- Arnaud Manzanini
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- Marion Borgne
Salut Arnaud !
- Arnaud Manzanini
Je suis ravi de te retrouver à nouveau pour un nouvel épisode du podcast Tous en Sel. On va parler des datas, donc c'est dans la continuité en fait de l'épisode précédent. Si vous ne l'avez pas encore écouté, je vous invite à retourner sur l'épisode avec Marion sur la charge mentale. on avait évoqué dans la charge mentale un léger passage sur... les datas, le stress que pouvaient entraîner les datas dans la charge mentale. Là, on va vraiment faire un focus justement sur la charge mentale, ce qu'on appelle le technostress et le syndrome de l'imposteur qui en découle. Mais avant de rentrer dans cet épisode, Marion, est-ce que tu peux te présenter, s'il te plaît ?
- Marion Borgne
Oui, avec plaisir, Arnaud. Alors, je suis psychologue clinicienne, psychologue du sport et ce qu'on appelle aussi de la performance. Et j'ai eu l'occasion d'accompagner différents publics, différentes disciplines sportives. Je suis moi-même sportive, je peux le dire.
- Arnaud Manzanini
Tu peux, je confirme.
- Marion Borgne
Mais voilà, je fais quelques kilomètres. Et puis c'est très important pour moi de parler de santé mentale et de parler de santé mentale avec le sport. C'est souvent associé à quelque chose de très positif, c'est le cas. Ça peut être un très bon levier de développement de soi. Mais il y a aussi quelques problématiques qui peuvent rendre vulnérables et ça me semble important. d'en parler ensemble.
- Arnaud Manzanini
On va en parler justement. C'est vrai qu'avec Marion, on a déjà fait plusieurs épisodes ensemble. On se connaît depuis 3 ou 4 ans, je crois, un premier épisode autour de la bigorexie. Puis il y a eu de nombreuses autres interventions. C'est pour ça que j'ai sollicité justement Marion pour nous parler de cette pression des données, technostress et du syndrome de l'imposteur. Alors aujourd'hui, les datas, j'allais dire, on en a partout. La preuve, j'ai une montre connectée, j'ai mon iPhone, tout est à proximité, j'ai mes notifications qui m'informent pendant qu'on discute de telle ou telle chose qui s'affiche sur mon écran. Comment tu pourrais donner, Marion, toi qui es professionnelle, qui es légitime, une définition ? Si, si, tu l'es, je te vois, sinon tu ne serais pas là. Une définition de la... Techno-stress, tu vois ?
- Marion Borgne
En fait, ce qui est un peu fou avec la pratique sportive maintenant, c'est que quand on pratique du sport, on produit de la data. On produit des données.
- Arnaud Manzanini
J'allais dire involontairement, presque, parce que...
- Marion Borgne
Alors, on peut encore faire du sport sans produire de données. Ça veut dire sans avoir de matériel qui mesure, puisque la data, les données, c'est des mesures qui sont prises.
- Arnaud Manzanini
Mais est-ce que le fait de ne serait-ce que partir juste écouter de la musique avec ton iPhone ou avec un smartphone... Quelque part, ça enregistre presque ton parcours. Ça pourrait te dire que tu as fait tant de pas aujourd'hui, parce qu'aujourd'hui même, sans le vouloir, tu as ton téléphone toujours avec toi. Tout à fait.
- Marion Borgne
On produit de la donnée, effectivement. Tu te dis en fin de semaine,
- Arnaud Manzanini
bravo, tu as fait 15 000 pas, dont une moyenne quotidienne de 7 500 par jour, bref. Et là, tu te dis, mais comment il sait tout ça ?
- Marion Borgne
Et en fait, le fait de produire constamment de la donnée, parce qu'on produit toujours de la donnée, même... Je me souviens de mon grand-père, il y a 25 ans, il rentrait de sa sortie vélo, il écrivait dans un petit carnet le nombre de kilomètres, où est-ce qu'il a été. Avec une date, il a produit de la data.
- Arnaud Manzanini
L'ancêtre de ce travail était le carnet de notre... Voilà,
- Marion Borgne
et ça permettait de suivre une évolution. Mais c'était extrêmement différent. Des datas aujourd'hui qui se rapprochent beaucoup plus des datas des sportifs de haut niveau. On peut mesurer la puissance, la vitesse. la cadence, toutes ces choses-là.
- Arnaud Manzanini
Le rythme du sommeil.
- Marion Borgne
Oui, et après, effectivement, tout ce qui est données de santé, où on a l'impression que c'est plutôt quelque chose de positif, qu'on fait pour soi et qui va nous permettre de nous améliorer. Là aussi, on se rapproche d'un fantasme d'être quelqu'un d'extrêmement sain, avec un rythme de vie extrêmement sain, d'être très équilibré. Et en fait, il y a un fil très, très, une limite très ténue entre... trop s'intéresser à sa santé et vouloir la contrôler. et basculer justement dans un déséquilibre parce qu'on va mettre trop d'attention sur les datas et beaucoup moins sur l'expérience qui est vécue. Et on va dire que c'est pour ça, c'est là où, si tu la limites pour moi, les datas, c'est quelque chose qu'on va regarder, c'est un niveau de performance. Mais en fait, ce qui compte vraiment, c'est ce qu'on a ressenti, c'est l'expérience vécue.
- Arnaud Manzanini
Je souris parce que c'est vrai que j'ai parlé beaucoup, beaucoup de data. Moi, c'est un sujet... qui me passionne moins, je reconnais, mais qui m'a beaucoup intéressé. J'avais même projeté il y a une dizaine d'années peut-être. J'avais commencé à travailler avec... Alors ça, j'en ai rarement parlé, donc c'est peut-être un scoop pour beaucoup, mais j'ai travaillé avec IBM sur un programme qui voulait s'appeler « Le cycliste du futur » sur une traversée de Race Across America où j'avais projeté d'y retourner, mais équipé de capteurs. justement avec de la data et pour aller sur de la prédictibilité, de savoir à quel moment j'aurais soif, à quel moment je devais dormir, enfin bref, j'avais travaillé sur ça et donc la data m'a toujours très intéressé, puis après le Covid est arrivé, et voilà. et aujourd'hui je rigole parce qu'on en est même arrivé à des alertes c'est à dire que moi régulièrement les matins j'ai mon smartphone ou ma montre qui m'a dit qu'aujourd'hui il faut te peser en fait donc ce que je ne fais pas elle me le rappelle le jour d'après ce que je ne fais toujours pas donc elle me re-rappelle le jour d'après tu vois la notification qui s'affiche et donc on est toujours contraint par euh... On te rappelle effectivement que tu dois te peser, on te rappelle que ta moyenne est plus basse, ou alors que tu as fait un PR aujourd'hui, c'est très bien, tu dois te sentir très très fort, tu ne te pensais pas très fort aujourd'hui, mais finalement, bref, toutes ces notifications, je trouve que ça tend effectivement, mais c'est un stress qui n'est pas... Tu vois, quand j'enchaîne une notification, ça ne me stresse pas comme ça.
- Marion Borgne
On ne se rend pas compte.
- Arnaud Manzanini
Mais par contre, probablement que dans l'inconscient, il se passe des choses.
- Marion Borgne
C'est ce qui est assez... presque pervers justement dans les nouvelles technologies. Loin de moi l'idée de vouloir diaboliser les nouvelles technologies. Elles sont utiles pour beaucoup de choses, mais dans la pratique sportive, elles permettent, elles amènent un contrôle quasi de toutes les données, que ce soit pendant l'entraînement, mais autour de l'entraînement aussi. Et en fait, l'humain, on est très friand de données très précises. plutôt que d'inconnus, de mystères, de plutôt mes ressentis, parce qu'on a du mal à se faire confiance. Et effectivement, quand tu dis, voilà, tu vas avoir un rappel, il faut se peser, là, ça va être de l'injonction. Moi aussi, à une époque, quand je mettais ma montre, elle me disait, ah, levez-vous. Oui, c'est vrai,
- Arnaud Manzanini
c'est vrai. Je ne suis pas un petit chiot qui me dit,
- Marion Borgne
il faut faire ça. Oui, levez-vous, je trouvais ça fort quand même. Donc voilà, tu vois bien que j'ai une montre. Oui, tu as changé,
- Arnaud Manzanini
je vois.
- Marion Borgne
Ne serait-ce que l'injonction de devoir tout le temps mettre de l'énergie dans ces outils-là. Oui,
- Arnaud Manzanini
parce que tu programmes les calories et donc effectivement, on te dit au milieu de journée, tu vas presque y arriver et continue, tu es dans la bonne direction. Je vois tout à fait ce que tu veux dire. Moi j'ai même effectivement des alertes sur le sommeil. Parce que quand tu gardes ta montre connectée la nuit, elle enregistre toutes tes pulsations, tous tes mouvements. Et le matin, elle te donne un score. Donc peut-être qu'il y a des matins où tu te lèves et tu te dis, ça va être une bonne journée. Et là tu reçois une notification qui te dit, vous avez très mal dormi cette nuit. Ah, j'ai mal dormi ? Comment ça j'ai mal dormi ? Et tu regardes dans le détail, effectivement tu vois, tu te ramasses. Donc je vais avoir un coup de mou dans la journée. et ça... Je comprends ce que tu dis, ça induit forcément un changement de comportement.
- Marion Borgne
Oui, c'est là où pendant une courte période ou une période planifiée, ça peut être intéressant pour mesurer. Et c'est ce qui était plutôt le cas avant, effectivement. Et puis même pour les sportifs de haut niveau, je me souviens quand je travaillais dans l'athlétisme il y a quelques années, les datas n'étaient pas omniprésentes. Et puis il y avait des entraîneurs plutôt à l'ancienne sur du ressenti. Et puis après, on a commencé à mesurer. Il me semble que ça s'appelle le HRV, c'était les pulsations au réveil. Et puis des athlètes étaient très réticents parce qu'ils avaient envie de dire « Non, mais en fait, mon entraîneur, il n'a pas besoin de savoir » . Et on disait, on essayait de les convaincre, c'était pour mesurer leur état de forme et pour optimiser l'entraînement. Donc, à la limite, que ce soit sur une période, par exemple pour le sommeil, quand il y a des troubles du sommeil, ça va être très intéressant. Par contre, quand c'est quelque chose qui est dans le quotidien, et qui est quasiment sur tous les domaines de la vie, que ce soit la nutrition, le sommeil et évidemment les entraînements. Là, on se rapproche beaucoup plus de l'injonction que de la liberté personnelle et du plaisir de la pratique sportive.
- Arnaud Manzanini
Parce que tu as même effectivement maintenant des applications qui calculent tes calories et qui te disent ce que tu dois manger, quand tu dois le manger. Donc, il y a un peu de tout. Mais moi, vraiment, le constat que je fais sur la technostress et les datas... C'est que j'ai fait beaucoup d'épisodes avec des grands champions, parfois. Et généralement, moi, en tout cas, ce que j'ai constaté, c'est... Alors là, je parle pour moi. Plus ton niveau est faible, plus t'es proche des datas. Parce que ça te rassure, en fait. T'essaies de contrôler quelque chose et de voir comment tu progresses. Mais tous ces grands champions et ces grandes championnes, la plupart, les datas, ça ne les intéresse pas du tout. Parce qu'elles sont sur le ressenti, elles sont sur les qualités physiologiques. Et le petit truc, en plus, qu'ont les championnes et les champions, très clairement.
- Marion Borgne
Oui, une motivation très très forte.
- Arnaud Manzanini
Et n'ayant pas ça, Je me rapproche de mes datas.
- Marion Borgne
Mais ça rassure en fait. Exactement. Ça rassure, ça permet aussi... Justement, quand je dis ça rassure, ça agit vraiment au niveau de la régulation des émotions. Ok, je dois faire ça aujourd'hui, je fais ça, j'ai un plan très précis, j'ai suivi le plan, je peux être content de moi. Alors qu'en fait, est-ce que vraiment c'est ça qui va faire que je suis content de moi et de la personne que je suis ? Et c'est là où je trouve intéressant, on peut utiliser la data. Il ne faudrait pas que ce soit la data qui nous utilise ensuite. Mais rester conscient de ce qu'on ressent, de ses propres besoins. Et le risque avec une surutilisation ou une utilisation permanente, c'est de ne plus être conscient de son ressenti, de ne plus être conscient de sa fatigue, de ses envies de manger. les personnes que je reçois et qui ont des troubles du comportement alimentaire, il y a tout un travail qu'on fait sur la sensation de faim. Les quantités, les personnes qui font des préparations pour des courses d'ultra, c'est vrai que pour la course, le plan alimentaire compte quand même beaucoup. Et ça peut devenir une obsession bien en amont et créer des troubles.
- Arnaud Manzanini
Et créer des troubles, c'est-à-dire pour l'après-événement ?
- Marion Borgne
Même déjà pendant la préparation, avoir une conduite qui devient en psycho obsessionnelle. On va beaucoup y penser, comme sur la question de la charge mentale, fatigue mentale. On parle d'un sujet qui envahit l'espace mental. Quand par exemple la nutrition va envahir l'espace mental, ça va créer un déséquilibre, et du coup un mal-être, un trouble. Donc là, ça peut être les données qui sont produites avec chaque entraînement. On va beaucoup y penser, souvent on va vouloir beaucoup se comparer.
- Arnaud Manzanini
En tout cas dans le sport l'utilisation de la data peut-être pour t'améliorer ou progresser mais aussi et surtout pour te comparer
- Marion Borgne
Même sans le vouloir parce que moi j'utilisais plutôt j'ai mon petit niveau entre Marion et Marion ça ne concerne personne d'autre et je vois comment je progresse par rapport à la semaine précédente Mais en fait, sans le vouloir, sur les applications, on est comparé avec les autres personnes du réseau, du club.
- Arnaud Manzanini
Et tu peux te comparer à toi-même. On se compare à soi-même aussi. L'exemple, tu vois, j'ai roulé le week-end, j'étais en Saône-et-Loire chez mes parents et il se trouve que ce n'était pas prévu, comme quand on se prépare psychologiquement, ce n'était pas prévu à ce que je fasse un PR parce que j'étais sorti vraiment juste. Juste pour m'oxygéner le cerveau, et puis il se trouve que, comme je t'ai dit sur cet épisode précédent, je sais plus, j'attaque l'ascension, et là mon compteur m'affiche, tu es en avance de 3 secondes sur ton PR. Ah ouais, je suis en avance de 3 secondes sur mon PR, ah bah je vais garder mon braquet, je vais enlever une dent, et vas-y, j'avais pas envie de le faire, mais j'ai commencé à mettre de l'intensité dans cette bosse. Et il se trouve que je bats mon PR. Alors que pourtant, je ne pense pas du tout avoir la forme. Eh bien, en arrivant chez moi, qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai été me comparer à moi-même. C'est-à-dire que j'ai regardé et ça m'a dit, tiens, ça fait 11 fois que tu as fait cette ascension. Ok, ça fait 11 fois, très bien. Et donc là, j'ai fait mon PR, mais par rapport aux autres fois. Et donc, je me suis comparé à moi-même. Ridicule. Là,
- Marion Borgne
en l'occurrence, on pourrait se dire, bon, il y a eu quelque chose de positif parce que ça t'a poussé.
- Arnaud Manzanini
à aller un petit peu plus loin. Ça m'a flatté. Finalement, je ne suis pas tant en méforme que ça. Et après,
- Marion Borgne
il se passe quoi ? Là, tu as dit un mot clé, flatté. C'est là qu'on va parler de la notion d'ego, d'estime de soi.
- Arnaud Manzanini
J'ai un ego mal placé, je sais.
- Marion Borgne
On a tous ce qu'on appelle l'ego ou le moi. On a envie qu'il soit plutôt positif. On a envie plutôt d'être une bonne personne, qui fait plutôt bien les choses. Et c'est vrai que quand on commence à pratiquer une activité sportive, et notamment le cyclisme qui demande beaucoup d'heures, beaucoup de temps de vie consacré à la pratique, cette part de moi a besoin de se sentir performante. Tu vois,
- Arnaud Manzanini
c'est de se comparer. Là, on parlait de se comparer, mais là, ce n'était pas de se comparer aux autres. C'était je me suis comparé à moi-même. C'était le truc incroyable.
- Marion Borgne
Mais c'est cette chose-là qui est de devenir la meilleure version de soi. Une phrase que je déteste parmi tant d'autres, mais déjà dans l'antiquité grecque, les philosophes parlaient de ça, de la perfectibilité de soi-même. Maintenant, on en parle, ce qui me vient, je trouve un peu plus dérangeant, c'est souvent allié avec des produits à acheter.
- Arnaud Manzanini
Ah oui, des compléments alimentaires, tu veux dire ?
- Marion Borgne
Voilà, ou même des marques qui vont avoir des slogans un peu mantra comme ça.
- Arnaud Manzanini
pour avoir plus de pouvoir.
- Marion Borgne
Non, en fait, on peut être fier de soi et faire des grandes choses.
- Arnaud Manzanini
Tu parles du marketing sportif, on n'est pas dans le dopage, c'est ça que je veux dire. Pour les gens qui nous écoutent, voilà, c'est vraiment, prenez telle ou telle marque parce que ça va vous permettre de booster votre énergie. Oui,
- Marion Borgne
puis avec des états d'esprit, comme dit cette chose-là, la meilleure version de soi-même, parce que je l'entends beaucoup, on est tous les jours différents, en fait. On est vivant, les datas, c'est proche de la technologie. La technologie, ce n'est pas humain, en fait. Et nous, on est des humains.
- Arnaud Manzanini
C'est vrai qu'on va dans un monde de robots, probablement, vers l'avenir. Je vois ce que tu veux dire. Mais c'est quoi la solution ? Alors, pour ne pas être victime de la technostress, du technostress, c'est quoi ? On enlève nos mondes connectés ? On désactive nos téléphones ? Quel conseil, toi, en tant que professionnelle, Marion, tu peux nous partager ? Parce que je pense que ça intéresse beaucoup, beaucoup d'auditrices et d'auditeurs.
- Marion Borgne
Alors... Pour commencer tranquillement, j'ai envie de dire déjà faire une sorte d'état des lieux. Où est-ce que j'en suis par rapport aux outils que j'ai qui mesurent tel et tel paramètre ? Parfois, on s'est mis à certains outils sans vraiment s'en rendre compte. Une application qu'on a upgradée et puis finalement, il y a plus de... Donc déjà, faire une espèce d'audit de soi-même et de son rapport avec les technologies et de faire un constat. Ensuite, de revenir à, de mettre en parallèle ce constat avec, en fait, quels sont mes objectifs à moi ? Qu'est-ce que je veux, moi, finalement ? Effectivement, si c'est une préparation de course, il y a des courses, même juste pour être finisheur, il faut avoir un bon niveau. Donc, ça nécessite de regarder quand même quelques datas. Mais après, de choisir aussi, qu'est-ce qui va, moi, m'intéresser ? Est-ce que c'est plutôt la vitesse ? Moi, j'ai toujours été plutôt motivée par le kilométrage ou faire des nouveaux parcours, par exemple. Ça, c'était un peu à l'ancienne, mais j'avais ma carte papier. Je mettais en fluo les endroits où j'étais. Le but du jeu, entre moi et moi-même, c'était qu'il y ait plus de parcours. Et ça, c'était du coup en dehors d'une application. J'avais envie d'avoir ce rapport encore avec quelque chose d'extérieur à moi.
- Arnaud Manzanini
Je crois qu'il y a une application d'ailleurs qui existe. Elle était couplée avec mon Strava. Chaque fin de sortie, elle me disait combien de pourcentages j'avais exploité. dans la ville par exemple ou dans la région. C'était génial ça parce que je ne sais plus pourquoi d'ailleurs c'est plus synchronisé mais à chaque fin de sortie je savais que sur cette ville ou cette région j'avais couvert 2% des routes ou j'étais à 80% des routes et je trouve que c'est vachement intéressant ça te permet d'aller découvrir ou d'avoir l'envie, la curiosité d'aller voir ailleurs.
- Marion Borgne
Là justement la data peut nous amener plutôt à nourrir son esprit d'aventurier plutôt que Merci. de performeur pur sur des watts, tout simplement. Donc j'aurais envie de dire premièrement cette audite, de qu'est-ce qui est à ma disposition, qu'est-ce que j'utilise. Ensuite, faire le lien entre mes objectifs, moi ce que je veux vraiment et ce dont j'ai besoin. Et accepter là de se débarrasser de certaines choses ou de se concentrer que sur certaines datas et pas d'autres. Aussi, un exercice que je propose, je sais que les personnes serrent les dents quand je dis ça c'est de faire de temps en temps une sortie sans l'enregistrer sur une application sans l'enregistrer ça m'a interpellé sans
- Arnaud Manzanini
l'enregistrer ça ne sera pas mon kilométrage annuel pire on va me dire elle n'existera pas Tu sais que j'ai déconnecté. Enfin, j'ai déconnecté. Alors ça, je trouve ça très intéressant. Parce que ça t'amène à avoir une réflexion sur pourquoi tu fais du vélo, en fait. Est-ce que c'est pour alimenter ton Strava ou d'autres applications ? Sur ton kilométrage annuel ? Ou est-ce que c'est juste parce que toi, t'as envie de faire du vélo ? Ça, je trouve ça vachement intéressant. Mais tu sais que maintenant, je mets mes sorties en cachet. C'est-à-dire qu'il y a des gens que je croise qui me disent « Mais tu fais plus de vélo, hein ? » Ben si, je... Ben non, t'as plus rien sur ton Strava. Ben parce que je les mets pas en public. Parce que j'ai eu des retours, j'ai eu des retours, là aussi ça fait probablement partie... Oui, des commentaires. Des commentaires en disant, en fait, t'étais le roi d'Ultra, maintenant t'es le roi des sorties courtes.
- Marion Borgne
Et là, on bascule dans les commentaires incessants de tout ce qu'il fait. J'ai plus le temps,
- Arnaud Manzanini
en fait, j'aimerais faire des sorties de 120 bornes, j'aimerais, j'aimerais, mais j'ai des tas d'autres choses à faire qui font que je peux pas prendre 4 heures, 5 heures dans ma journée comme je le prenais avant quand... J'avais une parenthèse de ma vie qui ne permettait de faire que ça. Donc maintenant, je l'ai... Mon travail uniquement...
- Marion Borgne
Oui, ton journal de bord.
- Arnaud Manzanini
Mon journal de bord, comme tu l'avais dit avant, c'était du papier. Moi, j'ai eu le carnet papier, effectivement. Je mettais mon kilométrage, ma durée, je mettais la météo, je m'en rappelle.
- Marion Borgne
C'est un exercice que je propose en séance de faire un carnet.
- Arnaud Manzanini
et décrier les ressentis aussi je l'ai retrouvé d'ailleurs il n'y a pas longtemps et je me suis rendu compte que j'avais une charge d'entraînement qui était très importante et bien je l'ai enlevé suite à des commentaires qui n'étaient pas forcément bienveillants et je ne m'en porte pas plus mal mais c'est vachement intéressant ce que tu dis de juste sans l'enregistrer j'aimerais bien avoir vos retours d'ailleurs n'hésitez pas Aujourd'hui, tu vois, je ne sais pas si je pourrais faire une sortie sans l'enregistrer, même en caché.
- Marion Borgne
Moi, je charrie des amis qui font beaucoup de vélo. Elle n'existera pas. Je fais une sortie sans la mettre.
- Arnaud Manzanini
Cap ou pas cap ?
- Marion Borgne
Et ce n'est pas évident. Ce n'est pas évident. Et puis justement, quand on se retrouve après à se justifier auprès des personnes qui te suivent ou auprès d'autres personnes, là, ça devient quand même problématique. En fait, on fait une activité, et même les sportifs de haut niveau maintenant sont surveillés.
- Arnaud Manzanini
Là, c'est un autre niveau, c'est le cas de dire.
- Marion Borgne
Et justement, le danger, le risque des données permanentes, des mesures permanentes finalement, c'est de perdre notre aspect naturel, humain, spontané en fait.
- Arnaud Manzanini
Parce qu'il y a des personnes, et ça, ça peut surprendre, mais il y a des personnes qui, même si toi, tu n'analyses pas ta sortie, Il y a des personnes qui vont l'analyser pour toi. Moi, je connais des personnes qui vont regarder et qui me disent « Oh, t'as vu la charge d'entraînement, les watts sur tant de temps ? » Et moi, je me dis « Mais moi, j'ai pas le temps, faites-le analyser l'entraînement des autres, j'analyse pas les miottes, tu vois ? » Donc oui, oui, là, je comprends totalement le stress autour de ça. Totalement.
- Marion Borgne
Ça me fait penser à la dernière course d'Ultra où j'ai pris le départ. Une personne, on se suivait parce qu'on s'était croisés sur une course précédemment. Une demi-heure avant le départ. Donc j'avais déjà l'estomac un peu noué quand même. Il me dit, ah ben j'espère que t'as roulé plus que ce qu'il y a écrit sur ton compte. J'étais là, ouais, T'as pas mis de toutes tes sorties. C'était dur.
- Arnaud Manzanini
C'est vrai qu'on devrait noter les remarques comme ça.
- Marion Borgne
Et une demi-heure avant la course, où moi je me suis battue mentalement, vraiment pour prendre ce départ. Il y a plein de données qui n'étaient pas parfaites du tout dans mon setup, mais j'y suis allée quand même. Et puis ce petit pic d'avant, et puis après des petits pics aussi pendant.
- Arnaud Manzanini
Alors on n'ira pas sur le pic du casque qui était... Je le garde pour plus tard, mais celui-ci, je ne l'avais jamais entendu.
- Marion Borgne
Mais qui me dit, j'espère que tu as fait plus de sorties que ça.
- Arnaud Manzanini
Donc tu vois, les gens vont voir effectivement. Maintenant, en fait, ce stress autour des nouvelles technologies font que c'est un stress, ne serait-ce que ta donnée. Elle est un stress de toi comparé à toi-même. Mais en plus, il y a d'autres personnes qui vont voir ta donnée et qui se permettent de la commenter. Et donc, ça génère des doutes, de l'anxiété, des questionnements. Et à quel moment, parce que c'est aussi un des sujets de l'épisode, à quel moment ça bascule sur le syndrome de l'imposteur ? On commence à l'impact. On commence la data. provoque ou engendre ou renforce ce syndrome de l'imposteur ?
- Marion Borgne
On va tous avoir un système de croyance que si je roule à telle vitesse ou si j'arrive à faire tel type de sortie, kilométrage, cadence moyenne, là je serais bon ou là je serais très bon.
- Arnaud Manzanini
Je me reconnais dans ce que tu dis.
- Marion Borgne
Voilà. Ou là j'ai le droit de dire que je fais du vélo. et cette pensée là justement et moi ça m'arrive très régulièrement est-ce que je dis que je fais un peu de vélo je dis je fais un peu de vélo on me dira mais tu t'as fait quoi ah mais non t'en fais vraiment du coup je dis non mais tu sais je roule pas vite j'ai besoin de me justifier parce que on risque toujours d'être abîmé par une remarque donc le syndrome de l'imposteur c'est effectivement se dire en fait je ne suis pas encore je ne vaux pas telle donnée et tel niveau Tu mérites pas Et je ne mérite pas. Et donc, c'est très relié à la question de l'estime de soi. Et c'est dommage parce que je pense que l'activité physique, c'est plutôt quelque chose qui augmente ce qu'on appelle la capabilité. Ce n'est pas un joli mot, mais c'est le fait de se sentir capable et puissant, avoir du pouvoir sur le monde et sur l'environnement. Et ça, c'est plutôt quelque chose de très positif chez les humains. Et le syndrome de l'imposteur, c'est se dire, en fait, voilà, je ne vaux pas.
- Arnaud Manzanini
Alors ça, on le retrouve. Avant une épreuve, je retrouve souvent chez les femmes, je parle de la longue distance, parce que je ne veux pas parler des courses professionnelles, je parle vraiment de monsieur et madame tout le monde qui veut faire de la longue distance. Et bien, ce que l'on constate, nous, c'est que les filles ne se sentent pas capables, donc ne s'inscrivent pas sur des longues distances alors qu'elles sont totalement... on a des exemples où il y a des grosses performances qui ont été faites par des filles, mais il y a toujours, en tout cas, une femme se pose plus de questions qu'un homme. Un homme, lui, capable ou pas capable, il pense qu'il est capable. Il pense que ça va le faire. Ça va le faire. Combien de mille bornes ? C'est bon, je vais le faire. J'ai le mental.
- Marion Borgne
Là, on est dans un prisme...
- Arnaud Manzanini
Une femme, elle, va se dire, mais est-ce que j'en suis capable ? Je ne suis pas sûr que j'en suis capable. Et alors, ça a aussi un impact dans la stratégie. On en parlait en déjeunant à midi sur la gestion du sommeil, la gestion de l'effort, le fait de s'écouter. Mais en tout cas... Dans le syndrome de l'imposteur, on le ressent beaucoup dans les femmes qui veulent se lancer sur la longue distance, c'est qu'elles doutent énormément, alors qu'elles ne devraient pas. Je ne dis pas qu'elles ont raison, bien au contraire. Elles sont tout à fait légitimes, mais entre un homme et une femme, dans le syndrome de l'imposteur et dans la longue distance, une femme va se poser la question, un homme va aller droit dans le mur, il va être convaincu qu'il est capable de le faire. Une fille, elle, va se dire, est-ce que j'en suis vraiment capable ?
- Marion Borgne
Et c'est le cas, tu parles des femmes, mais aussi de ce qu'on appelle les minorités. Des personnes qui ont un handicap, des personnes, une minorité en tout cas, sociétale, vont se sentir malheureusement moins capables qu'un homme blanc.
- Arnaud Manzanini
Là, on rentre dans des trucs...
- Marion Borgne
Et voilà, on le voit sur des statistiques, on le voit sur... On ne parle pas aujourd'hui de blessures, mais sur la blessure et la médecine. Et donc c'est vrai que les questions de data, même moi, quand je m'intéresse aux articles scientifiques qui sont publiés sur le cyclisme, si je cherche des choses sur les femmes spécifiquement, il y a très très peu d'articles qui concernent le cyclisme ultra-distance chez les femmes.
- Arnaud Manzanini
Il n'y en a pas même.
- Marion Borgne
Non.
- Arnaud Manzanini
Non, mais c'est sûr.
- Marion Borgne
Et on ne produit pas de données là-dessus.
- Arnaud Manzanini
Je me souviens, j'avais fait, à qui j'ai posé une question. Je pense que c'est tout au début où j'ai lancé les racecross et j'en parlais aux médecins qui me suivaient quand j'étais à haut niveau et je lui disais il paraît que, il semblerait que. Et il m'a dit mais attends je vais t'arrêter tout de suite Arnaud, tu peux me dire ce que tu veux, il n'y a jamais eu d'études. Donc ce que tu dis c'est peut-être ce que tu penses ou ce que tu as pu observer mais scientifiquement il n'y a rien qui a été fait. Et c'est comme les plans d'entraînement et ça j'en avais parlé avec Loïc. Je compare le cerveau de l'imposteur, la différence homme et femme. Aujourd'hui, beaucoup de plans d'entraînement sont faits. sur des expériences basées avec une population masculine. Et tu peux pas faire un plan d'entraînement pour une femme comme tu le fais pour un homme. Si tu fais ça en tant que coach, change de métier en fait, parce que c'est pas possible. Et aujourd'hui, ça commence à bouger autour de ça. Aujourd'hui, il commence à y avoir déjà des femmes qui se lancent en tant que coach, c'est très bien, et donc qui sont capables de dire, je vais pas te faire un copier-coller de Jean-Jacques qui a 52 ans, à toi qui as 24 ans, ça n'a rien à voir. Ça, ça commence à bouger sur ça.
- Marion Borgne
Oui, on le voit à l'INSEP d'ailleurs, il y a de plus en plus d'études sur l'impact du cycle menstruel sur l'entraînement. Et ça, c'est vrai que c'est un bon exemple qui va avec notre sujet des datas, c'est que pour se protéger un petit peu du risque de stress par rapport aux datas, c'est de revenir à ses ressentis, à ce qu'on ressent vraiment dans son corps, à son état de forme. Et quand on commence à avoir... Voilà, besoin de sa montre pour savoir si on a bien dormi. Non, normalement quand on ouvre les yeux, les premières minutes et qu'on se lève, on sait si on a bien dormi ou pas.
- Arnaud Manzanini
J'ai une année de myote sur ça. Tu sais, j'ai longtemps eu un bracelet, un bracelet whoop. Tu sais, ce bracelet qui te dit si t'as bien dormi, pas bien dormi, des conseils. Mais j'ai arrêté en fait, parce que ça faisait deux ans qu'il me disait que j'étais en manque de sommeil. Donc au bout d'un moment, je me suis dit, c'est bon. Je sais en fait, je sais que je suis à 60% de ce que je devrais dormir. Donc j'ai arrêté mon abonnement. Voilà, mais donc je comprends parfaitement ce que tu veux dire sur la gestion du sommeil, les datas qui t'alimentent, qui t'alertent, complètement, complètement.
- Marion Borgne
Vraiment, il s'agit de trouver pour moi le juste milieu entre les outils qui me servent à quelque chose et les outils qui sont inutiles et qui vont plutôt créer, au contraire de la charge mentale. On parle de charge mentale dans un autre épisode, mais les datas font vraiment partie de la charge mentale maintenant dans justement le cyclisme et l'ultracyclisme. Parce qu'il y a beaucoup de types de mesures différentes auxquelles on n'avait pas accès avant, qui étaient réservées aux sportifs de haut niveau. Maintenant, on se retrouve à se comparer. Je me souviens, quand je suis allée à Bologne, j'avais les temps quand le Tour de France y est passé, dans la montée. Je ne pensais pas à un moment donné me mettre une telle pression. Et puis, c'est des outils qu'on n'avait pas du tout avant. On ne pouvait pas se comparer avec l'incomparable. Donc, pouvoir effectivement se dire, bon, ça, ça m'est utile, ça, ça me rajoute une charge mentale. Je pense qu'on a toutes et tous bien assez de charge mentale sur tous les autres sujets.
- Arnaud Manzanini
Et quel conseil tu pourrais donner sur le syndrome de l'imposteur ? Est-ce que c'est la continuité de ce que tu viens de dire ? En fait, comment on a tous, je pense que chaque auditrice et chaque auditeur, à un moment donné... se sont dit, je ne suis pas à ma place. Je pense que c'est arrivé à tout le monde. À un moment donné, quelque soit le cas, de se dire, je ne suis pas à ma place, ou je ne mérite pas, ou en tout cas, on se rabaisse. Et là, en l'occurrence, sur le cyclisme, qu'est-ce que tu pourrais partager ?
- Marion Borgne
J'aurais envie de dire que c'est l'occasion de revenir un petit peu à qui je suis et qu'est-ce que je veux faire et quel sens j'y mets, quel sens ça a pour moi. et aussi de se rappeler d'où on vient. Qu'est-ce qu'on a comme qualités et défauts depuis notre naissance ? Parce qu'on a aussi des forces et des faiblesses. Mais d'où on vient ? D'où on vient aussi en termes d'environnement familial, social ? Et qu'est-ce qui a créé nos motivations de maintenant ? Et là, on revient vraiment au sens profond. qu'est-ce qui fait qu'on fait cette activité-là ? Et c'est ce qu'on appelle la motivation intrinsèque. C'est ce qu'on ressent vraiment, je mets la main là, parce que c'est ce qu'on ressent dans le cœur, dans les tripes. Et c'est vrai qu'avec l'image qui est omniprésente et la comparaison, la motivation peut malheureusement vite devenir ce qu'on appelle extrinsèque, venir de l'extérieur. C'est-à-dire qu'il fait pour les autres. Oui, pour se comparer, pour être aussi bien qu'eux. Maintenant, il y a une forte banalisation de faire des courses assez quand même extrêmes, que peu de gens sont capables de faire en fait. Et ça paraît être normal de dire « Ah ben j'ai un an pour préparer un triathlon XL » . Bien sûr, non pas du tout, c'est quelque chose de spécial. Donc, revenir, prendre ce temps-là, et ce n'est pas évident, souvent c'est l'occasion aussi d'un travail vraiment d'introspection, qui je suis, d'où je viens. pourquoi en fait je veux faire ça ? Parfois c'est une frustration au travail qui va faire qu'on va avoir envie de se donner plus dans une activité physique, parce qu'on va être plus libre dans cette activité-là. Et du coup là, on va utiliser les datas, parce qu'on va pouvoir être effectivement plus maître de son projet. Là ça va être très positif. Mais oui, se rappeler le sens, le pourquoi.
- Arnaud Manzanini
Un grand merci Marion. On vous laisse à vos réflexions, à ce fameux pourquoi. Pourquoi vous faites ça ? Et vous saurez trouver toutes les réponses. N'hésitez pas à commenter également cet épisode, à le partager si vous l'avez trouvé inspirant. Et puis on vous donne avec Marion rendez-vous pour un prochain épisode du podcast Tous en Seine. Un grand merci.
- Marion Borgne
Merci, à bientôt.