- Speaker #0
Bonjour à tous, ici Gaëtan Pitaval, passionné de trail. Je vais vous partager les histoires de trail à travers ce podcast. Des histoires d'hommes, de femmes, des aventures, des émotions, mais aussi des histoires de courses mythiques. Bienvenue à tous.
- Speaker #1
Mais aussi, il faut vous dire que Usain Bolt, un grand champion, il n'a toujours fait que du 100 mètres. C'est pas non plus une fin en soi d'aller faire des ultras. Si vous en avez envie, ok, mais aujourd'hui on a l'impression qu'on n'est que trailer si on a fait un ultra. Ben non, moi je suis pas tout à fait d'accord quoi. On a un trailer si on fait du trail, tout simplement, et quelle que soit la distance. Tout le monde est respectable, quelle que soit la distance qu'il va avoir à courir. Je vois beaucoup d'échecs de coureurs qui sont très bien préparés, sauf qu'ils en rajoutent toujours un petit peu de peur de ne pas être assez bien. Et en fait, ils passent à côté de leur course, tout simplement parce qu'ils ont voulu trop en faire. Alors, je vous ai dit tout à l'heure, un mot à retenir, la progressivité, mais une phrase aussi à retenir. Mieux vaut une séance de moins qu'une séance de trop.
- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Trail Story, je suis ravi de vous retrouver aujourd'hui pour vous partager un épisode que j'ai enregistré pendant la semaine de l'UTMB en partenariat avec Keeprun. Nous allons échanger avec le grand, l'immense Philippe Propage, entraîneur de l'équipe de France pendant plus de dix ans et surtout également entraîneur de la team Keeprun, qui va nous parler d'un sujet qui nous intéresse fortement. Comment performer et durer en trail ? Vous allez voir, Philippe va nous parler avec sa verve habituelle et surtout sans langue de bois sur son expérience et ses conseils de professionnels de l'entraînement trail. Allez, c'est parti ! On va parler avec Philippe de performance et comment durer en trail et en ultra trail. Aujourd'hui on va d'abord commencer par une petite présentation de Philippe. Peut-être qu'il y a certains d'entre vous qui ne connaissent pas Philippe. Philippe, est-ce que tu peux te présenter rapidement ?
- Speaker #1
Oui, ça fait 35 ans que j'entraîne et j'ai entraîné l'équipe de France de dry depuis sa création en 2009 jusqu'en 2011. au moment du Covid. Et ensuite, j'ai dû m'arrêter parce que j'ai eu un petit incident technique au niveau cardiaque. Et donc, je ne souhaitais plus faire de longs déplacements à l'étranger sur des championnats du monde. Et donc, j'ai eu cette opportunité aussi de travailler avec Keep Run. Et donc, j'ai sauté sur cette opportunité. Et sincèrement, je ne le regrette pas. Et en fait, on a créé cette team. Et le fait que je sois entraîneur de l'équipe de France a permis quand même que j'entraîne pas mal d'athlètes, alors au début que féminines, avec moi. Et donc on a pu créer quelque chose qui dure depuis maintenant 5 ans, et qui est une superbe aventure. Et on le voit encore par les résultats qu'on obtient au fil des saisons.
- Speaker #0
Ok, alors au cours de tes années d'expérience aussi bien avec l'équipe de France de trail mais aussi avec Keep Run, tu as entraîné beaucoup d'élites, mais aussi tu accompagnes des coureurs amateurs. Pour toi, quels sont les piliers, les fondamentaux pour performer en trail ?
- Speaker #1
Alors pour performer en trail, c'est pareil que dans les autres disciplines. Vous allez entendre beaucoup ce mot dans ma bouche, c'est le mot progressivité. Ça c'est quelque chose d'important. Parce que c'est ça qui fait que vous allez être capable de performer à la fois sur du long terme et aussi atteindre le meilleur niveau que vous pourriez vous atteindre. Quand je parle de progressivité, ça veut dire un petit peu à contrario de ce qu'expliquait Mathieu tout à l'heure. C'est de dire on ne va pas faire beaucoup d'ultra et tout de suite. On va plutôt aller sur des courses. plutôt courtes et on ira sur des courses plutôt longues un peu plus tard. Et surtout au niveau de l'entraînement, la progressivité, ça veut dire qu'on va monter progressivement en temps d'effort. C'est-à-dire, pour faire simple, on va faire une sortie d'une heure et demie ce dimanche. Dimanche prochain, on fera deux heures. Le deuxième dimanche, on fera 2h30. Et ça, c'est aussi vrai pour la partie intensité, où on va faire, allez, je fais très très simple, 10 fois 30-30 cette semaine, la semaine suivante, on va faire 10 fois 45-30, et la troisième semaine, on va faire 10 fois 1 minute 45 secondes de récupération. Dans mon système, on monte progressivement pendant 3 semaines et ensuite la quatrième semaine, on se repose, on relâche. Et ça c'est important si on veut progresser sur du long terme, de s'accorder des phases de récupération entre des cycles d'entraînement. qui vont venir impacter votre organisme. C'est un petit peu aussi, je reprends des propos qu'a tenus Mathieu tout à l'heure, c'est pas anodin sur notre corps de le solliciter autant. Quelque part, est-ce que vraiment à l'origine on est fait pour faire ça ? Je ne suis pas capable de répondre, mais n'empêche qu'on le fait parce qu'on l'aime. Mais voilà, il faut aussi savoir s'accorder des micro-pauses. sur des phases d'entraînement, donc moi j'applique. Alors en fait, tout ce que je vous dis aujourd'hui, c'est ce que moi je fais. C'est grâce à ça que j'ai eu quelques résultats, mais c'est pas peut-être forcément la vérité. Mais par contre, c'est la mienne. Donc je préfère vous le dire, j'ai pas la science infuse, j'ai pas parce que j'ai entraîné l'équipe de France et que j'ai eu la chance d'entraîner des grands champions que je sais tout, mais je vous dis ce que je fais sans filtre. et à la fin d'ailleurs je répondrai à vos questions voilà,
- Speaker #0
quelles que soient les questions il n'y a pas de questions tabou ok alors on en a parlé un petit peu aujourd'hui on est dans la quête de super performances avec des coureurs qui se lancent très vite dans parfois des défis de longue distance sans passer les paliers de la progression quel est ton regard là dessus sur ces montées rapides il faut je pense vous savez lorsque vous êtes de...
- Speaker #1
On suit les études, on ne commence pas par aller au lycée. D'abord on a passé par la maternelle, ensuite l'école primaire et ensuite on va au lycée. Donc voilà, et ce que je dis dans la course à pied, c'est pareil dans la vraie vie. Il faut prendre le temps de faire les choses. Jamais un charpentier va poser la toiture de votre maison si avant il n'y a pas un maçon qui est venu faire des fouilles et monter des moellons. Donc je pense que c'est pas la bonne solution parce que quelque part on prive la personne, la personne se prive en fait de la base de l'entraînement. Alors moi je viens de l'athlétisme pur et dur Après je suis passé à la course sur route J'ai un parcours traditionnel on va dire Mais voilà Le cross country c'est la base Des distances courtes Ou même chez les masculins On va pas dépasser une dizaine de bornes Et je pense que C'est quelque chose que lorsqu'on l'a pas fait Ca manque dans son éducation sportive A la fois parce que On va en parler tout à l'heure Mais effectivement moi j'entraîne aussi du dopomerain Je vais dire le jour que je l'ai entraîné c'est ça qu'on a modifié je lui ai dit t'arrête de faire des sorties de 5h tous les jours et on va essayer de construire quelque chose et c'est ça qui lui a permis de gagner un petit peu mais si on l'avait fait beaucoup plus tôt je suis sûr que Ludo pourtant Dieu sait s'il est extraordinaire mais il aurait peut-être pu faire encore mieux On voit que l'entraînement intensif peut comporter des risques surtout de blessures chez les coureurs concrètement
- Speaker #0
comment toi tu construis les plans d'entraînement de tes athlètes ? pour éviter le surmenage.
- Speaker #1
Alors toujours pareil, le mot, la progressivité. Voilà, ça c'est un mot, je vous ai dit, lorsque vous partirez d'ici, vous aurez oublié qui j'étais et tout ça, mais ne retenez qu'un mot, c'est progressivité. La progressivité, c'est un petit peu, on reprend ce que je viens de dire, c'est de ne pas bousculer les choses. Moi j'ai des gens qui m'appellent, ils veulent faire l'UTMB, bon déjà ils habitent au Mans. Au moins, il y a autant de bosses qu'à peu près ici. Donc déjà, c'est un facteur limitant, on va dire. Et puis, en fait, je pense que les gens aujourd'hui... grâce aux médias, grâce à des gens comme Mathieu, on démocratise un petit peu l'effort. Mais c'est faux. C'est faux. Et puis, je vois des personnes qui me disent, mais ce n'est pas grave, si je ne vais pas courir, je marcherai. Oui, mais quand on est dans le dur, marcher, c'est aussi difficile que de courir. Donc, ce n'est pas possible, ça. Donc, il faut... Je pense que la longévité se fait aussi par le fait qu'on a une espèce de plan de carrière. Alors c'est peut-être un mot un peu... Trop important pour des gens, des amateurs, et je me mets dedans, moi j'ai jamais été bon, donc il n'y a pas de soucis. Mais en fait de faire un pan de carrière, dire voilà aujourd'hui je fais des distances sur 20 jusqu'à 40 kilomètres. Et puis si ça va, je vais peut-être faire 40-60 et puis etc etc je montrerai. Mais aussi il faut vous dire que Usain Bolt, un grand champion, il a toujours fait que du 100 mètres. Ce n'est pas non plus une fin en soi d'aller faire des ultras. Si vous en avez envie, ok, mais aujourd'hui on a l'impression qu'on est que trailer si on a fait un ultra. Ben non, moi je ne suis pas tout à fait d'accord quoi. On a un trailer si on fait du trail, tout simplement, et quelle que soit la distance. Tout le monde est respectable, quelle que soit la distance qu'il va recourir. Mais toujours, je vous l'ai dit, la progressivité.
- Speaker #0
Alors tu entraînes Thomas Cardin qu'on a vu tout à l'heure sur l'estrade. Tu l'as accompagné dans sa préparation de la mythique Western States aux Etats-Unis. Une course exigeante où il peut faire très chaud, très rapide. Il termine quatrième de cette Western. Toi, dans ton accompagnement, quel bilan tu tires de cette préparation avec lui ?
- Speaker #1
Ben voilà. Encore une fois la progressivité. Thomas il a commencé avec moi, et je l'entraîne depuis 2019. Thomas il a commencé avec moi, et il était champion de France de très court, avant d'être champion de France de très long. Et puis aujourd'hui, il a fait un petit peu le tour. Donc on commence à monter en distance, et je sais qu'il a des qualités, mais quelque part, je le retrouve. retient par le maillot derrière pour lui dire « Monte pas tout de suite, on a le temps. Déjà, gagne tout ce qui a gagné, si tu le peux, sur des distances un petit peu plus courtes. Et puis ensuite, tu montres en distance. » Il faut savoir aussi qu'on imagine quelqu'un qui gagne l'UTMB, il n'a jamais rien fait d'autre. Il gagne l'UTMB, mais après, il fait quoi ? Il a le Graal, et c'est compliqué de se remotiver, alors que je pense qu'en allant progressivement, justement, on trouve aussi des nouveaux éléments de motivation. Aller sur des distances qu'on ne connaît pas, donc on redécouvre, on redevient le débutant qu'on a été. Et le débutant qu'on a été, c'est ça en fait qui nous met la motivation. Parce qu'il y a aussi, je vous ai parlé de la progressivité, mais aussi il y a l'envie. C'est l'envie, c'est le moteur de la performance. Si on n'a pas l'envie, vous savez, moi mes coureurs, quand parfois ils vont s'entraîner dans des conditions très difficiles, Mais malgré ça, ils ont quand même l'envie d'y aller, même s'ils savent que ça va être dur. C'est quand même leur fil conducteur, c'est la passion, c'est l'envie. Le joueur qui a plus ça, la performance elle est plus au bout, même s'il continue à faire le même entraînement. on est obligé d'entretenir cette flamme et quel que soit son niveau voilà quand je parle, alors malheureusement je parle souvent d'athlètes de très haut niveau mais ça je l'applique aussi à je pense que cet exemple c'est pas le bon parce qu'un jour on me l'a fait remarquer mais j'entraîne aussi une dame qui court deux fois par semaine et que son objectif c'est de faire un 10 km en une heure voilà je fais exprès d'entrer Traîner ces gens-là pour pas non plus être sur mon petit nuage et oublier la base de la course à pied. C'est important pour moi ça. Que de temps en temps, on me pose des questions. Ça me surprend lorsqu'on me la pose. Mais en fait, c'est les vraies questions. Il ne faut pas se... Et c'est pour ça que j'essaye de prendre des dossards aussi pour être au milieu du peloton. La deuxième moitié, et tout simplement pour être au cœur, avec vous, au cœur, entendre parler les gens, ma passion c'est de parler, alors il m'a dit attention, il ne faut pas trop en dire, mais voilà, c'est d'être au cœur de... ce peloton parce que l'âme des pelotons, l'âme de l'UTMB aujourd'hui, c'est vous. Ce ne sont pas les 2-3 coureurs qu'on a salués qui sont sur le podium parce que ce n'est pas eux qui vont faire la masse des coureurs. L'UTMB, ce qu'il est devenu, certes, il y contribue. Alors aujourd'hui, bien sûr, on met les plateaux en avant, mais c'est quand même vous tous qui venez, qui vous inscrivez, qui payez parfois assez cher pour venir faire ces courses. C'est vous qui faites le sport. Ce n'est pas ce qu'on a vu là. Ceci, c'est le sommet de la pyramide. Vous, vous êtes toute la base. N'oubliez jamais ça.
- Speaker #0
Alors, on a parlé de performance avec Thomas notamment et sa préparation. Donc la progressivité, on a bien entendu. Très important pour Philippe. On sait que le trail, dans le temps, c'est une discipline exigeante et traumatisante. Surtout si on enchaîne les longs courses ou les ultras. Comment réussir à durer le plus longtemps possible sans s'user prématurément ? Donc on parle parfois d'entraînement croisé, faire du vélo, de la natation. Qu'est-ce que tu conseilles toi pour durer ?
- Speaker #1
En fait, effectivement, entretenir ce que je viens de parler tout à l'heure, la motivation, c'est aussi peut-être faire du sport croisé. Alors on va prendre le cas de Ludo, parce que Ludo c'est le cas type. Moi je lui ai dit, Ludo, si t'arrives à un accident, que tu es mort, est-ce qu'il faut faire le don de ton corps à la science ? Faut qu'on ouvre pour voir pourquoi il est comme ça. Parce que moi je comprends pas non plus. Mais voilà, c'est quelqu'un qui fait tout l'hiver. Au revoir. Il va presque arrêter de courir et il va faire que du ski de rando. voilà donc c'est quelque chose qui quelque part il va travailler sa vo2max sa vitesse enfin pour dire mais sans courir sans traumatisme surtout parce que plus on prend de l'âge je suis bien placé pour en parler sitôt qu'on a couru on a mal partout quoi et donc c'est c'est des petites choses comme ça qu'on va essayer de mettre en place pour justement limité ce type de traumatisme et je lui demande aussi Parfois c'est compliqué, mais de moins courir, de moins participer à des compétitions, ça c'est important. Parce qu'à un moment donné, parfois c'est pas la compétition en elle-même, c'est la préparation qu'on a fait en amont qui est très exigeante. La compétition c'est juste la cerise sur le gâteau, c'est ce que nous on voit, mais il y a tout le travail qui est derrière et qui lui est traumatisant. Mais avec Ludo, je fais comme avec les autres, la progressivité, pareil. Il me semble que j'avais écrit quelque chose sur lui, justement, je ne le trouverai pas. Mais je pense aussi qu'avec l'âge, beaucoup ne s'en sont pas dans ce cas-là, mais il faut plus cibler ses objectifs, de ne pas trop se disperser. Ça, c'est quelque chose d'important. S'accorder plus de récupération après une course, ça c'est sûr. Déjà, pour monsieur tout le monde, c'est des choses que vous ne faites pas assez. Et surtout, s'accorder une phase de relâchement, ça, c'est en amont de la course. Et ça, les coureurs, ils en ont une peur, parce qu'ils ont le sentiment qu'ils vont tout oublier. Vous savez, c'est comme quand on va passer le bac, on a bien, bien, bien révisé, et la veille du bac, on croit qu'on ne sait plus rien. Ce n'est pas vrai. Je vois beaucoup d'échecs, en fait, Duc. coureurs, en fait, qui sont très bien préparés, sauf qu'ils en rajoutent toujours un petit peu de peur de ne pas être assez bien. Et en fait, ils passent à côté de leur course, tout simplement parce qu'ils ont voulu trop en faire. Alors, je vous ai dit tout à l'heure, un mot à retenir, la progressivité, mais une phrase aussi à retenir, mieux vaut une séance de moins qu'une séance de trop. Si vous avez un doute, on ne fait pas. Et moi je suis pareil dans l'entraînement, parfois je suis devant le point d'entraînement et je me pose la question, je me dis est-ce que je lui fais faire ça ou je ne lui fais pas faire ? Et je pèse le pour, je pèse le contre, et ce n'est pas écrit dans les livres, c'est moi qui prends la décision. la décision, et bien voilà, quand je sais pas bon fais pas, voilà au moins je préfère que mon athlète il parte avec 99% de son potentiel plutôt que plus que 100 ça ça existe pas, et que le gars il soit de l'autre côté de la barrière en train d'applaudir ses copains parce qu'il est blessé, parce qu'il est fatigué donc n'oubliez jamais ça il y a quelque chose aussi Pour Ludo, j'ai aussi des coureurs de très bon niveau. On ne peut pas, contrairement aux jeunes, ça vous paraît surprenant ce que je veux dire, alors que je vous dis qu'il faut bien récupérer entre les courses, etc. Je ne fais pas de coupures, comme je peux faire avec des athlètes jeunes. Avec des jeunes athlètes, je fais des coupures de 3 semaines à moi, où ils ne vont pas courir. Avec des jangles type Ludo, on ne peut pas se le permettre, ça. Parce qu'ils ne reviendront pas à leur niveau premier. On fait une coupure, on dit grosso modo qu'il faut le double de temps. Pour revenir au même niveau, il faut le double de temps que le temps de la coupure. C'est-à-dire que si on a coupé un mois, il faut deux mois pour retrouver son niveau précédent. Mais ce n'est pas vrai pour quelqu'un qui a pris de l'âge. Parfois même, ma peur, c'est qu'il ne retrouve pas son niveau initial. initiales. Donc du coup, ça peut paraître bizarre. Je dis, il faut qu'il en fasse moins. On fait des bonnes récupérations après les courses, mais des coupures, ce que j'appelle des coupures, chez mes athlètes jeunes, on en fait une en été, en juin, juillet, et on en fait une... une autre en hiver. Mais avec je prends Ludo parce que c'est l'exemple que tout le monde connaît, j'évite de faire des coupures trop longues parce que ensuite c'est trop difficile pour qu'ils retrouvent leur niveau. Et moi j'ai toujours cette hantise c'est que leur niveau ils le retrouvent pas et que ça soit à cause de moi parce que je les ai fait couper un peu trop tôt.
- Speaker #0
On a parlé pas mal de préparation physique et d'entraînement. Alors Philippe, on en a déjà parlé il y a la préparation mentale qui arrive très très fort dans le milieu du trail on en a déjà parlé. Toi, tu me dis que t'en fais pas, mais je sais que t'en fais. J'aimerais juste que tu nous parles de ces mots que tu dis à tes coureurs sur les ravitaux. Et je t'avais vu une fois au Templier avec des coureurs qui faisaient leur premier Templier et tu les avais pris comme ça autour de toi et tu leur avais dit vous êtes là, vous allez en baver, mais soyez content d'être là quoi.
- Speaker #1
Non, c'est vrai que après mes athlètes, ils sont libres d'en faire de la préparation mentale ou pas. La plupart n'en font pas. Parce qu'on en fait sans faire, moi j'ai pas de diplôme pour ça. Par rapport à un entraîneur, je me définis comme un coach. Parce que vous savez, on met souvent les deux mots pareils. En fait, pour moi, c'est pas la même chose. Moi je suis entraîneur quand je suis dans mon club, je mets des séances d'entraînement à mon groupe qui a 20-30 personnes. Individuellement, c'est peut-être pas fait spécialement pour lui ou pour elle, mais en fait c'est fait pour le groupe. Alors que quand je suis coach, là je m'intéresse à leur vie en fait. Moi, Ludo, Thomas, etc. Je connais leur femme, il faut faire gaffe à ce que je dis, mais je les connais très bien, mais en tout bien tout honneur. Mais je veux dire, on communique souvent. Je connais ses enfants, et puis je connais aussi ce qu'ils font dans leur vie professionnelle. Je sais tout ça. Et quelque part, lorsque je construis l'entraînement, je tiens compte de tous ces paramètres. Donc les connaissant tellement, je peux dire des mots parfois. qui serait mal acceptée d'une autre personne, et on va parler du cas de Sarah, et que moi je sais le mot qu'il faut utiliser, parce que c'est ça en fait le coaching, c'est utiliser le mot qui va faire que l'athlète, soit on va le blesser, soit on va le, mais le blesser dans le bon sens, soit on va le permettre justement de se sublimer. Et là j'ai vécu ça, et bien, alors je me souviens de ce que tu dis là, mais cette fois où, voilà, j'avais fait ma petite conférence Là c'était un petit groupe, donc je ne les connaissais pas individuellement, c'était plus compliqué. Mais là vous l'avez, tout à l'heure Adeline va courir, je l'ai pris tout seul, pendant que Mathieu parlait un peu, je l'ai pris tout seul dans mon coin et je lui ai dit des choses. Je vais faire pareil avec Thomas, mais je ne vais pas dire les mêmes choses à Thomas que j'ai dit à Adeline. Parce que c'est deux configurations totalement différentes. Et peut-être qu'ils auront le même résultat, un chez les filles, un chez les garçons. Donc il faut utiliser les mots. L'exemple récent, c'est mardi. Sarah, qu'on a vu tout à l'heure, c'est moi qui l'entraîne.
- Speaker #0
Qui a gagné la TDS mardi.
- Speaker #1
Qui a gagné la TDS qu'on a présentée tout à l'heure. En fait, elle est partie très très fort. Elle a été toujours devant, toujours devant. À un moment donné, à Beaufort, elle avait une quarantaine de minutes. Et puis ensuite, on a vu son écart fondre comme neige au soleil. Et là, j'ai pensé peut-être que c'était ses poursuivantes qui remontaient. Donc c'était elle qui s'éteignait tout doucement. Et en fait, son compagnon m'avait téléphoné parce qu'il est pompier et il était au boulot le matin. Mais il m'a dit, Philippe, c'est pas possible que je ne sois pas là pour l'accueillir. J'ai 5 heures de route, je pars. Mais tu ne lui dis pas. Voilà, moi je vais lui faire la surprise. Ok, je lui dis, c'est super, ça va être génial cette arrivée. Et puis là, quand ça commençait à devenir... Dur, voire très dur. J'ai été la voir, personne ne m'a vu, j'étais tout seul dans un endroit, je me suis retiré du public, parce que je voulais que mes mots pèsent, et à un moment donné je lui ai dit, écoute Sarah, tu vas avoir une surprise à l'arrivée, ton compagnon il est là, enfin Emilien, Emilien il va être là, je ne devais pas le dire, mais je veux te le dire, parce que là, les derniers kilomètres que tu es dans la souffrance, tu ne vas plus courir pour toi, mais tu vas courir pour lui. Et là, t'as plus le droit de te plaindre. Et là, c'était une côte. On a quand même quelques vidéos chez nous, mais qu'il ne faut pas diffuser. Il y avait une côte, et elle s'est remise à courir. Enfin, sur 10 mètres. Mais voilà, elle a eu une petite larme. mais voilà j'ai j'ai touché ce qu'il fallait le mot après elle a recreusé les carles mais ça peut-être pas de rapport mais voilà j'ai j'ai fait du coaching la quoi en fait je vais pas dit court comme si court comme ça j'ai non non c'est simplement j'ai utilisé les mots qu'elle allait la toucher elle était d'autant plus elle a fleur de peau quoi je veux dire elle avait déjà 18 heures de course dans les pattes elle était voilà elle avait les larmes aux yeux et là le fait que je lui dise ça je savais que ça allait faire un électrochoc alors avant je lui ai téléphoné à son compagnon pour lui demander si j'avais le droit quand même mais je lui ai dit voilà des mots et ça m'arrive de le faire avec Thomas avec d'autres athlètes et je m'isole parce que je veux bien qu'ils m'entendent et puis surtout je veux pas que les gens entendent aussi ce que je dis parce que parfois je culpabilise même d'avoir dit ça mais toujours les athlètes ils me remercient à l'arrivée mais je dis des choses j'ai de la peine de le dire parce que je les vois dans une telle souffrance je les connais très bien de dire, allez, il faut continuer, il ne faut pas lâcher. Mais voilà, je suis aussi là pour les pousser et non pas rentrer dans leur jeu. Parce qu'à un moment donné, ils n'ont qu'une envie, c'est que je leur dise, écoute, tu as tout donné aujourd'hui, bon ben, si ça ne va pas, tu arrêtes. Et là, je vous dis, ils ne font pas un mètre de plus. Ils attendent, en fait, ils nous tendent la perche pour qu'on leur dise ça. Et moi, je suis plutôt à leur mettre un coup de pied dans les fesses qu'à leur dire ça. Et à l'arrivée, ils vous remercient. Parce qu'ils savent l'importance des mots que l'on a eus à ce moment-là. Voilà.
- Speaker #0
Alors, Philippe, dernière question. Après, on laisse la parole au public. Quel conseil tu donnes pour les gens qui vont courir dans les prochains jours, peut-être sur la CCC ou l'UTMB ? Un petit conseil avant le départ ?
- Speaker #1
Voilà donc déjà tous ceux qui vont courir je pense qu'ils se sont préparés enfin je leur souhaite parce que sinon ça va être dur ça va être dur pour tout le monde il y en a qui courent parmi vous là, levez les bras là il y en a un ou deux quoi il y a Jérémy qui fait l'UTMB tout à l'heure j'ai dit des mots là allez je vous en livre quelques-uns quand même vous êtes venus, vous êtes sympas, vous êtes restés en plus Mathieu il est parti mais vous êtes restés merci en fait tu vas courir tu m'as dit je sais pas, tu fais quoi ? t'as pas choisi, alors c'est le plus facile pour moi c'est que Et que quand tu vas courir du TMB, tu vas souffrir. Beaucoup, beaucoup. Tu es d'accord, tu rigoles, tu le sais. Tu as payé pour, tu t'es entraîné pour. Et bien, quand tu seras sur ta course, et quand tu vas être dans le dur, tu penseras à ce qu'on est en train de se dire, à cette soirée. Et tu diras, quand Philippe m'a posé la question, je lui ai dit, je sais que je vais avoir mal partout, je vais souffrir. Donc, quand ça va t'arriver, c'est normal. Donc ça sera à ce moment-là qu'il ne faudra pas baisser les bras et qu'il faudra que tu retrouves les ressources nécessaires pour aller plus loin. Et je te souhaite qu'il y ait quelqu'un qui t'accompagne et qui trouve les bons mots aussi pour t'aider à ce moment-là. Mais déjà, repense à cette soirée qu'on a faite où tu sais que tu vas souffrir. J'allais dire un mot, mais tu es trop gros, mais tu sais de quoi je parlais. Donc voilà, ça va être très très difficile pour toi, mais voilà, tu le sais. Si tu ne voulais pas souffrir comme ça... fallait pas t'inscrire c'est pas comme les impôts ça on vous oblige pas donc si tu voulais pas le faire tu mets tu la fais c'est génial quoi et si j'ai l'occasion de te voir crois moi tu vas m'entendre mais dans le bon sens je te connais pas suffisamment pour utiliser des mots durs avec toi voilà Donc voilà, je vous souhaite, pour ceux qui vont courir, je vous souhaite une très très bonne course. Et gardez ce mot que je vous ai dit en tête. Je ne veux pas le répéter, mais vous le savez. Donc gardez-le bien en tête, d'accord ?
- Speaker #0
Merci Philippe. Alors, on a encore quelques minutes pour les questions du public. Si vous avez des questions pour Philippe, pour vos prochains entraînements ou votre coaching, allez-y.
- Speaker #2
Bonsoir Philippe, merci d'être venu. Ma question pour vous est assez simple. Comment...
- Speaker #1
Pour toi ? Pour toi,
- Speaker #2
pas pour toi. La question pour toi est assez simple. Comment est-ce que tu affrontes, quand tes athlètes que tu coaches ont des blessures, comment est-ce que tu, en tant que coach, comment tu les aides à affronter ces blessures ? Merci.
- Speaker #1
C'est une question délicate, mais c'est alors que, en gros, quand il y a une blessure, c'est plus moi qui gère, c'est le staff médical. Il y en a, tout à l'heure, tu pourras poser la question, il y en a autour, et tout à l'heure, Cindy va intervenir. mais en fait, quelque part, c'est plus à nous de gérer. Mais par contre, nous, notre rôle en tant que coach, c'est au contraire d'être là pour l'accompagner l'athlète, parce qu'on sait que c'est là que c'est difficile. Lorsqu'ils peuvent s'entraîner, ils n'ont pas de soucis, c'est bon. Tu vois, je prends Thomas, Ludo, des fois, ils arrivent un mois, deux mois, sans qu'on se voit quand on se téléphone. Mais quelque part, je suis content, c'est que ça marche. Je sais que quand le téléphone sonne et que ce n'est pas prévu, et que je vois leur nom, j'ai toujours une petite appréhension qu'ils m'annoncent quelque chose. Et je pense que là, tu n'es plus entraîneur, tu es coach, et c'est là qu'il y a l'importance aussi de bien connaître ton athlète. Et quelque part, tu es là pour lui tenir la tête pour qu'il ne sombre pas. C'est là qu'on a le plus d'importance, notre rôle est le plus important. Plus que lorsque ça fonctionne bien, où tu te contentes de lui dire que c'est bien les chronos. « Nocta, c'est bien, bravo, t'as gagné la course. » Et puis, il faut bien penser que c'est des moments très difficiles pour eux. D'autant plus qu'aujourd'hui, vous n'êtes pas sans savoir que le peloton est en train de se professionnaliser quand même sur les élites. Et donc, vous savez, pour un athlète lambda, il y a le sport, la famille et les potes, tout ça, et puis il y a le boulot. Sauf que le sport, le boulot, c'est la même chose. Donc il n'y a pas cet échappatoire pour eux, pour quelque part débrancher, même si parfois on va au boulot, on y va un petit peu à reculons, mais n'empêche que pendant qu'on fait ça, on ne pense plus à la course à pied. Eux, ce n'est pas le cas. Donc c'est encore plus difficile à gérer. Donc moi, mon rôle, c'est simplement de les accompagner, de passer ce mauvais moment
- Speaker #0
au plus près d'eux, en les rassurant, en leur disant c'est pas grave. Et puis moi j'ai cet avantage, je commence à avoir un peu de la bouteille, d'avoir plein d'exemples de coureurs qui ont été blessés certainement plus gravement qu'eux et qui derrière ça n'a pas posé souci. Ils ont retrouvé leur niveau, etc. Mon rôle en fait c'est de quelque part, ils sont en train de se noyer dans la piscine, je leur jette une bouée pour qu'ils tiennent en surface. Ils veulent sortir mais ils n'y arrivent pas. Mais au moins qu'ils tiennent en surface et qu'ils ne se noient pas.
- Speaker #1
Bonsoir. Je voulais juste poser une question sur ton activité de coach. Tu disais t'impliquer parfois très, très, très loin dans la vie privée des athlètes, de tous les sportifs, peu importe le niveau. Est-ce que toi, sans arrière-pensée négative, est-ce qu'il y a des limites que tu te fixes dans l'implication de leur vie personnelle, intime ou pas ? Ou est-ce que ça dépend des athlètes ?
- Speaker #0
Ouais. Parfois je me dis, est-ce que je suis coach ou je suis gourou, ça m'est arrivé. Alors je ne citerai pas de nom, mais j'ai deux filles qui ont divorcé. Alors ce n'était pas pour venir avec moi, je vous rassure. Tout simplement parce que leur compagnon, quelque part, les gênait dans leur pratique. Et qu'à un moment donné, pour respecter ce que Philippe il avait dit, ils ont pris l'option de s'en séparer. Et là, ça m'est arrivé deux fois dans ma carrière. Et là, ça me met vraiment en difficulté, parce que moi, en plus, je connaissais bien le mec, ce que je vous ai expliqué. Je connaissais. Et à un moment donné, elle vous annonce qu'ils se sont séparés, quoi. Déjà ça vous met un coup, vous ne comprenez pas, et puis quand vous discutez beaucoup, en gros elle ne vous le dit pas mais vous le comprenez, qu'en fait elle le voyait comme un boulet, elle avait coupé la chaîne. Donc parfois, ça fait peur l'implication qu'on peut avoir. Et même par rapport à Sarah, que je vous dis, j'ai utilisé ces mots, là ça va dans le bon sens en fait. Mais quelque part, j'ai violé aussi leur intimité à Sarah et à Emilien. Emilien me dit, tu dis rien. Mais à un moment donné, j'appelle Emilia et je lui dis écoute Emilia, tant pis, t'as surprise. Moi je préfère qu'elle soit pas surprise et qu'elle gagne, plutôt qu'elle soit surprise de toi mais qu'elle soit déçue d'être deuxième quoi. Donc voilà, mais c'est vrai que parfois je perce un peu leur intimité et qu'il faut aussi avoir des gardes fous parce qu'il faut faire attention quoi. C'est vrai que vous me posez deux questions là qui... Ouais c'est des super questions, je pensais pas répondre à des questions comme ça. Plus comment il s'entraîne machin chose là. Mais ça c'est des vraies questions que vous avez posées, c'est super. Encore une question super là, ou deux ou trois. Et puis... Et puis moi, je vous dis, je ne pars pas. Je vais voir d'abord mes collègues, tout ça. Et puis je suis là. Et moi, je discute avec vous jusqu'à 6h30 demain matin. Parce qu'il faut que je parte. On part pour emmener les coureurs au départ de la CCC. Mais jusqu'à 6h30, je peux rester avec vous.
- Speaker #2
Bonjour. Bonsoir Philippe, moi j'ai une question, c'est quel est votre point de vue sur le développement de l'analyse des données avec les montres, avec tous les logiciels et sur la façon de coacher les athlètes avec l'ensemble de ces données et peut-être même aussi avec l'IA aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors moi je suis un coach de la vieille génération et j'ai dit que je vous parlerais, ce que je fais, c'est pas forcément la vérité. Moi je m'en occupe pas de tout ça, je m'en occupe pas. Tu vois, ce que je dis, peut-être qu'il l'a fait gagner, Sarah, c'est les mots que j'ai dit, ça n'a rien à voir avec les datas, ça n'a rien à voir... Voilà, à un moment donné, tous ceux que j'entraîne, moi, personne ne s'en occupe de ça. Les datas, en fait, on parle de datas, on découvre ça, mais non, moi je viens du marathon, les datas au marathon. C'est le mec qui voulait faire 3 heures au marathon, de tête, ça fait 4 minutes 17 au kilo, on lui disait, tous les kilomètres, il passe à 4'17. Les datas, elles n'existaient pas, mais c'était ça. Donc moi j'utilise pas, voilà. Après, parfois ça me fait poser question quand même. Je me dis, est-ce que t'as raison, t'as pas raison ? Mais d'un autre côté, je peux pas me permettre vis-à-vis des athlètes d'avoir des doutes. Parce qu'ils me font une confiance parfois peut-être trop importante, mais s'ils me sentent dans le doute, j'en transmets en fait. Et donc, je me focalise sur la façon dont j'entraîne depuis 35 ans. Alors, il ne faut pas non plus me prendre... J'ai un peu évolué quand même. Mais, grosso modo, vous savez, tous les plans d'entraînement, j'ai écrit dans des magazines, tous les plans d'entraînement qu'on voit aujourd'hui, on est deux, trois les avoir faits il y a... C'était au début du siècle. Et grosso modo, on s'entraîne toujours pareil. Toujours. Après, bien sûr, on a des outils. Mais le problème, moi j'ai vu, parce que moi aussi au début, j'étais dans ce sens en disant ça va les aider. Or en fait, ils en sont devenus prisonniers. À un moment donné, le coureur, il regarde sa montre, il doit passer en temps au kilo, il n'y arrive pas. Mais s'il n'y arrive pas, c'est qu'il ne peut pas. Et s'il va à tout prix respecter ce qui est écrit et ce que les dateurs lui ont dit de faire, mais à ce moment-là, il n'est pas capable de le faire. Je vais vous prendre un exemple pour que vous compreniez bien. 10 fois 400 mètres. Vous faites une séance de 10 fois 400 mètres le mardi soir. C'est à 18h. Vous venez du boulot, une journée de merde. Après, pour aller au stade, des bouchons de partout. Vous allez faire vos 10 fois 400 mètres. Les dators, vous l'avez, moi, vous dites que vous devez les tourner en tant que 400 mètres. Vous êtes incapables de le faire. Parce que vous êtes fatigués. Et vous allez refaire la même séance, vous, le même coureur, le samedi matin. Vous vous êtes levé à 8h, 9h du matin, tranquillement, et vous allez au stade à 11h. Vous allez faire plus que ce qui est écrit. Pourtant, le travail, il a été aussi bien fait le mardi soir que le samedi matin. Pourtant, si je me réfère au chrono, ce n'est pas du tout les mêmes. Et il faut savoir que le mardi soir, quand vous allez rentrer chez vous... Vous allez voir la tête dans le seau. Vous dites, je suis un nul, je ne suis pas capable de faire. Et ça va vous impacter. Alors que si on s'entraîne... En fait, ce qui est important, c'est les sensations du jour. Vous êtes à 100% le mardi soir et 100% le samedi matin, mais ça ne correspond pas au même chrono. Mais c'est normal.
- Speaker #3
La data nous dit qu'il reste une dernière question.
- Speaker #4
Oui, merci. C'est en rebond à la précédente question. J'ai entendu, je ne sais plus dans quel podcast, que vous faisiez des... des entraînements uniquement presque au ressenti d'effort. Je trouvais ça super intéressant parce que plutôt que de noyer les gens dans « tu dois faire tant de vitesse 10 fois et récupérer à telle vitesse » , plutôt de dire « tu fais 8 sur 10 pendant une minute » . Quel est votre vécu et votre conviction par rapport à ça ? J'imagine que si vous l'appliquez, c'est que c'est intéressant.
- Speaker #0
Je l'applique parce que je... Moi j'ai été coureur avant aussi, il y a longtemps, c'était l'autre siècle, mais j'ai vu ces contraintes et j'en étais prisonnier. Et on n'était pas au point où on en est aujourd'hui. À un moment donné... il faut laisser un espace de liberté aux coureurs. Et puis le trail quand même, si on revient à l'essence du trail, c'était aller courir dans la nature. Nous on venait de la route quand on a découvert le trail, parce qu'on en avait marre déjà de faire le marathon, et de temps au kilo, etc. Et on s'est retrouvé dans la nature. c'était génial, les kilomètres n'étaient plus indiqués, on ne savait plus où on en était, et c'était, voilà, on a retrouvé une certaine essence, et aujourd'hui, il me semble qu'on fait un peu l'effet inverse. Alors, peut-être aussi parce que les coureurs du peloton sont plus jeunes, et qu'ils n'ont pas ce vécu de moi et des plus anciens qui viennent de la route, et qui avaient déjà cette obligation, et on venait pour trouver un espace de liberté, et je pense qu'aujourd'hui, on le perd, quoi. Et je... Les datants, enfin, tout ce qui est... tout ce qui est outils, je veux dire, maintenant les gens ils courent et ils ont un ordinateur de bord sur le bras mais je leur dis souvent cet ordinateur là, vous le posez par terre vous vous courez, vous verrez, il va jamais vous rattraper, il va bien rester ici il faut pas en être obnubilé je vais vous prendre un exemple enfin il va m'engueuler mais je vais vous prendre un exemple, parce que ça dure trop mais je vais vous prendre un exemple, c'était Connemara 2011, championnat du monde Une fille qui a fait 2,32 sur marathon, que je sélectionne au championnat du monde. Et en fait, il y avait le problème, c'était le début des montres connectées. Et tous nos Français, nous en avions. Sauf que les étrangers n'en avaient pas. Donc à la réunion technique qui a lieu toujours la veille, ils disent, il y en a un qui pose la question, est-ce qu'on a droit ou pas ? Il n'aurait jamais dû la poser, mais il y en a un qui pose la question. Les autres, ils se reconcertent, ils disent, ben non, comme ça, ça ne sera plus équitable pour tout le monde. Moi, personnellement, ça ne me dérangeait pas. Je ne l'entraînais pas, cette fille. Je l'avais juste en équipe de France. Et là, on rentre à l'hôtel, on fait le débrief de ce qu'ils nous ont dit. Et là, la fille, elle est livide parce qu'elle ne va pas pouvoir utiliser ces outils qu'elle utilise. Je l'utilise d'habitude à l'entraînement. Et fort heureusement, j'en avais beaucoup dans l'équipe qui ne l'utilisaient pas. Et je n'ai même pas eu besoin de moi d'intervenir. Ils lui ont expliqué qu'en fait, eux, ils n'en avaient pas. Ils étaient aussi en équipe de France avec elle. Ce n'était pas un souci. Mais il a fallu que je fasse après du coaching derrière pour lui expliquer que... Mais elle en était à ne pas prendre le départ. Alors que c'était qu'une montre, quoi. C'était pas comme si son mari était malade. C'était juste une montre. Mais c'était le début. Et tu vois, toutes ces expériences m'ont fait peur et me font peur aujourd'hui un peu dans la direction que prend le trail. c'est pas la direction originelle mais bon après il faut aussi savoir s'adapter et ce que je vous dis, je le redis encore c'est que mon point de vue et j'ai pas forcément la vérité,
- Speaker #3
mais c'est la mienne on peut applaudir Philippe Propage merci voilà cet épisode de Trail Story est maintenant terminé je vous remercie de votre écoute la semaine prochaine dans Trail Story j'aurai le plaisir de vous proposer une autre conférence que j'ai fait pendant la semaine UTMB Oui. Nous retrouverons Mathieu Masbernard, le conjoint de Blandine Guirondelle, qui nous parlera de ravitaillement en trail et d'assistance en course au plus haut niveau. Chaque détail compte. Nous terminons avec une chanson de Steel Corner, The Trip. Bonne aventure trail à toutes et à tous !