- Arnaud Manzanini
Et si votre passion du vélo prenait une nouvelle dimension ? Rejoindre la Fédération Française de Cyclotourisme FF Vélo, c'est bien plus que rouler à vélo. C'est partager des sorties conviviales, c'est progresser grâce aux conseils des plus expérimentés, c'est transmettre aux plus jeunes qui souhaitent se développer. Mais c'est aussi et surtout profiter de milliers d'événements. Adhérer à la Fédération Française de Cyclotourisme FF Vélo, c'est aussi bénéficier de nombreux avantages de formation dans un cadre qui donne encore plus de sens à chaque coup de pédale. Alors, êtes-vous prêt à trouver un club ? Pour cela, je vous invite à aller sur le site ffvélo.fr et rejoindre la grande communauté des cyclotouristes. FF Vélo, le vélo ensemble. Salut à toutes et à tous, bienvenue dans Tous en Selle, le podcast qui te donne envie d'enfiler un casque et de partir seul ou à plusieurs à l'aventure. Ici, pas de chichi, pas de filtre, on parle vrai, on parle passion, on parle kilomètres. Des kilomètres qui font vibrer, mécanique mais aussi un partage d'expérience. Que tu sois cycliste du dimanche, compétiteur, ultra cycliste. Vélo taffeur ou tout simplement passionné du vélo et du deux roues, tu es au bon endroit. Alors installe-toi, respire profondément et prépare-toi à embarquer. Ici, on roule ensemble et on roule loin. C'est parti, tout est tout sans sel. Aujourd'hui, nous allons parler d'un sujet qui touche absolument tout le monde, mais dont on parle finalement très peu, la charge mentale. Parce qu'entre le travail, la famille, les obligations du quotidien, les entraînements sportifs, trouver du temps pour rouler devient parfois un casse-tête. Et pourtant... On continue à vouloir progresser, à vouloir s'entraîner, à vouloir performer, à vouloir garder ce lien avec le vélo. Mais à quel prix ? Est-ce qu'on peut vraiment concilier une vie bien remplie et une pratique sportive exigeante ? Est-ce que le manque de temps est une contrainte ou parfois une excuse ? Et surtout, comment continuer à prendre du plaisir sans ajouter une contrainte et une pression supplémentaires ? Aujourd'hui, avec Marion, nous allons essayer de remettre un peu plus de clarté dans tout ça. C'est parti ! Salut Marion !
- Marion Borgne
Salut Arnaud !
- Arnaud Manzanini
Comment ça va ?
- Marion Borgne
Ben écoute, très bien, merci de me recevoir.
- Arnaud Manzanini
Je suis ravi justement de te recevoir sur Lyon. On passe le bonjour également à Camille, qui a eu un heureux événement. Donc on pense à elle fortement, c'est pour ça que vous ne la voyez plus actuellement sur Tous en Sel. C'est parce que Camille a eu son deuxième enfant, donc on lui souhaite tout le bonheur pour cette nouvelle vie. Bienvenue à Lyon, on va parler d'un sujet qui préoccupe pas mal de monde, la charge mentale. Moi ce que je te propose Marion, dans un premier temps... Avant de nous expliquer ce qu'est la charge mentale, est-ce que tu peux te présenter, nous expliquer qui tu es et ce que tu fais ?
- Marion Borgne
Je suis psychologue clinicienne, une psy, comme on dit dans le langage courant et qu'on va voir quand l'équilibre commence à devenir plus difficile à maintenir au quotidien. Et avec les années, j'ai développé une expertise dans ce qu'on appelle la psychologie du sport, la performance, ce qu'on appelle aussi préparation mentale. Et dans ce cadre-là, j'ai été amenée à travailler avec différents publics, différents âges et surtout différentes disciplines sportives. Mais aussi la performance dans le cadre de responsabilités importantes, chef d'entreprise, mais aussi performance dans le cadre de l'accompagnement du ballet. Dans le cadre !
- Arnaud Manzanini
Dans le cadre de l'accompagnement. Du ballet de l'Opéra de Paris.
- Marion Borgne
Oui.
- Arnaud Manzanini
Voilà, et c'est comme ça, je me souviens, que je t'ai sollicité, tu te souviens, quand on s'est rencontrés ? T'es sollicité sur les réseaux, puisqu'on a déjà enregistré plusieurs épisodes avec Marion sur Ultra Talk. On avait fait également d'autres épisodes, notamment le premier épisode qu'on a fait ensemble, c'était sur la biégorexie.
- Marion Borgne
Tout à fait.
- Arnaud Manzanini
Et il y a beaucoup de personnes qui m'en parlent toujours, et cet épisode sur la biégorexie, peut-être qu'on pourra en refaire un pour expliquer comment d'ailleurs ça évolue avec tout l'environnement dans lequel on évolue aujourd'hui. Mais on s'est rencontrés comme ça. Je t'avais sollicité par Internet puisque je cherchais. Je cherchais un psychologue du sport. Et en fait, tu m'as répondu très rapidement en disant « Ok, on fait un épisode ensemble et c'est parti. Et puis maintenant, on est en contact. Tu fais des courses, tu fais des racecross. On va manger des pizzas ensemble, on boit des cafés ensemble. Et on fait des épisodes ensemble, notamment celui-ci sur la charge mentale. » C'est important que tu te présentes. Puisqu'il y a toujours ce... Ce souci quand je fais des choses de crédit, de légitimité, donc il y a JP qui parle de mécanique, il y a Loïc qui parle d'entraînement, ce sont deux personnes qui sont totalement légitimes, et je voulais que tu nous accompagnes et que tu sois totalement légitime. ce que tu es, mais je voulais que tu le dises avec tes mots.
- Marion Borgne
Et c'est vrai que j'avais répondu très rapidement, parce que pour moi, la question de la santé mentale, en général, est très importante. Et souvent, on associe la pratique sportive à quelque chose qui va aider à mieux gérer mentalement le quotidien, ou parfois on va dire que le sport est un antidépresseur. En fait, c'est un peu plus complexe que ça, et ça me semble important d'en discuter ensemble et de faire la différence, justement, quand on parlait de bigorexie, addiction au sport. Là, on va parler de charge mentale. Ce sont des sujets très proches. Et moi, ça me paraît important de sortir du bureau de psychologue, du cabinet, et de déstigmatiser le fait d'un jour aller parler à un psy, de faire le point, de voir ce qui est plus difficile, les vulnérabilités, et puis de pouvoir avancer.
- Arnaud Manzanini
Alors, sur la charge mentale, avant qu'on rentre dans l'épisode et qu'on explique justement quels sont les signaux, quels sont les pièges à éviter, et que tu nous donnes des actions correctives, je ne sais pas si on peut les appeler ainsi, mais bref, des actions à mettre en place une fois qu'on a détecté une faiblesse ou un déséquilibre quelque part. La charge mentale aujourd'hui, moi j'ai la sensation, alors on en parle beaucoup, c'est une nouvelle expression qui est arrivée, il n'y a pas si longtemps que ça, où on parle de charge mentale dans le sport, pour les enfants, tout le monde aujourd'hui a une charge mentale qui aurait tendance à exploser parfois. C'est quoi, si tu avais une définition à donner sur, voilà ce qu'est la charge mentale ?
- Marion Borgne
La définition que je propose est assez simple, c'est quand un sujet envahit l'espace mental, c'est-à-dire envahit les pensées, et qu'on ne peut pas décider de, maintenant je réfléchis à ce sujet-là, je m'y consacre et ensuite je passe à autre chose. La charge mentale,
- Arnaud Manzanini
c'est vraiment d'y penser tout le temps.
- Marion Borgne
D'y penser dès qu'il y a des interstices de libre, parce qu'en général, on n'est pas juste sportif. Là, on parle de sportif amateur, donc on a une activité professionnelle, une vie souvent de famille ou relationnelle, une vie sociale. Et on va parler de charge mentale quand un sujet va vraiment envahir l'espace des pensées. Et surtout, ça ne va pas donner des pensées... constructifs qui vont amener vers une réflexion et vers des actions concrètes, ça va plutôt se transformer en rumination et en sentiment. Ensuite, on va parler d'émotions plutôt négatives et notamment culpabilité.
- Arnaud Manzanini
Quand tu parles d'interstice, c'est les moments d'ennui. Quand c'est les moments d'ennui où on n'aurait rien à faire et donc prendre du temps pour soi, c'est... À ce moment-là où tu te dis que quand ces pensées-là sont aussi présentes dans ces moments-là, ça fera probablement partie des signaux d'alerte dont tu vas parler tout à l'heure.
- Marion Borgne
Et puis aussi après quand ça prend le pas sur les autres sujets, quand ça prend le pas sur la vie professionnelle, la vie sociale ou familiale, et que ça commence à vraiment envahir. J'aime bien ce verbe-là parce que ça va vraiment bien avec la notion de charge, parce que la charge physique à l'entraînement, on voit tout à fait de quoi il s'agit et on peut de plus en plus la mesurer. La charge mentale est invisible. Par contre, quand on la vit, on la ressent vraiment avec cette notion de culpabilité, de jamais faire assez.
- Arnaud Manzanini
C'est vrai que Loïc, notamment, mais il y a beaucoup de coachs aujourd'hui qui utilisent cette notion de perception dans les entraînements. C'est-à-dire que tu t'es entraîné, tu as respecté le programme, mais de 0 à 5 ou de 0 à 10, mentalement, tu es comment ? Donc certains vont te dire, là cet entraînement, j'étais à 10 sur 10, j'étais au taquet, j'étais bien concentré. Et d'autres vont te dire, là j'étais à 1 sur 10 parce que j'ai pensé à ci, j'ai pensé à ça. Et comme tu l'as dit, et c'est le public aussi de Tous en Seine, ce sont des amateurs, c'est monsieur et madame tout le monde. Donc ce ne sont pas des professionnels. Et puis tu vas t'entraîner. Tu as aussi ces contraintes professionnelles. On parlait aussi, quand on discutait juste avant autour d'une pizza de cet épisode, je te disais que la charge mentale, c'est aussi quand tu es vélo-taffeur. Il faut faire attention aux piétons. Tu ne peux pas rouler en regardant les oiseaux. Tu vois, quand tu roules en ville, tu dois quand même avoir un certain niveau de concentration. Et ça, je trouve que cette concentration-là ou cette charge mentale-là, quand tu te déplaces en ville aujourd'hui à vélo, Très, très importante. Oui. Parce que tu dois faire attention à ton environnement piéton, trottinette, scooter, voiture, autre cycliste. Et à un moment donné, ça déborde un peu partout. Mais si je pouvais résumer ta définition, ton explication, la charge mentale, c'est quelque chose qui envahit ton cerveau. Et là où il peut y avoir une alerte, c'est quand un sujet est constamment dans tes pensées, alors que tu devrais l'avoir résolu, en tout cas tu es passé à une autre tâche. Oui,
- Marion Borgne
ou une certaine partie en fait, c'est quand il y a vraiment un déséquilibre. Et on peut distinguer, en tout cas moi j'ai envie de proposer de distinguer trois types de charges mentales, notamment par rapport à la pratique du vélo et du vélo avec... Beaucoup d'heures d'entraînement, parce que c'est une discipline qui peut avoir un peu ce paradoxe, c'est qu'à la fois la pratique du vélo peut apporter un sentiment de liberté, qui est très positif, exaltant même. Mais en même temps, les heures nécessaires pour progresser et dans les plans d'entraînement peuvent devenir assez finalement enfermantes. Et donc les plans d'entraînement peuvent devenir difficiles à tenir. Et là, on va parler de charge mentale organisationnelle. C'est comment je...
- Arnaud Manzanini
Ça tient dans ma semaine ?
- Marion Borgne
Oui.
- Arnaud Manzanini
Voilà, comment ce plan d'entraînement-là tient dans ma semaine avec toutes les contraintes professionnelles, familiales, la vie sociale aussi, comment tout ça tient ?
- Marion Borgne
Et ce que j'aime bien, c'est quand il y a des coachs qui vont dire « Bon, alors cette semaine, ok, tu veux faire ça, ça, ça et ça. » Et d'autres vont plutôt dire « Bon, c'est quoi ton temps disponible cette semaine ? »
- Arnaud Manzanini
ce qui Quelle approche de Loïc.
- Marion Borgne
Oui, et ça justement, là on part d'une réalité. Parce qu'il y a beaucoup de fantasmes dans j'aimerais m'entraîner tant d'heures, faire tant d'entraînements, tant de sorties longues. Et là, on va parler justement d'une charge identitaire. Je suis un rouleur, je fais du vélo. Et pour assumer et se sentir légitime, on se dit qu'il faut rouler un certain nombre d'heures. Et une certaine vitesse.
- Arnaud Manzanini
C'est ce que Loïc nous disait une fois dans un épisode. Il a des clients qui viennent le voir en lui disant « Voilà, je veux terminer top 100 dans l'étape du tour. » « Ok, t'es grimpeur ? » « Pas vraiment. » « Ok, t'as un travail ? » « Oui. » « Alors ça va être compliqué. » Parce qu'à un moment donné, c'est pas possible en fait.
- Marion Borgne
C'est là l'écart entre le fantasme,
- Arnaud Manzanini
on ne voit pas,
- Marion Borgne
les rêves nous portent, mais le principe de réalité. Ce qu'on appelle en psycho le principe de réalité, c'est effectivement le temps qui est réellement disponible, la disponibilité qu'on a, parce que parfois on peut avoir le temps mais pas la disponibilité intérieure. On va avoir besoin peut-être de se reposer, de ne rien faire ou de faire un loisir. Et souvent le vélo était un loisir, quelque chose qu'on fait pour s'évader. Mais quand le vélo se transforme en plan d'entraînement et en rétro-planning jusqu'à une course, on ne peut plus vraiment parler de loisir.
- Arnaud Manzanini
On ne peut plus vraiment parler de loisirs.
- Marion Borgne
Le loisir, c'est vraiment quelque chose qu'on fait pour se libérer l'esprit. Il n'y a aucun objectif de résultat. Et c'est pour ça qu'on va aussi parler de charge mentale du côté de la performance, parce qu'on va avoir une attente de performance, que ce soit être finisheur d'une course ou effectivement un classement.
- Arnaud Manzanini
Tu disais tout à l'heure que tu classais la charge mentale dans trois cases. C'est lesquelles ?
- Marion Borgne
Je dirais la charge organisationnelle. Donc tout ce qui est logistique Donc vraiment la logistique autour de la pratique du cyclisme Qui demande quand même beaucoup de choses
- Arnaud Manzanini
C'est pas comme la pratique de la course à vie J'ai un plan d'entraînement respecté Mais j'ai un taf, mon taf, mon travail Il est à 45 minutes de transport Là on habite à Lyon Moi j'habite à Lyon, on est à Lyon En 5 minutes tu peux te déplacer Mais tout le monde n'a pas son job Moi je bosse de chez moi, mais tout le monde ne bosse pas de chez soi Donc j'ai un plan d'entraînement à 15 heures, 20 heures, 12 heures, 8 heures par semaine. J'ai aussi un travail qui est à 45 minutes de mon domicile ou à 1 heure, 1 heure et demie ou même 30 minutes. Mais il faut que je prenne en compte ce laps de temps entre le moment où je finis mon job et le moment où je rentre. Il me reste tant de temps. Si je veux avoir une vie sociale ou familiale, comment tout ça rentre ? Bien, ne serait-ce que dans une semaine, mais sur 6 mois, sur 1 an, sur 2 ans, en fonction de l'objectif que tu t'es fixé.
- Marion Borgne
C'est là qu'on est dans la notion d'équilibre ou de déséquilibre. Et moi, j'aime bien aussi parler avec les personnes que j'accompagne de différentes périodes et d'accepter qu'il peut y avoir des cycles et qu'on ne doit pas être tout le temps à un niveau optimal, fantasmé souvent, mais qu'il peut y avoir des cycles. Voilà, où là, je vais m'entraîner peut-être plus et ensuite, je vais peut-être m'entraîner moins, mais différemment ou privilégier une autre compétence. Je dirais en premier la charge organisationnelle, en deuxième la charge de performance. Là, c'est quand on se met des objectifs. Soit des objectifs aux sorties ou alors on a des objectifs avec le coach. Ça dépend comment on est accompagné. Ça peut être des objectifs aussi qu'on se met soi-même, seul, avec d'autres personnes du club, avec qui on roule. La comparaison, elle peut être n'importe quel endroit.
- Arnaud Manzanini
Aujourd'hui, les... Les différentes plateformes digitales ne nous aident pas dans ce sens-là.
- Marion Borgne
Non, puisque sur n'importe quelle application, si vous voyez un petit badge qui apparaît, ça crée un shoot de plaisir et de satisfaction. En psychologie, on parle beaucoup du sentiment d'efficacité personnelle. C'est tout simplement quand on se dit « Ah, j'ai réussi quelque chose, je me sens bien » . Et c'est vrai que le sport, l'activité physique peut créer ça facilement, mais ça peut être aussi tout un cercle vicieux quand ensuite on va avoir une activité qui prend plus de place, qui devient plus exigeante et où ça va être plus difficile d'atteindre ce sentiment d'efficacité personnelle. Et la dernière charge mentale dont j'aimerais parler, c'est la charge que j'appellerais identitaire. C'est quand je te disais, identitaire, c'est je fais du vélo, je roule.
- Arnaud Manzanini
je suis cycliste et la question de la légitimité j'ai les codes c'est à dire chaussures blanches chaussettes, cuissères de telle couleur la peau de terre, les chaussettes le casque, les lunettes très important au dessus du casque je vois ce que tu veux dire et en fait tout ça,
- Marion Borgne
tous ces petits détails en fait ça vient du sport de haut niveau, mais de personnes qui font ça, c'est leur métier, ils sont encadrés ils sont encadrés et les... Il y a des gens qui les aident à mettre tout ça en place. Et quand l'amateur sent la pression de devoir faire ça pour appartenir à une sorte de groupe, même sans être en groupe, le groupe des gens qui font du vélo, là, ça devient une charge aussi. Et en fonction des personnalités et des vulnérabilités aussi qu'on a, ça peut être une vraie charge.
- Arnaud Manzanini
Intéressant. Donc, charge organisationnelle, charge de performance. Et charge mentale, pardon, et charge mentale au niveau identitaire d'appartenir au clan des jambes rasées ou à l'opposé des jambes pas rasées. Je rigole bien évidemment, mais c'est pour donner une image des différents groupes dans lesquels on veut appartenir ou de la performance avec les casques profilés alors qu'on en a parlé juste avant. Les casques profilés, à qui ça peut bien servir ? On se comprend, on se comprend. Et si dedans, alors on a déjà donné quelques signaux d'alerte tout à l'heure, mais si tu pouvais, soit en fonction de ces trois catégories, soit de manière générale, nous dire à partir de quel moment tu dois te dire là, il y a un déséquilibre ?
- Marion Borgne
J'ai envie de dire la toute première émotion très forte et qu'on a déjà toutes et tous ressenti, c'est la question de la culpabilité. c'est à dire Ne pas faire une sortie ou alors au contraire faire une sortie et rater autre chose. Se sentir coupable de ne pas être en train de faire ce qu'on estime devoir faire dans l'idéal. Ou la culpabilité de ne pas avoir roulé assez ou de ne pas s'être donné assez. Et je parlais de sentiment d'efficacité personnelle, là on a l'opposé complet. Et la culpabilité va baisser l'estime de soi, va créer plutôt des émotions et des affects négatifs. Et quand la culpabilité prend le pas sur plutôt la notion de plaisir, même si effectivement on ne prend pas du plaisir pendant cinq heures sur cinq heures de sortie.
- Arnaud Manzanini
C'est plus sur de la contrainte presque. Quand tu te sens contrainte à être entraîné, ce que beaucoup de sportifs de haut niveau ont probablement connu. Moi, j'ai connu cette contrainte de me dire, je n'ai pas envie d'y aller, mais par contre, il faut que je suive mon programme. Bon, là, c'est sûr qu'il y a un certain... Alors, il y a un déséquilibre, mais ça engendre... En tout cas, ça génère plein de process derrière. Le fait de se sentir contraint d'aller s'entraîner, moi j'ai été beaucoup marqué par l'épisode sur la bigorexie qu'on avait fait ensemble, parce que je me suis reconnu dans beaucoup de choses que tu as dit par le passé. Pour moi, c'est le chemin vers la bigorexie.
- Marion Borgne
C'est effectivement quand le plaisir et l'envie, donc le plaisir choisi, devient un devoir qu'on s'impose. Alors évidemment, il y a des personnes qui me disent en consultation, mais du coup, je suis en flemmard si je n'y vais pas. Et c'est difficile de savoir intérieurement, est-ce que là, j'accepte de faire un petit peu moins ou de ne pas faire aujourd'hui parce que c'est mieux pour moi et que finalement, j'ai envie de passer un bon moment en famille ou avec des amis que je n'ai pas l'occasion de voir souvent.
- Arnaud Manzanini
S'écouter aussi juste parfois. s'écouter.
- Marion Borgne
Ou est-ce que c'est parce que je ne suis pas assez fort mentalement pour... aller quand même faire cet entraînement difficile. Et là, c'est un rapport très fin à avoir avec soi-même. C'est pour ça aussi que l'activité physique et le cyclisme peuvent être de très bons moyens de mieux se connaître. Mais il y a quelques travers auxquels il faut être vigile. Déjà,
- Arnaud Manzanini
l'épisode n'est pas fini. Moi, je suis déjà en surcharge mentale. Dans tout ce que tu viens de dire, autant te dire que Marion. Alors là, moi, je suis à fond dedans. Ensuite, qu'est-ce qu'il y a d'autre comme signaux d'alerte ? Donc la culpabilité, je pense que beaucoup ont une idée ou se reconnaissent ou ont déjà eu ou alors reconnaissent des personnes de leur entourage par rapport à ce que tu viens de dire. Il y a aussi ça, ça peut être pour soi, mais aussi les gens qui nous entourent. Il y a des comportements qui peuvent nous faire dire, bon alors là, c'est un peu limite. Qu'est-ce qu'il y a d'autre à part la culpabilité ?
- Marion Borgne
Le deuxième grand point, j'ai envie de dire, c'est la perte de flexibilité et d'adaptation.
- Arnaud Manzanini
La rigidité.
- Marion Borgne
Voilà. La rigidité, c'est ce qu'on retrouve comme mécanisme dans l'addiction au sport aussi et dans d'autres activités. Mais c'est quand on commence à ne plus pouvoir s'écarter du plan et le plan devient rigide. On ne peut plus... parce que En psychologie, l'intelligence, on va la définir comme effectivement la capacité à s'adapter à son environnement, son environnement physique, mais aussi son environnement relationnel et puis son environnement interne, de quoi j'ai besoin, de quoi j'ai envie maintenant. Et ça, ça peut changer d'un moment à l'autre, d'un jour à l'autre. À l'équilibre, on est capable de distinguer des moments où, ok, là, je suis le plan et là, je peux m'en écarter un petit peu et ce n'est pas grave.
- Arnaud Manzanini
C'est ça, en fait, le truc, je pense, et ce n'est pas grave. Quand tu parles comme ça, je pense à ces entraînements où mon planning me dit 3 heures aujourd'hui, mais il fait moins 5. Tu vois, il faut aller faire 3 heures. Oui, mais bon, c'est dangereux. Tu vois toujours ces petites voix qui te parlent. Oui, mais non, il faut que tu y ailles. Tu as 3 heures à faire. Oui, mais bon, c'est vachement dangereux quand même. Il y a du verglas. Tu ne peux pas le faire. Et je pense aussi à cette prise de recul nécessaire, cette intelligence, comme tu l'as dit, à savoir aussi s'écarter du plan. Et ce n'est pas grave.
- Marion Borgne
Oui, mais c'est là aussi que c'est la charge mentale identitaire. Quand je parlais de fantasme, c'est difficile parfois aussi de réaliser qu'on a un certain niveau et qu'on ne pourra pas forcément faire un gap énorme en termes de niveau et qu'il y a une phase d'acceptation aussi à avoir. Parce que si on veut continuer à travailler, si on veut continuer à avoir une vie sociale, une vie familiale, il va falloir accepter de rester à un certain niveau. Et ça, c'est des... On va parler en psychologie de négociations intérieures déjà. Après, des fois, négociations avec ses proches. Mais qu'est-ce qu'on accepte ? Et effectivement, en fait, j'aime pas trop les discours qui disent repousser tout le temps les limites. Non, il y a des limites. Et la limite, en termes de... Là, on parle de charge mentale, donc il y a une question du temps aussi.
- Arnaud Manzanini
Dépasser ses limites.
- Marion Borgne
En fait, au-delà des limites, qu'est-ce qu'il y a ?
- Arnaud Manzanini
Limites. C'est hors limites.
- Marion Borgne
Voilà, il y a la solitude, il y a la blessure, il y a la fatigue extrême.
- Arnaud Manzanini
Est-ce que la solitude n'est pas aussi... Alors, la solitude ou alors la désociabilisation n'est pas un signe d'alerte. Tu es habituée à avoir tes groupes d'amis, tu décides d'avoir un plan de traitement, tu as un objectif et d'un seul coup, tes amis ne te voient plus.
- Marion Borgne
Oui.
- Arnaud Manzanini
Alors toi, tu ne leur manques pas parce que toi, tu es concentrée. Tes amis ne te manquent pas parce que toi, tu es concentrée sur ton objectif. Donc, tu ne vois pas le temps passer, tu ne penses qu'à une date très précise. Mais tes amis, eux, ne te voient plus.
- Marion Borgne
Oui.
- Arnaud Manzanini
Est-ce que ça, c'est un...
- Marion Borgne
Tout à fait. Tout à fait. Les amis... Bon, alors, moi, j'ai déjà eu le cas en consultation de la famille aussi. Et le couple ou le conjoint, la conjointe, dit là, tu dois... Oui, c'est trop. Voilà. Donc là, c'est plus extrême. Mais sinon, effectivement, normalement, l'humain, on est naturellement plutôt sociable et on aime partager du temps avec les autres. Et quand on préfère... la solitude, mais tout est toujours une question de dosage. Quand on préfère toutes ces heures de solitude-là à du temps avec des personnes qui nous sont chères, du temps où justement mentalement on se recharge, on se ressource, on prend du plaisir, on n'est pas en train d'être concentré sur quelque chose. Là, effectivement, c'est un signal et c'est là aussi où on se rapproche du risque d'addiction à l'activité physique, parce qu'on en a besoin.
- Arnaud Manzanini
On a besoin de faire de l'activité, justement. Et donc,
- Marion Borgne
on n'a plus besoin de la vie sociale, on a besoin de faire de l'activité.
- Arnaud Manzanini
On a besoin uniquement de... On est focus sur ça. Donc, il y a la culpabilité, la rigidité de rester dans son programme et de ne pas avoir la hauteur ou la prise de recul pour se dire, je vais l'adapter, j'avais deux heures ce matin, je ne peux pas les faire, je les ferai cet après-midi, maintenant, je dois les faire ce matin. De s'adapter sur ça, le cercle familial, la désocialisation. Est-ce qu'il y a d'autres signaux d'alerte ?
- Marion Borgne
J'ai envie de dire aussi, dans le rapport au temps, les cyclistes trouvent toujours du temps. Ils aiment tellement ça. On trouve du temps.
- Arnaud Manzanini
On prend du temps sur autre chose, en fait. C'est ça.
- Marion Borgne
Mais la question ensuite, c'est quel équilibre je mets dans ma vie avec aussi mes priorités. Et ça peut être parfois une année, par exemple, on va avoir une grosse priorité sur une course. Mais ça va être une année, ça ne va pas être cinq ans. et ça va être aussi des périodes dans l'année. Et encore une fois, il y a une grande différence, et c'est là que, c'est un point de vue personnel, mais le fait qu'il y ait du matériel de très bonne qualité qui est de plus en plus accessible, et que c'est de plus en plus commun de s'acheter des vélos extrêmement chers, du matériel extrêmement cher, la frontière se réduit entre le sportif de haut niveau et le sportif amateur. Il y en a un, c'est un métier, et l'autre, c'est une partie de vie. Et si c'est une partie de vie, ça veut dire qu'il y a d'autres parties et qu'il y a un équilibre nécessaire. En général, les cyclistes ne manquent pas de temps, ils vont toujours en trouver. Parce que si on aime le vélo, on trouve du temps. Par contre, si on prend un peu de recul et qu'on regarde vraiment son agenda, à quoi ça ressemble et qu'est-ce qui passe en premier ? Et ça, ça nécessite effectivement parfois un peu des remarques de personnes extérieures, parce qu'on ne va pas forcément s'en rendre compte. Si on est centré sur ses progrès, sa progression et le plaisir qu'on a à progresser, on va un petit peu oublier le reste. Donc c'est bien de rester attentif aux priorités.
- Arnaud Manzanini
Moi, tu sais comment je mesure ma charge mentale ? Je prends mon vélo et je vais me balader dans le Lyon. Et en fonction du nombre de fois où je me prends la tête avec d'autres personnes, je sais que ma charge mentale est élevée ou elle est correcte. Et il n'y a pas plus tard qu'une quinzaine de jours, sur un trajet très très court, je suis rentré chez moi et je me suis dit « Là, je pense que tu n'es pas loin d'exploser parce que tu t'es pris la tête deux ou trois fois sur un parcours très court, alors qu'honnêtement, tu es un peu en tort quand même. » Et je trouve que la... L'énervement ou l'agressivité, ou je ne sais pas comment tu peux l'appeler. Oui, l'irritabilité. Irritabilité, voilà. Et pour moi, je parle à titre personnel, ça c'est un signe qui est…
- Marion Borgne
En fait, l'irritabilité, dans le langage courant, on pense souvent que c'est un défaut. Ah, tu es irritable, tu as une mauvaise humeur. L'irritabilité, c'est un vrai symptôme psychologique de fatigue. Et donc, on connaît la fatigue physique. Et la fatigue mentale est vraiment reliée avec cette notion de charge mentale. On pourrait remplacer d'ailleurs le mot charge mentale par fatigue mentale.
- Arnaud Manzanini
C'est vrai.
- Marion Borgne
Et souvent, très très souvent, on ne met pas en place des temps de repos mentale. On a le repos physique imposé par le sommeil, qui est une nécessité physiologique. Mais le repos mental, on se dit ça peut encore attendre, je peux encore tenir. Effectivement, on peut tenir un certain temps. jusqu'à arriver à l'épuisement. On peut avoir de l'épuisement sportif. Ça m'arrive d'avoir des personnes qui viennent en burn-out sportif. Oui,
- Arnaud Manzanini
c'est ça. Je suis d'accord.
- Marion Borgne
Et c'est vrai que cette notion de fatigue est assez centrale. On a tendance à la minimiser en disant... Parce qu'il y a aussi cette phrase que je n'aime pas du tout, être fort mentalement. Ça ne me fait rien dire.
- Arnaud Manzanini
Oui, complètement.
- Marion Borgne
On peut faire preuve de détermination, de motivation.
- Arnaud Manzanini
Il a le mental. Lui, non, il n'a pas le mental.
- Marion Borgne
Voilà, il n'a pas le mental. J'ai couru gentiment un petit semi il y a deux jours et j'entendais autour de moi des gens dire « Allez, maintenant c'est dans la tête ! » Non. Personnellement, si c'était dans ma hanche droite et ma hanche gauche, ce n'était pas dans ma tête. Du coup, cette question aussi de fatigue, quand j'accompagne des personnes qui viennent en consultation par rapport à la question de la pratique sportive et de la préparation mentale, Ils vont me donner tout leur planning d'entraînement et je leur dis « Ok, que faites-vous pour la récupération ? » « Comment ça pour la récupération ? » Je dis « Quelle pratique vous avez de récupération ? » Et souvent les personnes ne voient même pas de quoi il s'agit. Donc j'ai l'habitude de travailler avec des kinés, médecins du sport, nutritionnistes. dans une équipe... Pour les danseurs, par exemple, ce sont des professionnels, donc il y a toute une équipe autour. C'est le cas aussi pour les sportifs de haut niveau. On va parler de pratiques de récupération, donc faire attention à son sommeil. Faire attention à son sommeil, ça veut dire se coucher à des horaires réguliers, faire attention à la qualité de son sommeil. Après, évidemment, il y a tout ce qui est nutrition, hydratation. Et puis après, toutes les pratiques plus calmes, comme par exemple le yoga, les étirements, la natation. être un très très bon complément parce que ça va être totalement différent de ce qui est demandé en cyclisme. Et puis aussi, dans la récupération mentale, moi je mets les loisirs.
- Arnaud Manzanini
Donc, quelque chose d'autre. Et un amateur,
- Marion Borgne
ce que tu veux dire, c'est qu'un amateur oublie d'intégrer dans son plan d'entraînement,
- Arnaud Manzanini
dans sa pratique,
- Marion Borgne
de la récupération.
- Arnaud Manzanini
Oui, alors que les pratiques de récupération, comme un athlète va se faire masser, alors on ne va pas forcément avoir les moyens financiers, mais il y a des tas de techniques d'automassage qui sont très faciles à mettre en place. Et on peut, à la fin de chaque entraînement, se masser trois minutes. C'est une routine à mettre en place. Donc c'est là que je vais essayer de ramener les amateurs à l'aspect professionnel en disant voilà, les professionnels ont des routines de récupération. En fait,
- Marion Borgne
tu as un agenda qui est hors compétition, qui est cadré.
- Arnaud Manzanini
Donc j'essaye d'encourager à ajouter des pratiques de récupération dans la routine. Donc effectivement, comme un petit peu d'automassage, faire un cours de yoga par semaine ou un cours, aller marcher, faire une randonnée une fois par semaine en famille, enfin une activité autre. et surtout qui n'a pas but de performance. Ça, pour moi, ça me paraît très important.
- Marion Borgne
C'est une des actions concrètes que tu préconises ?
- Arnaud Manzanini
Par exemple, une chose, tu peux me dire ce que tu en penses, faire une sortie sans GPS, sans montre,
- Marion Borgne
sans rien. J'aime bien.
- Arnaud Manzanini
Tu arrives ?
- Marion Borgne
Oui, j'arrive. Alors, il faut avoir un peu de temps. Il ne faut pas être attendu à telle heure. Tu vois ce que je veux dire ? Parce que si tu pars faire ton ride du samedi, du dimanche, ou du mercredi quand vous voulez, mais que tu sais qu'à telle heure tu dois être entré, il faut être sûr de ton coup si tu prends la route de droite, alors que tu es prévu de prendre celle de gauche. Mais par contre, quand tu pars, et c'est le week-end ou tu es en vacances, bref, tu sais que tu n'es pas attendu à telle heure, parce qu'il y a un repas, la famille, c'est le week-end, voilà. C'est super cool. Oui. Parce que moi, il m'est arrivé de découvrir des endroits, je pense notamment au Saône-et-Loire, chez mes parents, quand je rentre. Ça fait 25 ans que je fais du vélo là-bas. Et encore maintenant, sans GPS, je découvre des routes. Et je me suis dit, mais en fait, c'est super beau là.
- Arnaud Manzanini
Là, il y a la notion de plaisir qui revient.
- Marion Borgne
Complètement. Complètement. Parce que tu oublies tes watts, tu oublies ta vitesse. C'est juste, tu es dans la nature. Donc ça, c'est une...
- Arnaud Manzanini
ça c'est un exercice que je propose vraiment ça peut être partir avec une montre quand même pour avoir l'heure mais pas avec ces datas pas avec ces données tu pars sans savoir ce que tu vas voir et à quelle heure tu vas revenir combien de kilomètres tu vas faire juste je vais faire du vélo, je prends mon vélo et je vais en pleine nature sans être en train de contrôler ces données en fait, sa vitesse, sa cadence le kilométrage simplement le revenir au Merci. à l'essence même du cyclisme, et de rouler.
- Marion Borgne
Complètement. Ça, c'est une très bonne action concrète. Est-ce que tu as d'autres actions concrètes, Marion ?
- Arnaud Manzanini
D'autres actions concrètes ? Alors, je te disais, créer des espaces sans enjeux, donc c'est revenir à la notion de loisir, qui est de moins en moins le cas. En fait, c'est la société qui nous emmène aussi à mettre de la performance dans tout ce qu'on fait. Même lire 15 pages par jour, faire Une recette chaque semaine nouvelle. Donc, il y a la notion de performance un petit peu dans tous les domaines de vie. Moi,
- Marion Borgne
je suis dans ma période lasagne. Je dis ça comme ça, mais en ce moment, je suis dans ma période lasagne. Donc, voilà.
- Arnaud Manzanini
Mais voilà.
- Marion Borgne
C'est pas un plat, tu vois, mais c'est le même plat chaque semaine, mais j'essaie de l'améliorer. J'essaie de l'améliorer.
- Arnaud Manzanini
Donc, il y a une petite notion de performance, mais t'en parles en rigolant. Et ça, ça veut dire qu'il y a encore une distance, en fait, avec... Tu te prends pas au sérieux.
- Marion Borgne
Ah ben, surtout pas.
- Arnaud Manzanini
Voilà.
- Marion Borgne
Et quand on peut en parler... J'ai toujours eu du plaisir à le faire.
- Arnaud Manzanini
Oui, quand on peut parler de quelque chose avec humour, c'est qu'on a une certaine distance, donc pas de rigidité, plutôt flexibilité et que c'est plutôt sain en fait, et que c'est plutôt équilibré.
- Marion Borgne
Par contre, sur les datas, j'ai un peu plus de mal. Tu vois, une sortie, j'ai toujours un repère. Et puis, comme tu l'as dit, le problème, c'est quand tu vas t'entraîner aujourd'hui avec les outils, les outils connectés d'aujourd'hui. Si tu passes sur une route... ou un segment dans lequel tu es déjà passé 15 000 fois, il va t'afficher que tu es déjà passé. Puis il va t'afficher que tu es en retard de 2 secondes sur ton meilleur temps. Donc voilà, puis tu vas avoir 3 secondes, 10 secondes, 20 secondes et tu vas dire, je ne suis vraiment pas en forme. Tu vois ? Donc ça, il faut faire attention jusqu'où on va.
- Arnaud Manzanini
C'est là que la charge, la fatigue mentale de la performance et l'entraînement peuvent vraiment affecter l'estime de soi. Et c'est là où il faut être... vigilant. On fait du vélo normalement pour être content de soi, pour éprouver des émotions positives.
- Marion Borgne
Je pense que c'est aussi peut-être la question à se poser, c'est pourquoi tu fais du vélo ? Est-ce que tu fais du vélo pour être performant ? Est-ce que tu fais du vélo juste pour être connecté avec la nature ? Est-ce que tu fais du vélo pour juste... L'aspect santé, c'est-à-dire te sentir bien, avoir été en mouvement, avoir fait un petit peu de sport, je pense que c'est aussi une des questions à te poser pour trouver cet équilibre.
- Arnaud Manzanini
Oui, le sens de la pratique, tout à fait. Et souvent, le sens de la pratique va bouger un petit peu, se déplacer, quand on va commencer à s'inscrire à des courses. Et c'est là que je trouve que l'ultra-distance permet, ça dépend comment on la pratique, mais peut permettre de rester dans une pratique aventure, découverte, solitude aussi, puisque les courses que j'ai faites, c'était solo. Contrairement à des courses plus courtes, on va plutôt chercher la vitesse.
- Marion Borgne
C'est quand même le moment, d'ailleurs c'est un épisode, alors au moment où on enregistre, je ne sais pas si l'épisode a été diffusé ou pas, on a enregistré avec... Avec Loïc, un épisode où qu'est-ce que ça change dans ta pratique à compter du moment où, ça y est, tu t'es inscrit. Tu t'entraînes, tu as ton plan d'entraînement, mais là, ça y est, tu t'es inscrit, tu as une date. Qu'est-ce que ça change dans ta manière de voir ta pratique ? On a fait un épisode sur ça et Loïc Lecoq, justement, explique d'après ses retours, ce qu'il a pu constater auprès de ses clients.
- Arnaud Manzanini
Très intéressant. Pour ça, les courses peuvent être extrêmement positives pour le développement personnel. Mais effectivement, ça dépend quel chemin on prend pour y arriver.
- Marion Borgne
Et toi, Marion, est-ce que tu vois, d'après tes clients, est-ce que tu vois la moyenne d'âge de gens qui sont victimes de la charge mentale, la moyenne d'âge diminuée ou pas ? Ce que je veux dire par là, c'est qu'aujourd'hui, est-ce que les jeunes, qui eux vont peut-être plus aller vers de la performance, sont plus touchés qu'avant par ce burn-out sportif dont tu parlais, cette charge mentale qui est plus supportable, puisqu'on voit aujourd'hui beaucoup de professionnels, de jeunes professionnels qui ont des compétences que beaucoup aimeraient avoir chez les amateurs, mais, j'allais reprendre l'expression, il n'a pas le mental, je ne vais pas le dire, mais tu vois que mentalement, ça ne tient pas, et que cette personne a cette prise de recul, ou cette intelligence de dire, c'est pas bon pour moi. J'arrête. Ils ont 22, 23 ans, tu vois.
- Arnaud Manzanini
Disons qu'en règle générale, j'observe que les jeunes gens viennent de plus en plus consulter un psychologue. Donc, dans la vingtaine.
- Marion Borgne
C'est plutôt positif. Oui, c'est plutôt positif. Parce que les gens ont parlé.
- Arnaud Manzanini
Oui. Après, souvent, c'est quand même un facteur extérieur, typiquement la blessure, qui les amène à venir consulter. Ou alors, chez les femmes, ça peut être risque d'ostéoporose prématurée, des choses comme ça. Et le corps médical va envoyer de plus en plus facilement vers un psychologue du sport, parce que ça va être moins stigmatisant que de voir juste un psychologue. Donc effectivement, il y a des personnes plus jeunes qui viennent et qui... Je parlais de logique de performance dans la société en général. Ça m'est arrivé de voir des personnes qui sont dans une logique de performance dans leur master, ils sont en fin d'études, même un double master.
- Marion Borgne
Chez les jeunes, il y a aussi cette...
- Arnaud Manzanini
Oui.
- Marion Borgne
Tu rajoutes, là on parle de vélo de compétition, mais tu rajoutes les études, la pression des études.
- Arnaud Manzanini
Oui, et du coup, cette logique de performance s'étend à tous les domaines de leur vie. Et certains, heureusement, tôt, se rendent compte que ce n'est pas ce qu'ils veulent. Après, je reçois quand même plutôt des personnes entre 35 et 40 ans qui s'autorisent à donner plus de temps à leur pratique sportive parce que la famille peut-être sollicite moins de temps.
- Marion Borgne
Puis on est dans une phase, la tranche d'âge dont tu parles, on est dans la phase où on est vraiment en pleine construction, je dirais, du futur. Oui.
- Arnaud Manzanini
Et puis il y a des choses qui peuvent être déjà un peu établies en termes de carrière, et donc qui vont vouloir se développer, développer cet aspect physique. Et là en fait la question de la limite elle se pose, et l'acceptation qu'on a un certain niveau, on peut effectivement progresser, apprendre. Moi je valorise beaucoup le fait d'avoir envie d'apprendre et d'apprendre, c'est très très bon justement pour le sentiment d'efficacité personnelle. Par contre, il faut être capable d'accepter qu'il y a une certaine limite de niveau et de s'en contenter. Alors, ce n'est pas du tout un verbe que les gens apprécient. Se contenter.
- Marion Borgne
Je ne sais pas le conjuguer. Moi, je ne sais pas le conjuguer, le verbe contenter.
- Arnaud Manzanini
Mais ce qui va être plus à la mode, c'est de dire, j'ai de la gratitude pour ce que je suis en train de faire. C'est ça aussi, se contenter. C'est être capable de dire, ok. merci là c'est déjà bien, je passe un bon moment je suis bien dans mon corps je suis en bonne santé, je peux l'utiliser même un peu plus que la moyenne, que le commun des mortels parce qu'on oublie quand même aussi que ces courses là c'est quand même assez exceptionnel de les faire souvent je rappelle aux personnes d'ailleurs qui préparent un marathon, qui préparent des courses ultra vous faites partie d'un tout petit pourcentage de la population et en fait comme souvent on va rester sur les réseaux sociaux on va suivre des comptes qui ne valorise que ça ou c'est omniprésent, on a l'impression qu'on est une petite goutte d'eau dans cette immensité de personnes qui ne fait que ça. Alors qu'en fait, non, on est très peu de personnes à s'entraîner autant comparé à la population générale. Donc ça, c'est important aussi de prendre du recul.
- Marion Borgne
C'est le mot que j'allais utiliser. Merci pour cette prise de recul sur la charge mentale. Est-ce que tu as d'autres éléments à nous partager, Marion, sur la charge mentale ? On a balayé justement la définition, on a expliqué, tu as donné toi avec des termes en tant que professionnel, justement ta définition, ta vision, tes explications sur la charge mentale. On a balayé également les signaux d'alerte dans lesquels on a aussi positionné certains pièges à éviter, notamment la culpabilité de respecter ou pas un plan d'entraînement, la rigidité de le décaler ou pas justement son entraînement, ou en tout cas sa programmation, le cercle familial. La prise de temps dans son agenda de faire en sorte que tout tienne dans un agenda pour des amateurs, et donc les passionnés et les auditrices et auditeurs du podcast Tous en Sel. La fatigue aussi mentale, parce qu'en fait on appelle ça la charge mentale, mais tu l'as très justement dit, ça pourrait être de la fatigue mentale, et on comprend un peu plus qu'à un moment donné le cerveau, il est fatigué en fait, donc il ne suit plus. On a vu les pièges à éviter, tu nous as conseillé quelques actions concrètes à mettre en place. Qu'est-ce qu'on peut rajouter autour de ça ?
- Arnaud Manzanini
Justement, il me reste deux petites idées que je trouve assez positives quand on peut les mettre en place. La première, c'est d'intégrer ses proches dans sa planification.
- Marion Borgne
J'ai toujours dit que c'était un... J'ai toujours dit que quand tu avais un objectif comme ça, en tant qu'amateur, pas professionnel, quand tu es amateur et que tu as un objectif, que ce soit en ultra, mais aussi une étape du tour, une aventure d'une semaine avec des potes, tour. C'est un deal familial. Il faut que tout le monde est validé. Sinon, ce n'est pas possible. Je ne vois pas comment aujourd'hui, avec le rythme de vie qu'on a tous, comment ça peut tenir si tout le monde n'est pas OK. ton projet, parce que ça reste du vélo, tu es tout seul dessus.
- Arnaud Manzanini
Comme une évidence, mais la plupart du temps, c'est une décision qui est prise de façon individuelle.
- Marion Borgne
Alors donc, je reprends mes notes, mais ça va te renvoyer vers un signal d'alerte, qui est la culpabilité.
- Arnaud Manzanini
Oui, et vraiment pouvoir intégrer ses proches dans l'objectif, et ensuite la planification de l'objectif, et puis la gestion au quotidien, et d'être un peu une équipe, finalement, ce qui peut être aussi une magnifique aventure. C'est d'ailleurs pour ça, Oui.
- Marion Borgne
C'est d'ailleurs pour ça que sur les... Je fais le lien avec la Socrate Series.
- Arnaud Manzanini
Oui.
- Marion Borgne
Mais c'est pour ça que sur les arrivées, sur les bases de vie, ce qui n'était pas le cas au tout début, enfin les arrivées bien évidemment, mais sur les bases de vie au début, on interdisait à tout le monde d'arriver sur une base de vie, que les coureurs. Et depuis deux ou trois ans, on a ouvert sur les bases de vie à toute personne qui voulait encourager un participant ou une participante. Parce que comme tu l'as dit, c'est un projet familial. C'est-à-dire qu'il n'y a aucune raison, sur un projet sportif, que la famille subisse.
- Arnaud Manzanini
Tout à fait.
- Marion Borgne
L'éloignement, l'absence de la maman, du papa, du frère, de la sœur, parce qu'il a son programme d'entraînement, le stress, et ne puisse pas bénéficier de la joie. Du partage,
- Arnaud Manzanini
du l'événement. De l'événement, exactement.
- Marion Borgne
Ça, c'est important.
- Arnaud Manzanini
Et moi, je l'ai vécu dans les deux sens. Encourager quelqu'un qui faisait une préparation d'un an et je me disais, oh là là, d'un coup, on est parti. Et puis, effectivement, on devient une équipe et là, ça devient intéressant. Et puis, de l'autre côté, moi qui annonce à mes proches, je me suis inscrite à telle course et mes proches qui se décomposent, qui disent, oh non, c'est reparti. pour un tour. Et puis là où je commence à rentrer dans la négociation, oui, mais ne vous inquiétez pas, cette fois-ci, je ferai plus attention à ça et à ça. Oui, oui, bien sûr, c'est ça. Et justement, on en arrive au dernier point que je voulais évoquer avec la fatigue mentale et la charge mentale, c'est cette notion de quête du perfectionnisme. On a très souvent envie de faire les choses parfaitement, à 100%. En fait, souvent... En général, quand on fait du sport et du cyclisme, on a des objectifs élevés déjà de base, que ce soit en termes de kilométrage, de vitesse, de charge, d'heures d'entraînement. S'autoriser à être déjà à 70% de ce qu'on a prévu, c'est déjà beaucoup.
- Marion Borgne
Ce que tu veux dire par là, c'est que le mieux, l'ennemi du bien, c'est pas... Voilà, on en est là.
- Arnaud Manzanini
Et le perfectionnisme, je dis souvent, c'est une belle qualité de vouloir faire les choses de son mieux, le mieux possible. Mais la perfection ultime, absolue, là on est dans le fantasme et dans quelque chose qui est absolument lisse, parfait, le monde de l'image dans lequel on baigne quotidiennement. Donc c'est aussi, pour moi, ce n'est pas seulement une responsabilité individuelle, on baigne dans une tendance qui est plus sociétale. Mais pouvoir faire un pas de côté par rapport à son envie de perfection, mais plutôt se dire là je fais de mon mieux avec les ressources que j'ai.
- Marion Borgne
Un gros merci pour tous ces conseils Marion. Si vous avez écouté cet épisode jusqu'au bout, c'est ce que je vous propose de faire un pas de côté et essayer de voir si vous êtes en surcharge mentale ou si vous avez justement l'intelligence et le recul de prendre les bonnes décisions. En tout cas, cet épisode était, comme à chaque fois, très intéressant. Un gros merci Marion pour tous ces conseils. Je te donne rendez-vous pour un nouvel épisode du podcast Tous Sans Celles. A très bientôt.
- Arnaud Manzanini
Merci, à bientôt.
- Marion Borgne
Voilà. c'est la fin de cet épisode de Tous en Sel merci d'avoir pris le temps de rouler avec nous d'écouter ses histoires, d'écouter ses conseils mais aussi ses expériences qui je l'espère t'auront donné envie d'aller chercher un peu plus loin, un peu plus haut et de simplement savourer ta prochaine sortie à vélo mais aussi pourquoi pas de comprendre les vibrations de ta machine si ce podcast t'inspire, te motive te fait sourire ou te donne simplement envie pour une nouvelle sortie à vélo n'hésite pas à le partager sur les réseaux ou à un ami simplement avec Whatsapp tu verras c'est très simple à en parler autour de toi et à laisser le fameux 5 étoiles sur les différents sites. C'est ce qui fait grandir l'aventure, c'est ce qui fait grandir le podcast et c'est ce qui nous permet de continuer à avoir d'autres invités. Tous en selle, c'est une communauté, une énergie, une envie commune, se dépasser, s'amuser, apprendre et vivre pleinement cette passion qui nous rassemble, le vélo. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode du podcast Tous en selle avec de nouvelles voix, de nouveaux conseils et de nouveaux récits. D'ici là, prenez soin de vous et comme toujours, toutes est tous en selle.