- Janick
Et c'est comme si un voile s'est déchiré devant mes yeux. Ce voile de mensonge, dans lequel je vis depuis à l'époque 36 ans. Depuis 36 ans, dans ma tête, je me vois, je me perçois, je vis comme un homme. Et là, c'est comme si ce voile se déchire et que Dieu me montre, tu peux te mentir, tu peux mentir à tous les gens autour de toi, mais moi, tu ne peux pas mentir.
- Olivia
Bonjour, je m'appelle Olivia et vous écoutez Un beau jour, le podcast qui donne la parole à des croyants dont la vie et la foi ont été changées à jamais par un événement imprévu. Et dans cet épisode, nous vous proposons un témoignage hors du commun, celui de Janik Christen, qui parle de changement de sexe. C'est un tabou que Janik a accepté courageusement de lever en racontant l'histoire de sa transition, puis de sa détransition. Née femme, Janik s'est très tôt sentie homme. À 21 ans, elle entame une transition et devient Franck. Mais un beau jour, 15 ans plus tard, elle entend l'appel du Christ à revenir à son identité d'origine. Dans cet épisode, Janick nous raconte ce chemin bouleversant, marqué par des choix irréversibles, sa voix et son corps mutilés qui ne peut plus porter la vie par exemple, mais aussi par la rencontre avec l'amour inconditionnel qui lui a permis de s'accepter tel qu'elle est vraiment. Janick, nous sommes très heureux de t'accueillir. On commence toujours ce podcast en demandant à notre invité d'apporter un objet. Qu'est-ce que tu as apporté comme objet qui représente ton histoire ?
- Janick
Alors, une bague. C'est une bague qui est chère à mon cœur, non pas pour sa valeur monétaire, mais pour ce qu'elle représente pour moi.
- Olivia
Que représente-t-elle ?
- Janick
Alors en fait, je l'ai achetée aux États-Unis quand j'étais dans un road trip du côté de la Californie. Je visitais une église et puis c'était en 2020 et j'avais commencé mon chemin de détransition depuis un bon bout. J'étais dans ce questionnement de qu'est-ce qui va advenir de tout ça. J'avais conscience qu'il y aurait certainement un temps où mon cheminement serait rendu public pour apporter un témoignage. Et voilà cette petite bague que je portais sur l'annulaire de ma main gauche, avec une croix et cette inscription « For such a time as this » , ce qui signifie « pour un temps comme celui-ci » . Et ça fait référence en fait à l'histoire d'Esther, avec son oncle Mardochier qui reprend Esther et qui lui dit mais c'est là maintenant t'es là pour défendre le peuple juif et face à cette persécution qui est là, qui se lève et qui te dit que c'est pas pour un temps comme celui-ci que Dieu t'a levé. Et pour moi, cette phrase m'a encouragé maintes fois dans des moments où il y a eu de l'opposition, des choses vraiment pas forcément faciles à traverser et ça me fortifiait de lire cette phrase et de me dire ok, c'est pour un temps comme celui-ci dans cette génération, là où il y a tellement, notamment de personnes plus jeunes qui sont touchées par ces questionnements identitaires. Et je crois que ce témoignage a toute sa raison d'être dans cette génération tout particulièrement.
- Olivia
Merci, oui, j'en suis sûre aussi. Yannick, tu peux repartir du début, c'est-à-dire de ton enfance, où tu ne te sentais pas à ta place, où tu te sentais rejetée. Et à partir de quand tu t'es sentie vouloir être un homme ?
- Janick
Alors, je pense que c'est venu, pour ainsi dire, à ma naissance. Je dis ça, pourquoi ? Parce que ma maman m'a montré une photo de moi, où j'ai peut-être deux, trois ans. Et on voit une petite fille toute mignonne, et là ma maman me dit « mais à cet âge, tu frappais ton ventre et tu hurlais « pas bébé, pas bébé » comme si j'avais déjà résolu dans mon cœur de ne jamais être une mère. Et c'est tellement improbable, pour moi c'est même surnaturel, mais dans le sens maléfique du terme, qu'à cet âge-là, une petite fille puisse déjà avoir conscientisé la possibilité d'être une mère, mais en même temps de s'y opposer. Je m'y oppose déjà à cet âge-là. Et moi, en tout cas, les souvenirs que j'ai, c'est, si j'en ai un peu, mais si j'en ai, c'est la perception que j'avais de moi-même à l'âge de 4 ans. Moi, je m'imaginais grand, plus tard, à l'âge adulte, marié avec une femme, pasteur et avec des enfants. C'est comme ça que je percevais mon avenir. Cette perception va croître au fil des années. Elle se couple avec un mal-être profond. qu'il soit en lien avec le cadre familial dans lequel je grandis. Je grandis au sein d'une famille qui peut être qualifiée de dysfonctionnelle. Je n'ai pas malheureusement un père présent dans sa posture de père. Il est présent physiquement, mais lui-même n'a pas pu être un fils. Tu ne peux pas être un père quand tu n'as pas été un fils toi-même. Et lui n'a pas pu être un fils pour son père. Comment être un père pour moi en tant qu'enfant, pour nous, avec ma fratrie ? Et ta maman ? Ma maman était une femme avec un caractère plutôt fort, qui prenait de la place, beaucoup de place. Mon père était plutôt effacé et du coup ça amenait une forme de déséquilibre. Ma maman était en souffrance elle-même profondément, tous les deux d'ailleurs. Quand je dis ça, je veux le dire, ce n'est pas pour régler mes comptes avec eux. Il n'y a aucune animosité dans mon cœur vis-à-vis d'eux, j'ai pu pardonner. Je sais qu'ils ont fait au mieux de ce qu'ils avaient et au mieux de ce qu'ils avaient reçu. Souvent tu ne peux pas donner quelque chose que tu n'as pas reçu. Donc eux ont manqué d'amour, manqué d'amour inconditionnel, manqué de cette tendresse qui aurait pu les construire, les bâtir. J'ai grandi au sein d'une famille où ces souffrances s'exprimaient de différentes manières, notamment à travers des formes de maltraitance, de violence, d'abus, qui font que pour moi c'était compliqué de me construire. J'avais vraiment un sentiment de non-appartenance. Je n'arrivais pas à trouver ma place dans cette famille. Leur couple était très fort, mais en qualité de parent, c'était plus difficile pour eux. Et du coup, très difficile pour moi de me sentir la fille, de savoir que j'étais aimée, de savoir que j'avais de la valeur, que je pouvais trouver ma place en fait en qualité de fille. Ça, c'est comme impensable. Et puis encore plus en tant que fille. J'ai envie de dire en tant qu'enfant peut-être, mais quoi que c'était difficile, mais en tant que fille encore moins. Donc voilà, je vais être dans ce climat familial-là avec cette souffrance intérieure, identitaire qui s'accroît au fil des années et qui devient toujours plus insupportable pour moi.
- Olivia
Et quand est-ce que tu décides vraiment de transitionner, donc de devenir un homme ?
- Janick
Alors la transition, ça va prendre beaucoup de temps dans le sens que je ne sais pas ce que j'ai en fait. Je sais juste que je me sens mal. Je me sens un garçon enfermé dans un corps de fille. Ça, c'est ce que je ressens. Ça va m'amener avec beaucoup de souffrance, notamment à 11 ans quand j'ai mes règles. À 16 ans, je vais essayer de m'enlever la vie tellement j'en peux plus. Et puis, c'est à 17 ans, quand je suis dans une famille d'accueil, que j'écoute une émission. En fait, je suis vraiment friande. d'écouter des émissions qui traitent de l'identité. Et à l'époque, on commence à parler d'homosexualité de manière un peu plus ouverte. Et quand je regarde ces reportages, ça ne me parle pas, ils ne disent pas qu'ils sont mal dans leur peau. Moi, ce corps, je le hais, je le déteste. J'aimerais m'arracher cette poitrine. Je rêve d'avoir quelque chose entre les jambes. Ce n'est pas possible pour moi d'être comme ça. Il y a 17 ans, je tombe sur un 52 sur la 1, qui est une ancienne émission française. Et il y a ce reportage de cette femme qui pense être un homme. Elle vit avec une femme et elle décrit tout ce qu'elle ressent. Et là, moi, je suis... Je vois ce truc, je suis là... Mais c'est moi ! Elles disent ce que je ressens. Et pour la première fois, je prends conscience, je mets le mot, et à l'époque, on ne parle que de transsexualité. Et c'est comme ça que je réalise ce que j'ai. Mais c'est comme un tsunami. Je ne suis pas prêt à assumer ça. Je vais enregistrer cette émission sur une VHS qui va être sur une étagère pendant plusieurs années. C'est à mes 21 ans qu'encouragé par une compagne avec laquelle je suis, on va finalement aller frapper à la porte de son médecin de famille qui va nous référer à une équipe pluridisciplinaire pour la prise en charge d'une transition.
- Olivia
Tu as senti que la société te poussait un petit peu à transitionner ou au contraire était un peu le pied sur le frein ?
- Janick
Alors à l'époque, ce n'était pas du tout connu. Je passais plutôt pour un animal de foire. Beaucoup de moqueries, d'incompréhensions, des jugements. Non, à l'époque, ce n'était pas du tout comme c'est aujourd'hui. Aujourd'hui, on est allé dans un balancier inverse où on parle de ça à des enfants de 6 ans dans des écoles. Ce n'était pas du tout le cas à l'époque. Et puis, j'ai envie de le dire à titre personnel fort heureusement, parce que je crois qu'aujourd'hui, parler de ça à des enfants de cet âge, ça sème des choses dans leur cœur qui n'y sont pas. Beaucoup de troubles, j'entends des programmes d'éducation sexuelle qui sont mis en place et qui amènent vraiment des enfants à... J'ai entendu des parents me dire, mais les enfants refont pipi au lit. On met quelque chose, on ouvre une boîte de Pandore qui est dangereuse, je crois. Donc à l'époque, pas du tout. La société n'encourage pas ça. Et plutôt, je passe pour un animal de foire.
- Olivia
Donc c'est vraiment une décision personnelle de ta part. Tu disais que tu voulais être pasteur, donc tu as été élevé dans une famille croyante.
- Janick
Oui, tout à fait.
- Olivia
Tu es protestante évangélique.
- Janick
Alors à la base, c'était plutôt un mouvement très religieux. Les femmes étaient assises d'un côté, les hommes de l'autre. Les femmes devaient avoir des longs cheveux, des longues robes, pas de pantalons. Donc j'ai grandi jusqu'à mes 4 ans dans ce milieu-là. C'était un milieu où on nous enseignait beaucoup la Bible. Et là, je suis très reconnaissant pour ça. Ça a amené un fondement solide dans les toutes bases de ma vie, avec une forme de crainte de Dieu qui n'était pas un respect saint à l'époque, qui était plutôt une peur. Vraiment la crainte dans le sens peur du terme. Et puis aujourd'hui, cette crainte est différente. C'est vraiment plutôt ce respect, cette révérence. Mais à l'époque, c'était plutôt une peur. Et quand j'avais 4 ans, mes parents quittaient ce milieu-là pour aller dans un milieu évangélique pentecôtiste. Et là, je me retrouve du jour au lendemain à voir la vie de l'Esprit-Saint qui se manifeste. Vraiment, des gens qui parlent de la glossolalie, qui parlent en langue comme autant de la pentecôte. Je vois des gens qui vivent des délivrances. Je vois des gens qui sont guéris dans leur corps physique, dans leur cœur. Et là, ça m'amène à réaliser que Dieu est un Dieu vivant. Et qui peut agir et se manifester. Et ça va même m'amener à croire à un miracle pour moi, dans le sens que je vais même demander à Dieu si il pousse. Et je me couche le soir en lui demandant ça. Et quand je me réveille le matin, je regarde sous le duvet et je vais changer. Et c'est très dur pour moi, mais je ne perds pas la foi qu'un jour peut-être. Donc c'est vraiment pour dire jusqu'où, à quelque part dans mon cœur de petite fille, les choses étaient tourdues. à même penser que Dieu pourrait revenir sur ce qu'il avait voulu au départ pour moi. Mais en tout cas, ma foi en lui était « il peut tout » . Et je bénis Dieu que cette foi ait été là dans « il peut tout » , puisque évidemment, bien des années plus tard, on va le comprendre, j'en ai eu besoin de ce « il peut tout » .
- Olivia
Oui, surtout que là, tu te maries avec une femme. Au bout de dix ans de mariage heureux, qu'est-ce qui se passe ?
- Janick
On a tellement vécu un mariage incroyable qu'on a eu à cœur de partir servir un an dans une œuvre de bienfaisance au Canada. C'est un ministère qu'on aime beaucoup, qu'on avait envie de servir, et en parallèle de faire une formation biblique. Donc on part là-bas. Au début, je ne dis rien de ma situation aux personnes, parce que je sais que quand j'en parle dans un cadre chrétien, les gens sont mal à l'aise. Donc je ne dis rien, on arrive là-bas, on est juste Franck et Laurence. Et on est très bien accueillis.
- Olivia
Tu avais vraiment un aspect d'homme. À l'époque, on ne pouvait pas se douter que tu étais une femme.
- Janick
Absolument pas. Non, non, absolument pas. C'était impossible. Donc les trois premiers mois, on va être là-bas pour servir et ça se passe très bien. Les gens vraiment nous apprécient beaucoup et pareillement pour nous. Et après trois mois, le patron vient me voir et me propose un nouveau poste. Alors au début, je me frotte les mains, je suis ravi de ça. Et là, il me dit, voilà, ton travail, ce sera de contacter les ministères dans la francophonie pour leur demander des ressources qu'on pourra diffuser sur notre canal de diffusion. Et à l'instant où il me dit ça, je sais que je ne peux pas ne rien dire. Parce que je vais devoir contacter des gens, leur envoyer un email où il y aura ma photo et mon nom. Et je me dis, mais quand les gens vont voir ça, certains ont entendu parler de notre mariage, ont entendu parler de mon histoire. Et ça va revenir contre le ministère que je suis en train de servir et que je veux servir. Et là, moi, j'aime tellement ce ministère, je réalise que c'est un garde-fou. Là, je ne peux pas ne rien dire. Et là, je lui dis, écoute, je dois te parler. On va dans une petite salle et là, je lui parle. Je lui dis, voilà, avant d'être un homme, j'étais une femme. D'abord, il rigole en fait. Il s'éclate de rire parce qu'il ne me croit pas. Évidemment, en face de lui, il a vraiment... Ceux qui veulent voir à quoi je ressemblais, vous pouvez taper mon nom sur l'ordinateur et vous verrez évidemment que j'avais une tête d'homme. Alors là, il ne me croit pas et je lui dis non mais ce n'est pas drôle. Pour de vrai, c'est une réalité là. Alors il est vraiment tout à coup très sérieux, un peu choqué. Il va chercher le reste du leadership et là, je raconte mon histoire à nouveau. Et pour la première fois de ma vie, j'ai en face de moi une réaction... empreinte d'un amour incroyable. Un des leaders se lève, vient en face de moi, il me regarde et dans ses yeux, je vois l'amour de Jésus-Christ. Je vois l'amour, je vois... Il a des yeux pleins d'eau, remplis d'eau, très émus. Et il me prend dans ses bras et on pleure ensemble. Et à partir de ce jour-là, le leadership est au courant, ils vont nous protéger, protéger aussi le ministère. Je ne vais pas avoir cette fameuse promotion. Je vais continuer à travailler là-bas, mais plutôt en mode discret. pour ne pas jeter justement le discrédit sur ce ministère.
- Olivia
Parce que tu penses que ce n'était pas ajusté ?
- Janick
Alors, je sentais que ça pouvait leur porter préjudice. Je sentais que des gens très religieux pourraient se lever et leur dire « Non mais attends, vous avez embauché un transsexuel, c'est quoi cette histoire ? » Et je ne voulais pas de ça. Donc, pour ça, c'est pourquoi j'ai parlé et j'ai voulu être transparente avec eux.
- Olivia
Oui, mais vis-à-vis de toi ?
- Janick
Alors, vis-à-vis de moi, j'étais plus ou moins... J'y pensais plus trop. C'est de temps en temps, quand je vivais des ans en introspection, où je sentais un malaise au fond de mon cœur. Oui, ce malaise, je l'ai senti dans ma phase de transition. Notamment, j'ai eu plusieurs interventions chirurgicales et je me souviens, la veille de l'une d'entre elles, je faisais les 100 pas dans l'hôpital où j'étais et je sentais l'Esprit-Saint me dire « Non, fais pas ça ! » « Non, fais pas ça ! » Et là, je luttais avec Dieu, un peu comme Jacob. J'ai lutté avec Dieu et je me souviens que je lui disais, mais j'ai tout essayé. Tu sais, toutes ces années, j'ai essayé, je me suis fait suivre, il n'y a rien à faire. Je ne peux pas m'arrêter, c'est comme ça. J'étais au point de désespoir. Pour moi, il n'y avait pas d'issue autre que ça. Donc, c'est sûr que je l'ai fait en sachant au plus profond de mon cœur que ce n'était pas le parfait de Dieu. Et aussi parce que la parole de Dieu a des versets clairs. Et notamment un verset dans Esaïe 45, le verset 9 qui dit Merci. Malheur à qui conteste avec son créateur. L'argile dit-elle à celui qui la façonne, Que fais-tu là ? Et moi, je me sens comme cette argile sur le tour du potier, Dieu, potier, qui avec une passion infinie, éclatait de plaisir à l'idée de créer un vase. Ce vase se met à hurler, il dit « je ne suis pas un vase, je suis un bol » . Et jamais on n'a entendu l'argile se mettre à parler pour dire au potier « ce que tu as à faire, fais-le comme je veux » . Et pourtant, c'est ce que je fais avec Dieu. Et je me souviens, dans nos 11 ans de mariage, il m'arrivait des fois de dire à mon épouse « tu sais chérie, quand je vais arriver en haut, Je ne suis pas sûr que ça va passer. Donc ça veut dire qu'au plus profond de mon cœur, je n'avais aucune assurance ou certitude de mon salut en lien avec ce que j'avais fait. C'est terrible, j'ai envie de dire, si tu m'écoutes aujourd'hui, mais tu ne peux pas passer ta vie sur terre sans être certain de où tu vas passer ton éternité. C'est important que tu fasses la paix avec Dieu parce que l'éternité c'est long, comme disait l'autre, surtout vers la fin. Et je crois que c'est important de se poser cette question-là et de pouvoir faire la paix avec Dieu maintenant. Alors je vais t'encourager à le faire dans ce podcast. Fais la paix avec Dieu, ça c'est vraiment hyper important. Si tu entends sa voix aujourd'hui, n'endurcis pas ton cœur. Parce que j'ai endurci mon cœur et ça m'a mené droit, loin de Dieu. Il y a ce verset dans Proverbe 14, je crois que c'est le verset 12 qui dit « Telle voix paraît droite, mais son issue, c'est la mort. » Et moi, j'avais fini par voir ma voie droite, parce que je voyais du fruit à ma vie, je priais pour des malades, les malades étaient guéris, je voyais des choses vraiment dans ma vie où je me disais, finalement, Dieu m'approuve. C'était une erreur. Alors voilà, on arrive donc au Canada, je parle à ses amis, et qui, au lieu de me juger, de me renvoyer, ce qu'ils auraient pu faire, ils ont juste accueilli, ils m'ont aimé. Et quelques mois plus tard, au contact de cet amour et de leur feu pour Jésus. Je réalise que mon feu à moi, c'est un petit lumignon qui brille, mais pas grand-chose. Et je viens à Dieu à quelque part désespéré. C'est le mois de mai 2016. Je suis dans cette chambre de notre appartement. Et dans un temps un peu de retraite, de temps à part, où je jeûne, je cherche Dieu et je veux plus de Dieu. J'aime à raconter ça comme ça. Quand tu es avec des gens qui sont au feu, soit ce feu va te déranger parce qu'il est trop chaud, soit tu vas réaliser que ton feu à toi, il ne brûle pas assez. Et moi, j'arrive là avec ce feu qui ne brûle pas assez. Et je suis dans cette chambre et je crie à Dieu de tout mon cœur. Et je dis à Dieu, j'aime tes bénédictions. J'aime ta main, j'aime ça. Mais je veux plus. Je veux plus de toi. Je te veux, toi. C'est instantanément, j'entends dans mon esprit. Mais tu veux plus de moi ? Mais dans la condition où tu es, tu es au maximum de ce que tu peux avoir de moi. Si tu veux plus de moi, il y a un prix à payer. Et il ajoutera deux choses. La première, si tu me fais confiance. Je te restaurerai dans ton identité initiale. Et la deuxième, si tu ne changes pas, mon amour pour toi ne changera pas. Olivia, c'est un choc pour moi. Parce que quand il dit ça, je prends conscience qu'il me place face à un choix. Ce n'est pas qu'il va me tordre le bras et m'obliger. Il me montre que je peux vivre dans le péché et que son amour ne change pas. Son amour est inconditionnel. Son amour n'est pas conditionné au bien ou au mal que je fais. L'amour de Dieu est un don perpétuel qui ne varie aucunement. La question c'est plutôt, est-ce que ton amour pour moi va changer ? Est-ce que ton amour va atteindre ce point où ? Où tu ne supportes plus d'aimer ta vie, mais tu veux la perdre pour moi. Et ça rejoint tellement les paroles de l'évangile, notamment dans Luc, quand Jésus dit que celui qui veut sauver sa vie la perdra. Et celui qui perdra sa vie, la sauvera. Et c'est vraiment un appel de Dieu. Et à l'instant où il me parle, suite à ça, il y a déjà un silence qui est... assourdissant dans la salle, c'est dans cette petite chambre, vraiment, il y a ce silence qui est là, et c'est comme si un voile s'est déchiré devant mes yeux. Ce voile de mensonge, dans lequel je vis depuis, à l'époque, 36 ans. Depuis 36 ans, dans ma tête, je me vois, je me perçois, je vis comme un homme. Et là, c'est comme si ce voile se déchire et que Dieu me montre, tu peux te mentir, tu peux mentir à tous les gens autour de toi, mais moi, tu ne peux pas mentir. C'est un choc, Olivier. C'est un choc.
- Olivia
Tu en parles à ta femme ?
- Janick
Ah oui, non mais je sors de la pièce, je suis en état de choc et je lui en parle. Ben, c'est l'effet qui se coule d'eux. Elle est en état de choc après moi, en me disant, mes chéries, toutes les promesses qu'on a reçues pour notre mariage. Tout ce qu'on vit, tous les fruits qu'on porte, et j'ai dit, chérie, je sais, mais je t'en supplie, si Dieu m'a parlé, il va te parler. durcissent nos cœurs davantage.
- Olivia
Elle t'a aidé dans ce chemin ?
- Janick
Alors on va vivre une semaine, c'est vraiment une semaine de life changing, je ne peux pas expliquer. Pendant une semaine, on va s'exposer à Dieu. En disant, tous les deux donc, quand je dis ça à ma femme, elle est ok. Donc on va s'exposer à Dieu en disant, parle-nous. Si c'est vraiment ce que tu as dit à Franck, parle-nous, montre-nous. Et en fait, à partir de ce jour-là, pendant une semaine, Dieu nous parle d'une manière concrète, à travers sa parole et à travers des circonstances, d'une manière très claire. C'est comme s'il y a une douce pression dans mon esprit. Je sens au plus profond de mon être, quand je parle de mon esprit, c'est en dessous de l'estomac, là. Je sens une douce pression de l'Esprit-Saint qui me pousse, je sais que ça parle à quelqu'un. Tu sais que tu as quelque chose à faire dans ta vie, tu résistes, tu résistes, mais tu sais au fond de toi. C'est cette douce pression, c'est comme ça que Saint-Esprit nous parle. Il ne faut pas résister, quand il nous parle, il faut le faire, il faut obéir, c'est tellement important. Et pendant cette semaine-là, oui, on va vivre cette conviction de péché à l'intérieur de nous qui augmente, où on sait que Dieu nous a parlé, il nous appelle à la repentance et à partir du moment où on va prendre cette décision. Oui, Laurence va être exceptionnelle dans son obéissance et sa volonté de me relâcher à Dieu. Pour elle, on n'en parle quasi jamais, mais elle a vécu un traumatisme monstrueux. Elle a perdu l'homme qu'elle aimait. Elle me disait, c'est comme si je dois faire le deuil de mon mari, mais c'est horrible parce que tu es toujours vivant. C'est comment faire le deuil d'une personne qui vit toujours, alors qu'on se fréquente encore, puisque à l'époque, on habite encore ensemble. Mais je peux te dire que dès que Dieu nous a parlé... On a commencé à prendre une distance l'un vis-à-vis de l'autre. Par exemple, dans la salle de bain, alors qu'habituellement on pouvait être ensemble tout nu, en train de me raser ou je ne sais pas quoi, elle est en train de se doucher. Ce n'était plus possible. Il y avait une gêne dans nos cœurs. Du coup, l'un, j'ai envie de dire maintenant l'une vis-à-vis de l'autre, c'est comme si tout à coup ce voile déchiré nous montre la vérité. Et il n'y a plus cette liberté-là. Donc, il n'y a plus de relation de couple. Du coup, après quelques jours, très rapidement, je passe dans une chambre ailleurs. Je dors ailleurs dans l'appartement. Quelques jours après, je vais déménager ailleurs pour vivre ailleurs.
- Olivia
Tu prenais des médicaments à l'époque ?
- Janick
Alors, j'étais vraiment constitué comme un homme avec tout ce que ça représente. Et notamment, une barbe qui poussait, oui, puisque j'avais été exposé à la testostérone et pris des injections pendant plusieurs années. Là, j'avais arrêté de les prendre parce que dans mon cœur, J'avais foi que Dieu pouvait m'amener à fabriquer cette testostérone de moi-même. Donc j'étais vraiment dans cette optique-là, qui était évidemment erronée. J'étais aveuglé jusqu'au bout, à croire que Dieu pouvait tout à coup faire en sorte que ce miracle arrive. Moi j'y croyais dur comme fer.
- Olivia
Et donc là c'est une véritable conversion intérieure ? Ah oui ! Parce que tu étais déjà très croyante ?
- Janick
J'ai aimé Dieu de tout mon cœur, c'est juste que Jésus était mon sauveur mais il n'était pas mon Seigneur. Et c'est la grande différence. C'est qu'on peut dire à Dieu « Seigneur, Seigneur » . Dans Matthieu 7, il y a ce passage extraordinaire où Jésus parle avec ses disciples et dit « Ce jour-là, donc le jour du jugement dernier, beaucoup me diront « Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? N'avons-nous pas guéri les malades par ton nom ? N'avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? » Et le maître leur dira « Je ne vous connais pas. Retirez-vous de moi, vous tous qui commettez l'iniquité. » Il dit que finalement, on peut porter du fruit, mais ce n'est pas le fruit qui est une preuve de l'approbation de Dieu. Et c'est là où on se trompe. Moi, je voyais du fruit dans ma vie. Du coup, j'en étais arrivé à me séduire moi-même à croire que finalement Dieu a prouvé ma vie. Que Laurence, c'était sa grâce dans ma vie parce qu'elle était une femme extraordinaire et qu'on a vécu un mariage incroyable. C'est faux. Il y a un moment quand on s'obstine à vivre une vie qui est une vie de péché, quelle qu'elle soit. Eh bien, il y a un moment où Dieu, dans son amour, il nous laisse vivre ce qu'on désire. Pourquoi ? Parce que Dieu ne cherche pas des robots. Il cherche des amoureux. Il ne veut pas que tu ailles à l'église parce que tu dois aller à l'église. Il veut que tu y ailles parce que l'église, c'est son désir, c'est son cœur, et que tu y vas pour l'aimer lui, pour avoir une rencontre avec lui, et pour aimer tes frères et soeurs. Et le problème, c'est qu'on fait beaucoup de choses de manière religieuse. On fait beaucoup de choses à partir d'un cœur qui est religieux. Et il faut qu'on soit conscient que chaque fois que Jésus s'est mis en colère contre des gens, c'était contre des religieux. Mais quand tu réalises ça, ne soyons pas religieux. Il veut des amoureux. Un amoureux va faire de Jésus son Seigneur. Ça veut dire quoi ? Seigneur veut dire maître. Ça veut dire que ce n'est plus moi qui décide. Je vais là, je fais ci, je fais ça. C'est dire, Seigneur, voici ma vie. C'est ma vie. Tu m'as mis sur cette terre pour quelque chose. Et je déclare qu'au partir de maintenant, ce n'est plus ma vie. Ça devient la tienne. Tu es ma vie. Je suis tout en toi, tu es tout en moi. Comme Jésus a pu le dire. avec le Père. Ce n'est pas présomptueux de dire ça. Il a dit, je veux qu'il soit un comme nous sommes un. Qu'il soit un avec toi comme nous sommes un.
- Olivia
Tu avais quel âge quand tu as eu cette conversion intérieure ?
- Janick
36, après, j'ai presque envie de dire 37, parce qu'à 36, Dieu me parle. Je suis fâché. Déjà, je vis le début de la détransition, mais avant de vivre le début de la détransition, je vis le nouveau.
- Olivia
Comment faites-vous pour détransitionner ?
- Janick
Ça m'intéresse. Alors, déjà le divorce. Donc on rentre en Suisse, on fait les démarches du divorce et je retourne au Canada pour commencer ma détransition. Mais il y a la détransition, j'ai envie de dire c'est un chemin de repentance. Et la repentance c'est quoi ? C'est un demi-tour. Et je vais être franche. Au départ, mon cœur ne fait pas ce demi-tour. Je sais que c'est le meilleur de Dieu. Je sais que c'est le parfait de Dieu pour moi d'abandonner ma vie. Mais il y a une colère à l'intérieur de moi. J'ai l'impression que Dieu me vole ma vie, que je perds tout. Il y a cette colère qui est là, qui grandit. Et pendant toute la fin de l'année 2016, je vis un peu cette colère. Et je me souviens de mon patron qui, un bout d'un moment, me met le pied au mur et me dit « Écoute Franck, on a marre de t'appeler Franck. On sait que tu es une femme et que tu vas détransitionner. Trouve-nous un prénom féminin. » J'ai envie de dire, ça, ça fait partie de la détransition. Donc moi, quand il me dit ça, je suis tellement, comment dire, en état de choc de tout ce que j'ai vécu que même choisir un prénom, je n'ai pas le goût. Et je dis à Dieu, moi je veux que tu me dises comment tu veux que je m'appelle. Je m'attends à ce que Dieu écrive un prénom sur le mur et il ne se passe rien. Pendant des jours et des jours, il ne se passe rien. Jusqu'à un moment où Dieu me dit, je veux que tu choisisses et je vais bénir ce que tu vas choisir. Et moi c'est panique totale de me dire, j'ai tellement perdu confiance en moi, en ma capacité à faire des choix, des choix éclairés, à marcher dans la vérité. Même quand on va au restaurant, et ça va faire rire certains peut-être. Tout se passe bien tant que le serveur n'arrive pas. Mais dès qu'il me demande qu'est-ce que vous voulez manger, je panique en me disant que je vais prendre le mauvais repas. Et pour tout, tout devient le moindre choix à faire. Littéralement, c'est pas une plaisanterie. Je me dis, non mais comment choisir un prénom ?
- Olivia
Alors, tu as choisi comment ?
- Janick
Alors, je voulais un prénom qui commence par J pour Jésus. Et puis, j'avoue que j'aimais bien le CK de Franck. Parce que c'est assez dynamique, puis je suis assez comme ça. Alors bon, des prénoms féminins qui commencent par J et qui finissent par CK, il n'y en a pas des masses. Et puis autrement, j'avais vu d'autres prénoms. Donc j'avais fait une petite liste, il restait quatre, cinq prénoms. J'avais beaucoup regardé la signification du prénom. Et puis je souhaitais aussi que son origine soit belle et ait du sens pour moi. Et c'était le cas. C'est un prénom d'origine hébraïque et j'ai des origines juives. Donc forcément, ça me parlait. Et puis la signification de Jannick, c'est Dieu a fait miséricorde. Et pour moi, là, ça parlait beaucoup. Alors j'aimais plus Jannick que les autres, mais j'en vois la liste de ces quatre prénoms qui restent. à mes trois amis les plus proches de l'époque et les trois vont me répondre, Yannick. Et ça, pour moi, c'est un peu comme une confirmation. Donc, je choisis Yannick. C'est la première étape, je dirais, de la détransition. Ensuite, je vais aller dans des étapes, notamment au niveau esthétique. J'ai conscience qu'une des premières choses que je dois faire, c'est enlever ma barbe. Parce que quand les gens me voient, ils voient toujours un homme. Et de voir que la barbe pousse, quand tu leur dis... En plus, Yannick est un prénom mixte. à la base, ce qui m'arrangeait pour le début de la détransition, puisque je ressemblais à un homme. Si j'avais choisi Charlotte, ça aurait été un peu plus compliqué socialement. Donc, je fais ces premiers changements, je vais commencer à faire du laser pour ôter la barbe, et puis ensuite, mon permis de séjour est refusé, je dois quitter le Canada et rentrer en Suisse, et pour moi, c'est l'horreur, j'ai envie de voir personne, et là, je ne sais même pas où aller, chez qui aller. Finalement, je contacte la maman de ma famille d'accueil qui est veuve maintenant, qui a plus de 85 ans, qui vit toute seule dans son petit chalet. Je lui dis, est-ce que je peux revenir à la maison ?
- Olivia
Parce que tu n'avais plus de contact avec tes parents ?
- Janick
Alors, mon père... Les parents biologiques ? Les parents biologiques, le contact était difficile. On a grandi tellement dans des bulles différentes. Comme eux, leur couple dans une bulle, mon frère dans sa bulle et moi dans une autre. C'est comme si on n'arrivait pas à entrer en lien, être en contact, c'était compliqué.
- Olivia
Donc à partir du moment où tu as transitionné, tu n'as plus vu ni tes parents ni ton frère ? Oui,
- Janick
alors j'ai très peu été en contact avec eux, rarement. Et quand on était en contact, c'était souvent difficile, conflictuel.
- Olivia
Tu reviens en Suisse, effectivement. Et en revanche, avec ta famille d'accueil, oui.
- Janick
Alors mon papa de famille d'accueil était déjà parti au ciel et il me restait ma maman. D'ailleurs, je vais arriver et l'appeler maman. Chose que je n'ai jamais osé faire jusque là. Mais quand je débarque, justement, je venais de... de perdre le papa de ma famille d'accueil. Ça, c'était en 2015 qu'il est décédé, quelques mois avant qu'on parte au Canada. Et quand je me retrouve devant ce corps inerte, je réalise que dans mon cœur, il est mon papa. Et que j'ai jamais osé lui dire papa. Et pour moi, c'est une telle claque que je me dis, mais je ne peux pas vivre ça avec elle. Je ne veux pas attendre qu'elle soit morte pour réaliser que dans mon cœur, c'était ma maman.
- Olivia
Vous habitez à partir de quel âge chez eux ?
- Janick
J'ai commencé à les fréquenter régulièrement à partir de 14 ans et à l'âge de 16 ans, j'ai été placé. J'ai vécu 4 ans avec eux. Et puis, on a construit des liens qui n'ont pas toujours été faciles, mais on a construit des liens petit à petit. Et notamment, justement, quand je reviens du Canada. où je n'ai plus la possibilité d'être là-bas. Je réalise qu'elle a des défis et je lui demande, est-ce que tu es OK que je sois là pour t'aider dans ces défis qui sont là et te couvrir, couvrir ta nudité, si j'ose dire ainsi.
- Olivia
C'est quoi comme défi ?
- Janick
Au niveau de la mémoire, oui. Et je lui dis, voilà, est-ce que tu es d'accord que je te couvre ? Moi, je reste ici, je vis ma détransition un peu cachée, mais je prends soin de toi. Elle me dit oui, j'ai mis tes bras et je reste, elle me dit jusqu'au bout. Je trouve ça magnifique. Et on va vivre deux ans ensemble, où on va être deux comparses. Et moi, je passe des heures dans la présence de Dieu. En moyenne, je ne peux pas faire moins de trois ou quatre heures par jour avant de mettre un orteil dehors. Je ne supporte pas le regard des autres. Je suis vraiment dans une phase entre deux qui est très difficile, très douloureuse. Quand on détransitionne d'homme à femme, c'est beaucoup plus dur que de femme à homme.
- Olivia
Ah oui ?
- Janick
Oui, parce que... D'ailleurs, quand j'étais mariée, je disais à mon ex-épouse, je lui disais... J'ai ri, mais quelle chance d'avoir été femme pour devenir homme. C'est comme si tu fais une petite lettre et tu rentres dans une grande enveloppe. Mais quand c'est l'inverse, tu fais une grande enveloppe et il faut devenir une petite lettre, c'est plus compliqué. Alors j'ai eu de la chirurgie, bien sûr, mais il y a des choses qui sont évidemment irréversibles. Mais c'est aussi la stature. Quand un homme transitionne pour devenir une femme sur le tard, on voit que c'est, pardon pour l'expression, mais une armoire à glace. Quelqu'un de très carré, très grand, qui a des gros doigts, des grandes mains, des poils, des machins. Et pour devenir une femme, c'est comme devoir glisser dans un truc qui est trop petit, trop étriqué. Et souvent, c'est compliqué. Alors là, je riais de ça avec mon épouse en disant, heureusement que j'ai fait ça dans le sens. Et me voilà cette fois, c'est mon tour. Me voilà détransitionné avec une voix qui a mué et qui ne peut pas démuer. Avec des réalités dans mon corps qui sont là, que je ne peux pas changer. Avec une musculature qui est ce qu'il y a, des épaules qui sont ce qu'elles sont. Voilà plein de choses dans mon corps qui me rappellent ce passé-là et des cicatrices. un corps qui mutilait, c'est sûr. Et cette détransition, je la fais au maximum de ce que je peux, donc je vais effectivement même aller voir avec un chirurgien ce qui est possible de faire ou pas, etc. Et là, je veux juste dire, on ne détransitionne jamais. On ne détransitionne jamais complètement. On peut faire des choses, faire des choses pour atténuer certaines choses, mais on ne peut pas revenir complètement dans son état initial, c'est impossible. Et il faut vivre avec cela. Et j'ai envie de dire que finalement, c'est devenu possible pour moi parce que je ne me vois plus dans le corps où je suis, mais je me vois littéralement à travers les yeux de Jésus-Christ. Et ça, ça change tout. Ça change tout parce que je le dis, et je n'ai pas honte de le dire, beaucoup de gens vivent avec des complexes. Et je pense que s'il y a une personne qui devrait avoir des complexes, c'est bien moi. Pourtant, aujourd'hui, je n'ai aucun complexe. Aucun complexe parce que je me sais aimer du Père et que je me vois à travers son regard, à travers l'œuvre de la croix. à travers ce que Jésus a fait, où je sais qu'il ne voit pas ce corps qui est abîmé, il voit mon cœur. Et ça, c'est extraordinaire.
- Olivia
Tu regrettes d'avoir transitionné ?
- Janick
Bien sûr, parce que j'ai pris conscience du mal que j'ai fait au cœur du Père. Tu vois, un jour, Olivia, je suis en Suisse et je rentre d'un traitement au laser, justement. Et au moment où je rentre dans ma petite chambre, j'entends l'esprit me dire, prends ton dossier médical. Et c'est bizarre, je n'ai jamais ouvert ce dossier, je ne me souviens même pas ce qu'il y a dedans, mais j'ouvre et au hasard, je tombe sur une des interventions chirurgicales. Et je lis. Et là, c'est le compte-rendu du chirurgien qui doit parler à haute voix et décrire ce qu'il fait. Et ensuite, il y a un procès verbal. Et je lis. Ablation de l'ovaire gauche, ovaire sain. Ablation de l'ovaire droite, ovaire sain. À l'instant où je lis ça. je réalise que j'ai détruit un chef d'œuvre. Je réalise que Dieu m'avait, comme dans le psaume 139, il m'avait tissé dans le secret, dans le sein de ma mère, et il m'avait fait une créature merveilleuse. Et moi, j'arrive, avec toute la rébellion de mon cœur, à lui dire, je sais mieux que toi, et je n'ai pas envie de ça, et tu t'es trompé. Et là, en fait, pour la première fois, par rapport à la transition réellement, Je peux pleurer et demander pardon à Dieu avec un cœur sincère. C'est pourquoi quand tu parles de comment on détransitionne, il y a deux aspects. Il y a l'aspect physique, physiologique, mais il y a un aspect qui est beaucoup plus important. C'est l'aspect du cœur. Tu peux faire les choses sans que le cœur y soit. Tu peux demander à tes enfants de vider la vaisselle et ils ne sont tellement pas en vie, ça les saoule tellement qu'ils vont casser toutes les assiettes pour te faire comprendre ou faire tellement de bruit pour que ce soit la dernière fois que tu leur demandes ça. aucun parent n'a envie de ça et nous on croit que Dieu va se satisfaire d'un cœur à moitié moi mon cœur était même plus qu'à moitié je freinais les quatre pattes arrière j'avais juste pas envie de changer quoi que ce soit et c'est pourquoi je pense que la détransition l'aspect le plus important n'est pas tant physique mais il est vraiment du cœur le fait de lâcher sa vie d'abandonner sa vie à Dieu complètement et aujourd'hui tu te sens complètement femme ? C'est pas une histoire de me sentir, je sors de tous les ressentis et j'apprends à ne pas vivre dans mes ressentis. Ça c'est hyper important, ça a été une clé pour moi dans la transition et dans ma vie de tous les jours. J'apprends à marcher par l'esprit, l'esprit de Dieu, et pas par mes ressentis. Les ressentis ça va être au niveau de l'âme, pensée, volonté, émotion. Et j'ai pas envie de vivre à ce niveau-là. Parce que si je vis à ce niveau-là, c'est déprimant, sérieusement, ce monde a pas grand-chose à nous offrir. Du coup au niveau émotion ça peut vite être compliqué. Mais dans l'esprit, je vis par l'esprit. Et dans l'esprit, il y a la joie, la paix, l'amour, la grâce, la bénéveillance, la bonté, le fruit de l'esprit. Il y en a neuf caractéristiques. Et là, je sais qui je suis. Et dans l'esprit, je sais que je suis la fille de mon Père céleste. Je suis sa bien-aimée. Je suis son épouse. Et oui, je suis femme, pleinement femme. Et pleinement, quoi qu'en disent les autres, quoi qu'en disent le reflet du miroir, quoi qu'en disent mes ressentis dans le... corps, je sais qui je suis en lui. Et oui, je suis une femme. Absolument.
- Olivia
Alors tu as écrit tout ça dans un très beau livre.
- Janick
Oui, ça s'appelle Je croyais être un homme. Un livre qui est paru en 2020. Distribué en 2021 aux éditions Trends for Freedom. Il est donc disponible en France. On le trouve à la librairie Philadelphie, à philadelphie.com ou à la Maison de la Bible. Et puis pour les personnes qui seraient en Suisse, il peut être commandé sur le site transforfreedom.org.
- Olivia
Une fois que tu as détransitionné, que tu as été sentie une femme, que tu es restée dans cet esprit, qu'est-ce que tu as voulu faire ?
- Janick
Alors en fait, plus rien. J'ai voulu que ma vie soit pour lui. Et en fait, je dis ça, ça va te faire rire peut-être, mais j'étais encore mariée. Dieu venait de nous parler quand un matin, j'ouvre les yeux et je vois devant moi, j'ai comme une vision ouverte. où je vois la première page de mon livre. Et je sais à ce moment-là que Dieu m'appelle à écrire un livre et donc que probablement il y aura comme un, si j'ose dire, un ministère, un service public. Ça, moi, ce n'était pas dans mon radar. Moi, j'avais à cœur de servir Dieu, mais je n'imaginais pas ça. Et encore moins parler de ça, parce que la réalité, c'est que c'est une mise à nu à chaque fois. Et du coup, voilà, ce n'était pas quelque chose que de moi-même j'aurais souhaité faire. Mais vraiment, je savais que Dieu m'appelait à ça. Alors,
- Olivia
à témoigner pour expliquer quoi ?
- Janick
En fait, à raconter cette histoire de transition, des transitions. Donc ça, c'était ce que j'avais au départ. Et ensuite, quelques semaines plus tard, je vais avoir une vision. Dieu va me montrer une image. Et dans cette image, je vois ce que Dieu m'appelle à faire, qui est effectivement de témoigner. Et cette image, elle a été confirmée par un ami cher à mon cœur qui a vu la même image que moi, sauf que moi, je me suis vu de dos. Lui, il m'a vu de face et il me décrit ce qu'il a vu. Et j'ai dit, mais c'est exactement ce que j'ai reçu. Et en fait, le fait qu'il y ait eu cette confirmation, c'est comme si, au plus profond de mon cœur, Dieu préparait le terrain à ce qu'un jour, je puisse être avec toi dans ce podcast, par exemple, ou dans d'autres choses, d'autres émissions, pour partager ce témoignage. Je n'étais pas prête à ça. Évidemment, quand Dieu m'a parlé, il a fallu attendre presque dix ans pour que je sois prête à rentrer là-dedans et à témoigner et accompagner aussi des gens, quel que soit leur parcours de vie, en lien avec l'identité. Parce que finalement, cette histoire, ce n'est pas tant une histoire de transition, des transitions. C'est une histoire de soumission de notre vie à Dieu. C'est une histoire d'abandon de notre vie à Dieu. Et je crois que c'est en ça, cette histoire peut rejoindre tout le monde. Parce qu'on a tous des choix, des choses qu'on fait dans la vie. Et puis on sait que ce n'est pas le parfait de Dieu. Et on s'enfonce là-dedans, on tolère ça. Et moi, je crois qu'on est dans des temps où ce n'est plus le moment de jouer à l'Église, de jouer à faire le chrétien. Dieu veut vraiment des amoureux et je crois que plus que jamais Jésus revient, il est temps de se consacrer à Dieu, il est temps de marcher, de vivre pour lui et de chercher à l'honorer, à faire de nos vies quelque chose qui compte pour le royaume au niveau de l'éternité.
- Olivia
Et donc tu accompagnes des gens, en visio notamment ?
- Janick
Alors oui, j'ai la grâce de pouvoir faire des conférences, je suis invité dans différents lieux, pour des podcasts qui soient dans le milieu chrétien ou séculier. Je vais être bientôt dans une table ronde aussi avec des hommes et des femmes politiques en France. Il y a vraiment beaucoup à dire, notamment sur ce qui se passe avec les enfants, cette espèce de pushing qui est fait pour les mettre sous hormonothérapie, ou au contraire sous des bloqueurs de puberté. Il y a tout un débat là et qui est... trouvent intéressants et qu'il faut évoquer. Et puis, des conférences, conférences de femmes, des conférences pour les jeunes. Et puis aussi, effectivement, des accompagnements individuels par visioconférence majoritairement. Donc, des personnes que j'accompagne, la plupart du temps, c'est très bref. Je fais rarement plus de trois rencontres. Pour des gens qui ont des défis à s'accepter tels qu'ils sont ou des souffrances en lien avec des réalités, parce qu'ils se confrontent à un proche. Par exemple, j'ai beaucoup de parents qui me contactent. qui sont en souffrance face à leur fils ou fille ou cousin, cousine, un proche qui transitionne ou qui se cherche et puis ils ne savent pas comment réagir. J'ai également des hommes d'église qui me contactent en me disant voilà comment accueillir des gens qui vivent des différences, qui se sentent différents, comment faire pour les aimer. Ce sont des entretiens très riches toujours, très très riches.
- Olivia
J'imagine, merci Yannick. Je voulais te poser quatre dernières questions, pour tous les mêmes, à tous nos invités. Qu'est-ce que tu donnerais comme conseil à quelqu'un qui voudrait... Détransitionner ou transitionner d'ailleurs les deux ?
- Janick
Alors déjà j'aimerais dire que je ne crois pas au fond de mon cœur. Je ne pense pas que la transition soit la réponse à ce mal-être que tu peux ressentir. Ça fait maintenant quatre ans que j'accompagne des personnes qui souffrent dans leur identité, qu'elles soient de genre ou sexuelle. Et il y a deux critères qui reviennent systématiquement dans les accompagnements que j'ai. Le premier critère, c'est que ces personnes ont subi des abus. Que l'abus soit physique, psychique, sexuel, moral, spirituel, émotionnel. Il y a toujours, même le harcèlement, il y a toujours ces notions-là d'abus où la personne n'a pas été respectée et protégée.
- Olivia
Ça a été le cas pour toi dans ta famille ?
- Janick
Absolument. Donc ça, c'est un des critères. Le deuxième critère va être l'absence du père. Je ne parle pas d'un père absent physiquement forcément. Ça peut, bien sûr. Mais c'est un père qui ne sait pas, ou ne peut pas, ou n'arrive pas à être dans cette posture de papa. J'ai découvert dans mon cheminement de transition que le père est celui qui établit l'identité de ses enfants. Quand lui-même n'a pas pu être établi, il ne peut pas établir. À moins de vivre une guérison intérieure, de travailler sur ces choses, ce qui souvent pour les hommes est plus difficile. Il y a une forme de pudeur. Bien que les choses changent un peu dans notre génération, mais il y a quand même une forme de pudeur. Souvent, les hommes ont été élevés à la dure, à ne pas pouvoir exprimer leurs sentiments, à ne pas pouvoir dire un « je t'aime » . Et ça, ça crée des dégâts terribles. Et ces deux critères souvent sont cumulés. Et j'ai envie de dire, si tu as vécu des abus et ou que tu as eu un manque de père, eh bien, stop ce désir de transition, travaille ces choses. Parce que dans la guérison de père, justement, quand on reçoit Dieu comme un père qui veut nous établir dans notre identité, ça change tout. Ça change tout, ça change tellement tout. Parce qu'on découvre qui on est en lui. Du coup, le but n'est pas de courir à corps perdu, à essayer d'être quelqu'un qu'on n'est pas. Parce que tu peux mettre tous les costumes et tous les déguisements que tu veux. La réalité, c'est que tes chromosomes disent ce que tu es. Tu es né XX femme ou tu es né XY avec quelque chose entre les jambes. C'est comme ça, c'est la biologie, c'est la logique, c'est ainsi. Il y a une plus grande liberté, une plus grande force, une plus grande puissance à découvrir qui on est et à s'accepter tel qu'on est, plutôt qu'à essayer d'être quelqu'un qu'on n'est pas. Alors, j'ai vraiment envie d'encourager les gens, ne fonce pas tête baissée et n'écoute pas les gens autour de toi, va dans le lieu secret, va chercher le cœur de Dieu. Je crois que ça c'est vraiment la perle que j'ai envie de donner. Si tu veux détransitionner, je ne peux que t'encourager. Fiche-toi de ce que les autres pensent, de jugement, des moqueries, parce que c'est ça que tu vas peut-être être confronté à et je veux vraiment t'encourager à laisser ça de côté. Il y a une grande joie et liberté à mourir à soi. à mourir à ce que les autres pensent de soi. Et ça, c'est une bénédiction extravagante pour aller au bout de ce cheminement de détransition. Sache que tu fais la joie du Père à venir embrasser cette identité qu'il a mise pour toi au départ. Et cette joie doit te porter.
- Olivia
Est-ce qu'il y a un livre qui t'a rejoint et que tu voudrais recommander ?
- Janick
Secrets de l'intimité avec Dieu, Secrets au pluriel, de Bob Sorge. Ce livre, il est extraordinaire parce que justement, il nous amène en intimité avec Dieu. Et moi, la clé a été dans ces temps avec lui, où passer des heures dans sa présence m'a amené à le découvrir et donc à me découvrir en lui. La clé, elle est là, en fait, c'est l'intimité. C'est vivre vraiment le cœur à cœur avec Dieu.
- Olivia
Et ça marche pour quelqu'un qui n'est pas croyant ?
- Janick
Oui, parce que tu as été créé, tu n'es pas là par hasard. Et je pense que si tu ne sais pas encore l'appeler Dieu, ça peut être important quand même d'aller chercher cet être qui t'aime, qui te cherche, qui te désire. Il dit dans Jacques, approchez-vous de moi et je m'approcherai de vous. Alors peut-être que tu ne l'appelles pas encore Dieu, mais si tu cherches cet être extraordinaire qui t'aime d'un amourant. infinie, même impertinent aux yeux du monde, vraiment. Un amour qui est fou aux yeux du monde. Si tu le cherches, tu vas le trouver.
- Olivia
Quelle est ta prière préférée ? Est-ce que tu peux nous la lire ?
- Janick
Alors, ben non, Olivia, parce que je ne lis pas de prières, je ne récite pas des prières, je n'ai pas été élevée dans ce mode-là. Les prières émanent d'un cœur, et du coup, elles ne sont jamais les mêmes. Si ce n'est, il y en a certaines qui reviennent, genre... Me voici Seigneur, utilise-moi. Prier, c'est parler à Dieu. Alors je pense que ce que je lui dis le plus, c'est je t'aime.
- Olivia
Tu as aussi voulu qu'on prie l'Esprit Saint avant ce podcast.
- Janick
Oui, j'aime lui laisser la possibilité de contrôler les choses, de diriger les choses. Et au terme de ce podcast, je vois qu'il l'a fait et ça réjouit mon cœur.
- Olivia
Alors une dernière question. Si tu avais le Christ en face de toi, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Janick
Je lui sauterais dessus pour lui faire un immense câlin. Je ne suis pas sûr que j'arriverais à lui parler. Je courrais dans ses bras, s'il était en face de moi, je courrais dans ses bras, le saisir comme il m'a saisi.
- Olivia
Merci, Janick, de ton émotion, de tes paroles, de ce podcast extraordinaire qui va ouvrir les cœurs encore, grand comme le tien.
- Janick
Gloire à Dieu, merci beaucoup Olivia, merci à chacun.
- Olivia
Merci. Merci pour votre écoute et merci d'être toujours plus nombreux à écouter Un beau jour, à vous abonner, à partager cet épisode sur les réseaux sociaux et à mettre 5 étoiles et des commentaires sur Apple Podcasts et Spotify. Pour découvrir d'autres témoignages de feu, vous pouvez bien sûr écouter les autres épisodes du podcast, mais aussi lire chaque semaine nos rencontres dans le magazine Famille Chrétienne. Et enfin, n'hésitez pas à découvrir les autres podcasts de Famille Chrétienne, Tous Saints, c'était moins de la foi raconté par Bénédicte de Léliste, Maman Prie, Sexo, Sacrée Histoire et d'autres encore. Merci et à dans 15 jours pour un nouvel épisode.