Speaker #0Salut les Tcettes et bienvenue chez « Tucétoo ou presque » , le podcast qui donne la voix à vos ambitions. On va parler aujourd'hui d'un truc, c'est quand on doit licencier quelqu'un, où le jour où on va comprendre que diriger, c'est aussi laisser des traces. Il y a des décisions dont on parle beaucoup dans les livres de management, et puis il y a celles dont on ne parle presque jamais. C'est licencier quelqu'un. On n'en parle pas dans les postes LinkedIn bien lisses, pas dans les conférences où on parle réorganisation stratégique. pas dans les formations où souvent tout est rangé dans des cases. Moi, je voudrais, je vais te tutoyer là aujourd'hui d'ailleurs, je vais te parler de ce que ça fait à l'intérieur. Quand tu sais que tu vas enlever à quelqu'un son travail, son cadre, sa sécurité, parfois son identité, parce que licencier, ce n'est pas qu'un acte juridique, c'est un acte émotionnel, pour celui qui part bien sûr, mais aussi pour celui qui signe. Allez-y, on y va ! Il y a toujours un moment précis, un instant où tu sais, tu sais. Tu peux encore repousser, te dire on va attendre le mois prochain, on va voir si ça s'améliore, on va trouver une autre solution, mais au fond, tu sais. Et ce moment-là, il est violent. Parce que tu comprends que quoi que tu fasses, quelqu'un va payer le prix. Et ce quelqu'un, ce n'est pas une ressource, c'est une personne qui a un loyer, une famille, parfois une fierté, en tout cas il met de la fierté dans son travail. Tu passes en revue toutes les options. Tu refais les chiffres dix fois. Tu doutes de ton analyse, tu doutes de toi. Et puis, il y a aussi, personne n'en parle jamais, mais la nuit d'avant, celle où tu dors mal, celle où tu te réveilles à trois heures du mat' avec le cœur serré et la boule au ventre, celle où ton cerveau rejoue la scène en boucle. Comment tu vas lui annoncer ? Quels mots tu vas utiliser ? Comment l'autre va réagir ? Tu cherches les mots, tu imagines les réactions. Est-ce qu'il va être en colère ? Est-ce que ça va être le silence ? Est-ce qu'il va y avoir des larmes ? Et tu te dis, putain, mais comment j'en suis arrivé là ? Parce que toi aussi, il y a un moment où tu y as cru. Tu as recruté cette personne avec une intention sincère. Tu as pensé que ça allait marcher. Et maintenant, tu vas devoir lui dire, ça s'arrête. Puis il y a aussi, on ne va pas se mentir, il y a une peur sourde. Si je brisais quelque chose chez cette personne, parce que clairement, il en va de son avenir parfois. Parce que tu sais que pour toi, c'est une décision, mais pour l'autre, c'est une rupture. Après, il y a le face-à-face. Ça y est, il y est. Il y a le moment où tu ouvres la bouche. Et après, rien n'est comme avant. Tu observes toutes les micro-réactions. Les épaules qui se crispent, le regard qui se vide, ou au contraire, qui s'enflamme. Tu parles, tu essayes d'expliquer, tu argumentes. Mais tu sais très bien que plus personne n'écoute vraiment. Parce que quand on entend « on va se séparer » , le cerveau s'arrête là. Et toi, tu dois tenir. Tu ne dois pas fuir. Tu dois ne pas trop te justifier, en tout cas pas excessivement, et tu ne dois pas devenir froid pour te protéger. Et c'est peut-être ça le plus dur, rester humain quand la situation pousse à se blinder. Une fois que c'est fait, ça ne disparaît pas. Au contraire, tu vas penser à sa famille, à ses charges, à ce qu'il va raconter ce soir chez lui. Tu te demandes si tu n'aurais pas dû faire autrement. former plus, accompagner différemment, anticiper plutôt. Et puis, il y a cette culpabilité très particulière, celle d'avoir survécu. Je m'explique, en fait, toi, tu continues, ton entreprise, elle continue, les réunions continuent, mais il manque quelqu'un, quelqu'un avec qui tu as tissé des liens. On attend des dirigeants qui les encaissent, qui décident, qui les avancent. On leur apprend, enfin, on leur apprend ou ils apprennent tout seuls à gérer les process, à gérer des risques, des tableaux Excel. mais on ne leur apprend jamais à gérer l'impact émotionnel, à faire avec le poids de leurs décisions, à accepter qu'on peut être compétent et profondément affecté. Non, être touché ne fait pas de toi un mauvais dirigeant, ça fait de toi un humain qui mesure les conséquences de ses actes. Je l'ai vécu, j'ai beaucoup souffert. Ce que ça change pour toujours. Après avoir licencié quelqu'un, on ne dirige plus pareil. On devient plus attentif, plus prudent, parfois plus dur aussi pour se protéger, on en a parlé plus haut. On comprend que chaque recrutement est une promesse. Chaque séparation est un échec partagé, même quand elle est nécessaire. On comprend surtout une chose. Diriger, ce n'est pas seulement construire, c'est parfois accepter de détruire pour sauver l'ensemble. On est obligé de faire ça parfois. Et ça, ça laisse des traces. Bon allez, Mes tucettes, si tu m'écoutes... Tu as déjà vécu ça. Tu n'es pas faible, tu n'es pas incompétent, puis tu n'es pas seul, comme d'habitude, on est tous là. Et si tu ne l'as jamais vécu, sache que le jour où ça arrivera, ce ne sera pas un simple acte de gestion. Ce sera un moment charnière. Un de ceux qui te rappellent que derrière une entreprise, il y a des vies. Et que certaines décisions, même justes, elles font mal. Allez, à la prochaine et puis n'oubliez pas, la parole est à vous.