- Laurent Gay
J'attends que les détenus s'endorment et donc j'ai un objet tranchant dans la main. Et en plein milieu de la nuit, en fait, peut-être que ça va vous surprendre, je n'avais pas peur de mourir en fait. C'était comme une libération de mourir. Mais la seule chose qui me faisait peur et qui me terrifiait, c'est que j'avais peur de me retrouver en enfer. Alors, est-ce que c'est à cause de ça ? Est-ce que c'est la grâce de mon baptême ? Est-ce que c'est un instinct de survie ? J'ai crié vers Dieu en fait, juste pour qu'il m'accueille dans son paradis. Et là, je me mets à pleurer, à pleurer toutes les larmes de mon camp et je ne suis pas quelqu'un qui pleure, je ne sais pas ce qui m'arrive, je me retiens pour ne pas réveiller les détenus, je ne comprends pas ce qui se passe et je ressens comme une présence.
- Marie
Bonjour, je m'appelle Marie et vous écoutez Un beau jour, le podcast qui donne la parole à des croyants dont la vie et la foi ont été changées à jamais par un événement imprévu. C'est un miraculé, il aurait dû mourir plusieurs fois d'overdose, de désespoir, du sida et pourtant ce survivant non content d'avoir échappé à la mort plusieurs fois ne cesse de proclamer partout l'amour et la gloire de Dieu. Cet homme, c'est Laurent Guay qui a traversé l'enfer et a été sauvé un beau jour par Dieu en prison. Laurent Guay, bonjour !
- Laurent Gay
Bonjour !
- Marie
Merci d'être ici au micro d'Un beau jour. Pour commencer, est-ce que vous pourriez présenter l'objet symbolique de votre histoire que vous avez apporté ?
- Laurent Gay
Alors, c'est un chapelet. Ce n'est peut-être pas très original. Mais pour moi, c'est vraiment... Je n'emploie pas un terme qui est peut-être un peu violent, mais c'est vraiment pour moi comme une arme qui me permet de me protéger. En fait, c'est plutôt une arme... Pas offensive, mais plutôt défensive.
- Marie
Vous l'avez reçu, ce chapelet, en particulier dans un moment de votre histoire ?
- Laurent Gay
Il a été fait par des jeunes du Cénacolo.
- Marie
Qu'est-ce que c'est ?
- Laurent Gay
Des jeunes qui sont dans une maison d'accueil pour toxicomanes. Ça a aussi un symbole pour moi, parce que c'est des jeunes qui essayent de sortir de la drogue. Un jeune qui a dû le faire pendant les moments où... Peut-être que ça a été plus difficile pour lui dans son parcours.
- Marie
Oui, parce que vous-même, du coup, on va revenir dessus, vous êtes un réchappé, un miraculé, même, on peut dire ça, de la drogue, de l'addiction. Alors, pour qu'on comprenne bien, pour qu'on saisisse un peu quelles sont vos racines, dans quel environnement avez-vous grandi ? Quelle éducation avez-vous reçue ?
- Laurent Gay
Alors, justement, j'ai grandi pas très loin d'ici.
- Marie
Famille chrétienne est située dans le 19e arrondissement.
- Laurent Gay
À l'époque, Famille chrétienne n'existait pas ici en tous les cas. Il n'y avait rien ici. Il y avait un petit peu la zone. Et moi, j'ai grandi entre Porte de la Chapelle et Porte de Bermudier sur le boulevard Ney.
- Marie
Dans le 18e arrondissement.
- Laurent Gay
Dans le 18e arrondissement, effectivement. Et c'est là que j'ai un petit peu usé mes baskets parce que j'en ai fait des tours du quartier. en fait J'étais un enfant qui a erré beaucoup dans les rues du quartier, avec des mauvaises fréquentations. Des parents qui n'étaient pas méchants, pas du tout. Mais c'était une époque où on n'était pas beaucoup dans la tendresse. Et moi, en tant qu'enfant, j'aspirais, comme je pense la plupart des enfants, à être aimé. Et je ne ressentais pas cet amour. Et encore une fois, mes parents ne m'aimaient.
- Marie
Ils ne savaient pas vous le montrer.
- Laurent Gay
Non. Et donc, Bousco, j'aime bien cette phrase, il dit, il ne faut pas seulement aimer les enfants, il faut qu'ils le sachent. Il faut qu'ils se sachent aimer. Et c'est vrai que le fait déjà de ne pas l'entendre et puis de ne pas avoir de langage d'amour, c'est les bras.
- Marie
Pas de gestes physiques de tendresse. Exactement.
- Laurent Gay
Et du coup, en plus de ça, je pense que j'étais un enfant. Alors, est-ce que c'est parce que j'avais peur dans mon petit être ? peur de la vie, le monde me faisait peur, je n'ai pas été rassuré non plus, et j'ai très très tôt été confronté à un problème qui s'appelle un trouble de l'apprentissage, donc j'étais dyslexique, mais à l'époque, on ne se savait pas, et j'entendais plutôt que j'étais un bon à rien, que j'étais un débile, que j'étais quelqu'un... Alors mon cerveau s'est un peu formaté là-dessus, et c'est vrai que j'avais zéro confiance en moi, je ne croyais pas en Merci. Voilà, moi j'étais... J'étais, comment dire, bourré de fausses croyances. Croire que j'étais nul, croire que ma vie valait rien.
- Marie
Niveau foi, vous aviez reçu des choses ou pas ?
- Laurent Gay
Non, mais j'ai été baptisé. Oui, c'est ça, c'est une époque. Voilà, c'est ça. Mais on ne m'a jamais emmené à l'église. Alors, bon, je n'ai pas été appelé à l'église. En fait, très, très vite, moi, j'ai basculé plutôt dans autre chose.
- Marie
Parce que vous avez été victime, je crois, de... de raquettes, de harcèlement dès l'âge de 8 ans, ça vous a un peu fracassé ? Oui,
- Laurent Gay
malheureusement. Alors, à l'époque, le quartier était un peu dur aussi. Il y avait des gamins qui étaient assez durs. Et puis moi, comme je n'étais pas un super... Je n'étais pas quelqu'un qui travaillait bien parce que j'avais du mal à lire, à écrire. Je me suis retrouvé avec un petit peu les caïds du coin qui étaient... Ils étaient beaucoup dans la violence. Et donc, j'ai pris beaucoup. J'ai pris cher, comme on dit. Et puis très vite, la violence est rentrée dans mon cœur. Et je me suis défendu, en fait.
- Marie
Et c'est là que ça a commencé à mal tourner.
- Laurent Gay
En fait, ça a mal tourné. Mais surtout, j'ai eu l'impression d'exister au travers de ça.
- Marie
Ah oui, parce que vous étiez tout d'un coup reconnu.
- Laurent Gay
Ah ben voilà. Et ça, c'est terrible. C'est terrible parce que j'avais l'impression d'être quelqu'un. J'étais devenu quelqu'un. Je avais des copains alors qu'avant, je n'avais pas de copains. Et malheureusement, ce n'était pas les meilleurs copains du monde.
- Marie
Oui, je crois que vous avez fumé votre premier joint à 11 ans.
- Laurent Gay
Voilà. Bon, après, c'était plus pour faire comme les autres. En fait, tout à l'heure, je disais, on tournait beaucoup dans le quartier. On n'avait pas grand chose à faire, en fait. Et on s'arrêtait de temps en temps dans des immeubles. On s'attroupait et les plus grands fumaient du shit. Donc les joints tournaient. Il était hors de question de dire non, je ne le fais pas. Parce que sinon, on était moqués. En fait, j'ai fait comme les autres. C'était plutôt même des mauvais... J'avais mal à la tête, je toussais, je n'étais pas très bien. Mais malheureusement, le fait de revenir là-dedans, en fait, à un moment donné... j'ai eu cette sensation que c'était une solution à cette vie, en fait.
- Marie
C'est-à-dire, ça vous permettait, au bout d'un moment, quand les premières fois se sont passées, vous étiez bien ?
- Laurent Gay
Voilà, c'est ça. En fait, je me sentais mieux. C'est un piège, parce qu'en fait, ça venait d'une certaine manière comme combler un vide. La nature, elle est en route vide. Et malheureusement, parce que ça aurait pu passer, mais j'ai aimé ça. Ça, c'est terrible parce que la recherche un petit peu d'être désinhibé, d'avoir l'impression qu'on peut faire ce qu'on veut parce qu'on est complètement slash, comme on dit. Je n'ai plus peur, le regard de l'autre, je m'en fous. Et puis, côté un peu transgression, je suis libre de faire ce que je veux. En fait, c'est totalement... C'est totalement le contraire, puisqu'à partir du moment où on a plus cette liberté de s'abstenir ou d'arrêter un produit, c'est qu'on est enchaîné. Oui,
- Marie
il faut être addict en fait. Oui, c'est ça.
- Laurent Gay
Mais on ne s'en rend pas compte. Au début, les autres ne comprennent rien parce qu'ils n'ont jamais fumé du shit. Donc, c'est des vieux cons. En fait, c'est cette mentalité qui fait que je me suis retrouvé très vite engrené là-dedans. Et jusqu'à ce qu'on me propose des drogues plus fortes.
- Marie
C'est-à-dire ?
- Laurent Gay
À l'âge de 14 ans, j'ai eu... 14 ans ? Oui, je me suis injecté un produit qui s'appelle l'héroïne. Mais ça a duré 17 ans.
- Marie
14 ans de l'héroïne.
- Laurent Gay
Même moi, aujourd'hui, je me dis... Et en plus, je n'aime pas les drogues. C'est horrible de dire ça. Quand je fais des prises de sang, j'ai...
- Marie
C'est les grands toujours qui vous ont... Oui,
- Laurent Gay
oui. Et en fait, on ne voyait pas... On ne voyait pas la toxicomanie comme on la voit aujourd'hui. Dans les quartiers, c'était plutôt un petit peu les caïds, ceux qui avaient un peu d'argent. On ne se prenait pas pour des merdes. Et il n'y avait pas encore la maladie du sida, il n'y avait pas encore le krach, comme on voit des personnes, on a l'impression qu'elles sont comme des clochards. Très très vite, c'est arrivé. À cette période-là, il y avait le côté, on va dire, un peu plus fun. Et alors là, c'est...
- Marie
Mais avec quel argent ? Parce que 14 ans, on n'a pas encore d'argent. Comment...
- Laurent Gay
Très, très tôt, moi, j'ai été renvoyé parce que j'ai dealé en quatrième, déjà. Après, on connaît... Vous savez, moi, j'ai monté une association qui s'appelle Les Données à Grandir. Et je travaille vraiment dans... Moi, mon combat, c'est vraiment de lutter contre la drogue. et puis maintenant contre toutes les dépendances, parce qu'il n'y a pas que la drogue. Mais on voit les profils arriver, on voit des petits, que ce soit des gators, que ce soit des vendeurs, que ce soit aujourd'hui même des petits soldats. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a vraiment un crime organisé autour de la drogue et ça vient en France. Alors voilà, j'ai connu les petits deals, et puis après les trafics, et puis ça fait qu'augmenter en fait tout ça.
- Marie
Mais il n'y a personne, à 14 ans, on est quand même très jeune encore. Il n'y a personne qui se rend compte de ce qui vous arrive ? Il y a un éducateur, un prof ? Si vos parents... Personne ne fait rien ?
- Laurent Gay
Alors, en fait, on a une... Comment je pourrais dire ? Le drogué, il a une puissance de manipulation assez incroyable quand même. Moi, j'ai dit à ma mère, par exemple, je lui ai dit, quand j'ai été renvoyé, j'ai dit à ma mère, je me rends compte, renvoyé de l'école. Je lui ai dit, maman, tu te rends compte, le chef d'établissement, il fait un complot contre moi. Tu te rends compte, maman, ils m'ont mis 10 barrettes de shit dans la poche. Ils disent que c'est moi, que je suis un traficot. Et ma mère,
- Marie
c'est ma psych.
- Laurent Gay
Si vous saviez le nombre... Maintenant, j'ai des amis qui sont chefs d'établissement. Et puis moi, ça fait 20 ans que je tourne dans les écoles. Mais franchement, je trouve que... Je fais beaucoup de conférences aussi pour les parents. Il y a beaucoup de parents qui... sont naïfs en fait. En fait, il y a une forme d'avoglement et puis on ne veut pas voir. Et puis l'enfant qui est quand même... Voilà.
- Marie
C'est parfaitement mentir.
- Laurent Gay
En tous les cas, moi j'ai pu... En fait, entre mon père, c'était très compliqué parce que mon père, il y avait quand même...
- Marie
De la poignée.
- Laurent Gay
De la poignée, mais... Et puis ma mère où je pouvais faire ce que je voulais, c'était un climat un peu particulier. Mais au bout d'un moment, en fait, il n'y avait plus d'autorité en fait. À un moment donné, il y a tellement une confrontation que mon père m'a dit, voilà, tu fais ce que tu veux, en fait. Il a démissionné. Il a démissionné. La seule chose qui a été bien, c'est que grâce à Dieu, je dirais, je n'ai pas été placé en foyer. Parce que mes parents travaillaient, ils étaient ouvriers. Donc, je n'ai pas été pauvre, je n'ai pas manqué d'argent.
- Marie
Alors, si on fait un peu un tout petit bond dans le temps, vous avez connu, je crois, après vers 17, 19 ans, une première... Première cure de désintoxication déjà dans le sud, dans une ferme qui vous a donné un élan un peu nouveau. Et vous avez essayé de vous en sortir, surtout que vous aviez rencontré un premier amour à ce moment-là.
- Laurent Gay
C'est ça. Donc, j'ai essayé de faire des cures de désintoxication, mais à chaque fois, en fait, vous rencontrez que des toxicos. Alors, vous ne parlez que de ça, même si vous ne prenez pas le produit. et c'est vrai que dans cette ferme, c'était une ferme un peu... Un peu ce qu'on appelait à l'époque des babas cool. Des gens qui avaient quitté un peu, qui refaisaient le monde autour d'un feu. Et j'ai vraiment apprécié ce temps. C'était vraiment un temps où j'ai retrouvé des bonnes sensations physiquement. Et c'est vrai que c'est là où j'ai rencontré, je dirais, mon premier amour. Le problème, c'est que malheureusement, et je l'ai appris à mes dépens, En fait, l'addiction, c'est une maladie chronique. Et c'est revenu quand je me suis... Je suis revenu sur Paris et j'ai repris de la drogue. Et là, je n'étais pas tout seul, j'étais avec quelqu'un. Et là, ça a été la descente.
- Marie
Elle n'était pas... Au départ, elle n'était pas addicte ?
- Laurent Gay
Non, non, non. Et bien sûr que je ne voulais surtout pas qu'elle prenne de la drogue. Moi, je savais déjà. Mais c'est tellement compliqué quand... Moi, il y avait tout un...
- Marie
Oui.
- Laurent Gay
Tout un environnement, on était vraiment... Tous mes potes se droguaient. C'était un monde aussi. On sortait, on faisait... Et là, ça a été vraiment la descente.
- Marie
Vous avez quand même voulu vous en sortir avec cette compagne. Vous avez même lancé un projet d'enfant.
- Laurent Gay
Oui. Alors... Ce projet était un projet, voilà, parce que ça donne sens de donner la vie et on y a cru. Et donc, elle est tombée enceinte et là, moi, j'avais à tout arrêter.
- Marie
Vous aviez arrêté tout seul ? Ouais,
- Laurent Gay
quand on a décidé d'avoir un enfant, j'étais vraiment dans cette voie de guérison. En tout cas, je ne prenais plus de dur. Et là, en fait, à son quatrième mois de grossesse, on lui annonce qu'elle a le sida. Et donc, à l'époque, aucun traitement. Donc, on savait très bien, on était lucide sur ce qui se passait. Et donc, on lui a fait une interruption de grossesse.
- Marie
C'est-à-dire que l'enfant n'était pas viable, du coup ?
- Laurent Gay
Voilà. Apparemment, donc, trop dangereux pour la maman. Et puis, grosse incertitude pour l'enfant. Et donc, là... et... Et là, pareil, on est paumé, on est détoxico et on ne sait pas, il n'y a pas beaucoup de personnes qui nous aident. Le sida, il faut bien remettre le contexte, c'est une maladie quand même à l'époque. On est un petit peu des parias et donc on suit la médecine. Moi, je travaille avec des bêtes, je ne vais pas cracher dessus, mais à cette époque-là, on ne savait pas trop.
- Marie
Qu'est-ce que ça vous fait de vivre cette interruption de grossesse à tous les deux ?
- Laurent Gay
On est moins avec l'enfant en fait. mentalement on est moins avec et représenter pour vous l'avenir exactement c'était notre espoir et du coup là on bascule en fait la seule chose qu'on ne nous volera pas pour nous on nous l'avait volé cet enfant même si on avait déconné et la seule chose qu'on ne nous volera pas c'était comment on allait en finir
- Marie
Ah oui, parce que du coup,
- Laurent Gay
on va décider d'en finir. Ah bah oui, oui. Alors comme on n'était pas... Alors attention, je ne vais pas dire ça parce qu'il ne s'agit pas de courage ou de... Mais en fait, il y a ce qu'on appelle des cocktails magiques. Enfin magiques. Donc drogue, alcool, médoc. Et donc ça, c'est généralement très efficace, malheureusement. Et moi, c'est les pompiers de Paris qui m'ont sauvé la vie.
- Marie
Ok, d'accord.
- Laurent Gay
J'ai fait ce qu'on appelle plusieurs overdose, dont une où même le pompier à l'hôpital m'a dit « à deux minutes près, votre cerveau ne revenait pas. »
- Marie
Vous avez frôlé la mort.
- Laurent Gay
Oui. Mais même si on vous dit ça, en fait, pour moi, je m'en foutais. En fait, c'est terrible de dire ça parce que je ne m'accrochais pas à cette vie. Et puis, il s'est passé un drame. Voilà, dans cette période-là, j'ai été chercher de la drogue. Je passais mon temps à courir après l'argent, la drogue. Et là, j'ai été défendre un de mes potes sur un trafic et je me retrouve en prison.
- Marie
Pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Laurent Gay
On appelle ça une rixe, donc bagarre au couteau. Voilà, donc je me retrouve en prison. Je vais à Fresnes, donc une...
- Marie
Ah oui, oui, oui.
- Laurent Gay
Là, c'est autre ambiance.
- Marie
La vraie prison. Ah oui, oui,
- Laurent Gay
c'est la vraie prison. Et puis à l'époque, il y avait... À l'époque, il y a la surpopulation. Je suis quatrième d'une cellule de trois, donc dans les conditions assez extrêmes. On n'est pas en 2025. Donc là, on est en 1987. Je n'ai pas encore 25 ans.
- Marie
Oui, vous êtes inculpé pour homicide volontaire.
- Laurent Gay
Voilà. Donc, en fait, j'ai été défendre quelqu'un, un de mes potes. Et puis, en me battant, il y a eu ce fait très grave qui m'a... qui m'a ruiné aussi à l'intérieur. Parce que là, on n'est pas dans un jeu vidéo. Quand la drogue est redescendue de votre tête et que vous prenez conscience de ce que vous avez fait, moi, je voyais en moi un monstre.
- Marie
Oui, parce que... Bah oui,
- Laurent Gay
j'étais devenu quoi ? Et en fait, mais quelque part, alors, il y a eu ça. Et puis, on m'a annoncé en prison que j'avais la maladie du sida. Alors à l'époque, on ne savait pas trop. Quand on était porteur de la maladie, il y en a qui disaient, pour les plus chanceux, vous avez 5-10 ans à vivre. Après, il y en a qui sont séropositifs. Mais enfin bon, d'une manière ou d'une autre, on était malade de toute façon. Et moi, dans ma tête, c'était la condamnation. Et je me suis dit, mais jamais je ne reverrai le jour.
- Marie
et puis vous étiez seul en plus parce que là du coup votre compagne oui et puis ma compagne
- Laurent Gay
Elle, seule, dans ce milieu de ténèbres. Une jeune femme seule, dans la drogue. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais tout ça, moi, je l'apprends. Je vois mon père qui pleure en prison alors que je ne l'ai jamais vu pleurer. Donc, j'ai honte. Tout ça, je me prends un poids de culpabilité. Et en fait, je laisse mes pensées être envahies de pensées de mort. Avec des angoisses de mort. Je comprends bien. J'imagine quand Jésus, on nous dit dans la Bible qu'il transpirait des gouttes de sang. Je ne sais pas, l'image est tellement incroyable de transpirer des gouttes de sang.
- Marie
Mais vous, vous le comprenez ça ?
- Laurent Gay
Ah ben là oui. Moi, je n'ai pas transpiré des gouttes de sang. A postérieur. On est tellement dans... On est totalement anéanti, je pense que j'étais en grosse dépression. Et donc là, mon idée, c'était d'en finir.
- Marie
Une bonne fois pour toutes. Oui. Et alors, vous faites quoi ?
- Laurent Gay
Je prépare, parce qu'on a toujours l'imagination pour trouver. J'attends que les détenus s'endorment et donc j'ai un objet tranchant dans la main. Et en plein milieu de la nuit... Comme quoi, il y a des âmes certainement qui prient la nuit dans des monastères et Dieu sait combien la prière est tellement importante. Et en fait, peut-être que ça va vous surprendre, je n'avais pas peur de mourir. C'était comme une libération de mourir. Mais la seule chose qui me faisait peur et qui me terrifiait, c'était l'idée de me retrouver où ? Et j'avais peur de me retrouver en enfer.
- Marie
Ah oui ?
- Laurent Gay
Oui. Pourquoi l'enfer ? J'en sais rien. J'ai marché un peu avec des gens qui étaient un petit peu... Des gens qui étaient sédentaires, mais qui avaient des gitans, en fait. Il faut focus sur le diable. Ah oui,
- Marie
vous avez... Moi, dans ma tête,
- Laurent Gay
je n'étais pas croyant, mais je croyais plus au bal qu'au bien. Et ça me faisait peur, tout ça. Alors, est-ce que c'est à cause de ça ? Est-ce que c'est la grâce de mon baptême ? Est-ce que c'est un instinct de survie ? C'est vrai qu'on... Tout à l'heure, vous avez parlé d'une petite voix à l'intérieur. J'ai crié vers Dieu, en fait. Juste pour qu'il m'accueille dans son paradis, parce que le paradis, ça me parlait. Et là, je me mets à pleurer. À pleurer toutes les larmes de mon camp. Et je ne suis pas quelqu'un qui pleure. Je ne sais pas ce qui m'arrive. Je me retiens pour ne pas réveiller les détenus. Je ne comprends pas ce qui se passe. Et plus je pleure, plus je ressens comme une paix intérieure. Alors, la paix, je ne l'ai jamais goûtée. Avant, on part avant, parce que même quand on est défoncé, on n'est pas au père. C'est pas la fête de Dieu en tous les cas. Et je ressens comme une présence. C'est la petite Thérèse, je crois, qui parle à un moment donné dans sa cellule, dans son monastère, dans son couvent. Elle avait l'impression que ça... J'ai vécu cette même sensation sans connaître la petite Thérèse auparavant. Et en fait, il y avait comme un... comme un vent de liberté à l'intérieur de mon cœur. Et en même temps, il y a comme une image qui s'incruste au-dedans de moi. Alors, c'est toujours difficile de décrire, c'est comme un songe éveillé. Je n'ai rien vu avec mes yeux, mais on est plus comme un songe. Et c'est un visage qu'il y a en moi. Et pour moi, ce visage, c'est le Christ. Je suis convaincu que c'est le Christ. J'ai revu ce visage quelques années après et on m'a expliqué sur une image, sur une icône. Et on m'a dit que c'était le sueur de Turin, la sainte face du Christ.
- Marie
Ah oui, vous avez vu le déprimant sueur.
- Laurent Gay
Oui, exactement. Vous savez, il y a cette image qu'on représente en noir et blanc. Exactement, c'était un peu comme une ombre. Et il y avait deux mots en filigrame. Et ces deux mots m'ont marqué, m'ont impacté. Confiance, espérance. Et là, dans ma petite tête, je crois au fond de mon cœur qu'il y a quelque chose qui se passe. peut-être que je me sens Peut-être que je suis aimé de quelqu'un. Et si c'est Dieu qui m'aimait. Et je lâche la lame. Et je commence à me battre avec tous mes petits démons. Et Dieu fait le reste. Puisque la justice a reconnu une légitime défense. Je suis sorti avec un non-lieu.
- Marie
Ah ouais, un non-lieu.
- Laurent Gay
J'ai fait un an de prison, mais sans être jugé. Et alors là,
- Marie
votre vie, elle change du tout au tout. Parce que vous avez vu le Christ.
- Laurent Gay
Et malheureusement, je suis obligé de vous dire non. C'est terrible parce que...
- Marie
Qu'est-ce qui se passe ?
- Laurent Gay
En fait, c'est peut-être même pire qu'avant parce qu'il n'y a rien qui change. Et quand je sors, ma compagne est très malade, je suis malade. Les copains sont toujours là. Ils me donnent de la drogue. Ils sont contents de me voir. Et moi, je n'arrive pas à résister. Et en fait, peut-être que ça va vous surprendre, mais j'avais même l'impression d'en vouloir à Dieu parce que pourquoi il est venu ?
- Marie
Ah oui !
- Laurent Gay
J'étais en colère. J'étais en colère, mais pas... Je n'ai jamais blasphémé. C'était vraiment peut-être une sainte colère. Je ne comprenais pas.
- Marie
Vous pensiez qu'il allait vous sauver de tout ça ? Oui,
- Laurent Gay
c'était un peu de la magie. En fait, Dieu n'est pas un magicien. Et ça, il faut bien le comprendre. Et moi, je n'avais pas tous les codes, cathos, je n'avais pas tout. Et en fait, j'ai basculé dans une démence. Et on m'a arrêté. Et on m'a mis, non pas en prison, on m'a mis en psychiatrie.
- Marie
Parce que vous avez pété un peu.
- Laurent Gay
Complètement. Et là, je n'oublierai jamais d'où je viens. Et c'est peut-être ma force aujourd'hui. En fait, mon passé, c'est ma force. Et puis, mon plus grand combat, c'était la drogue. C'était aussi ma plus grande victoire. En fait, on m'a attaché. Après, on m'a mis ce qu'on appelle la caméziol chimique. Enfin, je n'étais plus rien. Mais Dieu a remis toute dignité en moi. Et je suis sorti de cet hôpital à cause de la maladie du sida. Parce que là, pour le coup... Le foie commençait à fibroser. Je suis devenu tout jaune. J'étais vraiment mal en point. Et on m'a dit qu'il me restait peu de temps à vivre. Donc, j'ai été hospitalisé sur Paris. À l'époque, il n'y avait qu'un seul hôpital qui s'occupait des maladies infectieuses et tropicales. On appelait ça comme ça. Et donc, les médecins... On n'avait rien encore. Pourtant, on a fait des... énormément de progrès, mais là, c'était très, très compliqué. Et en fait, alors moi, quand on m'a dit que j'allais mourir, je demandais juste à Dieu de pouvoir me réconcilier avec ma famille. Ah oui. De mourir en paix, en ayant réparé tout. Je ne suis pas mort, je suis bien vivant. Et en fait, il y a un homme qui visitait les malades, et je parle de lui parce que c'est devenu un ami, d'une part, et c'est la première personne qui a eu ce regard ce regard voilà d'amour sur moi, en fait. C'est la première personne qui a eu confiance en moi.
- Marie
Oui.
- Laurent Gay
Et qui a eu des mots. Et aujourd'hui, je passe mon temps, en tous les cas, tant que Dieu me donne la force, je parcours les écoles et tous les jeunes que je rencontre, j'essaie de leur donner ces mots, ces paroles de vie, en fait. Parce qu'une parole de vie, j'aime beaucoup cette phrase, je ne sais pas de qui elle est, je l'ai reprise, un germe d'espérance qui naît dans le cœur de quelqu'un, c'est un miracle qui se produit. Et j'en suis... témoins. Et c'est pour ça que je travaille beaucoup dans la bienveillance aujourd'hui. Je suis vraiment devenu un éducateur qui essaye de conduire nos enfants à la vertu, de les faire grandir, qu'ils s'épanouissent, qu'ils trouvent vraiment le sens de leur existence. Et je crois que la foi va les aider à trouver leur esprit.
- Marie
C'était qui, du coup ?
- Laurent Gay
C'était un homme qui était engagé pleinement dans sa foi catholique. Il m'a même dit qu'il était catholique. Et moi, je ne savais pas trop ce que ça voulait dire. Je ne comprenais rien, en fait. Je lui ai juste dit ce que j'avais vécu en prison. Je n'avais jamais dit ça à personne. Moi, je croyais que j'étais fou. Parce que quand il y a des choses comme ça qui nous arrivent, il vaut mieux aller voir un prêtre.
- Marie
Il va raconter votre songe, votre visitation.
- Laurent Gay
Exactement. Il va me prendre pour un... Il va dire, ça y est, la drogue l'a complètement assommé. Et en fait... Il vous a dit quoi ? Il m'a dit que Dieu pouvait passer par là aussi. Oui,
- Marie
il vous a écouté. Ah oui,
- Laurent Gay
et puis ça m'a rassuré en fait. Et il venait juste de rencontrer, comme quoi il n'y a pas de hasard, avec un grand D, il venait de rencontrer la communauté des Béatitudes qui accueillait à l'époque des malades en fin de vie, cancer face terminale et sida face terminale. Et donc le lien était très vite... Et il m'a dit, Laurent, je connais un endroit, peut-être que ça te fera du bien. Et on ne parlait pas de fin de vie, mais voilà. Et quand je suis arrivé dans cette communauté, alors j'étais dans un état quand même, j'étais un petit peu le ressuscité du coup, quand ils m'ont vu la transformation, je suis arrivé, j'étais dans un état, on me mettait en fauteuil roulant, j'étais fatigué, usé, j'étais toutes ces années de drogue. Le sida,
- Marie
il ne s'est pas guéri à l'époque. Mais non, non, non. Vous étiez quand même en fin de vie en fait. pour de faire ça. Oui, oui, oui,
- Laurent Gay
j'étais vraiment malin pour en tout cas. Et en fait, c'est l'amour de mes frères et sœurs, je crois, qui m'a sauvé aussi.
- Marie
Vos frères et sœurs ?
- Laurent Gay
C'était tenu par des frères et sœurs de la communauté. Donc, ils s'appelaient sœurs, frères, voilà. Et je n'ai jamais rencontré autant de bonté au Maître Carré. Mais ça transpirait de l'amour. Et moi, j'ai... Vous savez, on se méfie même des fois. Mais ils sont trop gentils. Je ne sais pas, il se passe quelque chose. Et en fait, je suis resté neuf ans. Neuf ans, ça a été le temps que Dieu restaure tout ce qu'il y avait besoin de restaurer. Et Dieu sait combien j'avais été abîmé. On m'a appris la prière. Tout à l'heure, je parlais du chapelet. Alors, moi, je croyais que plus on priait des grains, plus on était écouté. Alors, je priais beaucoup de grains.
- Marie
De chapelets.
- Laurent Gay
Eh oui, beaucoup de... Le chapelet, oui, exactement. J'ai compris qu'en fait, la prière du chapelet est un moyen. Il y a d'autres moyens, comme la louange, comme notre cœur à cœur. C'est un moyen pour atteindre le cœur de Dieu. Mais ça, j'ai compris après. Mais je priais uniquement pour ma compagne, qui, elle, n'a pas pu se déplacer dans cette communauté, parce que c'était trop loin de Paris. C'était dans le Tarn.
- Marie
Elle restait à l'hôpital.
- Laurent Gay
Elle est restée à l'hôpital et les médecins m'ont appelé, ils m'ont dit Florence, elle est en train de mourir. Et donc ça, ça a été une étape très importante, parce que j'ai passé deux jours de nuit à côté d'elle. Et je l'ai accompagnée jusqu'à son dernier souffle. Et là, j'ai fait l'expérience de la paix que j'ai pu transmettre dans son cœur. Ça n'enlève pas la peine, puisque c'était quand même très douloureux. Et je suis convaincu qu'elle a rejoint la maison du Père en paix. Et j'ai pu faire ce deuil. et en lui promettant de ne plus jamais prendre de drogue. Ça fait plus de 30 ans que je n'ai pas pris de drogue. Et ce deuil, en fait, j'ai pu aussi le faire. Tout l'amour que j'avais pour cette jeune femme, qui était un amour déglingué parce que j'étais abîmée. Je ne savais pas aimer, en fait. Mais je l'ai donné à Dieu. Alors, ça paraît peut-être fou de dire ça, mais en fait, je me suis consacré à Dieu à ce moment-là. Il aurait pu m'appeler à devenir prêtre.
- Marie
Parce que là, vous lui avez donné votre vie.
- Laurent Gay
Exactement. C'est vraiment... Moi, dans mon histoire, il y a ce côté de la rencontre. J'ai eu la foi. Et puis, il y a ce que j'appellerais la conversion.
- Marie
C'est deux choses différentes. C'est intéressant.
- Laurent Gay
Pour moi, c'est deux choses différentes parce que mon cœur s'est retourné vraiment. Et là, en fait, c'est lui qui allait décider de ma vie.
- Marie
Vous avez comme tourné votre cœur, orienté vers Dieu.
- Laurent Gay
Exactement, exactement. Et en fait, il n'a fait que le combler depuis ce moment-là. Donc, on a trouvé des traitements. J'étais en rémission pendant à peu près trois ans. Et le temps qu'on trouve des traitements, j'ai fait partie des premières personnes à pouvoir accéder à ces traitements avec des protocoles. Tous les trois jours, j'allais à l'hôpital voir s'il n'y avait pas un bouton qui sortait à demander. mais vous avez guéri du sida alors guéri c'est un bien grand mot je suis aujourd'hui toujours traité mais on a fait beaucoup de progrès mais si je ne prenais pas le traitement j'aurais peut-être des conséquences et du coup moi j'ai opté vraiment pour me soigner parce que Le Seigneur a donné le don de science et le don d'intelligence pour pouvoir trouver des remèdes. Et du coup, complètement transformé. Et même les frères et sœurs à la communauté, ils ont vu ce changement. Ils m'ont dit, même dans mon corps, il y avait comme une... Presque que je rajeunissais. Incroyable.
- Marie
Je me demandais, comment le rang nouveau, qu'est-ce qui a été transformé en vous ?
- Laurent Gay
En fait, en plus, à la communauté, ils avaient des habits blancs et marrons. Et donc, pendant les fêtes, le samedi et le dimanche, on s'habillait en blanc. Alors, j'étais vraiment lumineux. Vous êtes passé des ténèbres. Des ténèbres à la lumière, c'est vraiment incroyable. Et même mes parents qui sont venus me voir, pour eux, ils n'ont pas... compris quoi c'était vraiment le jour et la nuit et du coup en fait j'avais là ce besoin de me sentir utile ce besoin de faire quelque chose et du coup j'ai eu la possibilité d'aller au pérou et je suis parti dans une communauté la même communauté mais dans une maison au lit à lima et dans cette maison s'occuper des enfants de la rue ah ouais Et là, j'ai découvert, en fait, ma vocation. J'ai découvert que, en fait, j'avais une fibre pour les jeunes que je ne savais pas. Et il y avait quelque chose et c'était naturel. C'était pas... Et du coup, en retournant dans cette communauté, j'y suis resté donc un certain temps, il y avait des jeunes qui venaient pour des retraites de confirmation ou des choses comme ça. Et en fait, la grande majorité était heureux. Il y avait des jeunes, je les sentais. Ils n'arrivaient pas. Il y avait un mal-être, quelque chose. Et en fait, sans prétention, je crois que le Seigneur m'a donné cette grâce de pouvoir. Aller plutôt vers ces personnes-là.
- Marie
Vers ces jeunes en France.
- Laurent Gay
Et je savais que j'étais... C'est comme ça qu'a commencé un petit peu ce ministère. Enfin, en tous les cas, ce travail pour l'annonce de l'évangile au travers des personnes plus en difficulté.
- Marie
Oui, et des jeunes aussi, des jeunes en particulier.
- Laurent Gay
Et puis Dieu a travaillé mon cœur. Il m'a appris à aimer, à être aimé. Donc j'ai fait grandir cet amour, j'ai rencontré la femme de ma vie dans la communauté, on s'est mariés, un mariage incroyable, un mariage religieux où mes parents, ma famille, c'était incroyable. Ça fait plus de 25 ans qu'on est mariés.
- Marie
Bravo !
- Laurent Gay
Merci ! On a quitté cette communauté à la naissance de ma fille, enfin au un an de ma fille, les médecins me disaient que c'était humainement impossible parce que même avec des traitements à l'époque, Ah oui,
- Marie
d'avoir des enfants, on vous disait que vous n'auriez jamais. Et miracle sur miracle.
- Laurent Gay
Miracle sur miracle. Et je crois vraiment sincèrement que la foi nous ouvre à des écrans de possibilités. En tous les cas, ce que j'essaye de dire dans ce petit livre,
- Marie
un petit manuel pour avoir foi en la vie.
- Laurent Gay
Exactement, qu'en fait, à partir du moment où on croit, il y a des choses qui peuvent se transformer en nous. on a une... place ici-bas, et une mission. Et on n'est pas là comme ça pour regarder, oh, il y a quelque chose. Et donner l'orientation à nos jeunes de regarder vers le ciel, de leur dire allez-y, vous n'êtes pas faits pour la laideur, vous êtes faits pour la grandeur. Et celles, elles n'entendent pas, en fait. On les conditionne à la médiocrité, alors qu'ils sont faits pour la sainteté. Nos jeunes, ils ont besoin de sacrés. Et aujourd'hui, le seul sacré qu'ils ont, c'est en scrollant leur TikTok à nous. chrétiens, de leur donner le goût de la vie et avoir foi en la vie. Je parle beaucoup des rêves aux jeunes. Il y a des rêves. De croire, en fait, c'est ça. Et du coup, aujourd'hui, sur les routes, je rencontre beaucoup, beaucoup de jeunes. Je n'ai jamais été autant à l'école que ces dernières années. C'est incroyable quand même.
- Marie
Le Laurent de 13-14, je l'avais su. Mais vous n'avez plus jamais été tenté. de reprendre de la drogue. Vos vieux démons vous ont totalement abandonnés ?
- Laurent Gay
Alors, il y a eu tout un travail quand même dans cette communauté. Ça n'a pas été un claquement de doigts. Il y a eu des moments très, très difficiles. Il y a ce qu'on appelle l'effet craving, c'est-à-dire que vous êtes...
- Marie
En manque.
- Laurent Gay
Voilà. Même si vous avez votre corps qui est sevré, mentalement, vous avez une envie qui vous vient. Comme ça, vous ne savez pas d'où ça sort. Vous êtes... Presque envie de quitter tout pour aller chercher quelque chose. Donc là, j'ai été accompagné. J'ai vraiment... Voilà. Et puis, le fait de rencontrer l'amour, il y a quelque chose qui vous tient. Il y a quelque chose qui est plus grand que toute drogue ou je ne sais pas quoi. Et c'est ça. Parce qu'en fait, si on découvre cette motivation supérieure, c'est-à-dire que ça soit dans la foi, que ça soit dans l'amour, que ça soit dans une... passion qui va nous permettre de nous élever. On ne pensera plus à se détruire, en fait, dans la drogue. Moi, j'ai l'habitude de dire Dieu, il met en nous un potentiel illimité parce que son amour, il est sans limite, en fait. Et il nous permet d'aimer sans limite. Alors, il y a un apprentissage. On est toujours au travail. Mais plus on va avoir ce désir d'aimer, je crois qu'on n'est pas loin. de la santé quelque part. Après, il y a d'autres exigences, mais c'est vrai que... Et je pense que ce message, il fait du bien pour les jeunes.
- Marie
Les jeunes d'aujourd'hui, vous trouvez que la situation, elle est comment ? Elle est pire qu'avant ? C'est pareil sous d'autres formes ?
- Laurent Gay
Effectivement, il y a beaucoup de nouvelles addictions. Pas que la drogue, il y a aussi tous les produits aujourd'hui chimiques. Mais toutes ces nouvelles addictions, l'accès aux jeux, aux jeux vidéo, aux jeux d'argent, l'accès aux réseaux sociaux. Les réseaux sociaux, c'est un drame. C'est un drame parce que ils sont tout le temps dessus. En fait, ils sont tout le temps en train de comparer leur vie à la vie des autres en disant, ah oui, mais moi, j'ai pas cette vie. Enfin bon, voilà. C'est pas simple, en fait. C'est pour ça que... Après, ça peut aller très, très vite. Le déclic fait qu'aujourd'hui, nos jeunes, en fait, ils découvrent leur véritable personnalité au travers de leur créativité. Et on a de la chance aujourd'hui. La musique est assez accessible. Je sens que ça coûte trop cher. On a accès au théâtre, on a accès à la danse, à faire du...
- Marie
C'est étonnant. C'est un remède, ça, la créativité, l'art. Absolument. OK.
- Laurent Gay
et en fait le pro en fait exactement et ils ont besoin en fait de découvrir qui ils sont voilà pour justement s'épanouir pleinement et c'est vrai qu'il y a plein d'outils comme ça qui leur permettent voilà mais ils sont quand même confrontés à une espèce de culture de mort moi je ne suis pas thérapeute mais je me forme de plus en plus avec l'association que j'ai fondée et dont les agrandir avec des et... des psychologues, parce que je vois de plus en plus de jeunes dans des anxiétés dépressives, dans un malheur.
- Marie
Comment leur donner foi en la vie,
- Laurent Gay
justement ? En leur donnant des clés. Et une des clés, c'est le dépassement de soi.
- Marie
Le sens de l'effort ?
- Laurent Gay
Oui, ils l'ont perdu. Parce qu'encore une fois, la médiocrité les conduit à une paresse. Un enfant qui n'a jamais... appris à donner de 0 à 15, il aura beaucoup de mal. C'est pour ça, nous, en tant que parents, à nous de les encourager. Il y a plein d'écoles de la vie, qui permettent justement, et quand ils goûtent, qu'ils sont capables d'aider les autres. Ils sont tellement fiers. Et à nous aussi de leur dire, on est fiers de toi. Et la Bible dit, il y a plus de joie à donner qu'à recevoir. Et leur permettre de donner gratuitement. d'expérimenter. Et ça, ça sera une des pistes, après, encore une fois, qui puissent orienter leur vie vers quelque chose de grand, d'élever leur pensée vers quelque chose de grand et qu'ils aient des personnes qui vont influencer leur pensée.
- Marie
Qui vont les tirer vers le haut.
- Laurent Gay
Et des fois, quand on regarde certains influenceurs, c'est peut-être pas vers le haut qui les attire. Mais bon.
- Marie
Mais aujourd'hui, il y a beaucoup d'influenceurs, cathos, heureusement. Oui, c'est vrai.
- Laurent Gay
Et il y a beaucoup de jeunes ... qui demande le baptême, qui a cette véritable soif, soif d'amour et soif de vérité et d'authenticité.
- Marie
On renvoie les auditeurs à votre livre, espère Petit Manuel, pour avoir foi en la vie, pour trouver plein d'autres clés très concrètes sur ce sujet. Alors, les questions de fin d'un beau jour. Est-ce qu'il y a un livre qui vous a aidé pendant votre période de guérison et de chemin vers Dieu que vous voudriez recommander à nos auditeurs ?
- Laurent Gay
Alors, c'est un livre universel, je crois. C'est un livre qui contient tellement d'ouvrages. Ça s'appelle La Bible.
- Marie
Ah oui, je me disais. Je crois que je vois.
- Laurent Gay
Alors, si je peux donner juste un petit conseil. Ne commencez pas comme moi j'ai commencé. J'ai commencé par la Genèse. Je n'ai rien compris. Mais j'ai été persévérant, on va dire ça comme ça. Mais après, il y a des personnes qui m'ont aidé. J'ai commencé à lire les évangiles. et Quand je suis tombé sur les actes, là, j'ai vraiment, je me suis identifié. Ah oui,
- Marie
les actes des apôtres.
- Laurent Gay
Exactement. Je me suis vraiment identifié à ces personnages. Et j'avais une soif, une soif d'être comme eux, en fait. Comme les apôtres, les premiers chrétiens. Ah oui, oui, c'était vraiment. Et aujourd'hui, c'est mon livre de chevet et la parole de Dieu me nourrit, en fait.
- Marie
Oui, c'est une parole de vie.
- Laurent Gay
Exactement, c'est une parole de vie.
- Marie
Quel conseil vous donneriez, un conseil que vous donneriez à un jeune ? qui serait tenté de prendre de la drogue, de faire un mauvais choix qui peut l'entraîner dans une spirale addictive ? Vous lui diriez quoi ?
- Laurent Gay
En fait, c'est ça. Vous avez parlé du choix. En fait, notre vie, c'est les choix. Et une des paroles de vie dit « Tu choisis la vie ou tu choisis la mort. Tu choisis le bien ou tu choisis... » Exactement. Et en fait, nos jeunes, c'est ce que je leur dis, vous avez un pouvoir de choisir la vie. Et servez-vous de ce pouvoir. C'est-à-dire que vous avez le pouvoir de dire non, surtout. Parce que sinon, vous allez passer à côté de votre vie et en fait, vous ne pourrez plus contrôler. En fait, c'est là où c'est un piège. Parce que quand on ne contrôle plus, on peut très vite descendre, on peut très vite tomber. Et la chute, elle fait mal. Donc, servez-vous de ce pouvoir. La vie est tellement belle, vous avez tellement de choses à vivre. N'allez pas... Vous vous embêtez, pour ne pas dire autre chose, avec des produits qui vont et vous faire du mal et faire mal à toute votre famille. Parce que croyez-moi, j'ai beaucoup de parents, c'est le malheur quand on prend de la drogue. Il faut bien comprendre ça.
- Marie
Quelle est votre prière préférée et ou celle qui vous a porté durant votre guérison ?
- Laurent Gay
Alors, je ne sais pas si c'est ma préférée. En tous les cas, c'est une consécration. J'habite en Vendée aujourd'hui et j'aime beaucoup Saint Louis Grignion de Montfort. Saint Louis Marie Grignion de Montfort, pardon si j'oublie son nom. qui en fait, par son traité, par les mains de Marie, par le cœur de Marie, ça nous conduit à Jésus. Et donc cette consécration, je la fais tous les jours, et c'est la grande consécration. Donc aujourd'hui, entre tes mains, Marie, je renouvelle les voeux de mon baptême. Je renonce à Satan, à ses séductions, à ses œuvres, et je me donne totalement. À Jésus-Christ, la sagesse incarnée afin de porter ma croix chaque jour à sa suite et de lui être plus fidèle. Je vous choisis aujourd'hui au mari en présence de toute la cour céleste, pour ma mère et ma reine, et je vous livre et consacre en toute soumission et amour mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs et la valeur même de mes bonnes actions, passées, présentes et futures, vous laissant en entier et plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m'appartient sans exception. selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l'éternité. Amen.
- Marie
Je ne connaissais pas le début, la grande consécration. On connaît la suite souvent.
- Laurent Gay
En tous les cas, merci à vous.
- Marie
Si le Christ vous apparaissait en ce moment même, dans ce studio, qu'est-ce que vous lui diriez vis-à-vis de votre histoire ?
- Laurent Gay
J'espère que j'ai pu faire ce que tu m'as demandé.
- Marie
Merci beaucoup Laurent pour cette très belle interview.
- Laurent Gay
Merci.
- Marie
Merci pour votre écoute et merci à vous qui êtes de plus en plus nombreux à suivre le podcast, à vous abonner, à partager les épisodes et à laisser des étoiles et des commentaires sur Apple Podcasts et Spotify. Cela compte énormément. Si ce témoignage vous a touché, vous pouvez retrouver d'autres histoires tout aussi fortes en écoutant les autres épisodes du podcast, mais aussi chaque semaine dans les pages du magazine Famille Chrétienne. Et pour aller plus loin, n'hésitez pas à découvrir les autres podcasts de Famille Chrétienne Toussaint, Maman Prie, Sexo, Prières catholiques et d'autres encore. Merci pour votre fidélité. La petite nouveauté de ce début d'année, vous vous en êtes peut-être rendu compte avec cet épisode, un beau jour prend un nouveau rythme. et arrive désormais tous les 15 jours dans vos oreilles pour toujours plus de belles histoires de foi et de vie. A très vite !