- Arnaud Manzanini
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- Sébastien Scotto Di Fasano
Salut Arnaud.
- Marion Borgne
Salut Arnaud.
- Arnaud Manzanini
Alors Marion, on la connaît, elle a déjà participé à des épisodes avec nous, mais je vais quand même la laisser se présenter. Je souhaite la bienvenue à un néo-pratiquant comme il se présente, Sébastien Scotto di Fasano. Je vais te laisser te présenter.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Oui, écoute Arnaud, merci à tous les deux de me recevoir sur le podcast. Moi, je représente Tous en Selle. Je travaille chez Tous en Seine depuis maintenant 4 ans. Je fais aussi du vélo, un petit peu.
- Arnaud Manzanini
Un petit peu de vélo, deux froids finishers du 2600 km entre autres, avec plein d'autres aussi épreuves d'ultra distance. Mais néo-pratiquant dans sa tête, comme le dit Marion juste en introduction, syndrome de l'imposteur. Dans toute sa splendeur.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Je me fais un peu charrier parce que j'ai dit que j'étais néo-pratiquant. C'est vrai que je fais de l'ultra maintenant depuis 2020. Et pour moi, oui, ça reste quand même néo-pratiquant parce que je ne viens pas du monde du vélo. Je suis ancien sportif de haut niveau en voile, de voile olympique. Et donc, du coup, j'ai découvert quand même le vélo sur le tard parce que c'était plutôt vers l'âge de 27, 28 ans. Et même si depuis maintenant toutes ces années, il occupe tout mon quotidien, j'ai quand même... découvert cette discipline qui était pour moi complètement à l'opposé de la voile. Et donc le but aujourd'hui, c'est d'incarner un peu la voix des auditeurs, des auditrices de Tous en Sel, puisque vous nous posez beaucoup de questions. Et de remercier d'ailleurs. Oui, on vous remercie beaucoup pour ça. Et donc l'objectif, ça va être de poser justement ces questions. On va communiquer maintenant, avant chaque enregistrement d'épisode, les thématiques des différents épisodes qu'on va traiter. Et vous allez pouvoir nous écrire pour poser vos questions. Et donc je suis ici aujourd'hui pour ça.
- Arnaud Manzanini
Génial, un grand merci. Et puis je vais également te laisser te présenter Marion, qui tu es et pourquoi tu es avec nous aujourd'hui dans ce cadre de la prépa mentale.
- Marion Borgne
C'est vrai que ça fait plusieurs fois qu'on discute ensemble de différentes thématiques. Moi je suis psychologue clinicienne de formation. Clinicienne rapidement c'est un psychologue qui s'intéresse à la personne dans sa globalité, avec son histoire vécue et tous les aspects de sa vie. Et après j'ai développé une expertise dans ce qu'on appelle la psychologie du sport et la préparation mentale. J'ai travaillé dans différents milieux avec différents sports, que ce soit du milieu amateur au milieu olympique, et des sports comme le tir à l'arc, le planeur, le tennis, l'athlétisme, le triathlon, voilà. La danse ? La danse, oui, parce que maintenant je travaille principalement avec des danseurs à l'Opéra de Paris. Donc on pourrait se dire grand écart entre beaucoup de disciplines, mais justement on va en parler. il y a un point commun dans tout ça, c'est le mental et la question du psychisme.
- Arnaud Manzanini
Alors justement, la prépa mentale, on en entend beaucoup parler, mais c'est quoi la prépa mentale ?
- Marion Borgne
Alors déjà, j'aurais envie de dire, c'est quoi le mental ? Qu'est-ce qu'on entend par là ?
- Arnaud Manzanini
Quel mot tu mettrais sur ça, justement ? Parce qu'on entend souvent, tu sais, dans les épreuves, lui, il n'a pas le mental, elle, elle a le mental. Moi, j'ai le mental, toi, tu n'as pas le mental. C'est une question mentale. Ça me fait bondir.
- Marion Borgne
Même sur coche, moi, je suis sur mon vélo puisque je suis encore plus néopratiquante.
- Arnaud Manzanini
Allez, c'est au mental. C'est l'encouragement. Allez, c'est au mental.
- Marion Borgne
Oui, ou les derniers kilomètres, c'est au mental. Ou il est fort mentalement ou faible mentalement. Ça aussi, c'est des choses qu'on dit dans la presse sur les sportifs de haut niveau et qui peuvent être extrêmement blessantes, comme on remarque. Et il y a tout un imaginaire et un mythe, en fait, autour du mental. Et on le voit dans les titres des livres sur la prépa mentale ou des podcasts parce que Vous pouvez trouver mille podcasts déjà sur la préparation mentale. Moi, la proposition aujourd'hui, c'est de parler de mon expérience avec les personnes que j'accompagne en tant que psychologue. Mon expérience un petit peu de sportive aussi, puisqu'il y a des outils que je teste et que j'utilise. Mais effectivement, démystifier un petit peu la préparation mentale. Si on regarde les titres des livres, souvent c'est pouvoir illimité, comment maîtriser son potentiel ou arriver à son potentiel absolu. Ou la bible de la préparation mentale, des choses très grandies et éloquentes.
- Arnaud Manzanini
Des promesses, des belles promesses.
- Marion Borgne
Oui, des belles promesses. Moi, j'ai envie de me méfier des promesses spontanément. En fait, la préparation mentale, on pourrait dire déjà que faire un parallèle avec la préparation physique, on prépare son corps avec un entraînement physique et l'entraînement est une science. Il y a la science de l'entraînement et il y a beaucoup de sujets là-dessus. Au même titre, la préparation mentale, c'est une préparation de ce qu'on va appeler des habiletés mentales. Par exemple, la concentration, la gestion des émotions. Dans la gestion des émotions, il y a aussi la gestion du stress. Je la considère comme une émotion. Je disais oui, concentration, tout ce qui est niveau d'activation. Aussi dedans, il y a le stress, mais aussi la capacité à pouvoir se relaxer dans certains contextes. et puis effectivement tout ce qui va être mémorisation, routine
- Arnaud Manzanini
Est-ce que ça ne serait pas tout simplement la prise, la prépa mentale ? Tu l'appliques quand tu prends conscience d'une situation et tu viens y mettre des outils en route. Pour ça, il faut avoir une trousse à outils la plus grosse possible parce que c'est qu'une technique. Ce que je veux dire, c'est que la prépa mentale, ce sont des techniques. Si tu les as et tu les connais, tu peux les appliquer. Si tu ne les as pas, il faut que tu fasses de la prépa mentale pour les acquérir.
- Marion Borgne
Ce serait comme un bricolage, se retrouver avec une caisse à outils et ne pas savoir bricoler.
- Arnaud Manzanini
Euh... La préparation mentale, je trouve que dans l'histoire du sport, si je dirais depuis 15 ans, il y a eu l'effet de mode des préparateurs physiques. Ensuite, il y a eu les préparateurs mentaux, préparateurs mentales, où je ne vais pas dire que tout le monde pourrait être préparateur mental, mais tu te payes une certification. Actuellement, c'est le cas. J'ai fait il y a 15 ans, je crois, ou 13 ans, une certification de préparateur mental. Au bord du lac d'Annecy, pendant une semaine, on te donne des outils. Tu ressors, tu es certifié. Donc tu peux dire, je suis préparateur mental. Moi, je n'ai jamais voulu explorer cette piste-là parce que j'ai payé pour ça. Mais je n'ai pas passé de...
- Marion Borgne
Et qu'est-ce que ça t'a apporté finalement ?
- Arnaud Manzanini
Ça ne m'a plus servi à moi que pour les quelques clients que j'ai pu avoir. Mais c'était intéressant, ça m'a donné quelques schémas. Et après, on a vu arriver le coach. Là, tu vois, en ce moment, il faut être coach. Donc il faut faire attention à ça et c'est pour ça que... Moi, je trouve que c'est important que tu sois avec nous parce que tu es légitime dans ce que tu pratiques. Tu n'as pas, comme moi je l'ai fait, payé ta certification. Tu as fait des études, tu as des diplômes. Et donc, c'est important que toi, en tant que professionnel, tu expliques ce qu'est la prépa mentale. Et que ce n'est pas en lisant un bouquin sur comment développer son plein potentiel. Voilà, c'est quand même limité.
- Marion Borgne
Alors justement, ce que j'ai envie de vous proposer, c'est un petit peu des éléments de compréhension par rapport à la préparation mentale. Quand tu dis, moi, je suis légitime, alors j'ai un métier de base. psychologue c'est 5 ans d'études, c'est effectivement pas une certification sur internet tu coûtes 400 balles c'est sûr et puis surtout ça fait maintenant 14 ans que j'accompagne des personnes.
- Arnaud Manzanini
Alors ce qui est important c'est aussi je trouve que tu fasses la différence entre le métier de psychologue et le préparateur mental de ce que j'ai moi compris c'est que le psychologue va faire un travail sur le passé pour essayer de comprendre tu vas me dire si je me trompe pas Voilà. Peut-être que je me trompe. Et le préparateur mental, lui, ne regarde pas ce qui s'est passé, mais travaille sur le futur et met en place des outils.
- Marion Borgne
Alors, ça peut être une façon de présenter les choses, mais souvent, d'ailleurs, ça va faire peur aux personnes parce qu'ils disent « Ah, mais le psy, il va revenir à mon enfance » . Je dirais plutôt que la psychologie du sport, et la psychologie en général, c'est comprendre le comment... Contraire, non. Comprendre le pourquoi. Et la préparation mentale, ce serait « Ok, comment ? » Donc, comment effectivement j'arrive à un projet et à atteindre mes objectifs ? Ce n'est pas plus tard qu'hier encore, une personne est venue me consulter. La première question, enfin la première posture qu'elle a eue en arrivant, c'est « mais je ne sais pas si je suis légitime à venir vous voir, je ne suis pas athlète de haut niveau » . Elle s'est excusée.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Une question qui revient souvent, je vais me permettre de te couper. Du coup, on a eu plusieurs questions sur celui-là. Est-ce que la préparation, est-ce que c'est fait pour tout le monde ? Moi je ne suis pas un champion, je ne suis pas une championne, je ne suis pas athlète de haut niveau, est-ce que ça concerne tout le monde ?
- Arnaud Manzanini
C'est vrai qu'aujourd'hui, je pense que tu vas nous le dire, mais 99,99% des auditrices auditeurs sont des amateurs.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Oui, comme de toute manière la partie des athlètes de haut niveau, de manière générale sur la population, elle reste infiniment faible.
- Arnaud Manzanini
Alors justement, la prépa mentale, est-ce que monsieur ou madame tout le monde peut bénéficier d'une prépa mentale ou est-ce que c'est réservé qu'aux professionnels ?
- Marion Borgne
Alors la façon que j'ai moi de le présenter, parce que j'ai surtout parlé de ma pratique, c'est à partir du moment où on a un projet avec un enjeu, quelque chose à gagner, quelque chose à perdre, là la préparation mentale peut aider à atteindre son objectif. Que ce soit un objectif sportif ou d'autres objectifs. La préparation mentale c'est aussi beaucoup démocratiser dans le milieu de l'entreprise. Pour être plus assertif, avoir plus confiance en soi, gérer le stress. Donc dès qu'on a un objectif qu'on souhaite atteindre, on va rencontrer des obstacles forcément sur le chemin. Des freins,
- Arnaud Manzanini
des...
- Marion Borgne
Voilà, des freins, des obstacles. Et par contre, la préparation mentale, donc je parlais de gestion des émotions, confiance en soi, ce sont des grandes thématiques de psychologie en fait. Et effectivement, juste traiter la confiance en soi avec un exercice de respiration avant de prendre le départ. Ça reste très superficiel.
- Arnaud Manzanini
C'est vrai que la prépa mentale, j'ai aussi cette image de... En fait, tu as un objectif, ça peut être de la performance, mais juste de te faire plaisir, juste de passer un bon moment dans ton sport ou dans ton métier ou sur ton vélo, c'est de faire un 360 en fait.
- Marion Borgne
Tout à fait.
- Arnaud Manzanini
sur tout ce qui peut arriver. C'est ce que j'en ai ressorti de mes certifications il y a 13 ans, c'est ça. Tu as un objectif, tu fais un 360 de tout ce qui pourrait t'empêcher d'atteindre cet objectif-là, et en face, tu y mets là où les solutions qui pourraient te permettre de surmonter ça.
- Marion Borgne
J'aime bien la façon dont tu le présentes, parce que souvent, la préparation mentale, ça vient comme un ajout. On va rajouter des couches sur tout ce qu'on fait déjà. En fait, je pense qu'il faut déjà se poser la question, donc quel est mon objectif, mais aussi, quelles sont mes ressources.
- Arnaud Manzanini
Oui, tout à fait.
- Marion Borgne
Et mes ressources, c'est là qu'on arrive vite aussi à nos limites. C'est quelles sont mes ressources en termes de temps, quelles sont mes ressources financières aussi, parce qu'il y a des sports qui coûtent assez cher. Quelles sont mes ressources en termes d'entourage et de famille ? On dit souvent qu'effectivement, des projets d'endurance ou d'endurance longue, de préparation, ce sont des projets où on embarque son entourage. Et c'est un des éléments de réussite aussi. C'est que l'entourage comprenne notre pratique, que qu'on se sente compris par notre entourage, que ça ne crée pas de culpabilité quand on part s'entraîner à 5 heures. Donc c'est déjà faire le point sur quel est mon projet, quelles sont mes ressources, et ensuite, un exercice que j'aime beaucoup proposer, donc là on est plus déjà dans du concret, c'est de se dire ok, qu'est-ce qui dépend de moi dans ma préparation et qu'est-ce qui ne dépend pas de moi ? Et cet exercice-là, ensuite, on peut l'appliquer à la compétition. Donc ça, c'est un exercice que je propose autant aux professionnels qu'aux... amateurs.
- Arnaud Manzanini
Ce que tu décris pourrait être un début, c'est-à-dire que les gens qui nous écoutent se disent par quoi commencer en fait ? Quels sont les outils qui me permettraient d'avancer dans cette prépa mentale ? Et ce que tu décris, c'est un peu les premiers outils à utiliser.
- Marion Borgne
Comme dit, déjà faire un point sur le projet et on peut avoir des objectifs de performance donc être finisher ça peut être un objectif de performance mais sinon être finisher en un certain temps. ou meilleur que la fois précédente, si on se compare à soi, ou meilleur que d'autres.
- Arnaud Manzanini
Ce que tu dis, ça me fait penser à Loïc. Loïc, dans un des épisodes, c'est ce qu'il explique justement. Quand il a un client qui vient le voir et qui lui dit, ben voilà, moi je veux faire l'étape du tour, je veux faire un top 10 ou un top 20, qui lui dit, ok, t'as combien de temps pour t'entraîner dans la semaine ? Ben j'ai que 8 heures. Bon ben, pas cette année en fait.
- Marion Borgne
C'est là qu'on arrive à une limite en fait. Voilà, pas cette année. Donc ça peut être un objectif de performance ou un objectif qu'on va appeler de compétence. Donc devenir par exemple plus endurant, être capable de rouler une nuit entière et de bien gérer son état physique.
- Arnaud Manzanini
Et comment surmonter les émotions la nuit parce que ça génère aussi beaucoup de questionnements.
- Marion Borgne
Oui, et donc là par exemple l'objectif ça peut être de gagner en confiance en soi en fait tout simplement, pas un objectif de performance.
- Arnaud Manzanini
Oui mais quels sont les outils pour gagner en confiance en soi ?
- Marion Borgne
Donc là ce serait la phase d'après donc déjà quel est le projet les objectifs, quelles sont les ressources donc là on va se heurter aux limites mais il faut avoir conscience de ces limites là parce qu'effectivement comme tu le dis quelqu'un qui a un objectif haut de performance mais qui n'a pas le temps concrètement parce qu'il y a l'idéal de ce qu'on aimerait de l'emploi du temps et il y a la réalité et il y a souvent un écart entre les deux et surtout et c'est là la différence avec les sportifs de haut niveau et les amateurs c'est la place que ça occupe dans la vie. Le sportif de haut niveau va avoir tout un mode de vie, un cadre et un staff qui va l'aider dans ses objectifs. L'amateur, en général, a un travail, une famille, une santé physique et mentale à gérer, et tous les aléas de la vie en plus, et pas forcément de staff.
- Arnaud Manzanini
Exactement. Généralement, quand tu poses la question à un athlète qui devient professionnel, il te répond qu'il ne s'entraîne pas plus. La différence, c'est qu'autour de lui, il a des personnes qui l'accompagnent. C'est surtout la récupération qui fait la différence, ce n'est pas l'entraînement.
- Marion Borgne
Oui, et c'est vrai que déjà de penser tout cet environnement-là, ça peut devenir une charge mentale pour l'amateur, parce qu'il n'a pas de staff pour préparer tout ça.
- Arnaud Manzanini
Parce qu'il y a de la logistique.
- Marion Borgne
Voilà, donc vraiment être au clair sur ses ressources et à partir de ses ressources, identifier, ok, là peut-être que c'est plutôt en gestion des émotions qu'il faudrait que je fasse un travail, ou plutôt en concentration ou plutôt en... Motivation, par exemple. Quelqu'un va être très enthousiaste sur son projet, mais va avoir du mal à se motiver au quotidien. Ça ne veut pas dire qu'il est faible mentalement. Ça veut dire qu'il va avoir du mal à mettre en place ses leviers de motivation. Donc là, on peut en trouver. Et ça peut être gérer le stress d'avant compétition. Donc, on va faire un point sur, finalement, la personne, de quoi elle aurait besoin. Pour moi, c'est très important aujourd'hui de... parler de préparation mentale ? Voilà, ensemble, parce que je pense que ça peut devenir un sujet parfois culpabilisant, justement quand on disait « ah mais j'ai pas de mental moi de toute façon, c'est vraiment des choses que j'entends souvent » .
- Arnaud Manzanini
Oui, c'est sûr, on l'entend toujours, nous-mêmes, par rapport à moi, mon côté organisation d'événements sur nos bases de vie au départ, ou même à l'arrivée, j'ai fini au mental, ou sur la base de vie… Mais qu'est-ce que ça veut dire en fait ? Oui, oui, j'ai pas le mental, t'as même l'entourage tu sais, allez maintenant c'est le mental qui prend le relais. Et moi le premier, quand j'ai fait les Etats-Unis, j'ai souvent dit, au bout de deux jours, ma prépa physique ne servait plus à rien, mon esprit est pris de relais. Oui,
- Marion Borgne
on dit aussi souvent qu'on décroche et qu'en fait on est en pilote automatique, enfin toutes ces choses-là. Et au début, je te disais, il faut déjà, avant de parler de prépa mental, qu'est-ce que c'est le mental ? Pour faire assez court, j'ai envie de mettre trois points. C'est ce qu'on pense, donc tous nos discours intérieurs, ce qu'on ressent, plutôt les émotions, et nos comportements. Donc ce qu'on fait. Et le mental va nous aider, donc en général on le situe dans le cerveau, alors il y a des débats aussi maintenant sur... Voilà, que c'est aussi dans le ventre, mais bon, le mental reste quand même le psychisme dans le cerveau, et différentes aires cérébrales qui vont contrôler différentes compétences. Donc le mental, c'est ce qu'on pense, ce qu'on ressent, et ensuite ce qu'on va faire. Et donc la préparation mentale, c'est pouvoir travailler sur les pensées, ce qu'on appelle aussi les cognitions, les émotions. et le comportement, ce qu'on va faire.
- Arnaud Manzanini
Et est-ce que tu remarques une différence, je le fais souvent dans les épisodes, mais entre les hommes et les femmes ? C'est-à-dire que, est-ce que tu remarques ? Je donne un exemple. C'est-à-dire que les hommes viennent te voir et ont souvent un excès de confiance, et les femmes ont souvent le syndrome de l'impostrice, ou de l'imposteur, je ne sais pas si on peut le...
- Marion Borgne
Alors, c'est un constat qu'on peut faire encore. Avant de... parce que je ne voudrais pas être dans le stéréotype non plus, mais il y a une étude en psychologie sociale, il me semble, qui montrait la différence de confiance entre des élèves garçons et des élèves filles sur une épreuve de mathématiques. Les mathématiques étant plutôt stéréotypées pour les garçons que pour les filles. Et donc aux garçons, alors il y a une première épreuve où on va dire aux deux que c'est une épreuve de maths. les filles vont moins bien réussir. Un autre groupe, on va dire que c'est une épreuve quelconque. Et là, les filles vont bien mieux réussir que celles à qui on a dit que c'était des mathématiques.
- Arnaud Manzanini
On devrait peut-être faire ça au départ de la rafle. On devrait dire là, tu pars pour un 300 kilomètres et c'est un 2005.
- Marion Borgne
Il y a de fortes chances pour que les femmes aillent plus loin que les hommes. Je l'ai entendu d'ailleurs dans mon premier 300, c'était l'Arrêt-Socrosse Paris. Il faisait un temps terrible. 17 heures de pluie. Et je me souviens, à un stop, à un café, moi, j'étais en binôme et on a croisé un binôme de garçons. Ils nous ont dit, nous, on en a marre de la pluie. C'est bon, on en a... Stop. Et vous, vous continuez ? Nous, on était là, hyper enthousiastes, remontés. On a dit, mais en fait, la pluie, ça ne dépend pas de nous. Ce qui dépend de nous, c'est de continuer à pédaler. Pour l'instant, on peut continuer à pédaler, on y va.
- Arnaud Manzanini
Imagine la tronche des mecs, tu vois.
- Marion Borgne
Ils nous ont regardés partir.
- Arnaud Manzanini
Ah merde, on est faibles mentalement.
- Marion Borgne
Et en fait, parce qu'en fait, ils étaient abattus sur leur table dans le café. Nous, on est arrivés pompés d'up parce qu'on s'était... On avait fait de la préparation mentale, toutes les deux. Parce que je serais quand même un cordonnier mal chaussé si je ne m'appliquais pas à quelques principes. Et par exemple, sur 300 kilomètres... Là, je vais vous donner un exemple d'une technique. C'est qu'on avait coupé la course en déjà 3 x 100.
- Arnaud Manzanini
Justement, si tu peux donner quelques outils. Par exemple,
- Marion Borgne
découper une longue distance. Par exemple, 3 x 100 km. 3 x 100 km, c'est déjà quand on y pense, quand on se projette. Ça, c'est la capacité à se projeter, l'imagerie. C'est beaucoup plus atteignable que 300. Souvent, on n'a pas fait, avant de faire son premier 300, on n'a jamais fait 300 à l'entraînement. Donc ça peut sembler et ça peut faire peur et donc faire douter. Nous, je me souviens, on a pris le départ. Pourtant, moi, je ne suis pas une personne qui a une grande confiance en moi, mais je me suis dit, on va aller au bout.
- Arnaud Manzanini
Quand tu dis imagerie, c'est visualisation ?
- Marion Borgne
Oui, visualisation. Ou c'est deux choses différentes ? En fait, l'imagerie mentale, c'est une compétence. Et la visualisation, c'est une technique pour travailler cette compétence imagerie mentale.
- Arnaud Manzanini
Et je relève le fait que tu dis, nous, au départ, on avait zéro doute, on allait finir. C'est quoi le lien avec l'engagement dans un projet ? Est-ce que c'est totalement différent ou est-ce que l'engagement fait partie de la prépa mentale ?
- Marion Borgne
Alors qu'est-ce que tu entends par engagement ?
- Arnaud Manzanini
Je suis engagé, c'est-à-dire que je n'ai pas de doute, quoi qu'il se passe, je finirai. Je suis engagé, c'est-à-dire que j'ai mis tous les moyens, je me suis préparé physiquement, je me suis préparé mentalement. Quoi qu'il se passe, je trouverai la solution sur un plan B, donc la confiance en soi. Là,
- Marion Borgne
tu parles vraiment d'un état d'esprit en fait. C'est exactement ça la préparation mentale, c'est se mettre dans un état d'esprit pour réussir son projet. Son projet, parfois, ça peut être, j'ai des personnes qui viennent me consulter pour réussir un examen, réussir le permis de conduire, réussir le concours d'entrée chez les pompiers.
- Arnaud Manzanini
Permis de conduire, on ne fait pas de lien, bien évidemment, ce n'est pas du tout personnel.
- Marion Borgne
Mais c'est parce que c'est un exercice extrêmement stressant, parce que ça revient à des épreuves. Et quand est-ce qu'on a eu des épreuves et des notations dans la scolarité ? Donc, on peut revenir à des choses, à des événements stressants.
- Arnaud Manzanini
N'y allez surtout pas au talent. Si vous pensez... pour le permis de conduire, que vous l'avez depuis des années, n'y allez pas au talent. Par expérience, vous allez vous planter.
- Marion Borgne
Mais j'ai envie de dire, ni sur une course, n'y allez pas au talent, parce que vous risquez, il y a de plus en plus d'accidents sur les courses, parce que beaucoup de personnes ne sont pas préparées. Maintenant, se mettre dans un état d'esprit, c'est effectivement, tu disais l'engagement, il faut aussi être réaliste sur la préparation qu'on a faite, physique, parce que juste au mental, ce n'est pas vrai. Ça ne va pas suffire. Oui,
- Arnaud Manzanini
je suis d'accord. Il faut que ce soit un bon mélange des deux. Pour moi, l'un ne va pas sans l'autre.
- Marion Borgne
Et ensuite, effectivement, au début, je parlais de ce qui dépend de moi, ce qui ne dépend pas de moi. Donc là, c'est important d'être clair là-dessus. Là, je te parlais de l'exemple de la pluie. Pour nous, c'est un paramètre, ça ne dépend pas de nous. Donc on fait, en fait, on traverse ça. On s'est préparé, parce que ce qui dépendait de nous, c'était d'avoir le bon équipement, par exemple. On ne savait pas combien d'heures il allait pleuvoir. Donc, on s'appuyait, on restait concentré. Donc là, on va parler effectivement de concentration, plutôt sur les éléments qui dépendent de nous. Donc, effectivement, notre équipement, les pauses qu'on faisait, l'état d'esprit. Donc, comment garder un état d'esprit plutôt positif ? On s'encouragait, on trinquait à chaque 50 kilomètres avec nos bidons pour rester vraiment dans un état d'esprit positif et garder, donc là, c'est un autre aspect de la préparation mentale, un discours intérieur positif.
- Arnaud Manzanini
Il y a aussi le côté bien entouré dans ce que tu dis. Là aussi,
- Marion Borgne
parce que c'est en binôme.
- Arnaud Manzanini
Parce que tu peux avoir... Après, ça vient probablement avec la concentration, mais tu peux avoir, toi, un bon dialogue intérieur, te sentir bien, et l'entourage te fracasse en une remarque. Tu vois ? Mais t'as vu un exemple, au moment où tu parles, t'es au carrefour avec ton binôme, ton téléphone sonne. C'est quelqu'un de ta famille qui te dit, oh là là, t'as vu ce qui tombe ? Ils annoncent encore ça toute l'après-midi. Arrête, arrête, va te mettre au chaud. Là, il faut être fort pour passer au-dessus de ça.
- Marion Borgne
Oui, là, une chose qu'on peut faire déjà, c'est pendant une course, on ne regarde pas, parce que c'est déconcentré. Un athlète de haut niveau ne ferait pas ça, en fait. Il ne va pas laisser de stimuli extérieurs venir le déconcentrer. Donc ça aussi, ça fait partie de la préparation mentale. C'est de préparer tous ces éléments très matériels, techniques. qui dépendent de nous en fait.
- Arnaud Manzanini
Si Seb, est-ce qu'il y a en lien avec les questions, les remarques des auditrices et des auditeurs par rapport au sujet qu'on vient de couvrir avec Marion, qu'est-ce qui interpelle les auditrices et auditeurs aujourd'hui ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Souvent tu parlais justement des petits tips que vous avez mis en place justement, se checker tous les 50 kilomètres etc. Il y a pas mal de personnes qui se demandent est-ce que la prépa mentale peut permettre de mieux supporter la souffrance ? Et est-ce que ça peut permettre aussi de mieux s'écouter ? Donc je pense qu'aussi, il y a peut-être des outils à mettre en place pour essayer de...
- Marion Borgne
Je note, oui, parce que déjà, la question de la souffrance, qu'est-ce que ça veut dire ?
- Arnaud Manzanini
C'est vrai que la souffrance, c'est pas de l'émoire. La souffrance, tu peux avoir mal... Parce qu'il y a douleur et souffrance,
- Sébastien Scotto Di Fasano
il y a quand même une nuance. C'est deux mots qui sont quand même assez différents.
- Marion Borgne
D'ailleurs, la nuance que je propose, la douleur, c'est plutôt un ressenti physique. La souffrance, ce serait le vécu de cette douleur, le vécu psychologique de cette douleur.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est un stade au-dessus.
- Marion Borgne
Si déjà la personne-là parle de souffrance, c'est qu'on est déjà au-delà de la douleur et que c'est vécu plutôt négativement. Parce que dans un sport d'endurance, on endure, par définition.
- Arnaud Manzanini
Tout simplement.
- Marion Borgne
On n'est pas là pour ne pas ressentir le fait d'endurer. Et donc, on repousse une limite, parce qu'on serait plutôt fait pour rester à regarder les papillons. ou Netflix.
- Arnaud Manzanini
Là aussi, on se pose souvent la question dans les épreuves d'endurance. À un moment donné, si la concentration baisse, va arriver la question, souvent en fin d'après-midi, quand tu passes dans un lotissement avec une petite odeur de barbecue. Mais qu'est-ce que je fais là ? Mais qu'est-ce que je fais là ? Moi, c'est le poulet rôti. Voilà, le poulet rôti, par exemple. Ou alors, tu passes devant un kebab. Mais qu'est-ce que je fais là ? Donc là aussi, il faut se préparer à cette question.
- Marion Borgne
C'est aussi une compétence mentale. Le qu'est-ce que je fais là, c'est avoir un pourquoi très fort. et là on est sur la motivation on parle aussi de motivation intrinsèque donc c'est ce que moi je choisis la motivation extrinsèque, là c'est notamment chez les sportifs de haut niveau, parfois c'est des sponsors qui vont mettre la pression pour telle course ou une fédération mais en général les sportifs amateurs ont une motivation intrinsèque et un pourquoi plus ou moins fort c'est là aussi, parfois ça va être un pourquoi en se comparant aux autres ou un pourquoi vraiment un sens très personnel mais pour revenir à ta question en fait, Endurer la souffrance, déjà je pense qu'il faudrait pouvoir changer de perception par rapport à la souffrance. Qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce qu'on parle plutôt de douleur ? Alors si c'est une douleur physique, bobo, slash blessure, là il faut savoir s'arrêter. Parce qu'un amateur qui fait une course et qui se blesse et qui continue avec une blessure, ça a un impact après dans son quotidien et là on arrive plus à une pratique moins saine. Donc si c'est douleur, blessure... attention.
- Arnaud Manzanini
Je trouve que la blessure, en ultra, en cyclisme, je trouve que il y a moins de personnes qui s'entraînent ou qui roulent avec une blessure, contrairement au running, ou dans les différents podcasts que j'ai pu faire, j'entends très souvent, je me suis entraîné blessé. Moi, en tant que cycliste, je me dis comment tu peux t'entraîner blessé, en fait.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Parce qu'en vélo, on vous a inculqué ça aussi, que très vite, dès qu'il y avait une blessure, il fallait quand même la traiter, parce que ça n'allait pas se régler alors que dans le running comme tu disais ils ont beaucoup plus l'habitude de courir blessé les athlètes professionnels c'est quelque chose qu'ils ont et j'avais entendu je ne sais plus quel athlète ancien athlète pro qui a arrêté sa carrière très récemment qui disait justement qu'il s'était mis à faire du trail et que dès qu'il était blessé il s'arrêtait, il avait ses réflexes d'ancien cycliste et en fait au bout d'un moment on lui a dit mais en fait si tu fais ça Tu risques de ne pas t'entraîner beaucoup dès que tu as la moindre petite douleur, etc. Et donc, il a appris quand même à mettre le curseur à un endroit un peu différent parce que la pratique était différente aussi.
- Arnaud Manzanini
Intéressant.
- Marion Borgne
Je pense que dans le vélo aussi, les douleurs, les blessures empêchent de pratiquer le vélo.
- Arnaud Manzanini
C'est souvent, de toute façon, la douleur la plus fréquente, c'est le genou. Moi, j'ai toujours entendu dire, si tu as un début de tendinite... Tu ne peux pas continuer. De toute façon, à début de ton dynite, il va se passer quoi ? Ton genou ou là où tu as une dynite, ça va gonfler. Et là, tu vas vraiment t'abîmer. Sauf si tu fais une épreuve de longue distance et que tu es à 10 bornes. Mais si tu es à 100 bornes ou 200 bornes, tu vas mettre en péril le reste de ta saison et ton articulation. Comme dit,
- Marion Borgne
endurer la souffrance... ça amène vers une blessure. Dans une certaine limite, exactement. Effectivement, si c'est par contre endurer la douleur de l'épreuve, parce qu'une épreuve d'endurance... La douleur du moment,
- Sébastien Scotto Di Fasano
qui va être éphémère,
- Marion Borgne
finalement. Voilà, le fait que ce soit difficile. Là, effectivement, la préparation mentale peut extrêmement aider. Donc, par exemple, en se refixant des objectifs plus petits, je continue encore, si c'est du vélo, jusqu'à telle ville, par exemple. Moi, je marche beaucoup à la géographie aussi.
- Arnaud Manzanini
Oui, certains c'est les kilomètres, d'autres c'est les villes.
- Marion Borgne
Et donc fragmenter en objectifs plus petits, ça peut être se concentrer sur quelque chose de physique, donc par exemple sa respiration. Ok, là, plutôt que d'être dans mon discours négatif de « ah c'est dur » , allez, je vais essayer de respirer correctement. Ou alors, une chose qui peut paraître très simple, se mettre à chanter quelque chose en fait. En boucle.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ça nous arrive souvent.
- Marion Borgne
Je chante beaucoup la nuit pour ne pas m'endormir. Mais en fait, c'est une stratégie de distraction. Ce n'est pas juste une petite chose comme ça. C'est de la préparation mentale, en fait, pour rester concentré. Pour la nuit, ce serait rester vigilant. Mais là, en l'occurrence, ce serait pour défocaliser de ce que la personne appelle la souffrance. Et donc, s'écouter...
- Arnaud Manzanini
Je dirais qu'il y a deux types de souffrance. Il y a la souffrance qui... Là, de toute façon, t'as mal et c'est la blessure et la souffrance où t'es fatigué, tu te sens pas bien. Nous, on le voit bien sur nos épreuves d'ultra, il y a des personnes qui abandonnent. Et ton expérience nous a tous marqués au pied du Mont Ventoux, qui veulent abandonner parce qu'elles ne sont pas bien. Alors qu'en fait, avec une prépa mentale, accepte d'être pas bien un moment, va te reposer. Prends un peu du temps, ou fais un zoom out sur la situation, et tu repartiras, et ton corps va se renclencher, et tu vas terminer. Seb, il a un super exemple avec ça, parce qu'il a voulu, une fois de nous rendre son GPS, on a refusé de prendre son GPS. Et quelques heures plus tard, il est devenu finisher. Donc, il y a aussi, tu vois, cette souffrance où je me sens pas bien, et je me déculpabilise, je m'enlève cette pression de terminer, en disant, sur la place publique, j'abandonne. dans les secondes qui suivent,
- Sébastien Scotto Di Fasano
on s'enlève un poids.
- Arnaud Manzanini
C'est incroyable ça.
- Marion Borgne
On s'enlève une pression et ça fait aussi partie du discours intérieur que de se dire par exemple, allez je vais me refaire. Parce qu'en vélo et en trail, si on a l'expérience, à un moment donné, ça va remonter un petit peu.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Mais ça c'est dur quand tu ne l'as jamais vécu de conscientiser le fait que ça va aller mieux par la suite. Parce que quand tu touches du doigt, quand tu touches du doigt pour la première fois un état mais vraiment de fatigue extrême, tu te dis, en fait, tu as l'impression que tu vas mourir. Tu en es là et c'est pour ça que Arnaud m'a gentiment rappelé ce beau souvenir. C'était sur ma première S-Cross France. J'étais allé tellement, j'étais juste avant le Ventoux, au bout de 300 kilomètres. J'étais allé tellement loin dans l'acceptation de la douleur et mon état aussi qui était... Enfin, je n'avais plus du tout d'énergie. Je me suis dit, mais voilà, il faut que ça s'arrête. Il faut que ça s'arrête tout de suite. Et ça,
- Marion Borgne
c'est un réflexe même physique de se dire non, non, stop, on se préserve.
- Arnaud Manzanini
Tu découvrais aussi la longue distance, tu n'avais pas l'expérience que tu as aujourd'hui.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Je découvrais la longue distance et en plus, j'avais vraiment du mal à accepter le DNF. Et donc, j'ai carrément demandé à ma compagne d'aller remettre elle-même la balise GPS au bénévole. Et c'est le bénévole qui, grâce à...
- Arnaud Manzanini
Guy Chabrier, le découvreur de talent de Paul Seixas. Non, mais c'est vrai, bien sûr, c'est vrai.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Et donc, il est revenu vers moi et il a discuté avec moi. Il me dit, mais en fait, qu'est-ce qui ne va pas ? Je dis, ben voilà, je n'arrête pas de vomir, je ne me sens pas bien, ça reviendra. Il me dit, mais arrête-toi, tu es encore dans les temps, dors une heure ou deux et tu verras, ça va repartir. Et c'est reparti.
- Arnaud Manzanini
Et ça, j'ai un exemple sur ça. Au moment où on enregistre cet épisode, on sort tout juste de Race Across Belgium pour nous et j'ai un participant qui a eu la même démarche. C'est-à-dire, il était troisième de l'épreuve au moment où il abandonne. Troisième de l'épreuve et je lui explique ce cas-là. je lui explique ce cas là parce qu'il était venu pour gagner il a déjà gagné Paris il avait fait deuxième l'année passée en Belgique on sait qu'il était dans la performance un enjeu de performance il était chez lui en Belgique donc il voulait gagner et au bout de 200 kilomètres il était troisième et là il j'abandonne donc au PSG on me dit Arnaud je pense que tu devrais toi l'appeler pour discuter un peu avec lui et voir comment tu peux retourner je l'appelle je lui dis écoute je peux pas donner son prénom Devant toi, il y a deux personnes. Derrière, il y en a 140. Donc, tu n'es pas à la rue du tout. Prends de la hauteur, en fait. Oui, mais mentalement, je ne me sens pas. J'ai trop tapé dedans et je n'ai pas réussi. Et là aussi, je te pose la question, Marion, c'est que qu'est-ce qui peut faire switcher, changer d'avis ? Moi, mon expérience, c'est de dire, si ce n'est pas le conjoint ou la conjointe, au moment où le coureur a décidé d'arrêter, C'est... extrêmement difficile de faire changer d'avis aux coureurs. Tu vois ce que je veux dire ? Qu'est-ce qu'on pourrait, nous, accompagnants, familles, supporters...
- Marion Borgne
Parce que c'est là qu'au quotidien, on parlerait de force mentale. C'est là qu'on utiliserait ce grand mot qui...
- Arnaud Manzanini
Et moi, mon expérience, c'est... Alors, on a réussi quelques fois à faire... Mais c'est 98%. On n'y arrive pas parce que quand la décision, elle est prise... Et moi, je l'ai vécu. J'ai abandonné et deux heures après, tu te dis... j'ai fait une connerie en fait, j'aurais pu me reposer, j'étais largement dans les temps et je finissais. Et le travail de préparation que j'avais fait, il aurait été récompensé.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Et souvent, finir en plus, même au-delà de ton objectif, est quand même plus acceptable que d'avoir fait DNF.
- Marion Borgne
Mais c'est là une question, c'est est-ce que pour cette personne, c'était le fait d'être troisième alors que son objectif, c'était de gagner ? Est-ce que c'est ça qui l'a, à un moment donné, démotivé ?
- Arnaud Manzanini
Moi, je... Alors, mon recul et mon observation me fait dire qu'il ne s'attendait pas à être autant challengé. Et je pense qu'il s'attendait à être premier rapidement et garder le lead. Et le fait de dire « mais je suis au maximum et je ne suis pas premier » , bah…
- Marion Borgne
C'est là où on va toucher différentes compétences, la confiance en soi, mais aussi l'image qu'on a de soi. Il y a un peu d'orgueil aussi là-dedans. Et l'acceptation en fait, l'acceptation que là aujourd'hui c'est cette réalité-là, maintenant et la capacité à relativiser, prendre de la hauteur. Je suis effectivement troisième, est-ce que j'ai envie d'être ? abandonner ou est-ce que j'ai envie de continuer malgré et d'accepter avec mon égo qu'il y a des personnes qui vont peut-être me passer devant parce que je vais me reposer un petit peu pour reprendre donc là c'est effectivement même, on va plutôt être là dans la psychologie du sport et le rapport à soi-même que la préparation mentale mais effectivement comment repartir puisque c'était ta question
- Arnaud Manzanini
Quel ressort nous on peut activer ? Quel ressort on peut, qu'est-ce qu'on peut aller toucher pour que...
- Marion Borgne
Intérieurement ça va vraiment être d'avoir un... Par exemple, un pourquoi très, très fort pour la course. Mais après, des petites choses très pratiques, comme dans le discours intérieur, se dire, bon, j'ai confiance, là, je me repose 20 minutes, je reprends une soupe, enfin, je ne sais quoi, et je fais un point dans 20 minutes. Je reste calme et je fais un point avec moi-même.
- Arnaud Manzanini
C'est un peu ce que je lui ai dit. Je lui ai dit, écoute, je ne prends pas ton abandon. C'est ça. Je te rappelle dans un... Bon, il m'a rappelé, ça m'est un peu... C'est bon, j'arrête. J'ai dit, deux fois, trois fois, tu ne peux pas au bout d'un moment.
- Marion Borgne
Et là, on touche à la gestion des émotions aussi. Parce que l'émotion présente, ça peut être la frustration. Comment je gère la frustration ? Effectivement, il y a des techniques pour apprendre à gérer la frustration, se calmer et revenir à un état plus neutre. Et ensuite, être capable de repartir. Je trouve que c'est ça qui est intéressant dans les épreuves d'endurance et d'ultra-endurance. On passe... Par beaucoup de moments difficiles, on remonte, on redescend, on remonte, on meurt, on renaît.
- Arnaud Manzanini
Des fois, on va très très bas.
- Marion Borgne
Oui, et puis on peut être capable de finir, en fait. Il faut avoir une foi assez forte. Je dis le mot foi parce que confiance, on pense que c'est quelque chose de très pragmatique. La foi,
- Arnaud Manzanini
c'est un peu l'engagement dont je te parlais tout à l'heure. Oui, et en fait,
- Marion Borgne
l'étymologie de confiance, c'est avoir avec la foi. Et la foi, c'est vraiment quelque chose de profond. C'est effectivement un engagement, un pourquoi. Donc la confiance, ce n'est pas si pragmatique en fait. C'est vraiment les tripes. Pourquoi on s'est inscrit à cette course et de se dire je suis capable de continuer.
- Arnaud Manzanini
Sur le pourquoi, est-ce que tu as des techniques pour travailler sur pourquoi ?
- Marion Borgne
Oui, ça se travaille. Parce que quand tu poses la question pourquoi,
- Arnaud Manzanini
c'est... si t'as pas de réponse en tout cas pas suffisamment forte ça va être compliqué par contre si en amont tu as travaillé moi les gens qui nous écoutent je l'ai déjà partagé aux Etats-Unis moi j'avais travaillé mon pourquoi des mois avant et quand justement j'étais en train de râler ou fatigué parce que ça n'allait pas dans l'oreillette mes assistants mes équipiers me disaient attends on va te rappeler en fait pourquoi t'es là et au bout de 2-3 arguments bon bah j'étais reparti donc
- Marion Borgne
ça se travaille tout à fait et soi-même on peut avoir une c'est être enregistré une petite note vocale avant la course ça je l'ai essayé aussi et c'est vachement chouette de se ré-égoutter de dire ah oui j'étais très en forme j'enregistrais cette note mais allez j'avais prévu que j'allais être dans le mal donc ça
- Arnaud Manzanini
je pense que ça doit être hyper puissant d'entendre sa voix c'est super ouais alors moi le pire c'est que je me suis écoutée un podcast
- Marion Borgne
Je me suis dit, ok, donc là, l'arnaqueuse, on parlait de ça et j'ai envie d'abandonner. Donc, ça m'a mis un gros coup de pied derrière pour continuer. Mais sinon, des athlètes de haut niveau ont des petits carnets. Le carnet de Serena William, par exemple, il y a des pages qui sont disponibles sur le net où elle a écrit des phrases fortes, presque des mantras. Tu vas être la meilleure, tu seras la meilleure du monde. t'es capable d'être première, Ausha. Donc c'est de trouver aussi ces phrases fortes, ces mantras, et d'y croire en fait aussi. Parce que moi par exemple, si on me dit, t'inquiète pas, tu vas y arriver, ça ne m'intéresse pas du tout comme phrase. Par contre si on me dit, Ausha, ça, ça va plus me parler, parce que c'est pas un mensonge. Pour moi, t'inquiète pas, tu vas y arriver, mais en fait, qu'est-ce que t'en sais ?
- Arnaud Manzanini
D'où l'importance de l'entourage qui parle. à une personne, là aussi je partage mon expérience, après je te laisserai la parole Seb sur les questions, mais quand j'ai fait les Etats-Unis, j'avais une assistance. Et c'est ce qu'on conseille aussi au poste de gestion opérationnelle, c'est quand on a un conflit ou qu'on doit parler à un coureur, c'est une personne qui parle au coureur. Et je pense qu'il faut savoir, la personne qui va te parler Il faut qu'elle sache à quel moment elle peut te parler, comment elle va te parler, avec quel ton elle va te parler et quels mots elle va employer. Si tu arrives à faire cette petite solution, l'impact, il est puissant. L'impact, il est puissant.
- Marion Borgne
Et comme dit la préparation mentale, ce serait réussir à le faire soi-même, en fait, ça. À se mettre dans un état d'esprit et à pouvoir modifier son état d'esprit. C'est là qu'ensuite, ça devient passionnant et même du fantasme, du coup, de pouvoir se contrôler de façon illimitée. Là où j'ai envie d'être plus critique, c'est que ça a des limites. Et il s'agit aussi d'accepter ses propres limites. On est humain. Et de faire la différence entre sportif de haut niveau, qui peut y dédier une partie de sa vie, et amateur, où c'est un morceau de l'existence quotidienne.
- Arnaud Manzanini
Exactement. C'est le thème qu'on va aborder d'ailleurs dans les épisodes suivants.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Moi, je voudrais juste te demander, Marion, vis-à-vis de ce sujet, parce que là, on parle beaucoup de comment on fait pour ne pas abandonner. Mais est-ce qu'il y a un moment où c'est ok d'abandonner, au-delà même de la simple blessure où là on est arrêté ? T'es vraiment faible. Évidemment. Non mais voilà, il y a quand même un moment où si t'es complètement désaligné avec ce qui est en train de se passer, parce qu'on a tous aujourd'hui avec les réseaux sociaux, etc., je pense que ça va encore plus loin que de son simple spectre et notre famille proche. Maintenant on sait que quand on fait une épreuve... en tout cas qui est assez importante, les gens attendent le lendemain le post sur les réseaux sociaux. Regardez, je suis finisher, etc. À quel moment c'est OK d'abandonner ?
- Marion Borgne
Justement, dans ta question précédente, tu parlais de s'écouter. Et la capacité à s'écouter, c'est vrai que pour moi, de ce que j'observe, elle se perd de plus en plus dans la pratique du sport maintenant, parce qu'effectivement, il y a une grosse pression d'être finisher, parce qu'il y a tout un fantasme presque du héros. qui a terminé sa tâche énorme et exceptionnelle. On a le t-shirt du finisher ou le sac qui témoigne, qui fait preuve qu'on a fêté le course.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Mais d'Allemander...
- Marion Borgne
Et socialement, en fait, ça devient une valeur sociale, individuelle.
- Arnaud Manzanini
C'est très intéressant le sujet. C'est une formidable transition pour l'épisode suivant, qui sera sur la psychologie du sport. Mais j'en parlerai tout à l'heure. Mais juste, j'ai eu la chance, mardi... Mardi de la semaine où on enregistre, il y a quelques jours, de passer 30 minutes avec Daniela Riff, qui est quand même...
- Sébastien Scotto Di Fasano
Grande triathlète.
- Arnaud Manzanini
Voilà. D'ailleurs, je dirais une anecdote parce que sur le coup, je ne l'ai pas reconnue, je vous expliquerai. Et elle m'a donné son point de vue sur le sport aujourd'hui. Et par rapport à ce que vous êtes en train de dire, c'est hyper intéressant. On en parlera dans l'épisode suivant. Mais oui, il y a un énorme lien entre ce que tu viens de dire, le statut que le sport te permet aujourd'hui, l'époque dans laquelle on est, grâce aux réseaux sociaux, d'atteindre.
- Marion Borgne
C'est là où c'est important, je pense, de prendre vraiment du recul et de ne pas s'identifier complètement à son sport ou à sa performance. Si on ne s'identifie pas complètement à sa performance, du moment, on peut être capable d'abandonner serein, dans un bon état d'esprit, et de ne pas le percevoir comme un échec. De pouvoir communiquer dans son post Instagram le lendemain en disant « j'ai abandonné pour telle raison » , et d'être tout à fait en paix avec ça. Ça m'arrive d'avoir des personnes qui viennent me voir parce qu'ils ne sont pas du tout en paix avec l'abandon qu'ils ont eu.
- Arnaud Manzanini
Alors ça peut générer une frustration. Voilà, ce qui est normal. Il y a une différence entre une frustration et quelque chose qui vient vraiment te déstabiliser.
- Marion Borgne
Et c'est là où il faut quand même faire attention. Et ce serait intéressant parce que là, on touche plus à de la philo du sport et de la socio du sport. Où on a de moins en moins de reconnaissance quand même dans notre travail, maintenant au quotidien, dans la société. Et donc il y a un enjeu aussi de trouver de la reconnaissance et de créer de la reconnaissance par des épreuves sportives. Et des épreuves sportives très difficiles.
- Arnaud Manzanini
Je pense que ça va dans cette direction.
- Marion Borgne
Ce n'est pas juste courir un 10 km. Maintenant, c'est assez commun de dire que j'ai fait un marathon, un ultra, un alph, des tas de choses. Alors qu'en fait... C'est tellement trompeur. Voilà, c'est trompeur, c'est très difficile. Et c'est pour ça que pour moi c'est important de parler de préparation mentale. Pour sortir d'un discours culpabilisant, on n'est pas fort ou faible mentalement, on a des qualités mentales qu'on peut améliorer, certaines. D'autres, ça va être des traits de personnalité. Je prends l'exemple de la confiance en soi, et ça c'est une chose que justement, quand je me suis formée à la préparation mentale, parce que je pense que c'est aussi une question de transmission et de relation, comme on a aussi avec son coach. La qualité de la relation avec son coach ou avec son préparateur mental va... Beaucoup déterminer aussi ce qu'on va être capable de mettre en place. Et une chose qu'on m'avait transmise, c'est qu'on n'a pas besoin d'avoir confiance en soi pour réussir quelque chose. Moi, ce n'est pas un trait de personnalité que j'ai de façon très développée. Je ne suis pas une personne qui a une énorme confiance en elle. Mais plutôt, avoir confiance en ce que tu fais. Par exemple là, on est en train d'enregistrer un podcast, le sujet je le connais un petit peu parce que j'ai accompagné des personnes et ça me fait plaisir d'en parler et j'ai étudié le sujet. Par contre, avoir confiance en moi, sur mon image, ce que je véhicule, je ne me pose même pas la question parce que je sais que ça ne va pas me plaire. Donc on peut déplacer la question de la confiance sur les actions qu'on a à faire et son projet et pas forcément sur l'identité en fait. Et c'est là que le sport peut être un magnifique véhicule pour se développer dans sa personnalité.
- Arnaud Manzanini
Exactement. Est-ce qu'il y a d'autres questions de la communauté ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
On va les passer un peu vite, mais je pense qu'il y avait une question qui revenait, c'était « je suis plutôt cartésien, est-ce que c'est un peu comme l'hypnose, la préparation mentale, est-ce que si on n'y croit pas, ça ne marchera pas ? » dans le cerveau c'est quand même déjà une démarche d'aller voir je pense un préparateur mental est-ce que tu penses que Oui,
- Marion Borgne
on va faire un tout petit peu d'histoire. Cartésien, ça vient de Descartes. Et notre Descartes européen a différencié le corps et l'esprit. Et l'esprit serait censé pouvoir discipliner le corps. Et c'est aussi s'en tenir à la preuve. Donc ce qu'on voit en fait. Et dire je n'y crois pas. Alors ne pas croire à la préparation mentale, ça ne veut pas dire grand chose parce que ce serait comme dire je ne crois pas à la préparation physique, je ne crois pas à la mécanique, je ne crois pas à la pâtisserie. Si on suit nos recettes, ça fonctionne. Par contre, tu parles d'hypnose, l'hypnose ça va être une technique qui peut être utilisée en préparation mentale, mais l'hypnose c'est encore particulier parce qu'on va travailler à un niveau de conscience qui va être différent. On ne va pas forcément se souvenir de ce qui se passe, et c'est là où on va être encore plus dans une image fantasmée de moyens pour contrôler son cerveau. Et là, on va être plus aussi dans tout ce qui va être du spectacle, en fait, parce que l'hypnose, maintenant, on l'a vu à la télévision, dans des choses assez impressionnantes.
- Arnaud Manzanini
Est-ce que ce qu'on voit à la télévision et le faire avec un professionnel, parce que moi, ce qu'on voit à la télé, tu parlais de croyance, pour moi...
- Sébastien Scotto Di Fasano
Est-ce que tu as les mêmes dons que mes smères ?
- Marion Borgne
Alors moi, déjà, je ne pratique pas.
- Arnaud Manzanini
pas l'hypnose. Mais ça serait intéressant d'un jour de tenter de faire une séance, parce que moi j'y crois, mais je vais peut-être me faire assassiner sur les réseaux.
- Marion Borgne
Moi j'ai demandé à une préparatrice mentale qui pratiquait l'hypnose, je lui ai dit écoute, est-ce que tu peux me faire une séance, parce que je suis curieuse, donc elle m'a fait une séance pour essayer. Donc je suis rentrée en état effectivement modifié de conscience, j'avais l'impression d'être à 50 cm du canapé, et un exercice très simple, c'est de tendre les bras, elle me disait ici tu as des fils avec des ballons, Et sur ce bras-là, tu as une pile de livres. Donc j'avais les yeux fermés et j'ouvre les yeux, j'étais comme ça. Je n'avais pas du tout l'impression d'avoir bougé. Donc en fait, on agit sur la suggestion et la suggestibilité. On va être plus ou moins suggestible. Donc des personnes qui vont être très cartésiennes vont être de mauvais clients pour l'hypnose. Parce qu'effectivement, ils vont être très résistants. Mais voilà, il y a d'autres techniques que l'hypnose.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Mais pas forcément des mauvais clients pour la préparation mentale. Pas du tout. Parce que l'hypnose,
- Marion Borgne
c'est vraiment une goutte d'eau dans la préparation mentale. Il y a des tas d'autres techniques. Donc vraiment, j'encourage cette personne à se renseigner, à essayer d'autres choses.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Super. Et est-ce que tu as des profils, des curieux justement, qui font la démarche de venir te voir, que tu suis, et qui au bout d'un moment, tu te dis, en fait, on a entre guillemets fini le travail, tu as ta boîte à outils, maintenant tu peux te débrouiller tout seul. Est-ce que ça t'est déjà arrivé ?
- Marion Borgne
Pour moi, c'est même une question éthique dans notre pratique. Je dis souvent aux personnes, je n'ai pas envie de vous voir pendant dix ans, même si j'adore travailler avec vous.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Même beaucoup, mais il va falloir arrêter de venir.
- Marion Borgne
L'objectif, en fait, c'est que vous deveniez autonome. Et surtout, psychothérapie, c'est autre chose. Ça peut prendre plus de temps. Mais pour une question plus de préparation mentale, on va ensuite espacer, par exemple, les séances. Et on va former la personne à être capable de se débriefer elle-même, par exemple. Parce qu'être capable de se briefer et de se débriefer, c'est une compétence mentale aussi, à laquelle on ne va pas forcément penser. Mais se débriefer après une course, dans un petit carnet, sur une note, c'est très important, pour préparer une prochaine course. Et ça, en fait, petit à petit, c'est quelque chose qu'on peut faire tout à fait soi-même. Donc, une fois qu'on a appris des techniques, alors attention, il ne s'agit pas d'apprendre toutes les techniques, mais voilà, il y a des tas de... Je mettrai des ressources en lien aussi pour... Pour pouvoir aller vers des ouvrages ou tout simplement des articles aussi en ligne, il y a des tas de techniques, on en choisit certaines. Je parlais du discours intérieur par exemple, la liste de ce qui dépend de moi, ce qui ne dépend pas de moi, et après tout ce qui va être technique de respiration, d'activation, gestion des émotions. Une fois qu'on a ces techniques-là et qu'on sait les... les utiliser, on n'a plus forcément besoin d'un accompagnement. Souvent, après, les personnes, si elles ont envie de continuer un accompagnement, ça va être plutôt être à l'ordre de la thérapie et du soutien, parce qu'on va toucher à autre chose. Mais non, la préparation mentale, pour moi, ça doit avoir un début et une fin.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Super. Et dernière question qui, je pense, va intéresser pas mal de gens. Est-ce que ça coûte cher d'être suivi pour la prépa mentale ?
- Marion Borgne
Alors... Une chose importante qu'on a mentionné rapidement, c'est qu'effectivement la préparation mentale, pour l'instant, c'est un titre qui n'est pas du tout protégé. Par exemple, le titre de psychologue est protégé par la loi.
- Arnaud Manzanini
Ce que tu veux dire, c'est que tout le monde peut être préparateur. Tout le monde peut se prétendre préparateur mental.
- Marion Borgne
Coach mental ou préparateur mental. Donc, je ne diabolise pas du tout ces professionnels-là. Juste, j'encourage chacun à aller vérifier le parcours de la personne. Depuis combien de temps elle fait ça ? Comment elle s'est formée ? Est-ce que c'est une simple certification ? Parce que les certifications professionnelles, en fait, c'est des choses qu'on est censé refaire tous les ans.
- Arnaud Manzanini
Et puis, c'est comme je l'ai dit au début, c'est quelque chose que tu payes. C'est assez décent, quand même.
- Marion Borgne
Et oui, il y a une question financière, en général. Non,
- Arnaud Manzanini
mais je veux dire, tu payes le statut de « je suis certifié » , mais en fait…
- Marion Borgne
Tout le monde réussit la certification.
- Arnaud Manzanini
Voilà, un résumé.
- Marion Borgne
Mais par contre, il y a des formations très sérieuses, comme des diplômes universitaires. Donc là, ça va être une formation d'un an, on s'investit, on s'implique, on s'engage. Donc moi, je conseille toujours, je recommande de regarder le parcours de la personne, où elle s'est formée, avec qui, avec qui elle travaille. Mais la question c'est, est-ce que c'est cher ? La première chose, c'est de se renseigner et de trouver un professionnel. Ensuite, comme ce n'est pas une profession qui est légiférée, encadrée, on peut très vite aller vers des tarifs qui ne sont pas raisonnables. Donc là, ça dépend aussi de soi-même en tant que professionnel, quelle éthique on a. Et puis aussi, quel sportif on va accompagner. Si c'est un sportif de haut niveau qui fait un sport où il va bien gagner sa vie, ou un sportif de haut niveau aussi qui va faire un sport, je pense par exemple à l'athlétisme, où il ne va pas forcément très bien gagner sa vie, mais il veut faire de la préparation mentale, on ne va pas lui demander 200 euros la séance. Mais là, c'est aussi une question d'éthique personnelle. Oui, des ontologies. Mais c'est possible pour moi de trouver quelqu'un qui va nous aider en préparation mentale à un tarif raisonnable. Et c'est là aussi où il va falloir beaucoup discuter de l'objectif, des ressources, notamment des ressources financières. Pour savoir, est-ce qu'on part sur un accompagnement de 5 séances, 10 séances, 3 mois, 6 mois ? Mais je pense que c'est possible. Mais voilà, attention, bien se renseigner sur la personne. Et effectivement, ça peut avoir un certain coût.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Et d'après... l'écosystème que tu connais bien, c'est quoi ? Pour donner une fourchette de prix ? Je sais que c'est un peu délicat, mais...
- Marion Borgne
Si, je peux te donner une fourchette. Dans de grandes villes comme la région parisienne, ça peut aller de 70 euros à
- Arnaud Manzanini
200. L'heure ?
- Marion Borgne
L'heure ou les trois quarts d'heure, ou même parfois la demi-heure.
- Arnaud Manzanini
J'étais vraiment pas cher quand je faisais ça. Mais j'étais juste certifié. Parfait. Un grand merci pour toutes ces questions. Un grand merci pour toutes ces explications. Est-ce que tu aurais une dernière chose ou une dernière astuce à partager aux auditrices, aux auditeurs en tant que professionnels ?
- Marion Borgne
J'aurais envie de dire aussi que la préparation mentale, ce n'est pas seulement pour le sport, mais ça peut être aussi pour trouver de l'équilibre dans sa vie, revenir à une pratique plus plaisir que souffrance. Et moi je rêverais par exemple aussi que la préparation mentale soit utilisée dans le cadre d'accompagnement de maladies, parce qu'être capable d'avoir un discours positif, on l'utilise chez les sportifs par exemple en cas de blessure pour revenir. Mais c'est vrai que la préparation mentale c'est quelque chose qui au-delà du sport nous aide à nous sentir mieux soi-même,
- Arnaud Manzanini
mais aussi avec les autres. Ça ne concerne pas que l'élite ?
- Marion Borgne
Oui, pas que aussi à un niveau individuel, mais ça peut être aussi dans les relations interpersonnelles avec les autres. En tout cas, c'est ce en quoi je crois. Merci de m'avoir invité.
- Arnaud Manzanini
Un grand merci à vous deux. Je vous donne rendez-vous très prochainement pour un nouvel épisode sur l'aspect santé, mais aussi tout sans sel, avec Loïc Lecaud, JP sur la mécanique. Et puis, le prochain sujet de cette capsule sera la psychologie du sport au quotidien. Et promis, je vous raconterai tout sur ma rencontre avec Daniel Arif. À très bientôt. Merci à vous.