Speaker #0Bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur ce podcast Un Corps à Écouter qui commence aujourd'hui ensemble. Merci, merci, merci, merci infiniment d'être là avec moi, de prendre le temps de découvrir un nouveau podcast dans vos vies sans doute déjà bien chargées. Ce podcast est un projet qui me tient très à cœur et je vous avoue, être un petit peu émue de le partager aujourd'hui avec vous, de le rendre enfin public après tous ces mois de cheminement et de travail. Une fois n'est pas coutume, contrairement aux épisodes qui viendront, il me semblait important de démarrer cette aventure en vous expliquant un petit peu déjà qui je suis, pourquoi j'ai décidé de créer un corps à écouter, l'intention que je veux y mettre et ce que vous trouverez par ici. Ensuite, promis... Les épisodes ne seront plus sur moi, nous irons écouter le corps, les corps, mais pour l'heure, dans un souci de transparence, et dans cette relation naissante entre vous et moi, je me suis dit qu'il pourrait être intéressant pour vous de savoir qui se trouve dans vos oreilles. Et puis c'est mon parcours de vie qui me mène jusqu'ici, puisque la jeunesse de ce podcast est intrinsèquement liée à mon histoire. Alors pour me présenter un petit peu à vous, je suis Céline Ouvray, je suis maman de trois enfants, Je suis aussi doula. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas peu ou mal ce métier, je vous l'explique en quelques mots. En fait, je suis une personne ressource, formée à l'écoute active et j'apporte un soutien aux femmes et aux familles durant toute la période périnatale, c'est-à-dire du questionnement du projet de parentalité jusqu'au premier mois, voire premières années après la naissance de leur enfant. Selon les besoins des familles que j'accompagne, ce soutien peut être émotionnel, pratique, logistique et ou informationnel. mon intention à travers mes accompagnements, et que ces personnes se sentent entendues, valorisées, qu'elles aient confiance à la fois en elles, en leurs capacités, mais aussi en celles de leur bébé. Pendant longtemps, le sujet du corps n'en a pas vraiment été un pour moi. Et jusqu'à il n'y a pas si longtemps, je n'avais pas conscience d'être déconnectée de mon corps. Si on m'avait posé la question, j'aurais probablement dit que je m'en sentais plutôt détachée, sans que je perçoive ça comme un problème. Mais en réalité, j'étais plutôt coupée. Et je le suis encore aujourd'hui. Lorsque je revisite mon parcours, au regard de mon rapport au corps, je dirais que le manque de connexion a presque été inhérent, constitutif à mon développement. Mon contexte de vie a fait que je n'ai pas pu prendre pleinement ma place dans mon corps in utero, puis au sein de ma famille notamment, et dans la société. J'ai grandi dans les années 80, 90, à une époque où l'éducation que l'on recevait coupait beaucoup les enfants de leur corps. Je me souviens par exemple... Des repas que je passais en famille, on me demandait non seulement de terminer mon assiette, que j'aime ce qu'il y a dedans ou non, que j'ai encore faim ou non, mais en plus de manger très très vite pour ne pas perdre de temps. Et tout ça en regardant la télé. J'ai donc appris à dévorer, à engloutir, sans être présente à ce que je faisais et sans identifier la sensation de satiété, sans mastiquer, etc. C'était quelque part ma norme. Ensuite, je me suis remplie en mangeant mes émotions plus tard à l'adolescence. Et ma manière de me nourrir est encore quelque chose que j'ai du mal à pleinement m'approprier aujourd'hui. Dans ces années, il était également fréquent de mettre les enfants sur le pot très jeunes et d'attendre qu'ils fassent leurs besoins pour les autoriser à se relever, qu'ils soient physiologiquement et psychologiquement prêts ou non, d'ailleurs, à acquérir cette continence. Il me semble, à ce sujet qu'on m'a rapporté, avoir été propre à un an et demi. C'est un âge qui pose évidemment questions et qui interroge sur ce qui relève du conditionnement plutôt que de la maturité de l'enfant. J'ai aussi reçu beaucoup d'injonctions contre-intuitives, voire d'obligations, où on y aime et ressentit. Je devais faire des bisous quand on me le demandait plus que quand j'en avais envie, arrêter de pleurer lorsque j'étais triste et j'en passe. Nous sommes nombreux et nombreuses, j'imagine, à avoir régulièrement entendu des phrases comme Tiens-toi bien, reste assise, ne mets pas tes coudes sur la table, ne bouge pas, arrête de pleurer, ce n'est rien, ne cours pas, fais un effort, t'exagères, fais attention, ferme tes jambes, baisse les yeux quand je te parle, moins de bruit, sois discrète. Le mouvement, les expressions corporelles, les émotions n'étaient pas accompagnées et encore moins encouragées. Au contraire, ils étaient même perçus comme gênants, voire honteux. J'ai donc appris à être propre, sage, discrète, immobile. transparente. C'est ce qui était attendu des enfants de cette génération-là, a fortiori des petites filles. Et moi, j'avais très très envie d'être une bonne élève. entre guillemets, d'être validée. Et donc, je me suis conformée à tout ça. Et je me suis coupée. En plus de ne pas avoir appris à m'écouter, j'ai été, comme beaucoup d'enfants, tapée, voire plus. Les fessées, les baffes, les bousculades, les humiliations, parfois même les coups étaient fréquents à l'époque. Et ces violences, qui donnaient un pouvoir sur les corps des enfants venant de personnes qui étaient censées les aimer, les éduquer. Leur apprendre ce qui était l'usage d'appeler les bonnes manières, nous envoyait le message que nos corps ne nous appartenaient pas vraiment finalement. Qu'on pouvait obtenir quelque chose de nous par la contrainte, notamment physique. Elle rendait légitime le fait de faire encaisser à nos corps des choses pour lesquelles nous n'étions pas ok. Et pour lesquelles nous devions subir sans rien dire. Et en parlant de subir, je sais que le fait d'être une fille n'a pas aidé. Dès l'enfance, j'ai appris à me contrôler. à être discrète, à me faire toute petite, à ne pas déranger, à m'adapter, à prendre soin et à satisfaire les autres au détriment de mes propres besoins. Je n'ai pas appris à me protéger, ni à savoir poser mes limites. Et quand j'ai été adolescente, on était en plein milieu, fin des années 90, en tant que fille, j'ai reçu plein d'injonctions avec lesquelles il a été compliqué de me construire. Il fallait être gourmande, cool et bonne vivante, mais en restant mince. voire maigre. C'était l'époque où la maigreur était la target et où Kate Moss était affichée dans des magazines pour ados qui, soit dit en passant, s'appelaient notamment « jeune et jolie » . Comme si l'idéal suprême auquel nous les filles devions aspirer, c'était ça. Nos corps étaient scrutés, commentés, évalués. Ces regards sur nous nous poussaient à porter une attention souvent déformée et peu indulgente sur notre apparence. et sur ce à quoi nous ressemblions plutôt que sur ce que nous ressentions. On était aussi à ce moment-là en plein dans la glorification de la culture du viol. Non seulement le sujet des règles, de la sexualité était complètement tabou, moi on n'en avait jamais parlé, mais la dépossession et la domination du corps des femmes et des jeunes filles et les blagues misogynes étaient valorisées sur tous les plateaux télé, dans les magazines, au sein des groupes de copains et dans les regroupements de famille. Il fallait donc être... jolie, mince, désirable mais surtout faire comme si tout ça était parfaitement naturel et non conscientisé. Avoir un corps sculpté sans être trop sportif parce qu'attention le sport c'est un truc de mec, il fallait être maquillé, bien apprêté tout en restant décente c'est à dire sans être vulgaire. Il fallait s'amuser, sortir mais être prudente, avoir des rapports sexuels pas trop tôt ni trop tard que ce soit au regard de l'âge du premier rapport ou dans l'évolution de la relation et puis On se disait entre nous que ce serait sûrement normal d'avoir mal pendant nos premiers rapports sexuels et que ça irait certainement en s'arrangeant. Qu'il faudrait prendre du plaisir ou en tout cas, le montrer juste ce qu'il faut pour assurer notre partenaire. Et que d'ailleurs, il valait mieux ne pas trop changer de partenaire. Bref, durant mon adolescence, j'ai cumulé discipline du corps, objectification, banalisation de la douleur, contrôle émotionnel, rien. n'était fait pour que je me sente, en tant que jeune fille puis jeune femme, connectée à moi-même, à mon corps, à mes envies, ni pour que je m'y sente bien et libre. Si j'ajoute à tout ça le fait que j'ai grandi en Europe, particulièrement en France, le pays des Lumières, où nous sommes dans une culture de l'intellect, ce qui prime ce sont le mental, les performances intellectuelles, il est donc d'autant plus compliqué de se relier à son corps. Le corps, les sensations corporelles n'ont quasi pas leur place, contrairement à d'autres cultures, je pense notamment à des cultures asiatiques. Dans la société qui commence à l'école, ce qui était et ce qui est toujours valorisé, c'est ce qu'on appelle la tête bien faite, la logique, la réussite scolaire, la conformité intellectuelle. Le corps, finalement, servait avant tout comme un véhicule pour porter le cerveau en classe, pour écrire, pour rester tranquille. Et tous les signaux corporels, que ce soit la fatigue, le stress, la faim ou les surcharges, étaient peu voire pas pris en compte. J'ai appris donc très tôt à outrepasser mes sensations, à vouloir entrer dans ces normes qu'on m'indiquait et à me construire à travers un regard de validation verticale de tout ce qui détenait le savoir et l'autorité, c'est-à-dire les professeurs, les parents. J'ai appris à analyser. au lieu de ressentir, à intellectualiser, au lieu d'intégrer et à occulter ce qui se passait dans mon corps. Et tout ça, c'était à la fois culturel et aussi transgénérationnel. Ce que je veux dire par là, c'est que mes parents et mes grands-parents étaient eux-mêmes assez coupés de leur corps. Nous n'étions pas sportives à la maison, moi j'étais pas sportive pour un sou, et je ne me sentais pas du tout valorisée à travers mon corps. Parmi les générations de ma famille ayant grandi pendant l'après-guerre, notamment mes grands-parents, il était commun de valoriser le travail, l'endurance, le sacrifice. Sans apprendre à écouter ses sensations, ni à verbaliser ses émotions d'ailleurs. Les messages transmis étaient plutôt de ne pas se plaindre, de serrer les dents et de faire avec. Mes maternités ont ensuite ouvert la voie à une reconnexion, à une réappropriation de mon corps. Et elles ont mis en avant vraiment ce besoin d'aller plus loin, de sentir mon corps pleinement et d'arrêter d'être tout le temps dans la tête, d'être vraiment à l'écoute de ce qui se passe en moi. de me reconnecter avec cette partie de moi qui a été étouffée. Vous l'aurez compris, un corps à écouter est donc né de tout ça, de cette quête personnelle. Il m'est apparu comme une évidence. Sur ce chemin de connexion à moi-même, j'ai en effet décidé de créer un podcast pour parler du corps, des corps, de ce lien qu'on a à eux, du fait qu'on s'en sente parfois déconnectés, de tout ce qu'on leur demande aussi, des injonctions qui pèsent sur eux, des corps qui vivent, qui tombent malades, qui guérissent. qui subissent des violences qui portent la vie, bref, des corps qui parlent, et que bien trop souvent, nous n'écoutons pas. Si ce podcast part d'un besoin personnel, j'espère qu'il trouvera également écho en vous, car je ne pense pas me tromper en disant que je ne suis pas la seule à être coupée de mon corps. Je vous propose donc un cheminement, une exploration personnelle et collective qui me permettra, nous permettra, de cheminer vers l'accueil et l'acceptation de nos corps et de ceux des autres. Afin d'être plus à l'écoute et plus en lien avec nous-mêmes. Dans chaque épisode, nous aurons un corps à écouter. J'interviewerai à chaque fois une personne autour d'une thématique en lien avec le corps. Soit parce qu'elle a vécu quelque chose de fondateur ou de transformateur pour elle en lien avec son corps. Soit pour qu'elle partage des outils et des ressources qui permettront à d'autres de s'approprier leur corps et de s'y sentir connecté. Ou enfin simplement... juste pour que des mots soient posés sur ce que cette personne a vécu et que d'autres vivent probablement également. C'est donc, vous l'avez vu, assez large, mais ça part vraiment du constat de se dire « on a un corps » . Est-ce qu'on pourrait se mettre dans notre société à valoriser le fait de l'écouter ? Est-ce qu'on pourrait le respecter ? Est-ce qu'on pourrait enfin lui redonner sa place ? Je vous invite dès à présent à vous abonner à ce podcast, à le partager autour de vous et à suivre l'actualité d'un corps à écouter sur sa page Instagram. Un grand merci pour votre soutien et à très vite.