères pour être sur cette ligne. Tout le monde ne peut pas accéder à la ligne en catégorie pro sur un 73 ou ce genre de choses. Mais voilà, j'y allais parce que dans ma tête, je me disais, moi, je préfère être la moins bonne des meilleures que la meilleure des moins bons. Ça a toujours été ma philosophie. Et puis voilà, j'accepte d'être en fin de classement des pros. Mais au moins, je sais que je cours avec les meilleurs. Et puis, il y avait aussi le Prize Money qui est accessible que sur les catégories pro. Et voilà, je me suis retrouvée sur cette ligne comme ça. En voulant faire mieux qu'en 2022, je crois. Et puis finalement, j'ai gagné. Je ne m'y attendais pas trop. En plus, il y avait un super plateau féminin. Mais ouais, ça s'est fait parce que je suis remontée. Je suis sortie dernière de l'eau quand même.
- Marion Legrand
Voilà, c'était la question que je voulais te poser. Donc, tu sors dernière de l'eau. Et effectivement, comme tu l'as dit, tu as cette capacité à rattraper du temps sur la course à pied parce que c'est ton vrai domaine de prédilection et de compétence. Il y a tout un historique. Tu cours depuis petite, bref, c'est ta discipline. Alors là, j'avance un petit peu, mais quand on gagne le 70.3 sans se prendre la tête, ça doit probablement importer un peu plus de visibilité. On parlait de partenaire tout à l'heure. Est-ce que tu habites dans le sud de la France ? Est-ce qu'à un moment donné, la continuité est à l'Ironman de Nice ?
- Arnaud Manzanini
Tu sais, aujourd'hui, là, avec les petits pépins, je pense qu'on viendra en parler, j'ai du mal à me projeter, même si...
- Marion Legrand
En fait, c'était là. Le but, c'était d'aller sur ça. Mais je veux dire, quand tu gagnes le 70.3, alors aujourd'hui, oui, ta vie, elle a basculé en fin d'année. Ça, c'est clair. Et on va en parler, justement, de... Les symptômes, la diagnostic, ce que tu as vécu au moment des fêtes. Et aujourd'hui, quelle est ta vision du sport et de ta carrière ? Est-ce que quand tu gagnes Aix, tu t'es dit « next step, c'est Nice » ?
- Arnaud Manzanini
Oui, je pense que déjà quand je gagne Aix, c'est une ouverture vers de nouvelles ambitions sportives.
- Marion Legrand
Oui, parce que là, il y a des sponsors. Dans le triathlon, il y a plus de sponsors, plus de visibilité. Il y a plus de circuit aussi peut-être ?
- Arnaud Manzanini
Oui, c'est ça. Il y a plus de visibilité, il y a plus d'opportunités de pouvoir vivre de ton sport. Moi, je pense que quand j'ai gagné Aix-en-Provence, ça a été une bascule dans ma tête en me disant « Écoute, peut-être qu'en duathlon, tu commences à faire le tour. » Je n'étais pas encore championne du monde puisque je l'ai été quelques mois après. Je me suis dit, est-ce qu'il n'y a pas une bascule possible sur le triathlon ? Aussi dans une envie de voir autre chose sportivement parlant et de se faire plaisir autrement. Bien sûr que je pense que la consécration d'un triathlète aujourd'hui, c'est d'aller courir un Iron, même si je dis souvent à mes athlètes, quelqu'un qui fait un Ironman, ce n'est pas plus impressionnant que quelqu'un qui va faire... une distance sprint sur un chrono stratosphérique. Il ne faut pas avoir de complexe d'infirmité parce qu'on ne court pas d'Ironman, etc. Mais évidemment, moi, j'aspirais. Pas forcément Nice, même si ça reste dans la tête l'Ironman, mais moi, j'avais envie d'aller à l'Embrun. J'avais envie de faire l'Embrunman. Pour moi, c'est une des courses mythiques en triathlon. C'est une des premières courses que j'ai vues avant de faire du tri. J'ai été là sur ce départ. C'est un départ qui est donné à 5h50. Tu vois toute la foule qui court dans le lac, qui fait nuit, tu vois rien, c'est impressionnant. C'est un parcours très très dur. Donc oui, moi j'aspirais à monter sur cette discipline et à faire partie des meilleures françaises en triathlon longue distance et surtout à me donner les moyens en natation, chose que je n'ai jamais fait, on n'en a pas parlé. Mais honnêtement, j'ai honte de te dire ça. Mais moi, je ne suis jamais vraiment allée nager. Moi, j'allais nager trois fois avant la course. Parce que j'avais envie de ne pas être trop ridicule, même si ça n'allait pas changer la face du monde sur la partie de natation. J'y allais pour me sentir mieux et ne pas trop stresser et être bien dans l'eau. Mais moi, je voulais me donner les moyens de me dire, ok Marion, tu es capable de faire ça en fin de course. Qu'est-ce que ça peut donner si demain, tu te mets un petit coup de pied aux fesses, tu ne vas plus se nager ? C'était ça la target. honnêtement le 73 n'a rien apporté pour moi en termes de visibilité et de sponsor ça l'a été pour les proches les gens qui m'accompagnaient déjà un peu qui ont un peu poussé je pense à David Lacombe dont j'ai parlé tout à l'heure qui m'a aidé à être sponsorisé notamment lui via sa boîte etc mais honnêtement aujourd'hui si Et on me l'a dit, on m'a dit, si tu surfes pas sur cette victoire, derrière, il se passera rien. Et c'est ce qui s'est passé. Et d'ailleurs, quelqu'un m'a appelé et m'a dit, ah, t'as eu des sponsors depuis ? Bah, en fait, non. Non, parce que si toi, t'es pas moteur de... Ouais,
- Marion Legrand
je vois ce que tu dis. On va pas venir... Ouais, on va pas t'appeler. Ah ouais,
- Arnaud Manzanini
j'ose dire. La porte ouverte que j'ai eue, c'est que j'ai eu une sélection en équipe de France de triathlon, longue distance, puisqu'il y a quand même un championnat du monde longue distance de triathlon. Et ça, c'était vraiment cool de se dire, j'ai fait du duathlon, je viens du duathlon, et pourtant, je suis en train de basculer sur une sélection d'équipe de France sur longue distance qui avait lieu quelques jours après le championnat du monde de duathlon. Donc, j'ai fait le doublé. J'ai fait les mondes de duathlon. J'avais mes deux vélos en Australie. J'avais mon vélo pour le du, j'avais mon vélo pour le tri. Des distances totalement différentes. En duathlon, je faisais 5 km. 20 km, 5 km alors que sur le triathlon je nageais 3 km je partais sur 115 bornes à vélo et j'avais 30 km à pied à la fin donc je pense qu'il n'y en a pas beaucoup qui ont eu cette double sélection il fallait quand même avoir le courage de se pointer sur des trucs comme ça malheureusement j'ai pas pu aller au bout puisque j'ai crevé à vélo donc c'est un peu un de mes regrets Mais voilà, ça m'a ouvert une sélection en équipe de France de triathlon. Mais ça ne m'a pas ouvert beaucoup plus. Mais par contre, ça m'a ouvert l'envie de basculer sur une autre discipline et de m'entraîner autrement.
- Marion Legrand
Et c'est là que je reviens sur ce que je disais au début de l'épisode. Mais l'ADN, le fait d'avoir cette fibre et ces compétences naturelles et en capacité d'accepter. Comme tu l'as dit, les distances ne sont pas du tout les mêmes. Il n'y a rien à voir. L'effort n'est pas le même. Mais physiologiquement, tu fais partie de ces championnes qui ont le truc en plus. Je trouve ça admirable et ça fait toute la différence. Et puis, il y a cette fin d'année qui ne s'est pas passée comme tu l'avais imaginé, où la maladie arrive. Si tu peux en parler, si tu souhaites en parler, quels ont été les premiers symptômes ? symptômes et puis l'annonce parce que c'était ou c'est, je ne sais pas comment l'articuler, tu vas nous dire où tu en es justement, un cancer qui t'a été diagnostiqué. Donc voilà, si tu veux bien en parler, je ne sais pas trop comment poser la question. Donc je te laisse libre cours Marion sur ta réponse.
- Arnaud Manzanini
Non, je pense qu'au contraire, c'est hyper important d'en parler, ne serait-ce que pour mettre des mots aussi moi dessus. Je ne vais pas dire pour faire de la prévention parce que je ne saurais jamais pourquoi je suis arrivée à cette étape de ma vie. Mais par contre, je sais quand même qu'il y a des choses qui ont participé. En gros, ce qui s'est passé, c'est que moi, fin 2024, qui a été une année totalement, je vais dire, de succès pour moi. Je pense qu'il n'y a pas une seule course que j'ai faite, à part peut-être les championnats de France de cross que j'ai raté. Tout était aligné, tout était facile. Je mettais les chaussures, je courais, je n'avais aucune difficulté. C'était vraiment top. J'ai eu un bobo à un ischio sur le dernier triathlon que je fais en fin 2024. Et puis là, il y a tout qui s'écroule. Puisque je me fais une déchirure dans un ischio pendant la course. Je sentais que ça me titillait. Et puis j'ai voulu terminer la course. Et puis voilà. J'avais mal au dos, ce genre de choses. Et en fait, du coup, de fin 2024 à, on va dire, avril 2025, j'essaye de me soigner, mais franchement, je suis en galère. Je suis en galère totale et puis je me sens très seule. C'est important de le dire parce que, comme tu l'as dit tout à l'heure, nous, on est sportifs de haut niveau. Souvent, de l'extérieur, on se dit, ouais... Il est hyper bien encadré, il est hyper bien entouré. Elle, elle est en équipe de France, elle a des titres, elle a le staff qui va bien. Honnêtement, ce n'est pas vrai. Ça, c'est une image qu'on se donne. Moi, aujourd'hui, encore une fois, j'ai fait les plus hautes compétitions en duathlon parce que j'avais le potentiel. Mais derrière, je me suis entraînée comme quelqu'un qui avait juste envie de performer. Mais je n'avais pas le cadre autour pour... Peut-être que c'est... Moi qui ne l'ai pas mis aussi, mais en tout cas, je n'ai pas été aidée de l'extérieur. Si toi, tu n'es pas là pour le mettre, on ne viendra pas t'aider. Et en tout cas, moi, je n'ai pas eu cette chance. Mais encore une fois, c'est peut-être moi qui ne l'ai pas provoqué. Mais en tout cas, j'ai galéré. J'ai galéré pendant des mois. Ça a été dur pour moi, parce que j'avais l'impression que ça n'importait pas trop la fédération aussi, que je sois blessée. Alors pourtant, je me suis blessée un mois après être championne du monde. On m'a même dit, tu ne fais pas les championnats de France, tu ne fais pas les championnats d'Europe, du coup tu ne pourras pas être sélectionné au championnat du monde. Alors que pourtant ça faisait 4 ans que je faisais des médailles, que j'étais tenante du titre. Et donc ça a été une période compliquée où je me suis sentie assez seule. Et en fait j'ai quand même réussi à aller courir ces championnats du monde, parce que fin avril j'ai commencé à reprendre un petit peu la course à pied, j'ai réussi à faire mon premier footing d'une heure fin avril. Les championnats du monde étaient en juin. Et je ne vais pas dire que j'ai demandé à la FEDE de me donner cette chance, parce qu'effectivement, je n'avais pas fait les critères. Mais j'ai un peu forcé le truc en disant, vous ne pouvez pas me faire ça, en fait. Je dois aller sur cette ligne. Laissez-moi cette opportunité. J'y suis allée, mais j'avais six semaines de course à pied dans les jambes. J'y suis allée, j'ai fait cette course, ça a été terrible. Terrible, terrible, parce que je n'avais pas couru depuis fin septembre 2021. Je me retrouvais sur une première ligne de départ en juin 2025, sans intensité de course, sans rien, j'ai souffert, j'ai quand même terminé quatrième, mais j'y ai mis tout mon cœur et un peu d'orgueil aussi. Le lendemain, on gagne en relais mixte, mais moi... Au fond de moi, je suis terriblement atteinte. Psychologiquement, je suis très fatiguée de m'être battue tous les jours pour essayer de revenir sur cette ligne et de montrer le meilleur de moi-même et d'essayer de faire la meilleure performance possible, alors qu'au fond, j'en peux plus. Je ne comprends pas pourquoi j'en suis là, pourquoi je suis seule, pourquoi je n'arrive pas à guérir véritablement. Je me sens dans l'abandon. Et donc, en fait, après ce championnat du monde, finalement, je me dis, je vais pouvoir repartir. Ça y est, tu as fait 4 et puis tu as gagné en relais mixte, etc. En fait, je sens que je suis épuisée mentalement. Et je sens que j'ai des choses en moi que je n'ai pas réussi à sortir. J'ai de la colère, j'ai de la rancœur. Et puis, en fait, arrive... où j'étais déjà suivie pour ma thyroïde parce que j'avais une thyroïdite d'Hashimoto, donc une maladie auto-immune qui n'a pas de lien avec ce cancer de la thyroïde, mais j'étais déjà suivie pour ça et j'avais un traitement déjà. Et donc je passe une échographie pour voir où j'en suis et en fait on se rend compte que les images elles ont vachement évolué par rapport à il y a un an et on comprend pas trop pourquoi parce que c'est... En gros, je suis gradée du bas de l'échelle, il y a un an, à tout en haut de l'échelle. Et on me laisse un peu sur ça, on me disait « Non, mais il faut que tu fasses une biopsie » . Mais moi, je sens au fond de moi que ça ne va pas. Et je pense que j'ai compris tout de suite. Parce que quand ça fait un an que tu vis du stress au fond de toi, que tu ne te sens pas bien, je ne vais pas te dire que je savais pertinemment. que c'était pas un état qui allait me faire du bien au fond de moi. Je me suis même dit, tu te fais tellement de soucis que tu vas avoir un cancer, et je vais pas dire que c'est... Enfin voilà, c'est arrivé, mais... Mais voilà, et en fait, je passe une biopsie, et puis voilà, ça ressemble qu'à ressort carcinome 6 sur 6, donc cancer de la thyroïde. Et même si, quoi qu'on dise, c'est un cancer de la thyroïde, ça reste les cancers qui se soignent le mieux, hein. Bah moi, ça a été un choc. Je pense que là, c'était vraiment la cerise sur le gâteau, on va dire. Et là, vraiment, dans un premier temps, j'ai essayé de bien le prendre en me disant « de toute façon, c'est la continuité de cette année pourrie » . Et puis en fait, non, je ne l'ai pas du tout bien pris. Je pense que j'ai même fait un espèce de choc émotionnel où vraiment c'est la goutte de trop. Tu ne comprends pas. Tu ne comprends pas pourquoi tu en es là. Pourquoi toi, alors que j'ai toujours eu une vie saine, etc. Mais par contre, la chose que j'ai compris, et c'est là où je veux alerter aussi, c'est que le sport du haut niveau, ce n'est pas ce qu'il y a de plus. On se met quand même beaucoup de pression. Il faut pouvoir parler. Moi, je pense que je ne me suis jamais trop entraînée. Je n'ai toujours fait pas beaucoup, mais juste. Par contre, autour de moi, je n'ai pas mis les choses en place pour être bien forcément psychologiquement dans ma tête à un moment donné. Et je pense que c'est ça qui fait que j'ai basculé. Je n'ai pas parlé, j'ai voulu tout garder pour moi aussi. Parce qu'encore une fois, je pense que quand tu mérites, normalement on vient vers toi. J'ai tout gardé pour moi et ça a été un gros choc. Mais aujourd'hui, j'ai compris que c'était mon corps qui me disait juste « Marion, stop » . En fait, il y a des choses qui ne vont pas. Et même si tout le monde pense que sportivement, tu es hyper heureuse, tu as atteint des choses, en fait, non, ça n'allait pas. C'est une image. C'est ce que les gens voient. Ce n'est pas parce que tu... Justement, derrière cette femme, souvent, il y a des photos qui sortent où tu me vois en train de soulever une banderole et d'hurler parce qu'en fait, ça cache des choses. Ça cache des choses que tu ne dis pas ou ça ne va pas toujours très bien. Et je pense que j'ai compris ça, que, en fait... Là, il fallait que je prenne soin de moi. Et peut-être que ce cancer, c'est aussi un moyen de s'arrêter, de revenir un peu en arrière, de prendre plus le temps. Et puis, même si c'est un gros deuil, il faut le dire, c'est un deuil parce que je sais qu'il y a cette blessure, puis il y a ce cancer, ça commence à faire beaucoup. Ça commence à faire beaucoup de temps aussi que je ne m'entraîne plus comme l'athlète d'avant. Donc, je m'éloigne aussi de... de mes capacités, de ces choses-là. C'est aussi un moyen de se dire est-ce qu'il n'y a pas d'autres choses derrière aussi qui m'attendent ? Est-ce que ce n'est pas un moyen aussi de tourner une petite page autrement, en tout cas de faire du sport autrement ? Je ne vais pas dire que je suis contente d'en être là aujourd'hui parce que c'est très dur et que ça a entraîné beaucoup de douleurs différentes. Il y a le traitement du cancer, mais il y a tout ce que ça implique mentalement. Moi, j'ai eu un mois où j'avais mal partout, partout dans mon corps. Les articulations, mon dos, mon épaule qui gonfle, les genoux qui ne se plient plus. Et en fait, tout ça, c'est une répercussion qui n'est pas forcément liée au cancer, mais c'est une répercussion du choc, de l'arrêt du sport qui est brutal, où tout s'arrête. La décompensation totale de la personne que j'étais avant et de la personne que je suis aujourd'hui. Mais c'est aussi un moyen de se dire, OK, il y a une autre vie qui m'attend, qui sera différente. Et je vais peut-être prendre le temps de faire d'autres choses qui me plaisent aussi. C'est très philosophique ce que je dis, mais je suis en plein dans cette phase-là d'acceptation de choses que je ferais peut-être plus ou pas. Ou des chéramans. Oui, je ne ferais pas d'Iron Man, peut-être. Ou en tout cas, j'en ferais peut-être un, mais pas à la hauteur de ce que je ferais. que j'avais voulu en tant qu'athlète avant. Je me vois peut-être pas forcément gagner comme j'aurais voulu le faire, mais je me vois faire du sport sainement aussi, pour d'autres raisons, plus dans le partage. Moi, là, si je me vois retourner sur une ligne de départ, c'est aussi... Moi, j'ai un projet, là, je sais pas si je peux le faire, parce qu'effectivement, je suis toujours en traitement, je suis pas réglée, hormonalement, je suis pas du tout réglée, j'ai encore de la médecine nucléaire à faire et... et ce genre de choses, il faut que je remonte la pente parce que je suis exténuée, fatiguée. Mais moi, mon projet, tout à l'heure, on a parlé de ma soeur jumelle. En fait, ma soeur jumelle, elle était polyhandicapée. Elle n'est plus là aujourd'hui. J'ai commencé le triathlon juste après qu'elle soit partie. Et moi, j'aimerais pouvoir faire un triathlon avec un enfant polyhandicapé ou un jeune qui n'a pas les capacités de le faire. mais moi si je me vois être sur un lieu Une ligne d'un 73 ou d'un triathlon en distance, ce n'est pas pour gagner pour moi aujourd'hui, je pense. C'est pour le faire pour les autres et me sentir utile. Je me rends compte que j'ai fait du sport de haut niveau pour moi, pour me flatter, mais aujourd'hui, je me demande qu'est-ce que ça m'a vraiment apporté, si ce n'est avoir un cancer.
- Marion Legrand
Ce que tu dis, on voit bien qu'il y a un lien entre le corps et l'esprit. Déjà avant, ton esprit... te disait que ton corps n'allait pas bien. Et tu avais su le capter, mais pas l'identifier. Mais ça, c'est normal, je veux dire. Mais en tout cas, tu avais déjà senti qu'il y avait des choses qui ne fonctionnaient pas comme avant. Et aujourd'hui, tu l'as dit, tu es toujours en traitement, c'est ça ? Les gens ne le voient pas, mais moi, j'aperçois ta cicatrice. Et puis, pour t'avoir suivi sur les réseaux, enfin je On voyait qu'en fin d'année, c'était compliqué. Tu expliquais sur les réseaux que tu ne comprenais pas pourquoi, mais tu faisais des allers-retours entre les urgences, ton domicile, les urgences, avant cette opération. Après, la question que je voulais te poser, c'est tu as quel âge aujourd'hui, Marion ?
- Arnaud Manzanini
Je ne sais pas.
- Marion Legrand
Je le sais, mais je me dois de te poser la question pour les gens qui nous écoutent, puissent se dire que, en tout cas, on le souhaite, c'est que tu reviennes après au niveau, pas au niveau. J'allais presque dire, ce n'est pas grave. L'essentiel, c'est que tu te fasses plaisir et que tu es dans une phase aujourd'hui de ta vie. Alors, c'est facile à dire parce qu'aujourd'hui, moi, je n'ai pas vécu ce que tu traverses. Mais tu es dans une phase de ta vie où tout s'est écroulé dans ce que tu décris. Tous tes repères, l'entraînement, la compétition, tout ça brutalement. Et tu as utilisé vraiment le mot brutal, bien appuyé, justement, pour dire que du jour au lendemain, tous ces repères-là sont partis en... en éclat, quoi. Tout ça s'est arrêté. Et que c'est des nouveaux repères que tu es en train de construire, probablement, avec tout l'aspect philosophique dont tu parlais. Et qu'on le souhaite, en tout cas, que tu puisses revenir que ce soit seul ou avec quelqu'un d'autre sur une ligne de départ. Après, voilà, à 33 ans, t'es encore jeune, quoi. Je veux dire, les choses vont se mettre en place. Il faut déjà te soigner physiquement, après te soigner mentalement pour retrouver et... pour retrouver l'envie, les repères, et puis aller de l'avant. Mais avec un esprit de championne, comme tu peux l'avoir, les choses vont se mettre en place. Mais c'est quoi aujourd'hui ton quotidien, Marion, qui était avant rythmé par les entraînements, les coachings ? Est-ce que tu continues à encadrer des sportifs ? Et est-ce que c'est ta bouffée d'oxygène ? Quelque part, c'est à travers eux que tu fais du sport. Et c'est quoi aujourd'hui ton quotidien ? C'est les soins et le coaching ? Puisqu'il n'y a plus de sport, comment tu vis ça ?
- Arnaud Manzanini
Mon quotidien, c'est me refaire une santé, me reposer. Effectivement, j'ai encore un tour à l'hôpital à faire. pour essayer de dandiguer tout. Là, pour être honnête, j'ai fait mon premier footing de 20 minutes il y a deux jours, parce que je viens de déménager. Là, j'ai une nouvelle vie qui m'attend, parce que j'ai acheté un appartement, et je suis en plein emménagement à l'heure actuelle. Mon quotidien, c'est ça, c'est reconstruire quelque chose de nouveau. Mais la tentation était trop forte, parce que là, on habite à 500 mètres de la plage, donc on s'est dit, allez, un petit footing. Je l'ai pris un peu comme une nouvelle page qui se tourne. Comme tu as compris, moi, je fonctionne beaucoup au repère. Et là, j'avais besoin de créer un nouveau repère et de passer à autre chose. Et donc, je suis allée faire ce petit footing pour voir où j'en étais, comment je me sentais. Même si on m'a dit, Marion, le sport, ce n'est pas pour tout de suite, parce que j'ai des dosages hormonaux qui sont vraiment très mauvais pour le moment. Je suis allée faire mon premier footing. Et mon quotidien, pour le moment, il n'y a pas de sport aussi, parce que moi, ça me fait peur de reprendre. J'ai besoin de prendre du temps. Je sais que ça va revenir. Je sais que je vais le refaire de un, parce que j'en ai envie quand tout sera au vert. Et de deux, parce que mine de rien, comme tu le dis, j'accompagne des sportifs, je crée des séjours sportifs. Moi, mon échéance, là, ce n'est pas d'être sur la ligne de départ pour un championnat. Mon échéance, c'est mon travail. Mon échéance, c'est dans quelques mois, voire dans quelques semaines. d'être au sein d'un groupe de 30 personnes et de les emmener kiffer à vélo, en course à pied, sur des stages sportifs en lausère, dans une structure qui s'appelle les terrasses du lac. Je vous invite à aller voir ça, c'est super chouette. Mon quotidien, il est driveé entre mes athlètes que je continue d'entraîner. J'ai la chance de pouvoir faire ça encore aujourd'hui. Je fonctionne beaucoup à distance et ça marche très bien. J'ai entre une quinzaine et une vingtaine d'athlètes en France et je les accompagne comme ça. Et effectivement, je vis le sport aussi à travers eux. Même si parfois, c'est un petit peu douloureux, je le vis aussi comme ça. Mais moi, je vois aussi beaucoup mon avenir en faisant du sport sans concours d'égo, sans recherche de performance extrême, mais dans du partage, beaucoup de partage. Là, les stages que je fais, on appelle ça des colonies sportives. On y va, on ne cherche pas à être le plus performant, mais par contre, on cherche à partager des moments de sport parce que le sport, c'est une grosse valeur de partage que je trouve d'ailleurs qu'on oublie de plus en plus. Le sport de haut niveau, aujourd'hui, quand tu regardes les réseaux, moi, je vois les gens qui se filment eux. Et comme on l'a dit tout à l'heure, les sponsors, ça implique, c'est un système qui... implique le fait de se mettre en avant, de se mettre en avant soi tout le temps, tout le temps. Mais je trouve que du coup, ça nous éloigne beaucoup de pourquoi on fait du sport. Et le sport, c'est moi, ma définition, c'est vraiment de le partager avec du monde. C'est parce que ça nous fait du bien et pas parce que ça nous fait du mal. Et moi, c'est vraiment ça ma philosophie pour mon avenir. Et c'est vraiment mon quotidien aujourd'hui. Et d'ailleurs, je me suis inscrite dans un club à... Marseille qui s'appelle Massilia Triathlon qui est un club qui fait de la troisième division en duathlon et en triathlon, qui est très éloigné des clubs où j'étais avant et d'ailleurs j'ai eu un échange avec le sélectionneur d'équipe de France qui m'a dit t'es au courant que il faudrait que tu fasses du Grand Prix de la première division pour reviser les sélections ou quoi mais c'est vrai que moi là j'avais un besoin social et tant pis s'ils font pas de la D1 je m'en fiche Merci. Et on m'a même dit au club, ce serait trop cool que tu viennes faire la Détroit. La Détroit, moi j'ai gagné des D1, donc c'est hyper drôle. Mais moi ça me fait rire, parce que moi demain, le fait d'aller courir sur une Détroit, ça me fait marrer. Je trouve ça trop cool en fait. Et d'être porteur d'un projet comme ça, d'un club qui est peut-être juste en 3ème division, juste où nous on vient faire du sport, mais se retrouver peut-être au bar après pour aller boire un coup. Les natations en eau libre à Marseille, il y a beaucoup ça. Moi, c'est ça qui me drive et c'est ça qui me donne envie. Même si franchement, je te dis ça, mais évidemment, dans un coup, dans ma tête, j'ai envie de reporter un petit peu.
- Marion Legrand
Bien sûr, mais après, chaque chose, je vais dire un pas après l'autre. Un pas après l'autre. Aujourd'hui, tu es dans une phase de ta vie où il faut que tu te refasses, comme tu l'as dit, une santé. Je veux dire, là, pour le moment, il n'y a pas de... Ça serait déplacé que tu dises, j'ai déjà planifié mes entraînements pour revenir à haut niveau. Il faut être réaliste. À un moment donné, chaque chose en son temps. Déjà, le petit footing de 20 minutes, tu as probablement remis l'église au centre du village. Parce que tu devais avoir probablement aussi tes sensations de quand tu volais sur le bitume.
- Arnaud Manzanini
Oula, oula ! C'était au bout de ma vie, mais ça me faisait trop du bien.
- Marion Legrand
Mais oui, mais voilà. Donc, chaque chose en son temps. Et aussi, parfois, là aussi, c'est l'expérience qui parle. Ce n'est pas celle de la maladie, mais c'est l'expérience de l'exigence sportive et de te mettre tes gros challenges. Ça fait du bien. Tu verras, probablement, ça va te faire du bien aussi mentalement de ne pas avoir ce stress, peut-être même inconscient, de la ligne de départ, du résultat. de tout ce qui va avec, le très très haut niveau que tu as connu. Et puis après, les choses se feront comme elles doivent se faire, puisque quand on voit ton parcours, tu as toujours fait les choses qui t'épanouissaient personnellement, tu n'as pas fait en sorte de provoquer volontairement quelque chose, mais ça s'est passé naturellement parce que ça devait se passer. Donc voilà, en tout cas, c'est vrai que c'est hyper poignant ton témoignage. Est-ce que tu suis aujourd'hui le sport, les Jeux Olympiques, au moment où on enregistre, en plein Jeux Olympiques d'hiver qui ont commencé ? Est-ce que tu suis ce haut niveau-là ? Ou est-ce que par frustration, tu zappes quand tu tombes sur une épreuve sportive ? Qu'est-ce qu'elle soit ?
- Arnaud Manzanini
Non, je dirais que c'est un entre-deux. C'est une question que je me suis posée. C'est vrai que j'ai l'impression de ne plus regarder le sport de la même façon. Même le triathlon, je ne le suis plus de la même façon. Dans un premier temps c'était parce que ça me faisait du mal Et dans un deuxième temps c'est pour tout ce que je t'ai raconté Je me rends compte que Je suis en train de quitter Ou de m'éloigner d'un monde qui me convient Peut-être plus aujourd'hui Parce que la Marion d'avant C'est plus la Marion d'aujourd'hui Il y aura toujours un avant et un après Bien sûr,
- Marion Legrand
c'est évident
- Arnaud Manzanini
J'ai pas regardé la cérémonie d'ouverture Alors que je pense que cette Marion d'avant l'aurait fait Merci. Mais tu vois, hier, j'étais à Toulon. Je faisais la rate de Toulon dans un bateau pour visiter. C'était au moment du billet long du relais mixte. J'étais plus concentrée, je t'avoue, sur mon portable à regarder le relais mixte pour voir si la France allait gagner que d'écouter la visite. Donc effectivement, je suis toujours rattrapée par cet aspect compétitif. Mais je le suis d'un autre œil. Je prends beaucoup plus de recul sur les choses. Je le suis, mais disons que j'ai mon œil qui me dit « attention » . En fait, je vois plus des sujets d'alerte, je m'en rends plus compte. J'ai plus un esprit critique aujourd'hui sur le sport de haut niveau et du coup, je m'en protège aussi d'une certaine façon. J'aime la beauté du sport, je suis super contente quand ça gagne. Mais je me dis toujours que derrière cette victoire, il y a aussi des choses qu'on ne voit pas.
- Marion Legrand
C'est vrai.
- Arnaud Manzanini
Et voilà.
- Marion Legrand
C'est vrai, c'est vrai. C'est une Marion en transition qui est avec nous.
- Arnaud Manzanini
La quatrième discipline du triathlon.
- Marion Legrand
Exactement, exactement. C'est très, très, très bien dit. Écoute, je te remercie pour le temps, le partage. Et est-ce qu'il y a quelque chose, Marion, que tu voudrais... partager aux auditrices, aux auditeurs un message à faire passer. On arrive sur la fin de l'épisode. C'est peut-être la question la plus difficile que je t'ai posée sur cet épisode, mais voilà. Quel message tu souhaiterais faire passer ?
- Arnaud Manzanini
Oui, de faire du sport pour les bonnes raisons et pas pour les mauvaises. Et de prendre soin de soi, c'est hyper important. La performance, c'est bien. Viser le haut du... Le haut du tableau, c'est bien, mais ne pas oublier qu'il y a une vie autour. Et ça, c'est hyper important parce que quand le sport s'arrête, quand on n'a pas chéri cette vie autour, qu'on ne l'a pas préparée, on ne s'est pas forcément entouré ou quoi, ça peut faire tout drôle. Donc voilà, ne pas oublier le à côté. Et ce n'est pas parce que... Je pense que le à côté n'empêche pas d'être performant et je pense que du coup, c'est vraiment bien de... d'entretenir ça et de prendre soin de soi en priorité, on le dit toujours, et surtout la santé. en rigolant au nouvel an, mais c'est hyper important. Si j'ai un message à faire passer, c'est de prendre soin de soi. Et voilà.
- Marion Legrand
Écoute, c'est... Faire le sport pour le plaisir, très clairement, et pour les bonnes raisons, entièrement raison sous, avec tout ce qu'on traverse et ce qu'on vit aujourd'hui. Moi, je suis convaincu qu'il y aura un deuxième épisode de Marion Ensemble dans deux ans, trois ans, et qu'on réécoutera celui-ci, puis on se dira dans deux, trois ans... Ça m'est arrivé. de faire comme ça des épisodes. Et puis, le temps passe vite. C'est vrai que le podcast, il a plusieurs années maintenant. Et de se dire, on se retourne un petit peu. Et puis, voilà le parcours. Voilà dans quelle phase j'étais il y a deux, trois ans. Et voilà ce qui s'est passé depuis. Donc là, on l'entend et on le comprend totalement que tu es dans cette phase d'acceptation aussi, de transition. Et puis, je suis incapable de te dire aujourd'hui ce qui se passera demain. Mais ce que je sais, c'est que ça sera forcément différent. Donc, un grand merci Marion pour ton temps, pour ta sincérité, ton humilité. Écoute, à dans deux ans avec grand plaisir. Tu nous partageras justement, tu nous expliqueras quelle a été la suite et comment tu t'es reconstruit, une santé reconstruite mentalement, physiquement. Et puis, ce sera toujours un grand plaisir. Un grand merci Marion. Et je te souhaite tout le meilleur pour la suite de cette année 2026. Voilà, c'est la fin de cet épisode de Tous en selle. Merci d'avoir pris le temps de rouler avec nous, d'écouter ces histoires, d'écouter ces conseils, mais aussi ces expériences qui, je l'espère, t'auront donné envie d'aller chercher un peu plus loin, un peu plus haut et de simplement savourer ta prochaine sortie à vélo, mais aussi pourquoi pas de comprendre les vibrations de ta machine. Si ce podcast t'inspire, te motive, te fait sourire ou te donne simplement envie pour une nouvelle sortie à vélo, n'hésite pas à le partager sur les réseaux ou à un ami simplement avec WhatsApp, tu verras, c'est très simple. à en parler autour de toi et à laisser le fameux 5 étoiles sur les différents sites. C'est ce qui fait grandir l'aventure, c'est ce qui fait grandir le podcast et c'est ce qui nous permet de continuer à avoir d'autres invités. Tous en selle, c'est une communauté, une énergie, une envie commune, se dépasser, s'amuser, apprendre et vivre pleinement cette passion qui nous rassemble, le vélo. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode du podcast Tous en selle avec de nouvelles voix, de nouveaux conseils et de nouveaux récits. D'ici là, prenez soin de vous et comme toujours, toutes et tous en selle.