Speaker #0Salut les Tucettes et bienvenue chez Tucetoo ou presque , le podcast qui donne la voix à vos ambitions. Moi c'est Carole Lacaze. Aujourd'hui, je ne vais pas vous parler de stratégie, ni de profil disque, ni de technique de management. Aujourd'hui, je vais vous parler de quelque chose de beaucoup plus discret, l'évolution invisible du dirigeant. On parle beaucoup de croissance, mais très peu de transformation. On parle de chiffre d'affaires. On ne parle jamais de la personne que vous devenez en le générant. Et pourtant, on croit qu'on construit une entreprise, en réalité, c'est elle qui nous sculpte. Allez ! Eh oui, on croit qu'on construit une entreprise et c'est elle qui nous sculpte. Au début, on est porté par l'envie. L'envie de faire différemment des autres. L'envie d'impacter, l'envie de prouver. Parfois, on se dit, je vais créer quelque chose de merveilleux, de sensationnel, de différent. Ça, c'est ce qu'on ne voit pas. C'est que pendant qu'on construit, ça construit en nous, petit à petit. Vous devenez plus prudent ou plus prudente, plus stratège, plus vigilante, moins naïve, ça c'est mon cas. Et ça ne se voit pas sur LinkedIn, ça. L'innocence entrepreneuriale ne revient pas. Je me souviens d'une proposition, un plutôt gros contrat à mon stade, financièrement vraiment très intéressant. Et puis surtout un nom qu'il faisait bien sur mon site. Objectivement, c'était tentant. Mais quelque chose me grattait. Les valeurs ne collaient pas totalement. Le discours était séduisant, mais un peu trop. Et la posture m'aimait légèrement en alerte. Il y a quelques années, j'aurais dit oui. Parce qu'il fallait faire rentrer du chiffre. Parce qu'une opportunité, ça ne se refuse pas. Parce qu'on se dit toujours, on verra après. Et ce jour-là, vous savez quoi ? J'ai dit non. Pas avec colère, non plus avec arrogance. Mais avec calme. Et en raccrochant, je me suis dit, ah voilà, t'es plus la même. Parce que je ne décidais plus par besoin, je décidais par alignement. L'innocence entrepreneuriale ne revient pas. La lucidité, elle, elle s'installe. Et parfois, ça pique un peu. Votre rapport au risque va changer profondément. Avant d'être dirigeante, le risque, il était existant. Maintenant, le risque, il a un visage. Il a des salaires derrière, il y a des familles derrière, il y a des engagements financiers, il y a des charges fixes qui tombent quoi qu'il arrive. Et je me souviens d'un imprévu financier plutôt sérieux. Il y a quelques années, j'aurais paniqué, la boule au ventre, normal, scénario catastrophe à 3h du matin. Mais ce jour-là, ce n'était pas si vieux d'ailleurs, j'ai pris une feuille, j'ai listé les options, j'ai appelé les bonnes personnes, j'ai posé les décisions, sans drame. Et je me suis surprise à penser, bah t'as appris en fait, t'as vraiment appris. Ce n'est pas que ça ne m'a rien fait, c'est que j'étais structurée intérieurement. La solidité ne fait pas de bruit, mais elle s'installe. Il y a aussi les relations qui se déplacent, c'est une partie dont on parle peu. Un soir, autour d'une table avec des amis, quelqu'un m'a dit, mais franchement tu penses encore à ton boulot là, tu décroches jamais. Avant j'aurais culpabilisé, j'aurais minimisé, j'aurais essayé de rassurer. Et ce soir-là, j'ai répondu, mais vraiment calmement, ce n'est pas mon boulot, c'est ma responsabilité. Et là, il y a eu un silence, je vous jure. Et j'ai compris quelque chose. Ce que je porte n'est plus toujours traduisible simplement. Quand on dirige, on ne pense plus seulement à soi. On pense aux conséquences. Et ce décalage-là est discret. Mais il change vos conversations. Il change vos cercles. Il change votre manière d'être au monde. Ce n'est pas qu'on devient distante. Ce qu'on devient... consciente. Votre seuil de tolérance aussi se transforme. Ce que vous acceptiez avant, vous ne l'acceptez plus. La médiocrité chronique, le manque d'engagement, l'incohérence répétée, votre exigence va monter. Pas par dureté, par nécessité. Quand vous dirigez, l'approximation coûte. Et cette exigence déborde parfois dans votre vie personnelle. Bah ouais. Vous devenez plus clair, plus tranché, moins patiente avec le flou. Ce n'est pas que vous êtes devenu difficile, c'est que vous avez appris le prix des choses. Vous devenez plus solide aussi, mais aussi plus lucide. Et ça, c'est paradoxal. Vous encaissez plus, mais vous voyez plus. Vous repérez les jeux d'égo, les fragilités, les peurs, les manipulations, parfois, souvent, je dirais même. Et cette lucidité émotionnelle bat la fatigue. Parce que vous comprenez que les autres ne voient pas encore. Être dirigeante ? ou dirigeant, ce n'est pas devenir froid ou froide, c'est devenir responsable. Et la responsabilité, ça transforme. Le moment où j'ai compris, il y a un petit moment, en fait, un moment précis. Quelqu'un de proche m'a dit « tu as changé » . Alors, ce n'était pas un reproche, ce n'était pas non plus un compliment pour le coup, c'était un constat. Et j'ai réalisé que c'était vrai. Je n'étais plus la même. Pas plus dure, pas plus froide, mais plus structurée, plus posée, plus alignée. Et peut-être un peu moins naïve. Je l'ai dit précédemment, j'étais très naïve avant. Je pensais que... si par exemple je rencontrais quelqu'un qu'on pouvait faire des partenariats, forcément ça allait marcher et tout ça et j'ai arrêté d'essayer de redevenir celle d'avant parce que j'ai essayé mais je peux pas donc en fait, on croit qu'on construit une entreprise mais en réalité c'est elle qui nous façonne elle muscle notre lucidité elle affine nos exigences, elle renforce notre solidité, bon voilà mais les tucettes, et si aujourd'hui vous vous sentez différent ou différente ce n'est pas que vous êtes perdu, c'est que vous avez grandi. D'accord ? Et parfois, grandir, c'est accepter de ne plus être celui d'avant. Voilà. Allez les tucettes, à la prochaine, passez une bonne journée et n'oubliez pas, la parole est à vous.