- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Toute Puissante, le podcast des femmes qui veulent tout et qui l'obtiennent. Je suis Kauthar Trojet, votre hôte, fondatrice du club de pouvoir, coach exécutif de dirigeante et experte des dynamiques de pouvoir. Ici, nous pulvérisons le plafond de verre, un épisode à la fois. Bonjour et bienvenue sur ce nouvel épisode de Toute Puissante. Aujourd'hui, j'ai la joie de recevoir Thomas Burbidge. Bonjour Thomas !
- Speaker #1
Salut !
- Speaker #0
Alors Thomas, je suis ravie de te recevoir au micro de Toute Puissante. Je vais commencer par te présenter. Thomas, tu es le cofondateur de Kaleidoscope Horizon, un consortium de coachs et accompagnants-accompagnantes pour les entrepreneurs. hommes et femmes qui veulent combiner le développement de leurs entreprises avec un impact sociétal plus aligné avec leurs valeurs et les causes qui leur tiennent à cœur. Tu as récemment publié ton premier livre sur cette rencontre entre business et société, Sauver sa peau, sa boîte et la planète, un guide d'action écologique pour les entrepreneurs, masculins et féminins. Et aujourd'hui, on est là pour aborder un sujet que... Je vois très peu abordé de cette façon en tout cas, et qui est celui que tu abordes justement dans ton livre, avec l'angle de l'environnement. Comment avoir plus d'impact sociétal au travail ?
- Speaker #1
Eh oui, grande question, n'est-ce pas ?
- Speaker #0
Exactement. Et pour commencer, est-ce qu'on peut placer les choses dans leur contexte ? C'est quoi avoir de l'impact sociétal au travail, Thomas ?
- Speaker #1
Je trouve que c'est une bonne façon de commencer la discussion parce qu'on parle souvent de boîte à impact ou je cherche à avoir de l'impact sans pour autant exactement savoir ce que ça veut dire. Parce que des fois, on parle de l'impact écologique au sens où c'est le coût écologique, le poids écologique des choses. Des fois, on parle de l'impact comme un truc positif. Donc, je suis d'accord que ça vaut le coup qu'on le définisse. Moi, la manière dont j'aime bien parler de ce que c'est, c'est de nous repositionner dans une compréhension que j'appelle systémique. de quel rôle on joue avec notre taf. Donc, toi et moi, on est plutôt entrepreneurs, mais pour les gens qui nous écoutent, a priori, vous êtes une personne qui a un rôle spécifique au sein d'une entreprise. Donc, vous êtes au sein de tout un tas de processus, de relations humaines, d'objectifs, de machins. Enfin, voilà, il y a plein de choses qui gravitent autour de vous et qui font que vous avez une place au sein d'une entreprise. Mais cette entreprise, cette organisation dont vous faites partie, elle fait aussi partie d'un quelque chose de plus gros. Elle fait partie d'un écosystème, un écosystème humain, un écosystème naturel. Et en fait, il y a des dialogues qui ont constamment lieu entre ces trois différents niveaux. Il y a des dialogues qui ont lieu entre vous et l'entreprise, l'organisation dans laquelle vous êtes, vos pairs, vos collègues, vos managers. Il y a des choses qui se passent dans cette interaction, mais il y a aussi des choses qui se passent dans l'interaction entre l'entreprise, avec ses effets positifs, négatifs, toutes les conséquences de la production sur les écosystèmes et sur la société à laquelle on appartient. Et pour moi, avoir conscience de se poser la question de c'est quoi l'impact sociétal de mon travail, c'est de prendre conscience de ces dialogues et d'essayer de les influencer. J'ai l'impression que le mode par défaut, c'est de les ignorer. C'est de se dire, ben voilà, moi j'ai un taf, je vais au travail, je remplis mes objectifs, je fais ce qu'on me dit mon manager, ou alors c'est moi le manager et j'ai dit quoi faire. Mais on dézoome pas sur... c'est quoi le dialogue et les conséquences de cette activité quotidienne que je mène sur le monde qui nous entoure, sachant qu'il y en a forcément un, qu'on le conscientise ou pas, ce dialogue il existe. Et donc pour moi, commencer à réfléchir à avoir de l'impact sociétal au travail, c'est de se demander qu'est-ce qui se passe dans ce dialogue entre mon travail et mon entreprise, et la société, les écosystèmes dont on fait partie, pour ensuite orienter ce dialogue, orienter ses conséquences, selon les causes qui nous sont chères, les valeurs auxquelles on tient. et ce qui nous semble important à incarner dans le monde qui nous entoure.
- Speaker #0
Super Thomas, c'est vraiment important, je pense, de replacer le travail dans un contexte beaucoup plus large, ce que tu appelles justement cet écosystème. Ce que tu dis, qui est très juste, qui est que par défaut, on ne fait pas trop gaffe, on n'y réfléchit pas trop, soit parce qu'on n'en a pas conscience, soit parce qu'on se dit non mais c'est trop compliqué, ou parce que je n'ai pas d'impact, ou peu importe. Justement, pourquoi est-ce que c'est problématique de couper ce pont ? de ne pas voir plus loin que le bout de notre travail. Et on peut prendre l'exemple particulier de l'environnement et après tendre au reste, parce que je pense que c'est les mêmes mécanismes.
- Speaker #1
Bien sûr, bien sûr. En fait, ce qui est intéressant quand on commence à interroger ce dialogue, c'est que ça replace l'entreprise, l'organisation dont on fait partie, comme un maillon de quelque chose de beaucoup plus grand qui se joue. Et chacune de nos organisations est à la fois l'enfant de l'écosystème et de la société dont on fait partie, mais aussi le parent de cette même société. On hérite des choses, mais nos activités contribuent à refaçonner. la suite de la société et du monde dont on a hérité. Et si on prend l'exemple de l'écologie, qui est celui sur lequel j'ai travaillé pour le bouquin et sur lequel j'ai fait pas mal de travail de recherche, l'endroit où on se rend compte que c'est le plus problématique de ne pas se poser ces questions dans le cadre de notre entreprise, c'est qu'en fait, l'écologie, c'est une question de notre survie. C'est pour ça que le titre du livre, c'est « Sauver sa peau, sa boîte, et seulement ensuite sauver la planète » , parce que « sauver la planète » , c'est la phrase qui a été dite et redite, mais L'écologie, ce n'est pas une question de la survie de la planète, c'est une question de la survie de l'espèce humaine et des activités humaines dans le seul habitat qui nous permet de vivre la planète Terre. Et donc, ne pas se poser des questions sur c'est quoi le dialogue de mon travail, de mon entreprise avec l'écosystème naturel qui nous permet d'exister. Mais en fait, qu'est-ce qu'on fait ? On met notre propre activité, notre propre existence à risque. Il y a 100% des entreprises qui dépendent directement de ressources. naturelles, disponibles sur cette planète, qu'on peut travailler. Je prends un exemple, je pense que 100% des personnes qui nous écoutent travaillent sur un ordinateur aujourd'hui. Un ordinateur, ce n'est pas quelque chose qui apparaît comme ça sans rien consommer. Un ordinateur, c'est 800 kilos de matière première. C'est du cuivre, c'est des métaux rares, c'est du pétrole qui est devenu du plastique pour les touches, c'est du lithium pour les batteries. Tout ça, c'est des choses qui ont été minées quelque part par des êtres humains, souvent dans des mauvaises conditions de travail, malheureusement. qui ont été façonnés, qui ont été transportés d'un endroit à l'autre, et nous on se retrouve avec cet outil, on tapote sur les claviers, et on n'a aucune conscience de tout ce qui a été nécessaire pour l'avoir. Et du coup on en rachète un autre, Donc voilà, il y a une dépendance totale de nos boîtes au stock de matières premières, de ces ressources naturelles, sachant que l'immense majorité de ces ressources naturelles qu'on utilise, je nommais le cuivre, le lithium, et ainsi de suite, ça ne se renouvelle pas à l'échelle de nos vies, Ça ne se renouvelle même pas à l'échelle de... quelques siècles, ça se renouvelle sur des millénaires et des millénaires. Donc globalement, ce que notre société, elle fait, ça s'incarne par un jour dans l'année qui s'appelle le jour du dépassement. C'est le jour à partir duquel on consomme plus que la capacité de régénération de la planète. On se dirige petit à petit vers le fait que les ressources naturelles nécessaires pour faire tourner nos boîtes selon les ressources qu'on consomme vont vers zéro. Donc si on ne se pose pas la question de c'est quoi le dialogue de ma boîte, de ma façon de travailler avec tous ces enjeux-là, mais en fait, qu'est-ce qu'on fait ? on contribue et on court vers cette fin qui va arriver à un moment donné si on n'invente pas une autre manière de faire. Et donc, ça veut dire mon travail et mon entreprise est à risque de disparition. Et donc, se poser la question sur l'écologie, en tout cas, c'est se poser la question de comment je fais pour pérenniser dans le temps mon entreprise, mon travail, qu'on puisse faire quelque chose qui permet de durer pendant toute ma carrière déjà, mais aussi au-delà de ma carrière, si on tient à ce que le travail qu'on fait se... puisse se pérenniser.
- Speaker #0
Magistrale. Et du coup, j'ai une question qui me vient parce que, et je me fais l'avocate du diable, bien sûr.
- Speaker #1
C'est ton rôle, c'est ton rôle.
- Speaker #0
Il y a beaucoup de personnes qui se disent ouais, mais on a le temps. Moi, ça va aller, mes enfants, ça va aller. C'est bon, les suivants, ils trouveront des solutions. Ce n'est pas mon problème.
- Speaker #1
Ouais, ouais,
- Speaker #0
ouais. Qu'est-ce que tu réponds à ça, Thomas ?
- Speaker #1
Déjà, j'entends parce que je pense que c'est un discours qui a été beaucoup médiatisé. qui a été beaucoup poussé sur le fait qu'on a tant d'années pour trouver une solution, on a tant d'années pour trouver des solutions, mais au final, plus les années passent, plus on se rapproche du moment où à l'époque, les gens disaient il faut trouver une solution avant telle date. Voilà, la date qui avait été fixée pour les accords de Paris, par exemple, de la COP21, en fait, on s'en rapproche chaque année, ça passe un peu plus vite et on voit déjà qu'on n'arrive pas à tenir les objectifs qu'on devrait avoir pour ici. Donc, je comprends qu'on puisse se dire ça, mais... Je pense qu'on a tous et toutes des preuves dans notre quotidien déjà aujourd'hui que les effets, ils sont là. Je pense que personne ne peut ignorer, par exemple, les records qui sont battus chaque année de canicules, les records qui sont battus chaque année sur les feux. Chez nous, il y a tellement de forêts qui brûlent du fait direct du changement climatique lié aux activités humaines et la crise écologique. Il y a aussi une des ressources dont on dépend tous et toutes. sans laquelle on ne peut pas vivre au bout de trois jours, qui est l'eau potable. Il y a des villages, chaque été, depuis maintenant deux, presque trois ans, en France, qui sont privés d'eau potable pendant des semaines et qui sont 100% dépendantes qu'il y ait des camions qui viennent avec des bouteilles en plastique pour délivrer à tous les habitants dans ces villages. Il se passe quoi si un jour ce camion ne se pointe pas ? tu ne peux pas ouvrir le robinet et avoir de l'eau. Là, ça devient à risque. Il n'y a aucune entreprise qui peut tourner sans eau pour boire. Donc, les effets, ils sont déjà là, maintenant, tout de suite. Et la réalité, c'est que plus on va avancer, plus ces crises vont s'intensifier, plus elles vont toucher de monde. Peut-être que pour l'instant, on a, certaines personnes ici, le privilège de ne pas encore être directement confrontés chaque jour et que c'est juste un mois d'été, bon, ça va. mais ça va se répandre sur... l'année entière, sur tous les différents domaines de nos vies. Donc, les effets sont déjà là. Certaines personnes qui ont plus de privilèges que d'autres les voient moins, certes, mais ils sont déjà là. Ce n'est plus une question des générations futures, c'est une question de nous, maintenant, tout de suite. Qu'est-ce qu'on fait ?
- Speaker #0
Justement, moi, ce que j'observe, c'est que face à ces constats, je pense que, comme tu le dis, on en fait tous et toute l'expérience dans notre quotidien. Ça peut créer de la sidération. Ou ça peut créer aussi le sentiment d'être dépassé par quelque chose de plus grand que nous, le sentiment de ne pas savoir par où commencer. Est-ce que tu as des pistes, peut-être des questions à se poser qui vont nous permettre de faire le premier pas ?
- Speaker #1
Tout à fait. Déjà, la réflexion que je trouve très juste dans ce que tu dis, c'est que ce sentiment de sidération, de se sentir dépassé, c'est tout à fait normal. puisque... Nous, on est un être humain individuel et on fait face à la plus grosse crise que l'espèce humaine n'ait jamais rencontrée. Donc, il y a forcément un décalage entre le pouvoir d'action qu'on perçoit chez nous et la taille de la crise. Et d'ailleurs, selon notre niveau de connaissance de ce sujet et notre perception de notre pouvoir individuel, c'est souvent dans ce creux-là, ce gap, que vient se glisser ce qu'on appelle l'éco-anxiété, c'est-à-dire une espèce de peur qui prend le dessus de nous et qui nous empêche d'agir. Et peut-être qu'il y a des gens qui nous écoutent qui vivent ça, et c'est un vrai sujet qui est de plus en plus recherché dans la psychologie, etc. Mais de toutes les personnes avec qui j'ai discuté, qui justement font de la recherche sur ces sujets, ou accompagnent en psychologie sur ces sujets, la direction générale de comment on fait pour minimiser l'éco-anxiété qui ressort, c'est de réaligner notre comportement du quotidien avec cette conscience-là. Et du coup, en faisant ça, notre perception de contribuer à quelque chose, elle augmente. Donc pour les personnes qui nous écoutent ici, là on se pose la question de l'impact sociétal au travail. Qu'est-ce que je fais dans le cadre de mon entreprise avec le niveau hiérarchique que j'ai, le rôle que j'ai ? Je pense déjà qu'une bonne question à se dire, c'est de se demander, est-ce qu'il y a des gens dans cette entreprise qui sont des alliés ? Parce que toute entreprise a besoin de personnes qui vont commencer à réorienter le paquebot dans la bonne direction. Et c'est possible qu'il y ait déjà des gens dans votre boîte qui aient cette conscience, qui font des choses, vous n'êtes peut-être juste pas au courant. Donc ça déjà peut-être, ça vous donne des alliés, on se sent moins seul. Mais on peut aussi se poser les questions à nous-mêmes. Moi, à l'endroit où je suis, c'est quoi le type d'impact que j'aimerais avoir ? Est-ce que c'est au sein de mon équipe, au sein de mon entreprise ? Est-ce que je me raconte que j'ai envie de changer complètement la direction que prend ma boîte ? Ou est-ce que ça, ça me semble trop gros ? Je pense qu'une question importante à se demander, c'est quel niveau de visibilité ? Ou alors, est-ce que j'ai envie d'être en ligne de front ? Ou est-ce que j'ai envie d'être en soutien ? Donc, on peut se demander à quel point je me sens capable d'être face au potentiel push-back qu'on va recevoir. Il y a des gens qui ne vont pas être d'accord, qui vont nous dire qu'on raconte n'importe quoi, nanana. Le climato-scepticisme, malheureusement, est encore très très vrai en France. Donc, je pense qu'il faut se poser cette question du rôle, en fait. C'est quoi mes forces ? C'est quoi mes faiblesses ? C'est quoi mes compétences ? C'est quoi les atouts et le pouvoir que j'ai dans mon entreprise ? Et avec toutes ces différentes considérations, quel rôle je me vois jouer sur les enjeux écologiques au sein de ma boîte ? Est-ce que je vais soutenir les personnes qui vont aller au front et dire « moi je suis d'accord » . Est-ce que je vais être la personne qui va au front ? Est-ce que je vais essayer de changer ce qui se passe déjà dans mon équipe, avec mon équipe, avant de me confronter à l'extérieur ? Là il y a plein de questions, mais je pense que c'est bien de se demander « c'est quoi mon niveau de pouvoir ? » « C'est quoi mon rôle ? Le rôle que je peux jouer ? » Avant de vouloir jouer, il faut que ce soit un rôle qu'on peut jouer. Ce n'est pas si je veux, je peux, c'est si je peux, je veux, en général. Et est-ce que je suis prête à prendre des risques pour assumer ces choses-là qui sont importantes pour moi ? Et il y a des gens pour qui ce sera trop dur et c'est OK. En fait, on a vraiment besoin de tout le monde dans tous les rôles. On n'a pas tout besoin de devenir Greta Thunberg.
- Speaker #0
Donc, si je résume ce que tu nous dis, j'ai noté quatre questions. La première, c'est les alliances. est-ce que dans le cadre du travail, que ce soit en interne ou peut-être en externe aussi, est-ce qu'il y a des personnes que je peux repérer qui ont les mêmes valeurs, les mêmes ambitions, la même vision ? les mêmes engagements et avec qui je peux déjà collaborer, qui ont déjà commencé quelque chose ou avec qui on peut avancer ensemble. Donc, premièrement, les alliés. Deuxièmement, c'est plus de l'introspection. Ça va être de se poser la question, quel impact j'ai envie d'avoir ? Donc, est-ce que c'est à l'échelle de moi-même, de mon équipe, de plus ou moins grande, on va dire ? Quel niveau de visibilité et donc quel niveau de risque aussi je suis capable d'encaisser ? Il y a des gens qui vont être plus cachés. on va dire en sous-marin et d'autres qui vont être plus en phare. Et enfin, quatrième question, quelles sont mes forces et pouvoirs versus faiblesses ? Et une fois qu'on a les réponses à toutes ces questions, à partir de ça, on détermine le rôle qu'on est prêt à jouer et qui peut aller de la Greta Thunberg, justement, avec beaucoup d'impact, beaucoup de visibilité et des forces qui sont vraiment dans le fait d'agiter. les consens collectifs, on va dire, à au sous-marin, qui fait de la résistance, dont personne ne sait quelles sont ses idées, mais le jour où il peut, il fait le petit coup qui change la donne, on va dire. Quelqu'un qui aurait zéro visibilité, un impact très limité jusqu'à ce qu'il y ait le petit dirac de l'action possible, et qui va jouer plus peut-être sur des pouvoirs qu'il va avoir du fait que personne ne sait ce qu'il pense.
- Speaker #1
Et c'est super que tu le formates comme ça en plus, parce que ça me permet ensuite de dire qu'on peut avoir cette tendance à se dire ce dont on a besoin, c'est des gens très visibles, qui gueulent très fort, qui portent les paroles médiatiques, etc. Mais pas que. Si on n'avait que des gens dans ce rôle-là, il manquerait des personnes dans les rôles d'exécution, dans les personnes qui sont là à essayer de débattre avec les entreprises qui sont... entre guillemets, le plus en retard. Donc, on a vraiment besoin de tout le monde partout, avec plein de différentes approches. Et pour les gens qui nous écoutent, quelque chose qui, moi, me rassure énormément, c'est de me rappeler que partout dans notre pays et dans le monde, dans tout type d'organisation, que ce soit au niveau de l'État, au niveau des mairies, dans les pires entreprises qui polluent, comme dans celles qui sont les plus avancées sur les sujets écologiques, il y a des gens qui œuvrent en silence. On n'a aucune idée de qui c'est. On n'a aucune idée de ce qu'elles font, mais elles sont là à essayer de faire avancer le chemin du public jour après jour, et ça fait partie des trucs les plus importants dans leur vie au travail. Donc c'est génial de se dire ça. On n'est pas du tout seul. Il y a énormément de gens qui avancent dans ce sens. Et du coup, en sachant ça, on peut se poser la question au sein de son organisation actuelle, quel rôle je peux jouer dans cette organisation-là. Mais si jamais on se rend compte qu'il y a un désalignement entre ce que je suis capable de faire ou la place que j'ai dans la boîte où je suis actuellement, Par exemple, imaginons, on se dit « Ok, moi j'ai envie de porter un leader d'industrie qui a une ambition écologique énorme. » Plutôt que d'essayer de faire avancer de 1% progressivement les acteurs les plus polluants, peut-être que c'est le moment de se poser la question aussi d'une mobilité vers un autre type d'entreprise. Ou alors, peut-être que vous vous dites « En fait, moi, ce qui m'inspire davantage, parce que c'est hyper important aussi, c'est de essayer de faire avancer un petit peu les personnes et les entreprises et les organisations qui sont les mauvais élèves de la classe, entre guillemets. Et pour appuyer encore une fois sur à quel point c'est important, parfois faire bouger les pires acteurs d'une industrie de 1%, ça va plus contribuer à ce qu'on atteigne les objectifs de décarbonation, etc. qu'une énième startup écolo de tel secteur ou une personne convaincue de plus dans une équipe d'une boîte où tout le monde est déjà super convaincu. Donc c'est ça qui est hyper intéressant aussi, c'est de se dire, en fait, La différence, elle peut se faire partout et on n'est pas obligé, je le redis encore une fois, de devenir la personne hyper médiatisée qui a inventé le nouveau concept incroyable pour décarboner je ne sais pas quoi. On peut œuvrer au sein d'entreprises qui ne sont pas encore très avancées malheureusement et prendre cette responsabilité-là si on en sent l'enthousiasme et si on a les compétences aussi. Parce que les compétences entre ces deux cadres seront très différentes. On aura peut-être besoin de plus de patience, de plus de capacité rhétorique. Si on parle avec des climato-sceptiques toute la journée pour essayer de les convaincre d'avancer au moins un tout petit peu.
- Speaker #0
Et je pense que ce n'est pas tant à discuter avec des climato-sceptiques. Je ne sais pas quelle est la proportion des climato-sceptiques. Je caricature,
- Speaker #1
tu as raison.
- Speaker #0
Il y en est tant que ça. Mais c'est que beaucoup de gens disjoignent, je ne sais pas si c'est un vrai mot qui existe, font la distinction, ont une espèce de silo entre les intérêts économiques d'une part, Et donc, la performance économique de la boîte où je travaille, sur laquelle ça a indexé mon salaire, ma promotion, ma capacité à continuer de monter dans la hiérarchie versus l'environnement. Et qui ont l'impression que, de toute façon, la priorité, c'est l'économique et que l'environnement, c'est quelque chose de politique. C'est aux politiques de s'en charger.
- Speaker #1
C'est là où je pense que c'est important d'avoir rappelé... dans notre conversation que L'entreprise n'existe que parce qu'il y a un cadre d'écosystème naturel qui permet son existence avec une certaine stabilité. Il y a l'oxygène dont on a besoin dans l'air, il y a l'eau potable qui est disponible quasi de façon illimitée, il y a la qualité des sols qui nous permet de nous nourrir, d'être en bonne santé et pas tout le temps malade parce qu'on n'a pas les minéraux dont on a besoin. Donc en fait, moi ce que j'essaie de défendre beaucoup dans le livre et dans toutes mes prises de parole là-dessus, c'est de dire que les intérêts économiques de 100% des entreprises sont alignés. avec le fait de maintenir un espace écologique qui permet la facilité de la vie humaine sur Terre. Le jour où ça se disjoint complètement, on a déjà dépassé 7 des 9 limites planétaires, donc c'est là où on voit que ça commence à un peu vriller, tu vois, mais le jour où ça vrille complet, où on a des changements de température drastiques du jour au lendemain, où il n'y a plus vraiment de saison, où on ne peut plus vraiment planifier de choses parce qu'il y a une instabilité énorme, ça entraîne évidemment une instabilité... professionnelle, une instabilité économique, on sait plus quand est-ce qu'on peut vendre quoi parce qu'on sait même pas si les pommes elles vont pousser ou je ne sais quoi. Donc en fait 100% des entreprises sont dans ce truc là quoi. Le risque il est pour tout le monde et c'est là où du coup juste avoir ces discussions et cette conscience de en fait c'est quoi le dialogue qui a lieu entre les enjeux écologiques et mon entreprise dans mon industrie avec notre cycle de production juste essayer de mieux les comprendre ça nous permet de déjà commencer à se dire, ah oui, en fait, je vois les liens. Je vois où il y a des conséquences économiques désastreuses sur ma boîte si telle chose se passe par rapport à l'écologie. Et donc, on peut petit à petit réaligner les enjeux. L'enjeu économique, l'enjeu écologique, en fait, ils sont main dans la main. C'est le même, ça va dans la même direction. Ce n'est pas une opposition. Mais ça, ça demande de la pédagogie, ça demande certaines compétences qu'il faut vouloir embrasser pour l'expliquer à son supérieur hiérarchique.
- Speaker #0
J'ai une question. un peu pratiques. Est-ce que tu as des exemples de marge de manœuvre que j'ai si je suis, par exemple, directrice, cadre dirigeante dans un grand groupe ? Parce qu'en fait, j'ai l'impression aussi que beaucoup de personnes minimisent ou n'ont pas forcément conscience de la capacité d'action, la capacité d'impact qu'elles ont déjà là, maintenant.
- Speaker #1
Je pense que c'est intéressant de se rendre compte que par défaut, on ne va peut-être pas se rendre compte de à quel point on a du pouvoir pour faire des changements, notamment parce que pour des personnes qui ont grandi toute leur carrière professionnelle dans des cadres salariés, etc., il y a un enjeu politique qui est assez souvent présent de « En fait, qu'est-ce que je fais ? J'essaye de remplir les objectifs qu'on me donne du dessus, les dépasser même, pour accéder au poste supérieur. » Donc, on se met dans cette espèce de fonctionnement de « Mon but, c'est de plaire à l'échelon supérieur pour continuer de gravir les échelons. » Et donc, on se met dans un mode de c'est quelqu'un d'autre qui définit le chemin idéal à suivre. Mais le jour où c'est nous qui sommes plus haut dans ces échelons, en fait, c'est nous qui décidons aussi c'est quoi la direction la plus pertinente à suivre. Et comme on n'a que fait du mimétisme pendant une grande partie de notre carrière, peut-être qu'on n'a pas redébloqué ce truc de « en fait, c'est moi qui décide maintenant » . Je pense que ça, c'est un switch déjà qui est délicat à faire et sur lequel je pense que toi, tu as déjà pas mal pris la parole dans ce podcast ou dans d'autres choses que tu partages. D'où le nom du podcast d'ailleurs, Toute Puissante, on se rend compte de notre puissance. Mais je pense que ça c'est une bonne question à se poser, c'est de se demander, selon mon niveau hiérarchique, le nombre de personnes dans mon équipe, ce genre de trucs, qu'est-ce qui est dans ma zone de pouvoir ? Est-ce que par exemple je peux changer les objectifs de mon équipe, intégrer des indicateurs de performance écologiques, décider qu'on va redistribuer une partie du capital qu'on génère avec l'équipe sales pour tel truc ? Donc qu'est-ce qui est dans mon spectre ? Ou alors... si j'ai pas la main sur ces choses, peut-être juste organiser un atelier de la fresque du climat pour mon équipe ou une journée de contribution à une asso, enfin voilà, ça dépendra de qu'est-ce qui est dans ma zone de pouvoir ça c'est par où on commence et ensuite, la personne au-dessus de moi, qui a du coup a priori un peu plus de pouvoir, qu'est-ce qui est dans son intérêt c'est quoi ses objectifs à eux ou à elle ou à lui, et comment je peux réussir à petit à petit créer une alliance où je remplis ses objectifs avec lui mais en apportant une dimension écologique et j'essaie de créer ce mariage dont on parlait avant entre les deux. Donc il y a des choses qui dépendent de moi et si on a la tête d'une organisation, on peut décider, ok, on fait un grand virage, on part dans cette direction-là et on assume un peu le truc. Si on est un peu plus bas dans les échelons, peut-être qu'on aura besoin de faire plus d'alliances avec notre équipe vers le bas pour avoir des soutiens pour ensuite faire des alliances vers le haut avec notre supérieur pour l'embarquer dans un truc. en l'alignant avec ses objectifs pour que lui puisse le vendre au-dessus. Enfin voilà, il faut rentrer dans ce jeu politique et c'est aussi une compétence d'ailleurs de rentrer dans ce jeu politique que certaines personnes adorent. Moi, je sais que j'adorais ça. Quand j'étais dans ces cadres là, il y a des gens qui aiment un peu moins. Donc bon, peut être que ce sera ailleurs qu'on ira contribuer.
- Speaker #0
Ok, donc ce que j'ai noté, c'est initialement le switch de se dire, en fait, c'est fini le mode scolaire, le mode où on nous dit, tu fais ça et moi je fais ça, et c'est en faisant ça que je monte les échelons. Mais de se mettre dans un mode qui est d'ailleurs un mindset d'entrepreneur, qui est de se donner l'autorisation de définir une vision, de se dire, bon... Qu'est-ce que j'ai envie de construire ? Quel est le monde dans lequel j'ai envie de vivre ? Deuxième aspect, quelle est ma zone de pouvoir ? Et qu'est-ce que je vais pouvoir impacter pour atteindre cette vision dans ma zone de pouvoir ?
- Speaker #1
Et de se dire du coup, une autre façon de le dire, c'est poser une compréhension de nos contraintes actuelles. Donc, mes contraintes, c'est que j'ai une équilibre de temps. Ce que j'ai la liberté de faire sans faire valider à qui que ce soit, c'est telle chose. Comment je réoriente cette zone-là de ce que je peux faire, ce que je ne peux pas faire, au service de, effectivement, la vision d'impact dont on a parlé tout à l'heure, de est-ce que je veux repenser le business model de ma boîte, ou est-ce que je veux repenser le métier qu'on exerce avec mon équipe dans une certaine direction. Et voilà, et on commence par là, pour ensuite aller vers ces trucs d'alliance et de vous faire grossir petit à petit à partir de ce premier spectre.
- Speaker #0
Il y a vraiment ce truc... on ne l'a pas formalisé tel quel, mais je pense que c'est important de le faire, parce que c'est souvent un impensé, c'est de clarifier sa vision, finalement, de clarifier l'impact environnemental ou peu importe quel impact social, sociétal, politique, mais l'impact qu'on veut avoir à l'échelle de notre lieu de travail. Et je pense que ça, le fait de le clarifier déjà pour soi, ça permet après de se dire, Bon. Qu'est-ce qu'il y a en mon contrôle absolu ? Je ne sais pas si tu connais cette image de mon contrôle absolu, ma zone d'influence et le reste. Et du coup, ça nous permet d'intersecter les deux et de se dire, OK, cette partie-là de ma vision, j'ai le contrôle total là-dessus, donc peut-être c'est ma priorité. Cette partie de ma vision, là, c'est ce qui va aller déborder où je vais devoir aller faire les bonnes alliances à droite, à gauche, en haut, en bas, en diagonale. Et ensuite, le reste, c'est finalement ça, je n'ai pas tant de contrôle dessus. Soit je vais aller étendre mon pouvoir pour aller jusqu'à cette zone-là, soit c'est des zones que j'accepte de laisser à mes copains de match de volée. Si on veut, je ne sais pas si tu as déjà fait du volée, mais chacun a sa zone. On fait confiance aux copains de gérer leur zone.
- Speaker #1
Oui, complètement, complètement. Et effectivement, ça aura... plus ou moins de taille, ça va dépendre en effet de le rôle de chaque personne au sein de son organisation, ses responsabilités. Un exemple qui m'a traversé, c'est si j'ai la main sur certains achats ou certains choix de prestataires qu'on fait pour mon équipe, peut-être que j'introduis un critère écologique dans le choix de tous mes prestataires et que c'est une question que je pose à chaque fois qu'on choisit un prestat. Et juste des petites choses comme ça, entre guillemets, ça fait progresser step by step. Et si au moment où on se retrouve avec tous nos prestats, qui ont un enjeu principal dans leur façon de travailler qu'est l'écologie, peut-être que du coup, il y a d'autres gens dans la boîte qui vont rencontrer ces prestataires et dire « Ah, c'est vachement bien ce qu'ils font » et que ça va se diffuser à d'autres endroits de l'entreprise. Donc voilà. Mais encore une fois, comme tu le dis très bien, c'est qu'est-ce qui me semble important avec ce que je comprends du sujet pour l'instant et je vous invite tous et toutes à développer votre compréhension du sujet. Là, on parle d'écologie, mais ça pourrait être, comme tu dis, l'inclusion au travail, la justice sociale, etc. et donc quel impact je veux et dans ma zone de pouvoir qu'est-ce qui est accessible le plus vite et en étant petit à petit
- Speaker #0
Super. Il y a un élément dont on n'a pas encore parlé, mais qui me semble assez important d'évoquer. Généralement, moi, je rencontre deux dilemmes dans cette conversation d'impact au travail. Premièrement, et ça, on en a un petit peu parlé, c'est le dilemme entre à quel point je vais être exposée versus combien d'impact je vais avoir. Ça, on en a déjà discuté. Mais l'autre, celui dont on n'a pas encore parlé, c'est le dilemme entre ma santé mentale, disons, ou mon confort individuel versus le bien commun. Comment tu résous cette réflexion qui est de dire, soit je vais un peu, par exemple, je quitte un boulot où j'ai une sécurité financière, mais où j'ai peu d'impact pour aller faire des choses pour le bien commun. ou alors... Par exemple, je m'expose, voilà un exemple beaucoup plus criant, c'est je m'expose en tant que lanceuse d'alerte pour le bien commun. Par exemple, les personnes qui ont exposé le scandale des eaux contaminées de Nestlé, ça a eu un impact immense, déjà sur leur santé mentale, mais sur les risques qu'ils ont encourus par rapport à leur carrière, par rapport au représailles. Donc, qu'est-ce que tu proposes comme outil ou comme piste pour faire l'arbitrage entre...
- Speaker #1
les deux ? Je pense que la première chose qui me semble importante à nommer, c'est que à partir du moment où on peut avoir ce débat avec soi-même, c'est qu'on est déjà plutôt dans une situation de confort. Et sur ce sujet de l'écologie, par exemple, les personnes qui sont les plus impactées, qui vivent déjà les conséquences, en fait, elles n'ont pas le choix de ce débat. Elles sont déjà dans « j'ai plus de confort individuel, donc je joue pour ma survie, et parfois pour ma survie. » ça coïncide avec une action pour le bien commun. Je pense que les gens qui écoutent ce podcast et nous deux, on n'est pas forcément dans cette situation, mais c'est un privilège déjà de pouvoir se poser la question. Et c'est pour ça que je pense que c'est nécessaire de se poser la question.
- Speaker #0
Et du coup, c'est une responsabilité, c'est ça ?
- Speaker #1
Ouais, exactement, exactement. Et je pense que globalement, la plupart d'entre nous, on est dans un déséquilibre confort individuel beaucoup plus rempli que notre contribution à ces sujets sociétaux. Je pense qu'une autre manière bien d'en parler aussi, c'est de rappeler que ce n'est pas une opposition. Il y a un sujet dont moi je parle beaucoup avec les gens qu'on accompagne, qui sont des entrepreneurs indépendants, très engagés sur ces sujets-là en général, c'est de rappeler qu'il y a l'écologie globale, ce dont on parle là, comment on fait que l'habitat dont on a besoin permette la survie de l'espace humain à son intérieur, mais il y a aussi l'écologie personnelle, c'est-à-dire que si l'habitat qui permet l'existence de l'espace humain se poursuit, mais que l'espace humain s'est cramé parce qu'elle n'a pas pris soin de son écologie d'être humain, bah du coup on ne résout pas non plus le truc, juste on a conservé l'habitat mais nous on s'est cramé. L'inverse est en vrai aussi, si je suis complètement focalisé sur mon écologie personnelle, c'est-à-dire mon confort, est-ce que j'ai les sous qu'il me faut, ma santé mentale, parce que je peux piler sur la plage autant que je veux, etc. Mais que notre habitat ne nous permet plus de nourrir cette écologie personnelle, bah du coup là aussi il y a un problème parce qu'on ne peut pas continuer. Donc je pense que la bonne question c'est de se dire, selon ma place dans la société, et les privilèges dont je dispose dans cette société, quel est le niveau d'engagement équivalent de contribution au bien commun ? Je prends un exemple, quelqu'un qui est en tout début de carrière, qui n'a aucune économie de côté et qui vit salaire après salaire, mois après mois et qui n'arrive pas à économiser parce qu'on est dans une situation de récession économique, etc. Peut-être qu'elle ne pourra pas prendre autant de risques que quelqu'un qui a six mois, un an. deux appartements qui remplissent à peine des loyers tous les mois, etc. Peut-être que cette personne-là peut prendre un peu plus de risques, parce qu'elle sait que si elle s'expose, si elle se fait virer parce que c'est devenu la lanceuse d'alerte de sa boîte, elle saura trouver des solutions derrière, parce qu'elle a un plus gros matelas de sécurité. Et c'est là où c'est un sujet qui est aussi délicat, c'est que souvent les personnes qui ont le moins les conséquences de tous ces sujets, c'est aussi les personnes qui ont le plus de... plus de confort pour s'engager davantage. Et c'est là où du coup je pense qu'il faut être hyper... Il faut pas se cacher. On a tendance à faire l'autruche là-dessus et de se dire ah non mais moi c'est trop dur pour moi, je préserve ma santé mentale etc. Alors qu'en fait on est dans la posture la plus confort pour pouvoir s'engager. Donc ça demande d'être hyper honnête avec soi-même. De se dire à quel endroit est-ce que je suis vraiment. Est-ce que je suis en train de me cacher parce que c'est dur, parce que ça fait peur ? C'est normal. Encore une fois, je répète, on n'a jamais rencontré une crise aussi importante en tant qu'espèce. C'est littéralement la crise de notre disparition en tant qu'espèce. Donc c'est normal que ce soit dur, c'est normal que ça fasse peur. Et c'est normal que du coup on n'ait pas envie de s'engager pleinement là-dedans avec tout notre temps, toute notre énergie, etc. Ça c'est le cas pour tout le monde. Mais je pense que ouais, il faut qu'on soit honnête. Et encore une fois, il y a une autre différence que j'ai très envie de nommer, ça me semble important, entre si je suis un homme dans une organisation avec que des dirigeants qui sont des hommes, et si je suis une femme dans une organisation avec que des dirigeants qui sont des hommes, j'ai pas les mêmes privilèges en fait. Donc le risque que je prends en m'exposant sur ces sujets est très différent aussi selon la composition de la boîte, selon le niveau de privilège que j'ai par rapport aux autres. Ça c'est des choses à prendre en compte aussi, mais encore une fois, il n'y a pas de réponse universelle. Et je pense qu'il faut se dire, quoi qu'il arrive, mon écologie personnelle est liée avec l'écologie globale, avec le bien commun. Donc s'il y en a un seul des deux qui gagne, quoi qu'il arrive, ce n'est pas une bonne réponse pour moi, ce n'est pas une solution pour qui que ce soit. Donc il faut que je réaligne les deux. Il faut que je prenne part au dialogue avec la société de qu'est-ce que mon travail fait là-dessus. Et il faut que je me préserve, parce que si je me crame en faisant que du bien commun, ce n'est pas non plus utile. Parce que du coup, moi, je ne profite pas de mon existence humaine.
- Speaker #0
En fait, ça me fait beaucoup penser au dilemme du prisonnier. Tu vois ce que c'est ?
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Et c'est typiquement l'arbitrage qui se fait dans la tête des gens. C'est de se dire, j'ai tout intérêt à ce que tout le monde fasse des actions pour l'écologie et l'environnement, pour que moi, je puisse me planquer derrière. Et si moi, je m'engage et donc je perds, en confort, en sécurité, etc. pour le bien commun, il y en a d'autres qui vont se planquer derrière moi. Et donc, c'est vraiment le... C'est ça, je trouve, la plus grande difficulté, parce que c'est aussi la difficulté à l'échelle des décisionnaires dans les entreprises. Je sais que moi, j'ai déjà eu ce genre d'échange où j'essayais de convaincre, de créer un congé paternité à la hauteur du congé maternité, que c'était la bonne chose, la chose morale, éthique. et juste à faire, sachant que je défendais quand même les droits des papas au sein d'une boîte qui employait essentiellement des hommes. Et la personne à qui j'ai... que j'essayais de convaincre m'a dit mais en fait, économiquement, on ne sera pas compétitif vis-à-vis de notre compétition. Et pour moi, c'est exactement ça. C'est le dilemme du prisonnier. C'est, à un moment donné, il faut qu'on se mette tous d'accord et on y va, tous ensemble. Parce qu'il y a une forme de prime à se planquer quand tout le monde y va.
- Speaker #1
C'est là où j'ai envie de rappeler ce truc qu'on disait sur les rôles à jouer. Être la première personne qui soutient quelqu'un qui commence, c'est une énorme différence. Parce que tout le monde a besoin de quelqu'un qui démarre le truc. Mais souvent, la plupart des mouvements qui se lancent et qui meurent, c'est qu'il n'y a pas eu la deuxième personne qui a rejoint. J'imagine que vous avez déjà vu ces vidéos de tout le monde est assis, il y a une personne qui se met à danser et les gens sont en mode « oh putain, trop bizarre » . Et dès qu'il y a la deuxième, c'est ça qui déclenche 3, 4, 5, 6, 7. Et donc plus vite, on a un second soutien qui vient au sein d'une organisation. Mais comme tu le dis, on peut aussi penser au niveau d'une industrie. Il y a une boîte qui se lance, si la plus vite possible, il y en a une deuxième dans l'industrie qui rejoint, là, l'effet domino, il part. Et donc selon où on est placé, c'est là où je pense qu'on peut avoir un rôle aussi, de se dire, OK, peut-être je ne suis pas capable d'être le leader de ce mouvement. Mais je suis très capable d'être le second suivant, ou le troisième, ou le quatrième, et c'est là où il se passe un truc après, où on ose porter la voix et dire « moi je suis d'accord en fait » , plutôt que de se taire par peur d'eux.
- Speaker #0
D'où l'enjeu d'avoir justement ces alliances, ce qu'on avait dit précédemment, d'avoir tissé un réseau d'alliances au sein de la boîte, à l'extérieur de la boîte, pour dire « ok, là, il y a une boîte qui est prête à porter le message, est-ce que vous vous soutiendrez vous aussi, est-ce que vous irez ? »
- Speaker #1
Complètement. Et l'autre chose que j'ai envie de dire aussi, c'est que globalement, la marche du monde, elle va dans la direction de récompenser les personnes qui prennent acte là-dessus. Un jour dans le futur, c'est certain qu'il y aura dans 100% des entreprises, une personne qui est récompensée comme étant la personne visionnaire qui a commencé à rediriger le bateau. C'est sûr et certain à 100 000%. Parce que si on ne résout pas la situation maintenant, il y a un moment où ce sera une instabilité telle où tout le monde sera contraint et forcé. Donc ce n'est pas une question de est-ce que ça va se passer ou pas ? C'est une question de est-ce qu'on va le faire assez tôt pour qu'on ne soit pas contrainte dans la douleur de le faire ? Donc la bonne nouvelle pour tout le monde ici, c'est que si aujourd'hui vous êtes la personne qui commence à faire quelque chose, Même si vous vous prenez un raz-de-marée horrible de push-back que vous faites virer, que vous faites foutre au placard ou licencier du jour au lendemain, il y a quelque part d'autre où vous pourrez rebondir parce que des gens comme vous qui osent, c'est une ressource rare et hyper importante dans le monde du travail en ce moment. Et il y a beaucoup de gens qui ont envie d'avoir des personnes comme ça dans leurs organisations. Donc oui, à court terme, peut-être que ce sera dur. C'est pour ça qu'il y a cette question de à quel point j'ai la sécurité, le privilège pour pouvoir prendre ces risques d'exposition. Mais globalement, je suis assez convaincu que 100% des personnes qui prennent le risque et qui osent sauront rebondir au moins quelque part d'autre parce que c'est quelque chose qui est recherché. Tout le monde, c'est des compétences qui sont importantes.
- Speaker #0
Et puis aussi, ne serait-ce que par leur leadership, si c'est des personnes qui se lèvent et qui se cassent, en général, c'est des personnes qui se lèvent et qui font des trucs et que les gens suivent. Donc, en général, c'est plutôt bon signe. Avant de se quitter, j'ai quand même envie qu'on parle de ton livre « Sauver sa peau, sa boîte et la planète » . Thomas, à quelles questions réponds-tu dans ce livre ?
- Speaker #1
Déjà, pour donner un peu de contexte, c'est un livre qui est en priorité écrit pour les entrepreneurs, plus spécifiquement encore les entrepreneurs qui sont seuls dans leur boîte. Donc, peut-être que les gens ici ne sont pas exactement dans ce contexte-là. Et encore, je suis sûr qu'il y aurait plein de choses dans le bouquin qui répondent, mais cette population-là... Ce qui leur arrive souvent, c'est d'avoir cette décorrélation dont on a parlé au début de j'ai la conscience de l'enjeu écologique qui est énorme, mais moi je suis un petit entrepreneur tout seul avec mon ordi, quel poids puis-je faire ? Et donc c'est des gens qui se sentent un peu bloqués là-dedans. Donc le but du livre, c'était de construire un guide d'action le plus complet possible, et à chaque chapitre il y a une action à faire, donc ça prend vraiment par la main, pour aider ces personnes-là qui ont cette conscience mais qui ne savent pas comment s'y prendre. à s'engager dans un mouvement écologique qui leur fait du bien, parce que ça rééquilibre leur éco-oxyté, ça leur permet d'être plus au service des valeurs qui leur sont importantes. Et la spécificité du bouquin, parce qu'il y en a plein des livres sur changer ton entreprise pour l'écologie, etc., c'est qu'ici, j'ai essayé de prendre le sujet pas par le spectre de l'entreprise, mais par le spectre de tu es un être humain dans une société, et donc tu as plein d'endroits par lesquels tu peux t'engager. Et la spécificité des entrepreneurs, c'est qu'on est à un endroit hyper intéressant où on a la main sur l'offre. Donc on peut changer nos boîtes, toi et moi, si on le voulait vraiment sur les sujets écologiques. D'ici un mois, on peut avoir repensé toute notre façon de travailler. Donc on peut faire basculer l'offre, notre façon de bosser, etc. au sens de l'écologie. Mais on a aussi des consommateurs, des consommatrices. Donc on peut changer notre façon de consommer pour notre vie personnelle et pour notre entreprise. Et ça aussi, c'est un enjeu de qui est-ce qu'on boycotte, où est-ce qu'on n'achète plus, etc. Ça change la face de l'économie. Donc on a la main sur offre et demande, mais avec les compétences entrepreneuriales qu'on a, par exemple celles qu'on est en train de faire ici, de créer du contenu, de diffuser du savoir médiatique, d'essayer de prendre de la place dans le débat public via les réseaux sociaux et ainsi de suite. Ça, c'est une compétence qui est hyper importante pour les combats citoyens et les combats politiques qui changent les règles du jeu. Donc on joue au jeu offre et demande, on peut changer les choses à l'intérieur de ça, mais on a aussi des compétences qui sont hyper importantes pour changer les règles du jeu, parce qu'effectivement il y a plein de choses sur ce sujet écologique qui passeront par un changement de loi, de directive, de comment on fonctionne dans telle ou telle industrie, et ça passe par un combat politique. Et du coup le livre il est dirigé en trois sections, ce que je fais dans ma boîte, ce que je fais dans ma vie de tous les jours et mon existence en tant qu'humain dans une société, et ce que je fais avec mon pouvoir citoyen sans... pour autant me cramer, et ça c'est la dernière des quatre sections, c'est comment je prends soin de mon écologie personnelle pour trouver la juste place dans toutes ces choses-là, sachant que je ne pourrais pas tout faire, puisqu'on n'a pas un temps et une énergie illimités, donc je ne peux pas être parfait sur toute la ligne. Le but c'est de trouver le rôle qu'on veut jouer.
- Speaker #0
Je trouve ça génial et je pense que ça va parler aussi à beaucoup de personnes qui travaillent en entreprise. Parce que comme on l'a dit, si on est manager, si on commence à avoir un périmètre décisionnel, ça veut dire qu'on va pouvoir avoir une empreinte et un impact sur ce périmètre-là. Et ce que tu proposes, il y a vraiment pas mal de choses pratico-pratiques qui peuvent être soit des actions qu'on prend dans notre périmètre, soit des missions qu'on se propose, de choses qui valent le coup d'être portées pour toute l'entreprise.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Je peux donner un exemple, je pense, qui peut parler aux personnes qui, effectivement, comme tu le dis, ont peut-être un périmètre d'action au sein de leur boîte. Il y a un des chapitres où je parle du coût écologique de nos méthodes de travail et de production. Donc je ne sais pas, imaginez, on prend une personne qui nous écoute, qui a un peu la main sur, tiens, on travaille avec ce prestat qui produit telle matière première, nous on utilise cette matière première pour ensuite créer tel type de produit. Si on a un peu la main là-dessus, un des exercices du livre, c'est de refaire le schéma de A à Z, de la première matière première que je prends jusqu'à la livraison finale de mon produit, c'est quoi tous les outils que j'utilise, c'est quoi toutes les étapes de fabrication. par lesquels on passe tous les processus de la boîte, et commencer petit à petit à essayer de mesurer les différents coûts écologiques de chacune de ces choses. J'explique comment est-ce qu'on mesure le coût écologique de ces choses dans le livre aussi, mais à partir de cette première analyse, ça, ça nous permet de nous dire « Ah bah tiens, je me rends compte que le truc qui a le plus gros coût écologique, est-ce que c'est mon packaging ? Est-ce que c'est le prestataire à qui on achète ? » Parce que eux, leur système de sourcing, écologiquement parlant, c'est pas ouf, mais ça nous permet d'orienter nos actions petit à petit. et ça effectivement un entrepreneur de base à la main de A à Z là-dessus. Mais si tu es manager dans une boîte de production agricole qui fait des compotes, j'en sais rien, tu vois, ça se trouve, tu as la main aussi sur certaines facettes de ça. Donc c'est vrai, il y a des choses qui pourraient clairement parler plutôt à ton audience. Je n'ai pas écrit le livre à la première personne pour elle, mais la plupart des exos s'y appliquent aussi parce que ce sont aussi des gens qui ont une vie citoyenne et politique. Ce sont aussi des gens qui ont une vie à la maison, de ce qu'elles consomment ou pas. N'importe qui qui le lit trouvera au moins quelque chose, ça c'est vrai.
- Speaker #0
Super. Et voilà, c'est déjà la fin de cet épisode. Merci Thomas pour ton temps.
- Speaker #1
Avec grand plaisir, c'était trop bien. J'étais très très heureux de me prêter à cet exercice avec toi.
- Speaker #0
Super. Eh bien, continuez à pulvériser tous les plafonds de verre et à très bientôt pour un nouvel épisode plein de puissance. Et voilà, c'est déjà la fin de notre rendez-vous. J'espère que vous repartez plus armés, inspirés et prêts à affronter vos défis avec audace et intelligence. Je suis Kaotard Trojette et vous avez écouté Toute Puissante. Continuez de pulvériser tous les plafonds de verre. A très bientôt pour un nouvel épisode plein de puissance.