- Félix Toqué
Quand je conduisais ma mobylette le soir, je ne l'explique pas, malgré moi, je fermais les yeux et je comptais les secondes. Ce qui est quand même quelque chose de très bizarre. Donc il y avait un mal-être en moi qui s'exprimait. Et un beau jour, je suis allé jusqu'à 8 secondes et je me suis réveillé avec une voiture en pleine face. Et je me suis retrouvé par terre. Alors fort heureusement, j'ai eu que des côtes cassées. Mais j'ai vu tous les pompiers autour de moi. Et là, j'ai eu cette certitude, il manque quelque chose dans ma vie. Et c'est la foi, c'est Dieu.
- Olivia de Fournas
Bonjour, je m'appelle Olivia et vous écoutez Un beau jour, le podcast qui donne la parole à des croyants dont la vie et la foi ont été changées à jamais par un événement imprévu. Et dans cet épisode, j'ai la joie de recevoir Félix Toqué.
- Félix Toqué
Bonjour.
- Olivia de Fournas
Qui est l'un des deux artistes de Toqué Frères. Et c'est un artiste de rue qui illumine de sa peinture à la fois les façades d'immeubles, vous l'avez certainement vu dans des villes, et aussi les affiches publicitaires du bon marché. Avec des couleurs vives, il sème des messages, des paysages, mais aussi des phrases surtout, confiance, joie, l'amour gagne toujours. Voilà, mais derrière ces mots de façade et la success story se cache un parcours d'épreuve et d'espérance. Avant de connaître le succès à côté de son frère marin, Félix a enchaîné les petits boulots et les études. A 22 ans, alors qu'il est livreur de pizzas, un accident de deux roues marque un tournant décisif dans sa vie. Aujourd'hui, il raconte... Comment cette épreuve l'a conduit vers Dieu et la Madone, ou l'inverse, et comment son art est devenu un moyen de transmettre la lumière qu'il a lui-même reçue. Bonjour Félix.
- Félix Toqué
Bonjour Olivia.
- Olivia de Fournas
Félix, merci d'être venu de Saint-Estèphe pour enregistrer ce podcast dans les locaux de Famille Chrétienne. Donc vous avez apporté un objet, effectivement il n'est pas très grand, qu'est-ce que c'est ?
- Félix Toqué
C'est une petite statue de la Vierge Marie.
- Olivia de Fournas
Et alors ? Vous l'avez toujours dans votre poche ?
- Félix Toqué
Non, mais en revanche, j'en ai une encore plus petite qui est de voyage. Mais j'aime beaucoup la Vierge Marie et donc j'ai des statues partout à la maison.
- Olivia de Fournas
Très bien. Et qu'est-ce qui vaut cette dévotion à la Sainte Vierge ?
- Félix Toqué
C'est toute une histoire.
- Olivia de Fournas
C'est celle que vous allez nous raconter, c'est ça ?
- Félix Toqué
Exactement.
- Olivia de Fournas
D'accord. Donc avant de revenir sur les étapes qui ont fait l'artiste que vous êtes, est-ce que vous pouvez nous dire quel métier vous faites ?
- Félix Toqué
Moi, je suis peintre. Peintre en lettres, mais pas que. Donc j'écris des messages. Mais aussi, nous faisons avec mon frère des paysages ou parfois de l'abstrait. Actuellement, je suis en train d'illustrer un livre, par exemple.
- Olivia de Fournas
Vous êtes multitâche.
- Félix Toqué
Oui.
- Olivia de Fournas
Est-ce que vous avez commencé dans une famille d'artistes, je crois ?
- Félix Toqué
Oui. Papa était graphiste et peintre et maman sculpteur et peintre. Donc on a vraiment grandi dans cet environnement d'atelier, de peinture. On a tous dessiné très tôt, etc.
- Olivia de Fournas
Et vous étiez bon élève ?
- Félix Toqué
Alors, moi, j'ai eu une adolescence un peu compliquée où j'avais beaucoup de révolte. Mais j'avais tout de même un pied dans la rue puisque je faisais du graffiti. Je faisais le mur depuis la maison pour aller écrire mon nom, qui d'ailleurs était au secours.
- Olivia de Fournas
Ah, ça a un petit peu changé.
- Félix Toqué
Exactement. J'allais écrire mon mal-être dans la rue, sur les trains, etc. à Nantes.
- Olivia de Fournas
Et qu'est-ce que vous faisiez exactement ?
- Félix Toqué
C'était vraiment la peinture dans la rue, la nuit, c'était un petit peu ma manière à moi d'exprimer un malade. Donc je ne travaillais pas bien à l'école, j'ai été viré de beaucoup de collèges, j'ai redoublé des classes, j'ai eu des problèmes, des déboires avec la justice mais pour d'autres choses que le graffiti. Et à 18 ans, pour ne pas confirmer le sursis que j'avais eu... j'ai décidé d'arrêter le graffiti. Et je me suis retrouvé à Mexico pour faire un stage dans une entreprise. Et c'est là où, en fait, à la paroisse française, les frères de Saint-Jean m'ont emmené visiter les personnes qui vivaient dans la rue. Et alors là, ça a été un choc incroyable, puisque moi, je venais d'un milieu plutôt bourgeois, nantais. Et je me suis retrouvé avec des personnes qui sont en grande détresse, parfois même des gens qui vivaient dans les égouts, uniquement des enfants. Et nous venions des maraudes la nuit. Et ça m'a... C'est un premier pas qui m'a bouleversé. Moi, je n'étais pas du tout catholique à l'époque. Je ne croyais pas dans Dieu, etc. Ça m'a vraiment... C'est la première chose qui m'a bouleversé.
- Olivia de Fournas
Donc cette pauvreté avec ses enfants à Mexico.
- Félix Toqué
Exactement. Ça a remis en question tout mon univers. qui était un univers où on faisait des bêtises avec des adolescents de mon âge. Et donc à mon retour, s'est entamé un chemin avec la Vierge Marie, qui progressivement m'a... Enfin, elle m'a maintenu la main pour me présenter son fils, quoi.
- Olivia de Fournas
Alors, à quel moment ? Donc, vous l'avez rencontrée déjà, la Vierge Marie, à Mexico ? Ou c'était la paroisse, c'était les frères de Saint-Jean, c'était plus...
- Félix Toqué
Je viens de revoir, c'était la paroisse Cristo Resucitado y Nuestra Señora de Lourdes. des lourdes, bon, en espagnol. Et ce qui est drôle, c'est que, ça je le savais pas, je l'ai revu en préparant l'émission, moi j'ai une grande, un grand amour pour Lourdes. Je suis allé vraiment beaucoup de fois.
- Olivia de Fournas
Avant d'aller à Mexico déjà ? Après, après, après. D'accord. Donc cette paroisse s'appelait Lourdes déjà ?
- Félix Toqué
Déjà.
- Olivia de Fournas
C'est incroyable.
- Félix Toqué
Voilà. Et donc à Mexico, j'ai eu une interrogation sur l'existence de Dieu. En fait, j'étais parti sur la plage tout seul et je me suis perdu pendant deux jours, c'est très grand, et j'avais faim, j'avais plus rien à manger. Et à un moment, j'ai prié Dieu, mais je ne savais pas qu'il existait, c'était bizarre. Et là, j'ai vu une clémentine au milieu de la plage, et j'ai associé ça à la clémence. Et juste après, au bout de deux jours sans manger, il y a un type qui est arrivé avec un sac d'eau, qui me l'a donné, qui est reparti. Et donc je me suis dit, Dieu donne gratuitement, parce que c'est peut-être un oiseau qui a fait tomber la clémentine, et se sert aussi des hommes. Mais je n'avais pas encore les codes.
- Olivia de Fournas
C'est beau que vous ayez dit ça.
- Félix Toqué
Mais j'avais pas encore la conversion Après je me suis vraiment baladé
- Olivia de Fournas
Vous avez été Exfiltré à Mexico, vous étiez un peu en échec scolaire Exactement Sinon vous faisiez de la prison si vous restiez à Paris Non non pas forcément
- Félix Toqué
Mais il fallait que je sorte De ce milieu J'ai pas mal d'amis qui ont très mal fini Et donc j'ai été extrait grâce à ma famille Et à mon retour déjà j'avais pris un peu Enfin j'ai et Un coup de maturité, dans le sens où j'étais à la fac, j'ai beaucoup étudié. J'ai eu trois licences en même temps, plus des cours au Collège de France. J'ai essayé de me nourrir.
- Olivia de Fournas
Qu'est-ce que vous avez choisi comme matière ?
- Félix Toqué
Histoire, car je ne savais pas quoi faire. Anthropologie, je revenais de Mexico, j'avais envie de découvrir les cultures. Inuktitut, qui est la langue des Inuits du Nunavut. C'était avec une professeure extraordinaire.
- Olivia de Fournas
Comment avez-vous eu cette idée ?
- Félix Toqué
Je me suis trompé.
- Olivia de Fournas
Ah ! T'es trempé dans l'inscription ?
- Félix Toqué
J'étais amoureux d'une professeure à Nanterre et je me suis dit je vais apprendre une langue rare pour l'impressionner et je voulais apprendre une langue d'Amérique du Sud et Aline Alco qui est l'Institut des Langues Orientales les seuls horaires qui correspondaient avec mes horaires de fac c'était Inuktitut et j'étais persuadé que c'était une langue de la forêt le premier jour on me dit kayak, bateau, igloo, maison Et je suis resté.
- Olivia de Fournas
Trop marrant.
- Félix Toqué
C'était drôle. Je me suis vraiment nourri, intellectuellement, etc. J'ai beaucoup apprécié cette période.
- Olivia de Fournas
Et vous ne dessiniez pas, là ?
- Félix Toqué
Non, je ne dessinais plus. J'étais vraiment un étudiant à Paris qui découvre toute la culture. J'ai beaucoup aimé.
- Olivia de Fournas
Et bon, pour financer vos études, qu'est-ce que vous faisiez ?
- Félix Toqué
Enfin, étudiant, on a 4 mois de vacances, et donc moi je partais, j'ai fait un premier été, où je suis parti à pied de Paris jusqu'à Beyrouth, et je suis arrivé précisément le 10 juillet, qui était le jour de la guerre, c'était en 2006. Et donc j'allais là-bas, c'est un organisme qui s'appelle la Guilde Européenne du Raid, qui envoyait les jeunes en mission, un mois, etc. Et j'arrive le premier jour de la guerre, dans une association qui s'appelle Césobel, qui a été fondée par Yvonne Chamy, une dame extraordinaire qui en fait La Guilde est consacrée, laïque consacrée, qui s'occupe des personnes handicapées. Je pourrais développer des heures, donc je vais essayer d'aller vite. Et moi, je ne croyais pas, j'étais entouré de catholiques. On a littéralement vu les bombes tomber, donc c'était déjà un premier choc. Et cette dame, Yvonne Chamy, m'a parlé de la Vierge. Et nous avons été rapatriés. Et la Guilde m'a dit, on a une place au Bénin en septembre. Je suis parti en septembre au Bénin. Et là, en fait, pareil, on donnait des cours dans des écoles, etc. Il y avait une réplique de la grotte de Lourdes au Bénin, et je me souviens d'avoir passé des heures assis devant cette Vierge Marie. J'avais assisté à une messe pour le folklore, et j'ai à dire, mais qui es-tu ? Je ne comprends pas. Donc il y avait des pierres blanches comme ça sur mon chemin qui ont été semées par la Madone. Et il y a mille petites anecdotes où vraiment, je voyais bien qu'elle me tendait la main.
- Olivia de Fournas
Vous aviez fait le lien avec Mexico ? Non, ou à l'époque, ou pas encore ? Non, pas encore. Non, pour le moment, c'était des petites pierres individuelles. Complètement. C'était plutôt la Sainte Vierge qui vous attirait, plutôt que Jésus ou Dieu ?
- Félix Toqué
Complètement.
- Olivia de Fournas
Comment vous l'expliquez ?
- Félix Toqué
Je pense que la Vierge, elle est très finaude, et elle sait que je suis un pauvre humain qui aime bien les femmes, et donc forcément, on va aller plus naturellement vers une maman du ciel, se planquer dans les replis de son vêtement. Vraiment, et c'est elle qui a cette douceur, selon moi, pour nous accompagner vers son fils. Et j'ai eu peur à un moment, parce que je me suis dit, attends, il ne faut pas tomber dans l'idolâtrie. Mais un prêtre m'a rassuré, en fait, la Vierge, elle a son rythme, mais elle nous tourne vers le Christ en permanence. Elle n'est pas là pour elle. Donc c'est trop beau.
- Olivia de Fournas
Donc à l'époque, là, vous étiez encore... Vous découvrez cette réplique au Bénin, c'est incroyable de savoir ça.
- Félix Toqué
Complètement. Et à mon retour... Je suis donc à Nanterre en histoire, je m'éclate, je livre des pizzas le soir, j'ai une relation avec une magnifique italienne. Ma vie entre guillemets va bien. Seulement quand je conduisais ma mobilette le soir, je ne l'explique pas, malgré moi je fermais les yeux et je comptais les secondes. Ce qui est quand même quelque chose de très bizarre. Donc il y avait un mal-être en moi qui s'exprimait et donc je faisais ça mais en fait sans m'en rendre compte. Et Un beau jour, je suis allé jusqu'à 8 secondes et je me suis réveillé avec une voiture en pleine phase. Et je me suis retrouvé par terre. Alors fort heureusement, j'ai eu que des côtes cassées, mais j'ai vu tous les pompiers autour de moi. Et là, j'ai eu cette certitude, il manque quelque chose dans ma vie, et c'est la foi, c'est Dieu. Et donc, ça a été vraiment une révélation, et ensuite, c'est le début d'un balbutiement, compliqué parfois, mais en tout cas... J'ai fait le ménage dans ma vie de tout ce qui pouvait polluer un petit peu. J'ai commencé à travailler beaucoup plus à la fac et j'ai commencé à aller à la messe, à fréquenter des chrétiens et à découvrir un petit peu tout ça.
- Olivia de Fournas
Par votre paroisse ou par un prêtre, par un groupe de jeunes ?
- Félix Toqué
Au début, j'étais vraiment électron libre, mais très vite, je suis parti en Italie faire un an d'histoire de l'art avec Erasmus. Et là, j'habitais un peu en banlieue, c'était très drôle, et il y avait une paroisse à côté où il y avait une messe de jeûne. Donc moi j'ai été voir les jolies italiennes, et je me suis retrouvé dans un groupe, Communione e Liberazione, qui est en fait un groupe d'étudiants qui étudient une fois par semaine des textes plutôt philosophiques, mais très simples, très accessibles, et qui s'entraident pour les études, etc. Ce sont mes premiers Famille Chrétienne. Et ce qui est très drôle, c'est qu'en allant en Italie, j'avais eu cette prière dans le cœur, mais un peu malgré moi, « Seigneur, donne-moi des Famille Chrétienne . Et le premier prêtre que j'avais vu m'avait dit « Un chrétien seul est un chrétien en danger » . Et donc à partir de l'Italie, vraiment, j'ai commencé à découvrir la vie de foi. L'Angélus, la messe, les chapelets, etc. Je ne comprenais pas. Eux, ils jouaient de la guitare, ils se faisaient des bisous et ils se mariaient. Moi, je n'avais pas du tout ce mode de vie-là. Donc, ça a été aussi... J'ai mis quelques années avant de comprendre que la vie n'était pas forcément difficile dans les relations, puisque ça avait été un peu compliqué pour moi avant.
- Olivia de Fournas
Vous aviez une paroisse qui vous portait ?
- Félix Toqué
Moi, je me laissais guider par eux. C'est-à-dire que j'étais dans ma paroisse, mais ils chantaient. C'était magnifique. Et à mon retour à Paris, là, j'étais vraiment à fond, et j'ai eu la chance de... Alors j'ai fait partie d'un groupe qui s'appelait les Sommeurs d'Espérance, où on priait à la gare, et on accueillait les gens. Et très vite, j'ai intégré une colocation de l'association pour l'amitié, l'APA. C'était le tout début à l'époque, et j'habitais... Rue du Cloître, Notre-Dame, c'est-à-dire que littéralement ma chambre donnait sur la rosace de Notre-Dame, vraiment de l'autre côté. Et là, il me semble que j'ai resté deux ans, et là j'ai été porté par ce groupe. Martin Choutet, qui est devenu mon parrain de confirmation, je n'étais pas confirmé à l'époque.
- Olivia de Fournas
Il est le fondateur de l'APA.
- Félix Toqué
Complètement, un super type. Et toutes ces énergies, rencontrer des chrétiens. Ou pas d'ailleurs, mais en tout cas, se faire porter par un groupe, partir en week-end, partir en vacances, prier ensemble le matin, ça m'a transformé, ce sont des très belles années dans ma vie.
- Olivia de Fournas
Et puis au service des pauvres aussi. Oui, exactement.
- Félix Toqué
J'aimais beaucoup être dans la rue. J'avais plein d'amis dans le quartier qui vivaient dehors, qui n'étaient pas forcément là-bas. Dès qu'ils trouvaient des vêtements à ma taille, ils me les donnaient. Donc je me suis littéralement fait habiller par des gars à la rue, c'était trop drôle. Et toujours Lourdes, j'allais souvent à Lourdes. Et je ramenais les petites vierges en plastique remplies d'eau, mais des cabins entiers. Et je les distribuais à tout le monde, mais pas mal aux gars de la rue qui les accueillaient, même s'ils n'étaient pas du tout croyants. C'était drôle.
- Olivia de Fournas
Vous évangélisiez déjà un peu.
- Félix Toqué
Oui, malgré... Je ne sais pas.
- Olivia de Fournas
Après l'appât, Martin Choutet a été important pour vous ?
- Félix Toqué
Complètement. C'est un homme d'une immense qualité qui a vraiment été... À l'époque, mon père est mort. Et ça n'a été pas un père de substitution, mais en tout cas, ça a été un roc, un repère dans ma vie. Et après, j'avais un vrai paradoxe. J'ai senti, je me pensais appeler à la prêtrise. Donc, ce qui était très compliqué à gérer pour moi. Ça a duré plusieurs années, puisque j'étais toujours attiré par les jolies femmes. Mais je me sentais attiré par la prêtrise. Donc, c'était quand même pas mal de combats. Et j'ai essayé d'intégrer un séminaire près de Nantes, justement, enfin Rennes. Ils m'ont observé une semaine. Ils m'ont dit non, tu dégages. Ils m'ont proposé trois trucs. Soit aller prier dans les Alpes, soit aller prier dans les Pyrénées, ou soit aller dans les quartiers nord de Marseille, dans la maison Bernadette.
- Olivia de Fournas
On imagine ce que vous avez choisi.
- Félix Toqué
Exactement. Et là, je suis tombé sur Emery Connell, qui a fondé ça.
- Olivia de Fournas
Une autre figure tutélaire.
- Félix Toqué
Complètement. Qui, pareil, donne un cadre avec énormément de liberté. Je ne pouvais pas ne pas avoir de liberté. Et là, c'est une des plus belles années de ma vie, vraiment. On avait une vie de prière quasi monacale. C'était les tout débuts de la Maison Bernadette, c'est-à-dire que j'étais le seul à l'époque volontaire qui dormait là-bas. Et on a planté des arbres, etc.
- Olivia de Fournas
Donc vous étiez au milieu des quartiers nord, c'est ça ? Complètement.
- Félix Toqué
C'est dans une cité de quartier nord. Et Emery, qui se sont implantés il y a pas mal d'années, avec sa femme, ils ont eu des enfants, ils faisaient des ateliers, du soutien scolaire, des sorties, des prières, etc. Et moi j'aime bien les lancer, c'est difficile pour moi de rester, donc j'étais un peu là quand la maison est sortie de terre, j'ai rencontré des amis pour la vie aussi. Et surtout, c'est là où il y a une première pierre qui s'est posée pour Toqué Frères, mon activité actuelle. C'est-à-dire que c'est des quartiers extrêmement difficiles, et il y avait un jeune qui était mort, tué à la Kalachnikov. Et le lendemain, spontanément, j'ai pris les dealers avec moi, et puis on a fait une fresque. Un bateau qui part au large, c'était une copie de Mathurin Méeux, qui est un peintre que j'aime beaucoup. En fond, on voyait la bonne mère, et les jeunes ont choisi une phrase qu'on a écrite en grand, qui était une phrase d'un rappeur qui disait « au bon vieux temps, on n'avait pas d'histoire de thunes » . Et pour eux, c'était une manière de dire « on voit bien qu'on est prisonniers de notre situation, parce qu'ils sont assis quand même toute la journée à rien faire, pour gagner de l'argent certes, mais ils s'ennuient, c'est horrible, et puis d'autant plus que c'est dangereux, ils ont tous des flingues dans la poche » .
- Olivia de Fournas
Pour vendre de la drogue, c'est ça ?
- Félix Toqué
Pour surveiller, vendre de la drogue, etc. Ce sont des réseaux horribles, c'est extrêmement... On prive de liberté des jeunes de 13-14 ans. C'est très très difficile. Et quand je peignais avec eux, d'une part je voyais que ça roulait, que j'étais à l'aise avec ça, que eux m'obéissaient plutôt spontanément, que les mamans aux fenêtres étaient heureuses après ce drame, et qu'il y avait quelque chose qui se passait. Donc c'était une première pierre qui m'a dit, tiens, c'est marrant, peindre dans les cités, ça fait du bien.
- Olivia de Fournas
Donc votre premier mur ?
- Félix Toqué
Premier mur, Toqué frère
- Olivia de Fournas
Super, vous l'avez signé comme ça ?
- Félix Toqué
Non pas du tout, on ne l'a pas signé Il est toujours ? Non, l'immeuble a été détruit
- Olivia de Fournas
Mais c'est bien parce que le quartier a beaucoup changé Et c'est mieux maintenant Et là vous avez donc remis un peu sur les rails Complètement Une vie de foi, des amis Vous vous pressentez que la peinture Ça va être important dans votre vie ?
- Félix Toqué
Alors, non, c'est vraiment la première plaire blanche J'avais aussi écrit là-bas « Confiance, Dieu t'aime » , et c'était assez visible puisque c'était sur un grand rond-point. Mais j'étais complètement perdu, toujours dans ces histoires de discernement, j'étais plus ou moins amoureux d'une super-fille, et j'arrivais pas à... à choisir, donc je repars et j'ai trouvé du travail pour les apprentis de Thoï, qui était une filière à l'époque où ils s'occupaient des vacances, et là ça a été extraordinaire.
- Olivia de Fournas
Donc à Paris ?
- Félix Toqué
J'étais à Paris, oui, et par contre je bougeais dans toute la France. Et donc ça a été une belle année, mais étant donné que j'étais toujours dans mes combats un peu spirituels, la filière a fermé, je suis parti encore ailleurs, je me suis retrouvé éducateur dans un foyer à Rehimel Maison. Seulement, c'est là où j'ai commencé à peindre dans la rue, sur des planches, dès que j'avais 5 minutes, des planches qui sont jetées. Moi j'habitais à l'époque Saint-Ouen, donc il y en avait beaucoup, c'est parfois un peu sale. Et j'écrivais des phrases. Et parallèlement, mon frère est arrivé à Paris, et on ne se connaissait pas si bien que ça finalement. Moi j'étais parti très tôt de la maison, lui il était jeune quand je suis parti.
- Olivia de Fournas
Vous avez combien d'années d'écart ?
- Félix Toqué
8 ans.
- Olivia de Fournas
D'accord.
- Félix Toqué
Moi je suis parti à 18 ans, il avait 12 ans.
- Olivia de Fournas
Oui. Donc votre petit frère vient à Paris.
- Félix Toqué
Mon petit frère vient à Paris et comme on ne se connaît pas, on décide de peindre pour apprendre à se connaître dans la rue.
- Olivia de Fournas
Parce que lui aussi avait ce petit don de peinture.
- Félix Toqué
Beaucoup plus que moi. Alors la peinture, lui, il est très très fort. Lui, dès le lycée, il était spécialisé en arts plastiques, il a fait les beaux-arts, une école à Paris, etc.
- Olivia de Fournas
Donc vous retrouvez votre frère.
- Félix Toqué
Et nous peignons.
- Olivia de Fournas
Vous partagez la même passion.
- Félix Toqué
Exactement, et pour apprendre à se connaître, nous prenons une petite radio. On se pose souvent dans le 17ème, vers Saint-Ouen, et on peint comme on ne savait pas quoi peindre. On prend des grands bouquins avec nous et on fait des copies soit de photos, ou alors des copies de toujours Mathieu Rameu, qui est un peintre, plus un dessinateur à la gouache, mais il a croqué une Bretagne qui disparaît, les vieux métiers, les paysages. Moi j'aime beaucoup, il s'est fait connaître en faisant une exposition au musée de la Marine. Et c'est très beau, c'est très coloré. On ne savait pas trop peindre. C'est lui qui m'a incité à passer au pinceau, puisque les premières peintures, nous les avons essayées à la bombe. Moi, j'étais ancien taggeur. Et on mettait notre numéro en dessous. On avait une commande, deux commandes.
- Olivia de Fournas
Un numéro de téléphone.
- Félix Toqué
Oui, bien sûr. Et puis là, on a vraiment fait un kebab, la devanture d'un kebab, d'un deuxième, d'un troisième, tout en travaillant à côté, et lui étant étudiant.
- Olivia de Fournas
Donc en fait, vous faisiez gratuitement dans la rue, vous peignez gratuitement et ça vous permettait de financer les gens qui vous repéraient et qui vous demandaient des...
- Félix Toqué
Complètement, c'était notre publicité.
- Olivia de Fournas
C'est génial comme modèle. Mais on a le droit de faire ça ?
- Félix Toqué
Alors, en l'occurrence, là, absolument pas. On faisait toujours dans des endroits sans rien demander à personne. Seulement, j'avais ce respect de la propriété privée. Et donc, ce n'était pas des immeubles en copropriété. mais plutôt une boutique abandonnée sur laquelle il va y avoir des bouts de bois pour cacher, ou un immeuble dont on sait qu'il va bientôt tomber, etc. C'était vraiment...
- Olivia de Fournas
La peinture éphémère, vous saviez que ça pouvait disparaître et ça ne vous gênait pas ?
- Félix Toqué
Pas du tout, c'était pour s'entraîner.
- Olivia de Fournas
Vous n'avez pas fait les photos ? Si, si. Vous avez toute votre oeuvre ? Pas toute,
- Félix Toqué
mais on en a une bonne partie.
- Olivia de Fournas
Il y a un livre d'ailleurs.
- Félix Toqué
Très récemment, pour les 10 ans. C'est l'édition alternative qui est une galimard avec qui on a collaboré pour faire un livre.
- Olivia de Fournas
Voilà, donc les auditeurs qui voudraient connaître plus l'oeuvre de Toqué Frères, n'hésitez pas à vous faire une petite page de pub gratuite. Merci.
- Félix Toqué
La vie est belle de A à Z. Nous avons fait un abécédaire sans N.
- Olivia de Fournas
Parce que la vie est belle, c'est la phrase que vous écrivez le plus ?
- Félix Toqué
En fait, c'est la vie est belle. et vous êtes comme elle, c'est une réplique de film c'est Prévert dans les enfants du paradis quand Arletty se fait arrêter et draguer bon elle l'envoie un peu bouler et elle lui dit mais on va se revoir on va se revoir on se recroisera à Paris lui dit-elle mais Paris c'est grand et elle laisse cette réplique Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment dans ces grands amours ça vient de là, la vie est belle et vous êtes comme elle et vraiment c'est la vie est belle, confiance l'amour gagne toujours, ça ce sont mes trois mantras Très simple.
- Olivia de Fournas
Donc là, vous commencez à gagner un peu votre vie.
- Félix Toqué
Exactement. Donc moi, je quitte mon travail le jour de mes 30 ans, après six mois de discernement. J'ai fait des retraites avec les exercices d'Ignace de Loyola.
- Olivia de Fournas
Vous avez fait ça où ?
- Félix Toqué
C'était à Penbock. Ah oui. C'est dans le Morbihan. C'est très joli. C'est un super lieu. J'allais la pêcher à la palourde entre les sessions. Et par ailleurs, je ne sais plus, dans les Alpes aussi, j'en fais une seconde. Mais j'ai vraiment pris six mois avant de quitter mon travail.
- Olivia de Fournas
Pour savoir s'il fallait le quitter ?
- Félix Toqué
Pour savoir si je me lançais dans cette aventure. Et au bout d'un moment, je ne savais plus quoi faire. Et j'ai choisi d'y aller, puisqu'il n'y avait rien d'autre qui m'excitait. Je commençais à en avoir marre des enfants du foyer, pour des raisons un peu particulières. C'est-à-dire que là-bas, ils donnaient beaucoup de traitements médicamenteux. Et ça, franchement, quand on donne des traitements à des gamins de 12 ans, c'est... C'est compliqué, bref.
- Olivia de Fournas
Faut les assommer ?
- Félix Toqué
Ça peut créer, pas des monstres, mais ça peut créer des comportements compliqués. Et ça crée de l'addiction, très jeune. J'ai eu ce... C'est un peu exigeant, c'est un peu malheureux de ma part, mais j'ai dit à mon Dieu, bon d'accord, j'y vais. Mais j'ai une seule condition, c'est que toi tu t'occupes de tout. Moi je fais mon possible, j'ai obligation de moyens, mais le reste, c'est toi.
- Olivia de Fournas
Donc j'ai fait du chantage à Dieu.
- Félix Toqué
Exactement.
- Olivia de Fournas
Il vous a mis sur la piste de la peinture, mais vous ne vouliez pas vous occuper du commercial, c'est ça en gros ?
- Félix Toqué
Si, parce que je m'en suis occupé, mais c'est-à-dire que je dis, je te confie ça, j'ai confié à Saint-Joseph et à la Vierge-Marie, j'ai dit je vous confie ça, mais c'était un peu l'inconnu, donc j'avais peur, et je lui ai dit, mais tu es avec moi, tu me suis, parce que sinon je n'y arriverais pas tout seul en fait, c'était vraiment, donc c'est un peu du chantage, mais c'était une manière de dire, moi je me mets vraiment dans tes mains, puisque tout seul je n'y arriverais pas. Et les trois années ont été compliquées, j'avais d'autres petits boulots à côté, parce que je peignais toujours dans la rue, des planches, ça se vend pas, quelques boutiques petit à petit.
- Olivia de Fournas
Et votre frère, il avait fait le même choix que vous ?
- Félix Toqué
Alors Marin était encore étudiant, il m'a rejoint petit à petit, à la fin de ses études. Je crois qu'il a eu encore deux ans d'études une fois que je me suis lancé. Et progressivement, le bouche à oreille a fait qu'on en vit depuis maintenant 12-13 ans. Et je n'ai jamais démarché, quand même Dieu est là.
- Olivia de Fournas
Oui, Dieu a oublié.
- Félix Toqué
Alors c'est ça le problème.
- Olivia de Fournas
Et alors vous peignez, vous parliez d'évangélisation tout à l'heure, vous avez vraiment l'impression d'avoir cette mission ?
- Félix Toqué
Je ne sais pas si c'est moi qui me la donne, mais en tout cas c'est fondamentalement moi ce que j'aime le plus. Là je suis en train de peindre par exemple, enfin je suis en train de faire des travaux d'ordinateur pour un client etc. Je ne sais pas ce que j'aime le plus, mais moi c'est être dans la rue à hauteur d'homme. Avec du soleil, de la musique et parler aux gens, on fait peindre les passants, vraiment. On a fait il n'y a pas longtemps, devant une école, ce sont des rues de piétonnes à Paris, à la sortie des cours, tous les enfants mettent un petit coup de pinceau. On a fait beaucoup d'ateliers dans les quartiers, dans les écoles, dans les hôpitaux de jour, dans les foyers. Là, on fait peindre. Moi, j'aime ça et je sais que je suis plutôt bon à ça.
- Olivia de Fournas
Dans la transmission ?
- Félix Toqué
Oui, et puis vraiment aussi peindre spontanément. sans forcément avoir d'esquisse, des mots comme ça me vient. Et vraiment, on partait les mains dans les poches, souvent. Souvent, sans savoir, avec juste de la peinture, sans savoir ce qu'on allait peindre, ni où dans Paris, parce que trouver des murs, c'est pas si évident. Et j'ai une anecdote. On avait un chariot, donc, avec pas mal de pots de peinture, on marche, on marche, et on marche une heure, on ne savait plus où aller, et on arrive rue André-Del-Sartre, à Montmartre, qui est une très jolie petite rue. Et là, il y avait un mur. qui nous appelait. Il s'avère qu'on va dans une boutique à côté, on fait imprimer un tableau d'Andrea del Sarto, de son vrai nom, c'est un peintre de la Renaissance italienne, et on s'attaque à une copie. Ça marchait comme ça, on coupe l'esquisse en deux, on s'en donne chacun une partie, on se la passe, et on fait ça toute la journée. Il y avait la plaque avec écrit « Rue Andrea del Sarto » . et on a changé la plaque de la ville, on a écrit « D'après Andrea del Sarto » . C'est important. Et il s'avère que cette peinture, elle s'est retrouvée dans un bouquin qui est du Louvre, qui était le Louvre vers les street art. Donc en fait, on partait comme ça, au petit bonheur et la chance, et les rencontres nous ont... Il y a beaucoup de choses. Une fois, je me suis retrouvé à peindre un bateau, puisque j'avais acheté un bouquin sur des bateaux. Et puis, c'était un bateau en Angleterre, mais ça m'embêtait un peu, donc j'ai mis « À Saint-Nazaire de nos navires, nous sommes fiers » . avec un grand bateau, un paquebot. Et 15 jours après, le maire de Saint-Nazaire m'appelle et nous a fait peindre un immense mur de 5 étages à Saint-Nazaire, de nos navires, nous sommes fiers. C'est beaucoup d'anecdotes comme ça.
- Olivia de Fournas
Donc vous êtes assez littéraire, j'ai l'impression.
- Félix Toqué
On aime bien les mots. Et donc nous, les phrases, je vous ai dit, l'amour gagne toujours confiance, la vie est belle, mais il y en a beaucoup... On essaie, alors c'est pas toujours, mais parfois d'avoir un peu d'humour. Et donc de mettre par exemple « suis ton cœur » , ce qui est quelque chose de très catho. « Suis ton cœur » , mais je rajoute « mais pas ma sœur » ou « fais-moi l'humour toute la nuit » , etc. On essaie vraiment d'avoir des petits clins d'œil. En fait, quand on passe tous les jours devant une phrase un peu positive, peut-être qu'elle s'imprègne un peu dans nous, c'est ce qu'on se dit. « Ayons joie en l'avenir, chaque joie compte, la joie est libre. »
- Olivia de Fournas
C'est un message profondément spirituel, mais qui est accessible à tout le monde, même aux personnes qui ne sont pas du tout religieuses.
- Félix Toqué
En fait, j'ai écrit plusieurs fois Dieu, et à chaque fois c'était une incitation au blasphème. J'ai écrit une fois, rien n'est impossible. cible à Dieu et ils ont rayé Dieu. Ou alors confiance Dieu t'aime, ils vont rayer Dieu, ils vont mettre autre chose. Et donc ma stratégie a été de dire je fais le catholique. Une fois j'ai dessiné un chalut et j'ai écrit le chalut est proche. Le catholique il comprend et le bobo parisien qui n'est pas du tout... tout catholique, alors ça ne veut pas dire rien, mais ça peut le happer et c'est ça qui m'a donné du boulot.
- Olivia de Fournas
Et aujourd'hui, c'est divisé en... Vous divisez votre activité comment ?
- Félix Toqué
Comme nous, on ne démarche pas, on nous appelle, on dit oui.
- Olivia de Fournas
Qu'est-ce que vous préférez faire dans tout ce que vous faites ?
- Félix Toqué
Vraiment, c'est peindre à hauteur d'homme dans la rue avec un pantalon plein de peinture et m'amuser. C'est ça ce que je préfère.
- Olivia de Fournas
Et vous êtes complètement aligné avec votre frère, Marin ?
- Félix Toqué
Alors... On a eu des hauts débats, on a eu un énorme chantier une fois d'un an, enfin il y avait un an de préparation et ça nous a pas mal pressurisé, donc on a chacun un petit peu nos rythmes qu'on respecte et actuellement on se fait aider pour se réorganiser pour les dix prochaines années. Je pense que nous sommes complémentaires mais très différents. Mais en revanche, quand nous sommes tous les deux face à un mur... À hauteur d'homme, au soleil, avec de la musique, généralement ça se passe très très bien.
- Olivia de Fournas
Mais c'est vous un peu la locomotive j'ai l'impression.
- Félix Toqué
Oui, lui il est vraiment, c'est un artiste perché sur sa branche. Lui c'est un artiste qui a le mérite de faire des esquisses et des esquisses pour arriver à quelque chose d'abouti, alors que moi je vais toujours sans esquisses.
- Olivia de Fournas
Vous priez avant d'écrire ?
- Félix Toqué
Oui. J'aime bien prier l'Esprit-Saint pour qu'il m'inspire, même pour tous nos clients, j'essaie de prier. Quand on peint, on est un peu happé par la contemplation, mais par contre je précide et je vous salue Marie en permanence, mais c'est pas un chapelet quoi.
- Olivia de Fournas
Et est-ce que vous avez été repéré par l'Église catholique comme artiste chrétien pour qu'ils vous proposent de faire des choses ?
- Félix Toqué
Oui, on a fait pas mal de choses pour certaines paroisses. Alors j'ai eu la grande chance de peindre à Lourdes. En fait, il y a la tente des jeunes, qui est une immense tente, où les jeunes se rassemblent pour notamment des moments d'adoration. Et là, j'ai peint la Vierge Marie ainsi que Bernadette, avec des rayons qui partent de la Vierge Marie. Et là, il y a toutes les phrases qu'elle a dites à l'ouron.
- Olivia de Fournas
Alors ça, c'est votre chantier préféré ?
- Félix Toqué
C'était extraordinaire. J'étais vraiment aux anges, j'allais me baigner tout le temps. Oui, c'était vraiment bien. En fait, c'est un havre de paix. Lourdes. Le monde peut être en guerre à Lourdes, tout va bien. Je ne sais pas comment l'expliquer.
- Olivia de Fournas
Et pourquoi Lourdes en particulier plutôt que... Vous avez été aussi à Fatima... Je suis passé à Mezzougorgé,
- Félix Toqué
à Pontmain. J'aime beaucoup Pontmain, j'y étais plusieurs fois. Lourdes particulièrement, j'y ai été de nombreuses fois. Et une fois, une anecdote qui est assez drôle, c'est que j'avais attrapé au Bénin une maladie un peu compliquée. Je ne sais pas si c'est un staphylococque ou quoi. Parce qu'il y avait un type qui m'avait jeté un sort, j'avais fini à l'hôpital. Et donc, grosso modo, pendant 2-3 ans, à chaque fois, j'avais du pus qui venait dans ma main, dans l'autre main, sur les pieds, dans le cou, partout. Et c'était dans le nez, j'avais une tête. Et donc, à chaque fois, je devais percer et sortir ou aller à l'hôpital. Et une fois, je suis arrivé à Lourdes et j'avais dans le pied. Et ça a gonflé, Je suis arrivé bien portant et je me suis retrouvé alité à Lourdes. Et j'ai trouvé ça très drôle. Et finalement, c'est la dernière fois que je l'ai eu. J'ai plus jamais vu ce staphylococque.
- Olivia de Fournas
Un petit miracle ?
- Félix Toqué
Oui, complètement. De toute façon, c'est lourd. Il y a des miracles tous les jours là-bas. C'est très beau.
- Olivia de Fournas
J'imagine que ce n'est pas évident pour vous de répondre à ce genre de questions, mais vous vous voyez où dans l'avenir ? Dans dix ans ?
- Félix Toqué
Moi, je dis adieu. Vraiment, chaque année, écoute, je suis totalement disposé à faire autre chose, puisque j'aime bien découvrir. Et puis ça continue, et l'église m'appelle de plus en plus souvent pour des petits chantiers, des paroisses. Là j'illustre un bouquin pour un couple de catholiques qui s'appelle le parcours Bifri, qui essaie d'avoir une réflexion sur les jeunes et leur usage des écrans notamment. Et donc je dis oui, je dis oui, je dis oui, je dis oui, mais j'aimerais bien moi explorer d'autres choses. Pour l'instant c'est comme ça.
- Olivia de Fournas
Toujours avec l'art ?
- Félix Toqué
Ah pas forcément.
- Olivia de Fournas
Vous avez d'autres talents cachés ?
- Félix Toqué
Pas forcément. J'aime beaucoup les mots. Si, j'aime les mots. Là, je suis en train d'essayer de faire un quiz, un site internet grâce à l'IA, sur les mots rares. Et donc, on a un mot qui apparaît, il y a la vraie définition ainsi que de l'heure, et on doit choisir. Mais avec l'IA, aujourd'hui, j'ai une base de 25 000 mots. C'est extraordinaire. Donc j'aime beaucoup les mots.
- Olivia de Fournas
Et donc vous connaissez l'histoire, je dois vous poser trois questions. D'abord, quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui veut se lancer dans l'art ?
- Félix Toqué
La confiance.
- Olivia de Fournas
Et comment on arrive à l'acquérir, la confiance ?
- Félix Toqué
C'est un acte de foi, j'imagine, je ne sais pas. Mais c'est vraiment, Seigneur, j'ai confiance en toi. Mon mot de passe, vous pouvez y aller, c'est confiance en Dieu.
- Olivia de Fournas
C'est malin, c'est pour les voleurs qui vont écouter le podcast. Vraiment,
- Félix Toqué
c'est confiance.
- Olivia de Fournas
Est-ce qu'il y a un livre qui vous a rejoint ?
- Félix Toqué
En fait, je n'ai pas réfléchi à vos questions avant, et là, spontanément, ce qui me vient, c'était un livre où je trouvais que le type avait une vie extraordinaire. J'ai lu ça, mais il y a pas mal d'années. Ça s'appelait « Un franciscain chez les SS » . Il raconte sa vie. En fait, lui, il était séminariste en Allemagne, et il a toujours gardé bille en tête Dieu. Et donc, à chaque fois, d'autres séminaristes étaient un peu plus frileux avec les nazis et disaient « Oh oui, oui, oui » . Et bien, ils sont tous morts avec lui. Il s'est retrouvé à Lourdes, notamment, sans faire exprès. Non, mais il a une vie incroyable, ce type. Mais je vous avoue que j'ai perdu le nom de l'auteur. Mais à lire et à offrir.
- Olivia de Fournas
Quelle est votre prière préférée ? Est-ce que vous pouvez nous la lire ? Du coup, vous ne l'avez pas apportée.
- Félix Toqué
Non. Vraiment, je pense que c'est très simple. C'est ce que je fais tous les soirs. Merci, pardon, s'il te plaît. Et je pense que c'est... J'aime beaucoup, beaucoup rentrer dans le chapelet parce que c'est comme si on rentrait dans un bain tiède. C'est serein, c'est pas de l'excitation, c'est calme, c'est trop beau. Et puis on voit la vie de Jésus, toujours en lien avec la Vierge Marie. Et une fois de plus, c'est Aymeric qui me disait ça, c'est à Jésus par Marie, on a accès à Jésus par Marie. De toute façon, il est venu au monde grâce à Marie. Et donc, c'est vraiment passer par la madone pour arriver à son fils.
- Olivia de Fournas
Merci. Et dernière question, si vous aviez le Christ en face de vous, que lui diriez-vous ?
- Félix Toqué
Je pense que je pleurerais déjà. Et puis, je dirais merci, pardon, s'il te plaît.
- Olivia de Fournas
Merci Félix.
- Félix Toqué
Merci à vous.
- Olivia de Fournas
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