- Père Laporte Weywada
Je vais faire un footing à Central Park et là j'entends une voix, je ne peux pas vous expliquer ce que c'est comme voix, mais j'entends une voix qui me dit « Va à Rome aux obsèques du pape » .
- Benjamin Coste
Bonjour, je m'appelle Benjamin et vous écoutez Un beau jour, le podcast des hommes et des femmes dont la vie et la foi ont été changés par un événement imprévu. Aujourd'hui, je reçois le père Xavier Laporte Weywada, prêtre du diocèse de Vannes. Un homme au parcours réellement étonnant, puisqu'avant d'être ordonné prêtre en 2016, le père Xavier a été banquier d'affaires et même producteur de films pour le cinéma. Il va nous expliquer comment on passe du 32e étage d'une tour à New York au presbytère d'Arzal, ce petit bourg rural du Morbihan où il est curé. Alors père Xavier, bonjour.
- Père Laporte Weywada
Bonjour.
- Benjamin Coste
Donc vous connaissez la tradition de ce podcast et donc vous avez amené... ce petit objet qui symbolise votre histoire. Est-ce que vous pouvez nous le présenter ?
- Père Laporte Weywada
J'ai apporté avec moi une petite statue de Sainte Bernadette, Sainte Bernadette Soubirous de Lourdes, qui a été déterminante, pas la statue mais Sainte Bernadette, dans mon chemin de choix.
- Benjamin Coste
Vous, vous êtes l'aîné de cinq enfants, je ne me trompe pas.
- Père Laporte Weywada
Oui.
- Benjamin Coste
Quel jeune garçon vous étiez, quels étaient vos traits de caractère et puis plus largement, quelle éducation vous avez reçue ?
- Père Laporte Weywada
Alors en tant que garçon, déjà j'ai la particularité de, je suis français, d'avoir vécu à l'étranger jusqu'à l'âge de 6 ans. Donc du coup, une enfance, une enfance avec des changements quand même réguliers dans les...
- Benjamin Coste
Déménagements.
- Père Laporte Weywada
Ouais, des déménagements, des changements d'école. Au niveau de, alors une éducation chrétienne, catholique. Mes parents étaient pratiquants, allant à la messe tous les dimanches. Donc j'ai reçu les sacrements, j'ai été baptisé très très très tôt à Abidjan d'ailleurs. Un caractère plutôt introverti, plutôt je dirais peut-être un peu mystique, réfléchi.
- Benjamin Coste
Alors vous l'avez évoqué à l'instant, vous avez dit que vous avez été éduqué dans la foi chrétienne, une pratique dominicale, familiale. Pour autant, quand on a préparé l'entretien, vous m'avez dit que la foi chrétienne, finalement pour vous, bon, elle n'avait peut-être pas tant de... place que ça dans votre existence, en tout cas à ce moment-là.
- Père Laporte Weywada
J'avais un profond respect pour la religion et j'ai cheminé, j'ai fait ma première communion. Je me suis rapidement posé la question de qu'est-ce qui me permettrait à la fois de voyager, de bien gagner ma vie, de gagner de l'argent, d'avoir une vie confortable, mais de réussir aussi. Ce désir de réussir peut-être a pris le dessus à un moment donné sur la spiritualité.
- Benjamin Coste
Je crois savoir que ce désir justement de réussir, il a pu être d'ailleurs être un peu pesant. Il a pu être sur vos épaules comme un poids.
- Père Laporte Weywada
D'une part, j'étais admiratif de mon père. Donc, admiratif de mon père, ça voulait dire je voulais faire un peu comme lui avec ce qui va avec. C'est-à-dire avec une sorte peut-être... Une forme de pression qui était peut-être réelle, mais une pression aussi que je me mettais moi-même sur mes épaules en me disant, voilà, vu la carrière que mon père a faite, j'aimerais faire aussi bien. J'étais quand même dans une famille où on regardait un peu les mérites et les vertus des uns et des autres, on se compare. Et donc, il y a cette pression sociale qui fait que je n'étais pas totalement libre dans ce désir de réussir. D'un autre côté, ma personnalité fait que j'avais aussi de grands désirs. Et ces grands désirs, ils étaient animés par ma personnalité. Et donc, ils étaient libres aussi. Je n'ai pas demandé à mon père ce que j'allais faire dans la vie. Et rapidement, je me suis tourné vers quelque chose qui m'intéressait, à savoir la finance, mais aussi du lucratif, de pouvoir gagner bien ma vie assez rapidement. Donc, rapidement, je me suis orienté vers l'école de commerce.
- Benjamin Coste
Donc, c'est cette formation, cette école qui vous fait pénétrer dans le monde de la banque. Où est-ce que ce métier va vous envoyer ?
- Père Laporte Weywada
J'ai été recruté par Paribas à l'époque, une banque d'affaires à Budapest, en Hongrie, pendant 16 mois, qui ensuite a été racheté par BNP. Et tout ça m'a amené effectivement à la finance de marché. C'est-à-dire qu'à Budapest, j'étais dans le service de conseil en fusion-acquisition, ce qui m'a permis ensuite d'avoir une opportunité d'obtenir un CDI chez BNP Paribas et de revenir en France à Paris. Toujours en vue, dans mon esprit, de pouvoir peut-être un jour repartir à l'étranger, ce qui a été le cas. Puisque donc après 16 mois à Paris-Bas, à Budapest, puis une expérience de deux ans et demi, trois ans à Paris, j'ai eu l'opportunité, lorsque un expatrié français a terminé son contrat d'expat, de demander à pouvoir le remplacer, ce qui a été accepté, ce qui m'a permis de partir dans une équipe américaine pour une période de trois ans avec un contrat d'expatrié.
- Benjamin Coste
New York, pour vous, ça représente quelque chose de particulier ?
- Père Laporte Weywada
Alors pour tout vous dire, je n'avais pas forcément au départ envie d'aller à New York. J'étais plus attiré par San Francisco ou Chicago. New York, ça me paraissait trop, too much. Et en fait, j'étais ravi d'aller à New York parce que New York, c'est New York. Et là, on m'a dit si tu vas partir dans l'équipe new-yorkaise, qui était la plateforme, je dirais, la plus grande de BNP aux Etats-Unis. Donc, on m'a proposé de partir à New York. J'ai dit oui.
- Benjamin Coste
Quel âge vous avez quand vous avez fait cette proposition ?
- Père Laporte Weywada
J'ai 27 ans. J'aime l'aventure et j'aime la nouveauté. Donc, on m'a proposé New York. Je n'ai pas hésité une seconde. Je me suis dit, voilà, une nouvelle opportunité. Je m'adapte et je suis ravi de partir là-bas.
- Benjamin Coste
Une journée type à New York, dans votre bureau ? Je crois que vous travaillez dans une tour au 32e étage, près de Times Square.
- Père Laporte Weywada
Vous avez des fonds d'investissement qui veulent acheter des entreprises. Avec un effet de levier, c'est-à-dire que plutôt que d'acheter une entreprise qui vaut 100 avec du cash, avec leur capital propre, avec 100 de capital, ils vont apporter que 15 de leur capital et ils vont emprunter 85 à une banque. Ce sont des crédits qui sont risqués, donc les taux d'intérêt sont élevés, donc il faut pouvoir rembourser. ces crédits. Et donc, il faut pouvoir s'assurer que l'entreprise qui a été rachetée va pouvoir rembourser le crédit sur une période de 5-6 ans. Ce sont des montants assez colossaux. C'était des montants de transactions qui avoisinaient les 200, 300, 500 millions de dollars.
- Benjamin Coste
Et ça, c'est votre quotidien. Ça, c'est tous les jours. Dans ces sommes-là, dans ces enjeux-là. Oui,
- Père Laporte Weywada
tous les jours, je... Je fais de la modélisation financière pour m'assurer que la société qui va être achetée par le fonds d'investissement, alors peu importe son secteur d'activité, donc c'est là qu'il faut rentrer dans le secteur d'activité en question pour savoir comment ça fonctionne. Donc intellectuellement, c'est intéressant. Voir, faire tourner le modèle et voir si la banque, elle récupère son argent.
- Benjamin Coste
Vous parliez des horaires fixes français, là, il n'y a pas vraiment d'horaire. On bosse tout le temps, le week-end est... aussi si nécessaire.
- Père Laporte Weywada
J'avais l'avantage d'avoir un contrat français. J'avais cette assurance de la garantie de l'emploi, plus les huit semaines de vacances à la française, plus un beau salaire, plus, en effet, le devoir quand même de suivre les horaires locaux, qui sont des horaires qui sont très chronophages. Donc, d'une certaine manière, c'est du non-stop. Ça peut être du non-stop.
- Benjamin Coste
Est-ce que vous étiez, par exemple, au bureau le matin à 7h30, 8h ? Oui,
- Père Laporte Weywada
il était à 7h30, 7h30, 8h, je pense.
- Benjamin Coste
Et jusque ?
- Père Laporte Weywada
Je pense que je dînais une fois sur deux au bureau le soir, à 20h30, 21h. Donc, je pouvais quitter le bureau à 22h, très régulièrement. Et il était fréquent que je revienne au bureau le week-end aussi pour travailler.
- Benjamin Coste
Vous ressentez un vide un peu existentiel qui se creuse en vous. Ce vide d'ailleurs que vous comblez en sortant beaucoup, en buvant beaucoup, de quelle nature il est ce vide et puis comment finalement il apparaît en vous ?
- Père Laporte Weywada
Moi, je pense que je gagnais plus que mon père à 27 ans ou 28 ans. J'avais un salaire, écoutez, j'étais à 10 000 dollars par mois, je pense. Je suis dans cette bulle. Dans cette bulle, je ne suis pas dans le réel. Je suis capable, dans mes modèles financiers, de mettre 50 personnes au chômage sans me poser de questions, des conséquences de ce que je fais. Je le fais pourquoi ? Je le fais pour permettre à ma banque de toucher 10% de commission sur une transaction de 500 millions de dollars, donc de toucher 50 millions. Et ensuite, on va se partager le gâteau. Qu'est-ce que j'ai en tête ? C'est combien je vais toucher du gâteau. Au niveau de mon âme, je régresse en fait.
- Benjamin Coste
En 2005, il y a un événement un peu singulier qui arrive. Le pape Jean-Paul II meurt. Et vous voyez les reportages à la télévision et ça vous bouleverse.
- Père Laporte Weywada
Alors, je m'en souviens comme si j'y étais. On est en avril 2005, plus exactement à la veille du dimanche de la miséricorde. Et là, j'allume mon poste de télévision. J'étais sorti la veille, donc je m'étais levé très tard et je me branche sur CNN. Et là, les journalistes annoncent la mort du pape Jean-Paul II. C'est un coup de tonnerre avec des chefs d'État du monde entier. qui donnent leurs témoignages. Je me souviens encore de Bill Clinton, qui en pleurait presque. Je me souviens de rétrospectives sur la vie de Jean-Paul II. Et je suis scotché sur mon écran de télé pendant toute l'après-midi, en fait.
- Benjamin Coste
Pourquoi vous êtes arrêté par cette information qui aurait dû finalement vous passer un peu au-dessus de la tête, normalement ?
- Père Laporte Weywada
Je ne sais pas. Je ne sais pas. Parce que la veille, j'avais vu sur Reuters, aux infos que... que la vie du pape était... qu'il était à l'article de la mort, ça m'a juste heurté, mais rien de plus. Alors attention, lorsque j'étais à Lyon, le pape, en 1986, était passé à Lyon. Étonnamment, je me souviens de ça, j'avais croisé son regard. J'étais petit, avec mes parents, on avait été le voir. J'ai croisé son regard, il m'avait transpercé. Et je découvre sa vie, je découvre son combat contre le nazisme, le communisme. Et peut-être que le... peuple polonais me touche en fait. L'histoire du peuple polonais me touche. Peut-être parce que je suis d'origine polonaise, je ne sais pas. En tout cas, c'est ressenti dans ma chair. Je ne vais pas à la messe, moi, le dimanche matin à New York. Je ne suis plus avec mes parents. Je n'ai plus 18 ans. Voilà. Je suis majeur et vacciné, donc j'ai ma vie. Je vais faire un footing à Central Park et là, j'entends une voix. Je ne peux pas vous expliquer ce que c'est comme voix, mais... C'est peut-être une intuition, c'est peut-être... C'est pas Saint-Paul sur son cheval. En tout cas, c'est très profond et c'est très... Et c'est sûr, c'est certain, parce que j'entends une voix qui me dit « Va à Rome aux obsèques du pape » . Et c'est pas n'importe quoi, parce que j'ai le courage, en arrivant au boulot, d'aller voir mon chef. Et je vais le voir et je lui dis « Je veux aller à Rome aux obsèques du pape » . Et ça n'a pas de sens. J'ai énormément de travail. New York, Rome, c'est à l'autre bout de la planète. Et puis, il faut que... Bref, je ne suis pas forcément très, très pratiquant. J'avoue qu'il me regarde avec des yeux ronds. Il rigole. Il me dit non. Et j'insiste. Si, si, il faut que j'y aille. Il me dit, bon, tu y vas, mais tu es de retour dans trois jours. Donc, il me dit oui.
- Benjamin Coste
Et vous, vous faites vos valises.
- Père Laporte Weywada
Je commence par regarder sur Internet si je peux acheter un billet d'avion. Ça me coûte une fortune. Et j'achète. Et j'y vais. Je prends un sac. Je n'ai pas d'endroit où dormir. Un sac à dos, ma caméra et mon appareil photo. Et je pars.
- Benjamin Coste
Vous vous retrouvez, j'imagine, au milieu de toutes les personnes qui viennent rendre hommage à Jean-Paul II. Décrivez-nous ce que vous vivez dans ces journées-là.
- Père Laporte Weywada
J'arrive à Rome. il y a des centaines de milliers de pèlerins qui viennent rendre hommage à Jean-Paul II dont la dépouille est exposée dans la basilique Saint-Pierre et moi mon objectif premier c'est de voir d'aller me recueillir devant le corps de Jean-Paul II donc je fais des pieds et des mains pour que ça puisse se faire parce que c'est compliqué d'arriver jusqu'à cette avenue qui arrive jusqu'à la place Saint-Pierre Et j'y accède, mais c'est ma priorité. Avant de trouver un hôtel, je veux voir la dépouille. Et en fait, je vais y arriver à minuit. Et je vais marcher toute la nuit avec des Polonais. Il y a essentiellement des Polonais. Il y a des gens du monde entier, mais ça chante en polonais toute la nuit. Et je vois le corps de Jean-Paul II à midi. Donc j'ai marché 12 heures à touche-touche. Et là, j'ai cinq secondes pour prendre une belle photo. J'ai une très belle photo de Jean-Paul II. Voilà, ça dure cinq secondes et je suis bouleversé par ce que j'ai vécu. Et je reste le lendemain pour ces obsèques.
- Benjamin Coste
Mais est-ce que c'est la quête de cette image qui vous fait supporter ces douze heures à touche-touche, justement, dans la foule des pèlerins ? Ou est-ce que, sur le moment en tout cas, vous avez l'impression qu'il y a peut-être un moteur supplémentaire, quelque chose que vous allez chercher à travers Jean-Paul II ?
- Père Laporte Weywada
Encore une fois, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis là, mais j'y suis et il y a une telle ferveur que les 12 heures, elles passent et je ne me plains pas. Elles sont... Magnifique ces 12 heures, parce qu'il y a une ferveur exceptionnelle. Je suis porté par la ferveur des catholiques qui sont à côté de moi, qui pleurent toute la nuit, leur pape, et je suis porté par cette ferveur.
- Benjamin Coste
Je vois dans vos yeux, vous êtes encore ému aujourd'hui.
- Père Laporte Weywada
Oui.
- Benjamin Coste
Je me trompe ?
- Père Laporte Weywada
Non, non.
- Benjamin Coste
Vous allez finir par rentrer à New York, alors beaucoup plus tard que les trois jours annoncés à votre patron, je crois. Et vous allez prendre la décision de quitter la banque.
- Père Laporte Weywada
C'est ça. C'est-à-dire que l'événement qui se produit, c'est que le lendemain, aux obsèques de Jean-Paul II, événement exceptionnel encore, je pleure, je pleure, je pleure. Je me fais voler mon portefeuille dans lequel se trouve mon passeport avec mon visa américain. Je ne peux plus aller travailler aux Etats-Unis. Je passe trois mois en Europe pour refaire mes papiers et je repars aux Etats-Unis et je ne suis pas viré. J'ai vu sept personnes de mon service financement LBO se faire virer en cinq minutes. Voilà, je ne vais pas raconter cette histoire, mais c'est un événement qui existe dans des sociétés américaines, dans les banques d'affaires. Et moi, j'arrive à rentrer confortablement parce que je suis toujours protégé par mon contrat d'expatrié. Merci BNP. Et là, non, je ne suis pas bien accueilli. Et entre-temps, en trois mois, il y a des choses qui ont changé dans l'état d'esprit, je trouve, de la banque. Ça s'est durci, ça s'est vraiment durci. Je comprends que je suis un esclave, je ne suis plus libre. Je n'ai plus la liberté des enfants de Dieu et que ça suffit. Je vais aller au bout de mon contrat, mais je sens que je suis sec. Je suis entré dans une spirale malsaine qui n'a pas de fin. Donc j'attends la fin du contrat. Et à la fin du contrat, ou un petit peu avant en fait, je vais voir mon responsable hiérarchique et je lui dis, je voudrais arrêter suite à ça et demander à BNP Paribas de m'accorder six mois sabbatiques, sans rien justifier.
- Benjamin Coste
Donc, père Xavier, vous quittez la banque, vous ne donnez pas suite à ce contrat, vous prenez ces six mois sabbatiques et vous allez même vous lancer dans une expérience dans le cinéma, dans la production de... film. Peut-être dire un mot de comment vous vous retrouvez dans cette aventure-là et dans quelle situation ça va vous laisser ?
- Père Laporte Weywada
J'aime l'image, j'allais beaucoup au cinéma et la production de films, c'est du financement. C'est du financement d'un produit particulier qui s'appelle le cinéma. Et là, je me suis dit « Allez, vis maintenant, prends ton envol. » Trouve ta liberté, prends contact avec des producteurs de films pour voir comment ils bossent. Et ça sera du freelance. Et tu quittes cette grande structure bancaire pour voler tes propres ailes et découvrir ce monde fantastique qu'est le cinéma. Tout le monde veut bosser dans le cinéma. Ça fait rêver. Et là, je m'accordais six mois, en fait. C'est du luxe parce que j'avais de l'argent. Donc, je pouvais me permettre de ne pas... travailler et de ne pas gagner d'argent pendant six mois. Donc j'ai pris contact avec 500 producteurs français que j'ai trouvés, dont les coordonnées étaient sur le site du CNC, Centre National de la Cinématographie. Et il y a quelques producteurs, dont un qui a été intéressé par mon profil. Il s'appelle Franck Cabot-David, qui était un ancien acteur, producteur, qui avait déjà produit un film, qui avait obtenu des Césars. et qui lui connaissait le tout Paris cinématographique. Il m'a présenté plein de réalisateurs, des acteurs. On a été au Festival de Cannes ensemble. Donc autant dire que là, j'étais encore captivé par une nouvelle sirène qui fait que mes six mois sabbatiques sont passés très vite et que je n'ai rien eu le temps de faire en dehors de rencontrer du monde et de voir de beaux projets. On m'a présenté des dossiers magnifiques qui font qu'au bout de six mois, j'ai demandé à être licencié de BNP pour pouvoir m'épanouir dans le cinéma, dans cette nouvelle activité qu'était le cinéma. Et BNP a dit oui. Et donc, j'ai pu toucher le chômage pendant deux ans en vue peut-être de sortir, de produire un film. qui me permettrait d'envisager de me nourrir autrement que par la banque.
- Benjamin Coste
Et ce film, vous l'avez produit, effectivement. On peut le nommer, il s'appelle...
- Père Laporte Weywada
Full Moon, pas Pleine Lune en anglais, c'est un mot anglais, mais c'est pas Full F U 2 L, c'est F O O L. Crazy Moon, Lune folle, un mélange de Pleine Lune, de Chouchène, ça se passe en Bretagne, et de comédies grinçantes, un peu décalées, avec des acteurs connus, Artus de Pengerne, avec Armel. qui avait joué dans Caméra Café, Christophe Alevec, Bruno Salomon, François Morel. Voilà un film qui est sorti en 2008.
- Benjamin Coste
Mais alors un film, vous m'aviez expliqué, qui n'a pas rencontré tout à fait le succès escompté et qui va surtout, vous, personnellement, vous laisser dans une situation compliquée.
- Père Laporte Weywada
Oui, parce que le cinéma, c'est un monde et on ne débarque pas comme ça dans le monde du cinéma. Donc, on n'a pas eu de financement, concrètement. En fait, j'ai monté un petit fonds d'investissement, je savais faire, avec des financements, les miens. C'est-à-dire que j'ai mis tout mon argent, chose qu'il ne faut jamais faire, un financier c'est ça, on ne met pas tous ses œufs dans le même panier, et j'ai fait investir une trentaine d'amis ou investisseurs. Malheureusement, la date de sortie, le 16 juillet 2008, n'était pas une date favorable parce que sortir un film en juillet, c'est toujours risqué. Et le film n'a pas fait suffisamment d'entrées. Donc, la semaine d'après ou deux semaines après, il n'était plus en salle.
- Benjamin Coste
Ce qui fait que pour vous, encore une fois, personnellement, ça fait que vous l'avez dit, vous avez investi tout votre argent dans ce film qui ne fonctionne pas. Et vous, qui vous laisse dans une situation, en tout cas financière, difficile.
- Père Laporte Weywada
Bah oui, c'est-à-dire que... Bon, après, c'est ça l'investissement. On met son argent, on gagne, on perd. Le cinéma, c'est quelque chose de très risqué. J'ai mis... tout ce que j'avais. Donc, j'ai tout perdu. Mais au-delà de ça, en fait, j'ai découvert, et là, ça a été, en fait, une découverte de quelque chose qui n'était pas honnête. Il faut le dire, je le dis à l'antenne. J'ai découvert que j'avais 500 000 euros de salaire et de charges sociales à payer, en plus du budget inscrit au CNC de 650 000 euros. Donc, je me retrouve avec un budget de film de 1,1 million. Et là, ça, c'est grave parce que je suis producteur. En fait, je suis producteur, c'est-à-dire que je suis responsable du paiement de ces salaires qu'on me réclame. Alors que normalement, dans le cinéma, il y a une possibilité de payer une partie des salaires sur les recettes. Or là, je découvre qu'il n'y a pas de recettes et je dois quand même payer les salaires. Et là, je me retrouve dans une situation grave, grave, parce que j'ai des salaires et j'ai de l'URSSAF à payer.
- Benjamin Coste
Et vous n'avez pas... De quoi ?
- Père Laporte Weywada
Et je n'ai pas de quoi.
- Benjamin Coste
Donc vous êtes à Paris, pour qu'on se resitue, vous avez une trentaine... Vous êtes encore tout jeune. 30 ans, c'est ça. Tout jeune. Et donc dans la situation que vous venez de décrire... Pardon,
- Père Laporte Weywada
j'ai 33. J'ai 33. Parce que j'ai quitté New York à 30 ans et l'aventure cinématographique a duré 3 ans. J'ai 33 ans.
- Benjamin Coste
Décrivez-nous, là, vous êtes donc à Paris, c'est charge. Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui va se passer ?
- Père Laporte Weywada
Je suis amoureux d'une fille depuis 3 ans. Je l'ai même demandé en mariage et je suis à Paris dans cette situation déplorable avec une désorientation complète. Il est loin le temps de « Je suis à Rome avec Jean-Paul II » . Je suis en terrasse à dîner avec la femme que j'aime et son ancien directeur. Elle travaille pour une école de commerce à Paris et son ancien directeur a tout quitté pour partir au séminaire. Donc, il est séminariste à Rome. Il est de passage à Paris avant de retourner en Bretagne parce qu'il est, je dirais, séminariste pour le diocèse de Vannes. Et donc, on discute et je fais part de mes difficultés financières. Je fais part de... Au-delà des difficultés, je suis vraiment... désorienté au point d'aller frapper à la porte de la scientologie. Je l'ai fait. Au point d'aller voir des marabouts et d'autres personnes qui pourraient peut-être me donner des solutions sur ce que je vais devenir. Et donc, le ciel s'ouvre puisque j'entends dire que le lendemain, il y a Benoît XVI, le pape, qui va venir célébrer la messe à Paris. Avant d'aller à Lourdes, on est en 2008. Septembre 2008, c'est la crise financière mondiale, la crise des subprimes. Et Benoît XVI va à Paris avant d'aller à Lourdes. pour célébrer le 150e anniversaire des apparitions. Et il y a une procession qui part de Notre-Dame de Paris pour aller aux Invalides, pour ensuite y passer la nuit pour certains, avant d'accueillir le pape pour une grande messe sur l'esplanade des Invalides le lendemain. Et moi, je prends conscience de ce qui est en train de se passer. Et un peu comme quelques années auparavant avec Jean-Paul II, je veux voir Benoît XVI. Donc, je pars dans cette procession et je vais dormir aux Invalides. C'est totalement spontané. Ma copine, je vais la voir le lendemain. Mais j'y vais. Et il se trouve que le lendemain, ayant dormi là-bas, je n'ai pas les yeux en face des trous le lendemain. Je n'ai pas très bien dormi. En tout cas, je suis très bien placé pour prendre une magnifique photo de Benoît XVI qui passe à un mètre de moi. Et je rentre chez moi. Je ne reste pas à la messe. Et en rentrant chez moi, là, c'est Bernadette qui vient me chercher puisque je passe à côté d'un kiosque. J'habite dans le 17ème à Paris. Et là, en tête de gondole, il y a le hors-série du Figaro qui me fait un clin d'œil où c'est marqué. Donc, il y a en couverture du hors-série du Figaro un article sur les apparitions de Lourdes. Et je ne connais pas l'histoire de Lourdes. Et j'achète le hors-série du Figaro. Et je rentre chez moi, et je lis l'article sur l'histoire de Bernadette et des apparitions de Lourdes. Et je suis cramé. Voilà, je suis cramé, j'ai la foi. Je suis touché par l'Esprit-Saint. Par Bernadette, en fait. Je suis touché par Bernadette. Je suis touché par la personne de Bernadette. Bernadette, la petite Bernadette qui ne parle pas français, qui ne connaît pas son catéchisme, qui est la petite des petites en fait. Elle vit dans un cachot avec sa famille, son papa a été en prison. Et la Vierge lui apparaît, elle la vouvoie avec énormément de respect et elle lui dit je suis venu te voir toi Bernadette, toi. Et toi qui as tant d'ennuis dans ta vie. Mais... Mais tu es la pauvre des pauvres, tu es l'humble par excellence. Et en fait, je me reconnais, je m'identifie à Bernadette. En fait, j'ai le sentiment, après toutes mes péripéties new-yorkaises et autres, toute cette vitrine, j'ai le sentiment d'être Bernadette, le pauvre des pauvres. Et la miséricorde de Dieu vient me voir, me rend visite. Et je suis touché parce que je crois, quoi. Je crois parce que Bernadette ne peut pas mentir. Ce n'est pas possible. Elle va voir son curé et lui dit, j'ai vu l'Immaculée Conception. Tu me demandes le nom de cette dame. Elle s'appelle l'Immaculée Conception. Et je te le dis en patois, je ne l'ai pas inventé. Je ne connais pas ce mot. Et son curé, il tombe à genoux, il pleure. Il dit, je te crois, Bernadette. Je te crois parce que tu ne peux pas connaître l'Immaculée Conception. Et là, je suis fracassé, en fait. Et je suis comme le prêtre, en fait. Je tombe à genoux et je dis, mais t'as vu la Vierge ? Et donc, du coup, je vais sur mon ordinateur et je tape « apparition de la Vierge » et je tombe sur des images de Medjugorje avec les voyants qui voient la Vierge en direct. Et je suis cramé, quoi. Je dis, mais en fait, elle existe, quoi. Donc, arrête les massages, arrête la scientologie. Maintenant, tu t'adresses à la bonne personne. Et je vois qu'il y a en 1830 des apparitions rue du Bac à Paris. Donc je prends le métro et je vais rue du Bac à Paris. Et je vais voir un prêtre, je me confesse, ça faisait 20 ans que je ne m'étais pas confessé. Et je ne savais même pas quoi dire au prêtre parce que... Voilà, bref. Et il me dit, tu vas tout de suite prier la Vierge. Et je me mets à genoux et je prie la Vierge et je lui dis, sauve-moi. J'ai 500 000 euros de dettes et de charges sociales à l'URSSAF, dont 80 000 euros en caution personnelle sur mes biens. Sauve-moi, Vierge Marie, je crois en toi. Que le lendemain, j'ai un coup de téléphone de Zelig Film, le distributeur du film, qui m'appelle et je lui raconte la panade dans laquelle je suis et qui me dit un truc qui règle tout en 15 jours. Le Christ est en train de me toucher là. En fait, je suis en train de reprendre vie, tout ce que je cherche depuis 15 ans et qui explique que j'allais me bourrer la gueule tous les week-ends. j'en ai plus besoin en fait, là je suis en train de de trouver la lumière et là j'ai eu comme un Une soif incomprise de ma famille. Une soif à demander à ma famille pour Noël. Ma mère qui m'appelle. Qu'est-ce que tu veux, mon chéri, pour Noël ? Je veux un livre de Mère Thérésa. Je veux la vie de Saint-François d'Assise. Je veux la vie de Charles de Foucault. Et là, ma famille qui me dit. Mais tu t'as perdu la tête ou quoi ? Et puis, mais je suis toujours avec Catherine. Et on continue. On a fait quelques séances de préparation mariage quand même. Mais là, ça tourne plus rond. C'est-à-dire que là, je découvre que j'ai une paroisse à côté de chez moi, à Saint-François-de-Salle, que je rentre dans ma paroisse et là, je vois un écran lumineux qui affiche « prière et recherche d'emploi » . On est en septembre 2008, impossible de retrouver un boulot dans la banque. Là, le milieu bancaire, toutes les banques sont en train de licencier. « Prière et recherche d'emploi » , donc j'y vais. Et là, je tombe sur un banquier que je connais, Jean-Louis Quirole, qui était mon maître de stage quelques années plus tôt. Et je lui raconte mon histoire et il me dit « Ah, mais je vais t'aider à trouver un boulot » . Et en 15 jours, je retrouve un boulot de directeur financier dans une ONG, un projet social, une société d'insertion qui aide des personnes à retrouver du travail. Et je vais passer mes semaines à Calais, dans une ferme, et puis le week-end à retrouver Catherine à Paris.
- Benjamin Coste
Il y a énormément de choses à raconter. Moi, je vous propose peut-être d'avancer. Vous allez arriver au moment où vous rentrez, vous faites ce choix de Dieu complet, cet appel, la vocation. Vous allez rentrer au séminaire, au séminaire du diocèse de Vannes.
- Père Laporte Weywada
Quand je suis tellement saisi par ce bon Dieu, je n'ai aucune envie d'être prêtre. Il faut que je le dise. Je n'ai pas envie d'être prêtre. Je n'y ai jamais pensé. Et ça fait partie des derniers items que je mets dans ma liste.
- Benjamin Coste
D'accord.
- Père Laporte Weywada
je suis toujours amoureux de Catherine sauf que je bosse pour une ONG je ne suis plus dans la banque d'affaires et donc je me demande ce que je vais faire de ma vie et là il se trouve que 6 mois après ce fameux séminariste que j'avais rencontré à Paris avec qui j'avais dîné le soir où Benoît XVI passait ce séminariste m'appelle et il me dit viens me voir en Bretagne et il me présente son évêque, l'évêque de Vannes et il me dit est-ce que tu veux rester à Vannes pendant un an ? un an pour te poser la question de discernement. On est le 26 juillet au Grand Pardon de Saint-Andoré. Il y a 35 séminaristes. Ils me mettent une aube. Ils me demandent de servir la messe avec eux. Je n'ai jamais mis une aube de ma vie. J'ai 35 ans. Je suis sur la Lune. Je ne sais pas ce qui m'arrive. Et pourtant, on me propose de venir dans un mois, début septembre, dans un lieu qui s'appelle le Foyer Jean-Paul II à Saint-Andoré, où il n'y a pas de réseau de portables, où je vais passer et... un an dans une chambre de 5 mètres carrés pour lire la Bible et puis refaire ma vie et changer de logiciel. Je dis, attendez, il faut que je réfléchisse là. Et je rentre à Paris et en fait, j'hésite pas. Enfin, disons que j'écoute cette aspiration profonde, cette voix intérieure qui me dit, il faut que tu y ailles en fait. Et je me sépare de Catherine en août et trois semaines plus tard, je suis début septembre. sur la Lune, dans une chambre de 5 mètres carrés au foyer Jean-Paul II.
- Benjamin Coste
Vous m'aviez expliqué que le séminaire, ça va être aussi encore une autre étape de votre vie, avec des moments pas toujours simples, c'est ça ? Il y a eu un épisode particulier dans le désert. Est-ce que vous pourriez nous raconter ce qui s'est passé dans le Sinaï ?
- Père Laporte Weywada
À la fin de cette année de propédeutique, j'ai trouvé la paix quand même au cours de cette année. C'est la raison pour laquelle j'ai demandé à l'évêque de m'envoyer au séminaire, parce que je ne voulais pas être prêtre, je vous le répète, et je vous le répéterai encore. J'insiste. J'insiste. Je demande à continuer, parce que je suis saisi par le Christ, et je veux suivre le Christ, et il n'y a plus que ça, qui compte dans ma vie. Et je vais au séminaire, donc mon seigneur Santène m'envoie au séminaire d'Avignon, le séminaire de Notre-Dame-de-Vie, qui est fondé par un père Carme, donc c'est la spiritualité du Carmel. On est dans les vignes, je n'ai pas de tentation, je ne suis pas dans le centre-ville d'une grande ville. Je suis dans la campagne, une heure d'oraison par jour. La prière d'oraison, la prière du cœur à cœur qui va pétrir mon cœur petit à petit, qui va me faire entrer justement dans cette contemplation, cette prière contemplative qui m'attendait en fait. J'aime ça et c'est ça que j'avais au plus profond de moi. Il n'empêche que j'ai toute ma vie derrière moi, toute ma vie de... je le dis, de débauche, parce que j'ai eu une vie de patachon, vraiment, qui est là. Et toutes ces scories, là, ça doit sortir. Donc, j'ai des tentations énormes, j'ai des combats intérieurs énormes et je vais vivre des angoisses terribles. Et voilà, tout ça va être un long fleuve pas tranquille du tout. D'une part, j'ai la paix puisque je ne veux pas retrouver le monde. Mais d'autre part, je rêve de jeter ma bip par la fenêtre. Donc, j'ai des tentations énormes d'arrêter. J'ai des angoisses énormes. Je ne sais pas si je dois aller dans le diocèse de Vannes. Et finalement, trois semaines avant mon ordination diaconale où je vais faire vœu de célibat, eh bien, je fais une BST, une bip sur le terrain en Terre Sainte. et là je suis saisi par une angoisse profonde. On est dans le Sinaï, on dort dans le Sinaï et il fait 42 degrés. Je n'arrive pas à respirer. Je suis obligé de monter. Tout le monde dort dans la vallée.
- Benjamin Coste
Une angoisse, une crise d'angoisse.
- Père Laporte Weywada
Je monte un peu dans les hauteurs et je demande à Dieu de me parler. Je lui dis, Seigneur, je vais faire le grand saut dans trois semaines. Je ne me vois pas prêtre parce que j'ai peur de parler en public. pas ça, je ne me vois pas porter une communauté près de diocésain. Je ne le sens pas. Et c'est dans trois semaines. Il n'y a pas de retour. Et je veux que tu me parles. Et là, il est deux heures du matin et il y a une sorte de tétanie. Et là, le Seigneur me répond. Il me répond parce qu'il y a un gars qui est monté aussi, comme moi, qui dort à dix mètres de moi dans son sac de couchage. Et là, il y a une voix qui transperce la nuit. Cette nuit, ce silence, on est dans le désert. Et là, j'entends, je n'ai pas rêvé. Maintenant, tu te calmes et ça va bien se passer. Donc, c'est à mourir de rire. J'entends ça en pleine nuit.
- Benjamin Coste
Et effectivement, ça vous calme ?
- Père Laporte Weywada
Oui. Alors, j'appelle le collègue qui est en train de dormir à côté. Il ne répond pas. Et le lendemain, je lui dis, c'est toi qui parles la nuit ? Non, non, j'ai bien dormi. Enfin, rien de particulier. Bref, donc j'y suis allé. J'étais au bout. Et ma famille est montée à Saint-André pour mon ordination. Mon père a pleuré comme un enfant pendant toute la messe, ainsi que toute ma famille, de voir le fils prodigue allongé, 41 ans, allongé devant son évêque, à faire vœu de célibat, à faire vœu d'obéissance, à donner sa vie pour le Christ. Ma famille n'avait pas pris la mesure de ce que c'était. Ils n'étaient pas vraiment montés en Bretagne. Ils m'ont vu dans mon jus. Ça faisait six ans que je vivais, que je me préparais à ça. Et là, en fait, l'ancien Xavier était mort et le nouveau naissait d'une certaine manière. Et ils me connaissaient tellement d'avant. Ils ont eu du mal à y croire. Mais en fait, ils ont été retournés par ça. Retournés. J'ai une tante. qui a demandé à faire sa première communion le lendemain de mon ordination. Mon beau-frère a demandé le baptême, ma sœur a demandé à faire sa confirmation. Mon frère, qui venait d'avoir le barreau à Paris, avocat, dans l'année, il a pris un an pour partir dans les quartiers nord de Marseille à la Fraternité Sainte-Bernadette. Tiens, Sainte-Bernadette.
- Benjamin Coste
Petit clin d'œil.
- Père Laporte Weywada
Voilà. Oui, c'est la grâce de Dieu. Moi, ça me dépasse, si vous voulez. Moi, j'ai dit oui, en fait. J'ai dit oui. je ne suis pas meilleur que les autres. Mais Dieu a choisi Xavier pour que ça puisse rayonner autour. C'est lui qui sait.
- Benjamin Coste
Vous m'avez confié que vous étiez un prêtre, je le mets entre guillemets parce que ce sont vraiment vos paroles, un prêtre infiniment heureux. Qu'est-ce qui vous rend si heureux ?
- Père Laporte Weywada
Ce qui me rend si heureux, c'est que j'ai rencontré Jésus. Qu'est-ce que ça change finalement ? Qu'est-ce que ça change ? Ça change tout en fait. Je suis libre. Jésus, ça veut dire Dieu sauve. Jésus est venu me chercher et me sauver. Essayez de le comprendre à travers toute mon histoire que je vous ai racontée. Il m'a sauvé. Il m'a sauvé. Je n'ai jamais voulu être prêtre. Et c'est en ça que c'est un témoignage. Parce que moi, je n'aime pas forcément raconter ma vie. Mais je le fais parce que je n'ai pas voulu être prêtre. Et encore une fois, toutes ces difficultés que je me faisais mentalement, psychologiquement, à devoir prendre la parole tous les dimanches devant une assemblée. Mais je le fais, en fait, je le fais parce que Dieu me donne la capacité de le faire. J'ai dit oui et Dieu me donne la capacité de l'être. Il ne choisit pas ceux qui sont capables. Il rend capables ceux qu'il a choisis.
- Benjamin Coste
Mais justement, pour rebondir là-dessus et... Pour ouvrir un peu en fin d'entretien, mais quels conseils vous donneriez ? à peut-être un jeune homme ou une jeune fille, pourquoi pas, qui se pose la question, qui hésite à donner sa vie à Jésus, qui, comme vous, hésite à poser ce oui avec ce que vous avez vécu, avec votre vécu, qu'est-ce que vous lui diriez ?
- Père Laporte Weywada
Est-ce que tu es libre ? Si tu sens que tu es appelé, est-ce que tu es libre ? Voilà, c'est très important.
- Benjamin Coste
De quelle sorte de liberté ? Alors,
- Père Laporte Weywada
de quelle sorte de liberté ? C'est ce sentiment plénier d'être conduit. par cette présence qui te veut du bien, qui te veut libre, une liberté qui est exigeante parce qu'il t'emmène là où tu veux pas aller. Mais en t'emmenant là, tu te rends compte que il est avec toi et qu'il fait tomber les forteresses, en fait. Et il te montre que c'est lui qui les fait tomber parce qu'il y a des choses qui se produisent qui ne viennent pas de toi. Et concrètement, il faut écouter la voix du Seigneur. Il faut aussi bien s'entourer et demander conseil et le discernement de l'Église. Attention, ce n'est pas un chemin où on est seul. Mais moi, ce que j'ai trouvé magnifique, je le dis parce que je ne sais pas si vous alliez me poser la question, mais il y a quelques années, j'étais à Pontivy en paroisse et il y a une journaliste qui est venue déjeuner chez moi au presbytère. Je ne l'ai pas invitée. Elle est venue déjeuner en face de moi. J'étais tout seul avec elle. elle est journaliste au Figaro hors série. Et cette femme, je lui dis, mais attendez, vous êtes... Alors moi, j'ai lu une fois le hors série du Figaro, il y a 15 ans. En fait, un article qui a changé ma vie, qui m'a donné la foi et je suis devenu prêtre, qui a changé ma vie. Et c'est un article sur Lourdes qui a été écrit en septembre 2008. Et cette femme-là m'a dit, elle s'appelle Isabelle Schmitz, elle m'a dit, j'ai participé à la rédaction de cet article. C'est quand même fou. Je ne connaissais pas Pontivy il y a trois ans. Il y a trois jours, pardon. On m'a demandé de venir ici pour réaliser un documentaire sur les églises de Bretagne. Et là, j'ai dit, waouh, Seigneur, t'es trop fort. Tu changes ma vie avec un article. Et là, tu m'envoies la journaliste qui a écrit l'article chez moi, dans un bled, en pleine campagne, enfin, un bled, entre guillemets, attention, c'est pas péjoratif, mais dans un lieu que cette journaliste ne connaissait pas. Elle vient déjeuner en face de moi au presbytère. simplement pour me dire c'est Dieu qui dit ça tu vois Xavier tu t'es pas trompé toutes les angoisses que t'as eu jusqu'à la dernière seconde tu as dit oui tu savais pas où tu mettais les pieds tu étais dans le brouillard parce qu'en fait la foi est obscure mais elle est certaine et là je suis en train de te montrer tu vois comme je suis bon je suis en train de te montrer que tout va bien t'es sur la bonne voie on va finir cette
- Benjamin Coste
cet entretien, Père Xavier, avec nos questions traditionnelles dans ce podcast Un beau jour. Quel est le livre que vous avez, ou peut-être un film, un album de musique que vous aimeriez, qui pour vous a une importance particulière et que vous aimeriez nous présenter et nous dire pourquoi surtout il a pour vous cette importance ?
- Père Laporte Weywada
Il y a plein de films que j'aime beaucoup, les films de Terence Malick en particulier, et en particulier The Tree of Life, l'arbre de vie avec Brad Pitt. Pitt et Sean Penn. C'est un film prière, d'ailleurs avec des paroles de Saint-Augustin qui nous parle de la nature et de la grâce, qui nous parle de l'amour, qui nous parle de l'amour de Dieu et qui met en scène un homme qui est pris dans ces difficultés existentielles, cette espèce de discernement où on voit un homme en costard-cravate qui travaille dans une tour à New York. à New York ou à Chicago ou je ne sais où, aux Etats-Unis en tout cas, et qui est libéré. Qui est libéré parce qu'il rencontre
- Benjamin Coste
Dieu. Je ne vous demande pas pourquoi ce film vous touche alors. Ce n'est peut-être pas nécessaire.
- Père Laporte Weywada
Ben voilà, vous l'avez compris, oui.
- Benjamin Coste
Est-ce que Père Xavier, de la même façon, vous pouvez nous donner votre prière préférée ? Et si vous voulez bien nous la lire d'ailleurs directement.
- Père Laporte Weywada
Ben écoutez, je vous ai parlé de Notre-Dame-de-Vie et des Saints du Carmel, en tout cas du Carmel. Je suis très proche de Sainte Thérèse d'Avila. et j'aime beaucoup cette prière que je vais vous lire. Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout, qui possède Dieu ne manque de rien, Dieu seul suffit.
- Benjamin Coste
Et enfin, pour finir, Père Xavier, on a pour habitude de poser cette question à nos invités. Je vais vous demander un petit effort d'imagination, mais dans la pièce où nous nous trouvons, Si d'aventure le Christ apparaissait là devant nous, qu'est-ce que vous aimeriez lui dire ?
- Père Laporte Weywada
Merci de m'avoir donné l'avis. parce que l'existence est tellement magnifique, nous a créé pour la vie éternelle. Et puis, je lui demanderai ce qu'il veut, en fait, parce que c'est un peu compliqué la vie dans la foi, parce que c'est obscur. Et à un moment donné, j'aimerais bien qu'il me dise en direct, avec une parole très claire, qu'est-ce que tu veux que je fasse pour toi ?
- Benjamin Coste
Merci beaucoup, Père Xavier, pour cet entretien.
- Père Laporte Weywada
C'est moi qui vous remercie.
- Benjamin Coste
Et merci pour votre écoute. Merci d'être toujours plus nombreux à écouter. Je vous rappelle que désormais, nous publions chaque mois non pas un, mais deux épisodes. Donc une raison supplémentaire de vous abonner, de partager cet épisode sur nos réseaux sociaux et à mettre 5 étoiles et des commentaires sur Apple Podcasts et Spotify. Pour découvrir d'autres témoignages de feu, vous pouvez bien sûr écouter les autres épisodes du podcast, mais aussi lire la rubrique Rencontres chaque semaine dans Famille Chrétienne. Et enfin, n'hésitez pas à découvrir les autres podcasts de Famille Chrétienne, tous sains par Bénédicte. de l'hélice, Maman Prie, Sexo, Sacrée Histoire et d'autres encore. Encore merci et rendez-vous dans 15 jours.