- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans 3 souffles 1 horizon, le podcast où la sagesse chinoise dialogue avec les questions de notre époque. A travers le Yijing, le livre des changements, nous cherchons moins des réponses toutes faites qu'une manière plus juste d'observer. de comprendre et d'agir. Aujourd'hui, nous poursuivons notre voyage aux sources du Yijing. Et dans cet épisode, nous remontons près de 3000 ans en arrière pour découvrir comment la dynastie des Zhou lui a donné sa forme fondatrice. Et nous verrons également comment la tradition confucienne en a renouvelé la lecture jusqu'à faire du Yijing l'un des grands classiques de la Chine impériale. Je retrouve aujourd'hui Stéphanie. Bonjour Stéphanie.
- Speaker #1
Bonjour Davido.
- Speaker #0
C'est un réel plaisir de te retrouver pour ce nouvel épisode.
- Speaker #1
Plaisir partagé.
- Speaker #0
Je te propose pour ouvrir notre échange une question essentielle, à savoir comment une pratique destinée à prédire les événements est-elle devenue un guide pour trouver la posture juste face aux situations que nous traversons ?
- Speaker #1
Ok, vaste question, ça va être l'objet de cet épisode. Alors, en fait, on va voir dans la période qu'on va étudier là, trois grandes transformations. On était resté avec les changs et leur divination sur les carapaces de tortue. La première transformation, ça va être que le support change, on va passer des carapaces aux hexagrammes. Alors, on avait vu que... sous les Chang, donc sous moins 1700, moins 1100 avant notre ère, la consultation s'appuyait exclusivement et massivement sur des os et des carapaces de tortues. Que cette divination était destinée aux souverains exclusivement. Peu à peu, c'était devenu son usage exclusif. Et donc le principe était le suivant, les devins approchent un tison chaud d'une carapace de tortue, cela crée des fissures et qui donne des réponses interprétées par les devins. Ces fissures, enfin ces carapaces d'abord, ce qui est intéressant c'est que les devins ont noté les questions et les réponses, donc leur interprétation des fissures sur ces carapaces, ils ont donc documenté, répertorié et ils ont archivé. Pendant toute cette période. Exactement. Donc là,
- Speaker #0
on est sur des centaines et des centaines d'années et on a retrouvé sur les sites des milliers et milliers de carapaces. J'ai retenu le chiffre de 30 000. Donc, quand on parle d'archives, c'est une bibliothèque.
- Speaker #1
Et du coup, ces inscriptions sur les carapaces sont comme une multitude de photographies, de consultations particulières. Et ces traits continus et discontinus sont la préfiguration des futurs hexagrammes. À partir de ces archives, les Zhou, la dynastie des Zhou, là on est moins 1100, moins 200 avant notre ère, ils vont progressivement synthétiser l'ensemble de ces archives en 64 situations type, qu'on va appeler les 64 hexagrammes, qui constituent ce qui va devenir le Zhou Yi. 64 hexagrammes, c'est quoi ? Pourquoi 64 ? Alors hexagramme déjà c'est quoi ? C'est 6 traits, hexa 6. On a 6 traits, on a vu qu'il y a des traits continu et discontinu. Il y a deux combinaisons possibles sur chacune des 6 lignes, soit un trait plein, soit discontinu. 2 puissance 6, ça fait 64. Il y a 64 combinaisons possibles qui donnent les 64 situations. Ces traits pleins ou discontinus seront plus tard, bien plus tard, interprétés comme yin-yang. Ce sera une grille de lecture, mais c'est beaucoup trop tôt pour en parler.
- Speaker #0
Oui, pour l'instant, on parle donc d'un texte qu'on appelle le Jouyé.
- Speaker #1
Alors, ce n'est pas encore un texte. En tout cas, c'est pendant les Jôs, tu as raison, et c'est vrai, et c'est sans doute la deuxième transformation. C'est le texte qui se construit. C'est-à-dire, non seulement on a 64 hexagrammes, mais peu à peu, il y a un texte qui se construit et il y a même une légende.
- Speaker #0
Oui, alors la légende qui vient porter le regard sur comment le texte s'est construit Un personnage clé de l'histoire de Chine qui a existé, qui s'appelle le roi Wen, qui est un vassal des Shang à la fin de la dynastie des Shang, et qui lui s'occupe des Zhou. Il se rebelle contre le dernier souverain Shang, qui par ailleurs est un tyran, qui n'est pas très apprécié. En conséquence de ça, le tyran l'emprisonne pendant une période assez longue. On parle souvent de sept années de captivité.
- Speaker #1
Oui, effectivement, ça laisse le temps de faire des choses. Que fait-il donc ?
- Speaker #0
Il utilise bien son temps puisqu'on dit que le roi Wen a profité de ce temps pour donner un nom à chacun de ces hexagrammes. 64 hexagrammes ont été nommés. Et également, à chaque nom correspond en fait une nature de l'hexagramme. Et donc a écrit un premier texte sur une qualification de la nature de l'hexagramme.
- Speaker #1
Ce qu'on appelle le jugement d'ailleurs.
- Speaker #0
Ce qu'on appelle le jugement et qu'on retrouve encore aujourd'hui. Donc on lui attribue cette écriture. Son fils, quelques années après, les Zhou ont renversé les Shang. Et son fils, le duc de Zhou, va poursuivre ce travail en... affinant sur chacune des lignes de l'hexagramme un nouveau commentaire qui va aller dans la continuité de ce que son père traditionnellement, on a tripé son père ce que son père avait fait pour qualifier ce que représente le conseil de l'hexagramme et à partir de là, on a un livre qui s'est créé qu'on appelle le Jouy ok et qui va servir de référence pour tous les actes de divination chez les Zhou.
- Speaker #1
Ok, donc en fait, sous les Zhou, et probablement que c'est au-delà de la légende, c'est une élaboration progressive tout au long de cette dynastie, émerge donc ce système qui est fondé sur des figures composées de traits, qu'on appelle les hexagrammes, et auxquels sont maintenant associés des textes, des commentaires.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Mais donc du coup... Est-ce que c'est toujours de la divination ? En tout cas, c'est des réponses ? Comment on a la réponse quand on se pose une question ?
- Speaker #0
C'est toujours de la divination dans le sens où c'est le même acte de conseil au souverain que les devins de l'époque des Shang poursuivent dans l'époque des Zhou. Simplement, ces devins n'ont plus utilisé des carapaces de tortue, ils vont utiliser le Zhou Yi. Et pour pouvoir, en fonction de la question posée par le souverain, et donc faire émerger une réponse, donc un hexagramme, ils vont utiliser une plante assez commune qui s'appelle l'achillée millefeuille. Ils vont utiliser les tiges qu'ils ont fait sécher. Ils vont en prendre 50 dans leurs mains. Ils vont progressivement, avec des manipulations, les séparer jusqu'à obtenir le numéro d'un hexagramme. Donc on a un tirage qui se met en place. Et par le numéro de cet hexagramme qui ressort, il y a la réponse à donner au souverain.
- Speaker #1
Ok, très bien. Est-ce que ça veut dire que ce Zhu Yi, c'est le noyau ancien du texte qu'on appelle aujourd'hui le Yijing, mais est-ce que ça veut dire qu'à ce stade, on a déjà le Yijing tel que nous le connaissons ? Je connais la réponse à cette question. Ça nous amène à la troisième transformation, qui est un tournant philosophique. C'est-à-dire que la fonction même de ce Zhu Yi, qui deviendra le Yijing, change.
- Speaker #0
Ça change. C'est... C'est intéressant parce que là, on voit vraiment qu'il y a toute une évolution du Yijing et de la manière dont il suit les sociétés et il les accompagne. Et ce tournant philosophique, il a lieu avec un personnage, je pense que tout le monde connaît, qui est Confucius, qui arrive sous la dynastie des Zhou. Lui, il arrive au 5e siècle avant notre ère. Le contexte, c'est que c'est... Ce sont des conflits chez les Zhou, ils n'ont pas réussi à stabiliser leur royaume, donc il y a des conflits de différents clans.
- Speaker #1
Ce qu'on appelle les royaumes combattants, c'est ça ?
- Speaker #0
Les royaumes combattants. Dans ce contexte de conflits, il y a des vrais bouleversements dans la société chinoise. Ces bouleversements, on voit qu'il y a la guerre, mais il y a également des bouleversements technologiques qui apparaissent, la maîtrise du fer notamment. Et Confucius arrive en observant un trouble assez fort dans cette société et ouvre une pensée et même une école de pensée sur des conseils qu'on peut dire des conseils moraux pour que chacun des contemporains, des Jo, en tout cas de ses contemporains... puissent avoir une attitude juste dans une période en plein trouble.
- Speaker #1
Ok. Donc, en fait, c'est essayer de trouver un peu de stabilité dans cette période de bouleversement, si je comprends bien.
- Speaker #0
C'est son objectif, à travers toute cette pensée qu'il développe.
- Speaker #1
Et en quoi il contribue au yijing ?
- Speaker #0
Alors c'est une pensée déjà, lui il va y contribuer, mais surtout tous ses disciples qui vont poursuivre son travail pendant des décennies. Et là où on voit une trace très claire de cette influence dans le yijing, c'est l'arrivée d'un nouveau commentaire qui s'appelle la dixième L, qui est vraiment en lien direct avec toute cette pensée confucéenne. et qui change un petit peu la fonction de l'usage. Chez les Zhou, on a dit que c'était les Zhou Yi. Mais là, la fonction va progressivement changer avec l'influence de l'école confucéenne.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Notamment sur la place de l'homme et la moralité de l'homme dans une société en développement. C'est très intéressant de voir que le Yijing, dans sa version... qu'on a quasiment contemporaine avec l'arrivée de cette pensée, vient donc donner des conseils de posture, non plus aux souverains, mais à tout individu dans une société.
- Speaker #1
Ok, donc la dixième L, c'est finalement un ensemble de commentaires qui donne au texte une portée philosophique, morale et cosmologique plus large.
- Speaker #0
Oui absolument, parce que philosophique, morale et cosmologique, c'est Toute la transformation qui est dans cette société se fait pas uniquement à travers le yijing. On a parlé tout à l'heure du yin-yang, donc le concept yin-yang apparaît à ce moment-là. Il vient appuyer cette nouvelle pensée.
- Speaker #1
Ce qui est intéressant, effectivement, dans le yijing... qu'ouvrirait le Yijing et l'IRES. Ce qui est frappant, c'est que finalement, ce n'est pas du tout ésotérique. C'est extrêmement pragmatique. Alors, ça peut être totalement obscur.
- Speaker #0
Ça fait référence à des périodes historiques. Voilà,
- Speaker #1
à la pratique. Ce qui est écrit est contemporain en apparence. Mais c'est écrit à partir de ce que sont les Chinois à cette époque, c'est-à-dire les agriculteurs sédentaires depuis longtemps, qui sont soumis aux aléas du climat. et qui ont besoin de naviguer dans ce mouvement de la vie, du monde, et pour leur survie, d'observer les saisons, l'impact des éléments autour d'eux, pour pouvoir adopter la bonne attitude au bon moment et s'adapter, c'est assez essentiel. C'est-à-dire que savoir si on plante le riz en automne, en hiver ou au printemps, c'est assez clé. Et de comprendre les grands mouvements des saisons, notamment, c'est important. et quand tu dis On parle du yin-yang, ce qui est toujours quelque chose d'assez réducteur quand on en parle aujourd'hui en Occident. C'est un concept en mouvement, en fait. Toi, tu prends souvent la métaphore du jour et de la nuit. C'est vrai qu'un jour, c'est la nuit et le jour, mais ce n'est pas la nuit. rigoureusement 12 heures, avec le jour on ne peut pas,
- Speaker #0
on ne peut même pas qualifier ce moment de passage de l'un à l'autre comme s'il arrive en claquant des doigts et pourtant on donne deux noms jour et nuit, donc c'est un peu comme ça qu'il faut aborder selon moi le concept de Yin Yang, ces deux approches qui sont naturellement imbriquées l'une et l'autre donc en fait c'est parce qu'elles sont imbriquées et qu'elles subissent ces mouvements et ces mutations, qu'on peut les comprendre. Et donc la pensée chinoise vient vraiment partir de ça.
- Speaker #1
Donc c'est en mouvement, c'est profondément imbriqué. Une chose et son contraire apparemment font un tout et sont imbriqués et en mouvement. En gros, c'est ça.
- Speaker #0
Voilà. Donc on peut, si on s'aligne avec la qualité du moment, avoir une information la plus juste sur ce qui est en train de se passer. Et également sur la manière dont nous, on peut être et agir. en lien avec ce moment.
- Speaker #1
Donc avec ces commentaires philosophiques associés à la tradition confucienne qui se sont écrits au-delà de Confucius, tu le disais, avec les disciples, le texte devient un outil pour penser la conduite humaine, le temps, les relations et le changement.
- Speaker #0
Oui, c'est un outil fondamental. On voit donc toutes les répercussions qu'il y a eues dans la société chinoise à partir de cette pensée philosophique.
- Speaker #1
Et en fait, ce qui... compte finalement, pour Confucius, dis-moi si je me trompe, mais c'est quelle est la posture juste dans ce moment précis ?
- Speaker #0
Oui, c'est ce qui compte et c'est ce qui crée justement cette transformation où là, on a une nouvelle fonction. Alors, Confucius, 5e siècle avant notre ère, son école, en observant ce qui se passait dans sa société, il a essayé de convertir les souverains de l'époque en vain, mais pourtant ses disciples ont poursuivi sa pensée. Et lorsqu'on pousse un peu le curseur jusqu'au 2e siècle avant notre ère, là, il y a un moment clé de l'histoire de Chine, c'est le premier empereur chinois.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Unification de la Chine, construction de la grande muraille. La dynastie phare qui a lancé tout ça, c'est les Han. 200 avant notre ère jusqu'à 200 après. Sous les Han, il y a une nécessité d'avoir une administration efficace, forte pour gérer l'Empire. Cette administration est portée par des lettrés. qui vont donc devoir connaître par cœur les grands classiques, qui sont vraiment des classiques en lien avec cette pensée, cette philosophie chinoise qui émerge depuis des générations et générations. Et parmi ces classiques, il y a le livre des changements, le Yijing.
- Speaker #1
Ok, donc ça fait, le Yijing vient comme base parmi d'autres de référents communs qui servent à unifier la Chine. à faire un corps de lettré qui a une base commune de références et qui parle le même langage. C'est bien ça. Et on parle toujours de posture juste au moment juste, à ce moment-là ?
- Speaker #0
Ah oui, oui, plus que... Enfin, encore plus fort, puisque là, on a donc une observation sociétale. Ça veut dire que chaque sujet doit avoir la posture juste au moment juste pour que l'ensemble puisse fonctionner.
- Speaker #1
OK. Et c'est quoi une posture juste, concrètement ?
- Speaker #0
Tu vas qualifier un copain toi. Ce n'est pas évident.
- Speaker #1
Alors, je dirais que dans une situation, quelle qu'elle soit, mais de tension par exemple, on a plusieurs options. Par exemple, avancer, attendre, mais aussi négocier ou même reculer. Et le yijing ne donne pas seulement une issue, mais il invite plutôt à discerner la qualité du moment et la manière d'y répondre. C'est comme ça que je le qualifie.
- Speaker #0
J'ai bien fait de te renvoyer la question parce que c'est assez clair et je pense que l'exemple que tu donnes donne une référence très forte avec ce qu'on peut vivre. Soit on subit une situation, soit on la force, mais il y a d'autres conseils de posture qui peuvent émerger. Et là, la qualité du moment va éclairer pour l'entendre et tant qu'à faire la suivre.
- Speaker #1
C'est ça. On n'est pas obligé de toujours foncer dans le tas, c'est ça ?
- Speaker #0
En gros.
- Speaker #1
Alors pourquoi cette histoire ancienne nous concerne aujourd'hui ? On l'a un peu dit, mais c'est intéressant. Ce truc-là est vieux de 4, 3, 2 000 ans. Et en quoi aujourd'hui ça peut être quelque chose de contemporain ?
- Speaker #0
Je pense que nos auditeurs ont déjà fait un lien. On est aujourd'hui dans un monde instable. Ah bon ? Voilà. Et cette instabilité porte sur plusieurs sujets en plus. Il y a un vrai bouleversement. On voit ça sur l'écologie, on voit ça également sur les tensions militaires, sur aussi les technologies qui nous entourent et conditionnent notre manière d'être. Est-ce qu'on doit subir ça ? Est-ce qu'on sait vraiment où on va et qu'est-ce qui se passe ? Je pense que laisser en suspens cette question donne déjà une réponse. En tout cas, là où le yijing peut nous être utile, c'est de nous aider à traverser ces bouleversements en offrant un regard différent pour penser ce monde en mouvement. Et quelque part, en tout cas c'est comme ça que je le vois quand on pratique à travers le yijing, ça nous permet d'être beaucoup plus stable.
- Speaker #1
Oui, c'est-à-dire qu'en gros, on ne peut pas faire grand-chose face au bouleversement, mais on a quand même encore la main et le choix de savoir comment on aborde tout ça.
- Speaker #0
Oui, il y a une notion de conscience qui apparaît. On est conscient d'un environnement, mais on n'est pas obligé de subir. Et on est conscient et on accepte aussi les incertitudes liées au moment. Et on peut adopter la posture ad hoc. Dans ces moments-là.
- Speaker #1
Ok. Donc finalement, le yijing ne supprime pas l'incertitude, si je comprends bien. Mais par contre, il peut nous aider à nous orienter en elle.
- Speaker #0
Absolument. Voilà, une belle phrase de conclusion, Stéphanie.
- Speaker #1
Merci, David.
- Speaker #0
Je te remercie.
- Speaker #1
A bientôt, merci à tous.
- Speaker #0
Oui, on se retrouve bientôt pour un nouvel épisode.
- Speaker #1
Merci d'avoir partagé ce moment avec nous.
- Speaker #0
Si cet épisode vous a plu, abonnez-vous, laissez-nous quelques étoiles, un commentaire. C'est ce qui permet au podcast de continuer à grandir. A très bientôt pour un nouvel épisode.